Le vrai débat sur la monnaie : un second point

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans le livre de John Kenneth Galbraith, L’argent (1975), il écrit :

Dans les entretiens télévisés, l’hôte, réputé pour ses questions incisives, a l’habitude de faire débuter l’entretien avec l’économiste invité en lui posant celle-ci : « Dites-moi, après tout, la monnaie, c’est quoi ? » Les réponses sont immanquablement incohérentes.

C’est pour cela que je ne pense pas qu’il suffise de lire ce qui en est dit dans les manuels à l’intention des enfants des écoles (même de terminale !). Dans La transmission des savoirs (1984), nous nous étions, Geneviève Delbos et moi, intéressés à la forme particulière d’aplatissement que subit le savoir en vue d’être transmis sous sa forme scolaire. Ce qui disparaît en particulier, c’est le raisonnement, c’est–à–dire l’articulation des propositions en un discours théorique. Le raisonnement est remplacé par un ensemble de phrases isolées – de préférence courtes – qui puissent être mémorisées et régurgitées en situation d’examen.

Les citations que certains réclament – de préférence en provenance d’un Prix Nobel – comme substituts d’un raisonnement, procèdent de la même anesthésie de la pensée. Ce n’est pas comme ça, vous l’avez compris, que je fonctionne.

La question de la monnaie est complexe et ce n’est pas parce que celle-ci a été inventée par des hommes que la complexité de son fonctionnement actuel ne dépasse pas son entendement présent. Certains de vous invoquent un consensus qui existerait à ce sujet, ce n’est pas le cas : les théories sont en grand nombre et, je l’ai déjà signalé, intentionnellement incomplètes, les auteurs qui s’y sont aventurés jugeant que seules des simplifications drastiques leur permettraient de faire quelque progrès.

Je ne sais pas si la monnaie réclame un Galilée, rien de ce que j’ai lu jusqu’ici ne me dissuade en tout cas de le penser.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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347 réflexions sur « Le vrai débat sur la monnaie : un second point »

  1. @Julien Alexandre
    Exact, ma plume avait fourché ..
    Donc, dans mon exemple, cette nouvelle banque dispose de 5000 euros qui pourront représenter 2% des DAV au passif… lesquel pourront donc atteindre 250 000 euros. Right?

  2. @ Julien Alexandre

    « Si vous le souhaitez, vous pouvez remplacer “l’équivalent en monnaie centrale” par “… en monnaie centrale, titres ou actifs financiers”. »

    Mais moi, je ne souhaite rien sinon la fin des délires sur ce blog.
    Vous ne trouvez pas que ça fait une différence majeure de remplacer “l’équivalent en monnaie centrale” par “… en monnaie centrale, titres ou actifs financiers” ? (Je précise que je n’ai pas dit que j’étais d’accord)

    Et une fois qu’on convenu cela, si on disait plutôt “… en monnaie centrale, titres ou actifs financiers, monnaie fiducière, carrottes râpées, navets et poireaux » ?

  3. @ Ariane :

    Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 15:49
    @Julien Alexandre
    Exact, ma plume avait fourché ..
    Donc, dans mon exemple, cette nouvelle banque dispose de 5000 euros qui pourront représenter 2% des DAV au passif… lesquel pourront donc atteindre 250 000 euros. Right?

    Faites juste attention au sens dans lequel vous articulez votre proposition : c’est parce que vous avez 250.000 € de DAV qu’il vous faudra avoir des réserves obligatoires à hauteur de 2% soit 5.000 €. Si vos DAV augmentent ou baissent, il faudra que vous ajustiez vos réserves obligatoires en proportion.
    Sinon, c’est right 🙂

  4. @ RST

    Poser une question à un absent n’est pas une diversion ?

    Vous projetez votre propre attitude sur JA.

    @Ariane

    Encore eût-il fallu que la banque en dispose au préalable de ces 250 000 pour y retrancher les 5000.

