Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…, par Daniel Dresse

Dans la série “billets invités” : un nouveau texte de Daniel Dresse, cette fois sur notre débat sur la monnaie.

Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…

Face à l’ampleur et la fréquente véhémence des interventions, j’en suis venu à me demander, en fin de compte, qu’est-ce qui pouvait déchaîner tant de passion dans votre débat sur la monnaie. Avec mes critères de jugement simples, j’en suis venu à séparer vos intervenants en deux camps :

– A ma gauche (sans que ce positionnement ait une quelconque signification), les « créationnistes scandalisés », ceux qui, s’appuyant notamment sur les écrits de Pépé le Momo (Allais), soutiennent mordicus que le scandale réside dans le pouvoir de création « ex nihilo » de monnaie par les banques. Comme vous l’avez souligné vous-même, leurs démonstrations s’appuient généralement sur l’empilement complexe et déroutant de notions redondantes comme monnaie, moyen de paiement, dépôt, crédit, jeux d’écriture etc.

– A ma droite, les « scandalisés anti-créationnistes », regroupés sous votre bannière, qui soutiennent que cette prétendue création monétaire n’existe qu’en trompe l’œil. Pour eux, tous les instruments décrits par l’autre bord ne seraient que des avatars d’un même phénomène : la vitesse de la circulation monétaire. S’ils admettent la réalité d’une création dans ce processus, c’est à la marge, sur l’articulation entre les intérêts pratiqués par les banques et leurs besoins en monnaie nouvelle, tenues qu’elles sont d’en appeler à la banque centrale pour répondre à ceux-ci.

Ce qui me frappe dans cette opposition, c’est qu’elle se forge sur l’identification d’un mécanisme économique et non pas sur ses conséquences politiques.

En effet, vous appartenez tous, de toute évidence, à la grande famille des « scandalisés ». Tous, vous tombez d’accord sur le fait que, création « ex nihilo » ou pas, le jeu de la circulation monétaire aujourd’hui tourne au bénéfice éhonté d’une minorité d’individus et à la mauvaise santé générale du système – en attendant le transport au cerveau !

J’en viens donc logiquement à me demander si ce désaccord sur la mécanique du phénomène, ne vous conduirait pas à des positions inconciliables sur la nature des remèdes à lui apporter.

C’est bien là, je crois, que le bât blesse, et vous n’arriverez jamais à une clarification du débat tant que vous n’aurez pas mis à plat ces implications là. Elles ne sont pas anodines, loin de là, puisqu’elles peuvent vous mener ni plus ni moins à un constat d’incompatibilité politique entre vous (notion qui ne semble donc pas avoir été abolie par le doux consensus propre au règne de la gouvernance). De là cet acharnement que vous mettez tous, l’épée encore au fourreau, à essayer de vous convaincre mutuellement.

Qu’implique donc, au bout du compte, la croyance dans le pouvoir qu’auraient les banques de démultiplier à l’infini la monnaie sans contrepartie tangible ? Tout simplement que la solution aux désordres et injustice du monde résiderait dans un simple détournement de cette industrie là (puisqu’il est communément admis de parler « d’industrie financière »). La manne financière serait alors dirigée vers les zones de déshérence irrigables comme un fleuve miraculeux, et la révolution à faire ne serait qu’une vaste opération de redistribution de ce qui, dit-on, ne coûte absolument rien à émettre.

On rejoint ici l’opinion souvent émise notamment après des mouvements d’extrême-gauche, pour lesquels, il coule de source que l’on peut en créer de l’argent à profusion selon les besoins.

Cette sorte « d’alter-monétarisme » se satisfait en réalité de la mondialisation telle qu’elle apparaît dans l’instant, si seulement elle pouvait rester figée en l’état pour l’éternité. Il suffirait alors d’en changer les bénéficiaires –au lieu de d’une poignée d’ultra privilégiés, on pourrait ainsi imaginer (Ô Soleil Vert !) une masse immense d’allocataires, avec pour seule raison de vivre de « s’occuper » – et, suivant la prédiction de Charles Fourier, les eaux boueuses du fleuve se changeraient en torrent de limonade.

Ce n’est pas un hasard si je cite Fourier, puisque notre terrible époque, tout comme la sienne, semble propice aux chapelles de consolation et aux millénarismes de toute obédience.

Croire dans la possibilité de créer la monnaie à partir de rien, amène à oublier que la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses, quel que soit le sens que l’on prête à cette production et à ces richesses là. Sur ce plan par contre, tout peut évoluer, tout peut être inventé. Mais il n’en est pas moins impossible de faire l’impasse, dans l’immédiat, sur ce que la majorité des acteurs économiques entendent par richesses produites.

Considérer au contraire le réseau bancaire comme un « accélérateur » – certes ô combien lucratif pour certains – de la circulation monétaire me semble moins propice à planifier la mise du merveilleux au service de l’impossible. Vu sous cet angle, il est en effet beaucoup plus difficile de reléguer la production au compte profits et pertes des spéculations intellectuelles, puisque tout ordre de circulation monétaire ne peut se faire, dans un premier temps et par le jeu des réserves fractionnaires, que sur de la monnaie déjà créée, et cela en fonction d’un projet productif déjà réalisé.

Remettre la production réelle au cœur des interrogations sur la monnaie permet aussi de poser les questions qui fâchent, mais ne pourront pas être éludées pour autant. L’accroissement fantastique de la circulation monétaire est lié avant tout au libre échange mondial, et le contrôle plus serré de l’une n’ira pas sans restriction à l’autre. Protectionnisme, le mot est lâché, et pas plus vous que vos blogueurs (certains semblent frappés du mal des ardents à peine son évocation) n’échapperez à son grand retour en question.

Quant au scandale lié au disfonctionnement du système, ou son accaparement par quelques-uns, il est tout aussi aisé à identifier. La relation qui existe entre le client – qui est aussi un citoyen – et son banquier est un contrat à deux fondements. Le premier est l’anticipation sur les richesses produites – la circulation monétaire est une sorte « d’annonce faite à Marie » érigée en principe économique – et le second la confiance mutuelle qui permet précisément à ce principe de fonctionner. Je ne vois pour ma part, dans toutes les crapuleries (comment appeler cela autrement) que vous décrivez et dénoncez dans vos livres qu’une gigantesque extension du délit d’ABUS DE CONFIANCE.

Cette notion d’abus de confiance m’apparaît tout aussi essentielle pour replacer le citoyen au centre de la machinerie.

Je considère désormais la monnaie comme un bien commun, émis de toute façon par une banque centrale, laquelle doit représenter tous les citoyens d’un ensemble politique donné – nations ou confédération de nations – il n’y a pour l’instant pas de Banque Centrale d’émission Universelle, même si certains en rêvent.

Dans cette optique, toute manipulation touchant à la circulation de ce bien commun doit pouvoir rester sous contrôle du citoyen. Sont alors condamnables autant les banques périphériques (d’affaires ou commerciales), qui accordent des crédits à tort et à travers pour les refourguer ensuite au marché sous forme de produits financiers opaques – leur seul souci étant de se sucrer au passage – qu’une banque centrale dite « indépendante » qui n’a de compte à rendre qu’à son directeur – comme c’est le cas pour la BCE.

Le bien commun monétaire étant gagé sur la production commune, il est également capital que tout citoyen puisse trouver toutes les conditions favorables pour pouvoir participer à celle-ci. En particulier, sont constitutionnellement à proscrire ces étranges captations de « plus values négatives du travail » (avec en contrepartie une création de valeur pour l’actionnaire) que constituent les licenciements boursiers. Tout se tient, il n’y a pas plus d’assistanat que d’assistés dans la mécanique de circulation monétaire actuelle, laquelle permet à la centrifugeuse économique libérale et libre-échangiste de concentrer le nectar à titre d’indispensable et de rejeter l’indispensable à titre de déchet. En avoir ou pas ne signifie plus rien, les plus brillants des traders sont eux aussi les « assistés » de tous les « sans », sans emploi, sans couverture santé, sans abri, sans avenir et sans existence.

La réappropriation de leur monnaie par les citoyens, à travers un système bancaire régulé et contrôlé – ce qui ne remet pas en cause sa fonction originelle – doit permettre à chacun de rêver à nouveau en toute confiance, et d’estimer l’avoir bien mérité. Cela s’appelle la DIGNITE. (Si cette analyse vous parait effectivement grossière et simpliste, c’est bien dommage pour moi, car c’est sur cette simplification que j’en suis venu – malgré ma grande réticence au départ- à la conclusion que c’est vous qui avez raison).

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71 réflexions sur « Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…, par Daniel Dresse »

  1. Cher Daniel Dresse,
    Bien que non croyant je vous souhaite un joyeux Noël.
    La route est encore longue vers la réappropriation de leur monnaie par les citoyens, mais en ce jour de Noël c’est une parole d’espoir.

  2. « En avoir ou pas ne signifie plus rien, les plus brillants des traders sont eux aussi les « assistés » de tous les « sans », sans emploi, sans couverture santé, sans abri, sans avenir et sans existence. »

    Tous les êtres humains sont donc assistés, mais certains le sont (beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup…) plus que d’autres.

  3. Je suis tombé, pas vraiment par hasard, sur une présentation de l’Open Money
    l’Open Money

    Après avoir longtemps imaginé d’aller déshabiller les filles sur les terrils, j’ai quitté Charleroi (Belgique – la Ville au scandales financiers -) vers l’âge 13/14 ans. J’y suis revenu, 25 ans après, pour observer, pendant 20 ans , comment les Universitaires au chômage, mais aussi les petits malins en tout genre, « font leur trou » dans les syndicats, les mutuelles, l’Onem, le Forem, les Centres Publics d’Aide sociale et toute la galaxie des dispositifs d’intégration. Tout ce petit monde, dont je faisait partie, n’a qu’une préoccupation : développer – le seul emploi qui marche dans la région- en s’occupant de l’emploi de ceux qui n’ont pas d’emploi, le système est rodé depuis trente ans, ne s’arrêtera pas, surtout pas avec l’accentuation de la crise (c’est comme les gars de l’Ira ou l’Eta, qui ne savent plus rien faire d’autre que vivre par des moyens illégaux).

    Dans cette perspective, l’enjeu de l’Open Money est à mon avis d’importance. Quand la déglingue, bien supérieure à celle de 29, se généralisera au niveau des Villes et des Communes, le contrôle social des inoccupés sera la priorité des entrepreneurs « d’après le crack ». Nous verrons effectivement surgir des « monnaies locales », celles-ci ne seront plus gérées « cahin caha » par de petits cercles de bourgeois marginaux, comme depuis 20 ans dans les SEL, mais seront patronnées et managées par ceux qui possèdent des outils de productions, lesquels seront, comme toujours, intéressés à faire travailler les autres, en s’entourant d’une clique de petits chefs tout gargarisés « d’économie sociale » et de « monnaies sociales », nous avons déjà les « entreprises sociales » -repassage etc. qui par fonctionnenet l’intermédiare de chèques services (subventionné par l’Etat), et dont quelques patrons roulent en grosses bagnoles, mais enfonce tout un peuple dans la servitude. Cette discussion sur la monnaie est donc essentielle et fondatrice de notre esclavage ou de notre liberté à venir.

    À plus grande échelle, les Visa, Master Card …disposent déjà de l’organisation nécessaire pour féodaliser des pans entiers de nos sociétés : travailler pour tel cercle de multinationale vous donnera la carte d’homme lige dans tel réseau de distribution.

    Les logiciels d’Open Money ne sont pas vraiment dangereux, ce qui l’est c’est l’absence de discussion maintenant, ou plutôt la préparation par Noubel d‘un discours idéologique. En plus, c’est un exemple du mythe d’une régulation possible par la seule « diversité », l’équivalent d’une société du « c’est mon choix ». Les projets de « hypertext currency » et de « Wealth Aknowledgement Sytem » me rappellent les logiciels d’« arbres de connaissance » lancé selon une idée généreuse et socialement très avancée de Michel Serre… c’est devenu: Trivium

  4. Merci pour ce commentaire. Par contre, quand vous dites « La réappropriation de leur monnaie par les citoyens », comment pratiquement voyez-vous la chose et, s’il n’y a plus cette horrible course au profit, quelle motivation pourrait être celle de l’humanité occidentale ?
    D’autre part vous écrivez « c’est sur cette simplification que j’en suis venu – malgré ma grande réticence au départ- à la conclusion que c’est vous qui avez raison. ». Qui est « vous qui avez raison » et qu’entendez-vous par là ?

    Merci

  5. « (…) la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses »

    Pourriez-vous donner une courte démonstration de cette affirmation

    Merci

  6. Vous dites :
    « On rejoint ici l’opinion souvent émise notamment après des mouvements d’extrême-gauche, pour lesquels, il coule de source que l’on peut en créer de l’argent à profusion selon les besoins. »
    Cette phrase me gène pour au moins 2 raisons:
    1) vous parlez d’ « opinion souvent émise ». Si nous voulons avancer ne faudrait-il pas une fois pour toute remiser les opinions pour se concentrer sur les faits ?
    2) la relation que vous faites avec les mouvements d’extrême-gauche me parait peu pertinente et d’une certaine manière portant le discrédit par avance sur certains arguments (je me trompe peut-être). Je serais intéressé de savoir de quels mouvements on parle et où peut on consulter les documents produits à ce sujet. Pour ma part, j’ai été amené à étudier cette question d’émettre de la monnaie « selon les besoins » avec des gens qui ne se revendiquaient absolument pas de la mouvance que vous mentionnez. Et ce n’est pas une idée totalement stupide.

    Cordialement

  7. Ce jour de noël vous avez pu faire 2 types de cadeaux
    Le premier, le plus courant, qui vous à fait sortir quelque argent de votre porte monnaie ou compte bancaire
    Le deuxième qui selon la personne à qui il était destiné ne vous aura fait sortir aucun argent de votre porte monnaie pour le cadeau lui-même :
    (classique le repas partagé, le bonhomme de neige pour les enfants, le portait du chien de votre voisine grâce à vos talents de dessinateur, etc… selon votre imagination ou votre bon cœur)

    Pourquoi ce constat ?
    Pour vous faire toucher du doigt que le rapport à la monnaie, que tout le monde applique à la production et aux échanges, n’est ni si automatique que cela, ni simple non plus.
    Je pense surtout que la monnaie, disons plutôt l’instrument monétaire, est plus que jamais un instrument de contrôle et de domination sociale et économique, qui n’appartient pas aux utilisateurs.
    A qui appartient-il réellement ? Chaque théoricien économiste a sa théorie ?
    Mais en tous cas théoriser sur la monnaie sans en reconnaître le caractère premier de contrôle et de domination sociale et économique, ne peut déboucher sur aucune application concrète.
    Je vous donne un lien sur un billet que j’ai publié il y a quelque temps, sur l’économie du don, dont personne ne parle et surtout dont personne ne théorise, donc n’analyse l’importance fondamentale qui sous-tend le fonctionnement de nos sociétés quelles soient occidentales, asiatiques, africaines….
    http://stop-war.20minutes-blogs.fr/archive/2008/11/26/la-crise-economique-frappe-durement-a-nos-portes-et-porte-mo.html

  8. @Daniel Dresse et les autres
    « Je considère désormais la monnaie comme un bien commun »:Merci pour ce commentaire.La monnaie, comme l’eau et l’air est un bien commun, c’est la clé.
    Nous sommes en effet divisés en 2 camps, mais nous avons la chance de communiquer.J’ai personnellement bien avancé depuis que je lis vos commentaires et c’est grâce à vous tous. Hegel a démontré que la pensée fonctionnait selon 2 principes : la thèse et l’antithèse qui se nourrissent l’une et l’autre.Mais, malheureusement rien ne peut avancer sans une bonne synthèse. Je fais pour ma part confiance à Paul pour celà. Jusqu’à présent, je n’ai pas trouvé de faille dans ses analyses.

  9. J’allais dire des tas de choses notamment : « Je considère désormais la monnaie comme un bien commun, émis de toute façon par une banque centrale, laquelle doit représenter tous les citoyens d’un ensemble politique donné – nations ou confédération de nations »
    Est une paraphrase de ce que tous ont plus ou moins dit ici et qu’il faudrait bien finir par l’écrire; mais votre, si sage, conclusion, entre parenthèses, M’A TUER !

  10. Peut-être que l’on a fait jouer à la monnaie un rôle qu’elle ne devait pas tenir : de simple untié de compte et de moyen de thésaurisation elle est devenu une marchandise comme les autres. Avec un prix d’achat et un prix de vente et le bénéfice entre les deux.

  11. @Daniel Dresse. Deux questions.
    Primo. Depuis quand le traitement précède-t-il le diagnostic ? 😉
    Secondo. En quoi « la vitesse de circulation de la monnaie » ou « le jeu de la circulation monétaire », comme vous dîtes, seraient-ils à l’origine du scandale, davantage que la nature intellectuelle de la monnaie dont, et c’est mon opinion, la vitesse de circulation n’est que l’amplificateur ?

  12. La monnaie de nous appartient pas. Nous n’en sommes que des locataires et n’avons aucun droit d’en fixer le montant de la location. Vous vous rendez compte de ce que représente ce système de vol?? Vous produisez, et ce que vaut en monnaie ce que vous produisez (1) n’est presque pas décidé par vous, très peu décidé par celui qui achète ce que vous produisez, mais essentiellement par un troisième larron, celui qui ne se repend pas, invisible lors des échanges de marchandises, mais omniprésent dans les prix des marchandises produites par l’acumulation des intérêts injustifiés à payer dont l nous assomme.

    Tous est faux avec ce « tiers-participant » « faiseur d’argent » qui n’a jamais fait fait pousser un épis de blé et met en location « sa » monnaie qu’il vous vole et qu’il frelate à sa façon. Il vous dérobe votre rôle de contrôleur de votre monnaie en vous faisant croire qu’il vous rend de très grands services et vous le fait payer au prix fort. C’est du masochisme de notre part si nous restons, comme ça, accablés, levant les bras en soupirant. Nous attendons d’être faits définitivement comme des rats?

    (1) ce que vous produisez n’est pas refleté dans la monnaie actuelle qui fausse toute l’économie

  13. @ Rumbo

    Vous produisez, et ce que vaut en monnaie ce que vous produisez n’est presque pas décidé par vous, très peu décidé par celui qui achète ce que vous produisez, mais essentiellement par un troisième larron, celui qui ne se repend pas, invisible lors des échanges de marchandises, mais omniprésent dans les prix des marchandises produites par l’accumulation des intérêts injustifiés à payer dont l nous assomme.

    L’illustration de ceci dans Helmut Creutz, Le syndrome de la monnaie, Economica 2008, p. 109

  14. @Daniel Dresse
    2 remarques:
    -« Tous, vous tombez d’accord sur le fait que, création « ex nihilo » ou pas, le jeu de la circulation monétaire aujourd’hui tourne au bénéfice éhonté d’une minorité d’individus. »Encore un problème crucial. J’explique souvent à mes enfants que pour comprendre notre système économique, il faut jouer au Monopoly. En effet, on commence toujours à 4 ou 5 et irrémédiablement, un seul joueur finit par l’emporter.Nous assistons actuellement à une transformation du secteur bancaire des USA vers une situation de marché oligopolistique (très peu d’offreurs).
    -« A ma droite, les « scandalisés anti-créationnistes »… Pour eux, tous les instruments décrits par l’autre bord ne seraient que des avatars d’un même phénomène : la vitesse de la circulation monétaire ».
    Pour rappel,le problème des banques peut se résumer par le fait qu’elles doivent fournir de l’argent rapidement alors que le remboursement du prêt, lui sera lent.Les banques n’ayant pas assez de fonds propres, elles sont obligées d’emprunter. Or aujourd’hui les banques ont préféré un modèle d’emprunt direct des fonds de refinancement sur les marchés de capitaux qui permet en réduisant le volume de fonds propres d’augmenter la vitesse de circulation monétaire. L’abrogation de la loi « Glass-Steagal » (séparation des banques commerciales et institutions financières) par le Président Bill Clinton en 1999 a donc été à l’origine de la catastrophe.

  15. @ Tous.

    Pardonnez mon retard dans les explications que je vais tenter de donner à ceux qui me questionnent légitimement ou m’interpellent d’une manière pas forcément illégitime. Je suis employé dans un hôtel –pour ceux qui ne le savent pas- et j’ai donc travaillé avant-hier jusqu’à 20 h, puis je suis allé réveillonner –rien d’original- avec mes potes(esses) marocains(es), j’ai dormi 3 h, puis j’ai repris mon service à 11h30 jusqu’à ce soir 22h. Néanmoins, je vais prendre sur moi pour ne pas aller me coucher, et je sens devoir le faire, vu les vibrations qui font trembler la voix de certains. Je vous demande simplement de l’indulgence sur ce que je vais produire ce soir.

