L’actualité de la crise : la jurisprudence des premiers cas-tests européens, par François Leclerc

Billet invité

LA JURISPRUDENCE DES PREMIERS CAS-TESTS EUROPEENS

Les tests de deux importants cas-types pour la suite des événements sont en cours en Europe. Après celui de la Grèce, voici venu celui de l’Islande. Dans les deux cas, les gouvernements y sont mis à l’épreuve, pris entre le marteau de leurs engagements internationaux et l’enclume de leur opinion publique. Une question centrale est posée et sa réponse testée : de quoi vont-ils être capables  ? Une autre question sous-jacente l’est également : la communauté internationale aura-t-elle, dans les deux cas, les moyens d’imposer ses vues ou devra-t-elle composer  ?

En Islande, Olafur Ragnar Grimsson, le président de la République, a finalement décidé de ne pas promulguer une loi votée au forceps et résultant d’un accord gouvernemental avec les Britanniques et les Hollandais, visant à rembourser les gouvernements de ces deux pays du renflouement de leurs 300.000 clients nationaux, lors de l’effondrement en octobre 2008 de Icesave, une filiale de la banque Islandaise Landsbanki. 3,8 milliards d’euros sont en question, soit 40% du PIB annuel du pays. Pis encore, une processus référendaire est annoncée par le président, risquant de donner en cas de réponse négative une assise souveraine à cette remise en question, considéré comme un défaut de signature, c’est à dire un crime impardonnable.

Afin de conduire les auteurs de cette profonde indélicatesse à résipiscence, les grandes orgues ont commencé à chauffer : fermes pression du FMI, dont la dernière tranche d’un montant d’un milliard de dollars de prêt à l’Islande n’a pas été encore versée, obstacles insurmontables prévus à la candidature de cette dernière à l’Union européenne… Dans l’immédiat, les consultations internationales battent leur plein afin de préparer la riposte des Britanniques et d’organiser l’isolement du pays. Sans attendre, l’agence de notation Fitch a abaissé la note de dette à long terme du pays, qui passe de BBB- à BB+, car la décision du président crée selon elle « une nouvelle vague d’incertitudes ». C’est le moins que l’on puisse dire, après la véritable déclaration de guerre effectuée par Paul Myners, le secrétaire d’Etat britannique aux Finances, devant la menace d’un non au référendum : « Le peuple islandais, s’il devait arriver à cette conclusion, dirait en réalité que l’Islande ne veut pas faire partie du système financier international, que l’Islande ne veut pas avoir accès au financement multinational, national et bilatéral et ne veux pas être considéré comme un pays sûr, avec lequel faire des affaires ».

Ogmundur Jonasson, l’ancien ministre de la santé Islandais, opposant de la première heure à la loi en question, a répliqué en déclarant à propos du lancement d’une procédure référendaire : « Il est fondamental pour une société démocratique d’être à l’écoute de la volonté populaire ». Ajoutant: « J’aurai attendu de pays comme la Hollande et la Grande-Bretagne, connus pour leur respect de la démocratie, qu’ils comprennent cela ».

Le cas de la Grèce, qui est pour le moment passé au second plan de l’actualité, est tout aussi exemplaire. Il s’agit là d’amener l’un des plus mauvais élèves de la zone euro à tailler dans le vif budgétaire, face à une opinion publique particulièrement rétive, afin d’engager la réduction de son déficit budgétaire, que nul ne sait chiffrer étant donné la qualité des statistiques économiques grecques. En réalité, c’est moins la discutable capacité du gouvernement grec nouvellement élu de faire réellement face à cette situation qui a fait question, que l’éventualité d’un sauvetage en haute mer du pays par certains pays membres de la zone euro, l’Allemagne en tout premier lieu.

Toute une mise en scène a été organisée, la cause ayant été d’abord trop vite entendue que l’on ne laisserait pas le pays sombrer, pour ensuite créer et entretenir un suspens à ce propos et à la fois pousser dans le dos et donner des biscuits au premier ministre Georges Papandréou. Car la partie qui va commencer à être jouée concerne l’avenir de la zone euro, qui pourrait être mise à mal si une crise financière majeure intervenait prochainement à propos de la Grèce, suivi demain par celle d’un second pays, aussi fragile et soumis aux mêmes pressions financières internationales.

