L’ENA hors les murs, mars 2009

En portugais.

J’ai déjà publié sous le titre Les lemmings un extrait de cet article qui paraît dans le numéro du mois de mars de l’ENA hors les murs. Le voici dans son intégralité.

Les enjeux historiques de la crise

Lorsqu’il devint intolérable aux hommes que la question de la paix civile demeure irrésolue (Jean-Claude Michéa souligne à juste titre le rôle joué ici par les guerres de religion), ils inventèrent la démocratie. La nature du système économique est une question qui fut alors laissée entre parenthèses, étant apparemment moins urgente à résoudre. On conserva donc le même, qui ne fit que se complexifier et connut des crises de plus en plus fréquentes et de plus en plus sévères. L’ultime manifestation de ces crises est celle que l’on connaît aujourd’hui, débouchant sur ce qui pourrait bien s’avérer être un arrêt pur et simple du système financier et de l’économie. Á cette situation, il faudra bien entendu trouver une solution même si nous ignorons aujourd’hui quelles pourraient être les alternatives au système économique qui est le nôtre.

Antérieurement à l’avènement de la démocratie, les hommes réglaient leurs affaires sur un mode spontané caractérisant les processus naturels laissés à eux-mêmes. À la suite de la parution de Sur l’origine des espèces (1859), on prit l’habitude de qualifier de « darwinien » ce type de mécanisme et on le résume en quelques mots comme une concurrence généralisée réglée par la loi du plus fort et débouchant souvent sur l’élimination des plus faibles.

Une des conséquences immédiates du caractère darwinien de notre système économique est la concentration des richesses : le principe de la propriété privée a été adopté universellement même quand il s’applique aux ressources naturelles et ceci assure d’emblée que l’argent ne soit pas uniformément réparti au sein des populations ; le principe de l’héritage s’y est ajouté pour renforcer la concentration de la fortune au sein des mêmes familles au fil des générations. La concentration des richesses a un impact immédiat sur la démocratie : ceux qui possèdent l’argent en grande quantité l’utilisent pour conduire au pouvoir les politiciens qui défendront leurs intérêts, ils l’utilisent aussi pour promouvoir les théories économiques dont les thèses favorisent une telle concentration de l’argent et pour priver de publicité les théories concurrentes.

L’économie sous sa forme naturelle n’est pas seulement darwinienne, elle reflète aussi la nature propre de l’homme en tant qu’espèce. Elle est, pour utiliser le terme qu’emploient les biologistes pour les populations animales qui manifestent ce type d’attitude : « colonisatrice ». Le comportement « colonisateur » conduit à envahir de manière très efficace un espace et à prendre contrôle de ses ressources. Il ne connaît malheureusement pas de frein : lorsque cet espace a été complètement envahi, l’environnement se dégrade en raison de sa surexploitation et l’espèce est forcée d’en trouver un autre, qu’elle envahira à son tour, si elle le trouve ; nous partirons ainsi à la conquête des étoiles, les lemmings eux courent en masse droit devant eux et quand ils atteignent le rebord d’une falaise, ils en tombent et s’écrasent au fond du précipice. Nous en sommes là, nous aussi.

Nos entreprises commerciales, semblables aux lemmings, ne sont pas équipées de freins : elles savent bien comment grossir et devenir plus fortes mais ignorent comment se réguler : elles diminueront de taille éventuellement mais uniquement sous la contrainte : parce que leurs ressources se seront amenuisées (et c’est de cette manière que les banques centrales tentent d’influer sur leurs comportements : en renchérissant le loyer de l’argent qu’elles doivent emprunter pour se financer). Les firmes sont organisées en leur sein sous la forme hiérarchique du commandement militaire et n’ont qu’un seul objectif : l’objectif colonisateur d’envahir complètement leur environnement, cela s’appelle « accroître sa part de marché ». Ne connaissant pas de frein, les entreprises produisent toujours davantage et faute de pouvoir s’arrêter ou de réfréner leur appétit, elles encouragent les consommateurs à acheter leurs produits en quantités toujours croissantes, et ceci quelle que soit la quantité qu’elles en produisent. Pour soutenir cette croissance qui ne peut être endiguée, elles recourent à la publicité et ont encouragé une philosophie du consommer toujours plus appelée « consumérisme ».

Une fois l’environnement complètement envahi, il se dégrade d’être toujours exploité davantage : la stratégie « colonisatrice » a alors atteint ses limites. L’entreprise sans frein a assumé son rôle mais celui-ci a cessé d’être adapté au sein d’un monde désormais pleinement colonisé. En fait, ce qui motive le comportement colonisateur, c’est son présupposé qui n’apparaît en pleine lumière que lorsque son objectif a été atteint : qu’une colonisation complète ne sera jamais accomplie. Ce que les faits démentent bien sûr.

Une telle absence d’anticipation des conséquences à long terme caractérise la nature laissée à elle-même dans ses aspects les plus « physiques » (par opposition à chimiques ou biologiques) : dans les processus purement physiques en effet les particules lancées l’une vers l’autre s’entrechoquent sans pouvoir s’éviter. Dans sa dimension « biologique » la nature fait preuve d’anticipation, et ceci de plus en plus à mesure que l’on envisage des animaux plus avancés. Et c’est ce qui permet de dire que la démocratie que l’homme s’est offert à lui-même comme une institution inédite relève du biologique alors que l’économie qu’il s’est contenté d’hériter d’un stade antérieur de son organisation relève du physique seulement. La démocratie est adaptative mais le capitalisme qui caractérise son économie, n’est pas lui adaptatif. Les événements qui se déroulent depuis l’été 2007 le confirment si l’on devait encore en douter.

La répartition inhomogène de l’argent au sein des sociétés, conséquence de la nature « spontanée », non-domestiquée des processus économiques, oblige en permanence à ce que les ressources soient déplacées de là où elles se trouvent concentrées vers les lieux où elles peuvent être utilisées comme « capital », c’est–à–dire comme avances dans un processus productif. L’argent ainsi loué collecte un loyer de l’argent ou intérêt. Ces intérêts reviennent au propriétaire du capital, contribuant toujours davantage à la concentration des richesses.

Lorsque la dynamique du crédit est à plein régime, elle développe ce qu’on appelle une « rétroaction positive », c’est–à–dire une réaction en chaîne, un processus qui fait boule de neige. Les capitalistes touchent des intérêts plus élevés et collectent donc toujours davantage d’argent à prêter, les entrepreneurs font de plus gros profits, le profit étant la part qui leur revient dans le surplus qui a pu être créé grâce aux avances en capital, et les salariés trouvant tous un emploi n’ont pas non plus alors motif de se plaindre. La dynamique entre dans une processus de « bulle financière » qui tend à enfler. Le processus ne s’interrompt, comme avec la colonisation, que quand il a atteint ses limites : quand il a épuisé ses ressources. L’économie atteint un plafond quand tous les travailleurs sont désormais employés. Elle entre en récession quand trop de biens ont été produits. La bulle éclate alors : les capitalistes ne retrouvent pas leurs capitaux parce que les entrepreneurs font faillite et sont incapables de les rembourser. Les entreprises disparaissant, les salariés sont licenciés.

