L’actualité de la crise : Pusillanimes, par François Leclerc

Billet invité.

PUSILLANIMES

On ne fait pas attention au prix de l’eau quand la maison brûle. Nous risquons prochainement d’entendre répétée cette remarque toute pleine d’un bon sens suspect, afin de justifier l’entrée de la BCE dans la spirale de la création monétaire. Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, a déjà annoncé qu’une réflexion était en cours, ce qui, dans sa bouche, signifie en réalité que la décision a été prise, mais qu’il n’est pas encore opportun de l’annoncer.

Christine Lagarde, ministre des finances, l’a relevé vendredi matin, sur Radio Classique : « Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est de constater que, après la Fed, maintenant la Banque d’Angleterre, et peut-être la BCE, c’est en tout cas ce que laissent supposer les déclarations des uns et des autres, envisagent des mesures un petit peu alternatives et non conventionnelles ». On appréciera le « un petit peu alternatives » pour qualifier un total retournement de position de la BCE. L’art du ballon d’essai d’un côté, de l’euphémisme de l’autre.

Il est vrai que la crise financière, devenue également crise économique, frappe pour l’instant inégalement les pays et les régions du monde occidental, permettant de comprendre que les réactions, mesurées en plans de sauvetages et en milliards de dollars, de livres ou d’euros, ne soient pas toujours de la même ampleur. C’est aussi une question de moyens. Que les mesures mêmes qui sont adoptées ne soient pas identiques, en particulier sur la problématique centrale du partage du financement de ces plans par les Etats et les banques centrales. Tous se rejoignent cependant, pour l’instant du moins, dans le même refus de nationaliser ouvertement le système bancaire, acculés à la manière rampante et indirecte.

Mais qu’importe ce que les banques centrales achètent ou vont se décider à le faire, bons du trésor, obligations d’entreprises, actifs divers et avariés des banques, des compagnies d’assurance et des organismes de crédit. Elles y vont toutes, à des degrés divers mais sans échappatoire. La relance à tout prix va être le mot d’ordre pour parer au plus pressé, la question de savoir qui va payer étant tranchée. Surtout pas les artisans du désastre à qui il est prévu de demander de faire à nouveau fonctionner la machine, plus tard, une fois relancée (quand ils seront en état de le faire).

Parallèlement, on commence à mieux entrevoir les contours de ce que pourrait annoncer le prochain G20, tout du moins dans l’esprit de l’administration Obama, tel qu’il va être préparé par une réunion préparatoire du 13 mars à Londres, réunissant les responsables des banques centrales et les ministres des finances. Elle a été décidée en tête à tête par Barack Obama et George Brown, à Washington.

Il se confirme d’abord que seul un « conceptual agreement » (un accord sur les concepts) est visé, n’ayant pas pour objectif de définir des « supranational standards » (des normes internationales). Les termes sont de Barney Frank, président de la « House Financial Services » du Congrès et membre influent du parti démocrate, qui rapportait hier vendredi ce qu’il présente comme les intentions de la Maison Blanche et du Congrès, en précisant clairement que « personne n’est prêt à abandonner notre souveraineté ».

L’idée qui semble émerger, sous les auspices du FMI qui chercherait à dégager les termes d’un compromis acceptable par tous les membres du G20, est que chaque pays devrait décréter ses propres règles, en veillant à ce que les mesures de régulation améliorées décidées par chacun soient compatibles entre elles. C’est donc pour l’instant le degré zéro du compromis, ou presque.

Jaime Curuana, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne, qui attend au FMI de prendre possession en avril prochain de son siège de directeur général de la BRI (la banque centrale des banques centrales), a été explicite sur la philosophie de l’accord qui est attendu : « Nous avons à la fois besoin de mieux réguler les risques systémiques, mais en même temps d’éviter une ruée réglementaire ».