On peut ainsi commencer à lire dans la presse internationale de premiers scénarios catastrophe prédisant pour l’Europe l’éclatement de la zone euro, ou bien la nécessité pour la BCE, afin de l’éviter, de finalement s’engager dans une politique de création monétaire génératrice d’hyperinflation, dernière issue quand tout le reste a été essayé et n’a pas réussi. Ambrose Evans-Pritchard s’en est fait une spécialité dans le Daily Telegrah. De manière plus pondérée, dans le Financial Times, Martin Wolf ne voit pas de manière beaucoup plus optimiste la suite des événements dans cette même zone. Il considère que les pays « faibles », au premier rang desquels il place la Grèce, sont désormais tombés dans une véritable « trappe », n’ayant plus la ressource d’antan de dévaluer leur monnaie pour retrouver de la compétitivité, désormais soumis aux aléas d’aides qui risquent de leur être chichement accordées. Il en tire également comme conclusion que la solidité de la zone euro va être soumise à rude épreuve dans les prochains temps.

L’évolution de ces deux situations nationale va établir une première jurisprudence. Et, dans tout cela, on n’a pas encore parlé de l’Europe de l’Est…

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110 réflexions sur « L’actualité de la crise : la jurisprudence des premiers cas-tests européens, par François Leclerc »

  1. l’Island est la nouvelle Commune de Paris;
    reste à savoir si ceux qui participent à ce blog veulent, au nom du « raisonnable », se ranger dans le camps des Versaillais;
    nous ne pouvons pas savoir si ce n’est pas l’étincelle que nous attendons, celle dont nous allons suivre l’exemple;
    il faut rembourser 13 000 E par habitant à des « investisseurs » extérieurs au pays, qui ont joué et perdu; comme au Luxembourg pour Madoff; qui va rembourser les perdants de Madoff ?
    que feraient les Français dans une telle situation ?
    sans référendum ;

    1. Ne nous emportons pas ! L’Islande n’est pas une île d’irréductibles pourfendeurs des banques et du système financier, pas plus que son président de la République n’est un saint.

      La perversité de la situation veut qu’il y a d’un côté les contribuables Islandais et de l’autre des Britanniques et des Hollandais qui ne sont pas nécessairement de richissimes spéculateurs (ce sont parfois des collectivités locales). Cela ne fait ni des uns ni des autres des héros, tout au plus des victimes.

      Ce dérapage va être suivi d’autres. Ce qui est en cause, ce n’est pas seulement ce qui en est à l’origine, mais aussi ce que cela va susciter comme réponses, comme refus, comme révoltes, comme alternatives… Et comment il va y être répondu.

  2. François
    Désolé pour le retard dasn la réponse à votre question
    L’article est de Philippe Reclus -à partir du site slate
    je l’ai trouvé dans l’actualité « orange »

  3. Justement, j’ai du mal à comprendre ce qui peut pousser d' »ordinaires » citoyens britanniques et hollandais à placer leur argent dans une banque islandaise plutôt qu’une banque de leur propre pays ?! Est-ce que ce n’est pas déjà chercher les ennuis ? Quels monts et merveilles ces banques islandaises pouvaient-elles donc leur promettre ?

    Je trouve qu’il y a beaucoup de coupables dans cette sombre histoire. Les derniers gouvernements islandais d’avoir choisi d’orienter leur pays sur une voie voie aussi dangereuse. Les électeurs islandais d’avoir choisi ces gouvernements. Les clients étrangers de ces banques.
    Sans oublier ces braves banquiers eux-mêmes évidemment.
    Alors qui doit payer pour la faute commise, j’ai du mal à me faire une opinion.

    1. Pourquoi les Britanniques et les Néerlandais ont-ils placé de l’argent dans des banques islandaises ? Je suppose qu’un conseiller financier de leur pays, bien rémunéré, leur a fait placer leur argent soit directement dans cette banque islandaise « prometteuse » qui rapportait de bons intérêts et qui, en difficulté, s’est mise, suivant le schéma de Ponzi, à payer les intérêts des uns sur le capital des nouveaux entrants jusqu’à l’effondrement final . D’autres, dont des Français, ont placé leur argent dans un fond qui le replaçait dans la banque islandaise reversant provisoirement de gros intérêts, pour un résultat identique .

