Le travail

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pourquoi le progrès technologique et l’accroissement global de la richesse des nations qu’il implique condamnent-ils pourtant tout un chacun à travailler toujours davantage ? Sera-ce toujours le cas ?

Il y a deux aspects à cette question : le premier est pourquoi ne travaillons-nous pas moins alors que bien des crises résultent d’une surproduction ? et l’explication ici est politique, et le second aspect est pourquoi ne permettons-nous pas à certains de ne pas travailler ? et la raison ici est socio-psychologique. La première question pourrait être résolue sans que la seconde le soit et inversement.

Commençons par le premier aspect : pourquoi ne travaillons-nous pas moins ? La raison est politique : aucune part de surplus ne peut se dégager qui puisse être utilisée à ce que nous travaillions moins, parce que si elle apparaissait, elle serait immédiatement partagée entre investisseurs et dirigeants d’entreprises. La raison, je l’ai déjà mentionnée : c’est parce que le surplus créé se partage entre les intérêts que touche l’investisseur (le capitaliste) et le profit que touche le dirigeant d’entreprise (le patron). Et, je l’ai montré aussi, c’est le rapport de force entre eux qui va déterminer où vont se situer les taux d’intérêt (le « loyer de l’argent »), et par conséquent aussi, le profit qui n’est que la différence entre le surplus qu’a permis l’utilisation du capital comme avances , et les intérêts. C’est alors le dirigeant d’entreprise qui partage ce profit entre lui et ses employés, selon le rapport de forces qui prévaut cette fois entre eux.

Il n’y a donc pas de place où pourraient se créer les réserves qui permettraient soit que chacun travaille moins, soit que certains n’aient plus même besoin de travailler. Si une réserve de ce type se constituait, elle serait immédiatement partagée entre investisseurs et dirigeants d’entreprise et l’on pourrait dire que c’est exactement ce que l’on constate, car comment expliquer autrement le fait qu’au cours des années récentes, les investisseurs se soient toujours enrichis davantage (considérant un rapport de 15 % annuel comme la norme) et les dirigeants d’entreprise également ? Parce que l’organisation de notre société en investisseurs, dirigeants d’entreprise et employés – où les investisseurs s’affrontent aux patrons, et les patrons aux employés mais sans confrontation entre investisseurs et employés – ne permet pas que se dégagent des réserves qui permettraient à ces derniers de travailler moins voire pas du tout. Tous ceux qui travaillent en entreprise ont eu l’occasion d’entendre leur patron leur expliquer le mal qui est le sien à défendre leurs intérêts contre les exigences des actionnaires. Ces exposés engendrent généralement du scepticisme, voire même des ricanements, or la chose est vraie : les patrons représentent les intérêts des salariés vis–à–vis des capitalistes, leurs salaires dépendent du profit, c’est–à–dire de la part du surplus que le patron sera parvenu à soustraire aux investisseurs et toutes réserves qui auraient pu servir à alléger le travail des employés a préalablement été partagée entre capitalistes et patrons.

La raison pour laquelle nous n’admettons pas que certains ne travaillent pas est que nous sommes prisonniers d’une fuite en avant. Nous inventons de nouvelles choses et nous voulons les posséder. Nous ne choisissons pas de laisser travailler les plus productifs et de permettre aux moins productifs de ne rien faire. Pour cela nous devrions les payer pour ne rien faire, mais à cela nous répugnons parce que les milliers d’années au cours desquelles nous avons travaillé, nous ont inculqué une éthique du travail qui nous incite à croire que ne pas travailler est un péché : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Du coup, si nous payions quelqu’un à ne rien faire, nous aurions le sentiment d’encourager le vice et de décourager la vertu.

Il ne s’agit pas simplement de religion et même ceux pour qui leur travail représente un plaisir et qui ne perdraient rien à ce que d’autres ne travaillent pas ont tendance à penser de cette manière. C’est parce que nous avons intériorisé le travail comme une nécessité à laquelle chacun doit s’astreindre et, si l’on y pense, il vaut mieux pour notre santé mentale qu’il en soit ainsi : s’il en était autrement, le travail serait uniquement vécu comme ce qu’il est souvent : comme un long calvaire. Cette intériorisation a si bien fonctionné que quand nous sommes privés de travail : quand nous sommes au chômage, nous nous sentons diminués socialement, inutiles, un fardeau pour les autres et déprimés. Nous percevrions du coup ceux qui seraient payés à ne rien faire et qui en seraient heureux comme des gens qui s’appliquent d’autres règles que les gens ordinaires, autrement dit, nous les percevrions comme des pervers.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

55 réflexions sur « Le travail »

  1. @ Rumbo,

    Je suis totalement d’accord avec votre conclusion. Le problème vient du mimétisme, que j’appelle accoutumance. A priori, sauf cataclysme, c’est mission impossible pour faire apercevoir un bout de réalité à tous les drogués. Même chose pour la dette : nous sommes capables d’assimiler que la dette des pays en voie de développement est un bel outil pour les maintenir à leur place et les exploiter, mais quand cette dette nous concerne…plus rien ! Mais il est tellement vrai que dans ce merveilleux monde économique la dette crée la consommation…et toute la belle logique économique de notre société ! Et c’est là où je suis un peu moins d’accord : certes la dette est « un spectre totalement artificiel pour susciter notre crainte et notre peur », mais l’édifice de la fiction économique est fragile. Supprimez la dette et l’édifice s’écroule…chose qui ne serait pas pour me déplaire, mais j’aurais préféré que les cerveaux (endoctrinés par l’économie) se concentrent sur les solutions à envisager en cas d’effondrement…

    Courage !

  2. Lemar dit :
    5 février 2009 à 12:44

    «  »Alors, pour compléter la réponse de Paul Jorion à sa question initiale
    « Pourquoi le progrès technologique et l’accroissement global de la richesse des nations qu’il implique condamnent-ils pourtant tout un chacun à travailler toujours davantage ? Sera-ce toujours le cas ? »
    il me semble que la réponse tient essentiellement dans le fait que nous confondons le « bois » et les « coquillages » »

    —>Mais la réponse est surtout la pratique de l’intérêt, en plus, qui confine à l’usure. L’accumulation des intérêts, plus d’innombrables frais financiers se retrouvent dans les prix. Et je ne parle pas des indidents de remboursement, mêmes rattrapés (et qui seront de moins en moins rattrappés!) à cause du phénomène usuraire qui en découle, que doivent payer tous les acteurs économiques qui remboursent (de plus en plus éternellement) leur dettes

    Ceci est un phénomène financier majeur gravissime, et même létal, qui sape et dissout progressivement les sociétés rendues prisonnières, et même prisonnières définitives, sans qu’on le leur annonce… Il est inutile de « réformer » le système financier si nous sommes obligés, d’une manière ou d’une autre, de continuer à passer par le crédit et les dettes. Les dettes doivent être suprimées, car tout le potentiel productif existe bel et bien, il fonctionne, les compétences sont bonnes en général, les solutions existent pour se dégager tout de suite de la dette, qui est une dette fantoche, un spectre totalement artificiel pour susciter notre crainte et notre peur. Les dettes à intérêts sont inutiles, sauf à emprunter de l’argent déjà épargné. Car l’important, c’est que nous avons le – bois- et les – poissons -. C’est la possibilité de produire, et nous l’avons, et nous sommes avertis, sans appel, que notre environnement avec lequel nous sommes intimement mariés devra dorénavant intégrer que le – vrai – progrès, qui est celui s’intégre sans dommages à l’environnement et à l’écosystème.

    À quoi servait donc le Jubilé, tous les cinquante ans, dans l’ancienne Tradition hébraïque, où l’on procédait à l’annulation des dettes? Pourquoi ne pas s’en inspirer? Car nous vivons une véritable régréssion!

    Il y a beaucoup de choses sur ce blog et l’on ne peut que s’en réjouïr et complimenter ceux grâce auxquels ces échanges se font. Ceci dit, le système financier actuel qui, même sans aller chercher midi à quatorze heures, a démontré et surdémontre qu’il est le creuset de zones d’ombre, induisant toutes les attitudes, ruses, pièges, voire coupe-gorges pour détrousser le maximum de monde, une masse amorphe, dont je fais partie, qui paraît désemparée à l’idée qu’il faille renverser le moloch (ou le molosse, comme on voudra).

    La sentence d’aujourd’hui c’est: je possède, donc je détermine et je domine. Alors que la sentence véritable est: je produis, donc j’ai. Autrement il faut « expliquer » le sens du travail… Je crois de plus en plus que la majorité des « démocrates » marchent à côté de leurs chaussures, et nous avec… par mimétisme débile…

  3. Merci Lemar de parler du dernier bouquin de Jancovici, je finis de le lire…
    Il ne serait pas inutile non plus de lire son précédent « Le plein SVP » édité en 2006 ou bien d’aller suivre l’une de ses conférences, ici par exemple chez SPIE :
    http://storage02.brainsonic.com/customers2/entrecom/20080227_Spie/session_1_fr_new/files/index.html
    ou l’ensemble de ses cours (16 h) donnés à l’école des Mines :
    http://www.ensmp.fr/ingenieurcivil/SitesIC/Balado/Climat_som.html

    On peut ensuite critiquer bien des points de son discours et de ses idées (sur le nucléaire entre autres…), mais il est salutaire de prendre conscience de notre dépendance aux énergies fossiles et accessoirement au mythe de la croissance en terme d’exploitation des matières premières non renouvelables, fossiles et minérales ou même renouvelables (à l’échelle humaine) comme le sont les poissons et les forêts par exemple.

