Le Monde Economie, lundi-mardi 11 – 12 mai

Dans L’opacité financière aux commandes, je reviens, à l’intention des lecteurs du quotidien, sur le thème que j’avais évoqué ici dans L’omerta, mettant en garde contre ce que les Anglo-Saxons appellent « double-dip » : une récession suivie de rechute. Je vais plus loin en annonçant que le maquillage et les atermoiements dans la recherche de solutions condamnent le système alors qu’une prise de conscience réaliste de la gravité de la situation aurait sans doute permis de le sauver (passage de la posture C à la posture D dans la typologie de Jean Maxence Granier).

En 2007, durant les premiers mois de la crise, le message du secteur bancaire était le suivant : « La solution ne viendra pas de davantage de régulation, mais de davantage de transparence ! » Le principe sous-jacent était d’améliorer le contrôle que le fonctionnement spontané du marché permet, du moment que l’information nécessaire restait accessible.

Que constatons-nous en 2009 ? La régulation n’a pas fait sa réapparition, pour une raison excellente : elle n’avait point disparu, mais avait été délibérément mise en veilleuse. Pour ce qui est de la transparence, le peu qui existait il y a deux ans… a depuis disparu corps et biens. Comment expliquer ce paradoxe ?

Les autorités n’ont pas été passives : elles ont combattu activement… toute tentative d’établir une plus grande transparence. On se souvient du refus opposé par la Réserve fédérale américaine quand on lui a demandé de révéler l’identité des bénéficiaires de sa manne. La raison invoquée était qu’une telle information minerait la confiance en ceux-ci. On se souvient aussi de l’enthousiasme des banques centrales en faveur des mesures suspendant la cotation au « prix du marché » des produits financiers, pour retourner au « prix théorique » – le « prix mythique », selon l’expression de Warren Buffett -, dorénavant promu comme évaluation « plus raisonnable » en période de crise.

En principe, la transparence assure la confiance : si l’on connaît la situation financière de ses contreparties, on apprécie le risque qu’implique le fait de traiter avec elles. A moins, bien sûr, que l’information disponible ne révèle leur insolvabilité. Ce dernier point explique l’acharnement des autorités contre toute tentative de transparence, qui aurait révélé l’insolvabilité généralisée des établissements. Il fallait donc la combattre.

L’opacité désormais aux commandes, la confiance a disparu. Comment espérer, dans ces conditions, une reprise des affaires ? Il existe heureusement une alternative à la confiance, et son nom est « solidarité ».

Quand les conditions normales prévalent sur les marchés, des mesures de maintien de la concurrence suffisent à assurer le bon ordre. Mais en cas d’insolvabilité généralisée, une autre logique prend le dessus pour une tâche plus essentielle et plus urgente : le maintien en vie, non pas des entreprisesindividuelles, mais du système dans son entier. Les autorités demandent alors à chaque entreprise de « faire semblant » que toutes les autres sont solvables, et cela jusqu’à nouvel ordre. La solidarité a un autre avantage sur la transparence : elle rend moins pressant le retour de la régulation.

L’économie peut-elle fonctionner sur cette base ? Probablement, tant que le péril de la situation présente est visible aux yeux de tous. Mais dès que les affaires feront mine de reprendre, les tendances naturelles du système de marché reprendront le dessus, et la solidarité s’évanouira.

Toutefois, dans un contexte où le maquillage des résultats financiers aura été toléré, la confiance ne pourra pas se rétablir. Il ne restera qu’un environnement – on ne parlera même plus d’un « système » – au sein duquel la régulation n’aura pas été rétablie et dont la transparence aura disparu, prohibant tout retour de la confiance. Il apparaîtra alors en pleine lumière que tous ces atermoiements, loin d’avoir offert une occasion au système ancien de se refaire une santé, l’auront en réalité définitivement condamné.

Paul Jorion, économiste et anthropologue

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58 réflexions sur « Le Monde Economie, lundi-mardi 11 – 12 mai »

  1. Etrange période de stress tests… le but de ces tests n’est il pas de mettre en lumière les failles du système bancaire pour les solutionner au mieux ? au lieu de cela c’est à un poker menteur entre deux mauvais joueurs que l’on assiste. L’Européen qui cache son jeux et l’américain qui bluffe à qui mieux mieux… Mais où est donc passé l’esprit critique de la presse financière ? Où se cache donc cette banque qui osera prévenir ses clients de la réplique qui s’annonce ?

    Court terme quand tu nous tiens…

  2. Je me pose des questions sur la pertinence de cette typologie. Badiou et Michéa, qui se retrouvent dans la catégorie D, sont philosophes. L’un est d’obédience marxiste, l’autre est ce qu’on appelle un décroissansiste (en tout cas, il critique l’idéologie de la croissance à tout prix). Ce ne sont pas des spécialistes en économie. Ils déconstruisent, chacun à sa façon, mais ne proposent rien, faute d’expertise. Paul se retrouve dans la catégorie C avec Krugman mais Krugman ne va pas aussi loin que Paul. Il ne va pas jusqu’à proscrire la spéculation mais propose une régulation de la spéculation, notamment celle qui a trait aux derivatives. Il propose également de nationaliser provisoirement les banques en difficulté comme ce fut le cas avec les Savings & Loans. Bref, toute cette typologie est à revoir…

  3. Une bonne idée de billet pour Paul ou François : de quelle manière s’effondrera le système ?

    Sera-ce un phénomène de trappe à liquidité qui consistera, si j’ai bien compris, en une paralysie des effets d’injection de monnaie en raison de la mauvaise santé des établissements financiers ? C’est un peu le cas actuellement car la baisse du taux directeur n’agit pas pleinement : les banques reconstituent leurs marges et reconstituent leurs fonds propres. Par conséquent, il en résulte une raréfaction du crédit que la récession en cours amplifie. Cela explique certainement pourquoi la Banque Centrale Européenne a décidé, elle aussi, de recourir à des procédés dits « non conventionnels » par lesquels elle financera directement les acteurs de l’économie.

  4. Mais est-ce que Krugman propose quelque chose de vraiment neuf ?

    Je pense au contraire que ce qui fait l’intérêt de cette classification c’est qu’elle ne reflète pas seulement le point de vue des experts « patentés », mais aussi de ceux qui ont une certes plus générale des choses mais pas forcément moins pertinente. Les philosophes ne sont spécialistes de rien mais c’est ce qui leur donne un avantage pour montrer ce qui fait la cohérence ou l’incohérence d’un tout. Or dans la période, l’époque même, que nous traversons, c’est du tout dont il s’agit, et non pas de tel ou tel aspect de l’économie.

