Sémiotique de la crise, par Jean Maxence Granier

Jean Maxence Granier de Think-Out Research & Consulting me fait parvenir un texte très intéressant intitulé Sémiotique de la crise qu’il m’autorise à diffuser.

Il distingue quatre conceptions – qu’il appelle « postures » – de sortie d’une crise appelées A, B, C et D, s’étageant du bénin A où le système autorégulé oscille de manière cyclique, au catastrophique D, où il est irréparable, en passant par B où le système survit, bien que difficilement, pour retrouver sa forme originelle, et C où le système survit mais uniquement parce qu’il subit une authentique métamorphose et se retrouve à l’arrivée très différent de son point de départ.

Pour A, Granier ne trouve aucun auteur qui défende cette interprétation de la crise et ceci dit-il, à juste titre, parce qu’elle dépasse d’ores et déjà en gravité le stade où une telle lecture pourrait encore se justifier. Parmi les auteurs défendant une conception de type B, il retient Patrick Artus, Michel Aglietta et Jacques Attali. Pour la « posture » C, les trois noms retenus par lui sont Joseph Stiglitz, Paul Krugman et moi-même. Et pour le type D, Alain Badiou, Jean-Claude Michéa et Immanuel Wallerstein.

Ce qui est très intéressant, et qui rejoint le propos de mon billet précédent, est le fait que les mesures qui sont prises actuellement au plus haut niveau, aussi bien en Europe qu’aux États–Unis, correspondent à une interprétation de la crise comme relevant du type A, celle qu’aucun analyste digne d’être mentionné par Granier, ne défend plus.

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51 réflexions sur « Sémiotique de la crise, par Jean Maxence Granier »

  1. @ Oufti,

    merci pour cette référence audio où Marc Fiorentini, auteur de « Un trader ne meurt jamais » — lui-même ex tradeur, actuellement investisseur, nous donne son pronostic sur la crise, assez surprenant. Je serais curieux de connaître l’avis de Paul sur les propos tenus par ce monsieur à la radio télévision belge.

    Je résume son propos :

    La Chine va être la grande perdante de la crise car sa richesse n’était que superficielle.
    Dans les années 90 on avait déjà dit que le Japon allait dominer l’économie mondiale, résultat, il ne s’est jamais relevé après sa crise propre.

    A Wall Street va donc succeder ….. Wall Street !
    Les USA après la crise — cure de désintoxication de trois ans environ –, vont être plus forts que jamais, car ils vont réaliser la synthèse de Reagan (l’esprit d’entreprise) et d’Obama (lEurope sociale). Tout ce que demande le peuple américain est de ne pas se retrouver SDF après avoir perdu son emploi ! Il n’en demande pas plus, d’où bientôt sa force.

    Bref, ce Marc Fiorantini croit dur comme fer que comme nous sommes dans une crise cyclique, l’option A en somme !

  2. Le 22 avril 2008, Marc Fiorentino (il me semble que c’est Fiorentino) assurait :

    « Le Japon emergera de la crise comme une puissance phénoménale »

    Puis à la question « quel scénario pour la France ? »

    « Un scénario morose mais pas noir, une croissance molle mais nous en avons l’habitude, un chômage en baisse du fait de l’impact de la démographie  »

    A la question « vous disiez que le pétrole aurait du mal à franchir 100 Dollars, qu’en est-il aujourd’hui ? »

    « Le pétrole est à sa phase finale de hausse, dans sa dernière accélération; plus il monte plus la baisse sera violente. J’ai un objectif de 75 dollars dans les 12 mois qui viennent. »

    etc etc eetc

    Bref, si il s’agit du même homme, je crois, malgré l’assurance de son ton, que l’on peut se baser sur ses prévisions pour batir les scénarii qui ne se produiront certainement pas…..