    C’est bien grâce à une énergie abondante et gratuite (comme Janco le dit, personne ne paye le prix du litre de pétrole détruit, mais le travail qui va autour pour finir dans notre réservoir), que notre travail pénible a diminué, que nous pouvons produire des tas de trucs en quantité industrielle, que nous pouvons délocaliser nos logements (à 20, 50 100 ou 200 km de son travail), délocaliser nos loisirs et même la fabrication de nos bidules à l’autre bout de la planète…
    Dès lors, une stagnation dans la « production » journalière de pétrole (85 millions b/j) entraîne une augmentation de son prix de vente (à 147$ en juillet 2008). On peut ainsi se demander si ce poids financier (rappelez vous les réactions des marins pêcheurs ou des infirmières l’année dernière…), n’est pas pour qq chose dans la Crise actuelle…

  4. @Bertrand: je suis d’accord avec ce que vous dites mais je ne vois pas où vous voulez en venir. Ce n’est pas parce que le cadre est politique que ce qui se situe dans ce cadre l’est aussi. Exemple: le cadre légal du mariage est politique mais je ne vois pas en quoi le fait que je souhaite me marier avec telle femme est politique. C’est privé.

  5. Je suis étonné que personne n’ait mentionné le dernier livre de JM Jancovici : « C’est maintenant ! ». Je lis ce blog depuis quelques mois déjà et n’interviens pas car mes compétences en matière d’économie et de finance sont plus que rudimentaires. Cependant, j’aime suivre ces discussions car Paul Jorion, et d’autres contributeurs, parlent du coeur du système, et placent l’humanité et la planète au centre de leurs reflexion. Jancovici dirait qu’ils ont compris que ce qui est vraiment important ce sont « le bois et le poisson » (l’homme et les ressources naturelles), et non les coquillages (argent, monnaie d’échange).
    Je me permets de citer quelques passages de ce livre, par ailleurs contestable sur bien des points, en particulier un soutien sans faille au capitalisme et aux grands partis, et à son désintérêt pour la justice sociale.
    Jancovici :
    « L’argent ne se mange pas. Ce dont notre survie dépend de manière cruciale, ce ne sont donc pas des revenus monétaires, mais de ressources naturelles, et plus globalement des services écologiques rendus par la nature. »
    « Vous croyez acheter un poisson ? Illusion d’optique ! Vous payez en fait le salaire du pécheur, celui du charpentier qui a construit le bateau, ainsi que celui du banquier qui a prêté de l’argent au pécheur pour qu’il achète son bateau. Tout ce beau monde ne fait que profiter d’un poisson qui est apparu tout seul dans l’océan sans que personne y soit pour quoi que ce soit. L’économie ne consiste qu’à acheter des heures de travail et des rentes à des gens qui ont transformé des ressources naturelles ou qui se trouvent en être les propriétaires du moment, mais qui ne les ont pas créées. En vérité ces ressources sont gratuites pour tout le monde. Leur prix n’est que le salaire de leur extraction, ou du consentement à s’en défaire quand l’Histoire a fait de vous leur propriétaire. »
    Un peu plus loin, toujours sur le travail :
    « Et, plus sage que sage notre énarque indique au roi que au moment où il y a suffisamment de gens pour construire les pirogues et nourrir tous le monde, il est bon de s’en tenir là en ce qui concerne les prélèvements sur la nature, et que le reste du temps doit être occupé à faire des choses qui n’impliquent pas de prédation. »

    Alors, pour compléter la réponse de Paul Jorion à sa question initiale
    « Pourquoi le progrès technologique et l’accroissement global de la richesse des nations qu’il implique condamnent-ils pourtant tout un chacun à travailler toujours davantage ? Sera-ce toujours le cas ? »
    il me semble que la réponse tient essentiellement dans le fait que nous confondons le « bois » et les « coquillages ».

  6. Le beau-fils de Marx a écrit un truc très bien là-dessus – Le droit à la paresse –

    La société salariale, puis la société salariale de consommation, et maintenant la « société salariale de précarisation du pouvoir d’achat » satisfont égalitairement au plaisir de domination de l’autre : chacun en effet y trouve l’occasion d’assouvir son ressentiment à être dominé en dominant l’échelon du dessous. Au-delà de la production, la subordination est la fonction latente du travail. Ce sont des choses qui ne se disent pas, mais souvent les employé(e)s des services sociaux en tout genre « tournent à l’aigre », et tant pis pour ceux et celles qui devront ramper pour leurs bonnes grâces …

    Abandonner la société du travail et la remplacer par une société de « l’ouvrage » et de « l’action » serait, pour chacun, l’épreuve consistant à se grandir par soi-même et non en exerçant « le pouvoir sur l’autre ». Bien évidemment, les chefs de la gauche et des syndicats, ne revendiqueront pas « le pouvoir sur soi pour tous » et dériveront les énergies vers le « pouvoir d’achat ».

    Dans une société sado-maso, se respecter est une perversité.

    L’échec des SEL en Belgique, conduit au système des titres services, lesquels, limités au repassage et au nettoyage pour des particuliers, produisent des services équivalents, mais avec comme valeur ajoutée l’instauration d’une chaîne de commandement parasitaire. Comme l’indique le dernier rapport de la Cour des Comptes , les sociétés de titres services ne créent pas les emplois stables espérés, c’est parfaitement logique, elles vivent de la gestion de la précarité ! Budget annuel des titres services: un milliard d’ Euro.

  7. @Moi :
    Lorsque vous signez un « contrat commercial » avec votre DRH, ce contrat est borné par le droit. Un patron a toujours besoin du législateur pour définir le temps de travail auquel vous êtes astreint. Le droit n’est pas forcément là pour vous « défendre », il précède le marché. Lorsque vous étiez étudiant, un diplôme d’Etat en poche, le législateur vous a autorisé à le présenter à un DRH parce que ce diplôme est légal, c’est déjà de la politique. A tel point que le politique lorsqu’il s’attache à prévoir les niches d’emplois à venir, promulgue de nouveaux « diplômes ». On voit là d’ailleurs tout son intérêt utilitariste : garantir la croissance par l’emploi et trouver une utilité à ses administrés. Lorsque vous allez travailler, la boucle est bouclée : le produit de votre travail s’inscrit dans l’intérêt utilitariste des politiciens (actuels et de ceux qui les ont précédé) et du capital, pour votre « bien ».

  8. @JeanNimes: pour un grec ancien, tout travail concret ou abstrait serait dégradant. Je cite Wikipédia: « Les Grecs distinguent deux grands groupes de tâches, l’une désignée par le terme ponos qui regroupe les activités pénibles exigeant un effort et un contact avec la matière considérées comme dégradantes. Les autres, identifiées comme ergon (œuvre), sont associées à des arts, tous particuliers, ne pouvant faire l’objet d’une commune mesure : le travail. L’idéal grec se trouve au contraire dans le digne loisir qui permet l’entretien du corps (gymnastique) et de l’esprit (science comme contemplation du vrai), et surtout la participation aux affaires de la Cité. »

    @Bertrand: « On peut aussi considérer que le premier acte politique de votre vie était le moment où vous avez dû négocier votre salaire devant votre DRH. »

    Non, la négociation de mon salaire avec un DRH n’est pas un acte politique, c’est un acte commercial. Il n’impliquait pas la Cité mais seulement ma personne. Par contre, lorsque les syndicats négocient les salaires avec le patronat, c’est un acte politique.

    @Stilgar: tout à fait, la suppression de la publicité serait un très bon début.

  9. J’approuve Bertrand et je rectifie sa pensée : l’objet d’une société technicienne n’est pas de supprimer le travail humain mais de le rendre superflu et il y a là une contradiction avec la logique de la dynamique de la marchandisation dans le cadre de la globalisation.
    D’une part, on crée de nouveaux besoins et de nouvelles frustrations, d’autre part, le développement technologique et la division internationale du travail suppriment de fait des emplois alors que la place du travail est sur-valorisée.

  10. Je rajoute à ce qu’expliquent Rumbo et Bertrand

    La société crée en permanence de nouveaux besoins … la première des choses à faire pour sauver la planète serait d’interdire la publicité.

  11. @ Moi :
    « L’ennemi du pouvoir c’est le temps libre du peuple car alors il cesse d’être esclave et fait de la politique. »

    On peut aussi considérer que le premier acte politique de votre vie était le moment où vous avez dû négocier votre salaire devant votre DRH. Tandis que votre liberté réelle ne s’apparente qu’au temps libre qu’il deigne vous octroyer.

    Comme Rumbo, je considère que l’objet d’une société technicienne est de supprimer le travail humain. Le progrès dans la bouche du politique est d’alors de faire croire que les boulots supprimés dans tel ou tel secteurs trouveront autant d’équivalent en nombre d’emploi dans le secteur des nouvelles technologies, biotech, du droits des affaires, du management et autre. Pour un politique : Progrès = Nouveaux emplois. Dans la réalité : Progrès = Suppression méthodique des tâches dédiées aux humains afin d’augmenter le profit.

  12. Peut-être que le débat gagnerait en clarté en distinguant :

    – travail concret : celui que les humains réalisent quand ils transforment la matière ou qu’ils créent de nouveaux outils conceptuels… il a la double propriété de donner satisfaction quasi immédiate au producteur et reconnaissance de soi tout en créant une valeur d’usage ;

    – travail abstrait : celui qui est payé dans le cadre des rapports sociaux capitalistes, soumis à l’exploitation de la survaleur, exploitation croissante sous la pression de la baisse tendancielle du taux de profit due à l’accumulation du capital productif (cristallisation du travail vivant dans le travail mort que représentent les machines). Ne se valorise que dans l’échange de la marchandise contre de l’argent, en dehors de toute reconnaissance du salarié.

    Ce travail abstrait est abstrait parce qu’il perd toutes ses qualités autres que celle d’avoir un prix, fonction du temps, il est ainsi de plus en plus homogène et moyen pour tous les salariés, indépendamment des qualités mises en œuvre par le salarié : seul compte sa durée définie dans le contrat (léonin) salarial.

    Bien entendu le capitaliste qui achète la force de travail (abstrait) a intérêt à ce que la durée du travail soit la plus longue possible, la plus intense et la plus qualifiée possible, puisqu’il va la payer au temps et au prix moyen !

    S’il trouve moins cher ailleurs, c’est mieux encore : « remplacer un Yankee par trois Chinois » (Le Capital, Marx, 1867)

    N’est-ce pas que cela éclaire le débat ?