Les mesures de régulation seraient concentrées sur les institutions présentant un risque systémique (un effet domino), celles que l’on appelle désormais les « too big to fail » (trop importantes pour faire défaut), la sensibilité américaine étant exacerbée à leur propos, pour des raisons que l’on connaît. Les critères permettant d’en définir la liste restant toutefois à définir, un même obstacle à franchir que pour les paradis fiscaux. Par ailleurs, des mesures de régulation des hedge funds seraient adoptées, afin de répondre à la forte demande des Européens, qui ne peuvent se contenter de cette régulation « par le haut » de l’édifice. Tout cela reste terriblement flou et imprécis.

Ces principes à minima, s’ils devaient se révéler fondés, seraient dans la droite ligne de la politique américaine actuelle et de son application par la Fed et le Trésor. Pour son refus de reconnaître dans toute son étendue la faillite de son modèle financier, comme pour ses tentatives dérisoires et coûteuses de déguiser l’inévitable interventionnisme de l’Etat, qui est appelé à durer.

Si ce G20 devait ainsi se conclure, il ne serait qu’une réunion de plus, pour pas grand-chose. Il augurerait mal, non seulement de la réalité de la relance économique recherchée à coup de créations monétaires en tout genre qui vont devoir être de plus en plus massives, mais du redémarrage du système financier sur des bases apurées. Encore un effort, camarades…

Le compromis recherché par le FMI, qui joue ainsi par avance le rôle élargi et nouveau qui devrait lui être accordé, comme réceptacle d’une nouvelle « gouvernance mondiale » ainsi qu’elle va pompeusement être appelée, n’est toutefois pas encore trouvé.

Pas uniquement en raison des avertissements de Lula Ignacio da Silva, le président brésilien, qui entend peser de tout son poids dans le G20. « Les pays riches vont-ils continuer de se contenter de dépenser de l’argent pour sauver les banques ou certains pays auront-ils le courage, n’ayons pas peur des mots, d’étatiser les banques, de les redresser, d’obtenir la relance du crédit et après, s’ils le veulent, de les remettre à qui ils veulent ? » s’est-il demandé à l’occasion d’un séminaire à Brasilia.

Mais aussi des déclarations de Gordon Brown, de retour un peu bredouille de Washington avec son projet de New Deal mondial, un vrai pétard mouillé. Lors d’une conférence du parti travailliste, à Dundee, il a mis les points sur les « i », appelant à nouveau à une réforme ambitieuse du système financier international, qu’il a opposé « au plus petit commun dénominateur » (qui lui a été proposé). Même les alliés naturels et historiques semblent avoir du mal à s’entendre, décidément. Peut-être s’est-il ainsi un peu avancé, en déclarant qu’ « il y a un accord qui émerge pour dire que là où les flux de capitaux sont mondiaux, nous avons besoin d’une supervision mondiale également », pour en conclure qu’il faut « prendre les systèmes bancaires parallèles et les paradis fiscaux au filet de la réglementation » ?

Quel rôle, enfin, vont jouer les dirigeants chinois ? Ils vont probablement continuer d’observer les choses, accaparés par leurs propres problèmes internes et privilégiant les rapports bilatéraux.

Que vont finalement peser ces conciliabules, ces rencontres de préparation (celle d’Angela Merkel avec Gordon Brown est prévue les 13 et 14 mars en Angleterre, le lendemain d’une autre que Nicolas Sarkozy aura avec la chancelière), ces réunions internationales, face à la crise économique montante, on devrait désormais dire galopante pour les USA ? Comment dit-on déjà, pour qualifier certains comportements, pusillanimes ?

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25 réflexions sur « L’actualité de la crise : Pusillanimes, par François Leclerc »

  1. Finalement, et si la future « règlementation de la finance » s’avère bien être l’escroquerie décrite ci-dessus, je me demande si je ne vais pas décréter, au niveau de ma petite personne, une « grève illimitée de la consommation et du crédit ». Je n’achèterait plus que le strict minimum indispensable. Je refuserait tout ce qui ressemble à un crédit. Et j’essayerais de trouver le moyen de sortir ce qui reste, au maximum, de tout circuit financier (pas évident).