    @ Fab

    Une réponse tout d’abord quant au « vous » sur lequel vous vous interrogez.
    C’est simple, ce texte n’est qu’une toute petite partie d’un autre, beaucoup plus long (22 pages), que j’avais soumis à Paul pour tenter de lui faire comprendre (et je reviendrai encore là-dessus plus loin en tentant aussi de répondre à RST) le malaise croissant que je ressens à la lecture régulière que je fais de ce blog depuis maintenant plus d’un an et demi. Mon impression est qu’il devient de plus en plus un lieu de rencontre de spécialistes, traitant de manière toujours plus fouillée des sujets toujours plus pointus, ce qu’il n’était pas forcément dans sa phase de démarrage.
    Cette évolution est très positive en regard du travail qui y est réalisé, et par des gens qui savent de quoi ils parlent, (RST en est un exemple accompli), le côté négatif en est que le béotien moyen dans mon genre, qui s’égare en ce lieu où souffle l’esprit, a de plus en plus mal à y retrouver les siens. Par béotien, j’entends quelqu’un qui n’a pas fait d’études supérieures très longtemps -et il y a de cela 38 ans- plutôt littéraire et complètement autodidacte quand aux connaissances qu’il a développé dans le domaine de l’économie. J’ajouterai que j’étais intégralement « puceau » en matière financière avant de mettre mon nez dans le livre de Paul « Vers la crise du capitalisme américain » début mars 2007.
    J’ai tenté également, auprès de Paul, de faire un parallèle entre cette expérience là et mon expérience du militantisme politique dans le cadre d’un parti bien précis, mais qui avait pour moi valeur exemplaire. J’ai essayé de lui expliquer pourquoi j’avais finalement l’impression de retrouver les mêmes schémas, la même coupure entre les tenants du savoir et la piétaille qui essaie de son côté « de se rendre utile ».
    J’ai essayé d’analyser rationnellement la chose en faisant appel aux théories d’Emmanuel Todd sur l’hégémonie culturelle et politique des classes moyennes diplômées, et le rôle qu’elles ont pu jouer un temps en s’alliant objectivement avec les classes dominantes pour installer un système politico-économique libéral très individualiste et libre-échangiste.
    J’ai conclu enfin –en suivant Todd- qu’il était nécessaire, face à la crise mondiale qui déferle, que ces classes renversent leur alliance en faveur des classes populaires, en produisant moins de la hiérarchie par le discours que de la solidarité, c’est-à-dire du CONCEVABLE, à l’usage de ceux qui sont moins bien armés intellectuellement qu’eux.
    Je précise au passage qu’il n’y a eu aucune censure de Paul sur ce texte très (trop) long, qui évoquait aussi des choses très personnelles, et qu’il était bien convenu au départ qu’il restait maître d’en publier ce qu’il en estimait publiable. C’était en quelque sorte mon cadeau de « retrait » puisque, je le répète, je m’interroge sur l’utilité d’essayer de m’immiscer dans la forme des débats qui ont maintenant lieu sur ce blog.
    C’est dans ce contexte que s’inscrit le texte que vous avez lu plus haut, et qui n’est rien d’autre que le récit subjectif qu’un Candide lambda a pu tirer des débats qui ont fait rage ici depuis un an sur la question de la monnaie. Il n’était pas certain que Paul juge utile de le publier, même si j’ai tout fait au moins dans la forme, pour qu’il le soit (je serai hypocrite de prétendre le contraire) mais, fondamentalement, je n’ai rien fait d’autre que m’adresser A PRIORI à Paul pour lui dire : « Voilà ce que j’ai compris, voilà pour quelle thèse je penche, et voici ce que j’en déduis ».
    Mais prenez-le d’abord pour un témoignage !
    Sur votre première question, Fab (je n’ai pas perdu de vue que c’était à vous que je m’adressais) je vous trouve trop pessimiste quand vous ne voyez que de « la course au profit » dans les motivations de l’humanité occidentale. S’il en était ainsi, il y a longtemps que nous serions devenus un parc d’attraction pour le reste du monde et rien d’autre. Les temps sont assez désespérants comme ça, n’en rajoutez pas.
    Le capitalisme n’a pu prospérer que sur la permanence de comportements qui lui préexistaient (j’emprunte ici aux théories de Jean Claude Michéa pour ce que je connais de ce type de théorie). La sincérité, la loyauté, le dévouement, la conscience professionnelle, l’amour du travail accompli, voire, l’humour et la bienveillance envers autrui, tout cela n’a rien à voir avec le capitalisme et pourtant je constate tous les jours qu’il existe. Mon sentiment, pour vous donner là encore mon expérience personnelle, est que si ces comportements n’existaient pas, il y a longtemps que la petite entreprise capitaliste où je travaille aurait été rachetée par Accor !
    Quand à la recette miracle que vous me demandez pour emmener mes semblables vers quelques horizons radieux (si vous voyiez les conditions dans lesquelles je vis vous chercheriez un autre prophète) je vous renvois à la sagesse du camarade Mao : « un voyage de mille kilomètres commencent par un premier pas ». Que diriez vous par exemple, comme mise en jambes, de remettre la Banque Centrale Européenne sous la tutelle politique d’un véritable parlement européen, avec à la clé un véritable développement économique en faveur des peuples européens et à la mesure de la crise économique et écologique qui menace tout le monde. C’est étriqué ça ? Il y a des élections, dans six mois, pensez-y…

    @ Rst

    Alors vous, quand je vois le type de cordial ultimatum intellectuel que vous me posez, je me désespère. j’ai vraiment envie de me remettre à boire et retourner passer mes nuits sur des sites équivoques ! C’est fou de constater à quel point nous ne sommes pas sur la même planète !
    Merci tout d’abord d’avoir prêté quand même une attention à mon texte de PROFANE. Je vous connais bien, je vous ai lu maintes fois ici et ailleurs, et vous êtes l’un de ceux (avec AJH, Bayard, Etienne et les autres) qui m’aviez amené fin novembre au bord de la dépression –sans rire- avec vos arguties en béton. En ces conditions, si vous voulez proclamer à la face du monde que je suis un analphabète théorique à côté de vous, ok, pas de problème, je vous tiens le mégaphone et je vous cire les pompes en prime (j’ai aussi essayé de dire à Paul, et en le prenant d’ailleurs pour cible, que le narcissisme de la connaissance n’était pas une vue de l’esprit).
    Je vous demande juste, en aparté, ne serait-ce qu’un tout petit moment, de vous poser la question de savoir si nous ne pourrions pas nous entendre malgré cette foutue monnaie, et si vous ne pourriez pas aussi avoir besoin de moi pour cela, moi qui n’ai pas votre science, mais qui me suis peut-être posé des questions que vous, vous ne vous êtes pas posées.
    Mais je vais vous répondre sur le premier point, pour vous donner une idée de la manière dont je fonctionne. Quand j’ai écrit cette phrase, « la création monétaire est forcément adossée à la création de richesse » j’ai simplement pensé à l’un des premiers ouvrages « sérieux » que j’avais lu après avoir mis ma dernière télé à la benne, il y a douze ans. C’était « La grande dépression médiévale » de l’historien Guy Bois. Il y était expliqué, entre autre, que l’une des causes de l’effondrement de la civilisation du « beau » Moyen âge, au quatorzième siècle était la pénurie monétaire, laquelle entravait l’écoulement de la production agricole. Pour une économie rurale qui était probablement beaucoup plus pénétrée par les mécanismes de marché qu’on a pu l’imaginer –Guy Bois parlait d’une « économie monétaire de marché » en évoquant la multiplication des bourgs avec leur place du marché- et qui avait connu un puissant essor au treizième siècle (on a pu aussi parler de « monde plein » pour caractériser cette période), le manque de monnaie frappée fut le premier obstacle au saut qualitatif et quantitatif, qui aurait permis à ce système productif d’au moins se perpétrer et ensuite d’évoluer.
    Je sais ce que vous allez me répondre : « le crédit bancaire aurait très bien pu répondre à cette fonction » et d’imaginer ensuite une sorte de « bulle » se développant à partir de la production agricole au temps de Philippe le Bel. Le problème est que ce type d’instrument et de mécanisme n’existait pas et que vous tomberiez alors dans la tactique la plus volontiers expérimentée sur ce blog, et qui est l’éternelle fuite en avant dans la théorie.
    J’imagine bien sûr que ce qui précède n’a pas valeur de démonstration pour vous, et je me contenterai donc du gros bon sens de Philippe le Bel, qui lorgnait sur l’actif des templiers en songeant à la super production d’armées qu’il pouvait opérer avec.
    Passons maintenant au procès d’intention que je ferai à l’extrême gauche, laquelle serait pure opinion en dehors de tout fait établi. Un fait établi pour vous semble être une assertion dûment constatée par un document écrit, soit une sorte de constat d’huissier d’opinion. Je vous confesse que je n’ai jamais eu vraiment cette obsession procédurale dans mes rapports avec autrui.
    Mais là encore, évoluons nous vous et moi dans la même perspective ? Dans mon métier, j’ai la chance de rencontrer énormément de jeunes gens, puisque les hôtels font partie des entreprises les plus prisées par les étudiants à la recherche de jobs alimentaires. Ces jeunes ont souvent l’idéalisme de leur âge (tant mieux) et gravitent volontiers dans la mouvance extrême gauche (généralement des différentes chapelles trotskystes) anarchistes (là je ne peux pas vous renseigner, je n’ai jamais rien compris à leurs trucs) altermondialistes (je parle de ceux qui se réclament de Bové).
    J’ai juste constaté, dès que l’on parlait de questions monétaires avec eux, qu’ils avaient tendance à considérer la monnaie comme une manne susceptible de croître à l’infini par la seule volonté humaine. Cela est un fait, ce n’est pas une opinion, même si je ne vais pas vous produire un procès verbal là-dessus.
    En énonçant un tel fait, mon but est-il de « discréditer d’avance les arguments officiels de l’extrême gauche » ? J’ai envie de vous dire qu’ils n’ont pas besoin de moi pour ça, vu l’évolution pour le moins contrastée de cette mouvance depuis ses origines.
    N’allez pas croire que je méprise pour autant ces gens, toujours de grande conviction et souvent de grande culture. Ils ont eu leur part d’histoire qu’ils ont su parfois assumer avec grandeur, et sur des actions bien précises je n’écarterai jamais d’emblée la possibilité de m’allier avec eux. Moi, vieux républicain de droite, je n’ai pas hésité à aller manifester avec les jeunes dont je parlais plus haut lors de l’affaire du CPE, puisque je pensais qu’ils avaient raison de se rebeller contre cette chose là.
    Dans le même ordre d’idée, vous me dites ne pas arrêter de rencontrer des gens qui croient à la monnaie « selon les besoins » et ne sont pas stupides pour autant. Je veux bien vous croire, et vous-mêmes, vu les tourments que vous m’avez infligés, n’êtes pas de toute évidence quelqu’un de stupide. Comme nous avons un adversaire commun, une forme de domination économique que nous refusons vous et moi, jamais je ne vous considérerai comme un ennemi.
    A ce que je sache, vous-mêmes ne m’avez rien démontré du tout et je ne crois simplement pas en vos idées sur la monnaie.

    @ stubborn

    Vous aussi vous faites dans l’analogie, dont je reconnais moi-même abuser, mais en clamant haut et fort que ma position et mes moyens « d’honnête homme » me limitent pour procéder autrement. Alors est-ce que la voiture qui vous écrase en traversant les clous est meurtrière de par sa vitesse ou parce qu’elle est ontologiquement mauvaise, vaste programme ! Mais je suis désolé mon vieux, je vais me coucher car demain mon patron va encore me trouver un faciès de plâtre (ce qui sera vrai). Désolé pour les autres !

    Aux Armes Citoyens ! Sinon point de salut…

  16. …Ach ! Ch’oli a-na-gramme !

    Chère Linda, (cher Daniel…),
    aah, que j’aime votre dernière intervention (ci-dessus, Linda Seredes, 4 h.37) de chair, sensible et sincère. Oui, ce sont ces interventions-là qui manquent le plus sur le blog (à mon avis), celles où l’homme réel, vrai de sa vie de chaque jour, est tout entier dans sa parole (je me comprends).

    Je ne résiste pas au désir de vous re-citer :

    C’est simple, ce texte n’est qu’une toute petite partie d’un autre, beaucoup plus long (22 pages), que j’avais soumis à Paul pour tenter de lui faire comprendre (…) le malaise croissant que je ressens à la lecture régulière que je fais de ce blog depuis maintenant plus d’un an et demi. Mon impression est qu’il devient de plus en plus un lieu de rencontre de spécialistes, traitant de manière toujours plus fouillée des sujets toujours plus pointus, ce qu’il n’était pas forcément dans sa phase de démarrage.

    Le capitalisme n’a pu prospérer que sur la permanence de comportements qui lui préexistaient. La sincérité, la loyauté, le dévouement, la conscience professionnelle, l’amour du travail accompli, voire, l’humour et la bienveillance envers autrui, tout cela n’a rien à voir avec le capitalisme et pourtant je constate tous les jours qu’ils existent. Mon sentiment est que si ces comportements n’existaient pas, il y a longtemps que la petite entreprise capitaliste où je travaille aurait été rachetée par Accor !

    Et aussi :

    Je vous demande juste, en aparté, ne serait-ce qu’un tout petit moment, de vous poser la question de savoir si nous ne pourrions pas nous entendre malgré cette foutue monnaie, et si vous ne pourriez pas aussi avoir besoin de moi pour cela, moi qui n’ai pas votre science, mais qui me suis peut-être posé des questions que vous, vous ne vous êtes pas posées.

    …Ouh là là , vous en avez à dire !

    Merci de votre témoignage (je m’y reconnais beaucoup, même avec des variantes), et bien trop bref ! C’est que je les lirais bien, moi, ces vingt-deux pages de réflexions tirées de l’expérience… Et pas en diagonale !
    Avec ma complicité, ma chaleur et toute ma sympathie, … »charnelle » Linda 😉
    Benoit.

  17. @Linda (Daniel)

    « Vous dites :
    – A ma gauche (sans que ce positionnement ait une quelconque signification), les « créationnistes scandalisés », ceux qui, s’appuyant notamment sur les écrits de Pépé le Momo (Allais), soutiennent mordicus que le scandale réside dans le pouvoir de création « ex nihilo » de monnaie par les banques. Comme vous l’avez souligné vous-même, leurs démonstrations s’appuient généralement sur l’empilement complexe et déroutant de notions redondantes comme monnaie, moyen de paiement, dépôt, crédit, jeux d’écriture etc.

    – A ma droite, les « scandalisés anti-créationnistes », regroupés sous votre bannière, qui soutiennent que cette prétendue création monétaire n’existe qu’en trompe l’œil. Pour eux, tous les instruments décrits par l’autre bord ne seraient que des avatars d’un même phénomène : la vitesse de la circulation monétaire. S’ils admettent la réalité d’une création dans ce processus, c’est à la marge, sur l’articulation entre les intérêts pratiqués par les banques et leurs besoins en monnaie nouvelle, tenues qu’elles sont d’en appeler à la banque centrale pour répondre à ceux-ci.
    Ce qui me frappe dans cette opposition, c’est qu’elle se forge sur l’identification d’un mécanisme économique et non pas sur ses conséquences politiques. »

    Je disais « Pour moi, tout indique que la monnaie est un objet ayant au moins : une fonction de reserve et une fonction d’ echange. » (dans le post http://www.pauljorion.com/blog/?p=1289#comment-13117 ).
    Votre dernier commentaire sur l’ absence d’ investigation sur les conséquences politiques m’ amène à poursuivre ma tentative de modélisation de ce qu’ est l’ objet  » Monnaie », au vu des fonctions qu ‘il possède : il faut ajouter à la fonction d’ échange et a celle de réserve de richesse, celle d’ échange et de réserve de pouvoir (ce qui est peut être la même chose).
    Si j ‘insiste ainsi pour modéliser la monnaie, c’ est justement pour alerter ceux qui veulent avant tout agir, au motif de l’ urgence. La non prise en compte de toutes les dimensions de cet objet, la simplification extreme de ce qu ‘il est, conduirait dans le nouveau système, à la reproduction de l’ ancien en plus sophistiqué,
    A quoi servirait une réforme de la monnaie, si a la place nous avons un état totalitaire, qui distribuerait la richesse a ses seuls apparatchiks détenteurs du pouvoir. Dans cet exemple, une dimension de la monnaie, c’est a dire une possibilité de « conversion » de celle ci n’ aurait pas été prise en compte dans la réforme.

  18. @ Linda Seredes (Daniel Dresse)
    1) Vous avez de la chance de bien me connaître. J’aimerais moi aussi, bien me connaître
    2) Mon orgueil est flatté quand vous me mettez au même niveau que des gens comme AJH, Bayard, Etienne 5chouard je suppose), mais au risque de vous surprendre, vous vous méprenez totalement et je dois à mon grand regret refuser énergiquement cette classification. Contrairement à ces messieurs (notamment AJH & Bayard) les phénomènes monétaires sont tout nouveaux pour moi. Je suis loin d’être un spécialiste. Il est d’ailleurs fort intéressant de constater que, sur Internet, le moindre péquin (moi en l’occurrence) peut réussir à passer pour un spécialiste aux yeux de certains. En ce qui me concerne cela n’a jamais été une volonté délibérée.
    3) Pourquoi tomber dans la victimisation ? Où ai-je laissé entendre que vous seriez un « analphabète théorique » à côté de moi ?
    4) « moi qui n’ai pas votre science » : encore une fois, je ne revendique aucune expertise. Comme vous, je cherche à comprendre. A la différence de certains peut-être, je ne me contente pas d’opinions, mais je recherche les faits et pour cela je potasse des bouquins d’économie, j’assiste à des conférences, je prends des cours du soir, je participe à des associations, je parcours des sites Internet, …
    Contrairement à ce que vous laissez entendre je n’ai pas la science infuse et ne prétend pas l’avoir.
    5) « Un fait établi pour vous (…) « . Je ne polémiquerai pas sur ce sujet mais sachez seulement que l’on m’a reproché sur ce blog d’ « exprimer des certitudes sans me préoccuper de les soutenir par une argumentation ». Les conséquences en ont été assez définitives.
    6) « vu les tourments que vous m’avez infligés ». Si cela peut vous réconforter, je suis passé par les mêmes il n’y a pas si longtemps.
    7) « jamais je ne vous considérerai comme un ennemi » Vous m’excuserez, mais je trouve ceci totalement hors de propos.
    8) « je ne crois simplement pas en vos idées sur la monnaie. »
    On touche là, me semble-t-il au fond du problème. Je ne défends aucune « idée » sur la monnaie. Il ne s’agit pas de « croyance » mais il s’agit de compréhension de phénomènes réels. Dites-moi si je me trompe mais vous « croyez » (comme moi) aux « idées » communément admises sur le fonctionnement du cœur et du système sanguin par exemple (le cœur est une sorte de pompe qui fait circuler le sang dans le corps, ce sang qui permet l’apport de divers éléments aux organes, etc…)? Je ne suis pas médecin mais voila ce que l’on m’a appris et que je sais (et auquel je crois, il est vrai)

    Sur la création monétaire, je me suis « renseigné » et voila (résumé très rapidement) ce que j’ai compris, que je sais maintenant (et donc auquel je « crois » d’une certaine façon. On peut effectivement tout ramener à la croyance si l’on considère que rien n’est démontrable. Mais là je m’égare dans des divagations pseudo philosophiques qui polluent le débat et que je suis le premier à dénoncer) :

    « Une banque crée de la monnaie lorsqu’elle acquiert des actifs non monétaires à des agents non financiers (l’octroi d’un crédit correspond à la naissance d’une créance supplémentaire sur le secteur non bancaire). La valeur de ces actifs réels ou financiers figure à l’actif de la banque et la valeur de la monnaie créée au passif. »
    Économie monétaire et financière (M.Montoussé) – Bréal – page 79

    « Ce pouvoir hors du commun de création monétaire rend l’activité bancaire incomparable avec tout autre type d’entreprise »
    Économie monétaire et financière – (M.Montoussé) – Bréal – page 53

    « Les banques créent de la monnaie lorsqu’elles distribuent des crédits aux agents non financiers (ménages et entreprise), souscrivent à des émissions de titres (notamment de l’Etat), monétisent des devises ou achètent des actifs réels »
    Monnaie et financement de l’économie (C.Ottavj) – Hachette – page 59

    « La création monétaire est le privilège des banques : celles-ci créent de la monnaie en monétisant leurs créances et en émettant des dettes qui ont la particularité d’être acceptées comme moyen de paiement. La plupart du temps, les créances bancaires correspondent à des crédits : il s’agit de la monnaie de crédit, créée ex-nihilo par les baques à l’occasion de leurs prêts »
    La monnaie et ses mécanismes (D.Plihon) – La Découverte – page 41

    On pourrait continuer longtemps comme cela.
    Voila ce que je sais, voila ce que je … crois !

  19. Non Linda, Daniel.

    Il n’y a en fait qu’une population sur ce blog, celle des futur Roubachof.

    La seule différence entre eux tient à leur estimation des probabilités que le système procède à leur arrestation.

  20. Le contrôle de la monnaie appartient aux Etats et les USA le savent très bien, ils vont donc utiliser leur monnaie pour se sortir de la crise actuelle:
    1-Le systéme financier (Wall Street et la City) est globalement entré en faillite
    2- Les gouvernements américain et britannique ont choisi de sauver ce qui reste du système (ils ont probablement raison pour éviter le pire)
    3- Les Etats se sont donc endetter massivement pour réinvestir: plan de sauvetage et nationalisations américaine et britannique diluant ainsi la faillite de Wall Street dans Main Street.
    4- Les Etats ainsi affaiblis n’ont comme dernier recours, la dilution de leur risque dans une dévaluation monétaire
    5- La Livre Sterling commence à s’effondrer (20% en 3 mois) et le dollar attend son tour.

    La dévaluation est t’elle la seule porte de sortie pour éviter la faillite?

    http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2008/12/26/et-lehman-brothers-fit-faillite_1135268_1004868.html

    Les USA vont rebondir par tous les moyens, c’est la seule chose qui est sure.

  21. En terme financier, on peut rapprocher ça d’une « augmentation de capital »; technique simple visant à apporter des liquidités en diluant l’actionnariat. Ceci pour permettre à l’entreprise de conquérir de nouveaux marchés par l’investissement.
    Une bonne vieille technique qui a fait ses preuves : exemple d’Alstom qui a pu repartir alors que certains voulait la racheter au franc symbolique…

  22. J’ai la nette impression que de toute façon, les détenteurs des clés du système font le nécessaire pour que nous ne puissions pas avoir toutes les données, que nous ne puissions pas avoir une vue d’ensemble du système monétaire.
    J’imagine qu’il doit y avoir seulement une poignée de dirigeants des méga banques commerciales ou centrales qui savent exactement les tenants et aboutissants de la création monétaire. Je me demande même s’il y a quelque chose à comprendre en définitive, si finalement le système ne repose pas plus sur une espèce de cohérence interne. Et aujourd’hui c’est peut-être cette confiance dans le système, dans sa cohérence interne qui est en jeu. Finalement peu importe peut-être le degré de réalité de la monnaie, ses processus de création qu’ils soient réels ou virtuels, l’important c’est la cohérence du système et qu’il puisse continuer à se perpétuer.
    Il est vrai que n’étant pas un spécialiste de la monnaie, de ses processus de création, tout le débat me laisse un peu perplexe et distant. Peut-être que pour certains d’entre vous ce débat tourne à la guerre entre Lilliput et Blefuscus, entre petitboutiens et grandboutiens.
    Pour moi s’il y a un scandale c’est effectivement que ce système confisque la richesse de la majorité et la concentre dans les mains d’une infime minorité. C’est le véritable et unique scandale de la monnaie et de sa création. Le système actuel du crédit par les banques commerciales est un vaste système de transfert de la richesse, un gigantesque racket qui prend l’argent de l’immense majorité de ceux qui en ont besoin et la redonne à ceux qui en ont évidemment le moins besoin. Et pareil pour la dette publique, elle ne fait que transférer une partie de l’argent des contribuables vers les riches investisseurs qui ont pu prêter à l’état et ainsi récupèrent les intérêts. Quelque soit le point de vue envisagé, contribuable ou consommateur, la destination de l’argent est pareille. C’est comme le loto, des millions de joueurs qui perdent une petite somme, et quelques gagnants qui empochent les millions.
    En ce sens le débat aura réussis à conforter des opinions, sur l’iniquité de ce système. Il y a des réformes à faire, mais honnêtement cela aussi est un autre débat, car je vois mal ceux qui détiennent les clés du système les remettre aussi facilement et abandonner leurs privilèges, ils se battront jusqu’au bout pour le défendre ce système, becs et ongles, et même si nous nous trouvons au bord du gouffre ils nous feront faire u pas en avant si c’est la dernière carte qu’ils peuvent jouer.

  23. @bob

    bonjour, voici deux vision de l’avenir, l’une par J. Attali, l’autre par L. Abadie publiée sur leurs sites respectifs:
    http://blogs.lexpress.fr/attali/ et http://tropicalbear.over-blog.com/

    Il n’est pas inintéressant de comparer ces deux avis qui s’opposent et se rejoignent…

    J. Attali:
    « Le plus vraisemblable verra le nouveau président américain réussir à financer de grands travaux publics par l’épargne chinoise et pétrolière. L’Europe, démontrant par une campagne électorale chaotique son incapacité à parler d’une seule voix, n’attirera pas les capitaux du monde et s’installera dans la récession, pendant que les pays émergents, pris dans les rets d’innombrables manifestations de violence (en Chine, en Inde, en Ukraine, au Pakistan, en Corée, au Maghreb) verront fuir leurs capitaux et leurs élites.

