Le capitalisme (II) – Les seuils qui sont franchis

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Une rupture a lieu lorsqu’un seuil est franchi. Repérer de telles limites et observer si elles ont été atteintes constitue la tâche première pour qui veut lire l’avenir déjà inscrit dans le présent.

Avant même que la crise que nous subissons ne se déclenche, une limite avait déjà été atteinte : celle du comportement colonisateur de notre espèce dans le cadre de la planète que le sort lui a offerte. Parmi les choses que notre espèce a inventées figure en bonne place la politique de la terre brûlée. Nous prenons la Terre comme elle se présente à nous : nous en extrayons ce qui nous intéresse, nous l’intégrons dans des objets manufacturés et quand ceux-ci ont cessé de fonctionner, nous les entassons à la décharge.

La chose importait peu tant que la Terre était si vaste qu’elle nous semblait illimitée et ses ressources, inépuisables. Le moment est venu hélas où elle commence à nous gêner aux entournures. Avons-nous endommagé de manière irréversible son climat-même ? La preuve n’en a pas été apportée de manière formelle mais qu’importe puisque nous en sommes capables et si nous ne l’avons fait déjà, nous le ferons sans aucun doute demain. Quelles mesures avons-nous prises pour conjurer ce danger ? La réponse prêterait à rire si elle ne prêtait à pleurer : celui qui pollue trop achètera le droit de le faire à celui qui pollue moins. Et pour faire bonne mesure, ce seront les banquiers qui veilleront à ce que les choses se passent comme il faut – pour un prix raisonnable.

Mais d’autres limites ont également été atteintes. Quand la part principale du Produit Intérieur Brut (PIB) des nations s’obtient par des paris portant sur les fluctuations de prix, la part devient au contraire congrue pour tout ce qui présenterait une fonction « socialement utile », pour reprendre les termes utilisés par Lord Adair Turner, président de la FSA (Financial Services Authority), le régulateur des marchés britanniques. Mr. Mervyn King, président de la Banque d’Angleterre, paraphrasant Churchill, déclare de son côté que « Jamais tant d’argent ne fut dû à tant par un si petit nombre ». Quand des financiers s’indignent du comportement de la finance, il devient clair qu’un seuil dans l’indécence a été franchi.

L’intermédiation était le rôle traditionnel de la finance : mettre en présence celui qui a besoin d’avances et celui qui, disposant d’argent en quantité plus grande que ce dont il a un usage immédiat, est disposé à le prêter contre rémunération. Mais elle ne s’en tint pas là : elle découvrit le pouvoir de l’effet de levier : qu’il en coûte beaucoup moins, et qu’il en rapporte bien davantage, de faire des paris sur les fluctuations de prix à l’aide d’argent emprunté.

Parier avec de l’argent emprunté démultiplie le profit potentiel et démultiplie bien entendu la perte potentielle exactement dans la même proportion. Mais qui s’en soucie ? D’abord, les joueurs déjà en place bénéficient d’un avantage considérable sur les nouveaux entrants, et ce sont eux qui perdent des plumes en quantité disproportionnée. Ensuite, eh bien : « Vae victis ! », malheur aux vaincus !

À cette réserve près que les vaincus doivent en général de l’argent à d’autres… qui doivent eux-mêmes de l’argent à d’autres encore. Si bien que le système tout entier se fragilise inexorablement. Et qu’à la place du risque couru par des entités isolées, on voit apparaître le risque du système tout entier, réalité qui devint familière à partir de 2007 sous l’appellation de « risque systémique », une expression jusqu’alors inédite mais que l’opinion publique à l’échelle du globe apprit rapidement à connaître, à ses dépens.

La finance a toujours été la puce qui sur le dos de l’économie s’abreuve de son sang. Mais comme nul ne l’ignore, quand un animal est devenu un « sac à puces », c’est sa santé-même qui est en danger. Et le parasite peut désormais tuer la bête.

(à suivre…)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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100 réflexions sur « Le capitalisme (II) – Les seuils qui sont franchis »

  1. Et quand l’économie financière pèse infiniment plus lourd que l’économie réelle, le parasite ressemble plus à un éléphant qu’à une puce.

  2. Bonjour,l’explication est si simple,si limpide que c’en est effrayant car l’on constate bien que ce qui est en cause ce ne sont pas d’obscurs mécanismes qui échapperaient à leur créateurs mais bien cette constante sans cesse observée dans l’histoire humaine de la prédation,de la tentationde l’abus d’une position dominante donc de la violence,d’une inclinaison quasi pathologique et puérile(l’enfant qui casse ses jouets par plaisir) à la destruction à l’auto anéantissement.J’ai toujours été fasciné par cet extrait du congrès de Nuremberg en 1935 vu dans le documentaire de f.rossif ou hitler à la tribune déclame à une foule délirante d’enthousiasme: »je vous promets la guerre,les souffrances les plus terribles et la victoire ou l’anéantissement ».Le problème de l’histoire humaine c’est que lorsque les civilisations abandonnent plus ou moins volontairement leur role civilisateur et les instruments organisationnels(politiques,sociaux et CULTURELS) qui le sous tendent et lui donnent valeur et efficacité,c’est l’écroulement et la confusion des esprits jusqu’à l’exaspération(Thucidyde cité par t.delpech dans son remarquable ouvrage « l’ensauvagement ».La période actuelle me parait receler cette dose d’incertitude,d’abandon,de cynisme et de renoncement.L’histoire a jugé du danger des aventures collectives du XX siècle mais comme d’habitude a fait revenir le balancier trop loin de l’autre coté.Il faudra un investissement novateur de nos sociétés pour le stabiliser et c’est à cette aune que l’on peut mesurer toute l’inanité et toute l’infamie de ces débats sur de soi disants identités(en clair qui mérite de continuer à vivre ou pas).Bonne journée à tous et grand merci à tous ceux qui écrivent sur ce blog,on a tellement parfois l’impreesion dans la vie courante d’etre des emmerdeurs,pardonnez moi cette familiarité.

    1. Bien vu. Entièrement d’accord…et c’est vrai que tout cela fait du bien… cette communauté d’esprits pensants et non renonçants… car on n’entend que cela, mais qu’est-ce que tu veux faire? Eh bien, je le soutiens haut et fort, « faire » cela peut commencer par être » dire », « parler », échanger (merci internet!) l’ouvrir, au lieu de fuir, de masquer, de se taire, enfin! à quelque niveau que nous soyons et où que nous soyons…
      Bon courage à tous, asta la victoria car l’analyse, c’est bien, mais l’action, aujourd’hui, c’est mieux.
      Générons l’espoir….

  3. détournement d’un métabolisme premier en faveur d’un second dont l’existence est entièrement liée à la survie du premier
    = parasitisme
    mais quand le parasite tue son hôte receveur par le prélèvement trop important qu’il effectue, l’hôte comme le parasite disparaissent

    à une époque avais quelque intérêt spour l’étude épidémiologique de l’HIV
    quelle ne fut ma satisfaction quand fut mis en évidence des humains génétiquement réfractaires à l’infecton:
    ouf
    l’humanité pourra y survivre grâce à son polymorphisme

    je supporte peu les analogies et autres métaphores en particulier biologiques pour décrire (et non prédire) au-delà de leur domaine épistémologique
    -mais la complexité et le polymorphisme sont une chance d’évolution et de survie des systèmes de façon générale???

    ici l’activité humaine devient d’un monomorphisme affligeant
    – et orienté par un faux ex-machina dont la main est trop visible-
    au niveau de la production de ce qui l’aide à vivre, matériellement et symboliquement
    elle va vers son effondrement

    MONDAY, MARCH 1, 2010

    15 Years Ago, the Combined Assets of the 6 Biggest Banks Totaled 17% of GDP… By 2006, 55% … Now, 63%

    You know the big banks have gotten bigger.

    As Rolfe Winkler noted last September:

    For the big have gotten even bigger since the start of the financial crisis. At the end of 2007, the Big Four banks — Citigroup, JPMorgan Chase, Bank of America and Wells Fargo — held 32 percent of all deposits in FDIC-insured institutions. As of June 30th, it was 39 percent.