    Et comme chacun de nous ils ont des yeux pour voir, des oreilles pour entendre. Bref, comme tout citoyen curieux et bien informé ils peuvent être capables de relier des faits et d’en tirer certains conclusions.
    Ces dernières années les économistes n’ont pas été les mieux placés pour ne serait-ce que décrire l’état du monde, alors pourquoi devrions-nous leur accorder plus de crédit pour entrevoir son avenir ?

  5. @ Michel,

    Changer le système capitaliste est aussi une alternative.
    Leur point commun à ceux qui sont inclus dans la catégorie D est leur inscription dans un temps historique long. Cela explique certainement une perspective différente. En apportant un nouveau regard sur la crise actuelle, ils enrichissent les autres approches qui demeurent techniciennes. L’intérêt de Michéa est qu’il montre la construction au cours de l’histoire d’un certain rapport au monde d’où est issu le capitalisme actuel.

  6. Je ne critique pas la pertinence du travail de Michéa ou de Badiou mais seulement la pertinence de la typologie qui fait un peu penser à une série à la Prévert. C’est juste pour rendre à César ce qui revient à César. Pour le reste, je suis d’accord pour dire que la crise a ouvert un débat sur le modèle de société que l’on veut et qu’il serait dommage que tout finisse par revenir à « business as usual », ce qui semble être le cas. Je pense aussi que les experts ont montré les limites de leur compétence à la faveur de cette crise et il n’y a aucune raison pour exclure du débat des gens qui ont une autre vision des choses ou de simples citoyens, qui ont également leur mot à dire.

  7. L’Histoire montre que l’élaboration d’une « vraie » philosophie (pas forcément un système clef en main, mais celle qui ne se résume pas à des querelles de clochers) est la condition sine qua non pour guider, dans un deuxième temps, des expertises dans tel ou tel domaine, y compris économique…

    Côté autodidactes ou non-experts, on peut même avoir été modeste étudiant aux Beaux-Arts et avoir pourtant bordélisé à jamais les principes politique, économique, et psychologique du globe…

    Est-ce-que l’élaboration du Wiki se passe bien ?

    Les 4 ou 5 courageux administrateurs et futurs modérateurs volontaires ont-ils déjà quelques détails à donner sur les grandes divisions du site ?

  8. Les philosophes ne sont pas – normalement – spécialistes de rien.
    Ils ont leurs domaines de recherche spécifiques, bien que cette recherche ci se fasse toujours dans l’horizon de la connaissance du « tout ».

    Vu que la philosophie politique est abandonnée depuis 30 ans en France (trop « concret », et puis à l’heure du relativisme ou la connaissance du tout est réputée impossible tout autant que l’arbitrage entre conceptions concurrentes du bien, autant abandonner ce champ de recherche), je doute sincèrement qu’une analyse brillante franchisse le seuil de l’université ou le conformisme règne en maître (à quelques rares exceptions prêts).

    Badiou n’entend pas grand chose à la philosophie politique (il ne suffit certes pas d’être marxiste). Ce n’est pas son domaine, qui est « l’ontologie ». Le nombre de personnes concernées et compétentes sur les questions normatives, aujourd hui en France (je ne parle pas de la Belgique, de l’Allemagne, de l’Angleterre, de l’Italie…), se compte sur les doigts des deux mains. Et puis c’est un domaine particulier qui requière des connaissances dans des tas de domaines (économie, religion, anthropologie, sociologie, et philosophie « pratique », et peu de gens font « tout à la fois » à un niveau décent. Si ce n’étaient le volet « religieux » et leur « embrigadement idéologique qui devient vite une question d’identité (et c’est à ce moment là que tout espoir d’une pensée neuve disparaît), ils feraient naturellement d’excellent candidats, la théorie marxistes ayant au moins l’avantage d’intégrer (certes de manière partiale), toutes les dimensions mentionnées plus haut. Il faut en plus que ces « chercheurs » aient un côté créatif :autoriser et interdire, ou créer tel ou tel organisme de contrôle c’est une chose. Mais la création institutionnelle, comme dirait Castoriadis, ce n’est pas ça. Inventer la « coopérative ». Inventer un nouveau modèle de circulation de la monnaie, des crédits… Inventer des institutions qui dans leur structure même impliquent/expriment une conception politique (dans la façon dont elles structures « dans leur dos » les rapports entre les différents agents) c’est un truc de ouf, et ça correspond au métier de philosophe/ingénieur politique.
    Nous tous faisons plus de philosophie politique sur ce blog que Badiou et consorts réunis (encore que si je me souviens bien c’est Badiou qui a écrit un texte extraordinaire et courageux sur le port du voile en montrant en quoi il constitue une agression caractérisée contre le néolibéralisme, pour qui tout « devrait être à l’étalage », et en quoi il ne peut que susciter des crispations violentes). Reste qu’il n’y a aucune proposition institutionnelle derrière ça (on en reste à du Foucault et à « les discours qu’une société porte sur elle-même sont tous faux, en premier lieu ceux des sociologues »).

    De toute façon, quand bien même il y aurait des gens créatifs dans la recherche en philosophie politique (ceux qui ne se contentent pas de prendre la pose critique), ils préfèrent aller bosser dans le privé, ou ils ont au lmoins la possibilité de s’exprimer. Dans un « parti » ils ne peuvent que servir de caution à l’incompétent X ou Y qui veut des responsabilités sans avoir les compétences de bases nécessaires (ou plutôt il les a, puisqu’il s’agit juste de reseautage, de consolidation d’alliances, de trahisons, et de se faire élire sur la base d’une com appropriée). De ce point de vue, les ingénieurs financiers et leurs montages sont de vrais créatifs, au sens politique du terme.