  3. @moi et crystal @thomas et oufti

    L’armée et le dollars sont intimement liés. L’invasion de l’Irak a certes permis aux américains de privatiser le pétrole irakien et se l’approprier mais il est vrai que cette armée est exangue. Effectivement les states sont un peu dans l’état de l’URSS avant la chute, la seule industrie lourde encore rentable est celle de l’armement (rentable car payé par le contribuable). Feu un « rebond » de l’empire, le premier employeur privé y est Wall Mart, un discounter qui importe 70% de ses produits de Chine. Cependant l’armée US reste la plus puissante au monde quoi qu’on en dise et les banquiers centraux ne sont pas assez cinglé pour appuyer sur le bouton $ sell, ils préfèrent se murger à l’image du ministre des finance japonais qui sont les plus grand créanciers des USA à égalité avec la Chine.

    Mais l’empire est en faillite à l’image de la Californie qui se voit obliger de relacher 55 000 prisoniers faute de pouvoir les « garder » (ce n’est pas une blague http://www.ft.com/cms/s/0/c8b15014-fd26-11dd-a103-000077b07658.html article du financial times d’aujourd’hui). Le désordre qui va en résulter donnera une excellente raison à l’état d’inviter l’armée US dans les rues et priver un peu plus les citoyens de leurs libertés.

    Touati ou Fiorentino même combat, ils se sont lamentablement plantés (Touati voyait le cac à 6000 pour fin 2008 en début d’année) dans les conseils qu’ils ont vendus à leurs clients alors ils essayent de se refaire une santé médiatique et un peu d’oseille en publiant chacun un livre voir à trouver des boucs émissaire (Trichet pour Touati, axe Iran-Venezuela-Russie pour Fiorentino). Bref ce n’est pas de leurs faute si ils se sont plantés c’est la faute des autres.

    Cette crise est réellement la crise de demain, c’est tout le monde post wwII qui s’effondre à commencer par les USA autour duquel il s’est articulé-construit.
    De plus la planète est en mode déplétion sur tous les puits de pétrole du monde, le Mexique sera importateur net avant 5 ans, c’est l’énergie bon marché pour tous plus que tout autre chose qui a permis l’extraordinaire croissance démographique du xxème siècle… Oubliez les démographes qui vous expliquent comment fera t’on quand on sera 10 Mds, il font la même erreur de projection que les économistes pour qui ce qui arrive aujourd’hui était absolument impensable il y’a deux ans.

  4. >Pierre-Yves D et Thomas.

    J’ai l’impression que ce Mr Fiorantino n’est pas terrible effectivement: par contre, je maintiens mon opinion plus que réservé sur l’évolution économique chinoise.

    Je constate par exemple que le gouvernement chinois laisse gonflé une bulle financière interne, visiblement pour des raisons politique.
    En effet, une part de la classe moyenne chinoise, qui commence à être touchée par cette crise, comme le montre les difficultés croissantes qui me sont rapportées pour les étudiants à trouver du travail, utilise la bourse comme placement de « sécurité ».

    Il existe en effet un différentiel assez important entre l’inflation constatée en Chine, de l’ordre de 4% et la rémunération moyenne des banques chinoise de l’ordre de 3%. Les Bourses Chinoises offraient jusqu’à une époque récente de l’ordre de 6 %
    Le gouvernement Chinois actuellement laisse filer le crédit et a fait passer des ordres demandant de financer même les projets à risque ou l’investissement en bourse.
    Bilan, Shanghai qui avait fortement baissé, (de l’ordre de 60 % si je me souviens bien) vient de faire un bon de 31%…
    Parallèlement un projet de privatisation des terres vient d’être lancer, qui semblent laisser tant les urbains que la paysannerie chinoise sceptique.

  5. tiens, cet article d’attali rappelle le titre d’un bouquin de patrick Artus  » globalisation , le pire est à venir ».

    On pourrait aussi ranger les postures de sortie de crises par :
    1 . çà va s’arranger tout seul
    2. un gouvernement mondial s’impose
    3. c’est l’apocalypse ou koa? Mamamia !
    4. on vous zavé prévenus, bande de cons….ou en bon français dans le texte : ceux qui n’ont rien vu venir n’ont pas les moyens intellectuels d’imaginer les sorties de crises possibles.

    ps / FRANCHEMENT, je sais pas comment çà se passe chez vous, mais j’commence à avoir du mal à jongler avec les chiffres de la crise .On dirait que ceux ci « évoluent « …

    C’est quoi les chiffres clées ???
    Ceux qui donneraient des ordres de grandeur.