  4. Est il si inconcevable d’ imaginer une arnaque aux comptes publics consistant a déclarer des pertes (non imposables) dans des « ice save et autre Madofferies » qui sont autant de gains avec effet de levier *100, dans des « assurances en sens inverse » que sont les cds et autres produits dérivés délocalisés ?
    La dernière étape de la manip est le blanchiement dont j imagine qu il se fait a coup d’ amnistie fiscale « pasque vous comprenez ma ptite dame que l état il est a sec et il a besoin d’ argent que sinon y va fuir ailleurs et patati et patata… »
    Je suppose que balancier lancé trop fort par un Betov va revenir encore plus fort poussé par un ecodouble, mais la vérité (complexe) ne se situe pas dans le plan de ce mouvement pendulaire (simpliste) comme l’ exprime très bien Flo. Dans « l arnaque », Le Faisandé, c est le spectateur.
    Cela pourrait expliquer que les prix ne baissent pas, que notre argent (taxé ) ne puisse rien acheter, en face de celui là qui peut acheter tout ce qu il veut (demantelement d’ Areva, vérolage d’ Edf…), qui peut accepter toute perte (il se refait ailleurs), alors que l actionnaire local ne le peut pas et doit se défaire de ses titres.

    Mais, ne soyons pas inquiets, nos elitent veillent a nous protéger, il serait très malpoli d’ en douter…

  5. C’est vrai qu’il faudrait sans doute être bac + 20 ou avoir énormément de temps disponible pour comparer les offres commerciales qui nous sont proposées dans tout domaine sans arrêt pour ne pas se fourvoyer dans notre système libéral . 🙂

    Mais je continue de penser qu’une banque n’est tout de même pas n’importe quelle société de services puisqu’on y place là ses petites économies ! Tout de même.
    Par ailleurs on ne peut ignorer qu’une probabilité certes minime existe toujours qu’un de ces établissements fasse faillite comme n’importe quelle boîte.
    Sachant cela, il me semble à l’évidence qu’une des seules garanties qui existe de minimiser le risque pris est de choisir une banque si ce n’est publique au moins domiciliée dans son propre pays; Avant même de comparer les tarifs pratiqués !

    Il me semble donc carrément aberrant et impardonnable dans ces conditions de choisir non seulement une banque à priori sans réputation ni notoriété particulière telle que cette « Icesave » mais en plus d’être étrangère, d’un pays aussi minuscule que l’Islande !

    J’avoue donc qu’il ne me déplairait pas en fait que les clients britanniques et hollandais aient à méditer un peu cette bonne leçon de libéralisme dont ils ont failli faire les frais. Failli seulement puisque de toute façon, ils récupéreront leur précieux pécule d’une façon ou d’une autre et s’en sortent donc à bon compte. Et c’est peut-être bien dommage.

    Cela dit, je ne peux m’empêcher de penser également que les braves citoyens islandais – les plus riches du monde tout de même par tête de pipe avant la crise comme leurs alter-égos luxembourgeois – payent de leurs propres deniers d’avoir osé oublier ce qui faisait le fondement même de leur société, l’esprit de solidarité vicking, en laissant une bande de voyous-z-et-yuppies prendre le pouvoir chez eux.

    1. Quand j’ai dit à ma banquière qui me proposait des placements en actions : « Non. C’est une question de principe. »
      Elle m’a gentiment répondu : « Je fais de même. Mais j’étais obligée de vous poser la question. »

      Nul n’est obligé de lire des centaines de prospectus pour savoir comment il va être arnaqué en réponse à son espoir d’arnaquer les autres.