  9. Je me suis toujours demandé ce que ca pouvait bien vouloir dire que d’être, par exemple, « secrétaire général des jeunes socialistes » ou « secrétaire général des jeunes UMP » ou autre. Ca rime à quoi quand on n’a rien « fait » (et je ne parle pas de théorie) qui touche aux intérêts supérieurs de la nation (et donc qu’on ne comprend pas les rapports de force internationaux entre puissances), quand on n’a pas étudié les questions théoriques le temps requis (10 ans c’est un minimum), quand on n’a – le plus souvent- jamais galéré???? De quoi prétend t-on ne serait-ce que « pouvoir parler », une fois sorti de quelques généralités? Sur quoi prétend-on se baser?

    Ironie du sort, après les arabes au Moyen Age et les français au XVIIIe c’est aux américains qu’on doit le revival de la philosophie politique. Il faut croire qu’effectivement l’oiseau de Minerve prend réellement son envol à la tombée de la nuit. Ceci dit je reste optimiste: les français ont la philosophie politique dans le sang. J’espère simplement que la féminisation des valeurs ne les a pas encore rendus tout à fait lâches. Ceux qui ont vu Fight Club comprendront.

  10. @ Antoine

    « la théorie marxistes ayant au moins l’avantage d’intégrer (certes de manière partiale), toutes les dimensions mentionnées plus haut »

    Si je comprends bien c’est le partial dans le global !
    Pourrait-on avoir quelques précisions sur la partialité de Marx ?
    Cela intéresserait certainement quelques lecteurs de ce blog.

  11. Entendu ce matin aux infos, les résultats des stress tests ne reflètent en rien la réalité des besoins en recapitalisation des banques. Puisque les chiffres fournis sont en fait le résulat… de tractations entre les banques et les autorités monétaires US !
    Hallucinants petits arrangements entre amis révélés par le FT.
    Ainsi par exemple pour Citigroup, les vrais chiffres sont 35 milliards de besoin de recapitalisation à elle seule (Pour mémoire, le montant total officiel est de 37 milliards) et non 5 milliards comme annoncé.

    Comment appelle-t-on pareil scandale ? Corruption ? Mensonge d’état ?

  12. @ Antoine

    Je n’ai pas été assez explicite, le  » spécialiste de rien » était un raccourci de langage.
    Le philosophe peut avoir un domaine d’étude privilégiée, voire la maîtrise d’une discipline autre que celle de la philosophie — ce qui est plutôt même un atout pour mieux comprendre son époque –, mais il fabrique de nouveaux concepts qui ouvrent sur d’autres mondes possibles, à partir des prémisses qu’il se sera choisi. Il part de l’existant mais pour aussitôt s’en écarter, car il le reconfigure et nous offre parfois même une compréhension du monde qui contredit tout ce que les apparences semblent nous dire. Ainsi Aristote explore tous les champs de la connaissance pour mieux exploiter toutes les « bonnes » potentialités du réel, un « réel » qu’il semble creuser de l’intérieur de sa matérialité, et, à l’inverse, Platon base toute sa réflexion sur la prémisse de l’existence d’un monde d’au delà de toutes les apparences, duquel il explore en retour le monde bien visible pour le reconfigurer. Les approches sont très différentes, mais il y a toujours cet écart qui déplace tout le système des idées préconçues, en vue de la sagesse. Et bien entendu ils n’y vont pas de main morte.

    Autant dire que le philosophe crée de nouveaux concepts, ce qui implique bien qu’il n’a pas de champ de réflexion pré-déterminé.
    C’est en ce sens qu’il n’est spécialiste de rien, a priori, même s’il ne cesse d’interroger les concepts légués par l’histoire de la philosophie et de même le monde dont il est contemporain, dans ses aspects les plus divers.

    Par contre je vous rejoins tout à fait si c’est pour dire qu’une philosophie qui ne s’intéresserait pas aux problèmes bien concrets de son temps et se contente seulement de revisiter l’histoire de la philosophie, n’est pas de la bonne philosophie. Il y manquerait sa dimension éthique, sans laquelle la philosophie n’est rien. Ceci dit, le « rôle » du philosophe, n’est pas d’abord de trouver des solutions concrètes, mais d’apporter un éclairage nouveau sur le monde et la meilleur façon pour nous d’y vivre du mieux que nous pouvons. Le philosophe peut aussi donner à penser ce qui n’existe pas encore, mais qui pourrait exister dans un futur plus ou moins lointain.
    Certains concepts pris isolément peuvent ainsi sembler parfois n’avoir aucun lien avec les problèmes du moment, mais avec le temps, certains d’entre se révèlent avoir parois une portée considérable. De même certains aspects des philosophies du passé, autrefois inaperçus, peu significatifs, entrent en résonance avec des spécificités de notre monde.

    Vous nous parlez souvent d’un « retour » à la philosophie classique, notamment à celle d’Aristote, n’est-ce pas justement la preuve que les philosophies, par delà les siècles, sont toujours d’actualité. Les grands philosophes sont au même titre que les philosophes d’aujourd’hui nos contemporains. Pourtant Aristote ne connaissait rien des problèmes concrets qui nous concernent aujourd’hui.

    Je vous accorde qu’en lieu et place de Badiou auraient pu être retenus bien d’autres philosophes pour établir les options retenus par Granier..
    Je ne vais pas ici amorcer un débat pour défendre Badiou ou Michéa contre d’autres qui seraient plus méritants. La conception de la politique qu’a Badiou n’est pas la votre, ni la mienne sur un certain nombre d’aspects, et il se peut que celui-ci n’entende rien aux domaines que vous citez, mais il a bel et bien une philosophie politique, bonne ou mauvaise. Elle existe.

    La grille d’analyse de Granier avait surtout pour but, il me semble, de donner un échantillon représentatif de la doxa du moment. D’ailleurs Granier n’est pas entré dans les détails, son « travail » a surtout consisté à répertorier les quelques grandes options — je dirais plutôt positionnements — face à la crise, c’est à dire en réalité face à l’évolution du capitalisme.

  13. Mais pourquoi les décideurs se retrouvent-ils tous en A ? Parce qu’ils sont aux commandes, pardi, comme le capitaine du Titanic. On peut lui demander d’éviter l’iceberg, pas de refaire les plans, de changer les moteurs ou le gouvernail. Et ce capitaine, soumis à la pression des passagers de 1ère classe qui avaient lourdement investi dans leur magnifique rafiot, s’efforce de colmater les brèches en espérant éviter le naufrage.