    Le moins vraisemblable verra les responsables des principaux fonds souverains comprendre que le déficit public américain est intenable, que le système fédéral de réserve est en faillite, que l’Amérique ne pourra jamais payer sa dette, que placer ses capitaux en bons du Trésor américain est très dangereux, que plus personne à Washington ne contrôle plus rien, entrainant une hausse du coût de la dette, une chute du dollar et une faillite de l’état fédéral, suivi d’une hyperinflation planétaire. »

    L. Abadie:
     » Vu ces données extrêmes et la taille de la bulle de crédit, il n’y aura pas de reprise inflationniste contrôlée possible (du type inflation à 10%/an pendant quelques années pour « effacer la dette » en douceur). Seules deux issues sont possibles :

    a) la plus probable

    Les dirigeants, sous la pression croissante des investisseurs qui deviendront moins attirés par les bons du trésor, et d’élus devenants plus réticents (on en a senti les premiers signes au moment de la discussion sur le plan Paulson) finissent par se rendre à l’évidence et cessent leur fuite en avant après quelques plans de relance ratés (ces plans de relance par la dette seront évidemment voués à l’échec comme les précédents).

    L’état se contenterait alors d’accompagner la déflation et la liquidation de l’excès de dette (en limitant ses dépenses aux aides aux ménages les plus en difficulté et à une sauvegarde « minimaliste » du système financier) jusqu’à l’assainissement de la situation.

    b) l’option alternative

    Les dirigeants continuent coûte que coûte leur fuite en avant, et au rythme actuel (endettement augmentant de 39%/an), l’état US se trouvera en cessation de paiement au bout de quelques années (impossible de fixer une échéance précise, vu que ce sont les acheteurs de bons du trésor qui détiennent la réponse). Le système financier actuel disparaîtrait alors pour laisser place à autre chose. »

    Les deux font tourner l’avenir de la crise autour de la capacité/volonté d’emprunt de l’état américain, mais alors que L. Abadie conclu que la relance économique agravera la crise, J. Atali en fait l’outil de sa résolution…

    Quand à moi, (à mon petit niveau) je m’interroge sur le prix des matières premières, notamment agricoles, dont la rareté pourrait bien à terme provoquer une reprise à la hausse. Le risque de raréfaction existe puisque avec la chute actuelle des prix il est moins intéressant de planter et d’exploiter (mines, carrières, gisements), la demande qui n’aura pas baissée dans les même proportion (voir pas du tout) risque de créer des tensions sur ces marchés et se traduire par une hausse durable des prix. Qui dit hausse durable dit intérêt spéculatif, surtout avec la fragilisation du placement en bons du trésor US.
    Les prix pourraient alors « flamber » le entreprises seraient alors obligées d’acheter de plus en plus cher des produits de transformation qu’elle chercheraient à revendre à des clients appauvris par la déflation sans financement possible par le crédit bancaire. Il y aurait là un passage très délicat ou se cumuleraient les risques de famines et de « casse » économiquo-sociale…

    Je n’ai cependant pas toutes les clés pour comprendre « dérouler » une telle séquence économique…

  24. Paul Jorion dit :
    26 décembre 2008 à 03:21

    Merci Paul pour cette illustration supplémentaire de cette déperditon qui ronge les forces vives des sociétés. Cela confirme d’ailleurs les investigations de Clifford Hugh Douglas et ses continuateurs. Dans la partie des revenus du travail revenant à l’État, il y a aussi une importante déperdition due à l’accumulation directe et indirecte des intérêts bancaires contenus dans cette partie de l’impôt. Mais quoiqu’il en soit, la proportion des 2/3 du revenu du travail siphonée dans les prix par la rémunération directe et indirecte du capital est juste. Pour être un peu plus complet dans le tracé de cet « inventaire » des déperditions dues aux intéêts bancaires, j’ai parfois l’habitude de parler de la « combinatoire » États-banques, ou Banque-États. On voit ce que ça donne.

  25. @Bob
    Le dollar va s’effondrer et une nouvelle monnaie est prévue qui vaudra 10% du dollar actuel.Les USA vont s’associer avec le Mexique et le Canada (voir NAU). J’ai fait un article là-dessus (Barack Obama, dernier président des USA). Quant au monde une nouvelle monnaie d’échange va émerger, certains l’appellent « le global » qui regroupera les principales monnaies mondiales (gérée par le FMI qui va changer de statut).
    Les bons du trésor US ne vaudront plus rien (2200 milliards de dette US détenus par le reste du monde).Il ne faut pas se faire de souci pour les USA, c’est nous qui allons payer.

  26. Je trouve dans le blog de Paul Jorion un débat sur la monnaie et son système qui est particulièrement vivant. Et je remercie Paul de l’animer. Mais c’est vrai que ce blog est très guidé par son auteur et est de nature très différent des blogs ouverts gérés par des groupes ou associations… Du coup j’ai moi aussi l’impression que l’on tourne en rond. Particulièrement quand Paul polarise sur des sujets sur lequel il n’y a pas consensus sur cette fameuse création monétaire et notamment ce terme de création ex-nihilo…

    A cause de ces joutes et ce recentrage systématique, les questions qui m’intéressent et qui me semble au cœur du problème ne sont pas adressée. A savoir :
    – pourquoi l’exclusivité de la création monétaire est entre les mains des Banques Privées ?

    Les questions qui y sont attachées sont :
    – Pourquoi la création monétaire par les états serait plus inflationniste que par les Banques Privées ?
    – Comment faire de la création monétaire sans intérêts par les Etats ?
    – Sur quoi indexer cette création monétaire pour en créer une masse raisonnable ?
    – Etc.

    Mon analyse intuitive du problème identifie la création monétaire, faite exclusivement par les Banques privée, comme étant le paradigme causant le problème initial. Le défaut intrinsèque de ce paradigme étant qu’il ne créé pas la valeur monétaire nécessaire aux paiements des intérêts. Du coup les Etats, les entreprises, et les individus, s’enfoncent inexorablement dans une Dette envers les Banquiers Internationaux, leurs créanciers.

    Les autres questions sur la morale des financiers, sur la spéculation, sur le rôle des agences, sur les responsables de la crise etc. me semblent devoir êtres adressées dans un deuxième temps quand les questions Mères auront été creusées.

    Bref, j’ai l’impression que le débat ne progresse plus et qu’il est impossible de savoir vers ou nous allons…

    Qu’en pensez-vous ?

  27. Bonjour à tous,

    D’abord merci Monsieur Jorion pour avoir créer ce blog, car même si je ne comprends pas toujours la totalité des différentes théories exposées par vous ou par vos lecteurs, vous m’éclairez bien plus que n’importe quel média.

    Cependant quand bob écrit que « Les USA vont rebondir par tous les moyens, c’est la seule chose qui est sure. »,si toutes les politiques financières mises en œuvre par les gouvernements échouent, la résultante en sera-t-elle une conflagration militaire généralisée? Car la guerre économique nous la vivons déjà au jour le jour, me semble-t-il.

    La seconde guerre mondiale, qui a suivie la période de la crise et de dépression des années 30, a été financée par les États-Unis. Mais maintenant, si les USA sont maintenant en quasi faillite, ne vont-ils pas réagir comme un animal blessé, au-delà de la peur, avec toute la violence inconsciente collective inhérente à leur Histoire? je suis certain que beaucoup d’américains ne sont pas bellicistes, mais lesquels actuellement peuvent décider et influer sur les événements actuels?

    Ne sommes nous déjà pas en train de vivre une déviation totalitariste, où toute remise en question de notre modèle actuel est inenvisageable? Nos dirigeants sont-ils si prisonniers de leurs propres visions, qu’il ne peuvent que vivre dans le déni, et qu’il ne peut en être autrement?

    mon propos est un peu « bordélique » en illustrant trop de portes et pas assez de poignées, et je m’en excuse. Mais dans votre débat sur la définition de la monnaie, n’avons pas dépassé le stade où celle-ci n’est plus, car c’est notre liberté d’être qui est compromise…

  28. RST, vous dites (en vous adressant à D.D.) :

     »
    “(…) la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses”

    Pourriez-vous donner une courte démonstration de cette affirmation
     »
    Je ne vais pas répondre à sa place car tout dépend de ce qu’il entend par « adossé ».

    Mais intuitivement je vois une relation énorme entre la monnaie et la production de richesse et ne comprends pas que vous ne la voyiez pas :

    1 – la monnaie n’a de fonction que de permettre les échanges de richesses , c’est sa fonction fondamentale (L’unité de valeur et la thésaurisation ne sont que les fonctions/comportements dérivés) : or la richesse à un moment/période est « finie ». Donc la monnaie est structurellement liée à la production de richesse. CQFD

    2 – Et pourtant (Est-ce là que vous voulez en venir ?) , la création monétaire peut effectivement fonctionner et se gonfler en dehors de ces considérations … c’est à dire en oubliant qu’ on ne peut partager (plus ou moins bien ok) que ce qui existe (ou va exister dans un délai assez rapide)…
    Or donc, à un moment cet excès de monnaie (crédit) se traduit par le fait que certains ont soutiré des richesses qu’ils ne sont plus en mesure de ‘rembourser’ ! … ce qui suppose que d’autres leurs ont financé ce « vol » …

    Et à ce moment là le système (qui n’est que l’envers de nos comportements individuels) va chercher à mettre en adéquation la quantité de monnaie et la réalité des richesses.
    Ce qui est dommage c’est que ce mécanisme s’accompagne non seulement d’une destruction des richesses ‘fictives’ … (par lesquelles les pertes cherchent une victime solvable) mais également de mécanismes de grippage de l’activité , qui contractent encore plus la quantité de richesse !

    PS/ Sinon, l’intervention de jlm est interessante.

    Mais pourquoi ne pas aller plus loin dans « l’open monnaie » :
    … par expl imaginons un système où (quelque soit l’unité monétaire) chacun serait sa propre banque ? c’est à dire qu’on s’ouvrirait à soi-même un crédit d’une certaine valeur, avec pour seule obligation de se le rembourser !

    On irait donc se servir en richesse avec son crédits ouvert … et la règle serait donc qu’on devrait fournir la même quantité de richesse aux autres …. pour éteindre sa propre dette à soi-même !

    Un super ordinateur vous traiterait cet oméga de la démocratie financière en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire !

    Elle serait pas belle la vie , ainsi ? 😉

  29. Juste une remarque à D.D.

    Vous distinguez les tenants de la masse monétaire et ceux de la vitesse de circulation .

    Effectivement j’ai lu que ‘compter’ la masse monétaire (m) sans s’occuper de la vitesse (v) à laquelle elle circule est un non sens. Cela revient à compter le nombre de verres d’une maison, pour determiner combien a été bu, sans s’occuper du nombre de fois qu’il ont été utilisés.
    D’ou la formule (poétique) : E= mv2

    Cependant, sans être un adepte de Pepe le Momo, je pense que la Masse monétaire (dans ses effets nocifs) est plus importante que la vitesse . En effet la vitesse de circulation de la monnaie à l’intérieur du corps social correspond à un besoin réel , il a sa logique et sa justification propre; cela correspond à de la richesse déjà-éxistante qui ne fait que se déplacer … donc les effets nocifs sont modérés

    Tandis que le crédit accordé, qui est donc LA création même de monnaie , sur la base des richesse futures (qui permettront l’extinction de la dette de ce crédit) , ce « crédit/annonce faite à Marie », introduit une distorsion entre les moyens de paiement et ce qu’il y a partager et échanger.
    Bref la ‘mal’ est là (Sauf que , bien géré, ce ‘mal’ est un ‘bien’)

    D’ou , au moins plutôt la formule E=m2v.

    Formule dadaïste, s’entend, tant d’autres paramètres que j’ignore, la modulent probablement.?

  30. Oppossum a une petite modeste remarque à ceux qui parle de la fonction de réserve de la monnaie

    L’idée de ‘réserve de valeur’ dans le temps est un peu trompeuse : si la monnaie est un droit à soutirer de la richesse , le fait de « non soutirer » cette richesse ne conservera pas cette richesse dans le temps … car la richesse réelle consommée se détruit et se dissipe dans le temps (Ô mortels …)

    Bien entendu si l’épargne finance l’investissement , on réduit , à priori, ce déséquilibre de façon intelligente, quoique le ‘crédit ex-nihilo’ de nos sociétés modernes, aurait probablement-peut-être financé cet investissement , et donc ‘régulé’ ce déséquilibre !

    Bref l’épargne n’existe pas vraiment : on ne met jamais de côté des biens et richesses d’un moment donné, pour le futur.

    L’épargne c’est du gaspillage en amont et du vol lors du mécanisme de sa liquidation/consommation.

    Ainsi dans le mécanisme de la retraite rien n’est jamais mis de côté : chaque génération de senors vole ceux qui travaillent, comme chacune a été volée par celle d’avant : ça s’équilibre plus ou moins bien … suivant la pyramide des ages et l’état de la société !

    Maintenant, une fois réalisé intellectuellement ceci, faut-il pour autant renoncer à l’idée d’ épargner ? Car on perd alors complètement l’idée de la nécéssité de l’investissement et de la nécéssité qu’une partie de l’activité économique doit obligatoirement être consacré à l’OUTIL de production.
    Ca aboutit à une detestable conception des choses et à un asservissement puisque l’investissement qui DOIT etre financé , le sera de façon occulte au travers du prix et pour le compte d’une minorité.

    J’aime bien réinventer la roue. Mais c’est écrit, alors je frappe sur « soumettre un commentaire »

  31. pour répondre à PI:
    1-Nous savons que les USA détiennent une puissance technologique majeure grâce leur politique volontariste de recherche et innovation dans des domaines stratégiques: technologie de l’information et de la communication ( Microsoft, Apple, IBM, ainsi que tous les brevets concernant le fonctionnement du réseau Internet), de même dans les biotechnologies ainsi que dans l’industrie de l’armement et de l’aéronautique.
    2-Nous savons que la puissance militaire hégémonique des USA est sans commune mesure avec les autres nations
    3- Nous savons également qu’ils ont une dette énorme avec un système banquaire anémique
    Et donc je pense que leur seule solution pour se renflouer sans créer un conflit armé c’est de diluer leur dette dans le système financier mondialisé.
    Et la seule méthode à la hauteur de cet endettement colossal c’est de jouer sur une dévaluation de leur monnaie.
    C’est sur que la Chine et le Japon qui détiennent une grosse part des dettes US en dollars vont sans doute grincer des dents; un mauvais moment à passer pour eux si cela se réalise.

    Concernant la stabilité démocratique des USA, j’espère sincèrement qu’Obama réussira à remettre ce pays sur les rails (et les voyous de Wall Street sur la touche) car c’est quoi qu’on en dise un pilier de la démocratie occidentale avec ses qualités et ses défauts.

  32. Bonjour à tous,

    Merci à Daniel Dresse pour ce texte admirable dont je partage l’essentiel des conclusions.

    Ce débat sur la monnaie, j’y suis venu comme d’autres en m’intéressant à cette crise dans un monde de plus en plus fou. J’ai bien compris assez tôt que le scandale de la création ex nihilo de certains était le résultat d’une incompréhension. Cette création faite dans un certain ordre permettant la transaction payée sur le long terme ou de mettre en état de liquidité des actifs existants mis en garanti pour permettre une production est un ingrédient nécessaire du fonctionnement des économies, le système d’échange a besoin de flexibilité. C’est le rôle fondamental de la monnaie. Enfin, l’intérêt sur la dette est certainement une problématique à surveiller, mais c’est la création de bulles financières, donc l’ouverture déréglementée des marchés financiers dans une économie devenue globale qui se plante scandaleusement. Le scandale est à plusieurs niveaux bien au delà de la simple institution bancaire.

    Ce n’est donc pas à mon sens qu’un débat sur la monnaie qu’il faut tenir, mais bien sur l’économie mondialisée qui permet à cette entité bancaire pourtant assez encadrée théoriquement par des lois bien précises de connaître des ratés majeurs et à des gens de s’adonner, au travers ses institutions dépassées par la réalité complexe,à des abus de confiance.

    Moi aussi, j’ai le goût de «Remettre la production réelle au cœur des interrogations sur la monnaie [pour permettre] aussi de poser les questions qui fâchent, mais ne pourront pas être éludées pour autant.» (D.Dresse) et aussi, comme je l’ai souligné dans mon dernier commentaire sur le débat de la constitution pour l’économie, d’envisager le tabou protectionniste même si nos médias et nos élites s’adonnent une contre-propagande à ce sujet. A mon sens, toujours plonger plus loin dans le désir de gérer des complexités qui échappent à l’entendement ne peut nous servir, les gens de la base, le citoyen. Évidemment, les pouvoirs d’argent, les multinationales, les élites world, n’ont pas intérêt à remettre des frontières tarifaires en place et de miser sur des économies nationales tournées vers une organisation intelligentes et responsables visant l’esprit communautaire et citoyenne respectueuse de l’environnement. Remettre le pouvoir de produire dans les mains des nations, c’est faire perdre ce pouvoir des renards qui maintenant se promènent dans les poulaillers sans entrave…

    Le problème est vraisemblablement ailleurs que seulement dans la sphère financière. Le scandale actuel est le désengagement de l’entreprise et des fortunes vis-à-vis de l’appareil national démocratique. Il est dans la privatisation croissante du bien commun. Il est dans l’imperturbable ordre qui donne à 20%, 80% des richesses. Perdre la main-mise sur notre pouvoir économique et imposer à l’autre bout de la planète des conditions d’emploi proche de l’esclavage dans un mépris des environnements étrangers sont des scandales qui continuent de faire de la destruction incontrôlée et de nous menacer tous au final. Plus l’entreprise est libre, plus son fonctionnement hiérarchique totalitaire s’impose. Cet esprit carnivore a besoin d’être rééquilibré et ce n’est pas dans la dissolution des frontières et dans les beaux discours qu’on va le contrôler. Face au prédateur, il convient pour un humain d’être intelligent s’il veut survivre…

    Tandis que toutes les puissances argentés mettent leur argent en sécurité, on constate que ce sont des valeurs liés à des populations qui sont détruites pour rééquilibrer la situation financière à la réalité. Oui, il est scandaleux de voir l’argent des contribuables renflouer une machine qui a péché par les excès pour le profit de certains sans qu’aucune transparence ne permettent de voir à quoi sert réellement ces sommes colossales pour maintenir un système injuste.

    Nous vivons non dans un état de droit où une quelconque réflexion logique et juste peut résoudre le problème. Nous vivons dans un monde armé où des puissants ont toujours en main en plus les leviers pour prendre à la douce toujours plus de contrôle.

    Enfin, tant qu’on vit dans notre monde douillet de gadjo, personne ne s’en plaint trop…

    Bref, après avoir mieux saisi ce qui se passe, nous ne pourrons pas nous défiler le jour où la perte de nos illusions se montrera dans la réalité non virtuelle… En bout de ligne, on ne peut que revendiquer une reprise en main plus directe de nos richesses collectives… pour une redistribution moins aléatoire…

  33. @Linda Seredes aka Daniel Dresse.
    « Un truc qui roule à une certaine vitesse » me semble une bien pauvre définition de la voiture. Une définition qui ne nous apprend pas grand chose. Ni sur la relation, ni sur l’usage, ni sur l’imaginaire lié à cet objet. De la même façon, définir la monnaie par sa vitesse de circulation me paraît une vision quantitative qui sans être inexacte, ne nous permet pas parfaitement d’appréhender la crise actuelle, ni surtout d’effectuer le saut ontologique nécessaire à son dépassement. Quant aux armes, disons que je crois davantage aux petites machettes défricheuses et patientes de certains qu’aux grands soirs qui (dé)chantent. Concernant enfin mon goût des analogies, disons qu’on ne passe pas facilement de la littérature au champ économique…

  34. Cher Paul, cher Daniel (Lynda), chers vous tous,

    Ce message me laisse un peu perplexe, à plusieurs titres,
    mais d’un autre côté, et c’est le plus important, il semble confirmer ce que je sens depuis quelques jours : les points de vue apparemment franchement opposés semblent ici prêts à se rapprocher parce qu’un malentendu est en train de se dissiper (voir mon post de cette nuit).

    Je décris d’abord ma perplexité (et je garde le meilleur pour la fin) :

    ________________

    Le titre d’abord, qui semble assimiler la réflexion de ceux qui parlent de « scandale de l’abandon de la création monétaire aux banques privées » à cette autre réflexion de ceux qui croient dur comme fer aux soucoupes volantes, c’est-à-dire des farfelus (éventuellement un peu paranoïaques), crédules au point de croire de telles sornettes : ce titre semble fait pour moquer une thèse, et pourrait d’ailleurs revenir tranquillement à son auteur comme un boomerang (car, si la création de monnaie par les banques commerciales était finalement bel et bien démontrée, ceux qui la niaient en moquant les autres risquent un peu d’être moqués à leur tour).

    Je fais dire à ce titre peut-être davantage que ce que vous avez pensé vous-même en le rédigeant, mais on commence à s’accoutumer, ces temps-ci, à se voir moquer, dès qu’une intrigue (forcément secrète) est analysée et dénoncée ; on se fait moquer et discréditer à bon compte, sans effort, avec cette incantation rituelle (et trop facile) qui dispense apparemment son auteur de justifier autrement toute affirmation péremptoire : « [début de la « pensée critique »] Ah ! Encore un adepte de la théorie du complot (un paranoïaque, quoi)… [fin de la « pensée critique »] ».

    Je dis au passage (même si, sans doute, ni Paul ni Daniel ne sont concernés en l’occurrence) que cette façon de se débarrasser commodément de toute opinion dissidente (qui se permet d’accuser un pouvoir de sinistres manigances) en amalgamant cette critique argumentée avec une pensée exagérée et donc ridicule, sans même faire l’effort de réunir soi-même un fait ou un argument en renfort, est à la fois une insulte à l’intelligence et une malhonnêteté intellectuelle ; j’appelle ces (faux) naïfs qui font ainsi mine de croire qu’il n’y a jamais eu aucun complot nulle part, je les appelle les adeptes de « la théorie de la théorie du complot », et je leur reproche de voisiner, le plus souvent, le degré zéro de l’argumentation : on traite ainsi l’autre de « paranoïaque », on laisse penser insidieusement que lui et (surtout) ceux qui s’aviseraient de l’écouter sont au comble du « ridicule », exactement comme dans une cour de récréation, c’est de ce niveau, et on passe ensuite à autre chose après un procès expéditif.