  13. Oups, je continue…

    Mais le pouvoir en place n’a pas aimé cela alors il fallut augmenter le temps de travail d’une manière ou l’autre. Et on inventa le désir de consommation effrené et la baisse du pouvoir d’achat et la télévision. Et voilà le travailleur demandant du « travailler plus pour gagner plus ». Et pour ceux qui restaient au chômage, on les détourna autant que possible de la citoyenneté. On en fit des chercheurs d’emploi pour éliminer leur temps libre.

    L’ennemi du pouvoir c’est le temps libre du peuple car alors il cesse d’être esclave et fait de la politique.

  14. @Rumbo: « Le progrès doit nous permettre d’avoir les revenus créés par les machines qui ont remplacé les ouvriers.  »

    Le problème est politique. A l’époque de Pericles, seuls les hommes libres étaient des citoyens et cela est logique car seul un homme libre peut être un vrai citoyen. Qu’est-ce qu’un homme libre? C’est un homme qui ne travaille pas. A cette époque, l’esclavage permettait ainsi la démocratie. A la révolution française, lorsque la démocratie revint au premier plan, on en vint ainsi à n’accorder le statut de citoyen qu’à ceux ayant certains revenus de rente. Car seul un homme libre peut être citoyen et un homme libre ne travaille pas. Tout cela est logique. Puis les travailleurs exigèrent que l’on réduise leur temps de travail. On le leur accorda après moultes luttes et à très grand regret car ce temps libre offert aux travailleurs les rendit un peu plus citoyens. Les travailleurs exigèrent alors le droit de vote, car ils pensaient de plus en plus en citoyens, en hommes libres. On dut aussi le leur accorder à grand regret. M

    on accorda le droit de vote aux travailleurs, mais cela n’en fit pas des citoyens quoi qu’on en dise, juste des machines à voter à durée déterminée, car pour être citoyen il faut du temps libre. Puis le temps libre des travailleurs augmentant, ceux-ci devinrent de plus en plus des citoyens. Mais le pouvoir en place n’a pas aimé cela alors il fallut augmenter

  15. 1- le travail, c’est la nécessité liée à la condition mortelle de l’homme. La reproduction du travail est la réponse au carctère fragile du vivant. Je crois que c’est Arendt qui disait que Locke était parvenu à confondre travail et oeuvre et quand on parle de travail aujourd’hui, on se réfère encore à ce sens de réalisation et d’accomplissement par lequel on s’affranchit de la nécessité.

    2-le travail est inséparable de la technique et des sciences. Depuis l’OST, le travail est l’objet d’une rationalisation scientifique dont la finalité est la maximisation de son efficience. Ce qui est acquis par l’accumulation de biens, on le perd par l’émiettement du travail : on ne sait pas qui fait quoi, dans quel buts …

    3-la religion selon Durkheim est la totalité du social hypostasiée. La monnaie et le travail s’inscrivent dans ce cadre et c’est certainement la raison pour laquelle le travail est si valorisé.

    4- la valorisation du travail implique la marchandisation des rapports sociaux car seul l’activité marchande est considérée comme travail. Tout ce qui relève du don ou qui s’incrit hors du cadre marchand tend à être englobé par l’économie.

    5- travail et double langage : le travail doit être la condition de l’autonomie et la source d’un progrès pour la collectivité. Or, le travail n’assure en rien l’accès à des moyens de vies conformes à des standards qui n’ont de cesse de s’élargir.

  16. Venant tard à ce billet, j’aimerais répondre à plusieurs ce qui n’est guère possible.

    Je crois que l’éthymologie du mot travail est: tripalium, ce qui veut dire instrument de torture. Tout est expliqué dans la racine de ce mot!

    Quelqu’un à encore évoqué que c’est le temps qui demeure la dimension essentielle du travail, ce qui est absolument vrai, au point qu’il y a bien une « unité » (d’ailleurs à plusieurs dimensions) temps-travail. C’est le principal moteur du progrès technologique et technique. Mais malgré le progrès technique faramineux, nos mentalités n’ont presque pas changées. Avec leur « boulet au pied » nos mentalités demeurent dans un archaïsme assez stupéfiant, même quand on est « hyper cultivés ».

    Exemple: il y a quarante ans, M. et Mme Dupont, qui ont 4 enfants, achètent une machine à laver. Ainsi Mme Dupont voit sa « journée » hebdomadaire de corvée de lavage du linge familial raccourcie, passant de 9 ou 10 heures à même pas 2 heures par semaine. Madame Dupont, qui aime la musique, est ravie, elle peut passer ainsi une journée agréable et créative pour elle, étant libérée de cette corvée du linge. Vraiment, vive le progrès! Mais M. Dupont se creuse la cervelle pour trouver des « corvées de remlacement » à son épouse, car il supporte très mal de la voir aller à une chorale le jeudi (ancien jour de lessive) et certains autres jeudis aller en sorties de visites organisées sur des thèmes musicaux par une association de musique que M. Dupont considère personnellement comme « sa » rivale auprès de Mme Dupont… Voilà donc un shéma du fonctionnement de notre société…

    Enfin: « tu gagneras ta vie à la sueur de ton front » nous colle à la peau à tel point qu’il est inimaginable pour nous que le progrès matériel puisse nous libérer de quoique ce soit. Car sur le front du travail tout comme sur le front de l’argent, tout le monde se renvoie les « chagrins » et les « pleurs », et les mouchoirs, pour essuyer la sueur et les larmes. Imbéciles que nous sommes.

    Les profits générés par les machines vont dans les poches déjà pleines des propriétaires des machines gorgés et repus d’argent. La redistribution pour les chômeurs est simplement un casse-tête fallacieux et entretenu qui sert à maintenir le spectre de la peur et ainsi, nous rampons. Vouloir résoudre le problème du chômage par l’ « emploi », le sacro-saint emploi, est une chimère. Une – vraie – chimère qui n’est pas sortie du XIXème siècle. Car pourquoi cherche-t-on à travailler si ce n’est pour avoir un revenu?? C’est donc de – revenus – dont il s’agit, et non pas d’emplois! Confusion fatale! Et il est pénible d’entendre doctement exprimé la nécéssité de l’emploi par des cervelles qui sortent des grandes écoles…

    Je le répète de façon volontairemment provoquante: le chômage doit être le but à atteindre par l’affranchissement du travail, et d’abord le travail quantitatif d’exécution qui n’est plus du tout d’actualité. Les revenus produits par les machines ayant remplacé les travailleurs comme les tehniciens qui étaient payés et ne le sont plus (pourquoi?) (1) peuvent servir à leur subsistance, car les propriétaires des machines s’enrichissent de toute façons, chômage ou pas. Les revenus obtenus grâce à l’automatisation des machines contribueraient comme jamais à la consolidation de la solvabilité de tous. Les gains de productivité sont tellement supérieurs, qu’ayant complètement marginalisé le problème du chômage, il y a largement de quoi payer ceux qui, d’ailleurs, ont contribués à l’élaboration de la génération industrielle qui les a remplacé. Quel remerciement! Vous avez contribué à l’automatisation, maintenant qu’on a cette automatisation vous êtes virés!

    La mondialisation est venue embrouiller à souhait l’écheveau des problèmes aigus (pourquoi aigus?) du travail dans le monde. Mais la mondialisation étant devenue circumplanétaire, les horizons sont bouchés. Il est plus que grand temps de s’occuper de répandre le progrès « à l’arrière » des fronts de la competitivité « mondialiste » délétère qui, d’ailleurs s’effondre maintenant sous nos yeux. L’ « arrière », c’est à dire les nations elles-mêmes qui sont ravagées, ou sur le point de l’être.

    Pourquoi donc alors les inventions successives créent-elles le progrès? Le progrès aiguillé par la compétition et le lucre il est vrai, mais ce qui compte, c’est ce que nous faisons du progrès. Or on voit bien que celui-ci, pour l’essentiel, est complètement confisqué par la puissance financière qui en détient, en premier et en dernier lieu, les clés. Il y aura les sacro-saints crédits ou pas… Non seulement la puissance financière détient les clés du progrès, mais elle en interdit l’accès, ou seulement sous son strict contrôle… Jusqu’au progrès des armements si les « contradictions », induites par le sytème financier, s’avèrent « insolubles »… Pas d’argent en temps de paix, mais flot ininterrompu d’argent pour financer les guerres. Mystère insondable!!

    D’innombrables propos sur le travail constituent un bêtisier de choix. Tout le monde sait (en principe) que quelqu’un qui fait ce qui l’intéresse et le motive est bien plus créatif que n’importe qui. Tous ceux qui créent quelque chose reconnaissent qu’ils ne comptent même pas leurs heures. Leur occupation leur suffit amplement, certains ne changeraient pas pour un empire. Mais bien entendu je ne parle là que d’une minorité. C’est surtout pour souligner que ceux qui parviennent à se hisser dans une activité qui apporte du sens à leur vie, ont des chances, non négligeables, de « changer » de vie. Ce qui est la Vie tout court.

    L’on se rend bien compte aujourd’hui qu’il ne restent que quelques gros, très gros vérrous à faire sauter coûte que coûte. Ce sont des vérrous particulièrement bien gardés par des forces capables de faire sauter la planète pour ne pas lâcher prise, ne pas lâcher leur emprise sur le monde entier. Les plus grands espoirs et les plus grands expoirs sont permis dorénavant. Car il n’y a aucune raison valable pour ne pas mettre le progrès matériel à la tête de nos préoccupations et projets. L’idée de progrès, cette fois doit intégrer le progrès dans l’environnement et l’écosystème, c’est cette intégration obigatoire, fut-ce au pris de reculades technologiques qui se révèleront vite n’être qu’apparentes au vu de leur bienfaits « obligatoires » par leur nature même.