  6. Va-t-on se résoudre, comme pour les emprunts russes, de finalement trouver un compromis politique qui supposerait que les créanciers y laissent des plumes pour de vrai?
    A ce moment-là, il est vrai que le système financier mopndial va chanceler, la répartition des crédit se compliquera encoer, face à des capitaux « fondants ».
    En réalité, tant que la monnaie peut toujours être retirée par ceux qui continuent d’avoir une fortune monétaire élevée, l’heure de vérité approce.
    Cette heure de vérité est celle où, de récession, on bascule, soit dans une déflation plus marquée, soit, ensuite sans doute, dans une hyperinflation qui, de toute façon, va « rincer » l’épargne de tous.
    Sans monnaie fondante, il n’y aura pas d’issue pacifique de ce dilemme!
    Car seule la monnaie fondante pourrait être une monnaie réellement « revenu », au sens où elle « revient » nécessairement à son émetteur tout en réglant l’ensemble des problèmes rencontrés sur son parcours, sauf, évidemment, le paiement de la rente du capital. Mais elle garantirait le principal du dit « capital » qui ne serait plus capital au sens d’être générateur d’une rente.
    Il n’y aurait plus jamais des défauts de paiement systémiques, et le désendettement, par le redémarrage en douceur de l’économie, s’enclencherait instantanément, stabilisant du coup le système qui ne serait, effectivement, plus capitaliste mais toujours, et même bien mieux, une économie de marché fonctionnelle et remarquablement sûre.
    Même un petit pays come l’Islande pourrait, en adoptant un tel mode d’émission monétaire, se désendetter rapidement, et sa monnaie serait assez vite le standard mondial. Sauf si cela pourrait la menacer de guerre, éventualité d’un aveu de l’échec sanglant, une fois de plus, du régime capitaliste qui s terminera ainsi si on le laisse aler au bout de sa logique.
    Car les destructions massives liées à une guerre ruineraient suffisamment un pays aussi pour le mettre ainsi dans l’incapacité de payer ni capital ni intérêts.
    Sur un plan strictement « formel financier », c’est bien le peuple américain qui a payé les guerres du vingtième siècle. Pas l’Allemagne ni le Japon, les perdants des guerres. Sur le plan humain, c’est évidemment différent.
    Pour le 21ème siècle, ce sera sans doute le peuple chinois, le plus grand créancier, qui payera!
    Avec la grande différence que la richesse chinoise n’est en rien comparable à celle des américains du 20ème siècle…

  7. Voici venu le temps des négociations.

    Hier, Jürgen Stark de la BCE tonnait à propos de la Grèce, refusant de l’aider car « ses problèmes étaient intérieurs et devraient faire l’objet des mesures économiques adéquates ». Aujourd’hui on apprenait qu’il n’avait pas choisi son moment par hasard : les experts de la BCE et de la Commission européenne étaient en effet présents à Athènes pour préparer avec les autorités Grecques le plan de réduction du déficit du pays qu’ils doivent présenter à la fin du mois à Bruxelles (inévitablement intitulé « plan national de stabilité et de croissance »). Officiellement, en mission d’information. A condition de serrer la vis, pour montrer l’exemple aux autres pays, les Grecs devraient obtenir les soutiens financiers qui leur seront de toute façon indispensables. La jurisprudence se constitue.

    Hier, Paul Myners, secrétaire d’Etat britannique aux Finances, menaçait l’Islande de devenir un « paria » de la communauté internationale; aujourd’hui, le président islandais défendait en choisissant son lieu (les colonnes du Financial Times) le veto qu’il avait opposé à la loi « Icesave », du nom de la banque en faillite : « Des référendums ont eu lieu aux Pays-Bas et dans de nombreux pays européens pour prendre des décisions sur des problèmes importants. Je ne vois pas pourquoi la voie démocratique, via un référendum, ne serait pas valable ». Puis il rajoutait, mais sur les ondes de la radio suédoise SR : « L’Islande reconnaît pleinement ses obligations et sa responsabilité à payer, mais la loi dont nous parlons et qui sera l’objet d’un référendum concerne seulement la méthode, la forme et les conditions de ce paiement ». Voilà qui donne du grain à moudre  !

    1. Quand la plupart des pays européens, et c’est en bonne voie, vont atteindre la dette publique de la Grèce, de l’Islande, comment vont-ils résoudre le remboursement ? Quels seront leurs soutiens financiers ? Seront-ils matériellement en mesure de recourir à la jurisprudence et d’utiliser  » la méthode, la forme et les conditions de paiement » que l’Islande va imposer après referendum à ses créanciers ?