Plus l’argent est concentré dans la fortune de certains, moins il a de chance de se trouver à l’endroit précis où il pourrait être utilisé comme avances dans un processus productif. Et plus il y aura bien sûr aussi d’intérêts à verser. De même, plus il y a concentration de l’argent, moins les salariés y ont accès et plus il leur faudra en emprunter. Et ici aussi : plus grande sera la part de leurs salaires qui sera versée en intérêts aux détenteurs du capital. Autre conséquence : plus il y a concentration du capital entre quelques mains seulement, plus le système dans son ensemble devient sensible à la capacité de ceux qui ont reçu les avances de les rembourser à l’échéance, qu’il s’agisse ici de prêts à la production ou à la consommation.

Lorsque les bulles éclatent, le crédit se tarit et les entreprises ferment : capitalistes et entrepreneurs se retirent. En leur absence, c’est la communauté qui prend alors traditionnellement le relais : l’État collectivise les pertes puis, quand les pendules ont été remises à l’heure, la machine financière et économique repart. Du fait que l’État tient la plupart de ses ressources du contribuable, on a caractérisé ce mécanisme de sortie des crises grâce à l’intervention de l’État, de « privatisation du profit, collectivisation des pertes ». Or c’est là l’originalité fondamentale de la crise présente : cette solution traditionnelle de la collectivisation des pertes par le truchement de l’État a cessé d’être envisageable : la taille des bulles financières est devenue à ce point gigantesque que lorsqu’elles éclatent, la collectivisation des pertes qu’elles supposent dépasse et de beaucoup la capacité des États à les éponger. Et l’on ne parle pas seulement ici de la minuscule Islande engloutie en raison de son secteur bancaire hypertrophié, ou de la Belgique, poids plume financier quand on la compare à sa banque Fortis : il s’agit de la Grande-Bretagne devenue incapable de porter à bout de bras son secteur financier, il s’agit des États–Unis qui reculent devant la tâche de mettre en place une banque de défaisance qui mettrait en quarantaine la masse de ses produits de dette les plus dépréciés.

L’originalité de la crise présente est de nous confronter très soudainement aux conséquences trop longtemps négligées de cette mise entre parenthèses de la nature de notre système économique qui eut lieu lors de l’accession du politique à la solution démocratique. Le processus de colonisation de la planète par l’espèce humaine, que l’on retrouve inscrit dans la logique sans frein des entreprises, a maintenant atteint ses limites. D’une part les ressources ont été épuisées et le monde s’apprête à découvrir ce que sera un monde où l’eau deviendra rare et précieuse et privé de la source d’énergie commode que constituait le pétrole. D’autre part les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États et le monde découvre les conséquences à long terme de la privatisation des profits alors que l’issue de secours si pratique autrefois de la collectivisation des pertes a disparu de l’horizon des possibles.

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18 réflexions sur « L’ENA hors les murs, mars 2009 »

  1. Qu’est ce qui empêche la collectivisation des pertes par le biais de l’ inflation stagflation durable ?
    Il suffît aux banques centrales d’ émettre de la monnaie, de racheter la dette des etats (le rachat des bons du tresor par la fed empêchera les taux longs de monter et limitera l’ inflation) et le tour est joué…

  2. « cette solution traditionnelle de la collectivisation des pertes par le truchement de l’État a cessé d’être envisageable »

    Je veux bien le croire. Mais pourquoi est-on en train de collectiviser les pertes comme d’habitude alors? Non seulement ça ne résoudra rien (si vous avez raison) mais en plus la collectivité sortira lessivée.

  3. Toute remise en cause du système financier actuel, ne pourra se faire sans l’usage de la force càd sans adapter les lois et/ou en usant de force physique, en effet je doute que les personnes ou société en positions de « monopole » n’acceptent de remettre en cause un système qui aura pu leur permettre de s’enrichir relativement facilement jusqu’ici.

    Le basculement vers un système réellement « ouvert » ne sera fera pas d’une manière spontannée.

  4. Les bilans « excellents » des banques ravageaient et appauvrissaient au moins les 3/4 des sociétés. Maintenant les bilans désastreux des banques ravagent à 99% les sociétés. C’est bien ça, les États sont, au final, et complices des banques et suiveurs. Les États sont les instruments des banques. Les États ont refilé leur droit de création monétaire aux banques commerciales qui sont devenues nos maîtresses absolues pendant ces 35 dernières années. N’oublions pas, rien qu’en France, la loi du 12 janvier 1973 à l’origine, dans ce pays, de cette situation pentelante.

    Rien n’est moins sûr que ce même personnel, financier et politique, soudainement touché par la « grâce », résolve les montagnes de problèmes et d’impasses qu’ils ont laissé faire de partout.

    Quels types de grands « shows » vont-ils inventer? Uniquement pour nous faire patienter sans l’ombre d’une certitude que leur concertations incessantes – cette fois ça y est! – amorcent une « reprise » selon « leurs » critères, et surtout pas les critères de ceux qui produisent les biens et les services.

  5. Pourquoi ne pas se préoccuper plutôt de la reconstruction ?
    Un système prend l’eau de toutes parts et ce n’est pas de ceux qui en ont la charge que viendront des solutions durables.
    « Nous ne pouvons espérer résoudre un problème au niveau de conscience ou il a été crée » A. Einstein
    Des solutions viendront par le bas une fois que toutes les solutions « traditionnelles » auront été essayées.
    Heureusement la nature a horreur du vide et des solutions de monnaies complémentaires commencent à émerger : http://tinyurl.com/dkkj6k

  6. Bjr à vous Paul. Bonjour aux lecteurs. Je profite de l’occasion pour vous remercier d’avoir fait le maximum. J’aimerais aussi recevoir un exemplaire dédicacé de votre interprétation de la théorie aristotélkicienne de la formation des prix. (M’est avis qu’in fine elle n’est peut être pas totalement compatible avec les progrès effectués ici sur la compréhension de l’institution de la monnaie… j’ai besoin de vérifier ça).

    Juste une précision: le premier paragraphe est faux.
    1/ la démocratie n’est pas le produit des guerres de religions. C’est un anachronisme.
    – Le produit des guerres de religion, c’est la solution trouvée par Hobbes, à l’intérieur de laquelle nous continuons de nous mouvoir: l’ETAT comme machina machinarum ou « Dieu mortel ». Ce qui ne dit absolument rien de la forme du gouvernement lui-même.
    – C’est l’abandon du cadre de la philosophie politique classique.
    – C’est la sécularisation – forcée- de la vie politique
    2/ Un autre produit des guerres de religion, c’est la problématique de la « tolérance ».
    Il faut garder en tête que 1/ et 2/ sont potentiellement conflictuels. Et que 2/ sur la plan théorique est bien plus faible que 1/ (les arguments de Voltaire-son seul bon texte- et de Lockes étant pour le moins douteux pour peu qu’on s’y attarde un peu).
    Peut etre voulez vous dire que ce que les « hommes » inventèrent c’est le « libéralisme politique ». Ce serait déjà plus exact. Il n’a toutefois fait l’objet d’une exposition systématique que très recemment, dans un texte de Rawls intitulé, justement « libéralisme politique ».