    Or, je le dit en résumé, mais c’est exactement la marche à suivre: nous avons entrepris le progrès aiguillonnés par la contreinte écrasante du travail (ce fut le sort historique de 90% des humains) et ce progrès est pour nous libérer des corvées et du travail quantitatif et stérile – et non pas, en remplacement, pour s’endetter à vie – comme tant d’entre nous. Le progrès est le vainqueur obsolu du travail et accompli progressivement notre idéal qui est de ne pas travailler, d’avoir des revenus et trouver un sens accru à la vie ce que permet le progrès. Le progrès doit nous permettre d’avoir les revenus créés par les machines qui ont remplacé les ouvriers. Car comme le progrès industriel se génère d’une génération insudtrielle à la suivante, tous ceux qui ont contribué à l’élaboration du progrès technique permettant l’automatisation remplaçant les ouvriers et la pénibilité de leurs travail doivent reccueillir les fruits de leurs travail, tout simplement.

    (1) Pourtant ils ont contribué à l’élaboration de l’augmentation extraordinaire de la productivité et ses gains

  17. @ Fab

    Tu écris : « Sincèrement, je ne comprends pas votre [ celle de Paul] obstination à ne voir le monde que sous l’éclairage économique. »

    Je le pense à moitié car Paul écrit dans son billet :
    « La raison pour laquelle nous n’admettons pas que certains ne travaillent pas est que nous sommes prisonniers d’une fuite en avant. Nous inventons de nouvelles choses et nous voulons les posséder. »

    Le thème de la consommation affleure à peine et aurait mérité que Paul s’y attardât plus longtemps. Penser le travail est inséparable d’une réflexion sur la société de consommation et sur le positivisme qui l’accompagne. Je pense que Paul est d’accord sur le premier point. Toutefois, et là nos avis se rejoignent, concevoir une autre société passe nécessairement par une réflexion limitant le rôle de l’économie.

    L’alternative est la suivante : soit on change de société, soit on garde la même mais il n’existe pas de milieu et toute autre solution ne serait que du replâtrage.

  18. Il est convenu que le bonheur de l’espèce humaine se mesure essentiellement à l’aune du PIB per capita. Le champ de l’économie politique (la création et la répartition des richesses) est ainsi promu au rang de préoccupation première. Et la dépense de consommation est supposée étalonner la satisfaction du pékin. Quiconque bouffe 400 kg de hamburgers par an au volant de l’une de ses trois bagnoles est donc plus heureux que celui qui picore 100g de riz par jour devant son pousse-pousse. Celui-ci rêve légitimement d’une tranche de rosbif et d’un moteur à explosion ; celui-là attend la pilule miracle qui vaincra son obésité.
    Autant dire que pour la répartition des richesses, il y a encore du pain sur la planche…
    Quant à la production de ces mêmes richesses, les capitalistes ont assimilé la thèse marxienne des rendements décroissants. Pour produire davantage, il faut davantage de capital, et l’accumulation de capital entraîne la baisse du taux de profit. En foi de quoi, sur le dernier quart de siècle (environ), on a substitué l’emprunt au capital des entreprises. L’effet de levier a ainsi dopé le rendement des capitaux investis, ainsi que la rémunération des managers, merci pour eux, et ce de façon extravagante. Au prix d’un accroissement fantastique de la prise de risque, et d’un écrasement tendanciel des salaires. Comme l’observe Paul, il faut méchamment faire suer le burnous pour obtenir un retour régulier sur le capital de 15%, quel que soit le secteur d’activité (la métallurgie, les services financiers, les high tech ou le nougat de Montélimar). Devraient donc logiquement se multiplier les faillites d’entreprises et le servage salarial (jusqu’à l’avènement des « appels du pied extra-parlementaires » induits par la thèse jorionienne ).
    Voilà : les hommes s’épuisent de plus en plus à produire de plus en plus de biens, inaccessibles à la plupart d’entre eux, et superflus pour ceux qui peuvent les acquérir (à crédit…). Pour cela, ils épuisent les ressources de la planète, et les producteurs, associés aux banquiers, siphonnent l’épargne financière de ceux qui ont trimé pour l’accumuler. Il doit y avoir un bug quelque part…
    Peut-être que les prémisses (consommation = nirvana) sont suspectes…

  19. Je m’étonne en passant, qu’aucune femme ne soit montée au créneau ici pour faire remarquer qu’une femme au foyer ne travaille pas ! ha ha ha !
    S’il était encore nécessaire de le prouver, le travail est donc obligatoirement rémunéré.

  20. @Jonathan Livingston

    En France, des puissances commerciales ont compris l’enseignement nord-Américain, et voici quelques années que tous supermarchés proposent leur carte de paiement, avec possibilité de crédit, dans l’espoir que les consommateurs empiètent sur cette zone.

    La législation Française limite le taux d’intérêt. L’agio bancaire a un maximum, pour ne pas rappeler qu’on pourrait y voir de l’usure. Je ne crois pas que les choses aient législativement plus dégénéré ces dernières années.
    Pourtant, autant en Europe, qu’au Japon où je suis observateur, on nous l’a montré en exemple le modèle économique Étasunien.

    Les comportements des populations ont été en partie façonnés par une Histoire. L’inertie européenne joue favorablement dans ce cas.

    Moins favorablement ? … pour défaire les pensées, par rapport à ce que devrait être l’organisation optimum du potentiel « production humaine » reposant sur l’ensemble des individus.

    Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit toujours d’un combat d’influence entre les classes, le tout réactualisé, et avec une classe moyenne en appauvrissement constant, mais tout-à fait apte à réfléchir, aussi bien, sinon mieux que l’élite en possession des gouvernes, puisque ne sentant pas la contrainte du formatage : « société à conserver, absolument »

    Jonathan, la classe moyenne nord-américaine ( autour de vous ) peut-elle être plus réactive, à votre avis, pour bouleverser un ordre imposé, mais absurde, se révélant de moins en moins fonctionnel ? Ceci étant la principale révélation de cette crise, pour tous citoyens, y compris les plus dubitatifs.

  21. Sur ce rapport entre banquiers-financiers et entreprises, on a eu un reportage fort intéressant ici sur les cartes de crédits à la consommation. Au Québec, on recevrait en moyenne 2,8 offre de crédit par mois. Même en ces temps de crises, le crédit pleut. On explique qu’un achat avec une carte de crédit (carte de prêt à la consommation à 18% d’intérêt) ici coûte 2% aux détaillants . Les financiers financent à même ces prélèvements dans l’économie leur programme multi-points pour stimuler l’achat avec cartes de crédits. PLusieurs commerçants commencent à se plaindre du procédé. N’ayant pas droit de charger des frais pour la carte de crédit dans leur entente, certains offrent de plus en plus un rabais de 2 % si payé avec carte-débit (bancaire) ou comptant.

    N.B. J’explique pour les Européens: quand on rembourse le solde de sa carte de crédit avant la date d’échéance, il n’y a pas de frais pour le client, bien que le détaillant lui a payé 2%. Le crédit devient à 18 % d’intérêt dès qu’il est ren retard. Évidemment, c’est la tentation de dépenser ce qu’on a pas qu’on traîne dans nos poches. Ici en Amérique sans une carte de crédit, pas de cote de crédit, et donc de réputation de crédit. Difficile d’avoir un prêt ou une hypothèque sans une cote de crédit…

    Pour ceux que le phénomène du crédit à la consommation en Amérique intéresse, ce reportage est à voir
    http://www.radio-canada.ca/emissions/la_facture/2008-2009/

    Il est fabuleux et révélateur qu’aucun organisme bancaire ou de crédit n’a voulu accepter l’invitation des journalistes à venir commenter leur pratique.

    Le pouvoir bancaire ou de l’investisseur est assez fabuleux quand on y pense dans la donne…

  22. La condition humaine c’est la pauvreté . Le travail est la manifestation et la conséquence de cette pauvreté , le lien vivant et concret entre nous et le monde, nous et les autres. C’est sans doute une priére et une communion. C’est sans doute ce qui nous donne la paix .

    La soif de richesse , de gloire et de domination prive de cette joie profonde ; à partir du moment où le monde et les autres sont perçus comme des marchandises , la notion de travail perd de son sens comme toutes les autres notions : le langage devient insignifiant, la vie perd son sens, et c’est le malheur qui vient , individuel et collectif ; l’humanité se perd .

    Il n’est que d’observer les efforts que nous déployons pour éviter de travailler. Nous aurions mieux fait de laisser le pétrole sous nos pas. Parce que le travail est comme l’eau et le feu , comme la roche : on ne peut le vaincre.

  23. oui mais pas le loisir au sens hédoniste de notre civilisation. La notion de vacances uniquement dédiées au farniente me dépasse. Je m’ennuie tout de suite. Je me sens racorni au rang de consommateur de produits et d’espaces touristiques.
    Le loisir, c’est un temps libre où j’ai aussi le loisir de travailler à ce qui me tient à coeur de travailler. Personnellement, même en vacances, je travaille tout le temps, sans doute parce que je ne le vie pas comme une aliénation. C’est au bureau que je me repose…

  24. « Le salariat c’est le travail sous sa forme aliéné. »

    Oui, en fait c’est un contrat de subordination. C’est un progrès par rapport à l’esclavage car cette subordination est volontaire (ou supposée telle) et se fait sous certaines conditions plus ou moins restrictives suivant le rapport de force salarié-patron (durée, salaire, etc). Le salarié s’engage à obéir au patron et non pas simplement à accepter de faire un certain travail.