  8. January 5, 2010 is a historical day for Icelanders. The Icelandic President Olafur Ragnar Grimsson had a tough decision to make, and difficult choices to make. To listen to the 23% of the nation that signed a petition calling on him to put the state guarantee for 5.4 billion dollars to be paid to the British and Dutch governments to a national referendum. Or to ignore the nation and sign the bill for the government, after the bill had been passed through the parliament with a narrow vote on December 30, 2009 after months of acrimonious debate, tainted with secrecy and dishonesty on the part of the government. Every day throughout the debate, new information would emerge and documents would leak to local media or wikileaks. Yesterday, the people of Iceland finally had a chance to have something to say about their fate, because if the state guarantee is accepted it will mean that Iceland will become like a third world country, spending its GDP largely on paying interest on foreign debt. Last summer, a bill for a state guarantee was passed that had a significant meaning not only for Iceland, but also for other nations around the world facing the same problems of private debt being forced on taxpayers. The bill included a reasonable and fair way of handling the interest and the debt: Icelanders would pay, but only a certain percentage of their GDP, and if there were to be another financial black hole, they would not pay during that time. Thus it comes as no surprise that the Dutch and British governments reacted so swiftly with a condemnation of Iceland’s citizens for having the audacity to think they have the right to exercise their democratic rights in deciding for themselves what is in the best economic interests of their nation.

    Let’s also put this debt into perspective: 320.000 people live in Iceland, each and every person on the island, including children and the elderly, the disabled and the poor, would have to pay around $30,000 under the bill. The danger if Icelanders will accept this enormous burden is that the entire welfare system would simply collapse with no money to run it. On January 5th the Icelandic president had the courage, backed up by his nation, to place the interest of the people before that of the banks.

    Of course there has been an incredible spin by the government controlled media, attacking the nation and the president for this simple and fair demand. The UK and Dutch media were also full of misleading news, saying the nation had demanded not to pay, and that we would become isolated and there were even suggestions that the British navy should flex its muscles against this nation which has no military. As if the terrorist act they imposed on us was not enough during the darkest hour of our crises to bring us further down!

    The spin is failing because people around the world are finally starting to hear our side of the story, and other suppressed nations have perhaps seen this as a sign that they can also rise up against the corpocracy in our world where those with the money have as a rule always won. Let’s hope the nation will not been coaxed into fear of isolation and let’s hope the people of the world will join in this experiment of letting the interest of the peoples rise above the interests of banks, corporations, and international bullies such as the IMF. We need your support. I will soon issue a comprehensive report on the entire Icesave saga.

    Love and rage from Iceland

    Birgitta Jónsdóttir

    Party group chairman for The Movement in the Icelandic Parliament

  9. D’après le Fonds Monétaire International, en 2014, quelle sera la dette publique par rapport au PIB ?

    La dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB.

    La dette publique de la France sera de 95,5 % du PIB.

    La dette publique du Royaume-Uni sera de 99,7 % du PIB.

    La dette publique de la Belgique sera de 111,1 % du PIB.

    La dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB.

    La dette publique de la Grèce sera de 133,7 % du PIB.

    La dette publique de l’Islande sera de 134,1 % du PIB.

    C’est à la page 30 :

    http://www.imf.org/external/pubs/ft/spn/2009/spn0921.pdf

  10. « Ne mettez pas l’Islande en prison pour dettes! », c’est ainsi que le Financial Times titre son éditorial de ce jour, rejoignant d’autres appels à la clémence, qui se multiplient. Ceux-ci font remarquer qu’exclure l’Islande du marché des capitaux aurait comme conséquence de retarder les remboursements.

    En réalité, une inquiétude plus profonde est à l’origine de cette mansuétude. Une victoire du « non » au référendum créerait une situation inédite et ingérable, dont il n’est pas du tout souhaité qu’elle puisse d’une manière ou d’une autre faire école.

    C’est pour exactement la même raison que le gouvernement Grec doit actuellement faire face à un puissant tir de barrage, afin que là aussi l’opinion publique (ou même les électeurs, s’agissant de l’Islande) ne puisse faire prévaloir son point de vue.

    Diego Lopez Garrido, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes du gouvernement espagnol, qui est en charge de la présidence de l’Union européenne, vient de déclarer à Madrid que si une coordination économique est nécessaire au sein de celle-ci, tout sauvetage financier d’un de ses membres dépasserait les limites de l’acceptable.