  14. Bon, d’accord, si vous insistez…allons-y pour une D. Mais n’oublions pas qu’ils peuvent encore avoir au moins un coup d’avance. En théorie c’est leur rôle. Mais ils se retrouvent face à une prise de conscience croissante. Cette prise de conscience qui tend à se généraliser, tout au moins pouvons-nous l’espérer pour le fun que ça apporterait, est la réponse humaine à ce que beaucoup nomment la crise. C’est donc la solution à la crise, celle qui devrait s’imposer. Qui devrait. Sauf si un choc intervient, un évènement suffisamment effrayant pour nous amener de nouveau à nous satisfaire de la sécurité de notre quotidien. Ce serait leur réponse à la crise. Ou plus exactement leur réponse à leur incapacité à trouver une solution valable à ce qu’ils nomment la crise. Et en réalité, leur réponse à leur incapacité à anticiper et gérer les crispations humaines, le besoin de changer de posture dans ce long (?) voyage qu’est l’humanité, dans une dimension qui nous englobe.
    Et donc, la réponse humaine, le changement de posture que demande l’humanité, relève bien évidemment des individus qui la composent. Les freins, nous les connaissons. Mais avons-nous seulement une idée d’une nouvelle posture possible ?
    Le débat est ouvert.

  15. Christine Lagarde, ministre française de l’économie vient de donner une interview au Monde, parue ce jour, dont deux phrases donnent, selon moi, la substance principale : « Je crois à une reprise graduelle » et, plus loin, « Pour 2010, je me méfie des prévisions au-delà d’un an compte tenu de ce qu’est la crise… »

    Prudence est devenue mère de la sûreté.

  16. @ Crapaud rouge

    Je pense qu’on est déjà à la phase 2 du Titanic.

    Les « passagers de 1ère classe » et leur équipage se sont préparés, en endettant le contribuable, se sont préparés de somptueuses chaloupes de sauvetages (une sorte de parachute doré collectif).

    Les passagers de seconde ne se sont pas complètement rendus compte de la manip, magie de l’endettement de l’état, qui, cas particuliers mis à part, n’est pas passé encore à la case impôt pour se rembourser. Ils semblent croire que le capitaine assisté des passagers de 1ère classe organisent le sauvetage du navire.

    Les passagers de troisième, les plus nombreux, sont déjà largement sous l’eau, qui, malchance, est en plus très polluée.

  17. Sauf que le Titanic c’est l’économie mondiale. Si l’économie « titanic » coule, les passagers de 1ère classe n’ont pas de position de repli.

    Que feront-ils de leurs dollars et autres euros si leur machine à faire de l’argent s’est cassée ?

  18. @ tous
    arrêtez de réduire le sort du Monde à des aspects strictement économètrique
    C.Lagarde est un responsable politique et intervient en tant que tel…l’échéance de 2012 approche et elle ménage l’avenir politique de l’équipe actuellement en place.
    cela n’a rien à voir avec un diagnostic sur l’économie….

  19. @ Jean Nimes
    J’ai eu l’occasion de le faire de nombreuses fois sur ce blog. Je ne peux pas tjs tout recommencer.
    Mais ne serait ce que sur la théorie de la formation des prix, l’analyse de la monnaie (cf Gesell), le diamat (partialité métaphysique; réductionnisme scientiste), les critiques d’inspiration durkheimienne (paradoxalement utiles sur le plan normatif) , il y aurait beaucoup à dire… Et puis le marxisme, comme le capitalisme, sont historiquement le pur produit de la philosophie de Hobbes. Et par conséquent celui qui rejette les prémisses du grand penseur anglais ne peut que rejeter ces deux faux-jumeaux.

    @ Pierre-Yves
    J’avais bien compris que c’était un raccourci. J’ai juste choppé la balle au bond :-).

    Notez que si je parle souvent de la philosophie classique (surtout de sa manière de poser les problème plus que des solutions qu’elle met en avant…), je ne connais vraiment bien que la philosophie politique contemporaine (courant libertarien de Spooner et Tucker jusqu’à Nozick…; Rawls, Dworkin, Sen, Walzer). Je saute « par-dessus » les prétendues « Lumières ».

    Ce n’est pas que je ne partage pas le point de vue d’ A. Badiou. Heureusement que je n’en suis pas là… nan c’est juste qu’il a 30 ans de retard sur ces questions théoriques fondamentales. Et que sur le plan pratique il n’a pas l’expérience de Paul, de F. Leclerc , de Finkh ou du Clown blanc par exemple, ni d’un diplomate, de quelqu’un chargé des affaires spéciales, d’un spécialiste IE sur des secteurs sensibles (comme la finance, l’énergie, l’aérospatiale), ou d’un « gate keeper ». Or si je m’abuse tous les penseurs politiques importants du passé avaient une vraie pratique de ces questions, en plus de leurs connaissances théoriques.

    Si on veut des références sur ces thèmes, il vaut mieux taper dans du Brague, du Guillarme, du Lazzeri, du Van Parijs, et si on veut rester dans le marxisme (analytique), dans du Roemer (US). Aucune des personnes sus-citées ne partage le même « point de vue » (on n’a pas tout le spectre mais pas loin). Pourtant je leur reconnais une compétence, et j’en ai oublié beaucoup-, que je ne reconnais pas à Badiou.

  20. antoine: « Et puis le marxisme, comme le capitalisme, sont historiquement le pur produit de la philosophie de Hobbes. »

    Si par « capitalisme » vous voulez dire « libéralisme », je suis d’accord. Sinon je pense qu’on mélange un peu tout car le capitalisme (en tous cas, les capitalistes) existaient déjà bien avant Hobbes, tout comme la féodalité n’a pas attendu qu’on la conceptualise pour exister. Le capitalisme n’est pas une pensée, c’est une certaine organisation de la société où domine les capitalistes. Combattre le capitalisme c’est s’attaquer au pouvoir des capitalistes (et c’est là que la conceptualisation marxiste ou autre peut aider).

  21. @ antoine,

    je repose ma question: qu’est-ce qui fonde le droit?

    Faute de réponse, nous resterons dans un pur rapport de force avec les tenants de la puissance financières, certes déglinguée, mais qui par inertie et incompréhension du plus grand nombre peuvent continuer longtemps de tirer les ficelles. Merci de répondre à ma question ci-dessus

  22. Devoir de mémoire :

    Aujourd’hui, une petite new sans importance sur bourso, titre « Blackstone reste dans le rouge ».