    ___________________________

    Daniel (ou Linda ?) dit : « leurs démonstrations s’appuient généralement sur l’empilement COMPLEXE ET DÉROUTANT de notions redondantes comme monnaie, moyen de paiement, dépôt, crédit, jeux d’écriture etc. »

    Je trouve que la complexité n’est — précisément — pas du côté de ceux qui dénoncent l’abandon de la création monétaire aux banques privées :

    Comptabilité et cours d’économie monétaire à l’appui, ils soutiennent simplement que tout DAV (dépôt à vue) dans une banque commerciale est, PAR DÉFINITION, une des formes de monnaie (la plus courante, même, qui nous sert quotidiennement pour régler TOUS nos échanges), et que LA COMPTABILITÉ DES BANQUES (qui laisse assez peu de place à la fantaisie) montre sans ambiguïté que ces sommes en DAV gonflent (de nouveaux ‘chiffres transmissibles’ sont créés) à l’occasion des prêts, et dégonflent à l’occasion des remboursements (les ‘chiffres transmissibles’ disparaissent progressivement) , ce qui conduit ces observateurs, toujours très simplement, à parler de création monétaire et de destruction monétaire.

    Le scandale vient d’abord des CONDITIONS DE LA CRÉATION monétaire en soi : d’abord, cette monnaie, qui a fini par prendre toute la place, est TEMPORAIRE et elle est donc, par nature, « asphyxiante » si on n’en a pas d’autre, puisqu’il faudra toujours la rendre et donc en perdre les avantages. Par ailleurs, elle peut facilement devenir surabondante (on le voit bien ces temps-ci) car les limites en sont fort peu contraignantes pour les acteurs privilégiés qui ont confisqué à leur profit ce droit régalien.

    Mais le scandale vient surtout de l’abandon par la collectivité du REVENU de l’intérêt, abandon qui constitue UN MANQUE À GAGNER considérable POUR LA PUISSANCE PUBLIQUE (faut-il croire Maurice Allais qui l’estime à 5% du revenu national, l’équivalent en privations de l’impôt sur le revenu ? Enlisés dans une controverse, nous n’avons pas encore pu débattre de ce calcul). Quel qu’en soit le montant exact, ce manque à gagner est assurément payé par chacun d’entre nous sous forme d’IMPÔTS, impôts qui ne seraient pas nécessaires si nos représentants d’une époque n’avaient pas ainsi sabordé, saboté, notre souveraineté monétaire.

    Tout ça est assez simple, il me semble.

    Je ne vais pas décrire la complexité qu’il a fallu développer au contraire, de l’autre côté de ce blog, pour arriver à montrer que « les banques commerciales ne créent PAS la monnaie qu’elles prêtent à partir de rien d’autre que leur culot et la confiance qu’on leur fait », tant cette complexité est foisonnante (c’est l’image des ballons qui m’a le plus surpris) ; ce serait trop long et je le suis déjà naturellement (trop long) 😉

    À mon avis, ces arguments-là deviennent complexes simplement parce qu’ils ne correspondent pas à la réalité qu’ils veulent expliciter. C’est mon avis, pas plus.

    ___________________

    Analyser la CRÉATION monétaire observée à l’occasion d’un crédit bancaire comme s’il s’agissait de CIRCULATION monétaire, c’est, pour moi, un signe de CONFUSION manifeste, un Nième signe de la « complexité » évoquée plus haut. (Mais je me trompe peut-être, bien sûr.)

    Il serait d’ailleurs intéressant de savoir comment les uns et les autres, ici, calculent la vitesse de ROTATION de la monnaie. Pour moi, j’en suis resté (pour l’instant) à un calcul assez simple : en divisant le PIB par la masse monétaire, on obtient une vitesse de rotation assez facile à appréhender : si le pays a échangé 8 000 G€ de richesses cette année alors que la masse monétaire n’était que de 4 000 G€, les acteurs, en moyenne, ont dû utiliser chaque signe monétaire deux fois pour pratiquer tous leurs échanges (PIB 8000/ M3 4000= Vitesse 2). On n’obtient évidemment pas le même résultat selon qu’on prenne M1, M2 ou M3 comme masse monétaire de référence. Il me semble que l’agrégat utilisé par la BDF pour observer cette vitesse proche de 1 est M3 (dont l’ordre de grandeur est un peu moins de 8000 G€ pour la zone euro en 2006).

    Le principe des monnaies « fondantes » (qui perdent constamment et rapidement un peu de leur valeur) vise justement à dissuader la thésaurisation pour favoriser la circulation de la monnaie. Une inflation modérée pourrait (devrait normalement) produire simplement un effet comparable. Logiquement, la stabilité des prix, au contraire, devrait ne pas stimuler la circulation puisqu’on ne perd alors pas grand-chose à thésauriser.
    _______________________________

    Daniel (ou Linda ?) dit ensuite : « On rejoint ici l’opinion souvent émise notamment après des MOUVEMENTS D’EXTRÊME-GAUCHE, pour lesquels, il coule de source que l’on peut en créer de l’argent À PROFUSION selon les besoins. »

    Cette façon de coller des étiquettes globales et globalisantes (honorifiques ou infamantes, selon le cas, invitation à lire attentivement si l’étiquette est reluisante, ou invitation à se détourner prestement, sans même prendre connaissance de l’idée étiquetée, si l’étiquette est humiliante, l’adjectif « extrême » servant par ailleurs de repoussoir pavlovien commode pour intimider ceux qui craignent par-dessus tout le ridicule) sur le front des interlocuteurs, alors que, selon moi, les idées devraient être détachées de leur auteur pour être appréciées justement, sans procès d’intention, cette manie étiqueteuse me désole : je l’attribue à l’emprise des partis, des factions, des orthodoxies et de leurs prêtres, sur la pensée politique du moment.

    Non pas que Daniel soit lui-même un de ces factieux, bien sûr (il n’en a pas l’air du tout !), mais c’est dans l’air du temps, dans les habitudes locales. Et je trouve ça bien regrettable.

    Sur la thèse importante de la très nécessaire séparation des idées pour réunir les hommes, sur cette lutte contre les orthodoxies et contre l’esprit de faction, contre l’esprit de parti, de clan, de discorde imposée, je voudrais vous signaler ce texte, à la fois fort et utile, de Jean Grenier, professeur de philosophie de Camus (que Camus admirait), extrait de son petit livre formidable « Essai sur l’esprit d’orthodoxie » (dont j’ai parlé récemment à Paul en privé) ; c’est une merveille, ne ratez pas cette pensée-là :

    « Les essais qui suivent sont une longue protestation contre les orthodoxies.

    Il me faut m’expliquer sur ce mot. Je laisse de côté la définition admise par Littré : « Conformité aux doctrines de l’Église. On appelle auteur orthodoxe celui qui n’enseigne rien que de conforme à l’autorité de l’Église, etc. » Ce qui m’intéresse plutôt c’est le sens du mot par extension : « Quiconque ne produisait pas des certificats ou des gages suffisants d’orthodoxie païenne était exclu non seulement des écoles entretenues par les cités, mais de toute espèce d’enseignement public (sous l’empereur Julien). » Cette citation donne un sens encore trop restreint au mot orthodoxie. Je l’ai pris plutôt au sens qu’a employé Émile Burnouf dans la Science des religions quand, revenant à l’étymologie du mot, il écrit : « Quand une opinion se déclare droite et vraie, cela signifie que toute opinion différente n’est ni l’un ni l’autre. » « Chaque orthodoxie a pour opinion qu’elle est la seule bonne et la seule vraie. » Une orthodoxie est donc avant tout une doctrine d’exclusion.

    L’orthodoxie succède à la croyance. Un croyant en appelle à tous les hommes pour qu’ils partagent sa foi ; un orthodoxe récuse tous les hommes qui ne partagent pas sa foi. C’est que la foi du premier est surtout un sentiment et la foi du second surtout un système. Le premier dit : « Laissez venir à moi… » et le second : « Qu’il soit anathème… »

    C’est une loi presque fatale que ceci succède à cela.

    Pourquoi ce durcissement, ce passage de l’appel au refus ? C’est que toute croyance contient en germe un élément négatif : la même idée qui est un moyen de ralliement sert aussi un moyen d’exclusion : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. »

    C’est surtout qu’une croyance en s’implantant dans une société s’organise et se défend comme une plante qui étend ses racines jusqu’à ce qu’elle trouve de l’eau, recouvre sa tige d’écorce, tourne ses feuilles vers le soleil, enfin use de tous les moyens pour se développer et repousse avec intransigeance tout ce qui ne peut pas l’y aider. L’orthodoxie est donc une suite fatale de toute croyance qui réussit ; ou, en tout cas, elle est une tentation à laquelle peu de croyances résistent.

    (…) [Les orthodoxies] rapprochent des hommes très différents qu’elles rendent semblables ; elles éloignent des hommes très semblables qu’elles rendent différents et même hostiles, témoins les luttes interminables, à l’époque des Croisades, entre les Latins et les Grecs.

    Ces grandes forces sociales que constituent les orthodoxies risquent de faire perdre complètement le contact avec la croyance primitive.

    Toute orthodoxie repose en effet sur des conventions, et la première de toutes est qu’il faut se ranger à l’avis soit d’une majorité, soit d’un chef, et, une fois que cette majorité ou ce chef se sont prononcés, se ranger à leur avis sous peine d’être bannis de la société. Une hérésie se distingue d’une orthodoxie par le fait qu’elle ne groupe qu’une minorité. Tel est au moins le caractère de l’hérésie pour celui qui voit les choses du dehors. Pour celui qui les voit du dedans, la majorité et le chef se décident d’après la tradition, ils sont animés d’un esprit qui dicte leurs décisions ; l’arbitraire du nombre ou de la dictature ne serait ainsi qu’apparent.

    En tout cas, le résultat est que l’orthodoxie devient de plus en plus une convention et s’appuie de plus en plus sur des formulaires, de même qu’elle cherche un soutien dans un État ou dans une classe sociale.

    Cette cristallisation et ce raidissement sont des nécessités pour l’orthodoxie. Elle ne peut se maintenir qu’en restant immobile, car la moindre fissure pourrait entraîner l’écroulement de tout l’édifice : si on laisse critiquer un point, pourquoi pas un autre point et ainsi de suite ? L’orthodoxie est donc parfaitement intransigeante.

    Et le croyant se sent rassuré : dans un univers changeant il s’attache à quelque chose qui ne bouge pas, et se sent d’accord avec un grand nombre d’hommes. Or les deux causes les plus aiguës de souffrance sont incontestablement la solitude dans la Nature et la solitude dans la société. ÉCHAPPER À L’ISOLEMENT EST LE PREMIER BESOIN DE L’HOMME. ON S’EXPLIQUE, QUAND ON PENSE À CELA, L’ADHÉSION À UNE ORTHODOXIE DE NOMBREUX INTELLECTUELS, exigeants pour leur propre pensée, mais PRÊTS À ACCEPTER N’IMPORTE QUEL SYSTÈME AFIN DE N’ÊTRE PLUS SEULS, et aussi parfois afin de rejoindre la communion humaine.

    De telles conversions quand elles sont désintéressées sont très respectables. Elles n’en sont pas moins suspectes du point de vue de l’intégrité intellectuelle, car on ne doit admettre aucune idée, même bienfaisante, que l’on ne croie vraie. Le « pieux mensonge » est chose haïssable. C’est l’honneur de l’homme de se soumettre à des choses qui le dépassent.

    (…)

    À peine née, la foi agit ; à peine agit-elle qu’elle cherche à se nommer. Elle rassemble autour d’elle un nombre d’hommes qu’elle sépare des autres : ce partage forme les partis. Déjà l’idéal se trouble et s’obscurcit en passant dans la pratique. Il existait pour unifier ; voici qu’il divise. Le croyant s’étonne qu’on ne participe pas à sa croyance. Mais il ne nie que parce qu’il affirme ; il ne déteste que parce qu’il aime. Un moment vient où il finit par oublier le but pour ne plus voir que le moyen.

    (Commentaire [de Jean Grenier]) : Nous n’examinons ni le fascisme ni le social-nationalisme. La Nation et la Race peuvent être efficaces mais c’est, nous semble-t-il, plutôt comme mythes que comme idéaux. Un mythe divise dès le début ; un idéal peut se dégrader en mythe, mais commence toujours par unir. Nous sommes contre les mythes.

    Du parti.

    Il peut être intéressant de voir maintenant comment se fait l’adhésion à un parti une fois que nous avons circonscrit le champ dans lequel peut se faire cette adhésion. Nous laissons le cas de ceux qui ont souffert et n’ont pas eu à choisir, pour nous tourner du côté de ceux qui n’ont pas souffert et dont le choix doit être déterminé par l’intelligence. Nous ne parlons plus ici des mêmes hommes ; et nous allons signaler quelques difficultés qui se présentent aux intellectuels.

    3° Un intellectuel qui s’est montré dilettante et n’a envisagé dans la vie que sa part de rêve et de jeu, dès qu’il est converti à l’action sociale, se précipite vers la conception la plus rigide de l’art populaire : il ne veut plus écrire une ligne qui ne serve à la société ; et surtout il ne verra aucune difficulté à adhérer au Credo le plus catégorique. Plus on a pris de libertés autrefois, plus on doit se montrer sévère envers soi-même — et aussi envers les autres. La psychologie de saint Augustin est celle de tous les convertis.

    4° Comme l’intellectuel a d’habitude (et rien n’est plus malheureux) peu de contact avec les autres hommes, en tout cas en a moins que l’ouvrier, le technicien ou l’homme politique, comme par suite il ne peut agir directement autour de lui, il se croit obligé d’adopter des opinions extrêmes afin de compenser le peu d’étendue de son action. Il sera d’autant plus tenté de le faire, s’il a le sentiment de la justice, que sa situation sociale paraîtra aux autres plus avantageuse.

    5° Quand on doit traiter une affaire qui vous concerne personnellement on réfléchit avant de s’y engager, car si l’affaire tourne mal vous en supportez les conséquences. Un pilote, un chirurgien, un mécanicien, n’ont pas le droit de se tromper. Si vous adoptez une théorie politique vous n’aurez pas ces scrupules… Et même… Laissons parler Descartes :

    « II me semblait que je pourrais rencontrer plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent, et dont l’événement le doit punir bientôt après s’il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet touchant des spéculations qui ne produisent aucun effet, et qui ne lui sont d’autre conséquence sinon que peut-être il en tirera d’autant plus de vanité qu’elles seront plus éloignées du sens commun, à cause qu’il aura dû employer d’autant plus d’esprit et d’artifice à tâcher de les rendre vraisemblables. »

    6° Il faut tenir compte du désir de simplification naturel à tout homme. Autrefois il y avait dans les villages les « blancs » et les « rouges » et il ne fallait pas sortir de là. Maintenant si l’on n’est pas « marxiste » ou susceptible de le devenir, on vous tient pour « fasciste ». Ce n’est pas une mauvaise tactique étant donné la peur des mots ; et l’on voit des gens résignés à tout dire et à tout faire « pour ne pas passer pour… ». Mais un pareil procédé n’est preuve ni de bon sens ni de bonne foi.

    Peut-on être convaincu de la nécessité et de la bienfaisance de ce qu’on appelle en gros « le socialisme » ? Oui. Est-on forcé pour cela d’être marxiste? Non. — Peut-on admettre une politique d’extrême gauche? Oui. Est-on forcé pour cela d’admettre la métaphysique de l’extrême gauche ? Non.

    Transformer la propriété, renoncer à toute conquête et à toute colonisation, faire du travail un droit et un devoir, pourquoi pas? Mais comme cela m’ennuie si vous exigez pour cela que je croie au progrès, à la raison et à la science, au sens où les hommes du siècle dernier ont pris ces mots-là!

    Il convient de dissocier les idées, avant et afin d’associer les cœurs. Voici quelques dissociations :

    7° L’extension de l’instruction ne va pas toujours de pair avec le progrès de la culture. Les masses sont de plus en plus éclairées, mais les lumières sont de plus en plus basses. Les idées courtes et simplistes ont plus de succès que les autres. Un homme cultivé a de moins en moins de contemporains. Pour peu qu’il mette en doute certaines idées générales et optimistes, un peu trop générales et un peu trop optimistes, il passe pour un buveur de sang. Mais cette marche inverse de l’instruction et de la culture n’était pas fatale. (…) »

    Jean Grenier, « Essai sur l’esprit d’orthodoxie ».

    Bon, voilà ; ce texte vous semblera peut-être hors sujet au premier abord, mais pourtant, il éclaire bien des aspects de nos controverses, et c’est à Jean Grenier que je pense tout de suite quand on invoque l’étiquette infamante « extrême quelque chose » en guise de ‘baguette magique de discrédit facile’… Chaque fois, je me dis alors en moi-même : « la peste soit des orthodoxies et de leurs inquisiteurs… »

    Mais surtout, sur le fond, je n’ai jamais lu ici (mais je peux avoir raté des interventions, il y en a tant chez Paul) que l’argent pouvait être librement créé « À PROFUSION » : j’ai plutôt lu qu’il était possible et utile de créer « À SUFFISANCE » (et précisément sans excès) une monnaie PERMANENTE, ce qui serait déjà formidable.

    Tous ont souligné cette nécessaire prudence, connaissant bien le chiffon rouge de l’hyperinflation, sorte de crucifix brandi par les exorcistes amis des rentiers pour effrayer les enfants curieux et indociles qui feraient mine de trouver intéressant le FAIT de la corrélation répétée entre prospérité générale et inflation modérée… Le chiffon rouge des amis des rentiers consiste à faire croire que toute inflation porte en elle le germe fatal de l’hyperinflation, ce qui est un amalgame, une exagération, une caricature (au profit de quelqu’un, peut-être ?).
    ___________________________

    Daniel (ou Linda ?) dit ensuite : « Croire dans la possibilité de créer la monnaie à partir de rien, amène à oublier que la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses ».

    Il serait intéressant d’étayer cette affirmation : est-elle descriptive ou prescriptive ?

    Décrit-elle la réalité actuelle ? (et dans ce cas, il me semble que Daniel se trompe)

    ou bien indique-t-elle une conduite raisonnable à adopter en matière de création monétaire ? (et là, nous serions bien d’accord).
    ______________________________

    Mais surtout, à la fin du billet de Daniel (ou de Linda), nous allons peut-être tous nous rejoindre (enfin !) quand il dit :

    Je considère désormais la monnaie comme un bien commun, émis de toute façon par une banque centrale, laquelle doit représenter tous les citoyens d’un ensemble politique donné – nations ou confédération de nations – il n’y a pour l’instant pas de Banque Centrale d’émission Universelle, même si certains en rêvent.

    Dans cette optique, toute manipulation touchant à la circulation de ce bien commun doit pouvoir rester sous contrôle du citoyen. Sont alors condamnables autant les banques périphériques (d’affaires ou commerciales), qui accordent des crédits à tort et à travers pour les refourguer ensuite au marché sous forme de produits financiers opaques – leur seul souci étant de se sucrer au passage – qu’une banque centrale dite « indépendante » qui n’a de compte à rendre qu’à son directeur – comme c’est le cas pour la BCE.

    Le bien commun monétaire étant gagé sur la production commune, il est également capital que tout citoyen puisse trouver toutes les conditions favorables pour pouvoir participer à celle-ci. En particulier, sont constitutionnellement à proscrire ces étranges captations de « plus values négatives du travail » (avec en contrepartie une création de valeur pour l’actionnaire) que constituent les licenciements boursiers.

    (…)

    La réappropriation de leur monnaie par les citoyens, à travers un système bancaire régulé et contrôlé – ce qui ne remet pas en cause sa fonction originelle – doit permettre à chacun de rêver à nouveau en toute confiance, et d’estimer l’avoir bien mérité. Cela s’appelle la DIGNITÉ.

    Que pensez-vous, Paul, de cette belle conclusion ?
    Sommes-nous tous réunis autour de cette formulation œcuménique ?

    Et si vous l’agréez, si nous convergeons tous vers une monnaie libérée de la rente banquière et placée sous contrôle public intégral, quel est l’intérêt de l’interminable discussion sur la création (ou pas) de ‘monnaie’ par les banques commerciales ?

    Ou bien, autrement dit, Paul, comment voulez-vous appeler, par quelle expression, (pour qu’on puisse tous enfin utiliser un mot commun consensuel pour décrire une réalité incontestable) les « signes nouveaux porteurs de pouvoir d’achat créés temporairement de toutes pièces par les banques commerciales à l’occasion d’un prêt » ?
    QUEL NOM donnez-vous à ces ‘chiffres transmissibles’ apparus ex nihilo sur des DAV au moment des emprunts (et détruits au moment des remboursements)’ ?

    Et que pensez-vous de la maîtrise publique (nécessaire ou pas ?) de toute création de nouveaux exemplaires ces signes ?

    Bien amicalement.

    Étienne.

  35. Moi je suis ému par le message de Linda. Je dis l’argent n’est pas le nerf de la guerre, c’est le courage.
    Je dis, interdiction de la bourse et de la spéculation financière (l’autre faut faire avec…) je dis pas d’autre moyen que coercitif, c’est malheureux mais c’est comme ça. Il y a un truc qui déforme les gens c’est le pouvoir, en ce moment c’est l’argent, à d’autre c’est la religion, tous les pouvoirs sont instables , mais nécessaires. On assiste à la chute d’une idole, le dollar, c’est notre responsabilité de faire autre chose maintenant. Je dis discours simple mais pas simpliste.
    Je dis aux armes citoyens (refrain connu…)
    Bonne année 2009 avec de gros morceaux de neufs et de réalités dedans.!

  36. Paix aux hommes de bonne volonté…
    …Et aux femmes ( @ Gibus du 24/12 : assassin et perspicace : bravo ! mais ne vous méprenez pas, le sale gosse a quand même du cœur)

    @ RST (pour solde de tout compte)

    1) Non, s’il vous plait, n’interprétez pas ce qui n’est que clause de style. Quand je parle « d’analphabète théorique » je ne fais pas dans la victimisation, je fais dans l’hyperbole et l’auto dérision, c’est-à-dire dans l’humour. Des fois ça marche, des fois ça ne marche pas. Avec vous, la prochaine fois, j’essaierai autre chose…
    C’est pareil quand je dis par exemple : « Je vous connais bien ». Il est évident que je parle des positions que vous défendez généralement. Comment voulez-vous que je puisse parler de vous personnellement, puisque je ne connais même pas votre prénom (moi c’est Daniel). Cependant vous semblez prendre les mots de plein fouet et vous êtes probablement quelqu’un d’intéressant…

    2) Sur le mot « ennemi » je reconnais que le terme est fort. Il semble qu’il vous ait particulièrement choqué et je m’en excuse. Certains mots m’habitent, ils sont liés à mon histoire personnelle, et ils filent naturellement sans que je m’en rende compte quand j’écris. Vous savez, je me souviens d’un professeur de français qui m’avait dit un jour : « Si vous persistez à écrire comme cela, vous finirez sous les ponts ». Cela ne s’est pas arrangé avec le temps mais qu’y faire, me taire ?

    3) Sur votre qualité supposée « d’expert » vous touchez là à un problème bien réel. C’est vrai qu’il est très facile de se faire passer pour ce que l’on n’est pas sur internet, et à fortiori, de tirer des plans sur la comète à propos d’autrui. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de ne plus utiliser de pseudo, ou alors de temps en temps pour rire (clin d’œil @ Benoit). Vous pouvez vérifier, je suis dans l’annuaire, à Grenoble (38000). En tout cas la passion que vous avez mis à vous instruire fait de l’effet, ce qui est tout à votre honneur.