    Décidément, nous sommes bien entrés dans la phase politique de la crise !

  11. Comme l’écrit Jacques Sapir http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Sapir

    Comment en sortir ?

    Ceci étant, la dette publique pose bien le problème de son remboursement. Certes, pas dans les termes catastrophistes que l’on nous présente, de Benoît Hamon à quelques autres. Mais, il est clair que cette dette pose le problème du risque d’une déflation, et donc d’une inscription dans une dépression de longue durée.

    Il faut ici poser une question, autrement plus importante que celles qui sont posées par le porte-parole du PS : pourquoi la Banque Centrale Européenne prête-t-elle à 1% aux banques alors que le gouvernement doit emprunter à 3,51% ?

    Il y a là un scandale qui est autrement plus grave que celui du Budget prévu pour 2010.

    Pourquoi la BCE ne reconnaît-elle pas l’effort que font les gouvernements pour maintenir l’activité, et n’accorde-t-elle pas à ces derniers les mêmes faveurs qu’aux banques, qui sont quand même, il ne faudrait pas l’oublier, les responsables de la crise dans laquelle nous sommes plongés ?

    Bien entendu, nous connaissons la réponse : le statut de la BCE. Celui-ci fait obligation à cette dernière de lutter contre l’inflation.

    Sauf que, le financement d’une partie de la dette publique par la Banque Centrale ne provoque pas obligatoirement une inflation. On connaît l’histoire de l’Allemagne e 1923-24, mais on oublie que la Banque Centrale Allemande a eu à financer, outre les dettes accumulées, un déficit budgétaire dépassant les 30% et lié au financement par l’État de la grève générale dans la Ruhr pour protester contre l’occupation par les troupes Belges, Françaises et Italiennes. On pourrait multiplier les exemples et l’on s’apercevrait que les hyper-inflations ont, à chaque fois, étaient déclenchées par un choc exogène violent (occupation de la Ruhr, financement d’un chasseur dans le cas d’Israël, etc.). De plus, nous sommes actuellement beaucoup plus menacés par la déflation que par l’inflation.

    Dans ces conditions, et si nous étions dans un monde, si ce n’est parfait du moins composé de gens raisonnables, nous pourrions avoir une décision de la BCE de financer à 1%, voire à 0%, la partie du déficit qui est (a) directement lié à la crise (soit le résultat des baisses de collecte fiscale et des plans de relance) et (b) qui porte sur les efforts d’investissement que font les États. Ceci ne concernerait pas les dépenses courantes. Ces conditions seraient généralisées pour la seconde partie mentionnées ici de ces déficits, et seraient par contre restreintes à la durées de la crise pour la première partie.

    Dès lors, le financement des mesures nécessaires à la sortie de la crise pourrait avoir lieu sans exercer une contrainte sur la croissance future et mettrait fin à l’actuelle surévaluation de l’Euro qui coûte si cher à l’économie Française.

    Mais, et nous le savons bien, nous ne sommes pas dans un monde peuplé de gens raisonnables. L’expérience passée le prouve hélas ; on a sacrifié la croissance à une certaine conception de la zone Euro. Il faut alors penser comment y faire triompher la raison.

    1. Je partage totalement la remarque de Jacques Sapir, pour l’avoir déjà faite de mon côté en conclusion d’un billet précédent. (http://www.pauljorion.com/blog/?p=6323)

      J’ajouterai à celle-ci :

      1/ Que la BCE pourrait prendre en pension des obligations d’Etat, nettement moins risquées que les contre parties qu’elle accepte actuellement des banques.

      2/ Qu’il faut s’interroger sur les raisons, le statut de la BCE mis à part, qui empêchent d’envisager un tel financement que toutes les autres banques centrales opèrent.

      3/ Qu’une procédure pourrait être trouvée, qui impliquerait que les financements provenant de la BCE ne puissent être utilisés que dans le cadre d’une politique globale d’investissements destinés à créer des emplois dans des secteurs considérés comme d’avenir.

      4/ Que si une révision du statut de la BCE devait être entrepris – une procédure de longue haleine – rien n’interdirait de mettre en place d’autres formules de financement d’attente. Par exemple via un fonds européen crée pour la circonstance.