  7. Dans la mythologie crétoise, on raconte qu’il fallait tous les 7 ans fournir à l’ogre « Minotaure » qui vivait au centre de l’île dans les montagnes, une belle quantité de chair fraîche sous forme de jeunes gens garçons et filles qu’on lui donnait en pâture pour apaiser sa goinfrerie et sa colère. Ce sacrifice et cette offrande faits, la vie reprenait alors « normalement » son cour.
    Aujourd’hui, à vous lire, il semble que le « Minotaure » soit devenu boulimique au point de vouloir avaler tout le monde… ce qui est une menace gravissime pour le moins puisque c’est le mot fin qui se profile.
    Je propose donc, de tuer le « Minotaure » car de toute façon il est appelé à mourir de faim.
    Point final.
    Général Jorion, dés demain matin les commentaires sont en ordre de bataille.

  8. A l’ENA on apprend surtout toutes les méthodes appliquées depuis l’empire romain et on vous apprend à appliquer la méthode similaire déjà connue. La majorité de nos politiques ne sont que des interprètes de cette grande partition avec certes un point de vue sur cette interprétation mais n’ont rien de compositeurs comme pourrait par contre être considéré Marx par exemple. Aujourd’hui c’est bien de créateur(s) ou d’inventeur(s) dont on aurait besoin !

  9. Cher Paul,
    L’esprit colonial est caduque, il est presque mort, viendra peut-être le partage des destins, pacifique… enfin je l’espère.

  10. @ Antoine

    Dans cet article il n’est dit pas exactement que la démocratie est le produit des guerres de religion.
    Il est dit seulement que celle-ci a joué un rôle dans son avènement … dans sa forme moderne, aurait-il pu être ajouté.

    Le point de vue de l’article est anthropologique, il ne refait pas l’histoire des idées politiques. Le concept démocratique est ici générique, ce terme désigne un type d’institution régulatrice des passions collectives exacerbées. Certes, c’est une conception de la démocratie un peu à minima. Mais elle renvoie tout de même au principe contraire à celui de la « lutte de tous contre tous », que l’on retrouve effectivement dans la fiction hobésienne de l’état de nature, mais qui intéresse aussi tous les penseurs des Lumières, pour lesquels la grande question de l’époque était bien celle, morale, de la régulation des passions, après des siècles de guerres de religion.

    Ce concept de démocratie prendra des dénominations différentes, libéralisme, République, monarchie constitutionnelle, mais il s’agira toujours pour les Lumières du politique qui se pense en opposition à l’absolutisme religieux — d’où des guerres de religion — et théorise la nécessité des contre-pouvoirs, la liberté de conscience et de penser et, selon les auteurs, la nécessité d’institutions représentatives du peuple. Rétrospectivement on dira que fut inventé le libéralisme, aussi bien politique qu’économique. C’est d’ailleurs tout le paradoxe des Lumières, libéralisme politique et libéralisme économique n’étaient pas pour eux contradictoires, bien au contraire. Un certain nombre des penseurs des Lumières — et au premier chef Adam Smith — voyaient dans le « doux commerce », donc les échanges économiques entre Etats, le moyen de pallier aux conflits qui ne manqueraient pas de naître de la rivalité des nations souveraines. Les Lumières n’avaient pas encore notre vision d’un monde aux ressources naturelles limitées. Des espaces vierges de toute exploitation humaine s’ouvraient encore devant eux. De même, la révolution industrielle, qui démultiplia les possibilités d’accumulation des richesses, d’ailleurs promues et garanties par l’Etat libéral, n’en était qu’à ses prémisses.

    La mise en avant du principe de la propriété inaliénable, rappelons-le, était vue par tout un courant du libéralisme politique comme le moyen par lequel pouvait être battu en brèche l’absolutisme politique et religieux. La richesse économique était donc synonyme de contre-pouvoir, car, à l’époque c’était bien la seule façon de contester, contrecarrer, et pour finir renverser l’absolutisme royal. Par la suite, lorsque le capitalisme prit son réel essor, la réalité démentit l’optimisme exagéré des Lumières en matière de libéralisme économique. Hélas, nous en sommes toujours là. Marx est passé par là, mais nous vivons toujours dans un régime politique — fût-il « démocratique » — qui garantit avant tout la propriété individuelle (ou de la personnalité « morale » dans le cas des firmes) bien plus que le bien commun, d’où les inégales répartitions de richesses, qui finissent même par saper les bases de la démocratie.

    Aussi, toute Constitution pour l’économie ne pourra faire l’impasse sur la question de la propriété. Non pour l’abolir absolument, mais pour, au moins, en tracer ses limites au delà desquelles elle devient un péril, en tant qu’elle permet de légaliser absolument l’accumulation sans limites des richesses.

    Hobbes, quant à lui, s’il est le penseur de la souveraineté, n’est pas le penseur de la souveraineté populaire. Je suis bien d’accord avec vous. C’est même tout le contraire, le pouvoir émane du peuple mais celui-ci s’en dessaisit aussitôt pour le confier au souverain, maître absolu et garant de la paix sociale en tant qu’il protège ses sujets des ennemis extérieurs, de même qu’à l’intérieur du pays il canalise les passions, pour établir, conserver le pouvoir. Mais vous le soulignez bien, il sécularise, à la suite de Machiavel, la légitimation du pouvoir, ce dernier n’est plus accordé de droit divin, mais s’explique rationnellement. D’aucuns ont pu dire que la vision Hobesienne du pouvoir contient en germe le totalitarisme. De plus, contrairement aux « libéraux », ceux des Lumières qui réinventèrent la démocratie, que l’on appelait pas encore ainsi, Hobbes, voit dans le pouvoir religieux non un absolutisme mais au contraire une force qui s’oppose au pouvoir politique séculier, lequel doit, seul, être dépositaire du pouvoir, ce qui revient à poser l’Etat absolu.

    Mais la démocratie au sens strict – demo kratos– fut inventée en grèce, celle-ci vécut quelques siècles puis disparut longtemps avant de réapparaître sous une nouvelle forme « adaptée » aux Etats et non plus aux seules cités. La démocratie athénienne était d’ailleurs beaucoup plus directe que l’actuelle.

  11. J’ai bien compris P-Yves.
    Je m’excuse je vais être un peu long…

    Quand on aborde un problème, il faut un minimum de rigueur conceptuelle. Je sais que l’essentiel de l’article de Paul n’est pas là et qu’il ne s’agit que d’une introduction à son propos. C’était juste pour clarifier 2/3 choses. Et puis les lecteurs pourront grapiller deux trois trucs au passage. Appelons ça une cordiale, mais virile, mise au point :-).

    Le point de vue de l’article est anthropologique, il ne refait pas l’histoire des idées politiques. Dans cet article il n’est dit pas exactement que la démocratie est le produit des guerres de religion.
    La philosophie n’a pas a accepter le lit de Procuste que l’anthropologie a préparé pour elle. Faut-il en deduire que les anthropologue modernes prétendent comprendre les penseurs « modernes » mieux qu’ils ne se comprenaient eux-même, tout comme les penseurs hegeliano-marxistes avaient l’orgueil démesuré de prétendre comprendre les penseurs classiques mieux qu’ils ne se comprenaient eux-même?