    « Le travail, celui que j’aime vraiment, renvoie à ce qui “me travaille” et me pousse à la création, à l’action et qui me rend libre. »

    Les loisirs, quoi. 🙂

  25. Il manque des distinctions dans ce qui a été dit.
    Le salariat et le travail, par exemple, ce n’est pas la même chose.
    La salariat ramène l’homme a sa seule dimension économique.Il fait de lui une force de travail à côté d’autres forces de travail, comme les machines. Il est alors une variable d’ajustement comme d’autres. Le salariat c’est le travail sous sa forme aliéné. Si on poussait très loin (comme Godard) on dirait que le salariat fait de vous une prostitué puisque dans le fond être un salarié, c’est vendre sa force de travail sur un marché.
    Le travail, celui que j’aime vraiment, renvoie à ce qui « me travaille » et me pousse à la création, à l’action et qui me rend libre. Le travail c’est ce qui rend libre parce qu’il est un prolongement naturel de la vie. C’est le travail des artistes disait Nieszstche.
    Pour ma part, les deux arrivent parfois à se confondre. C’est une chance. Je n’ai donc jamais eu besoin de Sarkozy pour que mon travail ait une valeur à mes yeux. Mais il ne lui a jamais été demandé de revaloriser le travail. Les gens attendaient de lui qu’il revalorise les salaires, c’est-à-dire le fruit du salariat, qui n’est qu’une forme du travail.

    Cette distinction est à mon avis essentielle et pas seulement dans un sens anthropologique: on remarquera que l’aliénation (le fameux « calvaire ») née du salariat a un coût pour les comptes sociaux. Sapir l’estime à 3% du PIB. Quant à ce travail librement consenti hors de la contractualisation salariée, elle est peu à peu mise en valeur par les entreprises. Peut-être y a-t-il un avenir dans cette démarche, on verra.

  26. Très bon article Paul. Mais au fait c’est quoi, ne pas travailler ?
    Je digresse à peine, mais cela me fait penser à cette « affrontement » entre « amateurs et professionnels ». Il est communément admis que le professionnel fasse un meilleur travail que l’amateur dans quelque domaine que ce soit, des arts plastiques à la comptabilité en passant par les bricolages familiaux (peinture, plomberie, électricité…). Or la différence est plus triviale. Quelque soit le matériel photographique (par exemple) dont vous disposez, le professionnel gagnera sa vie avec, alors que l’amateur dépensera de l’argent pour cette pratique. d’un point de vue sommairement comptable, ça ne va pas plus loin. La qualité de l’œuvre est subjective.

    La discussion rejoint là celle entamée il y a qq jours sur la monnaie officielle, locale, les SEL, les échanges, le troc et le PIB pour finir.

    Autre question, quelle est la durée effective du travail ramené à sa durée de vie, hors sommeil (8/24 heures) ?
    On peut affiner les calculs, mais c’est la démarche qui importe : 1/4 d’enfance et d’études, 1/4 de retraite, 1/2 journée en transport, nourriture, soins…, 2/7 jours de week end, 5/52 semaines de vacances, 10/365 jours fériés, 8% de chômage, 8% de maladie…
    Certes on peut à titre individuel bomber le torse en se disant bête de travail, jamais malade, méprisant les vacances et sa petite famille et j’en oublie, mais globalement on ne passe que 14% de sa vie à bosser les 86% restant ne sont pas pour autant du farniente les doigts de pieds en éventail dans l’herbe d’un val fleuri !

  27. @ JeanNimes

    Votre démonstration est imparable.

    Le même Jean Peyrelevade avait écrit tout un livre — Le capitalisme total (2005)– pour dénoncer les méfaits du capitalisme financier (actionnarial) en le distinguant d’un capitalisme rhénan (de compromis entre banquiers et entrepreneurs pour des projets à long terme. )

    Dans son livre il disait notamment : « Des normes de rentabilité excessives conduisent les chefs d’entreprise à être les premiers agents d’une mondialisation sans frontière (…). De leur adoption découle un sous-investissement ennemi du plein-emploi », une « nouvelle forme d’économie de rente (…), qui ne pense qu’à baisser ses coûts de production et oublie d’investir pour avoir davantage à distribuer. »

    Mais Peylerevade voit la cause principale de la perte de compétitivité des entreprises françaises, à l’export — ce qui est d’ailleurs contradictoire avec une certaine dénonciation de la mondialisation laquelle est justement axée sur la libre circulation des capitaux et une politique mondiale en ce sens — dans une hausse excessive des salaires dont la cause serait le financement des ménages à crédit, par l’accroissement continu du déficit budgétaire de l’Etat. Et de proposer la suppression des 35 heures, de l’impôt sur la fortune, de la taxe professionnelle pour faire une politique de l’offre. Comme le disait un commentateur sur un autre blog, Peylerevade fait dans le patronalisme. Il défend le patron pour mieux faire oublier le salarié qui doit tout attendre du patron.

    Il est assez douteux également de pointer du doigt l’excès d’endettement de notre pays quand des pays comme les USA et le royaume uni sont dans une situation pire encore et que c’est précisément l’insolvabilité des ménages qui a conduit à la crise actuelle. Notre modèle français nous a préservé en partie de l’endettement massif à la fois public et privé ! Et quand je pense que son mentor politique, François Bayrou, voulait rendre inconstitutionnel le déficit budgétaire ! En temps de crise, où en serions-nous avec un tel monétarisme !

  28. M. Peyrelevade dit que la France a un problème de compétitivité… donc qu’il ne faut surtout pas augmenter les salaires…

    Jusqu’à présent, je me faisais l’idée que la compétitivité était la comparaison internationale de la résultante entre salaire et productivité avec l’innovation pour chaque pays.

    Alors, comment se fait-il qu’il y ait un problème de compétitivité en France, quand les salaires sont dans la moyenne inférieure de la zone euro, la productivité parmi les 2 ou 3 pays en tête dans le monde et une innovation qui fait que nous avons des numéros un dans beaucoup de technologies de pointe ou que nous sommes capables de nous y trouver si la volonté politique y est ?

    Si je comprends bien, il faudrait pour que la France soit compétitive (alors que son ratio PIB/population la place parmi les premières nations) que :
    1/ les salaires soient au niveau des salaires chinois, mais ils délocalisent au Bengladesh… alors va pour le salaire bengladesi,
    2/ que la productivité soit plus élevée que celle de n’importe quel pays, avec un coefficient supérieur bien entendu à 1,5 ; 2 ; 3…
    3/ que la recherche soit mobilisée par l’innovation à l’exclusion de toute recherche inutile (sciences humaines, astronomie ou autre science qui ne rapporte rien).

    Comment peut-on se prétendre compétent en économie dans ces conditions ?

  29. @ Paul
    « Pourquoi le progrès technologique et l’accroissement global de la richesse des nations qu’il implique condamnent-ils pourtant tout un chacun à travailler toujours davantage ? Sera-ce toujours le cas ? »

    Qu’est ce qui prouve au législateur que les sauts technologiques seront autant d’el dorado pour l’emploi et pour le « travailler plus » ?

    N’y a-t-il pas là une vulgate un peu simpliste qui voudrait que chaque secteur ou l’on supprime méthodiquement l’intervention humaine par les machines, pourra déverser son lot de chômeurs dans un secteur innovant promu par le « progrès technologique » ?

    Il y’a derrière ce mythe une théorie proche de la « percolation », théorie mathématiques que les économistes n’ont pas manqué de s’approprier, ainsi le progrès érigé en religion a ses corollaires : La suppression des emplois dû à l’automatisation des tâches et à la nouvelle division du travail dans les secteurs présents (primaire, secondaire, et services) doit être compensé par la création d’autant d’emplois dans le secteur des nouvelles technologies, comme si ce jeu était à somme nulle, ce qui ne peut être pas le cas.

    Le progrès est promulgué comme un procédé qui agit par induction sur l’emploi, en dehors des biens et services réellement bénéfiques à l’être humain qu’il peut apporter. Le progrès signifie « nouveaux gisements d’emplois » pour le législateur. Ce dogme est construit sur un raisonnement par « induction » à partir du comportements des « agents économiques » détachés de tout territoire et de toute humanité. Les perdants du tout technologique n’auront qu’à chercher du travail dans les secteurs de la biotech et de la communication ! Comme si l’on pouvait faire des expériences sur les êtres humains, ramenés à des petits lapins de laboratoire. Quand le calcul économique se plait à décrire la probabilité d’employabilité des gens face au rouleau compresseur que sont les nouvelles technologies, l’être humain a du souci à se faire sur sa propre « humanité » ! Le « travailler plus » est alors un non sense de plus face à l’objet que créé une société technicienne : Un leurre pour amadouer les foules.

  30. une petite phrase qui explique bien la problématique:

    « Les pauvres ont été longtemps utiles à la société parce qu’ils travaillaient pour pas cher : la question sociale était aussi une question économique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : les pauvres sont ceux qui sont exclus de l’emploi convenable, voire de l’emploi tout court. Ils ne sont plus « utiles au monde ».  »

    Denis Clerc, économiste

  31. A machouiller quelques miettes de votre savoir ,et après dégustation, j’trouve que « l’éthique de l’oisiveté » ressemble terriblement au bonheur de rien foutre.

    DING DING !
    C’est l’heure d’une de ces questions fatales , de celles qui font mousser le bain culturel dans lequel nous barbotons inconsciemment, nous autres humains des années 2OOO.
    Quel bonheur trouver dans l’apparente « paresse » ?

    Pour explorer cette question, il faudrait le point de vue du paysan d’autrefois , celui qui était doux avec la terre,et qui savait que l’abscence de repos signe l’avénement du désert.
    Il faudrait le point de vue de l’artiste et du rêveur.Sans le refus de la soumission productive , pas de méditation ni d’inspiration.Et pour finir, plus de cette forme d’action qu’est la création.
    Il faudrait peut être aussi le point de vue du sage ti bête hein , de la marmotte, et peut même celui du jour et de la nuit.

    A la vérité, notre monde éveillé n’est rien d’autre qu’un monde « surexcité ».
    Appât du gain, fuit en avant ? Possible.

    Il y a un moment donné où tout un chacun se rend compte que travailler toujours plus (et pour finir dépasser les limites du raisonnable) revient seulement à consentir à l’esclavage.
    Rien à voir avec le bonheur.

    Pour se déplacer de façon « durable » sur le fil de la vie, mieux vaut un bon équilibre.