      5/ Que si la ligne de conduite actuelle devait être maintenue, sa logique risque fort d’aboutir à l’éclatement de la zone euro.

    2. François Leclerc
      Je suis heureuse de voir que de plus en plus de voix (et de voies) vont dans ce sens.
      Ce sont les allemands qui ont voulu l’article 104 de Maastricht juste parce qu’ils pensaient que la lutte contre l’inflation était « le seul but important d’une Banque Centrale ».
      Il suffit simplement de faire sauter cet article où l’amender de telle sorte que la BCE puisse monétiser des obligations d’Etat au même titre que – comme vous le dites – des obligations de banques commerciales, et au même taux que, par exemple, l’Euribor

    3. Eclairez ma lanterne.Je pensais que la BCE n’était pas une autorité compétente pour prendre des décisions sur l’opportunité ou non de renflouer un pays.Cela ne relève-t-il pas du Conseil de L’UE, càd des Etats membres?
      Par ailleurs la BCE ne pourrai-t-elle pas prendre en pension des euro-obligations communes de tous les Etats à défaut de celles d’un seul?On joue sur les mots pour contourner l’interdiction!

    4. Il est clair que c’est une question de volonté politique. Mais je ne suis pas certain qu’il faille uniquement incriminer le gouvernement Allemand de l’époque, quant à la rédaction finale de l’article 104 du traité de Maastricht !

    5. Bien d’accord avec vous François Leclerc !

      Le traité de Maastricht a été rédigé sous la direction de Jacques Delors et voté avec l’appui massif de François Mitterrand et du Parti Socialiste.

      J’ai été de ceux qui ont voté résolument contre ce traité aberrant : il mettait en place tous les ingrédients nécessaires pour une crise majeure telle que nous la vivons (suppression de la souveraineté nationale sur la monnaie au profit d’une structure qui enlève toute souveraineté dans la zone euro sur la banque centrale, la transformant en monarque de droit divin qui n’a de comptes à rendre à personne, ce qui n’est pas de l’indépendance, mais de l’absolutisme dépossédant les peuples souverains de leur souveraineté. Le traité de Lisbonne ne fait qu’amplifier le mouvement, si c’est possible !).

      Avec en prime, ce que nous n’avons pas encore vu : le renflouement direct du dollar par la zone euro… pour l’instant nous n’avons qu’un renflouement indirect par l’euro à plus de 1,40 USD.

      Car, pour ceux qui l’aurait oublié, la Commission et le Parlement européen ont voté la mise en place dès cet été du grand marché libre euro-atlantique : bonjour les dégâts !

    6. Chassez l’article 104 par la porte, il reviendra par la fenêtre.
      Le financement des états par l’intermédiaire des banques à au moins l’intérêt, si j’ose dire, de montrer de façon exemplaire, qu’il a été décidé que l’état, en étant ravalé au rang d’une entreprise, allait vers une privatisation pure et simple.
      Est-il alors nuisible de penser que la seule condition pour les peuples de regagner leur souveraineté passait par une réappropriation par les politiques de l’idée de protectionnisme ?
      Puis il sera temps de se pencher sur les critères topographiques qui nous permettent de discerner l’amont de l’aval.

  12. Des taux islandais :

    5% brut sont utiles pour les pays où les retraites sont encore moins bien assurées qu’en France. Essayez de calculer votre retraite sur la base de vos économies et d’un rendement net moyen de 2% que je tiens pour réaliste, compte tenu de la fiscalité croissante sur les « revenus du capital » et de l’inflation « réelle » (par exemple celle qui prend en compte l’effort consenti pour se loger).

    Du financement du déficit budgétaire :

    Je ne suis pas très à l’aise avec une situation « pousse au crime » ou l’emprunt d’état devient quasi-gratuit (pour l’état) : cela me semble relever de la cavalerie…De plus, pour être honnête, il faut préciser que les prêt à 1% de la BCE ne concerne pas les emprunts à moyen et long terme et qu’il ne représentent heureusement pas la majorité des en-cours d’emprunts des banques. Il semblerait également que les US ne se gênent pas pour se financer à taux très bas mais à court terme (leur « structure de dette » publique semble de plus en plus risquée : beaucoup d’argent à trouver pour rembourser les créanciers et cela à brève échéance)

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