    Ahhh ! JA qui tape plus vite que je ne pense !

  5. @ Tous

    Désolé si mes posts ont l’air de viser les individus. je ne crois pas que cela soit le cas. C’est le ressort « argumentatif » qui en est l’objet. Sans la moindre animosité.

    Avec mes plus humbles excuses si j’ai heurté quelqu’un, ce n’était pas mon objectif.

  6. @ Tous…

    Bonjour,

    Pour quelqu’un qui prend le train de ce débat en route, mais qui a déjà parcouru les forums.
    Je vous serais infiment reconnaissant si vous pouviez brièvement rappeler noir sur blanc :
    – quelle est la question posée ?
    – qu’entend on exactement par ex nihilo, que les banques créeraient la monnaie quand elles en ont besoin, sans s’appuyer sur rien ?
    – quel but final recherche-t-on dans ce débat ?
    – je suppose que c’est une première étape qui sera suivie d’une autre. Laquelle ?

    Merci d’avance 🙂 Bonne soirée. Pierre.

  7. @Julien Alexandre

    Faites juste attention au sens dans lequel vous articulez votre proposition : c’est parce que vous avez 250.000 € de DAV qu’il vous faudra avoir des réserves obligatoires à hauteur de 2% soit 5.000 €. Si vos DAV augmentent ou baissent, il faudra que vous ajustiez vos réserves obligatoires en proportion.

    Evidemment…

    @Tous
    Alors qui peu répondre à ma question ?
     » Imaginez que vous soyez un (affreux) capitaliste qui décide de créer une nouvelle banque.
    Au départ cette banque n’a aucun client, et vous apportez un capital de 10000 € (ce sont les capitaux propres, au passif du bilan) à partir d’un compte que vous aviez précédemment dans une autre banque, dès que vous avez obtenus les autorisations nécessaires de la banque centrale.

    A coté des capitaux propres, votre nouvelle banque ouvre un compte (obligatoire) à la banque centrale où vous déposez 20000 € . Sachant que dès l’ouverture de votre guichet vous risquez d’avoir à alimenter un distributeur de Carte Bancaires (cartes émises par vos concurrents), vous « achetez » à la banque centrale un montant de billets pour 15000 €. Il vous reste donc un solde créditeur de 5000 € à la banque centrale que l’on considère comme réserves obligatoires (2% du total des dépôts dans la zone euro).

    Un client se pointe à l’ouverture et vous demande un crédit maximum en apportant toutes les garanties de solvabilité. Quel montant allez-vous pouvoir lui créditer sur le compte qu’il ouvre dans votre banque ? »

  8. @ tous
    Je dirais, modestement, car faisant partie des commentateurs « non crédibles » (assumé), qu’ au regard de tout ce que j’ai pu lire sur ce blog depuis 6 mois, les
    interventions de Julien Alexandre sur ce fil sont les plus pertinentes qui soient.
    @ julien Alexandre
    merci et chapeau!!!

  9. @ulien Alexandre

    Suite du post de 15 h 01

    Même en admettant qu’il y ait une importante différence entre l’estimation faite de 17 milliards d’euros (issue des chiffres de la Banque d’Angleterre) concernant la partie scripturale de M0, et qu’au total M0 (scriptural + fiduciaire) soit même de 700 milliards d’euros dans l’eurozone, comment expliquez vous que le montant total des crédits au secteur privé puisse atteindre 10630 milliards d’euros et les créances sur le secteur privé 12558 (chiffres de juin 2008) si vraiment c’est cette « base monétaire » qui est la seule à compenser les crédits bancaires (ou alors je n’ai vraiment pas compris ce que vous voulez dire ..; excusez moi dans ce cas) ?