  32. @ Pierre-Yves D.,

    Bonjour et merci pour votre message qui explique et justifie la démarche de P. Jorion.
    Au regard des différents messages de la nuit je préfère tout de même attendre ses réponses…avant de m’engager trop en avant dans la voie socratique de l’économie, les autres voies socratiques se refermant naturellement si elles ne sont pas entretenues par le maître ! Qui mieux que le maître peut expliquer l’importance du changement de référentiel à ses élèves ? Les premières fois, le changement de référentiel s’effectue par un saut : il faut absolument provoquer ce saut si l’on veut qu’un jour l’exercice devienne naturel.

  33. Je rappelle qu’on est dans un monde CAPITALISTE. La seule chose qui motive les entrepreneurs sont les profits, l’accumulation de richesse, un patrimoine toujours plus grand. L’homme exploite l’homme pour son propre profit tout personnel.
    Dans un monde non capitaliste, les salaires et les prix seraient ajustés équitablement pour tout le monde, tout le monde travaillerait et apporterait sa pierre à l’édifice de la société. Mais non ce n’est pas comme ca que ca marche dans un monde capitaliste, s’il y a du progrès technique, s’il y a de la concurrence, ce n’est pas en premier lieu pour satisfaire les consommateurs, pour leur apporter les meilleurs produits au prix le plus abordable, c’est avant tout pour que chaque compagnie génère un maximum de profit pour ses actionnaires, et que ces profits n’aillent surtout pas enrichir les actionnaires d’autres compagnies concurrentes sur le même segment économique. Dans un monde non capitaliste, la recherche serait unifiée, non redondante et concurrente, on chercherait à innover non pas pour dépasser la concurrence mais simplement pour proposer le meilleur produit, le plus économique et le plus écologique tout simplement, on ne presserait pas les employés comme des citrons pour faire mieux que la concurrence et empocher le maximum de benefs.
    A la télévision quelqu’un disait une chose peut-être pas dénuée de tout fondement, il disait qu’il y a quelques décennies les patrons étaient des salariés, des employés au même titres que les ouvriers dans une entreprises, ils étaient mieux payé évidemment, bien mieux payé, mais ils défendaient effectivement l’avenir de l’entreprise, les salariés et leurs droits. Maintenant les patrons sont de plus en plus des « investisseurs », des « entrepreneurs », en tout cas des personnes qui ont rapport avec le capital car leur salaires ont été démultipliés, ils touchent des bonus énormes, des primes, des stock options, des participations, brefs maintenant ils sont bien plus du côté de l’actionnaire que des employés sous leurs ordre. Il ne faut guère compter sur les patrons pour un rapport de force vis à vis des investisseurs, à l’heure actuelle ils sont du côté des investisseurs. Tant que cela ne changera pas, ce sera hausse du rendement, de la productivité, des cadences, travail plus dur pour les employés, ca sera délocalisation et autres et tout le toutim. Le rapport de force est faussé.
    La question de la répartition des bénéfices (les fruits du travail ?) est essentielle. Dans notre monde capitaliste cette répartition très inégale amène de grave dysfonctionnement, j’en reste convaincu. Tant que certains ne travailleront pas ou peu et récolteront le fruit du travail de personnes qui auront travaillé dur ca ne pourra pas fonctionner. Et tant que certains travailleurs auront le sentiment qu’ils travaillent pour rien, pour donner le fruit de leur travail à des personnes qui ne travaillent pas ou peu, ca ne pourra pas fonctionner non plus.

  34. @ opposum

    le thème du partage du revenu ne doit pas cacher l’essentiel, vous avez raison.
    Mais pourquoi certains ont-ils envie de grosses bagnoles ?

    La possession de ces dites bagnoles traduit un statut social, une distinction, un sensation de puissance.
    Or qu’est-ce qui permet l’achat de ces voitures chères (et polluantes de surplus), n’est-ce pas précisément les revenus inégaux?

    Si les revenus étaient moins élevés mais suffisants pour vivre et même exister pour tout le monde, le moteur social du capitalisme, le désir mimétique, tendrait à perdre de sa puissance. Chacun chercherait d’autres raisons d’exister que celles qui consistent à consommer toujours plus, et/ou plus cher. Nous aurions alors une chance supplémentaire de nous acheminer vers un autre modèle de civilisation.

    Le combat pour l’égalité ne me semble pas un combat d’arrière garde. D’un point de vue stratégique il me semble même plus que jamais nécessaire. Les revendications salariales vont pousser le système encore plus rapidement vers ses limites, car , comme le souligne François Leclerc :  » l’élargissement constant du règne de la marchandise correspond le rétrécissement de la quantité de travail disponible. Plus le marché se développe, moins le travail est relativement rémunateur et la richesse inégalement répartie. »

    Or nous sommes dans un contexte de crise. Chacun des acteurs va chercher à se faire ou refaire une santé en tentant d’établir un nouveau rapport de forces. Les banquiers, les capitalistes voyant leurs marges diminuer dangereusement vont chercher une issue dans le marché en investissant des secteurs encore plus ou moins vierges. Y compris en revalorisant le travail non machiné, nous verrions alors la résurgence d’une certaine domesticité. En effet, puisque le temps global disponible pour le marché n’est pas extensible à l’infini, il n’y a que 365 jours dans l’année, et les jours ne font que 24 heures, et que le capitalisme mène à une impasse écologique et sociale, les capitalistes pourraient donc tourner le dos au machinisme pour exploiter la « bête » humaine. Le capital humain prendrait alors tout son (mauvais) sens et on assisterait à la naissance d’un capitalisme néo-féodal. Une autre hypothèse serait inverse : le filon du loisir et du divertissement serait exploité selon les possibilités offertes par la technologie numérique, et bientôt bio-numérique. Pendant que la masse de la population serait anesthésiée intellectuellement et sensiblement par ces technologies addictives, une élite prendrait du bon temps.

    Dans tous les cas de figure les salariés et/ou chômeurs, vont pousser les capitalistes dans leurs retranchements, le système va donc dévier de sa trajectoire — néo-libérale — initiale, puisque le système néo-libéral est maintenant caduc et qu’il ne pourra être rescucité. Et tout cela aura des implications sur la façon dont s’articulent sciences, technique, social, économique, et connaissances.

    Le système actuel ne fonctionne que parce qu’il existe un potentiel d’exploitation de différences quantifiées : hauts salaires – bas salaires, prix élevés – prix modiques. En perturbant la logique inégalitaire du système on le fait dévier de son centre de gravité.

  35. Je crois me souvenir avoir lu sur un désir d’essai du monstre « microsoft », par nature obligé d’anticiper, pour et par sa vision de la société :

    il s’agissait d’engager d’abord, et d’affecter ensuite le personnel suivant leurs … capacités au sens large. On devait recruter à la sortie des écoles quand même, plus qu’à la soupe populaire, mais …

    Il faudrait une source interne pour parler de cette expérimentation, savoir si elle s’est poursuivie, et avec quels résultats, y compris pour la productivité de la compagnie. Oh excusez-moi, j’ai laissé echappé le terme « productivité ».

  36. Le manque de travail apparent n’est qu’une façon de placer un cout à celui ci. Des choses à faire dans le monde il y en a jusque par dessus la tête mais le capitalisme ne valorise les choses que par son manque ou son excès donc dans le cas du travail par son manque. Cela est la seule façon dans notre système de pouvoir déterminer un prix ou une valeur car à l’équilibre il ne vaudrait virtuellement rien telle que le définit la loi de l’offre et de la demande !

  37. On s’aperçoit un peu tristement que le fait de payer des gens à ne rien faire rendrait certains autres jaloux. Jaloux de quoi ? ne rien faire apparemment il en rêvent pour eux ! Cela s’adresse justement à eux qui souvent sont plus des empêcheur de travailler dans leur propre travail. En général les plus jaloux sont ceux qui estiment que par eux même il ne peuvent rien et que c’est en le prenant à l’autre qu’il pourront obtenir quelque chose. C’est souvent ceux qui ont une situation sociale convenable en ne faisant pas grand chose (rond de cuir) qui sont les premiers à jeter l’opprobre sur ceux qui n’en ferait pas plus ( d’après eux) mais sans leur justification sociale qui eux les place dans une bonne conscience auto suffisante !

  38. A la relecture attentive de certains contributeurs, je vois que la tarte à la crème de la redistribution des revenus revient sur le tapis.
    Je préviens tout le monde que même si cette question est loin d’être négligeable, à la poser de façon centrale et prioritaire comme un préalable exclusif, on bloque définitivement toute les chances de faire évoluer quoique ce soit.
    Car ce faisant on se situe dans la même logique que le système car dans sa même hierarchie mortifère des valeurs (où celle du haut croquent celles en dessous) .

    Des milliards de personnes sont morts pauvres mais heureuses fraternelles solidaires et ayant donné un modeste bout de sens humain à leur vie. Ce qui ne veut pas dire qu’on doivent éternellement se faire trop entubés, on est d’accord.

  39. Mais non Paul, ce n’est pas l’idéologie du pain gagné à la sueur de son front qui détermine notre aversion à celui qui ne travaille pas ! Cette idéologie là n’est d’ailleurs qu’un version à coloration religieuse d’une sorte d’interdit qu’on trouve dans beaucoup de sociétés !
    Et cet interdit découle du fait tout de même assez évident que le statut de non travailleur ne saurait être un modèle pour toute société et qu’il représente même un danger. Toute société ne peut supporter un poids trop élevé d’improductifs complets. (Attention la notion du contenu concret du ‘ travail’ est une notion relative !)

    En dehors du vice et de la vertu, si on paie quelqu’un à ne strictement rien faire, on a surtout l’impression de se faire avoir. Tout bêtement.

    Le problème est , comme vous le dites, cette asservissement à la consommation, qui nous pousse à un triangle paroxysmique infernal travail/consommation/destruction (Bon , enfin dans le monde occidental) : mais si on n’entre pas un minimum dans cette course imbécile, on est vite éjecté ou du moins fortement dévalorisé . Il n’y a que difficilement un entre-deux.

    D’autres mécanisme entretiennent, me semble-t-il cette tétanisation : ainsi notre désir d’avoir un maximum avec un minimum (Du pas cher, du beaucoup, du dernier cri, du encore mieux) nous fait entretenir un système de concurrence pour produire à moindre coût qui concentre le travail sur un minimum de personnes extrêment compétitives.
    Les autres sont rejetés et leur coût social est externalisé (Et ils ont alors forcément besoin … du ‘pas cher’ … eux aussi).
    La société produit objectivement des non travailleurs, dans leur trappe. Pour les ‘utiliser’ , il faudrait que nous inventions encore des besoins factices (c’est encore envisageable) mais pire encore, du temps et des espaces pour les consommer ! Mais de toutes façons une large part de ces « assités involontaires » ne peut plus retourner au monde actif ou bien ne le veut plus vraiment pour diverses raisons pas très positives mais qu’on peut comprendre.

    Ainsi donc on est condamné, pour l’instant, à produire des non-travailleurs que l’on ne saurait prendre en charge de façon définitive parce que le système exploserait : tout système ‘alternatif’ n’existe donc pas et la valorisation excessive du non travail ou du travail au coût non mesuré, mène à l’impasse.

    Il faut revenir à une logique de plein emploi. Mais avec , effectivement, un ‘volant’ de non travailleurs , non pas pour compresser les salaires (les syndicats manquent vraiment d’imagination) , mais parce que la reflexion, l’évolution , l’expérimentation de nos sociétés complexes vient aussi de ces groupes sociaux.

    Il faudrait aussi arrêter d’avoir envie des grosses bagnoles. Et accepter de mourir quand même un jour.

  40. Merci Paul pour, une fois de plus, mettre les pieds dans le plat.
    C’est vrai qu’il est légitime de s’interroger sur la nécessité du travail producteur de bien pour environ 90% de la population, car a part l’agriculteur, l’ingénieur et le technicien l’on peut vraiment s’interroger sur la pertinence d’attacher quelque valeur monétaire au travail des autres, ou plutôt a leurs activités. L’artiste, l’écrivain, le professeur, pour résumé le travailleur immatériel n’as plus sa place dans la logique de l’augmentation des gains de production. Malheureusement cela concerne 90% des gens aujourd’hui.
    Paul me semble t’il nous pose la question: le système d’évaluation de l’activité humaine par la calcul du profit engendré par cette activité a t’il encore un sens quand la production de nécessité est de plus en plus assuré par l’automate et la science appliquée et de moins en moins par la sueur. Qui faut-il rémunéré le plus? Le scientifique qui pose les bases de la discipline, l’ingénieur qui en retire une application, le technicien qui règle la machine, l’investisseur qui lève des « fonds » pour faire construire la machine ( pourquoi pas l’état ? ) ou au final le premier venu qui appui sur le bouton « marche »?

    Mais diantre cela ne fait, au final, pas beaucoup de monde tout cela pour tout l’argent que l’on puisse en tirer! Et si l’on évaluait le pris du machin qui sort de la machine par le temps homme nécessaire à sa mise en oeuvre?
    On va être généreux: 10 seconde pour appuyer sur le bouton multiplié par le SMIG horaire divisé par le nombre de paquets de bonux … ça fait pas grand chose au final.

    Alors on va inventer un truc pas mal pour que faire en sorte que bonux rapporte du blé: DE LA MOUSSE!
    Et vive l’économie mousse suivit de son aéropage de markéteurs, designers de boites en cartons, bref d’empêcheur de bonux de buller à vide.

    Merci M. Jorion, vous avez raison: cette économie mousse ne sert à rien, acheter et vendre dix fois la même maison en une seule journée pas plus, même si cela fait travailler somme de personnes qui n’en ont pas forcément l’envie, même si personne ne sait comment faire autrement… mais il faudra bien apprendre un jour comment, sous peine de mourir asphyxié par la surproduction de mousse toxique!

    A toutes et a tous, bonne semaine de mousse, personnellement je m’en vais buller….

  41. A l’élargissement constant du règne de la marchandise correspond le rétrécissement de la quantité de travail disponible. Plus le marché se développe, moins le travail est relativement rémunateur et la richesse inégalement répartie. Double impasse.

  42. Il me semble que le travail socialement nécessaire est plus le résultat d’un sentiment personnel en étant un compromis acceptable entre la pression sociale qui a tendance à vous exclure si vous ne travailler pas (ou plus exactement ne faite pas la même chose) et votre propre sentiment de sécurité que procure le groupe le tout dans votre propre groupe social. Hélas dans ce cas rien de la compétence ni d’une réalité d’utilité dans la société mais seulement une justification auprès de votre propre groupe social qui aujourd’hui me semble principale préoccupation réelle de l’individu qui finalement « connait » sa quasi inutilité réelle ou ressentie comme telle.

  43. @ Fab

    je partage votre façon d’envisager l’économie et comprends votre impatience.
    Le fait est que Paul a une façon bien à lui d’amener les thèmes qu’il veut traiter.
    Ce sont des billets et non pas des thèses en bonne et due forme, ni des programmes pour une résolution hic et nunc des problèmes du jour.
    Comme d’autres commentateurs l’ont déjà souligné, la méthode est socratique.
    Il s’agit de faire toucher du doigt un élément en apparence fort évident mais qui est loin
    de l’être pour tout le monde. Paul a une vision de l’économie qui dépasse le cadre strictement économique.
    Paul insiste sur les évidences pour mieux les déconstruire, il me semble ! Il énonce les données du problème et nous laisse le loisir d’en débattre. Bref, les réponses sont souvent dans les questions.

    Dans votre deuxième remarque vous avez cité une phrase de Paul, mais, curieusement vous n’avez par reproduite la première phrase de son explication, c’est pourtant là que se trouve la clé, la proposition essentielle de tout le billet, à mon avis !

    La raison pour laquelle nous n’admettons pas que certains ne travaillent pas est que nous sommes prisonniers d’une fuite en avant. Nous inventons de nouvelles choses et nous voulons les posséder.

    Cette proposition est tout sauf une proposition purement économique ! Là nous retrouvons l’anthropologue, anthropologue critique de notre société, y compris, peut-être, dans certains de ses aspects techniques. J’ajouterais le philosophe aussi. Et chez Paul, tout se tient, comme toujours. N’a-t-il pas consacré un billet entier au problème de la propriété ?

    Pourquoi voulons-nous posséder ces nouvelles choses ?
    Et j’ajouterais, que sont ces nouvelles choses ? ( en effet, ces nouvelles choses sont souvent porteuses d’éléments techniques qui orientent un usage possessif, plutôt que de développer une appropriation sociale des moyens technologiques mis en oeuvre.)

    Or s’il est bien une caractéristique du modèle économique actuel c’est bien c’est la nette tendance à la privatisation du bien commun de l’humanité. Le problème écologique n’est donc pas purement écologique, il touche au problème de la propriété
    qui ressortit aussi bien à la politique et à l’anthropologie. Si la notion de propriété n’était plus si prégnante dans nos sociétés industrielles le désir de posséder à tout prix ce que possèdent les autres perdrait une grande part de son attrait, et du coup, la fuite en avant perdrait aussi sa raison d’être. Il y a fuite en avant parce que notre bien être, notre équilibre — même s’il est pour beaucoup précaire et souvent même dérivatif –, dépend de l’accès à la propriété. Et pas seulement de l’accès à la propriété immobilière. Mais de la propriété sous toutes ses formes. En en mot c’est l’accès à la société de consommation. Même aller à l’école — je sais que ce thème vous est cher — est une forme d’accès à la société de consommation. Nous y capitalisons des savoirs qui eux-mêmes auront un prix sur le marché du travail. C’est en ce sens que nous sommes prisonniers d’un système dont il est très difficile de s’extraire. Qui plus est ces savoirs sont sélectionnés selon des critères de spécialisation à outrance ou de performance pure, et font donc peu de cas de la pensée qualitative et imaginative, et encore moins de l’humanisme. Puisqu’il s’agit d’un économiste généralisé.

    Pour exemple, on a ainsi préféré traiter le problème de la réduction des gaz à effets de serre sous un angle exclusivement économique, en faisant prendre en charge les externalités négatives de la production industrielle par le seul marché. C’est l’organisation du fameux marché des droits à polluer.
    On retrouve donc ici un problème de propriété. On reste dans le cadre étroit de la propriété privée.
    Evidemment cela fonctionne très mal, et Kyoto est déjà un quasi échec.
    Il manque les principes qui énoncent clairement ce qu’est précisément le bien commun et de nouvelles règles du jeu à même d’orienter le système vers un modèle plus coopératif, plus solidaire en ses principes de fonctionnement.

    La première partie, politique, du billet de Paul, est aussi très importante, elle concerne d’ailleurs déjà cet « accès à la propriété ».
    Avant de faire une révolution anthropologique, nous nous devons de nous préoccuper du problème — aujourd’hui dramatique — de l’inégal partage des revenus entre les divers acteurs économiques. Car sinon nous nous acheminons vers un monde, une société de plus en plus violente et coercitive et basée sur des dérivatifs toujours plus sophistiqués avec pour but de tout simplement annihiler toute pensée réflexive et même toute sensibilité subjective. C’était même l’aveu de l’ex président de la première chaîne de télévision française : faire des programmes pour augmenter le temps de cerveau disponible ! (la meilleure définition de ce qu’est devenu le capitalisme relativement à la pensée et la sensibilité.)

    Le plus grand nombre doit pouvoir avoir droit à une existence décente, c’est à cette seule condition qu’un nouveau paradigme pourra devenir réalité. A cet égard, s’il est vrai que la tendance actuelle est au « travailler plus », que l’age de la retraite recule, la répartition du travail est très inégale. Entre les chômeurs et les précaires qui ont cumulé toute leur vie active des petits boulots – parfois selon des formules qui ne donnent pas droit à certains points retraite (un comble !) souvent à temps partiel, et les cadres qui ont fait carrière sans grands accrocs et avec de bons salaires, il y a un monde. Il y donc aussi un réel problème de partage du travail. Mais comme disait Keynes, le système a besoin d’une armée de réserve pour tirer les salaires vers le bas. Le chômage résulte à la fois du machinisme et d’une nécessité économique structurelle, dans le cadre économique actuel.