    Des souvenirs surgissent, flash back, juin 2007 :

    « 22/06/2007
    L’introduction en Bourse de Blackstone Group, la plus importante lancée aux Etats-Unis depuis cinq ans, a suscité une forte demande, déclarent des gérants de fonds. »
    « Blackstone, l’un des plus importants groupes de capital-investissement au monde, a mis en vente 10% environ de son capital, soit 133,3 millions d’actions qui devraient être vendus à un prix unitaire situé entre 29 et 31 dollars. L’opération devrait lui permettre de lever quatre milliards de dollars (trois milliards d’euros environ) et le valoriserait autour de 40 milliards de dollars.

    Le prix d’introduction définitif devait être fixé jeudi 21 juin, après la clôture de Wall Street. Le groupe doit retirer 3,75 milliards supplémentaires de la vente d’une partie de son capital à l’Etat chinois. Les deux co-fondateurs de Blackstone, Stephen Schwarzmann et Peter Peterson, devrait quant à eux se partager un total de 2,33 milliards de dollars.

    Les deux hommes ont créé la société en 1985 avec 400.000 dollars, après avoir quitté la banque Lehman Brothers. Leur société devrait afficher dès ses premiers pas en Bourse une capitalisation à peine inférieure à celle de leur ex-employeur. La première cotation de l’action Blackstone à la Bourse de New York est prévue vendredi, sous le symbole « BX ».
    (http://www.usinenouvelle.com/article/introduction-de-blackstone-succes-garanti.108222)

    Mais derrière la belle histoire de succès à l’américaine, la polémique (rappel nous parlons (article ) de juin 2007) :
    (http://www.capital.fr/bourse/actualites/l-introduction-en-bourse-de-blackstone-vire-a-la-polemique-234737)

    « L’opération, d’un montant de quatre milliards de dollars, suscite des froncements de sourcils du côté du Congrès où deux sénateurs, l’un démocrate et l’autre républicain, ont présenté jeudi un projet de loi visant à renforcer la fiscalité sur les sociétés de capital-investissement cotées en Bourse.  »
    ….
    « Or la structure des fonds de private equity fait qu’ils ne sont pas soumis à l’impôt sur les sociétés,étant simplement taxés sur les plus-values qu’ils réalisent.  »
     » Mais c’est son traitement fiscal favorable qui a le plus suscité de colère dans la classe politique et parmi les syndicats.

    « Un petit peu de bon sens suffit pour comprendre qu’il est choquant qu’un financier de haut vol paie moins d’impôts qu’une femme de ménage », renchérit Nicholas Ferguson, président de SVG Capital qui est le principal actionnaire de la firme européenne de capital-investissement Permira .  »

    « Interrogé cette semaine par le Wall Street Journal, le roi de Wall Street n’a pas fait dans la dentelle. « Je veux la guerre, pas des escarmouches », a-t-il expliqué au quotidien au sujet des opérations financières de Blackstone. « Je pense toujours à ce que je dois faire pour que l’autre soit mort. »

    Retour à aujourd’hui, mai 2009, après le G20 sur les paradis fiscaux, hedges funds , LBO et autres, où en sommes-nous ?
    Des nouvelles de cette loi ? Quelqu’un a vu des changements ?

  23. Suite :

    Juin 2007 – Le figaro

    Polémique autour du régime fiscal
    La date d’introduction initialement prévue la semaine prochaine, a dû être avancée à la hâte, car la polémique enfle autour du régime fiscal de ces fonds d’investissement. Non contents de profiter de la politique accommodante des banques centrales en matière de taux d’intérêts, qui leur permet d’emprunter à moindre coût pour financer leurs acquisitions, ces fonds d’investissement profitent d’un régime fiscal très avantageux régi par une loi de 1987. Elle autorise les actionnaires d’un partenariat côté en bourse et qui réalise plus de 90% de ses revenus en investissant « passivement », (ce qui signifie que l’on perçoit surtout des intérêts et des dividendes), à n’être taxés qu’à hauteur de 15%. Or les bénéfices des sociétés ordinaires sont généralement imposés à 35 %. Les gérants, pour bénéficier de ce régime fiscal, renoncent à l’essentiel de leur commission de gestion taxée comme un revenu, au profit d’une commission générale de 20% de leur plus value, taxé à 15%.
    Mais le Sénat américain entend changer la donne, sous l’impulsion de deux membres de la commission des finances, l’un démocrate, l’autre républicain. Pour le Sénateur, Max Baucus, co-auteur de la proposition de loi : « Si un partenariat coté en bourse gagne son argent en fournissant des services financiers, son modèle d’affaires est actif et devrait être taxé comme le sont les entreprises». Cette loi, si elle est adoptée, même avec une dispense prévue de cinq ans, réduira significativement la marge de manœuvre de Blackstone.
    Au Royaume Uni, les membres de la Chambre des Communes ont également planché sur le sujet. Les plus values ne sont taxées qu’à hauteur de 10% alors que les revenus le sont à 40%. La réforme tend à harmoniser l’impôt. »

    Ma question reste avec en plus , quid des UK ?

  24. Omerta, confiance/défiance des thèmes ma foi fort bien illustrés par ce billet:

    http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bloc-euro-atlantique-unifie-en-55452

    Quand on a comme stratégie de plonger les populations dans l’ignorance organisée, il ne faut pas s’étonner que ces dernières, découvrant l’étendue de ce qu’on ne leur dit pas, soient pour le moins méfiantes…

    La question que je me pose, c’est de savoir si à l’horizon 2015 il y aura encore des États Unis d’Amérique avec qui se fondre économiquement.

  25. @ Paul

    Le Monde a zappé votre billet, non ? Je ne le trouve nulle part (y’en a que pour les Chinois et Martin, Le Loup édenté)

  26. C’est aussi abordé sur
    http://www.financialarmageddon.com/2009/05/denying-reality.html

    En résumé:

    Les risques de nier la réalité

    Le gouvernement fait de son mieux pour essayer de « restaurer la confiance » dans l’économie. En effet, les conseillers top économiste d’Obama pensent qu’ils peuvent tromper les gens en leur faisant croire que tout va bien, et alors l’économie va se rétablir.

    Et pour cette raison, les défenseurs du statu quo pensent qu’il est important pour tous de garder le silence sur la gravité réelle de la crise.