    Après tout, de quel autre moyen un individu dispose-t-il d’autre, que de ses actes individuels de refus? A partir du moment ou tous ses systèmes de représentation collective veulent l’obliger à faire ce à quoi il se refuse de tout son être: faire repartir, sans aucun changement réel, un système qui vient d’étaler aux yeux de tous, ses mensonges et son incapacité totale à prendre en compte le « bien commun »?

    Certains, évidemment, prôneront la « Révolution ». Mais, et si, finalement, le seul moyen de faire aboutir cette (r)évolution n’était pas, tout simplement, de nous révolutionner nous-même?

  2. Nous révolutionner nous-même, que cela veut-il dire quand les états endettés (les riches) vont ruiner les prêteurs (les épargnants principalement) mais surtout les fonds souverains ? Ca veut dire, à court terme, l’effondrement économique et politique des pays riches en ressources naturelles (Golfe arabo-persique) et en main d’oeuvre bon marché (Asie). On sait ce que ça a donné à la fin des années 30.
    A nous révolutionner, il faut le faire avant cela. Après, ce sera la spirale infernale !

  3. Bien d’accord avec M de Champignac, c’est ce que je vis au quotidien sans me priver du bonheur de vivre bien au contraire, c’est reposant et plutôt facile lorsque l’on a une passion. Le « révolution intérieur » c’est une voie très importante parce qu’elle peut être mise en pratique immédiatement; et comme les urgences semblent pointer leurs nez, autant s’y mettre tout de suite.

  4. Je suis bien d’accord avec vous Mr Champignac, cela fait un moment que je fais la révolution de cette facon. OUI je refuse de nourrir ce système corrompus, injuste et avec tant d’inégalité. Je vote « pour ».

    Bye…

  5. @Champignac,

    Bonjour,

    Pour ce qui est de « la grève illimitée de la consommation », vous allez recevoir de prompts renforts de la masse des chômeurs qui grossit, grossit… Quand vous perdez plus de 30% de vos revenus en passant de votre ancien salaire à vos nouvelles allocations chômage et quand, en plus, il faut attendre maintenant trois mois en moyenne pour toucher ces allocations, vous comprenez très vite qu’il est urgent de se recentrer sur les fondamentaux, pas besoin de longs discours argumentés. D’ailleurs, si je faisais partie des « décideurs » (synonyme de « Maîtres du Monde »), je n’hésiterai pas à fusionner le Pôle Emploi avec les Restos du Coeur et la Commission de Surendettement, cela simplifierait les démarches.
    Evidement, tout cela se fait dans la très mauvaise humeur et c’est pas prometteur pour l’avenir, mais bon, si le bon peuple n’est pas content, il sait ce qui lui reste à faire…

  6. En effet… Se révolutionner soi-même. Je vote également pour, par mes petits actes si possibles. Ou comment résister avec le plaisir de vivre.

    Une manière qui ruse avec la violence et qui pourtant a son poids dans les rapports de forces, non?

    Bonne journée et vive le soleil!

  7. Oui à la révolution champignacienne ! Oui à la façon yagoubienne de la pratiquer ! Si chacun applique la méthode de Champignac, en ayant pris soin de se préparer une solution de remplacement à la Omar Yagoubi, les craintes de Yves de Bressy s’envoleront…

    Bonne journée.

  8. @Champignac, et les autres,

    « Je n’achèterait plus que le strict minimum indispensable. Je refuserait tout ce qui ressemble à un crédit. Et j’essayerais de trouver le moyen de sortir ce qui reste, au maximum, de tout circuit financier (pas évident). »

    Savez-vous que de plus en plus de gens, en France, vivent comme ça, rien que parce qu’ils n’ont pas d’autres choix ?
    En France, et un peu partout dans le monde, des « activistes forcés », se contentent du strict minimum, (souvent moins d’ailleurs), et sont exclus du crédit et de tous circuits financiers.

    Et quel a été, quel est leur poids dans les décisions qui sont prises ? Rien, nada !

    Imaginer vivre sans rien que le strict minimum, est une idée riche, pour ne pas dire de riche. A moins que le strict minimum dont vous parlez, c’est déjà la richesse pour beaucoup.

    N’y voyait pas une agression personnelle, mais ça m’énerve ces propos sur « se contenter du strict minimum »…

  9. D’accord avec vous mais restera qd même le pouvoir de nuisance des gens sans pouvoir sur eux-mêmes. Combien de temps devra-t-on encore les supporter au pouvoir? (on= les plus démunis face à ce qui est en train de se produire)

    Votre position est globalement défensive et pas constructive! Pour changer votre position d’epsilon, il vous faudra travailler à la légalisation de processus minimaux de légitimation!

  10. « Se contenter du strict minimum », c’est se contenter de quoi au juste ? De vivre de ses rentes ? De vivre avec avec le RMI…mais il est payé par qui ce revenu minimum ? De sa petite retraite…mais elle est payée par qui cette retraite ?

  11. @ triflor,

    le RMI n’est qu’une partie de la rente ne parvenant pas à ceux qui monopolisent les capitaux pour faire taire et bosser la classe moyenne entre les deux, tout en empêchant ceux qui le touchent de devenir SDF donc du coup ds les rues avec un peu d’avance. Notes bien que ces dernières années mais successivement, toutes les classes intermédiaires ayant pour metier la relation à l’autre (avocats, juges, enseignants, médecins… j’en oublie, des maires par exemple dont l’un avec une grève de la faim terminée en hospitalisation!) ont déjà manifesté à divers reprises leurs mécontentements dans les rues pour une raison ou autre, soit la preuve que rien n’allait déjà plus ds cette civilisation finissante, puisqu’ils en sont les cadres opérationnels.

    Une boite où le patron n’est plus suivi par ses cadres est HS. pourquoi voudrais-tu que ce soit différent pour une société ds son ensemble voire une civilisation?

    Alors le RMI, les retraites, les rentes, la rémunération du travail …. toutes les cartes seront redistribuées autrement. C’est la raison pour laquelle j’insiste depuis que j’interviens sur le blog de PJ pour construire de façon adaptée une batterie de Codes, quelqu’en soit le domaine, où la séparation du juste et de l’injuste, du légitime et de l’illégitime deviendrait incontestable par quiconque ayant encore un brin de sens moral!

  12. Retirez l’argent de l’équation et celle-ci devient étrangement simple. Retirez encore l’idée de propriété, elle devient triviale. Retirez la notion de Pouvoir, ce n’est plus une équation mais l’égalité.

    Ça ne marchera jamais, les gens n’aiment pas se simplifier la vie.

  13. @AAA+

    Je comprend tout à fait votre remarque. Et je n’ignore pas du tout ces « activistes obligés » dont vous évoquez le triste sort. Notamment parce que, dans mon travail, je les côtoie très souvent.

    Cela dit, croyez bien que je ne suis pas, je crois, un « bobo » qui refait le monde des autres sans jamais en éprouver la dure réalité. D’abord, parce que, bien avant la crise, je faisais déjà partie de ces « petits salaires » auxquels il ne restait, déjà, plus beaucoup de marge de manœuvre. Ensuite, parce que, cerise sur le gâteau, je fais maintenant aussi partie de ces nombreux anonymes auxquels « la crise » vient de coûter leur travail.

    Donc, voyez, pour ce qui est du « vécu », je n’en manque pas véritablement. Et ceci va être encore plus vrai dans les années qui suivent.

    Pour autant, je ne renonce, ni à faire des choix dans ce qu’il me reste, ni à mon droit à la révolte, encore moins à celui de dire tout le mal que je pense de ce système inique.

    Mais, trêve de personnalisation.

    Vous avez parfaitement raison de dire que la « grève obligée » de tous ceux que le système a déjà exclus n’a eu que peu d’influence sur la capacité globale du système à avancer. Encore que, à mon avis, ça ne soit pas aussi simple que cela. Car, plus il exclut de gens, et on ne s’en prive pas, plus la capacité à fonctionner sur le cycle producteur/consommateurs s’amenuise. D’où le recours au crédit. Et, ainsi de suite, les effets macro-économiques que nous constatons aujourd’hui.

    Mais, évidemment, le potentiel de dualisation riches/pauvres est encore élevé. Donc, si ceux qui, eux, ont toujours encore de la marge de manœuvre se content de pousser un « ouf » de soulagement à l’idée que leur tour n’est pas (encore) venu, eh bien, le système recommencera à broyer. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de « matière ». Ou, plus que probablement, vers une évolution totalitaire et/ou violente.

    Cela dit, prenez le sentiment que j’exprimais ci-dessus pour ce qu’il était. Le constat personnel d’un individu qui doit bien prendre acte de ce que ses « relais politiques » (j’hésite à dire « démocratiques ») ne relaient plus rien du tout. Face à ce constat, qui ne me réjouit pas, on est forcément placé au pied du mur de ses responsabilités personnelles et de sa capacité (ou non) de réaction en tant que tel.

    J’espère encore me tromper. Voir un sursaut de conscience, de refus de s’abaisser encore plus bas, voire de devenir complice, au niveau du « collectif politique ». Mais, si tel ne devait pas être le cas, que nous restera-t-il d’autre que la révolte personnelle? Survivrons nous, encore, à une ou deux nouvelles décennies de résignation, de fatalisme, et de reculs quotidiens face au fait accompli?

    Je vous laisse à vos réflexions 🙂

  14. Bonsoir Eugène,

    Je fais partie de ces professions intermédiaires dont vous parlez…et « je descends très régulièrement dans la rue » pour dire mon mécontentement, la dernière fois le 29 janvier dernier, la prochaine fois le 19 mars prochain.

    Quant à « construire de façon adaptée une batterie de Codes, quelqu’en soit le domaine, où la séparation du juste et de l’injuste, du légitime et de l’illégitime deviendrait incontestable par quiconque ayant encore un brin de sens moral », il me semble que cela existe déjà. Nos Codes, certes très imparfaits, s’appelle le Code Civil, le Code du Travail, le Code de la Sécurité Sociale, le code du Commerce et beaucoup d’autres encore…et leur imperfection, que je dénonce régulièrement, est bien entendu à l’image de l’être humain. Cependant vous avez raison il est indispensable de revoir tout cela ou d’inventer autre chose.
    Très bonne soirée à vous.

  15. @ Champignac

    Belle intervention qui prend le pas, dans les commentaires, sur l’article.
    En aparté, ceci est de plus en plus frequent, comme si il y avait un besoin de communiquer pour le quidam avec ses semblables, en même temps que de s’affranchir des mots des experts ou des déclarations des élites.

    Mais ne nous leurrons pas, ce besoin de communiquer n’est que la traduction d’une forme de communautarisme qui se met en place, comme vous l’avez dit par deficit democratique.
    Mais pas uniquement pour cette raison. Pour moi l’un de nos principaux malheurs est la destruction de la cohesion nationale. Un ouvrage recent d’un sociologue americain, Walter Benn Michaels, auteur de “La diversité contre l’égalité”, apporte une lumière interessante : pour lui, plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité.
    Le lien avec vos propos et d’autres declarations sur ce blog, ainsi que le comportement de nos elites preoccuppées par leur bien être et le statu quo, c’est le delitement de notre société. Les pauvres, symbolisés par ces visages d’immigrés clandestins en quete de logement social, de papiers, d’argents, nous semblent de plus en plus étrangers à notre société et donc à nous même.
    Cette ingénierie sociale qui consiste à diviser pour mieux régner à atteint le sommet du cynisme et de l’efficacité depuis une vingtaine d’année et engendre un chacun pour soi, l’autre nous devenant totalement étranger.

    Alors oui, votre révolution à micro échelle est saine et pratiquée au quotidien par la majorité des residents du pays, que ce soit à travers la fraude passive ou active, l’évitement social ou le white flight, la tentation de protéger les siens au dépend de ses voisins et ses voisins au depend des inconnus.
    Nos élites auront ainsi en une vingtaine d’année détruit l’universalisme républicain et l’attachement à un destin commun au profit du dieu crédit que nous mettons à mort aujourd’hui.

    En passant, merci à Francois Leclerc pour son analyse.

    Mais j’en profite pour remercier Mr Leclerc pour sa synthèse claire.

  16. Tout cela va finir par une faillite générale du système. Souvenons-nous des trente glorieuses de l’État-providence qui se sont plantées dans le mur de l’endettement avec effet « boule de neige ». Fin des 70, début 80, comme une soi-disant solution au problème de l’endettement des États, tout vire sur la droite, la privatisation et la défausse des responsabilités du public vers le privé. Mais le primat du privé n’a pas été un frein à l’endettement, c’est même le contraire. Ainsi le problème de l’endettement reste, que le système soit plutôt public ou plutôt privé. Il y a là quelque chose de basique qui n’est pas maîtrisé, si même il est aperçu : l’excès d’endettement. Il doit y avoir une limite technique à l’endettement qui n’a pas encore été trouvée ni même recherchée- ce qui sans doute n’est pas neutre. Les économistes et les financiers, surtout les créationnistes, sont les responsables de ces magouilles. Qu’ils crèvent!

  17. @ Triflor and,

    Je veux dire qu’il est possible de pousser la précision de ces codes jusqu’à obtenir, par répétition de la mise en évidence du même trouble structural éthique, un effet diagnostic précis concernant les troubles de la personnalité, personnes auxquelles il deviendrait ainsi évident qu’il ne faudrait confier confier aucune forme de pouvoir (financier, mais ce n’est qu’un exemple)

    Aucun des codes actuels ne permet cette précision, donc encore moins la mise en évidence de la répétition.

    le « jeu » théorique et pratique dont il s’agit concerne l’interférence en nous de deux rationnalités spécifiques de notre humanité: l’une sociologique nous permettant l’émergence à la socialité (évitant ainsi la grégarité comme l’autisme ou les psychoses infantiles), l’autre axiologique nous faisant nous distancier de nos pulsions pour en faire une liberté (non adhésion au pulsionnel comme ds le cas des psychopathies, les adictions par exemple et quel qu’en soit l’objet; à l’inverse, excès d’autocontrôle implicite comme ds les névroses qui restreignent pathologiquement ce que ces personnes s’autorisent à dire faire ou être).

    Bon, c’est pas la référence la plus accessible à la compréhension car rédigée ds les concepts de cette théorie anthropologique qui se méfie comme de la peste des « données immédiates de la conscience », mais au moins le cadre théorique de la problématique à résoudre à l’avantage d’être posé. Il y a peut être moyen de faire autrement, mais je crains alors que l’histoire ne se répète.

    http://pagespro-orange.fr/bcc/idxmed.htm

    voir les deux plans de rationalité: sociologie et axiologie.
    le but du jeu est de légaliser (question sociologique) du légitime (question axiologique ou éthico-morale)!

    Une excellente introduction à cette théorie anthropologique: « les fondements des sciences humaines » de J Cl Quentel Erès; par exemple:

    http://www.decitre.fr/livres/Les-fondements-des-sciences-humaines.aspx/9782749207728

    Vous trouverez ensuite en fin d’ouvrage toutes les références nécessaires pour réaliser que le concept de ‘science’ dans « sciences humaines » commence à prendre forme sérieusement; ce qui explique le petit côté incompréhensible de ce que vous trouverez sur le premier lien ci-dessus, comme si je vous avais subitement mis un lien sur une question relative à la théorie des cordes… bonjour à 2Casa.

  18. Non, surtout ne pas renoncer.

    Une grève illimitée de la consommation, mais jusqu’où ?
    Le stricte minimum indispensable, mais jusqu’où ?
    On monte son potager sur son balcon ? On se déplace à bicyclette ? On retourne dans sa grotte ?
    Plus de cellule familiale ? Plus de société ?

    Au niveau d’un individu, cela part du même raisonnement que celui qui consisterait pour un état à renforcer ses taxes à l’importation et à se replier sur lui même, un peu comme une feuille morte tombée trop tôt. Ce serait une forme de renoncement, une révolution matée avant même d’avoir commencé.

    Faire la guerre au monde du gâchis et de la consommation inutile, oui, à la course au crédit facile, à la mode des coeurs et des visages, oui, mille fois oui, beaucoup le font déjà, volontairement ou malheureusement contraint.

    Mais accepter de voir ce que l’on a entre les mains, son destin, manipulé par ceux qui pensent avoir les cartes en mains, ça non, mille fois non et si tel se dessine l’avenir, ce ne pourra être que contraint et forcé.

  19. @ Champignac, Cher Pacôme
    Grève des consommation inutiles (ostentatoires?) ? Bravo ! Refus obstiné de l’emprunt ? Super ! Ce sera très bon pour vous et vos finances personnelles… Oui , mais quid de vos revenus ? Allez-vous les placer en banque ? (qui vont en faire ce que vous savez ?). Donc, si on veut aller au bout de la logique que vous initiez, il faudrait réfléchir à la diminution de notre travail (au service du système).
    Les décroissants le crient à tue-tête : il faut faire décroître ses consommations matérielles (moins de biens) mais accroître ses relations humaines (plus de liens) et donc gagner du temps sur la machine qui nous broie. La sphère autonome dilatée face à la sphère hétéronome (André Gorz, il y a près de 35 ans !).
    Mais si ce surcroît de « être-bien » (dans sa peau) au détriment du « bien-être » (well being versus welfare) est bon pour ceux qui ont la chance d’être conscients et assez courageux pour faire le pas, il ne faut pas croire que cela dispense de combats collectifs. Les îlots de vertu dans l’océan du vice ne changeront pas le destin commun. Je sens chez nos amis français assez découragés (on le serrait à moins avec un tel pouvoir) mais le monde est vaste et c’est dans doute ailleurs que les choses vont bouger (Amérique latine et pas en quelques années mais en quelques décennies) grâce à la conjonction du catholicisme et de l’esprit indien (andin).
    Donc, ce serait déjà pas mal si chacun agissait ici et maintenant dans le sens de ne pas soutenir le système qui nous asservit, sans espérer un changement immédiat et sensible mais surtout parce que c’est bon pour lutter contre le malheur de l’anomie et pour la joie de vivre au quotidien. Et le changement tant espéré viendra peut-être d’où on ne l’attendait pas…

  20. @ Eugène

    vous semblez vouloir dire que ce qui est juste/injuste peut être déterminé
    de manière scientifique

    mais il s’agit là de VALEURS, qui sont forcément subjectives :
    ce qui, à moi, me semble juste ( ex : il vaut mieux partager avec les autres)
    peut sembler injuste à quelqu’un d’autre (ex : les banquiers = il vaut mieux garder un maximum pour soi)

    la VALEUR n’est pas une donnée objective, qui pourrait donc être établie
    par les moyens de la Science

  21. Pour regler la question de l argent et du credit , de l inflation , c est tout a fait simple …..
    il suffit de donner une autre valeur aux choses …. ( je ne ferais pas l analyse ici des couts de production .. et de tout le reste pour demontrer ceci )
    houlala … une maison a 100 euros du m2 …. un portable super top a 100 euros … un livre en librairie a 50 centimes …
    la voiture en location a 50 euros par mois 🙂 , la maison en location a 100 euros par mois … 🙂
    l abonnement tel illimite a 1 euros 🙂
    la culture du juste prix productif avec pourquoi pas un zeste marketing de valeur ecologique ( car il faut un liant pour creer tout composite 🙂

    La crise oui bof … elle n existe pas cette crise … c est un theatre qui produit quelques realites ….

    mais il est vrai que depuis 30 a 40 annes tout theatre anti communicationnel ou tout simplement creatif d autres realites et donc d autres pouvoirs individuels est ostrasiséssss 🙂

    Revolution et evolutions des liens cognitifs ….. et non pas reorganisation des demes grecs et autres chimeres diverses:)

    rever c est produire mon dieux quel … economies d echelles , quel productivite intercommunicationnelle , quel valeur ajoute … quel cognieuros ( valeur fiduciere non cote )