    Il faut vraiment un très grand sens critique, des ressources morales mentales non communes pour ne pas succomber à l’idéologie du travail productif dans ce contexte de chômage organisé. Contrairement aux affirmations péremptoires de l’UMP sarkozyste, les chômeurs ne sont pas tous des fainéants, ou alors s’ils le sont, c’est pleinement conscients de ce qu’il en coûte socialement que de refuser les règles du jeu social dominant. Curieusement on constate souvent aussi qu’il est plus facile pour un chômeur de retrouver un emploi quand il a réussi à se déculpabiliser de sa situation de chômeur. Souvent parce qu’il est capable de s’investir dans des domaines non productifs, qui ne ressortissent pas au loisir (cet envers du travail comme l’a très bien montré André Gorz alias Alain Bosquet, dans son livre qui a précisément pour thème le travail contemporain : Métamorphoses du travail.).
    La civilisation des loisirs c’est en effet encore la civilisation du travail productif, au sens purement capitaliste.
    Le travail permet une reconnaissance sociale, mais cela n’est pas sa seule fonction, ou plutôt cela ne devrait plus l’être, sans quoi on perpétue et le travail aliénant et le loisir souvent tout aussi aliénant quand il ne fait que contribuer à remettre sur pied un travailleur fatigué par son travail. Au loisir devrait se substituer l’oisiveté, qui elle, est réellement le temps libre, celui qui se vit pour lui-même, et est consacré à des activités qui nous semblent les plus enrichissantes. Cela pourrait d’ailleurs concerner y compris des activités productives de première nécessité. Bref, il faut renverser l’ordre des choses, faire le l’éthique de l’oisiveté l’aune à laquelle sera considéré tout travail.

    Bref la dimension fondamentale c’est le temps. En dispose-t-on ? Et si oui que peut-on en faire ? Cela est-il nécessairement antinomique des nécessités productives de la société ?
    Or le capitalisme, c’est une captation du temps au profit des investisseurs et en partie des entrepreneurs qui sont parfois eux-mêmes investisseurs.

  44. De plus en plus de travail pour de moins en moins de monde, voila le modèle actuel.
    Soit on travail comme un malade 24/24 soit on n’a rien à faire, voila le résultat de l’augmentation de la productivité.
    On n’a pas créé la société de loisir promise mais un sous prolétariat RMiste.
    On oublie qu’en fin de compte les emplois supprimés sont des consommateurs en moins et à ce petit jeu tout fini par s’écrouler.
    On a cassé le modèle de Ford qui voulait que ses ouvriers puissent acheter leurs productions. On a viré les ouvriers et délocalisé la production.

    Fini les petits boulots, on allait tous faire de la finance et « les autres » nous fabriquer des produits pour trois fois rien.
    Consommer sans produire ! il semble que ce modèle ait fait long feu, et qu’il va falloir se remettre à produire si on veut consommer, et pour ça , il y en a pour quelques années avant d’y arriver !

  45. Qui est-ce qui a bien pu parler de « travail socialement nécessaire », sans être trop clair sur qui en décide et comment ?

  46. Monsieur Jorion,

    Dans votre analyse, il faudrait peut-être tenir compte des travailleurs devenus capitalistes par leur fonds de pension qui se sont vus promis une retraite à 55 ans contre l’«aplavantissement» d’une certaine gauche syndicale devenu avocate de conventions collectives de certains groupes (vous les appelez bobos, je crois?) et organisatrice pour la forme de manifs n’importe quoi…

    Oui la génération x, avec tous ceux qui n’ont pas profité ou ont été tenu à l’écart de cet arrangement douillet, se demande bien pourquoi travailler autant pour obtenir rien du tout dans un monde où la valeur du travail est de plus en plus un artifice de propagande… Évidemment, les travailleurs dodus de GM peuvent bien pleurnicher de perdre leur job-investissement… Comme beaucoup, je ne verse pas de larmes… le système a fini par me pervertir…

    Bref, on devient individualiste, contractuel par choix, de moins en moins matérialiste, jaloux de son temps à faire ce qui fait sens… La maison et l’équité, inaccessibles de toute façon, on s’en passera… Et la crise pour nous n’est qu’une évidence que nous savons depuis longtemps: no future…

    Et pourtant le pervers attend et réclame quelque part un peu plus de sens…

    Quand j’étais jeune, la société du socialisme capitalisme connaissait l’apogée au tournant des années 80… La société des loisirs qu’on nous promettait me faisait rêver de travailler une 20 d’heures par semaine tranquille, à participer à la vie sociale, à avoir du temps pour soi aussi… Je n’avais absolument pas de problèmes éthiques avec cette vision intéressante de vie en société…C’était un bien mauvais rêve pour nous préparer à ce qui allait suivre…

  47. On remplace travail par activité librement consentie et on voit
    ce que cela donne ? Soit en se plongeant dans les délices de l’ethnologie, soit en anticipant (peut être) un peu ?

  48. Aujourd’hui il me semble que le concept même de travail englobe plusieurs choses différentes voire dont la définition pour des groupes sociaux différents peuvent même totalement s’opposer. Pour certains cela est une tâche répétitive admise socialement mais productive ou parfois même pas, pour d’autre une occupation sociale reconnue, pour d’autre enfin une situation sociale seulement. La tendance aujourd’hui est de faire croire que l’on parle de la même chose même si sa propre définition est parfois très éloignée de celle du dictionnaire qui déjà lui donne au moins deux sens : Soit celle qui est votre action au sein de la société, soit celle de faire quelque chose en vue d’obtenir un résultat. Pour en venir à une croyance idiote mais souvent admise que si l’on sue on travaille ce qui est idiot puisque le sens de l’implication d’origine est le contraire : C’est le travail qui peut faire suer et non la sueur qui fait le travail. Certains parmi les plus riches ne peuvent que rire de cela car pour créer ou produire quelque chose il leur suffit de claquer des doigts et d’arriver à produire réellement le travail de plusieurs centaines ou de milliers de personnes qui elles devraient suer sans et eau pour obtenir ce résultat. Ceux au plus bas de l’échelle ,ne peuvent même pas le concevoir et tendent à le nier mais pour un informaticien cela parait évident que je peux écrire une ligne de programme faisant la même opération que des centaines de personnes ou qu’une centrale électrique produit des millions de fois plus d’énergie que l’énergie produite par une personne tirant un pousse pousse. Le problème du travail c’est que contrairement à ce qu’il pouvait encore être il y cinquante ans pour beaucoup il n’est plus qu’une justification sociale cependant obligatoire et que pour arriver à ce résultat tout ce qu’il faut faire dans la limite de la légalité peut être fait même en étant foncièrement amoral. On revient là aussi à la sueur comme justification sociale à la place du résultat. Un tel expliquera qu’il travaille beaucoup parce que ce qu’il appelle lui même travail lui prend soixante heures par semaine pour faire la même chose qu’un de ces prédécesseur et qui passa un an dans son lit pour obtenir le même résultat. Travaille t-il plus ou moins ou bien est ce que c’est le résultat qu’il faudrait juger ? Aujourd’hui le problème c’est que le travail sert à produire de l’argent et non ce qu’il représente. On peut fabriquer un produit infiniment abrutissant mais le simple fait de le vendre justifie la création de richesse théorique et donc la création de monnaie. La répartition se fait juste par les rapports de force tant que les croyances de chacun à son niveau est lui parait vraie. Évidemment quand on analyse les croyances des diverses couches sociales elles s’opposent souvent et sont de concept à chaque fois plus élevé mais il suffit d’avoir le même ensemble de croyance que son groupe sociale pour en faire partie sans forcément maitriser tous ses concepts du moment que votre propre groupe social vous reconnaisse aussi comme un des leurs. Certains arrivent difficilement mais tout de même à acquérir une partie des concepts de la couche sociale juste au dessus et finissent par être accepté par celle ci alors que pourtant une bonne partie des personnes faisant partie de cette même couche sociale ne comprennent même pas les concepts qu’ils croient.

    Par empilement, on a une superposition de concepts et de croyances qui permet de maintenir le système. Souvent une croyance à un niveau s’avère simplement fausse par la connaissance et le savoir au niveau social supérieur. Et c’est cette succession d’opposition qui permet d’avoir des limites quasi infranchissables. Ce qui est néanmoins amusant c’est qu’au plus haut niveau on trouve encore souvent des croyances qui s’avèrent encore fausse si l’on se base sur la connaissance cette fois. Remarquez que de tout savoir vous exclurait de tout groupe social !

  49. @ Paul Jorion,

    Vous posez deux questions.

    La première : « pourquoi ne travaillons-nous pas moins ? « . Vous dites que la raison est politique. Soit, mais d’un point de vue économique encore une fois ! Quel est l’intérêt d’une telle réponse. Notre quotidien est fait de ce genre de formatages de l’esprit. A quoi bon en rajouter ? Oui vous avez apporté une preuve, mais après ?

    La deuxième : « pourquoi ne permettons-nous pas à certains de ne pas travailler ? ». Vous dites : « Nous ne choisissons pas de laisser travailler les plus productifs et de permettre aux moins productifs de ne rien faire. » Même remarque que précédemment ! A vous lire il n’existe que le travail productif, c’est à dire apte à faire fonctionner la machine…économique !

    Sincèrement, je ne comprends pas votre obstination à ne voir le monde que sous l’éclairage économique.

    PS : Qu’entendiez-vous par débat : « Il suscitera un débat sans aucun doute et à ce débat je participerai bien entendu. »
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=320 ?

  50. Bonjour,

    Il y a de nombreuses formes d’activité utiles voire essentielles à une société mais qui ne font pas l’objet d’une rémunération. La création d’un « revenu minimum d’existence » serait probablement la meilleure manière de se libérer de cette conception de la vie réduite au travail rémunérée.

Les commentaires sont fermés.