    En effet, en essayant d’inculquer faussement la confiance va effectivement se retourner contre Geithner, Summers et les garçons et la crise s’aggrave.

    Pourquoi?

    Parce que les psychologues disent que – jusqu’à ce que le gouvernement et les chefs d’entreprise prouvent qu’ils peuvent se comporter de façon responsable, et jusqu’à ce que les auteurs de la fraude financière soient tenus de rendre compte – une confiance réelle ne sera pas rétablie et l’économie ne va pas se rétablir.

    Essayer de présenter en rose une triste situation, continuer de faire des choses qui tentent d’inculquer une fausse confiance, et de laisser au pouvoir ceux qui ont causé la crise renforce les convictions du marché que (1) le gouvernement et les dirigeants d’entreprises se comportent de manière irresponsable, au lieu de s’attaquer aux problèmes fondamentaux et (2) il ne prennent aucune responsabilité.

    Ainsi, la confiance diminue encore, retardant ainsi considérablement les chances d’un redressement économique durable. En d’autres termes, en essayant trop de mal d’instaurer la confiance, il est possible que le pouvoir va effectivement saper et exacerber la crise financière.

  27. @ Paul

    Enfin, j’ai trouvé ! C’est que j’avais été aveuglé par le génie dialectique de Martin Wolf, lequel vient de découvrir de solides motifs aux désordres de ces temps, que des personnalités mois éclairantes que lui avaient déjà identifiés voilà presque dix ans. Passons. Je ne peux m’empêcher de livrer à ceux qui n’ont pas lu son papier ce passage délicieux qui démontre la puissance d’analyse du susdit : La seule solution réside donc dans la croissance. Il est essentiuel de soutenir la demande, sans alimenter une nouvelle bulle de crédit. Ce sera difficile. C’est la raison pour laquelle nous n’aurions jamais dû nous mettre dans un tel pétrin. Tu l’as dit, Martin ! En Français, cela s’appelle vouloir faire une omelette sans casser les oeufs. Même Bocuse n’y est jamais arrivé. Avec un tel « éclairage », les lecteurs du FT et du Monde ne deviendront pas des lumières…

  28. Antoine a dit : « J’espère simplement que la féminisation des valeurs ne les a pas encore rendus tout à fait lâches. »
    Alors là … Je ne peux pas laisser passer ça, car cher Antoine, j’ai souvent constaté beaucoup de lâcheté chez les hommes, justement. Gardez donc ce genre d’affirmations pour vous.

  29. Mouais, j’ai noté cela aussi. Ce n’est pas ce qu’on ait lu de plus pertinent sur ce blog. Je dirais même que c’est limite du point de vue de ce qui est tolérable.

  30. # Moi dit :
    11 mai 2009 à 15:02

    antoine: “Et puis le marxisme, comme le capitalisme, sont historiquement le pur produit de la philosophie de Hobbes.”

    Si par “capitalisme” vous voulez dire “libéralisme”, je suis d’accord. Sinon je pense qu’on mélange un peu tout car le capitalisme (en tous cas, les capitalistes) existaient déjà bien avant Hobbes, tout comme la féodalité n’a pas attendu qu’on la conceptualise pour exister. Le capitalisme n’est pas une pensée, c’est une certaine organisation de la société où domine les capitalistes. Combattre le capitalisme c’est s’attaquer au pouvoir des capitalistes (et c’est là que la conceptualisation marxiste ou autre peut aider).

    Ca va être compliqué… Mais disons que oui, puisque c’est le volet normatif qui m’intéresse 🙂

    Toutefois, j’ai vraiment un doute sur cette proposition: j’imagine mal le « capitalisme » se développer en Chine sans l’influence (la necessité?) occidentale, ou encore en Inde ou au Moyen-Orient musulman. Par ailleurs jusqu’au Moyen-Age les penseurs rejetaient de toute leur force la possibilité d’un processus de formation des prix comparable à celui que permet le capitalisme (ou alors à l’extérieur de la communauté politique). Bref… dans quelle mesure n’est ce pas une projection/illusion a posteriori de notre part?
    Et puis l’idée de « société » n’a aucun sens au « M-A » (seule compte celle de « communitas » ou de « civitas »: le religieux vient à peine d être divisé en « politique » et « morale », et c’est seulement aux temps modernes, avec Hobbes, que les deux seront de nouveau réunis pour donner naissance à notre nouveau tyran: le « social »). Bref je me demande dans quelle mesure on ne se facilite pas la tâche quand on dit qu’un phénomène historique existait avant qu’on le décrive (surtout quand il s’agit d’un « système »!). C ‘est vrai des phénomènes naturels. Je ne suis pas sûr que ca vaille ici. Ne fait-on pas un paralogisme? Ne prétendons nous pas alors connaître ces civilisations mieux qu’elles ne se connaissaient elles-mêmes, parce-que ca « arrange » le théoricien de le penser (parce que si l’histoire n’a aucun sens et n’est pas celle de la lutte des classes/avènement-effondrement du capitalisme, le marxiste « bon teint » perd singulièrement de sa superbe?)
    En toute sincérité, je ne sais pas. C’est juste un doute méthodologique que j’émets ici. Et l’idée de pouvoir isoler/abstraire comme ça les formes de production du reste me parait également bizarre. Sans compter que tout ça implique que les rapports de production puissent être décrits ou trouver un sens indépendamment de la manière dont les agents les éprouvent/ leur donnent sens eux-mêmes, et qu’une telle description indépendante serait plus adéquate. Mouais… Mais quelqu’un d’autre pourra surement nous éclairer là-dessus.

    Deleuze, dans le texte que j ai sous les yeux en ce moment, dit du capitalisme qu’en tant que matrice de décodage/surcodage des flux qu’il est au fond le spectre/épouvantail de toute « société segmentaire », manière de dire qu’au fond il n’y est jamais présent que comme virtualité. Il y a tellement de définitions du « capitalisme »…

  31. @ Florence et Paul
    C’est pour ça que j’ai fait référence au film. D’ailleurs je souscris pleinement à ce que dit Florence.

  32. Paul, tu peux le retirer bien sûr si tu trouves que ca fait tâche sur le blog. Après relecture c’est vrai que c’est ambigu.