  10. @Ariane: votre exemple est absurde. La banque que vous montez ne doit pas acheter 15000euro pour alimenter un distributeur alors qu’elle n’a encore aucun déposant. De même, cette banque n’a pas nécessité d’avoir des réserves obligatoires sans encore avoir pris des risques d’insolvabilité. En réalité, ce que votre banque fera c’est mettre ses capitaux propres auprès de la banque centrale comme garantie et puis chercher des clients amateurs de crédits. Lorsque ceux-ci arriveront, elle ira chercher la somme correspondant au montant prêté auprès d’une autre banque ou d’un déposant (s’il en est arrivé entretemps). Elle n’utilisera probablement pas ses capitaux propres pour les prêts car cela coute moins cher de se financer ailleurs. Ses capitaux propres ne bougeront pas et lui permettront légalement de faire jusqu’à un certain niveau d’opérations bancaires (plus ses capitaux propres seront importants, plus elle pourra emprunter et prêter).
    Donc, avec 10000euro de capitaux propres, lorsque le client demandeur de crédit arrivera, vous pouvez soit lui prêter 92% de vos capitaux propres (Bâle II impose une réserve de 8%) c’est-à-dire 9200euros (et gardez 800 en réserve), soit plus logiquement vous lui prêterez 125000euro (vos capitaux propres correspondent à 8% de ce montant) et vous aurez dû trouver ces 125000euro auprès d’une autre banque ou en attirant des déposants.

  11. @Ariane: « comment expliquez vous que le montant total des crédits au secteur privé puisse atteindre 10630 milliards d’euros et les créances sur le secteur privé 12558 (chiffres de juin 2008) si vraiment c’est cette “base monétaire” qui est la seule à compenser les crédits bancaires »

    Parce qu’on compte plusieurs fois la même monnaie (ou si l’on veut on mélange monnaie et reconnaissance de dette).
    A prête un billet de 100 à B, montant total du crédit = 100, B prête ensuite le même billet de 100 à C et le montant total du crédit = 200. Mais il n’y a qu’un seul billet de 100 qui est dans les mains de C, les autres n’ont qu’une reconnaissance de dette, pas de la monnaie.

  12. (Je me suis trompée de bulletin )

    @Julien Alexandre

    sujet sur les dépôts prêtés.

    Je vais essayer de faire simple.

    Hypothèse d’école:
    Deux banques concurrentes dans le circuit dont une insolvable avec zéro dépôt, zéro réserve, zéro fond propre .

    Dans la même journée la banque insolvable avec zéro dépôt fait un crédit de 1000 à un client, ce crédit se retrouve chez sa concurrente sous forme de dépôt

    La banque qui a reçu ce dépôt en profite à son tour pour faire un crédit de 1000 qui finit à la fin de la journée en dépôt dans la banque insolvable.
    Dans ce cas la créance monétaire de l’une annule la créance monétaire de l’autre au moment de la compensation, la banque insolvable ne fait pas faillite et la masse monétaire M1 a doublé passant de 1000 à 2000 sans monnaie M0.

    Maintenant la banque insolvable fait un crédit de 900 (elle le peut d’après vous puisqu’elle prête ses dépôts) qui atterrit de nouveau chez sa concurrente, celle ci n’en profite pas pour faire un crédit et demande a être payé, que croyez vous qu’il arrivera ?
    La banque insolvable fera faillite et pourtant elle n’a fait que prêter le dépôt de son client.

    Non, les banques ne prêtent pas les dépôts, elles émettent des créances monétaires et espèrent que les autres fassent de même pour que les compensations se réalisent sans monnaie centrale.

    Julien est ce que ce raisonnement est faux ?

  13. Un petit exposé très didactique…

    http://video.google.com/videoplay?docid=2717439213901961611&hl=fr

    il y a possibilité de création monétaire en fonction des réserves déposées à la banque centrale en suivant les règles de réserve fractionnaire.
    la monnaie dette ainsi créée peut être multipliée non plus selon le système de réserve fractionnaire mais suivant une mise en réserve d’une partie et d’un prêt du « reste ».