    La démocratie et la plupart des questions fondamentales qu’elle soulevait avait déjà été traitée dans les grandes lignes par les Anciens… et j’y inclue des médiévaux comme « Al Farabi ». Simplement pour eux la démocratie n’apparait pas comme un régime qui « va de soi » ni comme le meilleur mode de gouvernement (ce n’est pas forcément le plus mauvais non plus).
    Hobbes INVENTE l’anthropologie comme base de la pensée politique, ce qui fut rendu possible par le passage d’une conception cosmologique de l’Univers à une conception mécaniste.
    Ce que dit Hobbes ne peut pas être intégré à un discours anthropologique sur les tenants et les aboutissants de la démocratie, parce qu’il est, en tant qu’il est lui-même producteur d’une anthropologie et d »une théorie de l’Etat qui n’est pas une anthropologie mais qui repose sur elle, un adversaire de ce genre de projet d’intégration du discours philosophique à un discours anthropologique qui prétendrait l’englober (pour des raisons hautement politiques du reste).
    Hobbes n’aurait sûrement pas été d’accord avec la proposition selon laquelle la « lutte de tous contre tous » est une « fiction » de l’état de nature (et du reste ce n’est pas le cas, ni dans son propre système de pensée… ni dans la réalité) ni avec la proposition selon laquelle « Le concept démocratique, ici générique, désigne alors un type d’institution régulatrice des passions collectives exacerbées ».
    Par définition tout type « d’institution » est « régulateur »/ « façonneur » de passions, la démocratie plutôt moins que la religion d’ailleurs, ceci soit dit en passant… l’anthropologue ne me contredira pas je pense.

    « Ce concept de démocratie prendra des dénominations différentes, libéralisme, République, monarchie constitutionnelle, mais il s’agira toujours pour les Lumières du politique qui se pense en opposition à l’absolutisme religieux  »
    La Republique c’est la Republique, la démocratie la démocratie. Ca n’a RIEN à voir sur le plan analytique. Pareil pour « monarchie constitutionnelle » (le novlangue a fait des ravages, même en Droit constitutionnel…). Il ne faut pas s’étonner de la décadence de la pensée politique européenne quand on fait ce genre d’amalgame…

    La paix civile a pour solution chez Hobbes l’absolutisme politique et le positivisme moral et legal sur le plan juridique (quel que soit le mode de gouvernement, démocratique, aristocratique, monarchiste ou republicain, au sens classique de « régime mixte » tel qu’on l’entendait à Rome) et NULLEMENT la démocratie. C’est à dire, in fine, qu’il a comme condition de possibilité un AUTRE absolutisme religieux, le matérialisme athée cette fois (Pourquoi les deux tiers du Leviathan discutent-ils les miracles, si ce n’est parce que la solution de Hobbes qui est la nôtre sur le plan institutionnel, IMPLIQUE que la peur de la mort violente doit être crainte davantage que la peur de l’Enfer? Parce que si tel n’est pas vous pouvez jeter le Leviathan aux orties! De ce point de vue, notez les conséquences de certaines études honnêtes dans le domaine du paranormal sont très lourdes d’implications politiques, même si elle prêtent à sourire au premier abord). Le problème de Hobbes c’est la paix civile menacée par les guerres de religion, mais pas directement l’absolutisme religieux ou la théocratie, problème que si posait en revanche à l’époque médiévale, mais d’une toute autre manière (lourde d’implication pour la compréhension de la situation de la géopolitique actuelle).

    Cette idée d’une démocratie qui s’opposerait à l’absolutisme religieux est donc absurde. Du reste Rousseau lui-même place au dessus de la loi en tant que formule de la souveraineté, non seulement les lois de l’honneur et les lois de la nature, mais egalement la loi… divine! Et ca ne lui pose pas de problème parce que fondamentalement ca ne pose pas de problème que pour le libéralisme politique, qui constitue une AUTRE solution. C’est bien entendu la solution de Hobbes qui a triomphé dans les faits, et non pas comme nous nous glorifions de le penser la solution de tolérance indiquée par Locke et Voltaire (car qui décide? qui impose la tolérance comme ideal normatif? qui punit l’intolérance?).

    « C’est d’ailleurs tout le paradoxe des Lumières, libéralisme politique et libéralisme économique n’étaient pas pour eux contradictoires, bien au contraire »…
    Subitement, on passe à l’économie. Ceci ne peut s ‘expliquer que parce qu’une catégorie « libéralisme » préfabriquée a été appliquée comme une grille de lecture/combat à des acteurs historiques passés qui n’auraient jamais eux-même posé le problème de la façon sont vous le faites… ou comment passer du XVIIIe au XIXe… en amenant une problématique comme un cheveu sur la soupe.
    Pour « eux »? Pour qui? Et les débats à l’Assemblée Nationale sur le prix du grain? Et les limites qu’on impose à la liberté du commerce au nom de la liberté? La tradition républicaine, forte, est complètement oubliée dans votre description très.. anglo-saxonne dirons nous.

    « Les Lumières n’avaient pas encore notre vision d’un monde aux ressources naturelles limitées »
    Ben voyons… Et la clause provisionnelle de Locke? Parfois j’ai l’impression de lire du Mc Pherson… (sic).

    « Aussi, toute Constitution pour l’économie ne pourra faire l’impasse sur la question de la propriété. Non pour l’abolir absolument, mais pour, au moins, en tracer ses limites au delà desquelles elle devient un péril, en tant qu’elle permet de légaliser absolument l’accumulation sans limites des richesses ».
    On dirait qu’on va commencer à penser seulement maintenant!
    Tout ça c’est déjà dans Thomas d’Aquin et son refus de la conceptualité romaine du droit de propriété… L’accumulation illimitée des richesses peut être rendue possible autrement qu’en interdisant (typiquement hobbesien votre approche…), en travaillant sur des modeles alternatifs de circulation des flux monétaires et d’allocation optimale ds ressources, c’est à dire en reprenant à zero la théorie de la monnaie et en l’intégrant à la théorie démocratique du gouvernement civil (une variante ou une autre).
    Par ailleurs l accumulation illimitée des richesses n’est pas necessairement un problème en soi, tant que celle ci ne peut etre convertie dans d’autres spheres (si il est rendu impossible d’en tirer un avantage dans des « sphères de justice » distinctes, en terme de qualité des soins medicaux, d’éducation, de « chances et d’opportunité pour l’avenir », de service public en général, d’influence politique, de conquête de monopoles… ce qui renvoie à la théorie de l’égalité complexe, à la théorie des echanges bloqués et aux théories de la commodification, dont l’habeas corpus peut etre perçu comme un ancêtre.
    Du reste une loi constitutionnelle sur la circulation des capitaux et la nature des produits financiers m’apparait un objectif plus realiste. La présentation d’un modèle de developpement/ d’allocation des capitaux alternatif et au moins aussi efficace également… pour peu que suffisament de gens y adhèrent. Une Constitution pour l’Economie je me suis dejà exprimé là dessus ça ne me plait pas comme terminologie.