  33. Antoine a dit : “J’espère simplement que la féminisation des valeurs ne les a pas encore rendus tout à fait lâches.”

    Pourtant, même si Antoine se rétracte (il faut assumer ses plus hautes intuitions même si elles déplaisent), la question du lien entre le capitalisme en phase terminale et passage au matriarcat est à considérer. Marx dans le Manifeste remarquait que ledit capitalisme pour s’étendre avait besoin de mettre à bas toutes les structures patriarcales. N’est-ce pas déjà le cas ?

  34. En ce qui me concerne je suis déjà dans le scénario D.

    Mondialisation => paupérisation de la classe moyenne occidentale => endettement => crise financière.

    Comment assurer la pérennité de l’économie occidentale face à ça ?

    Un reclassement à 69 euros par mois en Inde pour des salariés… du Tarn

    http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/05/11/69-euros-par-mois-telle-est-l-offre-de-reclassement-en-inde-de-9-salaries-du-tarn_1191484_1101386.html#xtor=RSS-3208

    Un chômeur depuis le 01/01/09

  35. le sujet c’était l’omerta, pas l’o-mère-ta… 🙂 le patri/matri-arcat maintenant, oh mon oncle…

    blague à part, si les valeurs se féminis(erai)ent un peu (plus), elles n’en seront qu’un peu plus complètes…
    y a pas une pièce de théâtre de l’antiquité grecque (mais alors là je me rappelle plus, ni le titre, ni l’auteur) dans laquelle les femmes finissent par en avoir ras-le-bol des ces mecs pour qui l’argent=nerf de la guerre, alors que tout le monde crève de faim? et elles s’emparent du pouvoir pour remettre l’économie au service de la paix, donc de la vie, je veux dire celle de tout les jours.
    et du coup une constitution pour l’économie, ça peut remettre le train sur les rails, mais pas ceux de geithner bien entendu…

  36. Cher PJ,

    Article cette fois peu convaincant tant il s’appuie sur des fondements aussi épidermiques : des ressentis et des affirmations en forme de rumeurs celles d’une psychologie de la confiance ou de la défiance auto-immunes, organisées, manipulées pour ce qui n’apparait que trop manifeste comme le seul et unique objectif, celui de votre conclusion.

    Alors à quoi bon TARP, à quoi bon le traitement des actifs toxiques, à quoi bon les bilans, à quoi bon les actions du G20, à quoi bon les frémissements économiques, à quoi bon le sursaut des valeurs, à quoi bon les conclusions SCAP du 7 mai et ses 9.1% de simulations de pertes globales sur les dépôts (supérieures à celles de 1929), à quoi bon les publier ? Balivernes tout cela ! Les plus grands médecins sont au chevet du malade qui est en réanimation sous surveillance rapprochée, d’autres crises sont probables avant la guérison.

    Le pire n’est pas certain, mais quand on veut tuer son chien… !
    Article de PJ Le Monde pour ceux qui éprouvent des difficultés à le
    trouver (jjj):
    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/05/11/l-opacite-financiere-aux-commandes-par-paul-jorion_1191364_3232.html

  37. @ JJJ

    Ce que j’apprécie chez Martin Wolf, malgré tout, c’est quand il reconnaît qu’il s’est trompé. Je ne lis jamais cela chez nos chroniqueurs et économistes français. Soit ils se taisent, soit ils prennent comme ils peuvent le virage.

  38. @ A

    Comment il s’effondrera, si c’est le cas, je ne sais pas. Quels gros problèmes il va rencontrer, je vais essayer de les énumérer l’un de ces prochains jours, d’accord.

  39. @ Alain Soler

    je le trouve très convainquant au contraire 😉

    Dans l’article Paul pointe les contradictions entre les discours des protagonistes de la crise de premier plan (banquiers et Etats ) et la réalité des faits. Ils disent tous une chose et en font une autre. La confiance n’est donc pas une prémisse du raisonnement tenu par Paul. L’article montre au contraire toute l’absurdité des raisonnement qui font reposer la bonne marche de l’économie sur la seule confiance. Jusqu’ici les dirigeants ont été incapables de se départir des cadres d’analyse antérieurs. La seule innovation a consisté dans les politiques d’assouplissement quantitatif, ce qui ne touche pas les structures, les dispositifs qui ont permis au « système » de fonctionner comme il a fonctionné pendant des décennies. Relisez les billets « Aussi grave que prévu » et surtout  » L’omerta ». L’article du Monde est dans le droit fil des précédents. Tout se tient.

    Les « grands médecins » font plutôt figure d’apprentis sorciers : ils traitent les symptômes mais pas les causes du mal.
    Ils pensent qu’en faisant disparaître les symptômes — la visibilité des actifs pourris — la sacro sainte confiance va revenir.
    Ainsi de là la croissance.

  40. @ Pierre-Yves D.

    « Relisez les billets “Aussi grave que prévu” et surtout ” L’omerta”. L’article du Monde est dans le droit fil des précédents. Tout se tient. »

    Oui en effet ces deux billets sont nécessaires à l’équilibre et à la compréhension (crédibilité) de l’article du Monde. J’en ai ressenti, « comme vous », l’absence ; celle, dont les lecteurs du Monde auront été privés.

    Il est une constatation (une vérité) qui ne trompe pas, plus de huit heures après sa mise en ligne l’article n’aura suscité aucun commentaire !

    Ces superviseurs de la Fed qui publient les résultats des tests de robustesse des 19 banques « SCAP overview and results » ne sont ni des apprentis ni des sorciers, leurs chiffres avant synthèses n’ont rien de magiques, les marionnettistes ne sont pas toujours ceux que l’on veut montrer du bout de sa baguette magique.

    Un article raté n’est pas un drame pour les dix siglés d’un bon programme!

  41. @ antoine,

    Ma question 11/05 15:51 et / « antoine 11/05 10:13 », 3ème §: il n’y a donc besoin ni de deux mains ni même d’une seule!

  42. iGor milhit dit :
    11 mai 2009 à 20:11

    C’est Lysistrata, alias… « La grève du sexe ». Faut-il vraiment en arriver là ? ;p

  43. @ Eugène.
    Pardon je n’avais pas vu la question. Je ne vois pas la rapport aux deux mains…
    « Qu’est ce qui fonde le droit?
    Pourriez vous préciser la question? Elle a une douzaine de sens possibles, selon ce qu’on entend par « droit »?