    (If the image doesn’t load, click here.)
    But Simon Johnson gives an even broader perspective on how big the too big to fails have gotten:

    Fifteen years ago, the combined assets of our six biggest banks totaled 17 percent of our GDP. By 2006, that number was 55 percent. Right now, it stands at 63 percent.
    Johnson also points out that:

    The big four have half of the market for mortgages and two-thirds of the market for credit cards. Five banks have over 95 percent of the market for over-the-counter derivatives. Three U.S. banks have over 40 percent of the global market for stock underwriting.
    As I’ve previously noted, the government created the mega-giants (they are not the product of free market competition), and their very size destroys the real economy like a massive black hole destroys the matter around it.

    And as Johnson and many others have pointed out, the very size of the giant banks enables them to easily capture politicians … about as easily as the Great Attractor captures galaxies.

  4. Vous avez raison, avec ce sens de l’anticipation-de pointer sur cette attaque imminente de la finance sur ce ‘nouveau marché’, dont la régulation et le controle devrait échapper aux banques, déjà destructrices de l’économie réelle, alors que l’on nous ‘enfume’ avec les supposées investigations du Département de Justice sur les ‘hedge-funds’et leur speculation sur l’euro…

    J’avais été sidéré par un article du FT Allemagne sur Blythe Masters, l’une des inventeuses
    des CDS chez JP Morgan et déjà à l’oeuvre(..) sur un ‘derivative’ sur le ‘Cap and Trade’ ou taxe carbone..Une ‘reine’ chez les parasites

    Blythe Masters, la femme la plus puissante de Wall Street

    Portrait par « The Guardian »:
    Blythe Masters,une des destructrices du monde

  5. Voici pourquoi les ruptures que Paul disserne ne sont que des leurres. Et que l’epoque
    actuelle est loin de son terme.

    http://www.belouve.fr/?page_id=341

    A noter que ce monsieur publie a l’institut turgot.

    L’humanite ne peut pas apprendre les lecons de l’histoire car chaque generation ecrit sa propre
    histoire, qui devient l’histoire. Les nervures, ruptures ne peuvent etre constatees qu’a posteriori
    la prediction ne fait pas parti du travail que les historiens font. Ils ne le peuvent pas. De meme
    qu’aucun parent ne peut predire l’avenir de son enfant.

    La crise actuelle est une phase de re-orientation du capitalisme vers de nouveaux debouches
    commerciaux. Le business vert. N’oublions pas que les instiutions internationales, les gouvernements et le dieu marche ne sont qu’une seule et meme chose. Les preuves abondent
    de GS aux USA a Proglio ici.

    la transformation ideologique actuellement en cours du consommateur gaspilleur en ecolo vertueux
    est l’orientation actuelle de la volonte du marche apres avoir transforme le travailleur en hyper-consommateur tout aussi vertueux. La vertu est dans la volonte du marche, nulle part ailleurs.

    Les milliards promis aux business verts sont la future dime imposee aux petites gens par le clerge
    du dieu marche . L’expansion du capitalisme sera encore plus enorme que ce que nous avons connu car justifiee par la vertu scientifique. Science de la nature totalement infeodee au marche
    car en faisant partie. Les deboires du GIEC en sont une preuve.

    Les financiers pourront continuer grace a cette mane a s’amuser.

    1. @Scaringella.

      Votre argument repose sur une conception occidentale du vivant. Qui oublie l’énergie, la distance, le temps nécessaire pour que l’énergie, l’infime infini, les idées, les choses souterraines, parviennent à se matérialiser.
      Alors bien sûr, vous avez raison, l’histoire avec un son grand H menteur, ne nous sert pas à grand chose, surtout pas aux leçons. Et la raison chère à Hegel est probablement à chercher ailleurs, peut-être même du côté de l’Hurkalya des mystiques. Sauf qu’il y a bien, à mon sens, quelque chose à trouver du côté de ce « présent pas encore présent ». Non pour prédire, comme vous dites, mais pour comprendre ce que l’on vit, et qui n’est rien d’autre que de l’avenir en puissance.

    2. Il ne faut pas comprendre, me semble-t-il, la détection des nervures comme une prédiction au sens strict.
      Comme le remarque Martine Mounier, il s’agit d’identifier un potentiel, des potentiels, qui ne cessent de s’actualiser et de se reconstituer, de se conforter dans le temps à proportion des limites et des contradictions du système.
      AU reste, Paul, dans un billet déjà ancien, La raison dans l’histoire, précise que cette « raison dans l’histoire » au sens hégélien, ne peut être saisie qu’à posteriori.

      Des seuils ont été franchis, c’est là que se trouve l’origine des nervures, lesquelles croissent ou meurent au fur et à mesure que l’humanité fait son histoire. Dans le précédent billet (Capitalisme I) un commentateur a cru bon attirer l’attention de Paul sur les écrits de François Jullien concernant la pensée chinoise à propos des transformations silencieuses. Je n’ai pas lu cet ouvrage, certainement fort intéressant, comme souvent ceux de ce sinologue et philosophe, mais pour connaître assez bien la pensée de cet auteur je pense ne pas me tromper en disant que l’organicisme dont procède la pensée chinoise — qui en fait une pensée du processus ou procès — achoppe sur la question de la contradiction, laquelle est justement au centre de la philosophie de l’histoire de Hegel. Il manque donc à la pensée chinoise traditionnelle le dia-logique, thème, soit dit en passant, qu’aborde Paul Jorion de façon limpide et novatrice dans son livre « Comment la vérité et la réalité furent inventées » lorsqu’il introduit le concept d’asymétrie.

      Nonobstant, la pensée chinoise fournit un cadre de pensée qui permet de mieux saisir l’importance des infimes variations perceptibles dans une évolution et d’y voir des potentiels sur lesquels on peut s’appuyer, comme on se laisserait porter par des courants porteurs. Ainsi détecter les fameuses nervures et en prendre son parti peut non seulement contribuer à les faire croître mais par la même occasion permet de renforcer la position de celui qui s’y emploie. Sans avoir projeté un modèle préformé de ce que devrait être une situation future en fonction de laquelle on planifie une action de façon linéaire et séquencée — le modèle grec par excellence, on parvient donc à l’efficacité. A rebours de l’attitude « occidentale », toute de projection, on subordonne son action au potentiel des configurations du moment, lesquelles procèdent du fonds d’immanence ou réel.

      La limite de ce type de pensée est qu’elle est souvent instrumentalisée par le pouvoir, et qu’elle est même en tant que telle une pensée du pouvoir, un pouvoir totalisant car le potentiel, contrairement, à celui d’Aristote, qui lui parle de puissance ou énergia, ne procède pas d’une analyse logique, réfutable, contradictoire, mais sans transition du fonds d’immanence. Ainsi il n’y a pas de distinction logique entre l’ordre du discours et l’univers phénoménal ou naturel. Ce qu’en chinois classique on nomme le shi( 勢 ), c’est à dire la tendance et son potentiel, ou poussée immanente (si l’on considère son versant actualisé), peut avoir mille déclinaisons, que l’on retrouve symbolisées par exemple dans le Yi King sous formes de figures typiques de transformation, mais le cadre des transformations n’est pas lui-même interrogé pour ce qu’il est, un cadre . L’approche a l’avantage d’être très pragmatique, mais il y manque ce dédoublement du réel qui permet la mise en perspective et l’invention des autres possibles.

      Dans l’idéal sans doute aurions-nous alors avantage à combiner les deux approches.

    3. La notion de seuil chez nous occidentaux implique un modele conceptuel permettant de les definir a priori. Nulle part je ne vois de tel modele dans le travail des historiens. Les philosophes tel Hegel font le travail de definir des essences. Ce n’est pas de l’histoire. Que les disciplines s’influencent, soit. Que les arguments des unes justifient les conclusions des autres est une faute. Quant aux pensees non occidentales, pour les utiliser dans sa reflexion il faudrait en maitriser le contexte global, donc la culture. Bref etre ne la-bas, avoir grandi la-bas. Dans le cas contraire le discours est faux. Car vous ne pouvez maitriser la pensee non-occidentale. L’illusion que vous pouvez en avoir est un leurre. Maitrisez deja la pensee occidentale est deja le travail de toute une vie. Par exemple d’ou vient le modele des relations amoureuses? Car il y a un modele. D’ou vient le systeme juridique que nous connaissons? Les sources historiques existent, et vous dient meme QUI est a la source. Cherchez les. Vouloir faire entrer le monde dans ce que l’on en dit est du mythe. Que le mythe soit acuellement ce qui est le plus repandu montre simplement que bcp de gens utilisent leur savoir pour parler de ce qu’ils ne connaissent pas. Je m’en tient pour ma part a la pensee occidentale. Lisez Guy Debord, Jean Gagnepain, Saussure, Freud, Marx et d’autres.