    De grâce ne faisons pas comme si rien n’avait été fait! Ca fait 40 ans que des chercheurs ont intégrés l économie à la théorie démocratique. La situation dans la discipline en question – l’économie normative-, qui n’est enseignée ni en classe de philosophie à l’université, ni en classe d’économie, est comparée à juste titre à celle des Lumières (à mon sens en beaucoup mieux). Evidemment ca fait 40 ans que la discipline est morte dans les universités françaises… ceci expliquant sans doute LA NULLITE française dans le domaine (et quand on pense à tous les grands qu’on a eu! Putain ca me donnerain presque envie de chialer!).

  12. Je me relis et je me rend compte que le ton est trop vif. Excusez moi. Si Paul veut bien adoucir le message, c’est OK pour moi. Encore désolé 🙁

  13. L’accélération sans frein des processus de captation de la richesse commune est due, dans sa version contemporaine, c’est à dire avec une avidité quantitativement jamais rencontrée auparavant, à la révolution épistémologique qui a pris naissance au début du XXème siècle pour s’incarner opérationnellement après la seconde guerre mondiale.
    Le passage triomphant et lumineux, du continu au découplé puis à la coopération généralisée a permis paradoxalement, sous la férule d’une idéologie totalitaire munie d’outils conceptuels dévoyés, de coloniser l’ensemble de la planète en ignorant sciemment la matière et sa complexité irréductible.
    Je serais tenté de penser que nous assistons aujourd’hui à la propagation de toutes les contraintes antagonistes accumulées depuis plus d’un demi-siècle au moins, dans un système qui recherche spontanément, c’est là que la matière intervient, son unification.

  14. @ Antoine

    Merci pour votre lecture critique de mon commentaire.
    Je remarque tout de même que vous avez pris celui-ci pour un catalogue des poncifs en matière de philosophie politique. Chaque point que vous soulevez est certes important, je ne le nie pas, et d’ ailleurs ils mériteraient tous un traitement spécifique et de longs développements, et de mon coté des lectures approfondies des auteurs cités et de la vaste littérature de « philosophie politique », me seraient nécessaires pour vous répondre avec toute la pertinence que requiert votre niveau d’exigence qu’impose la méthodologie propre à votre discipline.

    Ceci dit la plupart de vos objections, ou, surtout, précisions, ne m’étaient pas inconnues. Mon commentaire vous a paru simpliste, voire faux sur beaucoup de points, dont acte.
    Néanmoins, j’avais bien précisé, trop peu finalement, que la démocratie est un TYPE d’institution régulatrice, ce qui sous entendait qu’il pouvait en exister d’autres. Je n’ai pas voulu entrer dans le débat sur la définition même de la démocratie, je m’en suis déjà expliqué dans d’autres commentaires sur ce blog. Vous me reprochez de citer le libéralisme en faisant un anachronisme, mais il pourrait en être de même de la notion de démocratie, laquelle a eu des significations diverses selon les époques, certains n’y faisant d’ailleurs pas même référence. A propos de Hobbes il ne m’a pas semblé évoquer à propos de celui-ci la démocratie, j’en ai même fait un représentant d’un nouvel absolutisme, séculier cette fois.

    C’est bien la raison pour laquelle J’ai commencé mon exposé en disant que la définition à partir de laquelle je raisonnerai serait celle d’une démocratie « a minima » et dès lors ai rangé sous ce titre des choses qui en réalité se recoupent pas complètement : monarchie constitutionnelle, République, libéralisme ». Bref, j’ai mis sous le vocable « démocratie » ce pouvait avoir de commun nombre des penseurs des Lumières, et c’est bien pourquoi j’ai précisé, démocratie, dans un sens générique, à la façon d’un idéal type au sens wéberien, qui ne désigne pas une réalité historique brute, mais un concept à partir duquel nous pouvons appréhender certaines formes historiques par comparaison, ce dans un but heuristique. Ainsi par, exemple lorsque Duby évoque la féodalité, il est bien évident que celle-ci n’était pas perçue comme telle par les hommes de l’époque médiévale, moyen-age étant lui-même un terme qui relève d’un certain découpage, historique, forcément a posteriori. Je comprends qu’un historien (et / ou philosophe ?) des idées politiques puisse trouver à y redire. Je comprends parfaitement votre démarche qui consiste à faire la généalogie des idées politiques. Elle est rigoureuse, et même nécessaire, car on ne peut se contenter d’une histoire purement typologique dont les topos seraient seulement seulement les nôtres. Mais c’est, un problème inhérent à l’histoire — et par extension à toutes les disciplines dont l’exercice se base, en partie, sur l’étude de textes écrits — en tant que discipline scientifique, que ne pouvoir jamais dissocier le parti pris d’une restitution du sens des textes et l’analyse des faits historiques dans leur causalité, leur compréhension, au sens, où, du monde contemporain qui est le notre, nous interrogeons le passé, de notre point de vue, par définition irréductible. L’historien a pour matière et les textes et l’histoire dans sa causalité évènementielle. Il également poss!ble de lire les textes en philosophe, et encore les philosophes ne sont pas tous d’accord sur la question de savoir ce qu’est précisément lire un texte. Pour certains il y a un sens littéral qu’il faut exhumer, c’est le parti pris d’un Bollack par exemple, pour d’autres — je schématise en donnant les positions les plus éloignées — un Heidegger, par exemple, le texte philosophique donne à penser, car son sens excède sa lettre.

    Vous le soulignez très bien en préambule de votre critique, lorsque vous dites que la philosophie n’est pas l’anthropologie, l’anthropologie au sens contemporain j’entends. Au passage, vous semblez d’ailleurs récuser certaines prétentions de l’anthropologie, c’est en effet une question en soi, qui mériterait d’être débattue, la question du rapport entre anthropologie et philosophie est d’un grand intérêt.

    Pour revenir à nos moutons, je voudrais tout de même préciser certains points sur lesquels il me semble y avoir matière à débat, et que les choses ne sont pas aussi tranchées que vous le dites.

    Je ne suis pas un spécialiste de Hobbes. Toutefois si je me réfère à un de ses traducteurs, et spécialiste, Gérard Mairet, il ne me semble pas tout à fait erroné d’affirmer que l’état de nature soit pour Hobbes, d’une certaine manière une fiction. Selon son interprétation, l’état de nature ne relève pas de l’humain.

    Je cite Mairet :
    « ..c’est pourquoi je parle ici de l’animal humain en cherchant, avec Hobbes, à distinguer ce qui chez lui est animal (bestial) et ce qui est humain. Hobbes a parfaitement connaissance que l’homme dont il piste la trace, afin de l’amener à la République, puisqu’il n’y a pas de république des bêtes, ne se trouve pas dans la nature ou, plus exactement, puisque cet être est évidemment un être de la nature, la question de sa mise en société politique requiert qu’il se sépare de son animalité naturelle (bestiale). C’est là le sens allégorique de l’état de nature où la condition humaine est celle de la bête, rivée au présent donné de la nature. .. »Dans une telle situation dit Hobbes, il n’y a de place pour aucune entreprise parce que le bénéfice est incertain, et, par conséquent, il n’y a pas d’agriculture, pas de navigation …il n’y a aucune connaissance de la surface terrestre, aucune mesure du temps, ni arts ni lettres, pas de société ; et ce qui est le pire de tout, il règne une peur permanente, un danger de mort violente. La vie humaine est solitaire, misérable, dangeureuse, animale et brève. » Mairet avait précisé plus haut dans son analyse : « les modernes (dont Hobbes NDLR), ont plutôt développé l’idée que dans l’humain, ce n’est pas l’animal qui vient au monde en faisant advenir le monde : ce qui fait advenir le monde est l’homme tout court, c’est à dire l’animal qui lentement se défait de son animalité même en faisant apparaître son humanité seule. La différence existant, en la considérant sous cet angle nouveau, entre le monde et le pur donné, est celle qu’il y a respectivement entre l’humanité et l’animalité. Les monde est l’homme — ou bien n’est rien. Le sens historial des modernes est de penser la différence existant entre le donné et le monde, comme le devenir homme de l’homme. Pour mieux dire, l’humain n’est pas n’est pas un être donné dans la nature, mais dans l’histoire. Aussi, la différence dont nous parlons, entre le monde (devenir) et le donné (l’inerte) est la différence existant au sein de l’animal humain. »(in La fable du monde, Gérard Mairet, Ed. Gallimard, 2005)