    Sommairement, je ferais deux remarques (sans être sur qu’elles ont autre chose qu un vague rapport avec la question posée):

    S’il s’agit du droit politique/moral en tant qu’idéal normatif (les deux sphères politiques/morales sont séparées pour Rawls, coextensives pour Habermas), alors ce droit là se tient quelque part/est pris en ciseaux entre la « sociologie » et la théologie/philosophie.

    Dans le droit ce qui vous importe ce sont les règles ou les institutions? Le droit de la meilleure cité « en discours » ou le droit de la meilleure cité « en acte »?
    Quelle réponse vous conviendrait quand il s’agit d’idéal normatif: la « raison » (avec toutes les variantes possibles, et médiatisée par quoi?) La « revelation » X ou Y? Autre chose (un consensus par recoupement, un modus vivendi dans des conditions strictes?).

    S’agit-il d’une question plus globale sur « ce qui est bien » en général, ou plus précise sur « ce que l’on devrait avoir comme mode de circulation des flux de liquidités dans une société démocratique telle que la nôtre, reconnaissant le « pluralisme des conceptions de la vie bonne »? La moindre des choses est que ces institutions 1/ soient normativement cohérente (c’est la moindre des choses que les majorités doivent aux minorités) 2/ reposent sur des éléments factuels/théoriques dûment vérifiés (ce qui n’est pas le cas actuellement, et c’est là que l’entreprise de clarification menée ici est essentielle).

    (Ensuite il y a des conditions supplémentaires qui peuvent varier selon les définitions de ce que se doivent ou pas des citoyens qui se considèrent vraiment comme se devant un respect mutuel égal (donc en fonction des définitions de la démocratie). Et d’autres encore qui pourraient dépendre des circonstances singulières, et qui prises ensemble justifient le pluralisme des partis etc etc pour arbitrer entre ces points de vue différenciés appartenant toutefois à la même « famille » (disons celle des démocraties, par opposition à d’autres types de régime).

    Je ne donnerais pas la même réponse si la question était posée à Madagascar ou en Arabie saoudite.

  44. @ antoine,

    Ma question est d’abord sur le mode du tout un chacun se posant la question: « ai-je bien le droit de ….? » sans d’ailleurs que l’expression ne soit nécessairement verbalisée comme c’est le cas dans les sentiments de honte ou de culpabilité où ces sentiments, ces ressentis apparaissent souvent effectivement bien avant toute forme de verbalisation…. chez ceux qui les éprouvent normalement, donc indépendamment d’une ou de théorie de la normativité. (PJ avait d’ailleurs fait un billet sur la honte…)

    Qu’ensuite les sociétés, pour pacifier les comportements grégaires querelleurs de leurs membres aient cru bon institutionnaliser les bonnes moeurs des codes et tuti quanti rien de plus normal; mais ma question renvoie cette fois effectivement au droit sur le mode politico-moral, chacun de ces termes d’ailleurs toujours en relation avec la sphère religieuse-théologique qui aurait elle une réponse à ma question de ce qui fonde le droit à savoir dieu.

    Or, cette réponse transcendante ne me convient pas plus qu’elle n’est acceptable rationnellement. De même que la toute puissance des individus dans nos civilisations occidentales montre bien les dégâts auxquels on parvient quand l’individu devient l’arbitre ultime de ses passions sans limite au point d’être capable de manipuler les politiques (gouvernements, parlementaires etc) donc aussi les codes qu’ils peuvent produire!

    Je réitère donc ma question: qu’est-ce qui fonde le droit?

    car pour moi, votre réponse, pas celle de Rawls ni d’Habermas, sera à mettre en parallèle de la constitution de PJ pour l’économie. N’imaginez surtout pas que ceux qui profitent actuellement du système, financier par exemple, cèderont sur leurs avantages acquis sans vous harceler d’une foule d’avocats vous renvoyant à cette question générale, et/ou à la façon de la contourner.

    J’en rajoute une autre au passage, pourrait-il, le droit ainsi défini, nous permettre de détecter prédictivement ceux qui sont effectivement sans pouvoir sur eux-mêmes au point de n’être guidés que par l’appât du gain?

    Voilà, comme vous l’écriviez je ne sais plus où, nous sommes effectivement en plein monde de oufs au carrefour du psychologique, du sociologique, du politique et du religieux, de l’éthique et de la morale, mais c’est précisément en plus au moment où çà va mal et demain peut être pire qu’il faut impérativement y voir clair au risque de tous les ab.us.

    Merci de votre réponse.

  45. @ antoine,

    Quelques précisions:

    Le pb du « relativisme moral » (voir cette entrée ds le ‘dictionnaire d’éthique et de philosophie morale’, sous la direction de M Canto-Sperber) ne facilitera pas votre réponse.

    Exemple: l’anthropophagie n’est ni un crime ni un délit qd, ds certaines circonstances culturelles et/ou religieuses, l’individu doit s’y soumettre; alors que ce serait pour nous l’horreur absolue indépendamment de la maladie de Creutzfeldt-Jakob qui vient scientifiquement (biologiquement) étayer notre position éthique et/ou morale d’occidentaux!

    D’où à mon sens le coeur des difficultés où nous sommes: si les question morales sont subjectives et/ou sociologiquement variables donc doublement relatives, alors la brèche que dis-je un boulvard s’ouvre devant les ambitieux qui peuvent donc sans obstacle se permettre tout et n’importe quoi quel qu’en soit le domaine! D’où en fait ma question de la (re) fondation du droit avec des perspectives opératoires sans recours au transcendant dans la réponse qui ne résoudrait rien sauf à rentrer dans un régime type charia càd indistinction politico-religieuse…

  46. intéressant mais la question de la souveraineté passe d’abord par la souveraineté sur soi même, libre de toutes les formes d’attachement posssible donc, ni névrosé parce qu’un peu paralysé qd même, ni psychopathe type addict par exemple… sans qu’un autre ne soit concerné puisqu’il ne s’agit là que d’un strict rapport (inconscient) à soi-même!

    Qd est-ce que les philosophes vont enfin se décider à prendre en compte ce fichu inconscient (au sens où il exerce un contrôle caché sur le pulsionnel) sans automatiquement déraper dans la conscience verbalisée (donc autre sens possible d’inconscient ici) dont Freud a montré justement que la névrose y résistait, et par symétrie inverse du défaut-excès de contrôle, les psychopathies aussi?

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