  14. Bonjour,

    Mon dernier essai n’a pas eu de succès ! J’essaye à nouveau :

    « Les banques centrales, en créant la monnaie et en déléguant la distribution de celle-ci dans l’économie, assurent la survie du système. »

    Question : voulons-nous que le système survive ?

     » La dette de l’état et les intérêts sur les emprunts sont également nécessaires à la survie du système, ce sont des moteurs, en assurant une ponction suffisante pour que la consommation possible soit toujours supérieure à la possibilité de consommer : le manque crée l’envie ! »

    Question : voulons-nous tuer le système ? Si oui, la solution est entre nos mains et, a priori, les solutions de rechange existent…

  15. @Ceux qui veulent bien me répondre.

    Concernant la création d’une monnaie locale .

    Il me semble que créer une monnaie locale c’est créer un outil d’échange permettant de développer les productions et ventes locales ; c’est donc un outil de relocalisation de l’économie.
    Ce qui doit précéder et fonder cette démarche c’est une volonté politique des acteurs locaux ( collectivités , associations , socio profesionnels, citoyens …) qui décident dans le cadre d’une politique de relocalisation de créer une monnaie destinée à faciliter et dynamiser cette relocalisation de l’économie.

    Plus en amont pour faire émerger cette volonté politique , il faut qu’un groupe humain , collectivité locale ou association ou autre mène un travail de communication et de mobilisation montrant
    la nécessité de relocaliser
    la possibilité de le faire
    les bénéfices pouvant être escomptés

    Parallèlement d’autres outils peuvent être présentés (création de coopératives de production… AMAPS …. Outils de stockage du foncier agricole …) , d’autres actions menées.

    C’est un peu la démarche que j’aimerai entreprendre localement mais concernant ce sujet particulier de créer une monnaie locale je manque cruellement de connaissances, d’expérience , d’assurance .
    Y aurait t il sur ce blog des personnes pouvant m’aider sur ce thème précis ? g.digirolamo@wanadoo.fr

    Mes excuses auprès de Paul Jorion de mélanger réflexion théorique et action plus concrète et plus personnalisée .

  16. @Julien Alexandre
    A 9 h 34, vous citez Allais à propos des dépôts qui se retrouvent prêtés . Juste une possibilité: Allais ne parle pas des « dépôts à vue » et dans son idée il s’agissait peut être des dépôts qui forment M2 (dépôts à terme d’une durée inférieure à 2 ans et dépôts remboursables avec préavis de moins de 3 mois)

  17. @ Di girolamo

    Comme je le disais d’une autre façon ( je sais plus ou sur ce blog de Paul), « relocalisation ne veut pas dire protectionnisme ». Il y a beaucoup à faire pour que création de monnaie locale ne rime pas avec  » nouvelle féodalité ». De plus, si de neo abbayes « athées, aussi bien qu’agnostiques, et même confessionnelles » sont en vues, comment comprendre ton terme de « bénéfice »? Voici mon adresse : jeanlucemorlie@hotmail.com

  18. @ Arianne,

    la Banque de France, si je ne m’abuse, publie bien le M0. Seulement, si la masse des billets et pièces en circulation est vite trouvée dans ses rapports annuels (tableau de synthèse des agrégats monétaires), pour les comptes des banques commerciales à la BCE c’est un peu perdu dans le texte, du moins depuis l’édition 2004.

    Par ailleurs, ne sont donnés que les bilans des comptes des banques astreintes à réserves obligatoires. Quid des autres ?

    Il est dit que de moins en moins de banques y sont astreintes. Ces rapports indiquent 850 établissements environ — mais cela représente quelle proportion ? Pas indiqué. On lit aussi : moyenne des réserves obligatoires constituées par les banques françaises : 18%, stable sur la période (19.2% en 2006).

    Ci-dessous une synthèse que je viens de faire, sur la période 2002-2007.