    Mais je maintiens que toutes ces formes s’opposent à l’absolutisme religieux. Y compris chez Rousseau. Ce n’est pas parce que ce dernier invoque la raison divine, qu’il ne s’oppose pas au pouvoir royal absolutiste. Voltaire aussi pensait qu’il y avait un horloger de l’univers, mais il combattait l’intolérance religieuse.

    Eu égard à Hobbes, avez raison de dire que pour Hobbes il n’est pas question de démocratie, il se réfère à la république pour être précis. Je vous concède qu’en ce cas il serait abusif d’affirmer que Hobbes s’oppose à l’absolutisme royal pour le remplacer par un autre absolutisme, c’est d’ailleurs ce que j’ai moi-même affirmé dans mon précédent commentaire. Il n’empêche que ses écrits enfoncent un nouveau coin dans la théorie de la monarchie de droit divin. Indirectement il s’oppose à l’absolutisme, en réfutant l’absolutisme d' »obédience religieuse. Le fond de la pensée est absolutisme, c »est exact, mais sa pensée est idéologiquement dangereuse pour le pouvoir en place de l’époque. En ce sens Hobbes s’incrit — en creux — dans le mouvement général des Lumières.

    Je trouve que vous allez tout de même vite en besogne lorsque vous affirmez que « cette idée d’une démocratie qui s’opposerait à l’absolutisme religieux est absurde ». Lockes est tout sauf un auteur médiéval ! Vous avez lu comme moi les premiers paragraphes de ses Deux traités du gouvernement. C’est une descente en flèche de l’absolutisme religieux ! Or Lockes, comme Rousseau, Montesquieu et d’autres, sont bien les penseurs précurrseurs de la forme moderne de la démocratie.
    Certes il ne s’agissait pas encore de la démocratie représentative telle que nous la connaissons, mais dans leur esprit le modèle de sa forme moderne était en gestation. Ce modèle qui consiste en l’existence de contre-pouvoirs, la liberté de conscience, le respect de la propriété individuelle, l’égalité en droit de tout être humain. Je le répète c’est une approche retrospective, et assumée comme telle. Comme je l’ai souligné à la fin du précédent commentaire, la démocratie en tant que telle n’exista qu’en grèce.
    Et vous faites bien de souligner qu’elle fut aussi pensée par d’autres au cours de l’histoire. Bref, toute la difficulté du dialogue réside dans le fait que vous vous rapportez avant tout aux textes, tandis que je me référais surtout à des réalités sociales, des formes politiques constituées, dont les textes des philosophes ne peuvent être une préfiguration exacte, puisqu’ils sont des systèmes à part entière, irréductibles à tout donné historique, mais toutefois — et c’est tout l’intérêt de les étudier — influents sur ce même donné historique.

    S’agissant de Rousseau, si celui-ci invoque la raison divine il n’empêche qu’il combat l’absolutisme religieux, dans la mesure où il importe le religieux dans la sphère politique séculière, sapant du coup toute légitimité au pouvoir royal de droit divin.

  15. @ Antoine

    Je voudrais encore préciser quelques points que je n’ai pas abordés plus haut.

    Lorsque je disais que « les philosophes des Lumières n’avaient pas encore notre vision du monde aux ressources naturelles limitées », je signifiais simplement que la perspective dominante était d’abord celle du Progrès, autrement dit d’un développement continu basé sur l’économie (essentiellement libérale) et la science, et, considérant que notre terre était encore loin d’avoir été exploitée ni même explorée en tous ses recoins, l’idée d’un développement continu ne leur apparaissait pas absurde. Vous faites bien de préciser que certains penseurs — et y compris Adam Smith — avaient déjà pris en considération le fait que localement les ressources ne sont pas inépuisables, cependant , d’un point de vue global, il me semble difficile d’affirmer que ce n’est pas le principe de la croissance qui était sous-jacent à l’idée de progrès. Il était donc clair que l’accroissement des richesses impliquait l’utilisation des ressources naturelles nécessaires. A la limite la question ne se posait sans doute même pas pour le plus grand nombre. L’économie n’avait pas encore été domestiquée, et elle ne l’est toujours pas.

    Je précise, je n’instruis pas ici le procès des Lumières. L’idée de progrès demeure une grande idée dès lors que la finitude de notre planète est prise en considération. Ce qui suppose qu’un pan entier du libéralisme politique (en cela inséparable du libéralisme économique) qui fait du droit de propriété individuelle inaliénable et illimité un des éléments clé de son dispositif , soit sérieusement remis en cause, révisé.
    Le libéralisme économique, d’autre part, n’est pas incompatible avec une certaine dose de colbertisme, de contrôle étatique, bien au contraire, le libéralisme a toujours été le meilleur allié du capitalisme, nous le voyons d’ailleurs de manière éclatante aujourd’hui.
    L’Etat moderne, en tant qu’avatar du libéralisme politique, initie ou veille au maintien des infrastructures, met en place les dispositifs politiques, juridiques, qui permettent et garantissent le fonctionnement des mécanismes économiques et sociaux impliqués dans le capitalisme. L’entrepreneur, l’investisseur ne peuvent faire de projets, anticiper leurs gains, s’il n’y a pas un droit des contrats, des titres de propriété garantis par un tiers (l’Etat), dernier recours en cas de litige. Le libéralisme politique des Lumières (je ne parle pas de Rawls évidemment, je parle du libéralisme qui s’est traduit dans des formes concrètes, historiques), en renforçant le droit civil, commercial, foncier, est nettement au service du libéralisme économique car le principe d’illimitation de la propriété individuelle est ce qui permet, légitime l’accumulation des richesses.
    La liberté de conscience, le parlementarisme ont aussi joué leur rôle de stabilisation des sociétés, ce sont les autres piliers du libéralisme politique. Le libéralisme politique n’impliquait pas des droits sociaux, le principe d’un certain bien commun soustrait à la logique de l’appropriation marchande, ce qui aurait pu limiter le caractère inaliénable et illimité du droit universel à la propriété individuelle. Le libéralisme, presque par définition concernait les droits individuels. Or il s’avère qu’y compris les droits individuels sont menacés parce que le bien commun, le droit social est le plus souvent dissocié du droit individuel. Je n’oppose donc pas droit individuel et collectif, puisque l’un et l’autre ne trouvent, selon moi, leur pleine légitimité que dans la mesure où se comprennent l’un par l’autre.

