L’actualité de la crise : La foi qui sauve, par François Leclerc

Billet invité.

LA FOI QUI SAUVE

Il se confirme qu’il n’y a plus aux USA qu’un seul pilote dans l’avion, la Fed. Elle vient d’annoncer, en complément des mesures d’hier, qu’elle étendait ses facilités de crédit à la consommation (le plan TALF) à d’autres secteurs économiques : sociétés de recouvrement de créances hypothécaires, de financement d’équipements professionnels, de crédit-bail automobile et spécialisées dans le financement des stocks. Les petits distributeurs de journaux n’auront pour l’instant droit à rien, d’ailleurs les journaux disparaissent. On a par ailleurs appris, sur le sujet qui éclipse tous les autres aux USA, l’affaire des primes d’AIG, au sujet desquelles les représentants viennent de voter dans des délais records une loi les taxant à hauteur de 90%, que la Fed, contrairement au Trésor qui porte le chapeau, était au courant du versements de ces primes et qu’elle aurait gardé pour elle cette information, fidèle sans doute à sa tradition de grande retenue. Un seul pilote, décidemment.

La même discrétion va-t-elle pouvoir être maintenue à propos de l’affaire Madoff, à propos non pas de ses proches et de son comptable, complices tous trouvés, mais des multiples intermédiaires financiers qui se sont prêtés à la juteuse combinazione ? Deux plaintes viennent d’être déposées en Europe, visant UBS et Ernst and Young, le commissaire aux comptes de la sicav Luxalpha, l’un des principaux fonds de droit luxembourgeois, ainsi que des membres du conseil d’administration de ce dernier, qui appartiennent aussi à USB Luxembourg. Le backstage de la gestion de fortune n’est pas exagérément à l’aise ces temps-ci.

Peer Steinbrück, le ministre social démocrate allemand des Finances, ne l’est pas trop non plus, après avoir reçu des lettres de menace de Suisse le traitant de nazi, c’est tout du moins ce qu’il a déclaré jeudi au Süddeutsche Zeitung. La veille, un conseiller national du parti démocrate-chrétien suisse, Thomas Müller, avait expliqué que Steinbrück lui rappelait « cette génération d’Allemands qui, il y a 60 ans, parcouraient nos rues vêtus d’imperméables en cuir, de chaussures montantes et avec un brassard ».

La chancelière, Angela Merkel l’est encore moins et pour plus important, aux lendemains des annonces de la Fed. Elle n’emploie pas l’expression mais donne l’impression de se sentir mise devant un fait accompli : « Il serait particulièrement dangereux que des directions contraires soient prises de part et d’autre de l’Atlantique », a-t-elle déclaré au Bundestag. « A Londres (lors du G20) nous avons besoin de bons signaux psychologiques et pas d’une surenchère de plans de relance irréalisables ».

Selon l’agence de notation Standard and Poor’s, la situation économique est cependant très préoccupante, le Royaume-Uni, l’Irlande et l’Espagne étant les pays les plus menacés par la déflation en Europe, le Royaume-Uni risquant d’être le plus touché. Ce sont sous ces auspices que les dirigeants européens se sont réunis jeudi à Bruxelles pour un sommet sur la crise économique, afin de faire le point sur leurs efforts de relance et de résistance aux appels des Américains à faire davantage. Peu d’annonces concrètes sont attendues, sauf à propos du fonds d’aide d’urgence aux pays d’Europe de l’Est membres des 27, qu’ils devraient abonder à nouveau, avec 25 milliards d’euros supplémentaires. A propos des nouvelles ressources du FMI, ils vont également essayer de se mettre d’accord sur le montant de la contribution européenne, qui fait débat (entre 75 et 100 milliards de dollars sur un total de 250 milliards). Un projet d’investissement dans des infrastructures énergétiques et de communication électronique, d’un montant de 5 milliards d’euros, pourrait être finalement adopté à la demande de la Commission qui s’efforce de l’imposer. Rien qui soit véritablement à la hauteur de la crise et de ses enjeux.

D’autant qu’elle se manifeste sous de nouveaux jours et risque d’atteindre durement des municipalités allemandes. Cette nouvelle affaire exemplaire se présente sous l’appellation anodine de « Cross Boarder Leasing », des opérations financières menées par des institutions financières allemandes comme la Deutsche Bank, qui achètent pour louer aux municipalités des infrastructures, comme par exemple des réseaux de transport public. Ces institutions agissent en réalité en tant qu’intermédiaires de grandes banques américaines, domiciliées dans l’Etat américain du Delaware, connu pour son sens de l’hospitalité, et qui bénéficiaient jusqu’à peu d’avantages fiscaux pour leurs investissements à l’étranger. Mais ce n’est pas fini, des compagnies d’assurance se sont portées garant des transactions. AIG est très présent sur ce marché estimé à 80 milliards d’euros. Qu’est-il prévu en petits caractères dans les contrats de mille pages quand le garant fait défaut ? Que les municipalités doivent les suppléer. Le piège alors se referme, il est en train de le faire.