    Tous les chiffres sont pour la zone euro, en milliards d’euros (G€).

    BPC : billets et pièces en circulation
    CCBARO : compte courant des banques astreintes à réserves obligatoires
    DAV : dépôts à vue
    CSP : crédits au secteur privé

    BPC / CCBARO / DAV / CSP / PRSB / RRO
    Encours à fin décembre (sauf CCBARO 2004-2007 : moyenne année)

    2002 : 341 / 131 / 2 083 / 6 778
    2003 : 398 / 132 / 2 334 / 7 094
    2004 : 468 / 137 / 2 473 / 7 550
    2005 : (?) / 152 / (?) / (?)
    2006 : 579 / 162 / 3 095 / 9 160
    2007 : 627 / 186 / 3 200 / 10 146

    (?) Bug d’ouverture du rapport BdF .pdf — Mais j’ai trouvé, sur Wikipedia : M0 = 514 G€ en 2005.
    On peut aussi utiliser les taux de variation depuis 2004 ou 2006 — mais je n’ai pas pu retomber sur un même chiffre 😉

    Une autre synthèse, qui me parait intéressante — en millions d’euros (M€).

    PRSB : produits du refinancement du système bancaire
    RRO : rémunérations des réserves obligatoires

    PRSB / RRO
    Encours à fin décembre.

    2002 : 358 / 772
    2003 : 247 / 543
    2004 : 290 / 507
    2005 : 588 / 574
    2006 : 814 / 904
    2007 : 1 187 / 1 414

  19. @ Nadine :

    Vous me faites part d’une expérience de pensée qui commence par ceci :

    Hypothèse d’école:
    Deux banques concurrentes dans le circuit dont une insolvable avec zéro dépôt, zéro réserve, zéro fond propre .

    Dans la même journée la banque insolvable avec zéro dépôt fait un crédit de 1000 à un client, ce crédit se retrouve chez sa concurrente sous forme de dépôt

    La banque qui a reçu ce dépôt en profite à son tour pour faire un crédit de 1000 qui finit à la fin de la journée en dépôt dans la banque insolvable.
    Dans ce cas la créance monétaire de l’une annule la créance monétaire de l’autre au moment de la compensation, la banque insolvable ne fait pas faillite et la masse monétaire M1 a doublé passant de 1000 à 2000 sans monnaie M0.

    Au delà des conséquences légales qui résultent du statut d’insolvabilité de votre banque, il existe au moins une règle qui contrevient à votre proposition : les réserves obligatoires.

    Une banque ne peut pas émettre de crédit si elle ne dispose pas de réserves obligatoires, qui sont un % de leur encours de dépôts à vue. Donc pour effectuer le premier prêt de 1.000 €, et pour que celui-ci se retrouve dans une autre banque, il faut non seulement que votre « banque insolvable » ait 20 € au minimum (2%, taux de réserves obligatoires en vigueur dans la zone euro) en monnaie centrale sur son compte auprès de la BCE, mais également qu’elle soit en mesure d’effectuer la compensation avec la banque solvable (une banque ne peut pas spéculer sur le fait que l’autre banque fera systématiquement un transfert en sens inverse qui annule la créance monétaire). Ce qui en l’absence de fonds propres, de titres, d’actifs financiers ou de dépôts dans votre banque insolvable est impossible.

  20. @Julien Alexandre

    Mais enfin Julien, je sais bien que dans la réalité ce n’est pas possible avec ce cas particulier en plus il n’y a que deux banques ! c’est simplement pour vous faire touchez du doigt que les dépôts ne sont pas prêtés.

    La question est:
    Est ce que le raisonnement est faux ? je ne vous demande pas si dans ce cas caricatural c’est possible ou pas.

  21. @ Nadine : merci pour votre louable effort. Je répète que votre raisonnement est faux, car une banque ne peut pas faire de crédit si elle n’a pas de réserves obligatoires. Si on ne tient pas compte des règles qui existent, alors oui on peut dire tout et n’importe quoi, et ce sera toujours vrai si l’on ne tient compte que des règles que vous édictez vous-même ou à l’absence précisément de règles.

    J’ajouterais, et ceci est d’ailleurs valable de manière générale pour tous les intervenants, que les raisonnements faux à « vocation pédagogique » ne présentent pas d’intérêt. Je leur préfère les raisonnements vrais à vocation pédagogique.

  22. @ Julien Alexandre,

    (Je me réfère à quelques points que j’ai pu lire — désolé, vous comprenez que le fil est très long à parcourir…)

    1) Cela n’a pas de sens de dire que la COMPENSATION s’effectue en monnaie banque centrale. Comme en n’importe quelle autre monnaie d’ailleurs. Puisque la compensation est précisément l’opération qui annule les soldes de même montant (et même signe) dans les comptes des agents pris deux à deux. Cette opération n’a besoin d’aucune monnaie, et justement elle consiste à minimiser les échanges matériels (par contre, il lui faut, disons, un agent assermenté pour la traiter et l’ordonner, voire pour prendre sur elle les dettes de chaque abonné dans l’intervalle).

    Il est juste de dire, par contre, que le RÈGLEMENT après compensation des soldes des comptes des banques commerciales à la BC s’effectue en monnaie centrale.

    Par ailleurs, avant que la compensation soit réalisée, les créances de chaque banque sur chaque autre s’étaient bien établies en monnaie scripturale, non pas en monnaie fiduciaire. Quand un client de la banque A paie un client de la banque B, il y a transfert d’un dépôt à vue (DAV) domicilié chez A à un DAV domicilié chez B. Or :

    * il suffit de lire les chiffres que j’ai transcrits dans mon message précédent pour constater que la somme des DAV est fortement supérieure à la masse des billets et pièces, et même au M0 ;

    * de toutes manières, ces comptes à vue sont des entités virtuelles, informatiques ; il ne leur est associé aucun coffre contenant, en propre, de serait-ce qu’une portion du numéraire en billets et pièces.

    Bref, le propos du document cité par Étienne Chouard me parait correct sur ce point (notamment) parmi ceux que vous avez soulevé.

    Et ce qu’Étienne, je crois, soulignait, c’est que, puisque la monnaie centrale ne vient régler que des soldes entre banques, alors il se peut qu’une proportion immense des échanges interbancaires (du marché interbancaire) — ait pour véhicule de la monnaie scripturale, c’est à dire celle que les banques fabriquent elles-mêmes. Cela se produit si les soldes entre elles sont presque équilibrés. A la limite, s’ils le sont tout à fait, celles-ci peuvent démultiplier infiniment la « base monétaire » (fiduciaire) et octroyer autant de crédits qu’elles le veulent. Leur seule limite étant le ratio de liquidité, les « fuites », qui sont une limite faible : un peu plus de 6% de l’encours de crédit, et un peu plus de 25% du total des DAV sont « couverts » par de la monnaie centrale.

    Pour la même raison :

    2) Cette discussion sur le fait que les banques prêtent ou non à d’autres les dépôts à vue (par opposition aux dépôts sur compte d’épargne) me semble surréaliste.

    Les DAV sont — à 100% — de la monnaie scripturale. Qu’ils soient couverts, pour 1 / 16 environ, par de la monnaie fiduciaire, ne signifie pas que celle-ci soit immobilisée pour chaque compte, dans une proportion fixe.

    Un DAV est une créance d’un client sur sa banque. Cela signifie que celui-ci que ce dernier peut, à la demande, retirer tant de billets à sa banque. Cela ne veut pas dire que ces billets sont quelque part sur son compte avant qu’il l’ait demandé.

    En permanence, le solde de mon compte courant reste le même si je ne fais pas, moi-même, d’opérations de virement ou de dépôt. Le contraire vous arriverait, vous ne vous poseriez pas la question et iriez porter plainte.

