78 réflexions sur « Le temps qu’il fait, le 22 janvier 2010 »

  1. De la part d’un homme d’extrême droite n’est-ce pas, « fielleux et vociférant ». Malheureusement personne n’a vu mieux que lui ce qui suit, le paradis du fordisme… des millions d’individus sont passés par cette horreur, j’en ai connu, qui travaillaient dans des conditions semblables… Sans Céline, personne ne comprendrait, ne verrait, ne se représenterait. Et c’est de là qu’on vient, et ce n’était déjà pas très joli, ce « mauvais vieux temps » comme dirait Huxley :

    Une fois rhabillés, nous fûmes répartis en files
    traînardes, par groupes hésitants en renfort vers ces
    endroits d’où nous arrivaient les fracas énormes de la
    mécanique. Tout tremblait dans l’immense édifice et soi-
    même des pieds aux oreilles possédé par le tremblement,
    il en venait des vitres et du plancher et de la ferraille, des
    secousses, vibré de haut en bas. On en devenait machine
    aussi soi-même à force et de toute sa viande encore trem-
    blotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait
    le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les
    tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités,
    infinis, inlassables. À mesure qu’on avançait on les per-
    dait les compagnons. On leur faisait un petit sourire à
    ceux-là en les quittant comme si tout ce qui se passait
    était bien gentil. On ne pouvait plus ni se parler ni
    s’entendre. Il en restait à chaque fois trois ou quatre
    autour d’une machine.
    On résiste tout de même, on a du mal à se dégoûter de
    sa substance, on voudrait bien arrêter tout ça pour qu’on
    y réfléchisse, et entendre en soi son coeur battre facile-
    ment, mais ça ne se peut plus. Ça ne peut plus finir. Elle
    est en catastrophe cette infinie boîte aux aciers et nous on
    tourne dedans et avec les machines et avec la terre. Tous
    ensemble ! Et les mille roulettes et les pilons qui ne
    tombent jamais en même temps avec des bruits qui
    s’écrasent les uns contre les autres et certains si violents
    qu’ils déclenchent autour d’eux comme des espèces de
    silences qui vous font un peu de bien.
    Le petit wagon tortillard garni de quincaille se tracasse
    pour passer entre les outils. Qu’on se range ! Qu’on
    bondisse pour qu’il puisse démarrer encore un coup le
    petit hystérique. Et hop ! il va frétiller plus loin ce fou
    clinquant parmi les courroies et volants, porter aux
    hommes leurs rations de contraintes.

    Les ouvriers penchés soucieux de faire tout le plaisir
    possible aux machines vous écoeurent, à leur passer les
    boulons au calibre et des boulons encore, au lieu d’en
    finir une fois pour toutes, avec cette odeur d’huile, cette
    buée qui brûle les tympans et le dedans des oreilles par
    la gorge. C’est pas la honte qui leur fait baisser la tête.
    On cède au bruit comme on cède à la guerre. On se laisse
    aller aux machines avec les trois idées qui restent à vaciller
    tout en haut derrière le front de la tête. C’est fini. Partout
    ce qu’on regarde, tout ce que la main touche, c’est dur
    à présent. Et tout ce dont on arrive à se souvenir encore
    un peu est raidi aussi comme du fer et n’a plus de goût
    dans la pensée.
    On et devenu salement vieux d’un seul coup.
    Il faut abolir la vie du dehors, en faire aussi d’elle de
    l’acier, quelque chose d’utile. On l’aimait pas assez telle
    qu’elle était, c’est pour ça. Faut en faire un objet donc, du
    solide, c’est la Règle.
    J’essayai de lui parler au contremaître à l’oreille, il a
    grogné comme un cochon en réponse et par les gestes
    seulement il m’a montré, bien patient, la très simple
    manoeuvre que je devais accomplir désormais pour tou-
    jours. Mes minutes, mes heures, mon reste de temps
    comme ceux d’ici s’en iraient à passer des petites chevilles
    à l’aveugle d’à côté qui les calibrait, lui, depuis des années

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    Alors bien sûr l’on comprend que beaucoup veulent travailler, « s’ils le souhaitent », jusqu’à 65 ans, voir 70 ans si tout va bien pourquoi pas ? Déjà 8 heures par jour ce n’est pas assez, et j’attends avec impatience la pilule qui abolira le sommeil, car le problème de la France, comme le dit Nicolas, c’est que les français ne travaillent pas assez. Merci de nous culpabiliser tout le temps.
    Lorsqu’on n’aura plus besoin de dormir, on pourra enfin travailler 16h/jour et le chômage descendra, selon la théorie en vigueur. Car pourquoi 8h ? Dans la société du tout-travail, cette limite est une lâche concession aux socialos, coco et autres tires-au-flan.

    1. Pour le progrès, la croissance, la liberté, la prospérité pour tous et surtout pour le même dictat de rentabilité pour tous, je propose la suppression pure et simple de la pause déjeuner et de nos petits besoins quotidiens, histoire de mieux faire encore concurrence avec l’autre esclave de plus dans le monde, c’est tellement important de nos jours de penser d’abord avant tout à la marque que de l’homme.

      Combien vaut un humain ou la vie de l’homme de nos jours en bourse ? Certainement pas grand chose …

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