    4. @Scaringella

      « S’en tenir » n’est pas dans mon tempérament.
      Quand à Debord, pourquoi pas Zagdanski pendant que vous y êtes !
      Permettez enfin que je garde la conviction que la pensée voyage, que la partition orient-occident ne relève ici encore que de polarités que vous tenez absolument à figer dans le cadre, et qu’il n’est nul besoin de se faire moine pour avoir une idée — et non une culture — du silence.

    5. La pensée humaine n’est pas directement communicable, transposable de façon biunivoque d’un « système » de pensée à un autre, toutefois elle est susceptible d’être appréhendée suffisamment bien pour qu’il soit possible d’y déceler une cohérence interne, cohérence l’on peut d’autant mieux identifier qu’elle irrigue une civilisation vivante. Ainsi, si la façon d’appréhender le monde diffère, il s’agit toujours d’une certaine intelligibilité du monde.

      Il n’est pas douteux que s’agissant de la pensée chinoise il faille d’abord se familiariser un peu avec cette pensée qui n’est pas axée sur l’être et à l’horizon d’un Autre. Mais c’est loin d’être insurmontable pour qui veut vraiment faire l’effort et s’en donner les moyens. Il existe désormais en langue française une littérature considérable sur la civilisation et la pensée chinoises, qui va de Marcel Granet à François Jullien en passant par Jacques Gernet et Léon Vandermeersh. Tout s’apprend, le tout est d’en avoir envie et d’être prêt à quitter ses repères habituels.

      D’autre part, si la Chine a développé une pensée originale cela ne signifie pas pour autant que certaines des notions qu’elle a mises en avant ne correspondraient à aucune réalité observée dans notre propre ère de civilisation. Ce qui change c’est que dans un cas la pensée en est explicite et tient un rôle actif, constitue une valeur autour de laquelle s’organise la civilisation, la société, tandis que dans l’autre cette réalité n’est seulement qu’attestée, aperçue, ce dont témoignent certaines expressions du langage courant.

      La notion de courant porteur, par exemple, existe bien dans notre culture mais l’idée y a un rôle tout à fait secondaire, parce que depuis les grecs nous avons privilégié l’idée d’action planifiée, qui ressortit à l’idée de modèle.

      Un autre facteur qui nous permet un accès facilité à la civilisation chinoise est que celle-ci s’est développée comme ici autour d’une culture écrite, qui plus est dans le cas chinois avec une longue histoire dont les couches sédimentées sont organisées selon un principe unitaire, contrairement à notre civilisation où l’histoire est beaucoup plus le résultat de tendances antagonistes, comme celles entre l’Etat et l’Eglise.

      D’autres voies sont également praticables, comme l’apprentissage du t’ai ch’i ch’uan ou d’un art comme la calligraphie, l’art par excellence des lettrés chinois, bref autant de moyens qui permettent d’appréhender avec le corps sensible un rapport différent à l’espace et au temps.

      Attention, il ne s’agit pas de devenir chinois, de se fondre complètement dans l’habitus chinois, ce qui relève de la gageure. Il s’agit simplement d’intégrer à notre pensée des notions qui ne lui étaient pas familières, si bien que notre vision du monde s’en trouve élargie, voire transformée.

      SI Paul revisite Aristote de façon heureuse ce n’est pas un hasard, c’est, outre sa curiosité et son sens de l’analyse, parce qu’en tant qu’anthropologue il a dû faire le détour par d’autres sociétés, qu’il a observées et étudiées. Sans ce détour sans doute n’aurait-il pas appréhendé comme il l’a fait toute la fécondité et l’actualité de la pensée aristotélicienne.

      Je ne sais pas si Paul en serait d’accord, mais je trouve qu’il a une approche de la durée et du temps assez chinois, tout en restant fidèle à Aristote et Hegel !

      Un exemple : l’affaire des bonds du trésor américain dont la Chine cherchait à se débarrasser de façon homéopathique dont il avait parlé dans un billet. En réalité cela annonçait quelques mois plus tard l’intention plus explicite des chinois d’instaurer un autre système monétaire, sans toutefois donner un calendrier et dire comment ils comptent y parvenir, lançant juste l’idée de façon à frapper les esprits et déterminer un nouveau rapport de forces. (Ceci dit Français Leclerc a lui aussi un coté chinois dans sa façon d’appréhender les choses, mais alors peut-être est-ce inné chez lui ! 😉 Mais c’est aussi un grand voyageur.

      D’aucuns ont alors dit que les chinois étaient trop liés aux américains pour pouvoir se débarrasser de ces bonds. La réalité est qu’il s’agissait bien d’une transformation silencieuse, un processus était donc bien en marche. Bref, il n’est pas si difficile d’être chinois ! La différence que nous avons avec les chinois c’est qu’eux ont un système politique qui prolonge pratiquement cette pensée, donc avec un effet décuplé.

      Quant aux seuils qu’il faudrait définir à priori on en retrouve l’idée implicite dans la dialectique hégélienne fondée sur l’idée que l’histoire n’est qu’une suite de contradictions résolues. S’il y a des contradictions c’est bien qu’à un moment donné les choses butent sur des limites.

    1. L’électro-choc (ou électro-stimulation) est encore utilisé de nos jours sous anesthésie générale ,notamment dans les dépressions sévères ne répondant pas aux thérapeutiques classiques .
      Le but n’est pas le lavage de cerveau,la télé s’en charge.

    2. J’ai maté avec beaucoup d’intérêt la vidéo et j’en garde un sentiment mitigé. Tout cela ressemble un peu trop à un film hollywoodien.

      Le mythe de l' »homme seul face au système ». Franchement aller jusqu’à dire qu’il s’achète un flingue et qu’il est prêt à aller buter Madoff parce qu’il pense que celui-ci a des liens avec la mafia russe et qu’il ne fait aucun doute que sa vie est en danger….

      bon argument marketing pour les ventes du bouquin mais terriblement inefficace dans le contexte de son discours.

      Sans parler de sa conclusion : « N’ayez pas confiance en votre gouvernement ».

      C’est d’une tristesse !

      Effectivement les faits lui donnent raison et le collusion entre la SEC, l’autre organisme gouvernemental et Wall Street, révèle un état de pourissement consommé…

      Mais c’est surtout le degré de « civilisation » des USA qui est mis à jour, au sens où Paul le conçoit dans la nécessité d’une constitution pour l’économie.

      Je ne vis pas aux USA donc il m’est difficile d’apprécier le sentiment qu’entraîne cette histoire, mais il me semble vraiment ahurissant que la conclusion de Markopoulos s’en tienne à :

       » Si vous ne comprenez pas la stratégie d’investissement, ne mettez pas votre argent ! ».

      Les précédents commentaires portaient sur la stratégie du choc de la grande Naomi.

      Pour ma part cette vidéo c’est un « culture shock! »

  6. Se payer sur la bête, telle est l’exacte expression. Et ceux qui se paient sur la bête peuvent penser, ou se dire entre eux: nous nous payons sur les bêtes, ceux qui sont les plus bêtes devant notre génie infini. Quand on pense, et parfois on l’a dit, qu’en France on est le pays le plus intelligent au monde et le plus rationnel, dont les critiques sont prétenduement fondées, et bien voilà que ce « brillant » public se révèle d’une ignorance crasse sur le rôle et le mode d’apparition et le traitement de la monnaie; de même, pour tous les autres publics d’ailleurs, car ils n’ont jamais fait attention qu’on les a maintenus complètement à l’écart et absents par rapport à ce qui les concerne au quotidien, c’est à dire le rôle et le pouvoir de la monnaie. Mieux, la confusion ne semble pas se dissiper au sein même des doctes aréopages les plus « savants » sûrement « doublés » à leur insu par des petits malins… au QI sans doute plus élevé et « adapté » que la moyenne… Ce pouvoir financier et monétaire qui apparaît bien comme LE pouvoir en dernier ressort, pour utiliser une expression du « métier », un pouvoir au dessus des lois.
    Dans la sphère politique, la tentative des Jacobins pour refaire la société au nom de la raison pure, constitue une expérience du plus haut intérêt. Bien que la leçon ait été terrible, elle n’est, à l’évidence, pas insuffisante, puisque de nos jour, après le socialo-communisme, nous avons donc eu à faire avec la sphère capitalo-libéralo-auto-libérée financière qui, à son tour draine tous les comportements humains qui truffent l’histoire. Comportements si bien mis au jour, au moins sur le versant neuro-physio-biologique, par le docteur Henri Laborit. Ainsi l’ « aristocratie » financière, ne provoque pas autant de jalousie que les autres aristocraties, tout simplement parce que chacun espère, un jour, réussir à faire partie de cette « aristocratie » de l’argent. Et oui, la plupart de nos attitudes et de nos actes ne sont pas des causes, mais des effets. Il faut connaître ce piège. Les héritiers de la grande illusion révolutionnaire, l’illusion politique, comme à présent l’illusion financière, ne voient pas que l’homme est créé par un passé dont nous sommes impuissants à refaire les bases.