    Bref, les banques ne prêtent pas à d’autres clients le « contenu » des DAV d’un client, simplement parce que cela ne leur servirait à rien et ça n’aurait même aucun sens.

    3) Vous penser contredire l’idée que les banques de dépôt ont le pouvoir de créer de la monnaie ex-nihilo du fait qu’elles ont besoin, pour cela, qu’il existe une banque centrale et un refinancement en monnaie centrale… Mais vous ne voyez pas le différentiel ? Une création ex-nihilo reste un ajout, en terme de masse monétaire au sens large, pas une multiplication, opération qui s’annule face à zéro…

    On peut facilement observer qu’à notre époque (entre 2002 et 2007) : l’encours de crédit au secteur privé augmente de 3 400 milliards d’euros environ en 5 ans, le total des DAV d’environ 1 100 milliards tandis que M0 n’a augmenté, dans le même temps, que de 340 milliards.

    Et le différentiel, évidemment, ne cesse de croitre. Comme, d’ailleurs, croissent les dettes des particuliers, des entreprises, des États. On ne peut pas comparer la « monnaie de banque » à des titres comme les dérivés, les subprime par exemple : reste qu’il y a dans les deux cas le même pouvoir de générer ex-nihilo des instruments de dette, qui servent d’instrument de paiement tant que le château gonfle…

  23. @Julien Alexandre

    Deux banques A et B concurrentes avec 100 en dépôt, 2 en réserve M0.

    A= 100 en dépôts 2 en réserve M0
    B= 100 en dépôts 2 en réserve M0

    Dans la même journée la banque A fait un crédit de 90 à un client, ce crédit se retrouve chez sa concurrente B sous forme de dépôt

    La banque B qui a reçu ce dépôt en profite à son tour pour faire un crédit de 90 qui finit à la fin de la journée en dépôt dans la banque A.
    Dans ce cas la créance monétaire de l’une annule la créance monétaire de l’autre au moment de la compensation, la masse monétaire M1 a presque doublé passant de 200 à 380 sans monnaie M0 supplementaire

    Maintenant la banque A fait un crédit de 160 sur 190 de dépôt qui atterrit de nouveau chez sa concurrente B, celle ci n’en profite pas pour faire un crédit et demande a être payé, que croyez vous qu’il arrivera avec seulement 2 en réserve M0 dans A?
    La banque A devient insolvable si personne ne veut lui prêter et pourtant elle n’a fait que prêter le dépôt de son client.

    Non, les banques ne prêtent pas les dépôts, elles émettent des créances monétaires et espèrent que les autres fassent de même pour que les compensations se réalisent sans monnaie centrale.

    Julien est ce que ce raisonnement est encore faux ?

  24. Je viens de regarder ce blog et suis effarée, ahurie du volume de cette discussion… qui prouve au moins que ce que font les banquiers est mystérieux, ce qui n’est pas bon signe, je rejoins ainsi la très saine l’intervention de Brieuc Le Fèvre d’hier 12 janvier 2009 à 14:19.

  25. Je viens de regarder ce blog et suis effarée, ahurie du volume de cette discussion… qui prouve au moins que ce que font les banquiers est mystérieux, ce qui n’est pas bon signe, je rejoins ainsi la très saine l’intervention de Brieuc Le Fèvre d’hier 12 janvier 2009 à 14:19.

  26. Aux adeptes du relais 4×100 posts :

    Puisque le but du jeu est d’avoir le mot de la fin, je vous le laisse volontiers. Je pense avoir dit tout ce que j’avais à dire, et expliqué tout ce que je pouvais expliquer. Je vous laisse donc le soin, vous qui vous passez le témoin de façon toujours très opportune, de conclure à votre guise.

    Merci à toutes celles et ceux qui ont eu le courage de suivre ce fil.

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