    A comparer avec le coût d’une guerre en irak par exemple.

  6. @Philippe

    In fine, Attali évoque un « 4 août » sans passer par la case « 14 juillet », mais est-ce possible ?

  7. Attali m’amuse, il est un bon baromètre psycho-social, on sait toujours en le lisant quel est l’état d’esprit du moment des classes dirigeantes. Si la religion dominante en Europe devient l’Islam, vous pouvez être sûr qu’il prônera le Jihad et dira qu’il a toujours été un bon musulman.

  8. Bof, maintenant on sait grace à Jacques que la crise est due à un usage excessif de cocaïne par les traders ! C’est sans doute le point nodal qui nous faisait défaut pour une juste compréhension, non ?

    Pour ce qui est de la France, mêmes symptômes :

    Confiance excessive, agitation convulsive, incapacité à remettre en cause ses décisions, je cite :  » il ne conçoit bientôt plus aucune contrainte morale, aucun état de droit; il n’admet ni limite, ni frein ; il se croit doté d’une intelligence absolue, et se pense capable de résoudre toutes les difficultés ; il se pense même indifférent à la douleur, à la fatigue, au sommeil et à la faim. Il se croit invincible et pense son jugement infaillible. » (J.A.)

    Ca ne vous rappelle personne ?

  9. Bof, maintenant on sait grace à Jacques que la crise est due à un usage excessif de c…aïne par les traders ! C’est sans doute le point nodal qui nous faisait défaut pour une juste compréhension, non ?
    Pour ce qui est de la France, mêmes symptômes :
    Confiance excessive, agitation convulsive, incapacité à remettre en cause ses décisions, je cite : ” il ne conçoit bientôt plus aucune contrainte morale, aucun état de droit; il n’admet ni limite, ni frein ; il se croit doté d’une intelligence absolue, et se pense capable de résoudre toutes les difficultés ; il se pense même indifférent à la douleur, à la fatigue, au sommeil et à la faim. Il se croit invincible et pense son jugement infaillible.” (J.A. Blog L’Express)
    Ca ne vous rappelle personne ?

    (bon je suis modéré a priori, je me tais)

  10. @ ceux qui parlaient de JA :
    Son article me laisse circonspect. Soit il a raison tout seul, et alors ça fait peur. Soit d’autres personnes (économistes éminents ) partagent son opinion mai jugent utile d’éviter de se prononcer, et alors ça fait encore plus peur. Soit, en paraphrasant 2casa, J.A est victime de ses capacités prédictives stimulées par un excés de cocaïne.

    « Si ces menaces se matérialisent, aucun actif financier, aucune créance, aucun compte bancaire, n’aura plus de valeur ; seuls les actifs réels conserveront un prix ; on assistera au développement du troc. L’économie s’effondrera par pans entiers, avec d’immenses problèmes juridiques sur la propriété des actifs et sur la validité des réclamations des créanciers multiples. »

    « Si ce genre de désastre se produit, tout notre système social, fondé sur la propriété privée et le respect des contrats de prêts sera remis en cause par la contestation généralisée de la valeur des biens et des titres. L’économie réelle s’effondrera, en flux comme en stock.

    Peut-on encore l’éviter ? Plus par les méthodes traditionnelles ; elles ont échoué. Plus par les méthodes nationales ; elles sont pires que le mal. Il faut agir d’un grand coup. En fournissant aux entreprises et aux ménages les moyens de ne pas s’effondrer, le temps de réduire les montagnes de dettes, au détriment sans doute, des actionnaires nécessairement consentants. Dans cette situation, certains en viennent à penser qu’il ne serait pas déraisonnable de permettre aux banques centrales de prêter directement aux entreprises et aux États (c’est le cas de la Réserve fédérale (Fed) aux États-Unis). Mais cela ouvre la voie à une émission monétaire incontrôlée et donc à une inflation bien trop massive, qui dévalorisera tous les actifs, ruinera les détenteurs de rentes financières, et en particulier les retraités. Le prélude à une crise sociale sans précédent. »

  11. Sur la classification proposée par l’auteur du billet :
    Des approches philosophiques antagonsites (BAdiou et Michéa voire Jorion), historique de long terme (Wallerstein) et essentiellement économiques peuvent-elles être comparées ? Et quid de la décroissance (certes présente dans le dernier Michéa).