    Des artistes qui auraient crees des multinatinales mentales et Qui aurait peché…. 🙂 mais oui , mais c est bien sur et alors …)

    laissez donc ces pauvres proletaires dont il vous semblent qu ils vous gouvernent tranquille pour un moment ….:)
    ils sont deborde , ils sont les maitres 🙂

  22. @ Sylvie,

    Non, je ne dis pas ce que vous écrivez. Je dis que par répétition d’un même défaut structural il sera possible de montrer que certaines personnes peuvent se comporter de manière régulièrement juste ou injuste pour reprendre vos termes.

    Les valeurs sont tout aussi relatives que la morale mais j’insiste, sur la morale à condition qu’il y ait bien processus moral!
    Ceci dit il faut aussi bien voir que ds les reférences que je donne, le concept de « valeur », mieux la fonction de valorisation est une fonction naturelle partagée avec nos amies les bêtes, qui se trouve analysée implicitement en chacun par sa faculté ethique, pour se réinvestir ensemble par contradiction (du naturel, et du structural ou formel) en morale explicite plus ou moins facilement observable.

    Du coup, survaloriser excessivement le juste pourrait être une forme de pathologie au point de systématiquement traquer l’injuste donc le voir partout.

    D’où l’intéret de réussir à construire des mises en situation où des processus minimaux de légitimation permettent ou non de vérifier le modèle; et si l’on parvient jusque là, c’est la répétition d’un même ‘défaut’ qui permet d’en déduire qq chose, et scientifiquement. Mais comme ds chaque science il faut préalablement avoir construit son objet, une théorie donc, vérifiable ou falsifiable; ce qui n’est le cas, ni de la philosophie ….ni des théologies

  23. @ Eugène…

    « Les valeurs sont tout aussi relatives que la morale »
    Prouvez le… de manière non falsifiable s’il vous plait. Et même si c’était vrai (ce que je ne crois pas), qu’espérez vous en tirer comme conclusion?

    « Ceci dit il faut aussi bien voir que dans les références que je donne, le concept de “valeur”, mieux la fonction de valorisation est une fonction naturelle partagée avec nos amies les bêtes… »
    Idem: à moins que vous ne soyez prêt à engager le fer avec Bergson, Heidegger, et quelques existentialistes, je sens que vous allez ramer…

    Du coup, survaloriser excessivement le juste pourrait être une forme de pathologie au point de systématiquement traquer l’injuste donc le voir partout.
    ??? L’important n’est pas de voir, mais de savoir voir ce que l’on voit.

    « Mais comme dans chaque science il faut préalablement avoir construit son objet, une théorie donc, vérifiable ou falsifiable; ce qui n’est le cas, ni de la philosophie ….ni des théologies »
    J’apprends avec vous que la philosophie en tant qu’elle est aussi la science de la logique (démonstration -non falsifiable d’ailleurs!- du principe de non contradiction et du principe de falsifiabilité que vous chérissez tant, le premier par Aristote, le second par Pascal dans son traité sur le vide) ne livre pas d’énoncés falsifiables…
    Pourquoi vous obstinez vous à traiter les faits mentaux comme des faits naturels, au mépris de toute rigueur scientifique?
    Pourquoi voudriez vous donc que ce que vous appelez « la science » définisse le modèle de l’objectivité pratique?
    D’où tenez vous que ce qui est vrai se réduise à ce qui est démontrable/ falsifiable/ formalisable? D’ou tenez vous que ce qui est proprement décisif dans la question du gouvernement des hommes relève de cette sphère là? Ce serait top si c’était le cas… mais vous prenez vos désirs pour des réalités.
    Pour une discussion un peu plus sérieuse de ces questions je vous renvoie à Habermas « Connaissance et Intérêt » et… à Socrate (observez sa façon de faire… d’enquêter… comparez là à la vôtre… je suis sûr que vous trouverez ce qui cloche).
    Bien sûr pour chacune de ces questions on aimerait une preuve… falsifiable.

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