    4) Oui, je sais, il y a des tas de bouquins qui abondent dans votre sens mais pourquoi cela aurait-il valeur de vérité absolue ? (dans sa passe d’arme –encore une métaphore militaire- avec Etienne, Nadine a très bien résumé la chose sur les prix Nobel). Vous faites aussi une comparaison malheureuse avec le domaine médical. Que valent aujourd’hui les livres sur les maladies infectieuses écrits avant Pasteur ? Rien qu’une phrase telle que celle-ci, que vous extrayez du Plihon : « La plupart du temps, les créances bancaires correspondent à des crédits : il s’agit de la monnaie de crédit, créée ex-nihilo par les banques à l’occasion de leurs prêts » est immédiatement sujette à interprétation. Rien ne m’oblige à voir dans les instruments de crédit des banques de la monnaie centrale créée ex-nihilo… Et l’on retombe sur nos moutons !

    5) Je pense que ce qui nous différencie est notre approche de l’économie. Vous vous êtes coltinée avec la matière en l’abordant de front, et moi, en partant de ce qui me passionne en fait le plus : l’histoire. Je résonne peut-être trop en me référant à des cas d’espèces du passé ? Ceux-ci, en tant que faits, n’en posent pas moins une base de réflexion solide. Sinon, je ne suis sûr de rien. Si l’avenir vous donne raison je vous en donne acte d’avance.

    @ Stubborn
    Vous, vous êtes de bonne composition, car j’ai vraiment été cavalier à votre endroit ! Veuillez pardonner à l’homme fatigué. Dans mon analogie avec la voiture, je voulais simplement dire qu’entre la vitesse et la méchanceté intrinsèque de l’engin, on semblait oublier précisément le chauffeur. C’est vrai que c’est difficile de passer de la littérature à l’économie. Peut-être parce que trop d’économistes répugnent à faire le chemin inverse, ce qui serait bien utile à tout le monde. Il y a des exceptions heureusement. Les livres de Paul (je pourrais en dire autant par exemple de ceux de Gréau) sont très bien écrits. Merci pour eux.
    A part ça, si vous étiez rwandais, vous vous méfieriez plus des « petites machettes défricheuses et patientes » (le Rwanda : premier génocide de l’ère écologique postindustrielle). Ne croyez pas que j’ai un rapport pathologique avec les armes. Essayez seulement de raconter l’histoire de l’humanité en faisant l’impasse sur cet aspect là, et vous raconteriez quelque chose sans queue ni tête. L’invention du canon rayé a eu autant d’impact sur l’homme que celle de la pénicilline. Je suis le premier à le regretter et à me méfier tout autant que vous des grands soirs. Je fais avec, c’est tout.

    @ Jonathan, Leduc, Rumbo, Noviant, Shiva ( ? ) et les autres que j’oublie.

    Merci ! Vous êtes tous très forts et savez faire dans l’analyse nuancée, ce qui me manque, car je domine beaucoup moins mon sujet que vous tous. Une seule chose, avant de vous souhaiter bonne nuit. La formule « Pépé le Momo » (Allais) était destinée au départ à mon amusement personnel, pas à la cantonade. J’ai oublié de la corriger en soumettant mon texte à Paul. Je suppose qu’elle a du en choquer quelques uns, et à ceux-ci je voudrai dire que, même si je ne suis pas toujours d’accord avec les théories de l’économiste, j’ai beaucoup de respect pour l’humaniste qu’il est essentiellement.

  37. Certains pays ont fait défaut dans l’histoire ou ont restructuré leurs obligations, incluant la Russie en 1998. Mais il est très peu probable qu’un pays comme le USA soit contraint de le faire car nous verrions plutôt une grande dévaluation de monnaie avant d’en arriver là.

  38. Il y a une crispation conceptuelle autour de ce ‘ex-nihilo’ comme s’il s’agissait d’un tour de magie.
    Et un tour de magie qui serait forcément condamnable, puisqu’ éxécuté par les ‘banques’.

    Mais enfin , cette crise actuelle tout le monde s’accorde à dire que c’est la politique monétaire de l’ETAT américain qui en est à l’origine , par la promotion d’un argent pas chère ! Les banques ne sont que le relai idéal.

    Il s’ensuit forcément un mécanisme de bulle et de spéculation , car cette masse monétaire DOIT trouver un débouché (que l’économie réelle n’arrive pas -je ne sais pas pourquoi- à fournir).

    Un bulle c’est déjà vilain et pas bien, surtout quand ça dégonfle : mais tant que le déplacement de richesse de ceux qui en auront profité peut -être honoré par les plumés, cela reste à somme nulle ….
    Mais quand ça pète trop vite et que cela aboutit à une dette ne pouvant pas être honoré, cette dette va se mettre à courir pour chercher sa victime : il en faut obligatoirement une.

    Et quand cette dette circule dans un système déjà en tension extrême puisqu’on était dans un système déjà bien endetté (Etat/ménage) … et dont le mode de fonctionnement monétaire repose sur de l’argent-dette (en ce sens que la monnaie est au départ un emprunt de l’entreprise à sa banque , donc en fait un emprunt à la société entière elle même), alors cela fait bien des dégats.

    Et quand on réalise que la somme des dettes ne peut plus être garantie par la réalité des richesses actuelles, ni présentement , ni a court terme , alors c’est la course au cach, à la liquidité … qu’on laisse encore en banque tant qu’on a confiance dans sa banque, ou dans la monnaie fiduciaire … sinon on passera au lingot

    Dommage que ce scénario, non seulement détruise la richesse virtuelle, mais destructure l’ empilement fragile des dettes et aboutisse à détruire de la véritable richesse dans l’économie réelle : c’est la même monnaie pour tous.

    Et on assiste à phénomène stupide d’adéquation ou chacun a plus d’intérêt individuel , pour préserver son pécule, à avoir un comportement destructeur pour le système, donc pour les autres : c’est le marché qui s’auto-nettoie de ses (nos) excès.

    Dans ce scénario, les banques ne sont qu’un débouché des deux débouchés, qu’une des 2 bulles .
    Car il y a eu deux bulles : l’immobilier et la spéculation … qui se sont rencontrés dans la magie des sub-primes.

    Bref, même si la création de la monnaie pose des problèmes conceptuels de règles du jeu vu qu’il ne sert pas qu’aux strictes échanges mais aussi au partage des richesse (Chacun voulant se servir au passage suivant la force de sa situation), dans la crise actuelle les origines sont a chercher ailleurs :
    – Du coté des USA dans leur ensemble
    – Du côté du tripotage permanent de la monnaie selon des pratiques bassement keynesienne qui le ferait retourner dans sa tombe (mais qui fascinait une partie de la gauche actuelle)
    – Du côté de l’ETAT US , de son faux libéralisme, et de son faux social à la Fanny May.

    Restent quelques gagnants que personne n’ira titiller (car fondement de la propriété) : les vendeurs d’immobilier au plus haut, et les heureux commissionnés de la chaine bancaire (de ceux qui ont accordé ces prêts pourris à ceux qui les ont titrisés en douceur : la politique de la patate chaude appliquée à la gestion du risque).

    PS/ Sinon , oui Linda , bon billet : je n’arrive pas toujours à savoir si je suis d’accord ou pas mais je craque au final altéro-oeucuménique ! 😉

  39. Encore un excellent billet d’ Étienne Chouard qui appuie là ou ça fait mal et pousse la réflexion encore plus loin.

    Effectivement les modèles théoriques ballons, papiers, M. untel a son argent en poche il va à la banque… ne sont d’aucune utilité pour prouver ou invalider l’acte de création monétaire par les organismes de crédits. Cette création ne découle pas d’un processus logique, d’une « mécanique naturelle », aucune démonstration théorique ne permettra de prouver ou d’ invalider un fait qui découle de choix organisationnels humains. La création monétaire n’est pas une propriété d’un objet « banque » que l’on pourrait prouver à partir de prémices suffisamment clairement définies. D’autant plus que dans les modèles utilisés ici la conclusions fait partie des prémices !

    – A met son argent à la banque, la banque prête cet argent à B – moins les réserves fractionnaires – qui achète un bien à C qui remet l’argent à la banque qui le re-prête etc…
    Au final lorsque tout le monde aura remboursé la banque il ne restera plus que l’argent de A: Donc les banques ne créent pas d’argent CQFD.

    Ou alors pour « l’affaire » des ballons :

    « Mon fils dépose 10 ballons dans son placard. Sa sœur emprunte 9 ballons… » inutile d’aller plus loin, cette banque prête unique ment ses dépôts. Tout est dit; mais rein n’est prouvé…

    Ces modèles théoriques ne font que renvoyer à la question:
    La banque commerciale prête-t-elle ses dépôts ou une monnaie temporaire crée pour l’occasion ?

    Paul donne lui-même la réponse (ref. http://www.pauljorion.com/blog/?p=1074):

    « Quand on attire ensuite son attention sur le fait que sa « création ex nihilo » est une opération comptable enregistrant l’existence d’une dette, liée à une présentation particulière, celle du système « à double entrée », accompagnée d’un vrai transfert d’argent (reçu par le vendeur de la maison, par exemple) qui sera suivie d’une opération comptable en sens inverse de « destruction ex quelque chose », quand l’argent vrai sera remboursé, on est en droit de lui demander : « Où est le scandale ? »

    Plus loin on trouve :
    « nous faisons des paris sur l’avenir, nous avançons de l’argent à celui qui va créer de la richesse »

    Des fois je me demande si je ne suis pas une bactérie dans le « blog de pétri » d’un anthropologue…

    Mais, plus loin encore :

    « Si je prête de l’argent à quelqu’un parce que son salaire n’est pas suffisant pour nourrir sa famille et que je lui réclame des intérêts, je ferais peut–être mieux de m’abstenir et à tout prendre, cet argent, il vaudrait bien mieux que je le lui donne, puisqu’il est clair que moi je peux m’en passer. Mais le vrai scandale bien entendu c’est que nous vivons dans un monde où il y a des gens qui n’ont pas à bouffer et que ça ne nous empêche pas de dormir. Le jour où ça nous empêchera de dormir, nous serons prêts à situer les scandales là où ils existent. »

    Je me dis que cet « agent » qui n’en est pas, cette reconnaissance de dettes temporaires, promesse de richesses futures, cette fiction incréée, à un bon fond si l’on excepte les intérêts :-))

    PS: La demande de sourcer et d’apporter des éléments probants (si possible), lorsque l’on affirme; n’est pas de nature à déclencher des psychodrames. A mon sens c’est vital, c’est la différence entre un débat capable de comprendre qu’en y regardant de plus près la roue que l’on croyait ronde est finalement ovale voir carrée !
    Et un jeux d’orthodoxies mondaines, plus ou moins vache (il y en avait à Bethléem ?) du type « Jacques » à dit…

    PS 2: allez je fais mon « comming aout » J’Y CONNAIS RIEN EN ECONOMIE

  40. @ Shiva
    je vais chez l’épicier et achète pour 100 € . Je ne paie pas en monaie scripturale ni fiduciaire mais signe une reconnaissance de dette de 100€ plus un bonbon pour le service . L’épicier est gourmant.
    Celui ci règle une partie de sa prochaine livraison de bonbons avec ma reconnaissance de dette. Le livreur me connait. Il ne demande rien en plus car il n’est pas gourmant.
    Il vient me voir à la fin du mois (j’ai enfin été payé) : je lui règle les 100 € en billet , mais il ne prend pas le bonbon.

    A ) REPONDRE AUX QUESTIONS

    1) Ma reconnaissance de dette qui a circulé : est-ce de la monnaie ?
    2) Ma reconnaissance de dette : est-ce MA PROPRE monnaie ?
    3) L’ai-je créée à partir de ex-nihilo ou bien de mon propre culot.
    4) Ai-je été ma propre banque ?

    5) Après m’être acquitté de ma dette , donc avoir dédruit ma propre monnaie, peut-on dire que ma monnaie n’a jamais existé ?
    6) Si oui (elle n’a jamais existé) , peut-on alors dire que ma monnaie virtuelle n’ était qu’ anticipatrice du billet de 100 € ?
    7) Sinon expliquez comment les échanges de bien ont pu s’opérer.

    B) REPONDRE AUX MEMES QUESTIONS SACHANT QUE : en fait j’avais 100€ en or caché (comme un DEPOT) chez moi au fond de ma boite à bonbons … qui étaient le gage des 100€ de ma reconnaissance de dette.

    C) Question subsidiaire : A qui appartient le bonbon et qu’en faire ?

    PS/ Moi non plus je n’y connait rien en économie. Parfois (enfin c’est rare) ça peut être un avantage.

  41. @ Paul ,
    Bon, en fouillant dans vos billets je découvre que vous êtes anti-friedmanien et allergique à la M1.

    Je suis donc désolé si les bras vous en sont tombés en lisant ma formule (plus haut) E= m2v plutôt que E= Mv2

    C’est que voyez vous, je pense que la stricte vitesse ne peut pas avoir un effet inflationiste ou noscif aussi efficace qu’une augmentation de la masse monétaire.

    Néanmoins l’idée de contrôler la monnaie en contrôlant sa masse est vraiment une idée d’un simplisme assez affligeant (Vraiment le truc qui n’explique rien, en plus) . Comme si on réduisait la sociologie à la démographie ou bien pire , au recensement.

    Pour moi le problème c’est l’argent facile en amont qui, à partir d’un moment donné ne trouve plus sa justification et s’en invente : bulle/spéculation classique , et d’autre part l’endettement généralisé avec des des ménages et des états ou acteurs publics, qui finit par être un ensemble de promesses qu’on ne pourra pas raisonnablement tenir .
    Ceci étant singulièrement alourdi (semble-t-il spécifiquement pour ce coup là) par les produits sophistiqués de la finance qui transforme toutes les créances à maturité longue donc incertaines en cash immédiat.

    Bon, pour vous faire plaisir, je veux bien admettre que le mauvais partage de richesse joue quelque part un rôle … mais il est filtré par une perception forcément subjective et ‘médiatisé’ (vous aimez bien le mot) et ne correspond pas toujours à la réalité.
    Mais j’ai surtout l’impression d’une sorte de boulimie de consommation quantitative avec un état de manque dès que cela stagne : la voilà l’aliénation de notre modèle où l’on se piège tous.

    Respectueusement et primitivement vôtre.

  42. @ Etienne Chouard

    Etienne ! Etienne ! Etienne ! Encore une nuit blanche en perspective, après 10h de boulot et avant de remettre ça demain dimanche à 13h (pour ceux qui travaillent dans les hôtels les fêtes sont une vue de l’esprit). Cela ne va pas arranger mon taux de sucre (oui Etienne, je suis un puni ! J’ai trop bâfré et trop picolé !) Mais il le faut car je crois vraiment qu’il y a un malentendu entre nous.

    J’aimerais d’abord que vous relisiez la réponse que j’ai faite à Fab et RST dans mon billet du 26 décembre à 4h37 (au passage je vous précise que Linda Seredes est l’anagramme « idéal » que j’avais trouvé pour la fille adolescente d’un copain, qui cherchait un nom pour s’imaginer en star de rock !). Etant crevé et passablement énervé, j’ai mis beaucoup de moi-même la dedans, comme toujours en ces cas là. Cela vous mettra en condition pour mieux me connaître et savoir ce que je cherche réellement, où plutôt vers quoi je cherche à me diriger à l’aveuglette.

    Sur ce point, ne me reprochez pas, comme l’avait fait RST (et je comprends parfaitement qu’il en soit venu à penser cela) de faire de la « victimisation », si je vous dis que ma perception de tout ce qui se débat sur ce blog est beaucoup plus « subjective », c’est à dire intuitive, que la vôtre, où d’autres intervenants réguliers, lesquels apportent à ces échanges une qualité d’approfondissement incroyable. Je le répète, je le martèle, je n’ai pas la même facilité que vous semblez avoir, ainsi que beaucoup d’autres, d’objectiver et approfondir rationnellement les choses.

    Si je veux intervenir dans vos débats, j’ai besoin déjà de plus de temps (pour écrire ce long texte que j’ai adressé à Paul, il m’a fallu littéralement me « retirer dans le désert » lui sait de quoi je parle) et de tout un tas de béquilles que sont, entre autres, mon vécu personnel (qui peut facilement donner l’impression que je « m’étale ») les analogies et les coquetteries de style (ça, je sais très bien le faire), et, sans doute mon point fort, une bonne connaissance de l’histoire universelle (j’ai beaucoup « bossé » pour l’acquérir). Ce temps fou que je perds à mobiliser toutes ces béquilles pour vous rejoindre, vous l’avez déjà gagné pour aller droit au but, au cœur du débat.

    Quand vous m’avez répondu personnellement -grand merci au passage- sur ma petite analyse « anti jésuitique » de votre synthèse « jésuitique » (où l’inverse, tout est une question d’angle de vue, j’y reviendrai) il m’a déjà fallu une bonne heure, non pas pour vous comprendre, car vous êtes très clair (tous les gens qui s’expriment ici sont généralement à mon sens d’une clarté cristalline) mais pour reprendre mes esprit et simplement me sentir capable de vous répondre. D’où ce décalage entre mon billet et le vôtre.

    Si je m’accroche, si j’accepte de passer encore des heures à le faire (et oui, en plus j’écris très lentement) c’est parce que je sens qu’il y a dans cet acte quelque chose qui relève, allez vous trouver ça pompeux ? De la CITOYENNETE, c’est-à-dire de la participation au BIEN PUBLIC. Ce que j’avais perdu au bout d’une brève incursion dans le militantisme politique, je crois en effet l’avoir retrouvé ici, mais en me heurtant, comme dans le premier cas, au plafond de verre qui séparent ceux qui parlent de ceux qui aimeraient participer aussi au discours, et éprouvent plus de difficultés pour le faire.

    Cette introduction doit vous sembler bien étrange, mais ce n’est certes pas pour noyer le poisson, c’est le CŒUR MEME DU SUJET. Ecoutez Etienne ! Une chose me hante actuellement. Je n’en dors pas de la nuit comme vous-mêmes perdiez le sommeil, il y cinq ans, en repensant à ce que pouvait impliquer, pour la démocratie, les méandres tortueux du TCE. C’est le décalage grandissant qui existe actuellement entre les nouveaux groupes sociaux, j’ai envie d’ailleurs de dire les nouvelles classes sociales.
    Il y a d’abord ceux qui ont le pouvoir que confère la possession de l’argent, le pouvoir de le manipuler, et de manipuler tout le restant de la société en manipulant aussi tout l’imaginaire symbolique liée à l’argent. Je les appelle moi les DEPOSSESSEURS.

    Il y a ensuite ceux, qui font déjà partie du cercle des « dépossédés », qui n’ont pas ou peu le pouvoir de l’argent, mais n’en possède pas moins encore un certain pouvoir, celui que donne la Connaissance, le Savoir.
    Tous les rapports d’amour haine que le premier groupe entretien avec le second proviennent de ce que celui-ci est encore indispensable à celui-là, notre société hyper industrielle l’exige, tout en lui constituant une menace permanente de par son importance numérique.

    Le rêve et l’intérêt des manipulateurs d’argent (il n’y a pas de « complot » là dedans, rien qu’un saut de civilisation) est maintenant de contenir l’expansion des détenteurs de savoir, tout en les asservissant totalement à leur objet. Contradiction impossible qui rend irrémédiablement les deux groupes hostiles l’un à l’autre.
    Il y a enfin les autres, tous les autres, ceux qui n’ont peu ou pas l’argent, peu ou pas le savoir, et sont doublement dépossédés à ces deux titres. En bout de chaîne, la décharge publique de ce groupe, vous avez le PLEINEMENT DEPOSSEDE, le SDF, le « sans ».

    L’alliance des classes moyennes et des classes possédantes qui a eu lieu dans les années quatre-vingt, pour imposer un consensus libéral et libre échangiste, a permis l’effacement relatif de l’ancienne opposition des classes, en exportant ensuite de larges pans de l’appareil productif.
    Il n’est pas certain que la nouvelle problématique sociale que je viens d’exposer finisse par réactiver l’ancienne. Elle n’en est pas moins actuellement lourde de toutes les dérives, toutes les aventures, tous les cauchemars pouvant affecter l’ordre démocratique dont la caste transnationale (mondiale ne veut rien dire) ne voit plus désormais l’utilité de son maintien.

    Je me réfère souvent à Emmanuel Todd, puisqu’il est en effet le penseur (et un merveilleux vulgarisateur, je sais que vous aussi Etienne avez adoré son dernier livre) qui m’a permis le mieux de structurer ma vision HISTORIQUE des choses (dans le domaine plus particuliers de l’économie, je ferais plus confiance à Paul). Mais, au niveau de mon vécu au jour le jour depuis une trentaine d’année, le meilleur interprète de ma vision du monde et de l’angoisse que celle-ci génère, a été un gamin anglais de 25 ans, Robert Mac Liam Wilson (j’ai déjà parlé une fois de lui ici) et son extraordinaire roman-témoignage-enquête-reportage « les dépossédés ».

    Ce qui me hante, Etienne, c’est l’autisme (le mot est de Todd) qui règne entre tous ceux que j’appelle » les dépossédés » et la nécessité de créer des PONTS, afin de cristalliser entre eux une alliance NECESSAIRE et URGENTE.
    En vous répondant, Etienne, et ici j’ai bien conscience que je risque de paraître encore plus « à côté de la plaque » (je m’en fous, Etienne, d’être à côté de la plaque, ma vie entière l’a été) ou carrément dingue (pas grave, j’ai, comme on dit, un « passé psychiatrique » je m’en suis d’ailleurs « étalé » ici même) j’ai l’impression de créer l’un de ces ponts, moi l’autodidacte prolo déclassé des services et vous l’enseignant, car, que vous le vouliez ou non, nous ne procédons pas du même ordre de dépossession. Vous aussi êtes d’une certaine manière un autodidacte, mais cet habit a été beaucoup plus facile à endosser pour vous que pour moi.

    Quand j’écris sur ce blog, Etienne, je n’ai que le souci de répondre à trois exigences, les seules qui permettront, à mon avis, de créer un pont le plus large possible entre les gens comme vous et les gens comme moi : la SINCERITE, la CLARTE, la SIMPLICITE.

    Quelles que soient les options intellectuelles que je prends, et je reconnais que celle que j’ai choisi sur la monnaie n’est pas la plus aisée à défendre pour un profane, avec ces trois seules exigences que sont les miennes, il vous sera toujours très facile de me désarçonner. Je n’ai pas en effet votre rigueur pénétrante dans l’analyse ni cette fameuse intransigeance intellectuelle dont j’ai déjà parlé et qui m’effraie un peu chez vous (cela viens peut-être simplement d’un tempérament passionné, il faut de la passion pour être parapentiste). Mais sachez qu’en me désarçonnant vous cassez aussi une démarche qui est purement politique, celle de pouvoir entrer et jouer sur le même terrain que vous.