    Je suis d’accord avec Tigue. Ce qui se passe est essentiellement une bataille d’idées.

    C’est même une crise de civilisation. La Révolution industrielle et le capitalisme ont façonné notre société. Ces deux mouvements historiques atteignent leur limite. C’est un monde nouveau.

  12. @ John Smith

    Ouf, merci d’avoir parlé de déplétion, quelques fois j’ai l’impression d’être un peu seul à évoquer la capacité du système terre à alimenter notre société, notamment en énergie.

    A ce propos, je vous recommande cette conférence de JM Jancovici (ce n’est pas la première fois, mais vraiment, c’est un bon placement pour un heure de temps)

    http://storage02.brainsonic.com/customers2/entrecom/20080227_Spie/session_1_fr_new/files/index.html

    Ainsi que son dernier livre « C’est maintenant ! » publié au seuil, (malgré son titre et sa couverture un peu catastrophiques à mon gout) ou l’on trouve une analyse dela période actuelle, qui associe les points de vues environnementaux et économiques, justement.
    Avec une conclusion pleine de pistes et d’espoir, ce qui ne gate rien.

  13. Gérard CHINETTI écrit :

    Très exactement l’art de parler pour ne rien dire !

    Je lui ai répondu :

    Alors de quoi faut-il parler ?

    Et il me répond ceci :

    Et aujourd’hui, la tâche qui nous incombe est rude: la France, l’Europe, ce monde occidental qui est le nôtre, s’enfoncent chaque jour davantage dans une crise dont il est malaisé de prévoir l’issue mais dont le gouvernement a commencé à reconnaître qu’il faudrait payer les conséquences.

    Certes, cette crise est née ponctuellement des erreurs incroyables de jugement de ces fameux MBA « Masters of Business Administration » dont on nous rebat les oreilles, mais aurait-elle été évitée que d’autres se serait déclenchées même rampantes.

    Parler de « mondialisation » est une faribole; ce qui est en cours c’est un prodigieux basculement de pouvoir et de richesses de l’Occident vers l’Asie. Longtemps, l’accumulation statique de capital par les monarchies pétrolières a bloqué le fléau, mais il est en passe de leur échapper au profit d’accumulations encore plus importantes et plus centralisées, en Chine notamment..

    Cette crise va donc se traduire inévitablement par un resserrement des moyens d’actions de tous les acteurs de la vie économique et, bien sûr, des collectivités locales.

  14. Pour répondre à Gerard CHINETTI, à mon avis les moyens « financiers » d’actions vont se resserrer. Mais les personnes ont des besoins physiques que la Terre et le travail sont capables de satisfaire. Mais pour cela il faut revenir sur des choses comme la privatisation du vivant, la stérilisation capitalistique de l’usufruit des ressources.
    La France par sa situation géographique a les moyens de s’organiser pour traverser la prochaine période avec un minimum de dégat humain, mais pour cela il faut accepter de diminuer les flux financiers liés à l’activité.
    Ex : un propriétaire qui laisse son logement pour un loyer que peut payer le locataire, lequel loyer peut être simplement l’entretient du bien, permet de ne pas diminuer la richesse du propriétaire, le bien est toujours entretenu, le locataire est logé, premier pas de l’insertion dans notre société, mais aucun flux financier réel n’est présent. Reste comment assurer la garanti du bon entretien.
    Des personnes peuvent construire leur propres logements, produire leur propre nourriture. Le propriétaire du terrain qui ne l’utilise pas n’est pas moins riche que s’il gèle ce terrain en interdisant son utilisation par des tiers.
    Mais cela nécessite d’accepter de partager l’usufruit de ses propriétés qui dépassent un certain montant.
    Il y a t il une impossibilité autre qu’idéologique et culturelle à ce mode de fonctionnement ?

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