« Non seulement nous allons sortir de cette crise, mais notre pays sera plus fort et plus prospère quand nous en sortirons », a déclaré jeudi Barack Obama lors d’une réunion publique à Costa Mesa (Californie). Il a précisé qu’il ne savait pas quand cela interviendrait.

Tim Geithner n’a pas précisé, jeudi soir sur CNN, quand son plan de sauvetage des banques, qui prend des allures d’arlésienne, sera rendu public. Plus avant le G20, comme il en était question, mais les raisons de ces nouveaux délais n’ont pas été donnés.

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6 réflexions sur « L’actualité de la crise : La foi qui sauve, par François Leclerc »

  1. Au fait, Mr Leclerc. Au vu des heures indues auxquelles vous postez vos billets, ne seriez-vous pas quelque peu oublieux d’éventuelles bonnes résolutions quand à votre tranquillité d’existence personnelle?

    Certes, cette crise est quelque part passionnante. Malgré les conséquences possibles. Et plus encore pour les lecteurs de ce blog.

    Pour autant, nous ne sommes pas amateurs du culte Baal. Et ne réclamons pas de sacrifices humains. Surtout pas le votre. 🙂

  2. hé ben… la foi qui sauve qui peut… ça donne envie a) de rire nerveusement b) de danser pour bien se défouler c) de quitter le navire (mais ce n’est pas possible)…

    pour finir cette foi me rend incrédule… tiens, une licorne… tiens, un cyclope, un unipode… que sais-je? tout est donc possible?

  3. http://www.rollingstone.com/politics/story/26793903/the_big_takeover/

    The Big Takeover MATT TAIBBI Mar 19, 2009

    The global economic crisis isn’t about money – it’s about power. How Wall Street insiders are using the bailout to stage a revolution

    8 pages au total, et entr’autres:

    If you look at the weekly H4 reports going back to the summer of 2007, you start to notice something alarming. At the start of the credit crunch, around August of that year, you see the Fed buying a few more Repos than usual – $33 billion or so. By November, as private-bank reserves were dwindling to alarmingly low levels, the Fed started injecting even more cash than usual into the economy: $48 billion. By late December, the number was up to $58 billion; by the following March, around the time of the Bear Stearns rescue, the Repo number had jumped to $77 billion. In the week of May 1st, 2008, the number was $115 billion – « out of control now, » according to one congressional aide. For the rest of 2008, the numbers remained similarly in the stratosphere, the Fed pumping as much as $125 billion of these short-term loans into the economy – until suddenly, at the start of this year, the number drops to nothing. Zero.

    The reason the number has dropped to nothing is that the Fed had simply stopped using relatively transparent devices like repurchase agreements to pump its money into the hands of private companies. By early 2009, a whole series of new government operations had been invented to inject cash into the economy, most all of them completely secretive and with names you’ve never heard of. There is the Term Auction Facility, the Term Securities Lending Facility, the Primary Dealer Credit Facility, the Commercial Paper Funding Facility and a monster called the Asset-Backed Commercial Paper Money Market Mutual Fund Liquidity Facility (boasting the chat-room horror-show acronym ABCPMMMFLF). For good measure, there’s also something called a Money Market Investor Funding Facility, plus three facilities called Maiden Lane I, II and III to aid bailout recipients like Bear Stearns and AIG.

    While the rest of America, and most of Congress, have been bugging out about the $700 billion bailout program called TARP, all of these newly created organisms in the Federal Reserve zoo have quietly been pumping not billions but trillions of dollars into the hands of private companies (at least $3 trillion so far in loans, with as much as $5.7 trillion more in guarantees of private investments).

  4. à Dédé

    En Europe, seule une minorité d’insulaires qui peuplent l’Irlande et l’Angleterre ont pour langue de naissance l’USAméricain,
    pour la grande majorité des Européens, l’Europe n’étant pas les USA, l’USAméricain est une langue étrangère.

    Dans la tradition coloniale, il a toujours importé de s’imposer par la langue, cela déjà des temps jadis, déjà à l’époque des Romains , …

  5. @Cécile

    une langue étrangère, oui, comme le danois ou le néerlandais,
    mais pas une langue à ignorer, sous prétexte de lutte anti-coloniale!

  6. @ Champignac.

    Oui, c’est vraiment impressionnant, car en plus des articles le soir, il participe aux réflexions dans la journée.
    certes, la passion a son énergie propre mais quand même…

    Ou alors, après nous avoir annoncé son départ, il a été, in extremis, recruté par Paul. 🙂

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