    1. …. Et des puces nanos dans les moules-frites !
      Merci Bruxelles, merci Monsieur Barrosso, bienvenu à « la ferme des animaux ».

  7. Les puces seraient plutôt des tiques, ces sales bestioles qui non seulement sucent le sang de leur victime, mais l’empoisonnent.

    1. Les crabes se dévorent entre eux bien que bouffant du requin mort, Lizstfr.
      Blague à part, c’est vrai? Avec le nombre de ces sales bêtes qui m’ont pompé le sang, je suis alors immunisé définitivement contre les crabes. Bonne nouvel, mais gonfflante pour les noyers potentiels.

  8. ..il y a eu la période de la bactérie .. du dinosaure .. puis celle de l’homme …et après lui ..le rat .. la fourmi …ou la mouche ..ou la bactérie ..

  9. Le « parasite » financier peut-il à terme se révéler aussi stupide que le virus mortel dont la prolifération tue le malade?
    Que fera la « finance à levier » , comme le serpent à sonnette, quand son venin aura opéré?

    Il se trouve que ces idiots n’ont pas encore vu le problème.
    C’est juste qu’en bons courtermistes ils ont l’intelligence pour utiliser les algorythmes qui « faussent » les données à la µ-seconde mais sont incapables d’envisager la fin.
    A moins que selon la théorie du complot, le destin des vrais contrôleurs ne soit prévu quelque part; pas si bêtes?

    1. Pour des « courtermistes » ça fait tout de même très longtemps que les acteurs qui s’allient ou se dévorent entre eux sont historiquement exactement les mêmes.
      Ce sont donc sans doute des « courtermistes au long cours »…..

  10. Etats-Unis : un dirigeant de la Fed appelle à casser les plus grandes banques.

    Les plus grandes banques sont « dangereuses » et doivent être « cassées », a déclaré mercredi Richard Fisher, un des dirigeants de la banque centrale des Etats-Unis (Fed).

    « Je suis plus convaincu que jamais que les banques trop grosses pour pouvoir faire faillite sont dangereuses et doivent être endiguées », a déclaré M. Fisher dans un discours prononcé à New York.

    « Etant donné les risques que ces institutions présentent de propager des virus débilitants à tout le monde financier, ma préférence va à une approche plus prophylactique » que celle en discussion au Congrès américain. Ma préférence vise à donner à l’Etat les moyens de saisir les entreprises financières les plus grosses qui seraient en difficulté pour les démanteler dans le calme, a-t-il ajouté, selon le texte de son discours distribué à la presse.

    M. Fisher souhaite « un accord international pour démanteler ces institutions en plusieurs autres de taille plus gérables – plus gérables pour leur direction et leur régulateur ».

    « Si nous devons faire ça de manière unilatérale, nous devrions le faire », a-t-il dit également, répétant un mot de Churchill qu’il affectionne : « En matière de finance, tout ce qui est agréable est malsain, et tous ce qui est sain est désagréable ».

    Président de l’antenne régionale de la Fed à Dallas (Sud des Etats-Unis), M. Fisher se présente comme un « avocat acharné de l’économie de marché » qui croit « à la magie de la main invisible » (venant équilibrer les marchés, dans la théorie développée au XVIIIe siècle par Adam Smith, l’un des pères du libéralisme économique).

    Les Echos

    1. Solution deja evoquée sur ce blog.

      Le probleme supplementaire est qu’as la faveur de la grande crise, les concentrations s’accellerent et que ce n’est pas seulement le secteur bancaire qu’il vas falloir demanteler.

    2. Autrement dit ce Fisher veut donner un coup de pouce à la main invisible 😉
      Il est vrai que ces derniers temps elle avait perdu la main.

  11. Bonjour à tou-te-s et Merci,

    Pour évoquer une actualité qui va dans le même contre-bon-sens :

    « Anti-dédicace à un futur ex-lord ! »

    Quand les barons de la finance
    Franchissent le seuil de la décence
    Ils s’exposent à la décadence
    De toutes les formes d’opulence !

    Un faux-britannique s’est fait prendre
    Trop impliqué à entreprendre
    Dans un paradis qui engendre
    Des bénéfices à s’en méprendre !

    Et en échange de ses galons
    Il avait promis aux barons
    D’arrêter de jouer au con
    Qu’il n’a fait en aucune façon !

    S’ils se tiennent par la barbichette
    Nous allons voir tomber des têtes
    Car ils en ont quelques brouettes
    D’histoires à lancer à tue-tête-s !

    luami CREER
    Bon voyage dans la Vie !
    http://luami.viabloga.com

  12. Le monopoly vous connaissez?

    Le vainqueur est le dernier joueur n’ayant pas fait faillite et qui possède de ce fait le monopole (mais en revanche ne dispose plus d’aucun client potentiel).

    1. Si vous aviez modifié les règles en augmentant les gains, vous feriez comme je le faisais avec ma bande de potes pendant mon adolescence : faire sauter la banque.
      Cela ne prend qu’une nuit de jeu.
      Explication : au bout de 5 maisons, vous mettez un hotel mais… pouvez en ajouter jusqu’à 5. Les taxes de passages étant multipliées dans la même proportion.

      Et, de façon sadique, je dois l’avouer, on fait sauter la banque 🙂

      L’inconvénient est qu’il faut commencer à découper des morceaux de papier et inscrire dessus : 100 Keuros, 500 Keuros, 1000 Keuros,… Si l’on veut continuer à jouer.
      Ce que les banquiers ont fait, finalement.

      Un jeu de gosses.

  13. Mercredi 3 mars 2010 :

    La Grèce pourrait faire appel au FMI.

    La Grèce pourrait faire appel au Fonds monétaire international (FMI) si l’Union européenne ne l’aide pas financièrement, a déclaré mercredi 3 mars le Premier ministre grec Georges Papandréou, cité par l’agence de presse ANA.

    Georges Papandréou « a laissé ouverte l’éventualité d’un recours au FMI, si l’UE ne soutenait pas le pays financièrement », a indiqué l’ANA. Néanmoins, l’UE a tout de suite affiché sa « solidarité » à la Grèce.

    Cette déclaration a été faite lors d’un conseil ministériel consacré à de nouvelles mesures d’austérité. A l’issue de ce conseil, Georges Papandréou a indiqué que « le peuple grec attendait la solidarité de l’Europe ». « Il s’agit de l’autre partie de l’accord (avec l’UE) », a-t-il déclaré.

    Tempsreel.nouvelobs

  14. Certes, encore faudrait-il définir précisemment ce qu’est une activité « socialement utile ». A cette condition pourrait commencer une sélection de ce que le système financier est en devoir de faire et ce qui lui est interdit.
    Il serait intéressant de savoir si le fameux pari sur les fluctuations de prix vient se superposer à ces activités non socialement utiles. Cela permettrait de savoir si ce concept est trop restrictif ou au contraire englobe des activités à caractère utile.
    Bref, cette interdiction sur les prix est-elle une condition suffisante, nécessaire ou les deux à la fois à l’établissement d’un système visant à l’amélioration des conditions de vie des êtres humains dans leur ensemble et pas seulement à celle d’une minorité au détriment des autres?

    1. @Tchita :
      Une piste, ce qui est socialement utile se sont les services que personne ne veut plus prendre à sa propre charge. Par exemple, la santé d’autrui. Dès lors, un législateur sensé pourrait créer sa monnaie pour payer ses médecins plutôt que s’endetter et spéculer sur la santé de ses semblables. Parce qu’entre autre spéculer sur la santé des gens peut s’apparenter à un homicide par omission. Ce n’est pas digne d’une civilisation.

    2. @Bertrand

      Si je vous suivais dans cette voie, tout ce qui ne relève pas des mécanismes de la solidarité ne serait pas socialement utile! L’acceptation de cette définition me paraît un tantinet jusque au boutiste et irréaliste, pour le moins! 🙂 Même si bien sûr je ne peux qu’opiner du bonnet à votre révolte devant la privatisation de la santé…
      Ne confondons pas service public et utilité sociale! Le service public est un service rendu par la communauté à la communauté en se finançant par des mécanismes de solidarité. Toutefois, la production de richesse par un acteur privé est elle même utile dans la mesure où la richesse créée est:

      1. Réellement créée et non pas simplement captée par l’acteur privé depuis une source ou une autre. C’est là où pêche le pari sur les prix, par exemple, car il ne créé rien, si ce n’est un risque de destruction ultérieure de richesse.
      2. Redistribuée vers des horizons où elle pourra être utile à une nouvelle création (réelle) de richesse ou de service public, que ce soit par les salaires, l’investissement ou l’impôt.

      L’interdiction des paris sur les prix me semble répondre à l’exigence du 1. Toutefois je ne suis pas complètement certain qu’elle soit suffisante en l’espèce. Une formulation complète serait peut- être d’interdire toute activité (financière ou autre) qui ne s’accompagne pas d’une création de richesse ou de l’octroi d’un service qui puisse lui même créer de la richesse? Je reconnais le flou artistique de la chose mais il y a vraiment quelque chose qui me dit que l’interdiction des paris sur les prix est une mesure nécessaire, mais loin d’être suffisante…

      Le manque m’apparaît plus criant sur le point 2., car je ne vois pas de relation simple qui l’impliquerait par l’interdiction des paris sur les prix. Maintenant il faudrait que je relise l’argent mode d’emploi et surtout le billet « les mesures que je préconise » de l’année dernière pour vérifier si ce point n’a pas déjà été soulevé. Désolé, il est très tard pour cela et en plus je me suis fait chiper mon exemplaire de l’argent mode d’emploi (une bonne nouvelle en soi…).

      D’ailleurs, à propos du billet « les mesures que je préconise », je me souviens qu’à l’époque Paul m’avait fait saliver en indiquant qu’il allait dès janvier détailler plus avant les implications concrètes de l’interdiction des paris sur les prix… Sans vouloir tirer sur l’ambulance et sauf oubli toujours possible de ma part, j’avoue que depuis je suis resté sur ma faim…
      Navré, l’excellence de ce blog nous habitue à être exigeants, parfois jusqu’à l’ingratitude…

    3. @Tchita

      L’interdiction des paris sur les prix ne me semble pas pouvoir être disqualifiée au motif de sa possible insuffisance. C’est passer à côté de la nature même d’une mesure chirurgicale, qui par définition consiste à s’attaquer non à l’ensemble du corps malade, mais à un point clé du système, pour réparer (ou lutter) à partir de là.
      L’interdiction des paris sur les prix étant comprise comme une mesure pivot, une mesure point de bascule, ne reste plus que la question de la cible. Or sur ce point, il me semble que l’immédiate sueur froide que cette perspective inspire à la Haute finance est un plutôt bon indicateur.

    4. @Martine Mounier (et aussi à Paul Jorion en fait…)

      Loin de moi l’idée de jeter le bébé avec l’eau du bain! Cette interdiction des paris sur les prix m’apparaît effectivement comme un puissant levier nécessaire à la refonte de notre société.

      J’attends que nous nous mettions bien d’accord sur toutes ses implications, qui pour l’interprétation que j’en ai vont vraiment très très loin, mais je souhaite vraiment la mise en place de cette interdiction!

      Mon propos tient simplement à pointer la possible insuffisance de cette mesure, aussi souhaitable soit-elle par ailleurs. J’avais initialement supposé que cela pouvait signifier la fin du business model qui consiste à tirer des revenus de la revente et de l’achat d’entreprises via le système d’actionnariat. Ce système me semble d’une « utilité sociale » plus que douteuse, car le seul à en tirer profit est l’actionnaire. Les perdants sont toujours les mêmes, car l’objectif de l’entreprise devient non plus de gagner un maximum d’argent en assurant sa pérennité (ce qui est socialement utile via les mécanismes du salariat, de l’investissement et de l’impôt) mais de paraître le plus sexy sur les marchés pour faire grimper le cours de l’action. L’aspect sexy passe toujours par une plus grande rentabilité court terme, donc par un blocage des investissements et de la masse salariale, ce qui réduit la portée de 2 des 3 mécanismes essentiels à l’utilité sociale de l’entreprise. Puis comme finalement la pérennité de cette entreprise n’est plus une priorité c’est le dernier mécanisme, l’impôt, qui finit par disparaître.

      Bref, si le pari sur la fluctuation des prix incluait ce business model, je serais déjà plus rassuré.

      Toutefois, j’ai bien eu l’impression que Paul n’allait pas aussi loin car il envisage l’interdiction du pari au sens stricte, avec un gagnant et un perdant. Or dans le business model qui consiste à gagner sa croûte en achetant et vendant des actions, nous ne sommes pas dans ce cas de figure. L’acheteur et le vendeur réalisent une opération qu’ils jugent à l’instant T mutuellement satisfaisante, les profits et pertes éventuelles pour ces acteurs n’apparaissant qu’à la transaction suivante et peut se solder par un gain pour les deux (ou une perte). Les dégâts pour l’entreprise sont eux systématiques et et liés à la tendance naturelle qui fait que l’entreprise cesse d’être socialement utile pour devenir un moyen de captation des capitaux du corps social vers l’actionnariat.

      Bref, si j’ai bien compris ce que recouvre l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, cette mesure me paraît des plus nécessaires, mais pas suffisante. Maintenant, je suis surtout à la recherche d’une description plus détaillée de ce que recouvre cette mesure!

  15. Bonjour Paul,
    Voilà donc la suite de l’histoire.
    Avant de pousser plus loin, puisqu’on parle de vous, il vaut mieux que vous en soyez averti:
    http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/monsieur-lordon-monsieur-jorion-il-70923
    Je vois que vous empruntez un peu mes plates bandes ou plutôt celles de Stiglitz.
    Comme je l’ai dit dans mon dernier article, Stiglitz m’a laissé sur ma faim. Trois économistes pour construire un rapport que j’ai titré du « Bonheur Intérieur Brut ».
    Pas de sociologues, de psychologues, d’anthropologues comme vous.
    La tâche est énorme. Le capitalisme n’est que le résidus de nos travers d’épargnant pour s’assurer d’avoir de l’argent de côté tout en gardant devant soi, comme le disait le sketch de Raymond Devos.

  16. Les excès sont la plupart connus mais pourquoi dire : la part devient au contraire congrue pour tout ce qui présenterait une fonction « socialement utile » alors que l’argent à coulait à flot pour les pauvres (subprimes….), pour les entreprises ( augmentation de capital ) les entreprises nouvelles (capital risque)…

    merci

  17. « Il existe trois sortes de danger dans le monde des humains: le premier, être peu vertueux mais recevoir beaucoup de faveur; le deuxième, être peu compétent mais occuper un poste élevé; le troisième, n’avoir rien accompli d’extraordinaire mais se voir accorder d’abondants émoluments. » (Huainan zi, IIème s. av. J.-C.)

    Rien de nouveau en ce monde, … si ce n’est la puissance de dévastation concentrée grâce aux technologies nouvelles. Et la sagesse dans tout ça ? Le XXIème s. sera-t-il spirituel ou apocalyptique ? A suivre…

  18. Je n’y connais rien au foot, mais dans ce domaine là aussi, c’est la fin des haricots, c’est la rupture.

    Avant, les supporters d’un des clubs agressaient ceux de l’autre club. Maintenant ce sont les supporters du même club qui s’entretuent (maladie autoimmune?).

    Par ailleurs, les clubs anglais sont en quasi faillite. La ferme des célébrités est déprogrammée, est-on rendu tellement loin dans le bas empire que même les jeux sont arrivés au bout du rouleau.

    Nouveau slogan: ni pain, ni jeux

  19. Votre description est tout à fait juste de ce qui se passe et du délire de la cupidité. Cependant, un passage m’a choqué :

    Parmi les choses que notre espèce a inventées figure en bonne place la politique de la terre brûlée. Nous prenons la Terre comme elle se présente à nous : nous en extrayons ce qui nous intéresse, nous l’intégrons dans des objets manufacturés et quand ceux-ci ont cessé de fonctionner, nous les entassons à la décharge.

    Qui est ce « nous » ? On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac, le gros industriel mutinational, l’agriculteur breton ou la ménagère parsienne. Je ne suis pas responsable des déchets nucléaires même si j’utilise de l’électricité. A aucun moment on ne m’a demandé mon avis sur la meilleure façon de produire de l’électricité ni pourquoi en produire ni comment. L’agriculteur breton que l’on accuse de polluer la nappe phréatique (nitratres) avec l’utilisation de produits phytosanitaires et ses élevages de porcs industriels n’a pas eu le choix. Dans les années 1960 des technocrates (Edgar Pisani, par exemple) et des politiciens ont décider de faire de la Bretagne une usine agricole et porcine. Si on utilise sa voiture pour aller tarvailler parce qu’il n’y a pas de transports en communs suffisants, on n’a pas le choix non plus. Etc., etc., on pourrait multiplier les exemples. Cette culpabilisation de tous n’est pas acceptable. Certains ont fait des choix pour tout le monde parce cela correspndait à leur vision du monde ou parce que cela allait dans le sens du profit maximal. Evidemment, cela ne veut pas dire que nous ne devions pas corriger nos comportements même à un niveau modeste. Il y a en filigrane une sorte de « fascisme vert » qui se profile. On va taxer les coupables et tout ira mieux.

    1. Les agriculteurs bretons ont eu le choix. Certains ont fait le bon choix, l’agriculture respectueuse de l’environnement… beaucoup plus rentable que l’agriculture traditionnelle si il y a transformation dans l’exploitation.

      Non et non, le porc Breton et ses algues vertes n’ont jamais été une fatalité, mais une collusion entre éleveurs, coopératives, trusts semenciers et chimiques, vendeurs de matériel agricole pour se faire un max de blé, ce qui les rend tous complices. Allez visiter la grand rue de Pontivy ou de Lamballe, et vous comprendrez, en contemplant les devantures des boutiques de luxe, que ces agriculteurs-là ne meurent pas vraiment de faim.

    2. Fascisme vert ben voyons!…La politique agricole bretonne n’est pas une invention technocrate mais a été concertée avec les organisations syndicales et les « professionnels de la profession » particulièrement puissants en Bretagne. Le choix de l’exploitation porcine ou avicole, hors sol, à des centaines de kilometres des zones de consommation européennes a été fait pour maintenir sur des exploitations trop petites des milliers de jeunes agiculteurs. Ce fut un choix des organisations paysannes avant tout. Rien à voir avec les écolos, Mr Enrique ! Ni avec vous.

    3. merci pour cette interrogation, il me semble en effet que par exemple, la grande distribution a investi les écrans plats avant les quidams, que les restaurations de type sodexo ont investi ce que j’appelle le pire qui soit de la malbouffe bien avant les ménages, et que effectivement dans ce nous, il n’y a pas que des personnes …

    4. Je vois que mon exemple des agriculteurs et éleveurs bretons passe mal car je maîtrise mal cet aspect, mais mon interrogation reste valable : qui est ce nous ? Evidemment, il y a des complices, des gens et surtout des organisations à qui ce la rapporte. Mais il me semble qu’il y a une culpabilisation facile de tous « comme si nous étions tous responsables au même niveau et sur le même plan. N’en déplaise à certains le fascisme vert existe ». Nous avons connu le « brun » ou « noir » (nazisme, fascisme italien, franquisme, etc.), le « rouge » (le communisme marxiste léniniste), il y a aussi un risque qu’il soit « vert » : la nature avant l’être humain comme si ce dernier n’en faisait pas partie ! Je sais, tout ceci nécessiterait une réflexion plus aboutie.

    5. @Enrique,
      Non, l’allusion de Paul a la terre brûlée est bien choisie. Et cela peut être pris au pied de la lettre sans être une métaphore économique. Nous utilisons tellement de pesticides que nos terres sont brûlées. A ce rythme, il n’y aura plus de terres arables en France d’ici 40 ans et ce n’est pas un « plan sur la comète ». Il suffit de faire cette expérience simple : Une pelletée de terre prise dans un champ cultivé ne contient presque aucun vers de terre dedans, dans un chemin laissé aux herbes folles, il y’en a plein. Le sol est réellement brûlé pour plusieurs dizaines d’années. Les pesticides et les phytosanitaires en surconsommation sont le plus grand scandale écologique de tous les temps.

    6. Ce sont bien les politiciens qui autorisent ou pas les cultures OGM comme en ce moment avec la pomme de terre. Ils sont les alliés des grosses multinationales dans ce domaine. Où est le nous dans ce type de décision ? Il n’y en a pas car il n’y a pas de démocratie dans ce cas.

    7. @ Bertrand

      Je connais tous ces effets et je les déplore, mais comment peut-on dire que nous sommes tous coupables : les politiciens, les industriels, les agriculteurs, vous et moi et Théodore aussi ? On ne nous demande pas notre avis et après on nous dit : « vous êtes des pollueurs ». Vous,moi, les instances européennes, BASF ou Monsanto c’est pareil ! Ben voyons ! Ragarder le film documentaire Food, Inc. sur la nourriture et l’agriculture aux Etats-Unis.

    8. @ Zebu

      Non, je n’ai pas oublié le Crédit Agricole, mais quand j’écris des slogans alternatifs à propos de cette banque, ce n’est pas du goût de tout les monde. Alors, je n’insiste pas!

    9. La clef de la terre brulée, à mon humble avis :
      C’est l’éloignement systématique qui existe entre les preneurs de décision et le terrain.
      C’est structurel et du à la taille démesurée atteinte par les systèmes humains.
      (la donnée qui n’est pas prise en compte dans un modèle de gestion finit par le rendre inopérant)

      Dans ce domaine, on arrive aussi à un « tipping point » : Des éleveurs se suicident ces jours ci à un rythme inconnu. Si j’étais salarié de la chambre d’agriculture, ou du Crédit Agricole, je dormirais très mal.

  20. Sauf que des milliards de ponction de sang tue l’éléphant plus surement encore.
    Il nous faut une réforme agraire de l’argent, ni plus ni moins.

  21. Concernant la « spéculation perverse », Il est peut-être temps de secouer le cocotier et d’allumer des contre-feux.

    Secouer le cocotier consisterait, par exemple, pour la BCE à mettre en garde toutes les institutions financières de l’Union contre tout renouvellement d’investissement en T-Bonds voire simplement libellé en USD eu égard à la politique (quantitative easing) de rachat systématique de ces derniers par la FED et ses sbires (GS principalement) contribuant à une création monétaire qui ne peut conduire à terme qu’à la dévaluation du dollar ou à une très forte inflation ce qui revient au même pour les créanciers, comportements bien évidemment non sanctionnés par les « agences de notation » qui sont à la solde des mêmes spadassins.

    Allumer des contre-feux consisterait dans le même temps pour la BCE à garantir, à couvert, une sélection d’institutions financières, pas forcément européennes, jouant la baisse de l’USD via les fameux CDS, tout en pratiquant la revente d’actifs libellés dans cette devise et faire boire ainsi une petite tasse aux prédateurs du « dîner de cons » du 8 février dernier. Evidemment, le risque est de faire trop boire et de mal doser la cigüe ce qui provoquerait la dégurgitation de toutes les bulles et turpitudes liées à l’asservissement de la FED et de l’administration OBAMA aux pouvoirs de l’argent américains… Ah! les lendemains de fête…

  22. Cher Paul, ceux qui vous suivent apprécient vos analyses, celle d’Henry Leclerc…
    En début d’année – au moment des bonnes intentions – vous annonciez des propositions.
    Certaines peuvent se lire clairement, ou en filigrane: l’arrêt des spéculations par exemple.
    A un certain moment les analyses deviennent décourageantes et une section du blog une série de billets, de propositions, mises en discussions seraient les bienvenues
    Qu’y a-t-il moyen de proposer à l’échelle Internationale (quel niveau : FMI, UE,…), nationale, régionale, locale, au sein de mon entreprise, de ma famille…

    1. Si je peux dire ce que j’en pense, pour l’instant et de ce que je crois comprendre,
      il serait presque plus évident de proposer le rétablissement du servage, de l’esclavage , …. ou sinon des corvées, ….. ou encore quelques nouvelles formes de gabelle, ….. s’il faut penser impétueusement une mesure propice à être entendue par l’OMC, le FMI, la commission européenne et tous ces staffs…
      pour le reste, il faut de la patience

  23. Au fond, ce à quoi nous inviterait Paul Jorion, c’est nous réapproprier le Temps par la Mémoire (qui est le présent du passé), l’Attention (qui est le présent du présent) et l’Attente (qui est le présent du futur).

    Pour l’instant, il n’a développé que l’aspect Attention. J’espère que dans les prochains billets, il développera l’aspect Mémoire (ainsi, comme l’a bien montré J.-C. Michéa et d’autres, c’est pour sortir des terribles guerres de religion des 16ème-17ème siécles, que les hommes n’ont rien trouvé de mieux que de substituer à la guerre de tous contre tous, la guerre de tous contre la Nature) et l’aspect Attente (dégager, parmi les « nervures de l’avenir », celles qui peuvent nous faire espérer la naissance d’un monde meilleur, plutôt que pire).

  24. Ce qui me fascine c’est la course a l’abime a laquelle nous assistons.

    Mes clients sont devenus des negociateurs de remises, tellement la rigueur salariale, pour ceux qui ont un emplois salarie, et la rigueur tout court pour les autres les incitent a ne plus vouloir payer le prix des choses.

    C’est une spirale infernale qui nous tire tous vers le bas et accelere la desindustrialisation, la mort du commerce independant et la poursuite de la baisse des salaires, et je dois oublier d’autres consequences.

    Parallelelement, le futile triomphe avec son representant le plus aboutis, le smartphone et sa cohorte de « services » factures au prix fort, sans que cela semble deranger des consommateurs qui n’ont manifestement pas les moyens de forfaits a 40€ et plus par personne et par appareil.

    Je peut neanmoins comprendre qu’avec la sacro sainte television, cela demeure leur seul moyen d’evasion d’un quotidien fort terne.

    Depuis pludieurs années deja, les indepandants on deserte les centres commerciaux, eux meme a bout de soufle en tant que modele economique, a l’instar du supermarche.

    Bref, on se pauperise lentement mais surement avec les consequences que l’on observe sur les comptes sociaux, a perimetre agal, c’est a dire en continuant a financer la protection sociale quasi uniquement sur les salaires, la csg et le prelevement liberatoire demeurant, par comparaison, peu douloureux pour les revenus de l’epargne.

    Voila, j’ai licencie mon dernier salarie la mort dans l’ame, je lui ais trouve du travail pour lui eviter le chomage, mais meme des profession aussi a l’abri a priori que la mienne, souffrent dans les secteurs ou nous sommes en premiere ligne face a la precarite qui se devellope.

    Je reviens a mon point de vue d’il y a bientot 3 ans, il aurais fallus laisser le systeme exploser, la nous avons juste repousse l’ineluctable remise a plat de notre mode de vie.

    C’est d’autant plus idiot que je reste persuade qu’il suffit d’une modification somme toute acceptable et minime de notre mode de vie pôur resoudre beaucoup de nos preblemes. Car nous continuons, malgre nos difficultes, a gerer des problemes de riches, ce qui a un cote indecent dans l’etalage de nos diffiultes par rapport au quotidien de certaines populations.

    1. Bon courage à toi astrorock, j’ai fermé mon entreprise il y a déjà un an en essayant de sauver mes employés (ce que je suis arrivé à faire) mais cela m’a couté une fortune et j’en ai pour 3 ans à rembourser la facture (avec une boite qui tournait depuis 5 ans et devenait profitable comme on dit).

      J’ai le même avis que toi quand Lheman est tombé le système aurait du tomber aussi, cela aurais permis de nettoyer les banques et de peut être repartir sur de bonne base.

      Le système est foutu sous la forme actuel, et le maintenir a bout de bras n’est que folie, tout le monde se félicite de ce qui se passe en Grèce mais il faudrait être fou pour ne pas se rendre compte que le sort de la Grèce est le notre dans quelques temps.

      Nous ne pouvons pas continuer à vivre comme cela: http://leweb2zero.tv/video/miniplein_524a1a6c2a83e4f ceci remet les idées au clair le compte à rebours à commencé.. TIC TAC….

  25. Les seuils de l’insulte à l’intelligence humaine sont eux aussi
    impunément franchis.
    Il devrait exister une définition du crime contre l’intelligence,
    ou les intelligences humaines comme il existe depuis peu à l’échelle
    de l’Histoire, celle de crime contre l’humanité.

    Une définition des crimes de pillage et de destruction de la planète
    serait aussi bienvenue.

    1. Hola! vous y allez fort!
      Avant de définir la notion de crime contre l’intelligence, il faudra d’abord définir ce qu’est l’intelligence (y a du boulot)
      Quant au crime contre l’humanité, encore faudrait-il qu’il y ait une justice indépendante pour juger du fait. A ma connaissance, la désintégration de centaines de milliers d’innocents à Hiroshima et à Nagazaki n’a pas été jugée comme un crime contre l’humanité, ni même comme un crime de guerre, au mépris des conventions internationales.

    2. J’ai entendu un banquier il y a peu à la télévision qui disait ceci  » Ne trouvez vous donc pas formidable ce phénomène ? Depuis 10 ans de nombreuses entreprises se sont créée qui n’ont eu pour seul fond de commerce que l’intelligence. Je trouve pour ma part que c’est là une chose merveilleuse »… Il parlait bien à ce moment des entreprises de placement et de spéculation. Car oui, il faut beaucoup d’intelligence pour comprendre les outils financiers.
      L’intelligence n’a aucune valeur en soit. Elle n’est qu’une capacité, un outil, et n’a donc aucunement besoin d’être défendu.

      Ce qui fait la valeur de l’intelligence, c’est l’homme qu’elle sert…

    3. Oui les seuils sont franchis, je suis personnellement partisan de la politique du pire, car ce que j’ai compris est que le systeme liberal ne se corrigera pas de lui meme; il est avec la société, le droit, les cabinets d’avocats dans une logique infernale et qui l’aveugle.
      Laissons le aller dans le mur…………

      Si les réservoirs de l’avion « finance » ne sont pas autoobturents , cet avion qui a déja du plomb dans l’aile ira au tapis; je dirai meme que ce n’est que justice !!!!

      ce sera dur pour ceux qui comptaient et j’en fait partie sur un petit patrimone d’épargne, tant pis d’autres valeurs éssentielles reviendront……….On ne doit pas laisser a nos enfants cette pourriture.

  26. comme Christ, chassons les marchands du temple !

    le seuil de l’écœurement est franchi ; c’est bien comme concept, « le seuil de l’écœurement », à méditer.

  27. Monsieur Jorion,
    Est-ce que vous pourriez développer « pour les nuls » comment vous calculez les volumes du PIB (principale et congrue) que vous mentionnez ci-dessous?:
    « Quand la part principale du Produit Intérieur Brut (PIB) des nations s’obtient par des paris portant sur les fluctuations de prix, la part devient au contraire congrue pour tout ce qui présenterait une fonction « socialement utile « .

    1. Si la question s’adresse à moi : je tente vainement depuis 1984 quand j’ai perdu mon poste à Cambridge. Toutes mes candidatures depuis ont échoué. En 2009, j’ai contacté sans succès environ une douzaine d’écoles en France. Ma candidature à un poste de professeur à l’Université Libre de Bruxelles, où j’avais été étudiant, puis professeur de 1977 à 1979, a également échoué l’année dernière.

    2. @joelle
      La question n’est pas à poser à PJorion, mais à la communauté enseignante (par exemple au CSU) !
      amicalement

    3. Voir les précédents débats sur ce blog au sujet du conformisme. Il ne concerne pas que le monde de la finance et de la politique mais aussi celui de la recherche universitaire et de l’enseignement.
      Il n’y a pas beaucoup de place dans le système pour les esprits forts et libres.

  28. Un parallèle serait d’étudier les grandes ruptures historiques et ce que les historiens en déduisent. Par exemple de l’antiquité au moyen-âge en passant par la renaissance, quelles nervures, quelles principes fondateurs les théoriciens de la renaissance ont-ils empruntés des époques anciennes ? Est-ce que ce sont les intellectuels de la renaissance qui ont pris conscience de la rupture historique, où plutôt les historiens de la période qui comprennent la rupture à postériori ?
    Souvent les historiens déduisent les ruptures historiques en partie en prenant conscience de l’agenda des puissants, des gens de pouvoir, à une époque donnée.

    1. L’histoire raconte la gloire des uniformes uniformisants
      Sans parler jamais de cette diversité humaine,
      Pourchassée à travers les siècles sans aucune pause.

    2. @ Thomas

      C’est totalement faux !
      Vous mettez arbitrairement de côté plus de soixante ans de recherche sur l’histoire économique et sociale.

    3. @Arkao :
      Effectivement, notre époque diffère des anciennes parce que les sciences humaines ont été enseignées largement et que celles-ci ont des références hors du cadre des partis politiques traditionnels pour rejoindre des « réseaux ». Comme il me semble que dans un ancien message vous faisiez référence à votre passé de militant (je l’ai été moi aussi, proche d’Attac), j’ai quand même l’impression que les puissants n’ont jamais pris en compte l’essence nos critiques radicales. A postériori, si un historien devait juger l’alter-mondialisme de la fin des années 90, il devra aussi juger du comportement des élites vis à vis d’une critique construite. Les partis de gouvernement n’ont pas intégré en conscience cette radicalité, peut-être trouvaient-ils que cet humanisme n’était pas assez « scientifique » comme l’économie qu’on leur enseigne.

  29. La puce et l’éléphant… Pour rester dans le bestiaire, il y a aussi le scorpion et le crocodile.

    « Un scorpion cherchait à franchir une rivière. Soudain, il aperçoit un crocodile en train de nager non loin de la berge. Il l’appelle et lui demande s’il peut le prendre sur son dos pour le faire traverser.
    – Oh non, rétorque le crocodile. Je te connais. Quand nous serons au milieu de la rivière, tu me piqueras et je mourrai.
    – Pourquoi ferais-je une telle chose ? répond le scorpion. Si je te pique et que tu meures, je me noierai.

    Le crocodile réfléchit un moment à la réponse du scorpion, puis accepte de le faire traverser. Arrivé au milieu de la rivière, le scorpion le pique. Mortellement atteint, tout juste capable de respirer, le crocodile proteste :
    – Pourquoi as-tu fais ça ?

    Le scorpion réfléchit quelques instants, puis, juste avant de se noyer, répond :
    – Je sais, j’ai pas pu m’empêcher. C’est dans ma nature. »

  30. @ Thomas
    4 mars 2010 à 6 : 53

    Des témoignages s’il vous plaît !!!!

    Pour ouvrir les yeux de ceux qui ne voient encore rien venir il nous les faut !

    On ne connait que les suicides de France Telecom parce qu’ils ont été médiatisés.
    Mais tous les autres ???

    Depuis le 1er janvier combien d’agriculteurs, d’entrepreneurs, de particuliers acculés à la ruine se sont-ils suicidés ???
    On n’en sait rien.

    Enfin, il y en a peut-être qui savent, mais en tous cas on nous cache soigneusement ces chiffres, ou du moins rien n’est fait pour les faire connaître.

    Or, il faut savoir combien coûte là maintenant cette folie en vies humaines chez nous.

    Cela aidera peut-être à faire comprendre que les millions d’hommes de femmes et d’enfants qui sont morts et qui continuent à mourir de faim dans le monde sont les victimes de cette « fameuse crise » qui a commencé il y a bien longtemps, et que MAINTENANT C’EST A NOTRE TOUR!!!!!

    1. Je comprends votre colère chère Louise, cependant, je crains que ces chiffres (fort heureusement puisque ce sont des GENS) n’existent pas dans les proportions alarmistes que vous imaginez.

      Je ne dénonce pas votre posture, je constate simplement que le sursaut que vous souhaitez ne pourra pas s’appuyer (actuellement) sur ce genre de présupposé.

      Non pas que la crise ou plus généralement le système néo-lib’ mis en place depuis 30 ans ne charrie pas en France de nombreuses victimes mais c’est bcp plus sournois…

      Les chiffres auxquels nous devons nous intéresser ce sont les inégalités entre les plus hauts revenus et les plus bas.

      Le nombre de personnes qui bénéficient de l’aide alimentaire ( restaux du coeur etc.).

      La pauvreté ordinaire rebaptisée précarité…

      Tout cela n’est pas suffisamment spectaculaire !

      Les filets sociaux en France (allocs familiales, APL, médic’ universelle etc) limitent les dégâts mais en aucun cas ne constituent une véritable redistribution des richesses et justice sociale.

      C’est un moyen d’acheter la paix sociale…sans remettre en cause fondamentalement les régles du jeu.

      Ainsi paradoxalement tant que la France appliquera, ce qui pour ma part ne représente que des mesurettes, la paix sociale sera assurée…

      Et nous ne sommes pas prêts de voir « le peuple » se révolter.

      C’est pourquoi lorsque Paul a parlé de programme ultra-libéral à notre cher ministre du budget, celui-ci a pu dans un sourire carnassier et pervers lui affirmer :  » Mais en France, il n’y a pas de politique ultra-libérale. »

      La vraie question étant désormais pour combien temps ?

      Le mantra de la réduction de la dette préparant les esprits à la « rigueur » (accomplissement triomphant de la victoire des rentiers).

      Informer, dénoncer l’imposture à un maximum de gens (qui le savent intuitivement), c’est le meilleur moyen de provoquer une « prise de conscience »…

      Mais cela suppose la patience…quand la situation exigerait l’urgence…(pfff, mal à la tête !)

    2. Mon propos a pour origine une conversation dans une file d’attente d’une entreprise de mécanique générale ou l’on vient porter des pièces malades pour les échanger contre des neuves.

      L’interlocuteur était un homme d’une cinquantaine d’année, responsable d’une coopérative laitière de 150 adhérents, dont deux se sont pendus depuis janvier, et plus de la moitié sont « très mal ».

      Ce qui me semble spectaculaire aujourd’hui, c’est que tout le monde professionnel ressent le besoin de s’exprimer, faut que ça sorte. Passez une journée à aller de boutique pro en boutique pro, et vous ferez le plein de témoignages.

      Mais pourquoi ?

      Un peu comme Gohst Dog, je crois que tout cela est très diffus. Pas facile en bref de trouver un bon indicateur. A ce propos, je me rappelle d’une émission sur inter il y a plusieurs année ou un sociologue avait basé un certain nombre de ses prévisions d’évènements politiques sur le taux de mortalité infantile. Ce taux baisse régulièrement, dans tout les pays industrialisés, lorsque il se remet à monter, c’est d’après lui, nécessairement le signal de vastes disfonctionnements.

  31. A ma grande surprise, je constate encore et encore que le concept simple et clair des ‘limites à la croissance’ est systématiquement mis de côté alors qu’il me semble être au cœur de ce qui passe sous nos yeux. Les argumentations, très riches par ailleurs, qu’elles soient financières, économiques, politiques, sociales, sociétales tournent souvent autour de ce concept mais sans l’aborder ouvertement, comme si c’était un gros mot. Certains en parlent malgré tout.

    L’économie moderne d’Adam Smith à nos jours est complètement perdue car la plupart des théories économiques qui la composent ont été formulées durant une période anormale de croissance impressionnante. En conséquence, la pensée économique qui nous a menés au point culminant ne peut pas être celle qui va nous permettre d’atterrir en douceur. Il est donc urgent de s’intéresser aux limites à la croissance et de l’expliquer au plus grand nombre si on veut se donner les moyens préserver certaines choses que notre civilisation de la croissance a permis de développer.

    S’intéresser aux Limits to Growth, c’est se donner les moyens de comprendre ce qui se passe et va se passer afin d’éviter Tabula Rasa. Je me répète peut-être mais je crois que c’est le concept à pointer du doigt, il est compréhensible par tous et paradoxalement unificateur. Ne pas en parler ne fera que nous désunir les uns des autres pour rien de très bien.

    Pour aller plus loin, Richard Heinberg est un des rares à s’intéresser à ce concept. – Life after growth – http://www.energybulletin.net/node/51816

    1. To Peak.Oil.2008,
      Il y a une ligne de partage entre ceux qui défendent une décroissance régressive et ceux qui défendent une décroissance quantitative. