Rions un peu – Les banquiers (III)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand on prit la mesure de l’ampleur de la crise, la première réaction du public fut que si certains avaient triché il convenait de les punir de manière exemplaire. Il s’agissait là de ce qu’on appelle pudiquement, une « réaction épidermique ».

Il y avait mieux à faire. Les experts se mirent au travail et découvrirent en un rien de temps que pour relancer les affaires, il fallait recourir à une autre méthode, « non-conventionnelle » selon l’expression consacrée, mais plus efficace, consistant à récompenser au contraire les coupables. Alors que les banquiers avaient dû puiser dans leur propre caisse jusque-là pour se récompenser de leurs exploits et que celles-ci étaient dorénavant vides, ce serait le contribuable qui prendrait le relai et les récompenserait à ses propres frais. On appela ces mesures en Amérique, les Plans Paulson et Geithner.

La finance reprit quelques couleurs et du coup, l’économie, qui lui est – comme chacun s’en est maintenant convaincu – tant redevable. Mais il fallait encore parfaire la stratégie.

Les tricheries des financiers avaient donc engendré la crise et il fallait réparer cet aspect-là aussi. Cette fois encore ce serait une approche « non-conventionnelle » qui primerait : on examinerait les comportements qui étaient apparus comme autant de tricheries et on les légaliserait.

C’est le House Financial Services Committee américain, que Willem Buiter, Professeur à la London School of Economics et éditorialiste au Financial Times, qualifie de « filiale à part entière de l’American Bankers Association », qui s’occuperait de la chose. Le HFSC intimida le Financial Accounting Standards Board (FASB) lors de sa séance du 12 mars, le menaçant de représailles de la part du Congrès américain s’il ne s’exécutait pas. Le résultat ne se fit pas attendre : le FASB réécrivit les règles comptables de manière à ce que les banques puissent désormais assigner aux produits financiers des valeurs plus « raisonnables » ou plus « réalistes » que les prix ridicules que leur attribuent les marchés (1).

La bourse ne s’y trompa pas : le 2 avril, les nouvelles mesures à peine adoptées, la « confiance des marchés » se voyait rétablie de manière spectaculaire et les cours bondissaient de 5 % au moins. Les affaires allaient enfin reprendre !

Quand on pense que certains disaient qu’il n’y avait pas de solution à la crise ! Alors qu’elle était si simple qu’un enfant de cinq ans aurait pu y penser !

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(1) Les nouvelles mesures soulignent d’une manière très intéressante certaines contradictions constitutives des marchés financiers. J’y reviendrai dans un prochain billet – sur le mode sérieux cette fois !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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48 réflexions sur « Rions un peu – Les banquiers (III) »

  1. @ Paul Jorion (4 avril 2009 à 04:09)

    Je comprends parfaitement votre point de vue mais, réalisme social oblige, je demeure très largement d’accord avec Champignac et Youenn (que je remercie d’ailleurs pour avoir exprimé tout haut ce que je ressens depuis un certain temps).

    Et je pense même qu’en cas d' »appel du pied extraparlementaire » massif (ce qui est envisageable à moyen terme, comme l’exemplifie très bien Gigi), les quelques intervenants de ce blog qui, au lieu d’essayer de s’exprimer le plus clairement possible afin d’être compris par le plus grand nombre et ainsi de diffuser leurs excellentes idées, persistent à les exprimer en employant un langage cryptique truffé de questions et de références à multiples tiroirs, s’exposent à être ignorés (ce qui serait dommage), ou (ce qui est pire) à être assimilés aux responsables des problèmes actuels et balayés comme tels.

    À bon entendeur…

  2. @ dissonance
    j’avais bien lu la chose déjà mentionnée sur le blog… 1 siècle au regard de l’éternité, c’est un peu transitoire. Mais d’accord, votre « évolution continue et croissante de la paupérisation du plus grand nombre… » me va bien, enfin, je veux dire la description…

    c’est quoi un bon linguiste? en fait ce que ce prof d’éconopol disait, c’est qu’on ne reviendrait pas à la situation d’avant. en fait ce prof était un psychologue tout à fait banal. tout le monde sait ça: on ne revient jamais en arrière. ce prof nous disait: le monde auquel vous cherchez à vous adapter a disparu.

    un joueur de mot joue avec quoi au fond? une crise un « état » transitoire? ou un processus? ça existe ça un « état »? dans « l’état » de mes connaissances, expériences, sentiments, perceptions, etc. j’ai de la peine a concevoir qqch de fixe, à peine je trouve un point de repère qu’il s’envole ou se transforme…
    et j’ai le sentiment que ce que l’on nomme crise depuis quelques temps constitue une sorte de dévoilement et accélération de ce chaos, peut-être pas chaos pour tout le monde d’ailleurs…

    bon je vais pas me tirer une balle dans la tête, je risquerais de me louper 😀

  3. Un article du New York Times, illustre bien les relations incestueuses et même la véritable symbiose entre le monde politique et celui de la finance. Larry Summers, ancien Président de Harvard, et qui est le principal conseiller économique d’Obama, a touché 5 millions d’USD en qualité de « managing director » du hedge fund D.E. Shaw, lequel gère environ 30 milliards d’USD. Comme il fait partie d’une équipe qui prône une régulation des hedge funds, il est permis de se demander s’il n’y pas conflit d’intérêts (c’est un euphémisme). Il est probable que la régulation en question risque d’être plutôt laxiste.

    http://www.nytimes.com/2009/04/04/us/politics/04disclose.html?scp=1&sq=summers&st=Search

  4. Cher Paul
    il serait temps que les banques centrales nous entendent; à vous lire, je suis persuadé que vous connaissez Silvio Gesell et ses propositions, sinon, cela voudrait dire que vous auriez trouvé par d’autres voies les mêmes résultats, ce qui, évidemment, me semble parfaitement possible et plausible, car ce qu’ildisait est, malgré tout, tout simplement prélevé dans la réalité des faits, à la différence de la plupart des universitaires qui, eux, confondent toujours les bilans comptables, pur artifice, avec la réalité de la monnaie en mouvement. Ils ont un raisonnement statique du fait qu’ils sont fasciné par la notion « réserve de valeur » de la monnaie, une notion qui fait que la monnaie bloque et refuse d’être au service des transactions à l’exclusion de toute autre fonction. Tant que la fonction « réserve de valeur » reste attachée au numéraire, il n’y pas moyen d’avancer!
    D’autre part, les économistes confondent pour la plupart, et cette confusion découle sans aucun doute de la première compromission autour de la notion « réserve de valeur », « monnaie » en tant que pur moyen d’échange et de transaction et « crédit ».
    Cette confusion est tentante, je l’admets, car le transfert d’une créance est fréquemment accepté et acceptable comme « moyen de paiement » comme la « monnaie »!
    Ceci dit, la distinction doit, à mon sens être maintenue, d’ailleurs, le législateur la fait, seule la « monnaie » (centrale, en billets ou en compte de monnaie centrale bancaire) a le pouvoir libératoire immédiat et solde une affaire sans reste!
    Les transferts de créances nécessitent la vérification que le payeur est effectivement solvable, ce qui n’est pas toujours le cas. En tout cas, une affaire ne sera réglée qu’au moment où tous les transferts, parfois à échéances sur de nombreuses années, sont terminés. Parler de « monnaie » dans ce cas génère de la confusion et ne permet pas de comprendre réellement le fonctionnement de la monnaie.
    Notamment le fait que dans ces opérations, il ne saurait y avoir de création monétaire, même pas un centime!, car le prêteur consomme ou achète en moins exactement ce que l’emprunteur consomme ou achète en plus!
    Somme: nulle!
    Je suis toujours consterné que de telles évidences ne pénètrent pas la faculté!
    Si les universitaires admettaient cela, veiller à une circulation monétaire efficace deviendrait enfin la seule vraie obsession politique nécessaire pour en finir avec cette crise et toutes les crises financières à venir
    Bien amicalement, jf

  5. De Bruno Lemaire

    Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi Johannes en veut tant aux « économistes universitaires » (pourquoi pas, après tout aux économistes tout court ;-). Pour ma part, je m’en prendrai plutôt aux ‘financiers de marché’, ceux qui ont inventé des produits dérivés de produits dérivés de produits dérivés (Merci Black and Scholes 😉 ) afin de rendre , soi-disant, les marchés plus liquides et plus ‘efficients’. On a vu le résultat.

    Par ailleurs, puisque seule la monnaie fiduciaire, soit existe, soit est utile, pourquoi ne pas se rallier à la thèse de ceux qui voudraient que les banques ne fassent que de l’intermédiation et aient donc dans leurs coffres l’équivalent ‘fiduciaire’ de ce qu’elles prêtent. S’il n’y a pas de création de monnaie scripturale, où est le problème.? Et s’il y en a un, parfait aussi. Cette proposition pragamatique – appuyée sur un raisonnement ‘par l’absurde’, avait déjà été proposée à Paul, qui m’a dit y réfléchir, et à Johannes, qui m’a dit que c’était trop ‘radical’ (je n’ai pas bien compris pourquoi: pour les tenants de l’aveuglement des universitaires, cela ne devrait pas poser problème).

    Bravo à Paul pour le succès de son blog. S’il soutenait cette proposition ce serait encore mieux, bien sûr.

    Bon week end à tous, B.L.

    Cher Bruno

    Je vise évidemment tous ceux qui sont formés à l’université et souvent récrutés à prix d’or par les banques pour y faire n’importe quoi!
    Il reste ce que je dis souvent! Les produits dérivés très risqués de ces trente dernières années , dans leur sophistication, étaient devenus nécessaires, car nous aurions eu la crise systémique et les blocages déjà en 1990 ou avant, sans cela! il il fallait, coûte que coût recycler les avoir monétaires via des placements, sans quoi, ces sommes auraient manquées pour les investissements réels bien nécessaires. Les banques, certes, débridées et un peu folles, étaient dans leur « rôle de recyclage » et de bouclage des circuits monétaires via le crédit, où le débiteur est chargé de « consommer » pour le compte du prêteur!
    La crise n’aurait, évidemment, pas atteint l’ampleur des chiffres astronomiques et délirants de maintenant, mais la dérégulation a permis de « jouer après le match pendant trente ans!
    Il me semble que les réserves accumulées de la minorité des milliardaires étaient telles que ceux-ci ont pu, dans un jeu de casino, pendant toutes ces années spéculer sur un mode débridé (grâce aux « techniques » bancaires risqués!) sans vraiment être conscients des risques qu’ils prenaient, ou alors, dans une fuite en avant, ils espéraient pouvoir se retirer des bulles spéculatives successives au bon moment, ou alors, ils s’en fichaient un peu, car, quand on a tellement, on s’amuse!
    Bien évidemment, beaucoup de petits épargnants ont été entraînés dans ces jeux trop chers pour eux, et beaucoup ont beaucoup perdu!
    Il reste qu’il n’y a jamais eu création monétaire pendant ces années-là, sauf les injections centrales, et ce sont les créances (les fortunes) qui se sont accrues selon une courbe exponentielle! par le jeux des intérêts et des intérêts composés, et ,en face, la dette a fait autant!
    Et c’est l’insolvabilité des débiteurs qui a occasionné la crise systémique!
    Aussi, je ne crois pas une minute que les plans de relance actuels vont dégeler le système! Seule la monnaie « antigel » (fondante) pourrait le faire.
    Quant à l’idée d’une « couverture totale » du crédit par de la monnaie fiduciaire, cela impliquerait des stocks de billets gigantesques dans toutes les banques! vous voyez le risque!
    Et cela méconnaît, à mon sens le vrai rôle de la monnaie: celui d’être « présent » le temps de la transaction pour se déplacer ensuite vers la transaction suivante, comme je dis, c’est un mouvement circulaire, alors que les biens, services et capitaux ayant changé de main sont engagés dans un mouvement linéaire de la production vers la consommation et la destructiaon finale.
    L’échange économique se décrit dès lors comme un événement tangentiel situé où la ligne droit touche la ligne circuleire pour s’en éloigner ensuite à nouveau!
    Les choses se passent bien comme je dis: le crédit n’est pas monnaie, et l’emprunteur ne fait qu’acheter à la place du prêteur sans que cela n’augmente la masse monétaire en rien!

    La limite du système, dit Helmut Creutz quelque part, c’est bien « ce que le peuple peut endurer! »
    Bien à Vous, Johannes Finckh

  6. @ Johannes Finckh

    Oui, vous avez raison : je n’ai découvert Gesell que récemment. Ceux qui suivent ce blog depuis au moins un an pourront vous dire que nous avons réfléchi collectivement sur la monnaie et que nous en avons reconstruit patiemment le fonctionnement « en ingénieurs », comme je l’ai un jour dit. Il n’est pas étonnant dès lors que nous ayons abouti aux mêmes conclusions que ceux qui avaient déjà opéré la même démarche. Il est important maintenant que ce savoir se diffuse pour empêcher d’autres ruptures dans sa transmission.

    Le débat que nous avions eu l’année dernière sur le blog m’avait convaincu de l’urgence d’une synthèse et c’est ce qui m’avait conduit à proposer à mon éditeur, Fayard, un livre qui s’intitulerait simplement « L’argent ». Le livre paraîtra en septembre.

  7. @Champignac, Youenn et Paul
    Moi aussi j’en apprends autant des réactions que des « papiers de départ » et c’est pourquoi, même si je ne crois avoir la science infuse, j’ose réagir de temps en temps. Mais j’avoue que certains styles de messages me dépassent. C’est ainsi que j’ai pris le pli de sauter les textes gars dédoublé en deux comiques de cirque (ça y est, je parle comme lui…) car je passe des heures pour tenter de décrypter le quart de ses rébus.

    J’aimerais aussi poser une question aux adeptes de la monnaie fondante, qui semblent se multiplier ces jours-ci sur ce blog. En limitant l’intérêt (a posteriori) au taux d’inflation + un p’tit qqchose pour le risque (réel) de non remboursement de l’emprunt, n’est ce pas suffisant pour inciter les «possédants» à prêter leurs réserves inutiles (si du moins l’inflation tourne autour de 3 ou 4% l’an). Si je demande cela c’est parce que, concrètement, la fonte de la monnaie me paraît une pratique d’une complexité décourageante. Mais il y a peut-être des techniques plus simples que d’aller coller un timbre tous les 3 mois sur ses billets de banque… 😉 .

  8. Je suis ravi de la question posée par Alain A
    Coller des timbres n’est peut-être pas la seule « technique possible ». On pourrait aussi dater les billets tous les ou tous les trois mois avec des machines simples. Les banques ou même les commerces pourraient se charger de cela. Par ailleurs, les banques appliqueront la « fonte » sur les comptes courants assez simplement avec leur ordinateurs!
    imiter a posteriori l’intérêt au taux d’inflation, c’est rai je n’y ai pas réfléchi, mais cela serait au moins aussi complexe, il me semble.
    Il me semble aussi que cela n’empêcherait pas l’usage spéculatif d’un grande partie des liquidités, car, encore une fois, la « non-fonte » garantira au possédant un refuge sûr. De plus, dans une ambiance quasi déflationniste, il faut baisser les intérêts a posteriori proche de zéro, et alors, la trappe aux liquidités s’ouvrirait complètement.
    Chose qui ne se produirait pas avec la monnaie fondante qui, je précise, serait émise en veillant à un indice de prix rigoureusement stable, autant que faire se peut.
    J’espère avaoir (un peu répondu), Johannes Finckh

  9. Hm, sans trop tomber dans le sensationnalisme : a-t-on des informations sur une éventuelle enquête concernant le passage de Bernard Madoff à la tête du Nasdaq ? On parle beaucoup de son escroquerie « familiale » mais pas de l’influence qu’il a eue sur l’économie américaine toute entière. Sachant que le Nasdaq continue à vivre sa bonne vie, il serait intéressant de savoir si des réformes ont été apportées à tout cela (rêvons un peu).

  10. A Alain

    C est drôle, moi je préfère les fêlures du Clown !
    Et tout autant les décryptages de Pierre Yves.
    Le Clown apporte une ambiance propice a l imagination, une atténuation utile de [l’ excessive-inadapted-réaction] immunitaire de la raison, confrontée au vertige de l immensité du monde des possibles-interpretations.

  11. Ce livre de Paul Jorion en gestation « l’argent », c’est une vraie chance pour nous, nous qui demandons que l’ensemble de la monnaie et des moyens de payement scripturaux soient émis par la banque centrale, que le système bancaire commercial ne puisse plus prêter plus que l’ensemble de la monnaie préalablement épargnée ou émise en complément par la Banque Centrale et ensuite mise à disposition auprès des banques commerciales, et enfin que des dépôts à échéance courte ne puisse financer des emprunts à échéance longue par leur constant renouvellement.

    Car l’écoute dont bénéficie Paul Jorion dans les hautes sphères (universitaires, économistes, financiers, banquiers, anciens et nouveaux ministres, sherpas, etc..) enfoncera évidemment le clou sur cette demande citoyenne.

    De deux choses l’une :

    – les lecteurs de son livre (et je parle des catégories ci-dessus) seront déjà acquis aux thèses soutenues par lui-même, ainsi que par H. Creutz et J. Finckh (et quelques autres ?), à savoir que c’est déjà ainsi que ca se passe et que les seuls moyens de payements supplémentaires (lorsque la rotation possible des crédits sur épargne préalable ne suffit plus à nourrir le système économique et spéculatif) sont ceux que la banque centrale doit toujours finir par accorder. Ce livre présentera sans doute pour les décideurs toute une série de propositions complémentaires dans lesquels ils pourront piocher, remettant dans la finance un peu de moralité.

    – Les lecteur de ce livre qui ne seront pas préalablement acquis aux thèses ci-dessus et qui continuent, contre vents et marées, à penser que les banques commerciales créent des moyens de payement scripturaux car c’est leur fonction même, en monétisent des actifs présents ou espérés (c-à-d en monétisant une dette qu’elles acceptent car elles pensent – dans des périodes « normales » – que l’emprunteur remboursera cette dette et les intérêts ce qui permettra « d’effacer » cette dette et de détruire la monnaie du crédit, comme nous le pensons, moi et quelques autres, eh bien, ce lecteur (universitaires, économistes, financiers, banquiers, anciens et nouveaux ministres, sherpas, etc..) se dira peut être : « hé oui, Jorion a raison, il faut modifier le système afin que toute la monnaie soit émise par la Banque Centrale », déjà l’État n’aura plus d’intérêts à débourser sur le financement de la dette future.

    C’est « gagnant-gagnant » tout cela, Monsieur Jorion… continuez

  12. Je doute que l’enfant de cinq ans ne s’intéresse à cette farce, et j’ose imaginer que s’il garde son innocence par la suite, jamais il ne se laissera prendre au jeu de la finance. L’évidence a parfois besoin d’être décortiquée et analysée par ceux qui sont allés trop loin dans la farce, qui ont mis un doigt dans l’engrenage…L’important c’est d’y croire, à la façon des observateurs et critiques sportifs.
    Mais rassurons-nous, il existe beaucoup de gens de par le monde qui ont gardé leur innocence et leur pureté vis-à-vis de l’économie. Pour vivre heureux peut-être vivent-ils cachés…
    Alors oui, c’est une bonne chose que ceux qui croient ou ont cru un jour ou l’autre à cette farce s’appliquent à mettre les choses à plat pour ceux qui n’ont plus le temps ou la volonté de lever la tête du guidon.

    Ceci dit, et c’est bien le principal, on peut se poser la question de savoir quand, dans l’enfance ou plus tard dans la vie, certains basculent dans un jeu qui, si on en expliquait clairement les règles et le cadre, n’attirerait finalement pas grand monde, requins et autres dents longues mis à part. Quand a lieu le virage ? Pourquoi tant de gens se font happer par ce mode de vie ? Pourquoi est-il si difficile à quelqu’un qui s’est engagé dans ce jeu de s’arrêter ?

    Bref les enfants de cinq ans (ou plus pour ceux qui grandissent dans un environnement privilégié et protégé) seraient les plus à-même de trouver les solutions, leur esprit n’étant pas pollué ! Pour qu’un système fonctionne, de manière globale donc, il faut que le cadre et les règles soient compréhensibles par tous…dont les adultes de plus de cinq ans !

    CQFD

  13. Une remarque/question déjà formulée aux partisans de la monnaie fondante (J. Finckh, B. Lemaire, etc.):

    Il me semble que ce modèle ne se contente pas d’empêcher le cumul abusif des ressources par une minorité, mais qu’il remet en cause de manière totale la notion d’épargne. Pouvez-vous confirmer/infirmer?

    Si tel est le cas, le procédé me semble bien moins séduisant qu’il n’y paraît. L’épargne est, pour les plus modestes, comme un amortisseur: Elle leur permet de palier à une rémunération faible en comparaison du coût de la vie, notamment dans des circonstances exceptionnelles (ce qu’on appelle communément les dépenses imprévues).

    Le revenu minimum de dignité (http://www.contre-feux.com/economie/liberalisme-et-services-publics-acte-1.php) me semble à ce titre être un corolaire indispensable (Des précisions sur les modalités seraient les bienvenues). Toutefois, le chiffre proposé de 625 euros mensuels est peut-être économiquement pertinent, mais rationnellement sans doute insuffisant. La question se résume ainsi: Un individu est-il capable de boucler un budget à l’équilibre sur cette base de 625 euros mensuels?

    Il suffit pour répondre à cette question d’étudier quelques cas simples:

    – Cas 1: Individu seul sans enfant, propriétaire ou locataire de son logement (avec les dépenses incompressibles associées à chacune de ces alternatives), qui doit se nourrir 2 à 3 fois par jour, qui nécessite sans doute d’allouer une part de ses ressources à des dépenses de transport, une autre part aux dépenses d’habillage, etc.
    – Cas 2: Individu seul avec enfant(s), avec les mêmes contraintes que précédemment + une part du budget dédiée à l’enfant (aux enfants).
    – Cas 3: Couple sans enfant(s). (Se rapporte à la multiplication par deux du cas 1 dans les colonnes recettes/dépenses).
    – Cas 4: Couple avec enfant(s).

    Je serais tenté de dire que les cas 1 et 3 seraient les seuls à pouvoir espérer parvenir à l’équilibre, et ceci au prix d’une gestion drastique (exit l’éventualité d’un budget loisirs même minimaliste, ou toute autre dépense du même ordre). Ceci s’apparenterait donc à de la survie, contradictoire avec la « dignité » évoquée dans l’intitulé de la mesure. En outre, dans un contexte de monnaie fondante, les dépenses imprévues seraient à exclure.

    Par ailleurs, l’objectif de ce modèle est, si j’ai bien compris, de « forcer » la consommation. Or la logique de consommation toujours croissante implique une production toujours croissante, et par conséquent une exploitation des ressources naturelle toujours croissante, ce qui, me semble-t-il, n’est pas pertinent sous le prisme écologique.

    Gesell est à ce titre victime des mêmes travers imputables à ses pairs Marx et Smith. Son modèle est daté et correspond à la pensée de son époque, inscrite dans le contexte de la révolution industrielle. Or, les impératifs actuels ne sont plus ceux d’alors.

  14. “Depuis que le communisme est mort,

    le capitalisme est tombé gravement malade.

    Pour guérir le capitalisme,

    ressuscitons le communisme.”

    Hervey (;-)

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