    Quant à la science, elle est évidemment toujours d’actualité, indispensable — outre le qu’elle satisfait note besoin de connaissance –, car elle permet justement de faire mieux avec moins. Et si nous (nos descendants) voulons un jour aller dans les étoiles … après avoir résolu quelques questions cruciales pour l’avenir de l’humanité …

  16. Billet interessant, quoiqu’un poil schématique. Les commentaires sont malheureusement parti sur un terrain référenciel qui ne débat plus du fond.

    J’ai pour ma part une remarque : cette description quasi mécanique présuppose que le système économique se comporte comme une entité soumise à des stimulis connus, et y réagit de façon prévisible, sans pilotage autre que celui de sa propre nature.

    Je fais partie de ceux que vous évoquez dans un autre billet comme étant dubitatif face à l’incompétence révélée de nos dirigeants. Ceux qui on plutôt tendance à penser que cette crise, en admettant qu’elle n’ait pas été orchestrée, est plus ou moins vue comme une aubaine qui permettra d’asseoir un nouveau pouvoir et les nouvelle règles liberticides qui iront avec…
    Ces 30 dernières années, des fortunes faramineuses ont été concentrées de par les principes que vous décrivez si bien. Certains en ont certes perdu la moitié en voulant jouer jusqu’au bout, mais la moitié d’énormément, ça fait encore beaucoup.
    Le simple fait que les états puissent envisager de tels plans de relance, et donc les emprunts qui vont avec, montre que ces fortunes sont encore là.
    Ces fortunes pourraient donc sauver le monde, croit-on…mais à quel prix ? Uniquement celui des taux d’intéret ? Vous y croyez vraiment ?
    Comme vous le dites si bien, la colonisation de la planète était achevée…enfin, presque. On sait que les ressources naturelles n’étaient pas suffisantes pour permettre à la Chine et l’Inde d’atteindre le niveau de consommation occidental, mais enfin, le point de rupture n’était pas encore atteint !

    Je suis donc étonné que cette crise arrive si tôt. Je suis étonné de la rapidité avec laquelle elle se déploie. Je suis étonné des réactions molles et désordonnées de nos dirigeants, incompatibles avec leur alarmisme maintenant affiché. Tout ceci n’est pas cohérent.

    Bref, j’ai un sérieux doute sur la transparence des intentions. Je m’attends encore à de belles surprises.

  17. Ouahh… C’est long Pierre-Yves!

    Bon bien avançons… 🙂 Mes excuses à Paul pour le détournement de billet.

    -« Bref, j’ai mis sous le vocable “démocratie” ce pouvait avoir de commun nombre des penseurs des Lumières, et c’est bien pourquoi j’ai précisé, démocratie, dans un sens générique, à la façon d’un idéal type au sens wéberien, qui ne désigne pas une réalité historique brute, mais un concept à partir duquel nous pouvons appréhender certaines formes historiques par comparaison, ce dans un but heuristique »

    – « Mais c’est, un problème inhérent à l’histoire — et par extension à toutes les disciplines dont l’exercice se base, en partie, sur l’étude de textes écrits — en tant que discipline scientifique, que ne pouvoir jamais dissocier le parti pris d’une restitution du sens des textes et l’analyse des faits historiques dans leur causalité, leur compréhension, au sens, où, du monde contemporain qui est le notre, nous interrogeons le passé, de notre point de vue, PAR DEFINITION IRREDUCTIBLE »

    Deux idées weberiennes, que je ne partage pas. Je vous renvoie aux chapitre 2 de Droit naturel et Histoire (L Strauss). Mais j’avais bien compris que le problème vient de la difficulté à articuler « histoire politique et sociale » et « histoire de la pensée ». C’est à mon sens une voie sans issue, sauf à finir par confondre idéologie et philosophie, ce qu’on peut à la limite commencer à faire à partir de Machiavel, mais qu’on ne peut pas faire avant (les thèses fondamentales sur laquelle s’appuie la science politique classique interdisant cette confusion).
    Mais j’avais bien compris que vous aviez écrit comme vous l’avez fait pour « aller plus vite ».

    Le point sur l’anthropologie est décisif. Un combat de géants à mon sens. Rapidement les critiques:
    1/ Il s’agit d’une collection non hiérarchisée de problèmes philosophiques.
    2/ En tant que discipline sa raison d’être fondamentale repose sur la validité d’un cvertains nombres de thèses philosophiques, plus originelles, et dont la validité n’est pas elle même une question d’anthropologie.
    3/ Ses prétentions théoriques (une espèce de vaste synthèse), eu égard à l’ethnologie, sont discutables. Une telle synthèse est t-elle possible? Souhaitable (et on retrouve les arguments de Nietzsce contre la philologie, fossoyeuse de culture et de civilisations)?
    4/ C’est une religion pour intellectuels athées. Si la philosophie est impartiale quand elle aborde l’expérience religieuse, ce n’est pas le cas de l’anthropologie. Ceci parce que l’anthropologie comme la théologie et par opposition à la philosophie sont des disciplines « ontiques ». Je n’exagère pas quand je dis que je me sens littéralement « insulté » quand je lis certains textes référencés sur le site du MAUSS par exemple.
    5/ Plus généralement je suis du côté de Heidegger contre Cassirer. Le débat contient déjà je crois le coeur du problème. C’est l’ontologie ou l’anthropologie (la phénoménologie matérialiste de l’esprit d’un Cassirer sert de base philosophique pour justifier le projet d’une anthropologie). Notez que sur le plan pratique c’est toute notre façon de concevoir les sciences humaines, leur rôle et l’organisation de savoirs à l’université qui est potentiellement en jeu ici (ceci implique le statut de ce qu’on appelle l’intelligence artificielle).
    6/ En fait du choix fondamental entre anthropologie et philosophie dépend directement le genre de communauté politique idéale qui nous sert de « repère » lorsque nous discutons du meilleur mode de gouvernement. Les implications d’un tel choix sont colossales.

    Gerard Mairet fut mon professeur (il l’était, du reste, il y a encore peu de temps). Je lui demanderai ce qu’il en pense à l’occasion. Mais pour ma part je reste du cpoté de L Strauss, et C Schmitt sur ce point là. Le problème de Hobbes, c’est la guerre civile. La virtualité de la guerre est toujours présente. Parce qu’elle est toujours présente, l’état de nature est toujours là, en filigrane, derrière l’état civil. Mieux: il s’y superpose. Il faut distinguer le rôle que joue la présentation/construction de l’état de nature de Hobbes dans l’économie de sa démonstration (justification de l’Etat Leviathan) de ce à quoi il correspond dans la réalité (la guerre civile, ou Behemoth). Behemoth et le Leviathan se livrent une guerre éternelle (d’ou son refus de reconnaître la liberté d’expression).
    L’état de Nature existait avant Hobbes. Il s’opposait à l’etat de Grâce dans la théologie catholique, qui est l’état de l’homme avant la chute. Hobbes reprend le concept et lui donne un rôle/ contenu radicalement différent. Mais il est évident pour tous les interprêtes que c’est la guerre civile anglaise qui lui sert de « modèle » de guerre de tous contre tous.
    Je suis OK en revanche pour dire que Hobbes à beaucoup déplu aux monarques. L’idée de gouvernement de droit divin en prenait un serieux coup! Mais s’il est hostile à un mode de justification traditionnel du pouvoir (qui pourrait fort bien ne pas être monarchique d’ailleurs selon sa théorie… mais tout aussi bien aristocratique ou démocratique, ce que les monarques avaient bien perçu aussi!), il reste qu’il justifie de façon magistrale le droit ou plutôt le devoir pour la puissance souveraine d’imposer les croyances voulues aux sujets (eux sont forcés d’obéir et même tenus d’obéir selon une règle du type « obeissance contre protection », mais ils restent libre dans leur fort intérieur. Spinoza s’engouffrera dans cette brêche plus tard et en profitera logiquement pour justifier l’élargissement du champ des libertés religieuses). Hobbes est est un cas typique de justification de l’absolutisme religieux (en comparaison, une théocratie peut être bien plus ouverte que n’importe quel gouvernement hobbesien), fondé sur une forme d’absolutisme… matérialiste/athée!

    Rousseau est clairement opposé à la liberté absolue de croyance et de culte. Il hesite juste sur le « frontière ». Autant il peut admettre qu’un citoyen puisse avoir des doutes sur la transubstantiation des corps et qu’il puisse manifester publiquement cette opinion, autant il n’admet pas qu’on puisse exprimer une opinion religieuse qui nierait la bonté ou la justice divine…
    En second lieu son problème c’est comme Hobbes celui de la stabilité. Dans la tradition « républicaine » du gouvernement, il n’est pas question d’accorder la liberté de pensée ou d’expression « par principe ». La seule question qu’on se pose c’est « qu’est ce qui est le plus stable? » Pour Rousseau c’est la religion chrétienne. Pour d’autres ce sont les religions paiennes (le dogme de la vie éternelle étant un fléau pour tout pouvoir constitué et donc un vecteur d’instabilité). Pour d’autres, aujourd hui, c’est la liberté religieuse totale… Je précise qu’il condamne à mort l’adultère (ben oui… un citoyen qui n’est pas foutu de tenir l’engagement le plus sacré de sone xistence privée, comment saurait il remplir ses devoirs vis à vis des autres citoyens s’il n’est même pas foutu de remplir celui-là?).

    J’en profite pour dire que Hobbes ce n’est pas les Lumières, mais les Temps Modernes. Et que Rousseau n’est pas à proprement parler un philosophe des Lumières. Il est classé parmi les anciens par B. Constant. Surtout, il a construit sa pensée CONTRE celle des Lumières (voir « le siècle des Lumières » de Cassirer, à ce sujet. Pas un thème ou il ne méprise pas les choix ideologiques de son siècle… et en particulier l’idée de « progrès ». Peut etre avait-il compris avant beaucoup d’autre qu’in fine l’idée de « progrès » est radicalement incompatible avec celle de « démocratie » (hypothèse perso, par pure provocation)? D’ailleurs la théorie de la séparation des pouvoirs, stricte chez Montesquieu, souple chez Locke, est radicalement incompatible avec sa théorie de la souveraineté.

    Pour ce qui est de Locke vous avez raison. En fait son argument, au coeur, est le suivant. Les bornes du pouvoir politique sont constitués par la distinction entre ce dont les autres peuvent me déposséder et ce dont les autres ne peuvent pas me déposséder. Mon Salut ne peut m être volé donc l’Etat n a pas à s’en mêler. En revanche ma vie, mes propriétés peuvent m’être prises. Donc il peut s’en mêler. Mais Lockes est le seul dans sa catégorie. Toutefois il était à des années lumières d’envisager l’atheisme comme une option valable.
    Sur le fond, imaginons que dans une société fictive X les mecanismes qui régulent les flux de capitaux obligent les citoyens à commettre le pêché (recourir au prêt à intérêt pour se loger) et donc contribuent à éloigner certains croyants de leur Salut. Ces derniers, si l’on suit Locke, pourraient très bien exiger de l’Etat qu’il intervienne en leur faveur. On en revient alors au risque de la guerre civile et au decisionisme du Leviathan. L’argument de Locke ne marche que dans de circonstances historiques très particulières. L’argument de Hobbes marche tout le temps. Et puis ce que dit Locke est déjà souvent contenu dans Hobbes (à titre de possibilité qu’il écarte).

    Mais je rapporte encore tout au texte. Je le fais pour une bonne raison toutefois :-).
    Je veux effacer l’idée du « hors de la démocratie, point de salut pour les communautés politiques ». Et je crois que se référer toujours à l’histoire politique et sociale européenne, qui a sa problématique propre, oblige à soutenir une idée du type « la démocratie libérale est le moins mauvais régime politique ».
    La rigueur conceptuelle qu’exige le retour à la pensée politique stricto sensu me parait mieux à même d’éviter cet ecueuil en ouvrant à d’autres courants de pensée des possibilité d’innovation politique et institutionnelles (en ce qui me concerne c’est un retour à la science politique classique, Hobbes nous ayant apporté à terme les ideologies mondiales matérialistes du type capitalisme et marxisme… ainsi que d’autres joyeusetés. D’une certaine manière d’ailleurs la Crise scèle aussi le sort du rationalisme tout à fait particulier des Lumières, qui nous avait également apporté le nazisme…). Bref je suis pas fan des « Lumières », qui contiennent bien autant de Ténèbres qu’elles en éloignent.

    Je suis d’accord avec cette idee de ressources illimitées. Je conviens que la rareté des ressources , quand elle était envisagée, ne l’était que sur le plan distributif et non productif. Pour moi l’idée de « progrès » des Lumières est une absurdité, un « non sens », reflet d’une epoque qui se pensait supérieure à toutes celles qui les avait précédées. Entre ce qu’elle pensait et la réalité, je crois qu’il y a un abîme.

    Sur la description que vous faites en terme d’histoire sociale je partage globalement ce point de vue. Mais Rousseau, clairement, en bon penseur classique, hostile à l’idée d’un prétendu progrès de son siècle (discours sur les sciences et les arts), hostile au principe de « checks and balance » (sa garantie contre l’arbitraire il la trouve dans la « loi »et dans une puissance souveraine démocratique une, simple, indivisible, sans limite, qui justifie selon lui l’interdiction des « groupes d’intérêts » tels que les « lobbies » d’aujourd’hui par exemple… seule la Lybie l’a suivi!!!), est aussi celui qui s’interroge sur le partage équitable des richesses et la stabilité politique qui en découle. Il a fortement influencé les doctrinaires de la revolution de 1917, qui voulait terminer une Revolution française qu’elle jugeait stoppée à mi-chemin. Donc la pensée politique de cette periode, c’est pas seulement l’Europe de l Ouest, c’est AUSSI l’Europe de l’Est. On l’oublie trop souvent. La pensée de Hobbes et la pensée de Rousseau ne mènent pas plus à la démocratie libérale et au marché libre qu’à la démocratie « populaire » et à l’économie planifiée.

    J espère avoir mieux clarifié les tenants et aboutissants de ma position. Au plaisir 🙂

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