    Cela est d’autant plus absurde, que ma théorie très personnelle sur les trois exigences de la démarche politique aujourd’hui, je l’ai forgée en vous lisant, vous, il y a cinq ans, quand vous avez balancé votre fameuse analyse du TCE sur internet. Ce que vous disiez dans cette dizaine de pages n’a pas été d’ailleurs le plus déterminant pour moi, même si je m’en suis servi largement pour contrer les tenants du oui, et à un moment ou le rapport en sa faveur était encore de 60/40. Non, ce qui m’a impressionné, moi, c’est la lettre ouverte à tous qui en constituait l’introduction. Je n’ai pas été le seul à l’afficher dans les endroits les plus variés (moi sur ma porte, ce qui m’a valu quelques déboires avec la copropriété), j’en ai même trouvé une clouée sur un arbre, en pleine forêt de Chartreuse (!?).

    Pas étonnant Etienne, vous aviez été admirable de sincérité, de clarté, et de simplicité. Le reste est donc passé comme un courrier circulaire à la poste.

    Vous voulez quand même que l’on revienne à nos poissons ? Pas de problème Etienne !
    Je vais juste mêler les deux billets dans lesquels vous m’interpellez gentiment (je le sais que vous êtes un brave type) parce que l’heure tourne et que la conclusion en est indifférente.

    L’histoire du flingue :

    Alors là, Etienne, le malentendu est énorme ! Qu’ai-je dit dans cette phrase : « Êtes-vous d’accord qu’un pistolet à grenaille trafiqué par un quidam peut être aussi efficace ou dangereux qu’un pistolet de même calibre fabriqué par une manufacture en règle ? ».
    QU’EFFECTIVEMENT ? Un feu à grenaille trafiqué par un quidam EST AUSSI DANGEREUX que le pistolet réglementaire d’un policier.

    (Tout est une question de distance : à cinq mètres par exemple, cela ne fera pas un pli. Pourquoi, d’après vous, Charles Pasqua avait fait reclasser ces engins de mort dans la même catégorie que les autres ? Lisez les faits divers de l’époque, et je parle en connaissance de cause, j’en ai eu un braqué sous mon nez toute une nuit par un maboul quand je faisais du gardiennage !).

    Le parallèle –pas des plus heureux je le reconnais- entre le quidam (privé) et la manufacture (fournissant la police, donc publique), renvoyait à une équivalence entre la banque privée et la banque publique. Ma réponse à la question citée était donc bien… « Oui ! Ce que vous appelez La monnaie créée par les banques commerciales PEUT ETRE AUSSI efficace et dangereuse pour la collectivité que la monnaie centrale ». C’est d’ailleurs pourquoi j’avais choisi une analogie aussi violente et… importante quand à son enjeu (je vous fais remarquer que si le coup était parti, je ne serais peut-être pas là pour vous en parler).

    Corollaire, Mon Cher Etienne : « NON ! LE FAIT DE NE PAS ETRE D’ACCORD SUR LA NATURE DE LA MONNAIE NE NOUS EMPECHE PAS DE L’ETRE SUR L’ESSENTIEL, DES ABUS PATENTS DANS SA GESTION PAR LES BANQUES ».
    Dés lors, toute votre science sur les analogies et les syllogismes tombent à plat. Je m’en doutais un peu, Etienne, que je n’étais pas Aristote !

    Cette anecdote est révélatrice. Nous nous opposons parce que nous ne nous écoutons pas, et la rigueur logique est aussi une manière de ne pas écouter l’autre.
    Je crois vraiment que l’on devrait se parler plus souvent Etienne !

    Le titre : « Le scandale etc. :

    Vous m’avez laissé une porte de sortie en traitant de ce titre et vous avez eu raison : rien de ce que vous développez par ailleurs sur mes intentions supposées n’est vrai.
    Vous oubliez qu’en écrivant ce texte, je m’adressais d’abord à Paul, et que ce titre était avant tout destiné à son seul amusement (et au mien je le reconnais). Quand j’essaie de faire rire, je manie volontiers le colossal, la caricature, l’hyperbole, tout ceux qui me connaissent le savent… mais vous ne me connaissez pas.
    J’aurais très bien pu aussi caricaturer nos positions à Paul et à moi en écrivant : « Le scandale des martiens belges qui prennent les banques pour des toupies ».
    Je n’ai rien d’autre à ajouter sur ce chapitre. Les économistes, je trouve, gagneraient aussi à avoir un peu plus d’humour.

    L’extrême gauche :

    J’ai répondu, je crois, clairement sur ce point à RST. Mais est-ce que vous pouvez vraiment m’écouter si nous ne parlons pas de la même chose ?
    Il est impossible de nous rencontrer à partir du moment où vous parler de l’Extrême Gauche de l’Histoire, et moi de l’extrême gauche de ma vie, des gens que j’ai côtoyés dans ma jeunesse (j’ai même manié la barre à mine avec eux) et ceux que je côtoie encore dans mon quartier (et je n’ai aucune raison de ne pas le faire).
    Demandez donc à Paul qu’il vous fasse parvenir l’intégralité de mon texte (il en est seul juge, je lui en ai fait cadeau) vous verrez que je parle avec encore moins d’aménité des gens de mon propre camp politique QUE J’AI CONNUS.

    Le texte de Jean Grenier :

    Il est magnifique, pourquoi voulez-vous que je m’oppose à vous sur un bijou pareil ?

    La création monétaire forcément adossée à la production de richesse (signification mon adjudant) :

    Je cite Chouard dans le texte :
    « Une conduite raisonnable à adopter en matière de création monétaire ? (et là, nous serions bien d’accord). »
    Voilà, c’est fait ! Qui en doutait ? Pas moi en tout cas… quand à la fin de mon texte que vous citez, ben oui, nous VOULONS la même chose ! Il y a juste à évitez les églises, car nous n’irons pas à la messe ensemble (« le nom consensuel » coquin va !).

    6h00 du matin, Etienne. Je vous hais, Etienne.

    Amicalement.

    PS : Paul m’a promis d’éditer la dernière partie de mon texte (il le fera en temps voulu). C’est à mon avis la plus faible sur le plan de la rigueur (je l’ai écrite comme si j’étais poursuivi par un essaim de guêpe) mais la plus forte sur le plan de la rage et des convictions. Là, pour le coup, vous allez vraiment vous dire : « Au fou ! ».

  43. @Daniel Dresse. Si je me suis arrêtée -Stubborn est une fille- aux billets de Paul Jorion c’est parce que j’ai été bluffée non seulement par la clarté de la pensée, mais également par la qualité de l’écriture. Pour le reste pas de souci, j’adore les chevaux.

  44. @Oppossum

    Bonjour,

    L’exemple que vous proposez est relativement courant et utilisé depuis fort longtemps; l’effet de commerce utilisé entre agents non financiers ne conduit à une création monétaire.

    Je répond à vos questions :

    1) Ma reconnaissance de dette qui a circulé : est-ce de la monnaie ?

    Vous semblez répondre par la négative dans l’énoncé : « Je ne paie pas en monnaie scripturale ni fiduciaire ».
    selon moi un « titre de créance » n’est pas assimilable à une monnaie, c’est un titre.

    2) Ma reconnaissance de dette : est-ce MA PROPRE monnaie ?

    Rien ne vous empêche de désigner ainsi votre reconnaissance de dette, mais cela ne fait pas de vous un « agent financier » au sens de la BCE par exemple. En tout cas votre reconnaissance de dette, à ce stade, n’a aucune influence sur la quantité de monnaie officielle en circulation.

    3) L’ai-je créée à partir de ex-nihilo ou bien de mon propre culot.

    Cette question dépend de la réponse positive à la question (2).

    4) Ai-je été ma propre banque ?

    Idem que (3)

    5) Après m’être acquitté de ma dette , donc avoir dédruit ma propre monnaie, peut-on dire que ma monnaie n’a jamais existé ?

    Lorsque vous vous acquittez de votre dette vous transmettez de la monnaie à votre débiteur, votre titre de créance est liquidé (je ne connais pas le terme exact).
    Si vous dites « j’ai détruit ma propre monnaie on ne peut donc pas dire qu’elle n’a pas existé » je réponds oui, la logique interne de votre proposition est correcte mais ne prouve pas que le postula « ma propre monnaie » soit exact. Vous renvoyez encore à question (2)

    6) Si oui (elle n’a jamais existé) , peut-on alors dire que ma monnaie virtuelle n’ était qu’ anticipatrice du billet de 100 € ?

    « elle n’a jamais existé » que désignez-vous par « elle » ?
    Une « monnaie virtuelle » est-elle une monnaie qui n’a jamais existé ?
    On parle de monnaie virtuel pour désigner la monnaie électronique par opposition à la monnaie fiduciaire, le terme « virtuel » est ici ambigu.
    Ce qui existe bien c’est votre « billet à ordre » (reconnaissance de dette), endossé puis liquidé (annulé ?). La reconnaissance de dette n’anticipe pas le paiement, elle précise la date à partir de laquelle le paiement sera effectué. Il n’y à pas de paiement avant cette datte, sinon il n’y aurait pas besoin de ce contrat d’engagement à payer plus tard…

    7) Sinon expliquez comment les échanges de bien ont pu s’opérer.

    Vous l’avez dit vous même « Le livreur me connait », les échanges ont eu lieu parce que l’épicier et le livreur ont eu suffisamment confiance dans le fait que vous effectueriez le paiement (transfert de monnaie, 100€) à la date prévue comme stipulé sur le « billet à ordre ».

    B)

    Aucune différence si ce n’est une augmentation de la confiance de l’épicier et du livreur dans votre capacité à effectuer le paiement à la date prévue.

    C)

    Sur la reconnaissance de dette à l’épicier vous écrivez entre autre: « 100€ plus un bonbon « , l’épicier la cède « telle que » à son livreur. Ce dernier est en droit de vous le réclamer mais il vous en fait cadeau. Vous en ferez donc ce que vous voulez, attention toutefois, si c’est un caramel chinois, il est probable qu’il contienne de la mélamine !

    C’est un peu cruel de me soumettre à « la question » le dimanche matin, je crois que je vais faire une petite dépression moi :o(

    Mais non je déconne ;o)

    Avec tout ça j’ai raté « L’esprit public » de Philippe Meyer…

    Zut !

  45. @opposum

    Pour vous faire transpirer un peu, dites-moi que j’ai raison et que la création monétaire par les banques commerciales n’est pas prouvable par une modélisation logique, ou démontrez-moi le contraire.

    lol

  46. @ Linda
    Oui , pas mal le texte de Grenier.
    Mais enfin le problème de l’orthodoxie ne se pose que lorsqu’on accepte de rentrer dans une église.
    Il est difficile de ne pas rentrer, c’est vrai.

    Pour exister chaque église doit bâtir une orthodoxie c’est une nécéssité ontologique.
    A partir de là il s’agit de voir comment fonctionne cette othodoxie. Accepte-t-elle d’abriter des chapelles transversales ?

    Je constate tout de même que les orthodoxies trop éloignées d’un certain réel -même si leur point de départ correspond à quelque chose de « vrai » ou pertinent – , finissent , dans un mouvement de tétanisation, à exiger une croyance à un système global d’autant plus aveugle qu’elle est éloignée de la réalité fonctionnante : il s’ensuit une déconnection avec la réalité du possible. IL y a verrouillage.
    En général, ces églises explosent ou se délitent. Mais renaissent de leur cendre sous l’énergie de nouvelles générations, et ceci dans un éternel mouvement répétif et sans fin.

    Mais ne sont pas inutiles pour autant. C’est un éco-système.

    PS/ D’autres fois elles arrivent, par les circonstances historiques, au pouvoir. Et là, plus l’orthodoxie verrouillante sera forte, plus la catastrophe sera grande.

  47. Cher Daniel,

    Merci pour ce nouveau beau message.
    Comme je vous le disais, j’aime vous lire.

    Tous ces malentendus finiront comme des bulles de savons ;
    nous sommes d’accord sur l’essentiel.

    Je n’ai jamais pensé une seconde « vous désarçonner »
    (je ne pense jamais en ces termes, d’ailleurs).

    J’avais bien lu (et compris) votre expérience avec vos amis d’« extrême gauche ». Mais je reste sur ma méfiance de principe contre les étiquettes facilement infamantes par simple adjonction du qualificatif « extrême » le plus souvent arbitraire et surtout très commode pour discréditer un adversaire à bon compte, sans effort et sans raison.

    Big Brother a besoin d’ennemis à détester pour que nous oubliions ou acceptions ses méfaits sans résister (je viens de finir de relire « 1984 », c’est un perle, presque tous les paragraphes comptent, c’est une clef de lecture ce que devient le monde) et la caricature des « terroristes » (recette magique éternelle pour les tyrans) (avant, c’était les « barbares ») lui sert à nous dominer avec notre CONSENTEMENT APEURÉ.

    Je refuse d’avoir peur, j’ai cassé mon télécran, et je veux lire (et condamner si je veux) TOUTES les pensées, dissidentes ou pas, sans me laisser imposer mes lectures. Je n’ai pas honte de penser à contre-courant, je n’ai pas honte de trouver raisonnables des pensées qualifiées « ridicules » par les prêtres du moment.

    Je raffole de la contradiction, l’ayant repérée comme le meilleur moyen de progresser, à condition toutefois d’arriver à se convaincre sincèrement que l’autre est toujours de bonne foi, à ne jamais lui faire de procès d’intention (c’est parfois difficile, une vraie discipline) et à chercher pour quelles fichues raisons il peut croire sincèrement à une chose pareille… Chaque fois que je découvre une de mes erreurs, je progresse, et ça, c’est vraiment bon.

    Ce qui vous hante la nuit et vous empêche de dormir rejoint assez, il me semble, ce qui me hante la nuit et m’empêche de dormir : la coupure entre les DÉPOSSESSEURS et les DÉPOSSÉDÉS n’est pas nouvelle (mais l’expression, oui), et votre préoccupation (que j’analyse avec mes lunettes à moi comme une autre détestation de tous les abus de pouvoir) ne trouvera sa solution, je crois, qu’avec l’arme que j’élabore depuis quatre ans :

    En garantissant rigoureusement que le pouvoir CONSTITUANT soit parfaitement SÉPARÉ des pouvoirs CONSTITUÉS, (en imposant UNE ASSEMBLÉE CONSTITUANTE TIRÉE AU SORT et SURTOUT PAS ÉLUE PARMI LES CANDIDATS IMPOSÉS PAR LES PARTIS, tous composés d’hommes de pouvoir, et donc tous ‘juges et parties’ donc tous malhonnêtes dans cette occurrence précise du processus constituant), les humains (partout dans le monde, et à toute échelle, de la famille à la Terre, en passant par l’entreprise, l’État et le continent) se donneront la seule procédure capable de donner naissance à une véritable Constitution (et pas une parodie), c’est-à-dire un texte qui fasse peur aux pouvoirs, un texte qui ne donne aucune prise aux pouvoirs, un texte qui force les pouvoirs à la vertu, au respect des personnes physiques, à la mise sous tutelle des personnes morales, à la mesure, au service public, un texte qui protège durablement tout le monde (même les animaux) contre les abus de pouvoir.

    Ce texte protecteur ne survivra d’ailleurs à la corruption que tout pouvoir porte en lui que si tous les citoyens — comme à Athènes où les citoyens, les armes à la main, défendaient la démocratie, leur démocratie, contre les ‘oligarques’— que si tous les citoyens, donc, surveillent et défendent eux-mêmes les institutions, leurs institutions. Pour cela, il faut que les institutions, précisément, prévoient cette protection possible par n’importe quel citoyen. À mon avis, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) est un des piliers d’une authentique démocratie.

    Sans cette procédure que je défends mordicus (dans l’indifférence générale), sans la séparation des pouvoirs au stade constituant, pas de progrès significatif possible, pas de perspectives pour les luttes sociales, nous sommes piégés par le droit, au plus haut niveau.

    Tant que nous laisserons les hommes au pouvoir écrire eux-mêmes les limites de leurs propres pouvoirs, nous resterons à jamais leurs esclaves.

    Et ce sera bien fait pour nous.

    Cher Daniel, au lieu de me répondre, cette fois, dormez un peu 🙂

    Bien amicalement.

    Étienne.

    PS : j’ai compris le malentendu du flingue. OK reçu.

    On devrait se parler plus souvent, vous avez bien raison : de la discussion jaillit la lumière, me disait mon papa.

  48. « Au fou ! »

    Daniel Dresse (à Etienne, 28.12 /7.00) :

    PS : Paul m’a promis d’éditer la dernière partie de mon texte (il le fera en temps voulu). C’est à mon avis la partie la plus faible sur le plan de la rigueur (je l’ai écrite comme si j’étais poursuivi par un essaim de guêpe) mais la plus forte sur le plan de la rage et des convictions. Là, pour le coup, vous allez vraiment vous dire : « Au fou ! ».

    Ah, merci Paul.
    Je suis impatient de lire ces pages.
    Benoit.

  49. @ Daniel (mais pas que..)
    Il faut absolument creuser et développer ce concept, cette notion de « dépossesseur ». Seul problème, le substantif affaiblit la production de sens. Voyons du côté du VERBE « déposséder », sensé établir une relation spacio-temporelle , un processus dynamique entre quelque-chose et autre-chose (à définir en termes de « qui-s » et de « quoi-s », de « formes », « d’énergie-matière », « d’information », de « système », de « (dé-)régulation », « d’échelle »..etc
    Parmi des équivalents possible, je propose aussi inhiber,(point de vue de (neuro-)biologiste, dépotentialiser (point de vue de physicien) ou désactiver… (point de vue de citoyen trop souvent « absenté » par des « représentants »)..
    Je proposerai en supplément et pour l’instant un petit exercice pratique qui consiste à essayer de rajouter « se » devant le verbe: dans notre cas : »se déposséder ». Voir en termes d’échanges et de transformations..!
    Le processus peut aussi s’appliquer à « monnaie »…(1- remplacer par un verbe, etc)
    En tout cas merci d’avoir relancé superbement mes neurones qui commençaient à surchauffer..
    Et toujours coopérativement…

  50. @ Shiva
    Franchement désolé de vous avoir fait louper Philippe Meyer ! C’est effectivement ‘un bon’ (Même si je n’aime pas trop F.I.)
    D’autant plus que mes questions n’étaient pas très sérieuses …
    Mais vous avez pris la peine de répondre, aussi je vous dois quelques remarques.

    L’idée qui me vient est la suivante : vous êtes , comme beaucoup d’autres contributeurs, un formaliste ou plus exectement un nominaliste
    !
    Je veux dire que dans vos tentatives de définitions des termes (ce qui est une démarche indispensable !), à un moment vous allez trop loin et vous figez les choses, le concept … ce qui fige la dynamique du réel. Vous devenez la victime de votre concept.

    Bon , je dit ça un peu pompeusement mais je ne suis pas au dessus de vous pour autant, hein !

    Ainsi votre phrase « selon moi un “titre de créance” n’est pas assimilable à une monnaie, c’est un titre » , je la comprends très bien mais elle me parait non pas fausse mais réductrice.

    Je pense que la monnaie c’est tout ce qui permet l’échange de biens ou services. La monnaie c’est ce truc , ce jeton que vous allez recevoir/donner et qui va briser les termes du troc dans ses objets et dans le temps.
    Il y a donc DES monnaies .
    La monnaie est toujours un symbole, un signe, une confiance quelle que soit sa forme.
    Car bien entendu pour qu’un signe soit monnaie il faut qu’il soit accepté par tous ou bien si aisément transformable en une autre ‘monnaie’ à confiance supérieure qu’il en devient presqu’ aussi sûre.

    Il y a donc une sorte de hiérarchie dans les monnaies suivant le territoire, l’époque et la confiance qu’on veut bien y mettre.
    Une monnaie pourra officielle, légale, obligé , gagée , en forme de scripturale, fiduciaire, métallique, etc … etc …

    A certains moments dans le moyen-age , il a circulé, à la fois, quantité de monnaies d’origine diverses , en même temps que des reconnaissances de dettes , certaines étant gagées, d’autres étant uniquement des promesses de richesses futures , en même temps que l’or circulait , ou bien même tout minerai précieux ou pierres précieuses ….
    Sachez qu’ à Amsterdam , il fut un temps, des officines privés frappaient l’or que vous leur apportiez, le transformant ainsi en une monnaie (qui d’ailleurs était de très bonne qualité car elle transportait son poids d’or de façon plus honnête que la monnaie filoute de certains rois) .
    Et quand un signe monétaire manquait en quantité, d’autres signes monétaires (moins pratiques, moins fiables ,moins gagées, certes, surgissent pour permettre aux gens de vivre, échanger, produire) .
    Sachez aussi que les atelier de fausses monnaies étaient assez répandu au moyen-age , mais que , une fois le vol perpétré par son introduction opérée (vol d’un bien à la société, puisqu’ acquisition sans contrepartie), cette fausse monnaie devient aussi vrai que les autres : elle permet l’échange.

    Ces monnaies sont plus ou moins fluides, pratiques, interchangeables et avec des degré de confiance différentes , donc avec des valeurs différentes.
    En temps de crise, certaines vont perdre de la valeur suivant la valeur que j’accorde à leur gage.
    On revient alors à la monnaie la plus sûre , la plus acceptée par le plus grand nombre, la plus garantie, la plus gagée … l’or étant un peu la monnaie ou l’actif (on ne sait plus trop) le plus universellement fiable (En cas de fin du monde, il n’est plus d’aucune utilité toutefois) .

    Ainsi , une reconnaissance de dette qui circule est bien une monnaie. Fragile, certes, avec une valeur bornée dans le temps et l’espace , avec un degré d’abstraction plus grand, donc sujette à doute, éventuellement, en certaines circonstances (Mais comme on peut douter de la solidité de certaines banques ou de la valeur de certains billets …)

    Mais si elle circule et est accepté, elle permet l’échange, et c’est bien une monnaie que j’ai crée, moi-même .

  51. « La rigueur logique est aussi une manière de ne pas écouter l’autre. »Daniel Dresse.

    Billet invité / Daniel Dresse. Commentaires :

    Daniel (28.12 / 7.00):

     » Il vous sera toujours très facile de me désarçonner. Je n’ai pas en effet votre rigueur pénétrante dans l’analyse ni cette fameuse intransigeance intellectuelle dont j’ai déjà parlé et qui m’effraie un peu chez vous. »

     » Nous nous opposons parce que nous ne nous écoutons pas, et la rigueur logique est aussi une manière de ne pas écouter l’autre. »

    Linda Seredes (26.12 / 4.37):

    Je vous demande juste, en aparté, ne serait-ce qu’un tout petit moment, de vous poser la question de savoir si nous ne pourrions pas nous entendre malgré cette foutue monnaie, et si vous ne pourriez pas aussi avoir besoin de moi pour cela, moi qui n’ai pas votre science, mais qui me suis peut-être posé des questions que vous, vous ne vous êtes pas posées.

    J’ai envie de vous poser des questions, Daniel, mais je ne sais pas par où commencer.
    Peut-être Linda m’impressionne-t-elle ? 😉
    J’ai envie de dire des choses aussi, mais je ne sais lesquelles.

    Il nous est je crois – enfin j’espère – imaginable que ceux d’entre nous, ceux qui ne maitrisent pas la rigueur logique et l’argumentation par la démonstration, puissent se sentir quelque peu marginalisés au sein du « cerveau collectif », éprouver parfois la tristesse que leur richesse personnelle (expérience, intuitions, réflexions, fulgurances même), tout le potentiel de leur contribution puisse passer par « pertes et profits », faute d’un dialogue vivant avec « les têtes » et les diplomés.

    Il nous est peut-être plus difficle d’imaginer que ceux d’entre nous qui semblent à priori bénéficier de cet état de maîtrise dialectique au sein du collectif, ceux qui possèdent l’avantage de l’expression et du raisonnement contradictoire et déductif , puissent éventuellement souffrir de ne pas s’autoriser, ou de ne pas pouvoir, aller puiser idées, sentiments, jaillissements dans cette source de vie, non scientifique, non rationnelle, non livresque.
    En « souffrir » ? Le mot est peut-être inexact ou excessif. Peut-être estiment-ils cette source-là inférieure au raisonnement pur ou simplement inadaptée aux questions soulevées ?

    En tout cas, de cette césure, j’en éprouve un malaise, ou au minimum une tristesse.

    Par contre, je sais une chose : nous nous attachons à Paul, parce que, par ses multiples billets, il s’exprime sur les deux plans. Sa vie d’homme, ses goûts, ses peines, ne nous sont pas inconnues. Au fil du temps, il nous en donne des traces, des témoignages. Sa recherche, peu à peu, a un corps. Le sien. Ce corps nous permet de comprendre sa recherche. Nous en sommes nourris.
    Benoit.

  52. @ benoit

    Bon c’est vrai parfois on n’est pas à la hauteur, donc pas la peine d’encombrer le débat. (Moi y compris)
    Mais tout de même, on a souvent quelque chose d’intéressant à dire, ne serait-ce que de l’ordre de l’intuition.

    Je crois avoir lu des trucs de vous qui m’ont fait retenir votre pseudo parce qu’elle m’ont intéressé (Bon je ne suis pas Paul, ni Armand, ni Etienne ,ok , mais ça m’a plu, en tout cas)

    En ce qui concerne la rigueur logique , attention ! , car de mon point de vue :
    il y a une rigueur logique de pur raisonnement qui est asséchante : il ne faut pas trop se laisser impressionner même si on peut admirer la bâtisse.

    Irais-je jusqu’ à dire qu’on peut avoir ‘raison’ pour de mauvaises ‘raisons’ (ou l’inverse ou le symétrique ) : … non je ne le dit pas , sinon tout dialogue devient impossible , mais honnêtement j’ai parfois cette sensation.

    On pourrait dire que l’important ce n’est pas forcément d’être d’accord, mais de savoir plutôt clairement ce en quoi on est clairement en désaccord et pourquoi on l’est . Cette identification permet aussi le cheminement de la pensée.

    Sur ce, à bientôt de vous lire!

  53.  » Quand il ne pense ni ne calcule. »

    Dès que nous réfléchissons, délibérons, conceptualisons, l’inconscience originelle se perd et une pensée s’interpose. Nous ne mangeons plus lorsque nous mangeons, nous ne dormons plus lorsque nous dormons. La flèche a quitté la corde, mais elle ne vole pas directement vers la cible, et la cible n’est plus où elle est.
    L’homme est bien un roseau pensant, mais ses plus grandes oeuvres se font quand il ne pense ni ne calcule. Quand cela est réalité, l’homme pense et pourtant il ne pense pas ; il pense comme les ondées qui tombent du ciel ; il pense comme les vagues qui déferlent sur l’océan ; il pense comme les étoiles qui illuminent le ciel nocturne. En vérité, il est les ondées, l’océan, les étoiles.

    Daisetz T.Suzuki.
    Mai 1953.
    (Préface de « Le Zen dans l’art chevaleresque du Tir a l’Arc », Herrigel)

  54. Oppossum, merci.

    Au fait, Benoit c’est mon prenom. Pas un pseudo. Et vous m’avez lu sur le Blog de Paul, tout simplement (depuis un an, ou peut-etre un peu plus). Parfois, j’y evoque ma vie actuelle en Thailande, une « autre » vie, une autre Culture, une autre sensibilite aussi : par exemple eviter les mots qui blessent autrui, etre attentionne, rire, sourire. Offrir des fleurs, faire des offrandes…

    C’est pour cette vie-la que je suis parti. Aujourd’hui, je vis « en famille » (thaie) la-bas, sans acrimonie, sans disputes. Nous fetons Noel avec des fleurs. C’est le pays de la delicatesse, d’une spiritualite qui n’exclut pas la douceur de vivre, ni la joie.
    Et puis, une confidence : dire des mots poetiques a la femme que l’on aime dans la langue thailandaise est un bonheur… « intraduisible » !
    …Dans quelques jours, je fete mes trois premieres annees. Je renais. 😉
    Benoit.

  55. est ce que Etienne Chouard peut arreter de mettre partout des mots en majuscule?
    j’ai l’impression de lire un dément qui se met a crier au milieu d’une conversation anodine et reprend aussitot son récit sur un ton normal.

  56. Oui bienheureux Benoit , pourquoi les sociétés occupées par Mars ont-elles supplanté celles délicieusement caressées par Venus ?

  57. Oui mais Etienne a la véhémence fort civile et même conviviale : c’est un philosophe des lumières qui aurait lu Keynes et conversé epistolairement avec Allais (A. ou M.? 😉 )

  58. Bonsoir à tous.

    Je prends un petit moment pour répondre aux dernières réactions à mes interventions. S’il existe toujours un décalage plus ou moins important entre mes messages et les vôtres, ce n’est pas par négligence ou désinvolture, mais bien parce que je suis pris par le temps et des contingences très terre à terre.
    Comme je l’ai expliqué à l’un d’entre vous tout à l’heure au téléphone (qu’il se rassure, mon pot au feu était un peu noirci mais mangeable) je n’ai pas internet chez moi. J’ai dit un jour que j’avais éliminé tout ce qui pouvait me « scotcher » quelque part, pour ne pas mourir de la belle mort des célibataires, lesquels (j’en connais), entre la TV et le web, finissent par ne plus voir personne. Pour pouvoir vous écrire, je me déplace donc sur les lieux de mon travail, la nuit, ce qui m’oblige toujours à rogner sur mon temps de sommeil, voire, pour les derniers que j’ai écrits, à quasiment ne plus dormir du tout. Etant lent à rédiger, je gagne un peu de temps la journée en griffonnant des idées à la main sur du papier brouillon.

    Il m’arrive d’écrire au cours de mon travail, mais rarement, d’abord parce qu’il n’y a pas tant de temps mort que ça dans un hôtel, et parce que je tiens à faire mon travail le mieux possible. Je tiens à cela non par idéal (je ne vous cache pas que j’aurais préféré faire autre chose) mais par loyauté envers ceux qui le sont avec moi et avec lesquels je m’entends plutôt bien.
    Je n’ai pas vraiment de « chez moi » non plus. J’ai un appartement qui me sert d’espace de propreté (blanchisserie, repassage), d’hygiène corporelle (douche rasage), d’écoute (classique) et de pratique (rock) musicale, d’espace culinaire et de stockage important de livre. Je loue aussi une chambre de bonne en ville où je dors toutes les nuits pour échapper au froid glacial de ce qu’il faut bien appeler mon taudis l’hiver, et au bordel ambiant du quartier l’été.
    Tout mon mobilier a été récupéré chez Emaüs ou sur le trottoir, et je n’ai pas de voiture non plus (j’ai encore mon ancien permis rose à trois volets des années soixante-dix). Les cas où un célibataire a réellement besoin de ce dispendieux tas de ferraille sont rares et je m’adresse alors à mes amis(es). Ceux-ci sont alors trop contents d’aller boire un jus avec leur vieux camarade Daniel et échapper un temps à leur conjoint(e).

    Les femmes ? Avant, pendant, après ; des bonnes copines. Mais elles préfèrent ne pas trop se lier avec ce vieux dadais à moitié responsable. Sur le plan psychologique, je crois que l’homme a pris de plein fouet la « révolution libérale » beaucoup plus que la femme, laquelle a pu se consoler avec les médailles en chocolat offertes par l’élévation de son statut social.

    Le passage d’un capitalisme de la production et de la rareté, à un capitalisme de la consommation et du désir, lui a donné un rôle central qui l’a piégée à son corps défendant. En exacerbant la fonction de séductrice (il suffit de regarder les affiches sur les murs) qui lui avait été dévolue depuis des lustres, le processus, qui a balayé les valeurs collectives et publiques (« la fin des idéologies ») au profit de l’individualisme et des valeurs privées, est passé essentiellement par elle. Tout le monde n’y a vu que du feu, à commencer par les mouvements féministes.

    La crise du capitalisme financier qui est en train de nous emporter, entrainera-t-elle un renversement de tendance, avec le retour en force d’un principe masculin vengeur (le fameux « backlash »). Cela est à craindre (je dis bien à craindre, Gentes Dames, j’ai l’air d’un vieux macho comme ça, mais en fait je suis votre meilleur ennemi). En tout cas, ce sera un enjeu essentiel dans les années qui viennent (bah ! on compte quand même sur elles pour se défendre).

    Vous avez remarqué que, tout à coup, je suis devenu grave. C’était bien le but ! Quand j’étale ma mesquinerie personnelle, c’est toujours pour rebondir sur le général qui vous concerne tous.

    J’ai bien conscience en effet d’être au cœur du tableau évoqué par Zigmund Bauman dans « vies perdues », pour caractériser notre monde : celui du bateau, avec ceux qui dirigent la manœuvre, ceux qui s’accrochent au bastingage et, partout à la traîne, ceux qui flottent en attendant la noyade. Pour l’instant, je suis encore bien arrimé sur les flancs de l’esquif, certes au prix d’un style de vie étrange, mais tout peut basculer, maladie, accident, la boîte qui coule etc. Comme la majorité d’entre vous si je ne m’abuse (même le Maître n’y échappe pas).

    @ Etienne.

    Superbe votre réponse. Dans le sens où vous avez synthétisé dans ces quelques lignes à la fois vos idées et ce qu’il y a de profond chez vous. Je trouve moi plutôt rigolo vos « élévations » en lettres capitales. J’ai l’impression, quand vous écrivez, que vous êtes comme sur votre aile : de temps en temps vous vous laissez aller à un appel d’air. En tout cas vous allez vite et très haut !
    Je vous lis depuis des années (je vous ai entendu une fois à la radio, c’était pour « travaux publics » je crois), je connais vos idées et votre combat, ainsi que la solitude que vous semblez éprouver pour mener celui-ci, mais je ne vais cependant pas me prononcer sur vos idéaux. Ma démarche à moi (ou ce que je commence à entrevoir de ma démarche) n’est pas au même étage que la vôtre, elle n’a donc pas la même exigence. Sans être vous-mêmes croyant, vous êtes, je pense, UN CROYANT (moi aussi je m’y mets avec les capitales, en moins majestueux, c’est la descente de butte en VTT). Si Blaise (Pascal) revenait, il vous en voudrait à mort parce que vous avez transformé Dieu en principe politique, ce qui interdit tout saut, tout salut dans la foi.
    Vous avez raison de le faire, parce que vous êtes taillé humainement et intellectuellement pour cela, et parce que l’on a besoin de gens comme vous pour garder le cap. D’autant plus qu’il y a aussi chez vous un humanisme, un respect de l’autre, qui vous interdira tout dérapage dans l’intolérance.
    A côté de vous je suis un modeste, qui pousse son rocher au ras des champs. J’évite de regarder trop haut où trop loin, et mon souci premier est par contre de trouver des gens (Vous, Paul) qui sont plus capables de le faire, d’où ma présence ici. Je me débats dans la mouise ambiante en essayant de lui donner une couleur, un sens, à travers mes petits témoignages.
    Maintenant, il est certain que pour assurer la transmission du haut de votre vigie avec la soute, vous aurez aussi besoin de gens comme moi…

    @ Et alors (Jac.)

    J’ai relu plus en détail votre billet et je comprends mieux ce que vous pourriez attendre de moi.
    Il s’agit d’une approche totalement nouvelle à mon entendement et je me demande si je vous serai d’une grande utilité. Je me définis avant tout comme un producteur amateur d’histoires et de jugements sur le monde tel qu’il va (qui valent ce qu’ils valent) et l’analyse épistémologique (si j’en fais c’est comme Monsieur Jourdain) est un terrain inconnu pour moi. Et puis, je vous le répète, je suis un lent. Le temps me manque terriblement. J’essaierai de vous répondre avec plus de précisions et, en tout cas, n’hésitez pas à me contacter pour quelques questions que ce soient (by the way, je saisis mal sur ma boîte les septième et huitième numéros de votre téléphone perso –la jeunesse).

    @ Benoit

    C’est la première fois que je m’adresse à vous personnellement, bien que je vous ai toujours considéré, de par la nature de vos interrogations, et bien que nos existences soient aux antipodes au sens propre, comme l’un de ceux qui m’étaient le plus proche. Vous êtes comme moi un « aparteur » (Ô néologisme !), quelqu’un qui, à mon image, essaie d’apporter un peu de couleur, un peu de subjectivité (à propos, qu’est devenue Catherine ?) à la tonalité économique très pointue qui se fait entendre ici. En tout cas, je vous rejoins complètement sur les questions que vous vous posez. J’en éprouve d’ailleurs, comme je l’ai exprimé dans un billet précédents, moins de tristesse que d’inquiétude. Le savoir est un pouvoir et les passerelles avec ce pouvoir là manquent terriblement.
    Un blog comme celui-ci est-il maintenant le moyen adéquat pour créer ce genre de passerelles ? Je ne crois pas non plus, il faut être juste. On pourrait imaginer d’autres formules mais Paul ne peut pas tout faire.
    Vous avez raison cependant de souligner que sans lui nous « n’existerions » pas ici. C’est pourquoi, un moment découragé et tenté par l’exil hors ce royaume, j’ai finis par revenir. Vous c’est pareil, je pense ?
    Avant de vous quitter provisoirement, l’heure tourne (le temps ! le temps ! le temps !) je vais vous faire un cadeau de fin d’année : les divers pseudos que j’ai utilisés ici avant de reprendre mon identité. Outre la rockeuse Linda Seredes (portugaise mettons !) vous avez vu défiler, sans vous en rendre compte, l’ignoble Sid Deerlanes (punk britannique avec ses grandes dents) et le très typé Driss El Redane (hommage à mes racines également nord-africaines). Ilda Ederness, l’écossaise, et Elisa Dradsen l’allemande sont en gestation (c’est drôle ces noms de filles pour un vieil affreux comme moi, il faudra que j’en parle à mon psy).

    @ Oppossum :

    J’ai juste le temps de vous dire que j’aime bien ce que vous faites, pour votre clarté, et parce que vous aussi (comme Leduc) qui avez l’air de connaître beaucoup de choses que je ne sais pas, savez en parler aux ânes. Continuez !

    Grande Amitié à tous.

    D.D.

  59.  » Timimoun « 
    Samedi 03 janvier 2009.

    @ Daniel Dresse
    … et à sa tribu de « nana-grammes », qui sont, comme personne ne l’ignore, des filles légères, chanceux va ! 😉 ,
    l’essentiel est d’etre implacable en tant que chef de tribu…, hein ?! , ne te laisse pas déborder… 😉

    Je souhaitais répondre à vos gentillesses un peu plus tôt, mais j’ai été pris de court par le sens festif et convivial inattendu de ma famille thaïe, ainsi que par une… souffrance dentaire tout à fait exceptionnelle, elle aussi (!), aah… souffrance et bonheurs mélés, foutue existence quand même !

    @ Benoit
    C’est la première fois que je m’adresse à vous personnellement, bien que je vous ai toujours considéré, de par la nature de vos interrogations, et bien que nos existences soient aux antipodes au sens propre, comme l’un de ceux qui m’étaient le plus proche. Vous êtes comme moi un « aparteur » (Ô néologisme !), quelqu’un qui, à mon image, essaie d’apporter un peu de couleur, un peu de subjectivité (à propos, qu’est devenue Catherine ?) à la tonalité économique très pointue qui se fait entendre ici.

    Merci.
    Ce que vous me dites là me touche sincèrement.
    Comment cela arrive-t-il, sinon par la magie de l’écriture ?
    Il est bon de savoir que, malgré le langage froid d’internet, il y a parfois des personnes qui vous lisent sur le blog qui sont sensibles, voire émues, interpellées par ce que vous y déposez de vous-même.

    Il est vrai que nous nous lisions depuis un certain temps déjà avec intéret sans pour autant nous adresser l’un à l’autre.
    Nous le dire nous fait du bien, le savoir nous encourage à continuer quand parfois le « à quoi bon ? » nous gagne.

    Oui Daniel, qu’est devenue Catherine ?
    Mes duels avec elle finissent par me manquer…
    Soit elle est totalement investie sur sa commune, soit elle est malade la pauvre et je ne lui souhaite pas, soit elle est partie tenter sa chance sous les Tropiques…, malgré ce qu’elle m’en disait (mais je ne le crois pas, avec ses enfants lycéens…) , soit elle est…
    … amoureuse ! 😉

    Catherine, si tu nous entends, fais-nous signe… Les uns et les autres passent sur le blog, puis disparaissent et nous en éprouvons de la nostalgie. C’est indéniable.

    En tout cas, je vous rejoins complètement sur les questions que vous vous posez. J’en éprouve d’ailleurs, comme je l’ai exprimé dans un billet précédents, moins de tristesse que d’inquiétude. Le savoir est un pouvoir et les passerelles avec ce pouvoir là manquent terriblement.
    Un blog comme celui-ci est-il maintenant le moyen adéquat pour créer ce genre de passerelles ? Je ne crois pas non plus, il faut être juste. On pourrait imaginer d’autres formules mais Paul ne peut pas tout faire.

    Certes.

    Vous avez raison cependant de souligner que sans lui nous « n’existerions » pas ici.
    C’est pourquoi, un moment découragé et tenté par l’exil hors ce royaume, j’ai finis par revenir.
    Vous c’est pareil, je pense ?

    …Oui, tout juste !
    Le « nous » (de « nous n’existerions pas ici »), c’est des zigotos comme nous ?

    Avant de vous quitter provisoirement, l’heure tourne (le temps ! le temps ! le temps !) je vais vous faire un cadeau de fin d’année : les divers pseudos que j’ai utilisés ici avant de reprendre mon identité. Outre la rockeuse Linda Seredes (portugaise mettons !) vous avez vu défiler, sans vous en rendre compte, l’ignoble Sid Deerlanes (punk britannique avec ses grandes dents) et le très typé Driss El Redane (hommage à mes racines également nord-africaines). Ilda Ederness, l’écossaise, et Elisa Dradsen l’allemande sont en gestation (c’est drôle ces noms de filles pour un vieil affreux comme moi, il faudra que j’en parle à mon psy).

    …Eh eh, bien joué !
    Linda, Ilda et Elisa rejoignent mon intro. Elles sont votre harem intérieur…
    Ouais je sais, d’habitude on dit « votre côté féminin », mais c’est si artificiel ! , (femme = tendre / homme = brute), les hommes devraient protester contre ça. Rêvons au lieu de classifier.

    Moi j’aime beaucoup Driss El Redane, je trouve ce nom noble… J’imagine un guerrier touareg, guerrier, mais pourtant poète musicien troubadour. Un écrivain des Sables… Ilda Ederness est écossaise et se gèle les pieds dans son Château humide où la nuit tombe à 15 heures en hiver. Elle décide de partir vers le Sud. Ah, l’Afrique. Au 18 ème siècle, elle aurait vécu une histoire d’amour avec Driss El Redane…, le saviez-vous ? ,la rencontre a eu lieu dans une oasis de Timimoun. La femme des High Lands rencontre la chaleur, la peau brûlante comme le sable du Touareg, le non-dit, le mystère de l’Homme… La voute céleste propre au Sahara, aussi…

    …C’est l’Arche de Noë, dites-moi votre tribu ! J’aimerais bien que vous trouviez votre anagramme thaï…
    Ah, c’est difficile, n’est-ce pas ? Eh, il faut connaïtre un peu… beaucoup ?
    Qu’à cela ne tienne, venez me rendre visite…

    J’apprécie votre créativité. J’ai essayé d’en faire autant avec mon nom (benoit perrin), mais sans succès.
    Soit je ne suis pas doué, soit mon nom s’y prête mal…

    Bon courage à la vie, et à l’Hotel. Figurez-vous que dans ma jeunesse (à dix-huit/vingt ans, environ), j’ai été « chasseur » dans des hotels 4 étoiles de Paris et de la Côte d’Azur… Alors je vous imagine sans peine.
    Je me souviens des larmes partagées avec les femmes de chambre à mon départ d’un Hotel de la Côte.
    Il y avait des liens de solidarité, de complicité… Un attachement. Je n’ai jamais oublié.

    Très amicalement.
    Benoit, votre  » aparteur. »

  60. Merci Catherine de nous donner de vos nouvelles. Comme quoi… il suffisait de demander !
    Je vous souhaite paix et poésie dans votre vie pour 2009.
    …Avez-vous pensé à en écrire vous-même ? Vous avez une plume, et même une griffe… 😉

    J’ai envie de vous en offrir une, moi, de poésie :
    La partie 3 de  » Mes voeux à Clémentine  » (1 et 2 parlent des Fêtes et aussi touchent des choses plus graves que l’on n’a pas forcément envie de remuer, vous pouvez en faire l’économie Catherine, si vous voulez rester légère).

    J’hésite à poster  » Mes voeux à Clémentine. » J’ignore si Paul le considèrera hors sujet du Blog. Pour moi, sans conteste, il est dans le sujet, j’ai une conception large de la Crise qui nous préoccupe : pour moi, la question de la Violence héritée du passé est centrale : nous avons une « Culture de la Chair blessée »… et la chair, c’est tout ce qui touche au Vivant sur Terre…
    J’ai peur de me sentir blessé si Paul juge cette contribution indésirable.
    Bien amicalement, Catherine.
    Benoit.

  61. @ Benoit et Catherine.

    Pardon ! Je n’avais pas vu que vous étiez de retour tous les deux, et j’allais éteindre l’ordinateur du bureau sans vous saluer. J’ai donc remis en place le clavier (« Qu’est-ce que que vous allez encore nous raconter comme conneries ? » me demande avec inquiétude, et dans un français judicieux, la jeune fille russe qui fait la veille le week-end. Elle a l’habitude de mes notes professionnelles bizarres).
    Je suis donc très heureux de vous relire à nouveau. Mon Cher Pibon (Pibon Terrine, négociant en foie de canard, exilé en thaïlande pour échapper aux normes communes européennes sur les foies de canard. Spontanément, je n’ai que ça à vous offrir comme anagramme) votre scénario avec mes pseudos, c’est du Mérimée ! Quant à votre mystérieux touareg à la peau brûlante (mais qu’est-ce qu’elle a ma peau ?) si je raconte ça à mes copains marocains, je vais les faire crever. Eux ont plutôt tendance à me voir comme un chameau placide sur un vélo !
    Merci également pour l’invite, mais je suis comme Catherine, les valises ne me font plus beaucoup rêver, vous savez. J’ai pas mal donné là-dedans quand j’étais plus jeune, en amérique du sud surtout, et, à part une ouverture certaine aux autres (ce qui n’est pas rien), je n’ai pas l’impression d’avoir appris grand chose durant cette période. Mais je ne veux surtout pas faire de mon cas très particuliers une généralité. Il ya des voyageurs magnifiques, j’en ai rencontré aussi quelques uns.
    Catherine bonjour, enchanté de vous parler à nouveau. Je ne vous oublie donc pas non plus, mais le temps me manque pour penser à tout et à tous. Comme je l’ai expliqué tout à l’heure à un autre « contacteur » (vous avez trouvé mon adresse, bravo, si je ne fais pas mystère de mon nom et du coin où j’habite, c’est aussi à cette fin) cette période est en fait la pire pour que j’intervienne ici, surtout à cause du boulot et à d’autres raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir sous peine de lasser ceux qui peuvent nous lire. Je vous dis donc à bientôt et au plaisir de reparler de tout ça ou d’autre chose.
    Je vais laisser la copine russe se reposer un peu (je dois tenir compte de ça aussi) et je vous souhaite une très bonne année à tous les deux.
    DD.

  62. @ Daniel et Catherine
    @ oppossum, tigue, Monique, Candide, 2casa, Pierre-Yves, Etienne Chouard
    @ Paul Jorion
    et …@ tous ceux que ça interesse !

    Le monde va mal.

    Pour moi, la Violence héritée des siècles derniers est centrale : nous avons une  » Culture de la Chair blessée « … et la Chair, c’est tout ce qui touche au vivant sur Terre, au sensible, ainsi qu’à « l’esprit » qui s’y trouve incarné, abrité, logé : l’humanimal bien sûr, et aussi le végétal, le minéral.

    A mes yeux la Crise actuelle est une expression aboutie de cette violence.
    Violence civilisationnelle éprouvée (plus ou moins suivant les cas) par chaque être humain, très tôt dans sa vie et reproduite ensuite a l’age adulte sous des formes diverses, sans conscience de son existence.

    « Bonjour tonton,
    Comment vas tu? et Chalao?
    (suivent des nouvelles personnelles…)
    Je t’embrasse avec tout mon coeur et toute ma tendresse de nièce.
    A bientot. Je t’aime.
    Clémentine, 25 décembre. »

    J’ai juste changé leurs prénoms mais Clémentine et Grégoire existent bien.
    Clémentine est ma nièce de vingt-deux ans. Je lui ai adressé de Thailande un long e-mail pour le Nouvel An, en réponse à celui-ci. Elle vit à Paris. Ci-dessous, je vous en joins quelques passages, sélectionnés à votre intention.

    Clémentine et moi sommes proches l’un de l’autre. Trente ans nous séparent, mais une même histoire nous relie. A 18 mois, elle a été confiée à une mère d’accueil parce que ses parents la maltraitaient. Moi, je n’ai pas eu cette chance (je veux dire : la « chance » d’être éloigné de mes parents par les Services Sociaux), je ne me suis enfui qu’à l’âge de 17 ans.
    Aujourd’hui Clémentine a 22 ans. Elle travaille. Elle dit avoir trouvé (enfin) un garcon « bien » : Grégoire, que je n’ai pas encore eu la possibilité de rencontrer. Elle veut l’épouser.
    Comment vous dire… ?
    Elle et moi n’avons pas eu la langue dans notre poche, ça non ! 😉 Notre histoire fut un combat, commencé de façon précoce. Nous nous sommes bien battus. La dignité est un fruit de ce combat, pour le reste… nos familles sont restées sourdes, c’est banal.
    Banal, oui.

    …………………….

     » Mes voeux à Clémentine… »
    Partie 1 – Les pauvres de ce monde :

    31 decembre 2008.
    Ma chère Clémentine,
    Je te remercie pour tes mots chaleureux.
    Chalao va bien.
    Moi, après avoir souffert mille morts avec une molaire (ouh là là…, si tu savais !), aujourd’hui je vais enfin mieux. Nittaya (qui ne pouvait plus sourire – énorme abcès -, et le père de Chalao, 90 ans – arrachage d’une dent – ont également rendu visite au dentiste, hier et avant-hier. C’est la série.
    Les parents vieillissent, on les sent s’amoindrir. La maman de Chalao sort de chez le médecin pour ses pieds et jambes, du coup il ne reste plus que Chalao qui soit valide et qui soigne son petit monde. Elle est adorable. Bon, v’là qu’elle a un peu de fièvre, me dit-elle !
    Elle va avoir droit au sauna et aux massages. (…)
    …Ah, le soleil est revenu ! Une semaine sans soleil, ca rend triste. Et la chaleur revient. Nous mangeons dehors, avec nos chats, les oiseaux, les fleurs, il y en a tant de fleurs !
    Ce soir Saint-Sylvestre, puis Nouvel An. Des membres de la famille de Chalao viendront de Bangkok et de Lopburi, des amis aussi viendront, de la belle-famille de ma belle-famille viendra d’Udon Thani…, ils arriveront ce soir ou demain. Vingt, vingt-cinq personnes, tous thaïs. Que de liens autour des deux Anciens paisibles et sages qui vivent chez nous ! Il y aura aussi un citoyen britannique que j’adore : Trevor, en couple avec une de nos jeunes amies thaïes, qui vit deux mois ici, deux mois à Douvres, en haut des falaises de craie, face à la Manche.
    Cela va être chaleureux, comme toujours. Je suis soulagé de ne plus passer les fêtes en France. En France, c’était l’angoisse. Il y avait une détresse qui n’osait pas dire son nom tant on est forcément heureux dans notre pays ( – Par rapport aux autres, hein, suffit de regarder la télé : ailleurs, on s’étripe, on vend les enfants…! ). Chaque année, je crois bien que des millions de personnes broient du noir sous le rituel imposé.
    Certains protestent en affichant crânement leur solitude – euh non, le mot est tabou – il faut dire « leur liberté, leur indépendance » !  » Ne croyez pas que je souffre de solitude, les autres mais pas moi ! Moi, c’est MON choix !!  »
    Fanfaronnons, fanfaronnons… L’essentiel, c’est que personne ne voit les larmes derrière les volets clos à minuit. Certains en meurent cette nuit-là, je ne peux l’oublier cette détresse qui semble frapper l’Occident. Je pense aux SDF, ici sur les bords du Mékong il n’y en a pas, on n’abandonne pas les gens, c’est un autre monde…
    Les Blancs, question coeur, sont-ils les pauvres de ce monde ? Son tiers-monde ? « L’enfer, c’est les autres », disent les philosophes des Blancs. « L’argent pourrit tout », dit leur sens commun. L’écrivain québécois Jean Marcel écrit : « Le soupçon généralisé et perpétuel, jusqu’à ce que nous en crevions… » (dans le petit livre que je t’ai offert : « Lettres du Siam », qui parle du pays qui m’a adopté… l’as-tu lu ?)
    Où est la joie de vivre ? Je pense à l’Afrique noire, j’ai hâte de la connaître. Je rêve d’aller en Casamance… C’était mon deuxième choix, juste apres le Siam, quand il y a quatre ans, j’ai décidé de changer radicalement de vie.
    …Irai-je un jour ?

    Les nouvelles de toi me donnent du souci.
    Je suis vraiment déçu que tu ne veuilles pas profiter de cette association – son groupe de parole, ses groupes de travail, de recherche – ainsi que de tous les contacts qu’elle pourrait t’apporter, …y compris un psy compétent puisque tu souhaites en trouver, …la compétence est rare en matière d’inceste.
    J’étais tellement heureux d’avoir trouvé cette adresse grâce à internet, de Thaïlande, au moment où tu semblais désespérer d’en trouver un « de bien ». De mon temps, il n’y avait rien, et la société, plus encore qu’aujourd’hui, nous poussait à nous taire. Nous faisait taire, pour être exact. Eprouvant.
    Ma première réaction, l’incrédulité : tu décides que non, sans même y aller voir ? Les bras m’en tombent ! Un jour, tu as l’air d’être toute décidée, vraiment volontaire, énergique, courageuse et tout et tout, alors je suis admiratif, à ton âge, c’est rare, c’est beau, et je me dis que tu es partie pour une bien belle vie… Ensuite, on dirait que tu as peur, que tu recules. Tu renonces à rejoindre les gens qui t’aideraient, à vivre les belles et sincères amitiés qui s’y trouveraient. Ah…, si seulement tu osais ! N’aie pas peur, vas-y voir… Que veux-tu qu’il t’arrive ? J’ai parcouru le site, c’est OK. Je ne peux rien faire de plus, je suis trop loin, sinon j’y serais allé avec toi.
    (…)
    Clémentine, ne reste pas dans ton beau malheur « que personne ne peut comprendre », comme tu dis. Cela me navre, si tu savais. J’en connais les conséquences : un long chemin de croix. Ne refuse pas le versant ensoleillé de la vie, même s’il faut pour le rejoindre réentreprendre la descente de son versant opposé : se remémorer, ré-éprouver, poser des mots, apprendre et s’ouvrir… C’est tout le prix de ce chemin.
    Au delà, c’est merveille…

  63.  » Mes voeux à Clémentine… »

    Partie 2 – Est-il possible d’aimer ?

    Personne ne peut comprendre… » sauf ton homme « , dis-tu ?

    Je te mets en garde, Clémentine : charger ton homme de ton passé non cicatrisé, non ré-élaboré est une grave erreur. Fatale, avec le temps. Car parler à Grégoire seul de ce qui te pèse sur le corps et sur l’âme, c’est charger ton compagnon. Bien, bien au delà du raisonnable, le sais-tu ? Non, sans doute. Par contre, peut-être le sens-tu, intuitivement…

    Certes, ce n’est pas te caresser dans le sens du poil, dans le sens de tes craintes que de te parler sans détour. Je cours le risque que tu sois contrariée, agacée mais si ce n’est moi, qui osera hein ? Les autres tremblent un peu devant toi, n’est-ce pas, tant ta bouillante colère les intimide…
    (…)
    La question qui compte : nous est-il possible d’aimer ? Je ne dis pas : « nous sera-t-il possible d’être aimé ? », la question ne se pose pas d’après moi : si nous aimons correctement, nous serons aimés.

    Aimer peut-il se réduire à dire « je t’aime » ? A sentir que l’on aime quelqu’un ? A « mourir d’amour » en l’absence de l’aimé ? Est-ce cela aimer ? Ou est-ce manquer d’amour ?

    Je te propose de le dire ainsi : Aimer, c’est rendre au quotidien la vie douce à l’autre. Douce la vie, pas lourde hein !

    Si tu ne le peux pas encore suffisamment, parce que tu souffres de ton passé, c’est à toi de prendre en charge cette souffrance pour en soulager le quotidien de Grégoire. A toi de faire le travail qui consiste à « travailler » ta souffrance comme un potier « travaille » sa terre glaise. Ce n’est pas à Grégoire de te « guérir »de l’inguérissable par la seule vertu de son amour ou de votre amour mutuel idéalisé. Si vous entretenez cette illusion, vous courez au-devant de cruels désenchantements. Tout homme a ses limites, ma Clémentine, y compris ton Grégoire…

    Accéder à autre chose. Si tant est qu’il est possible d’apporter quelque chose à l’être aimé, ce sera le fruit de ce travail : la joie de sortir « sur-vivant » de l’épreuve re-traversée. C’est quelque chose de plus dense que l’ordinaire…

    Tu sembles dire à demi-mots que si jamais tu en trouves le courage, par contre jamais tu n’en auras le temps. D’expérience je sais que cela n’est pas vrai : le temps, on se le retire pour ne pas faire ce dont on a peur. Tu parles à un authentique spécialiste : moi, qui me suis surchargé de priorités pendant des annees – et le couple, c’est génial pour ça ! – l’abnégation que ça demande le couple (là, je me moque de moi, jeune), le travail, ah le travail…, la maison, l’amour, la vie, le mariage, aah le mariage…, et puis les enfants, que de bêtises ne dit-on, ne fait-on pas pour éviter… d’aller « au coeur de la chose » ?

    J’ai joué à ce petit jeu-là pendant dix ans avant de me décider. Et c’est étrange, quand mon couple s’est effondré, le temps dont je « croyais » ne jamais disposer, et bien figure-toi, à ce moment-là : JE L’AI PRIS ! Et le reste s’est « placé » autrement, les prétextes s’étant miraculeusement dissous, la nécessité a renversé mes priorités pour mon plus grand bien, je dois dire. Pourtant, à cette époque, je m’occupais de Martin tout seul – il avait entre cinq et dix ans – , sa mère etant partie, j’étais tout seul, vraiment tout seul, j’étais seul aussi dans mon coeur ; et puis j’avais une entreprise artisanale sur les bras, un salarié mais un salarié qui me prenait pour son père (!), je n’avais aucun jour de repos. J’avais donc encore moins de temps que quand je disais que je n’en avais pas ! Tout cela est très relatif, vois-tu.

    Je tremble que tu ne t’enfermes dans ta tour d’ivoire de malheureuse. Si tu en fais profession, alors tu ne feras sans cesse que tout mettre sur le dos de tes parents, tout ce qui t’arrivera, y compris ce qui releve de ta propre responsabilité, à savoir :
    le travail de te réapproprier ta propre histoire pour en tirer du sens : un sens positif.

    Ce travail, cet « exploit », demande de descendre en notre expérience douloureuse pour y chercher le suc, le nectar. Elle est éprouvante cette descente, c’est vrai, mais on n’en meurt pas. Cette descente se fait accompagnée mais ce n’est pas là le rôle du mari ou de l’épouse.

    Les confidences que nous faisons à nos conjoints ne doivent venir que quand cela est absolument nécessaire (et pas trop souvent, crois-moi) à la seule fin de soulager la relation qui souffre d’un non-dit (qui peut la mettre en péril), mais ces confidences ne doivent certainement pas constituer le déversoir régulier de notre trop-plein de désespoir. Vois-tu la différence ?

    AREVI : Action, Recherche et Echanges entre Victimes de l’Inceste.
    46, rue de Montorgueil 75002 Paris.
    http://inceste.arevi.org

    Mes voeux pour 2009 :
    Souris à ton Grégoire. Chaque matin, chaque midi, chaque soir. Remercie-le. C’est religieux, l’amour. Cela demande de l’humilité. De la modestie. De l’écoute. Du silence. Du recueillement. De l’espace.

    Un conseil en or : ne donne jamais de « conseils » à ton homme. L’écouter suffit. S’il a besoin de ton avis, il te le demandera, fais-lui confiance pour cela. En l’absence de cette demande, abstiens-toi. Lâche le contrôle, ne fais pas comme ta grand-mère (ma mere). Que ton intention soit louable ou pas ne change rien à l’affaire, cela fait dépérir les hommes. Mieux vaut un homme imparfait mais libre et heureux, qu’un homme docile et déprimé. C’est nettement plus désirable…

    En Thaïlande, j’ai la chance merveilleuse d’avoir une femme qui suit  » la Voie du Khwaam-souk  » dans le couple (khwaamsouk : le bonheur), la voie enseignée par Bouddha, vieille de 2500 ans :
    Chalao me rend la vie douce, et respecte – sans les qualifier – mes choix, mes préférences, y compris ces petits détails de la vie quotidienne qui paraissent secondaires au debut d’une relation, … mais apres qui irritent au plus haut point !
    C’est bon d’être en couple et de pouvoir demeurer à l’écoute de soi-même. A charge d’en faire autant avec elle, cela va sans dire. Cette réciprocité fonde une estime mutuelle et remplit le coeur de reconnaissance.

  64.  » Mes voeux à Clémentine… »

    Partie 3 – L’aube… (Fin)

    Avant de te quitter, Clémentine…

    A l’aube, ce matin, ce 31 décembre 2551 (Calendrier bouddhiste. Pour nous, 2008)

    Chalao et moi sommes debout, immobiles, dans la rue devant chez nous, les pieds nus sur le macadam froid, les sandales juste derrière.
    Les bras chargés d’un plateau et d’un panier, nous attendons.
    Quelques voisins également sont là, chacun est devant chez soi. Notre voisin professeur marche pour se réchauffer. Le ciel s’éclaircit, il est 06 heures.
    Personne ne dit mot.

    Je ne bouge pas, je pense à toi et Grégoire.

    Avec vous, je goûte l’aube.

    A cinq cent mètres à la ronde, les coqs s’arrachent les cordes vocales. Quelques oiseaux chantent dans les friches qui nous entourent.
    Des masses plus sombres : les grands arbres qui entourent notre maison.
    Au loin, on entend une vague rumeur : la bourgade, la grand-route.

    …Je frissonne, j’ai un peu froid.

    Ah, les robes oranges des bonzes approchent !

    Eux aussi sont pieds nus. Ils ne sont pas plus habillés qu’en saison chaude. Une sangle autour des épaules retient une sorte de calebasse argentée.
    Chaque moine s’arrête devant moi et soulève le couvercle. Puis fait de même devant Chalao, humble, recueillie.

    Chalao a cuisiné pour eux hier soir et ce matin, à la nuit. Chaque don s’accompagne d’une prière ou d’une demande pour quelqu’un que nous chérissons ou que nous souhaitons aider. (L’aide se réalise par la voie invisible des bienfaits réciproques, par le pouvoir des moines et celui de nos actes.)

    Ce matin, nos prières sont pour vous, là-bas si loin, en France, une prière en chaque geste.

    A chacun des moines je donne un petit sachet de riz complet, cuit, chaud, et un sachet de « Khanom waan » bouillant, un délicieux dessert à base de fruits tropicaux. Tout se fait en silence.

    Les coqs se sont tus.

    Les bonzes s’éloignent. Comme du papier ou de la soie, le bruit de leur robe et de leurs pieds qui froissent la route… Les lampadaires s’éteignent. Le trottoir apparait gris laiteux.

    Les voisins rentrent chez eux.

    Une vieille dame à vélo passe. Nous nous sourions…, la main de Chalao vient se poser sur mon épaule.

    Le soleil peut se lever, la journée est bénie.

    Clémentine, je t’aime et je t’embrasse de tout mon coeur.

    Benoit, ton oncle.

    Benoit.
    Janvier 2009. Rives du Mékong, lointaine Thaïlande.

  65. Le monde va mal.

    Pour moi, la Violence héritée des siècles derniers est centrale : nous avons une ” Culture de la Chair blessée “…
    … et la Chair, c’est tout ce qui touche au vivant sur Terre, au sensible, ainsi qu’à “l’esprit” qui s’y trouve incarné, abrité, logé : l’humanimal bien sûr, mais aussi le végétal, le minéral, …toute notre planète.

    A mes yeux la Crise actuelle est une expression aboutie de cette violence.

    Violence civilisationnelle éprouvée par chaque être humain, très tôt dans sa vie (plus ou moins suivant les personnes) et reproduite ensuite à l’age adulte sous des formes diverses, sans conscience de son existence, ou si peu ! Mais je ne « pense » (ressens) peut-être pas comme la majorité…

    Que la Crise qui nous interpelle aujourd’hui ait son épicentre aux Etats-Unis ne m’a pas surpris.

    Au contraire je l’y attendais précisemment-là, car ce pays est marqué plus que d’autres, et marqué « à la folie », par la douleur de la violence subie, niée et reproduite.

    Cette Crise est une expression aboutie de cette violence à la fois niée (dans ses fondements privés : violences à l’enfance, violences à l’âme), vénérée (dans ses expressions publiques, sociales, policières, guerrières, politiques) et mise en scène (représentation culturelle idéalisée des corps qui combattent, avec une complaisance pour le meurtre et le sadisme).

    L’indignation puritaine de l’Américain ne fait que perpétuer la violence :

    Elle nie que la violence est toute entière déjà présente dans sa Culture Puritaine (ses phobies, ses haines – haine de la nature, du sauvage, haine du naturel, du spontané -, son éducation, ses mensonges, ses viols, ses secrets, sa répression) et déplace cette violence sur de nouveaux objets.

    Elle renforce les refoulements des origines et de ce fait développe des violences « dérivatives », autorisées, tolérées, puis dissimulées, dans le champ social, économique, financier, international.
    Explosif.

    Nous devrions y réfléchir.

    Dans la perception consciente des maltraitances-racines faites à l’enfance se trouve la source d’une guérison.
    La guérison, c’est rendre possible (de l’intérieur de chacun) l’accès à une douceur, à un respect du fragile : le vivant. Ouvrir enfin le champ du possible à une douceur encore jamais expérimentée.

    Explorer la crédibilité de cette possibilité, de ce potentiel, monopolise mes énergies depuis vingt ans. J’ai expérimenté sur moi-même cette possibilité de transformation (en France). Aujourd’hui je me confronte par l’expérience à une Culture qui enseigne la non-violence, à une vie sociale qui essaie de la pratiquer. Du concret : une femme, une famille, des enfants, des parents, etc.

    Combattre frontalement le Mal, c’est le multiplier à l’infini. C’est ce que font les Américains en désignant un diable extérieur à eux-mêmes. Cette voix-là est sans issue. Elle finit d’ailleurs par mettre la planète elle-meme en péril.

    Il y a urgence à rétablir le lien entre notre sensibilité et notre intelligence, entre nos réflexions et nos actes.
    A cesser de juger, de hurler, de désigner.
    Benoit.

  66. Comme vous avez raison ! Voila un message tres spontané qui me fait bien plaisir, Catherine !!

    Désolé…, et ravi 😉 ! , d’être la cause de votre retard au travail à l’hopital ( à distance…, et quelle distance hein !).

    Si je vous ensoleille votre journée, vos patients en recevront probablement quelques rayons, n’est-ce pas ?
    …L’effet « papillon » ?

    Les Thaïs appellent les papillons des « pii-sua ». Je les vois autrement maintenant que je « sais »…

    Car les Thaïs croient aux esprits : les « pii ». Enfin, croire… puisque nous vivons avec eux. Ils sont là, autour de nous.

    Il convient de les honorer, de leur donner à manger, à boire chaque semaine, de leur offrir des fleurs. Si nous pensons à eux et les respectons, nous pouvons leur faire des demandes.
    Devant notre maison nous avons une petite maison miniature pour abriter tous les esprits des êtres qui ont vécu ici… et qui y vivent encore…

    Le « pii-sua », est un esprit qui vole dans un petit habit (« sua »). Le papillon thaï est en effet une petite étoffe d’esprit en vol !

    « Un esprit en habit », « un esprit-en-tissu »… qui vous cligne dans les yeux.
    Quand j’écris, je les vois. Ils sont grands et très colorés, passent de fleur en fleur. Nos chats leur courent après. Mais ils se rient d’eux…

    Parler thaï, c’est devenir poète.
    Percevoir l’invisible. Par les mots. Puis par…

  67. Benoît, votre intervention me touche beaucoup. Benoît, je ne vais pas chercher dans les textes, mais je suppose que dans l’histoire de l’humanité, l’étape de votre cheminement où vous arrivez aujourd’hui, c’est à dire que la perception consciente des maltraitances-racines faites à l’enfance se trouve à la source d’une guérison, cette étape a déjà du avoir été franchie plusieurs fois.

    Qu’est ce qui fait selon vous que l’humanité oublie et doive trop souvent recommencer son cheminement douloureux ?

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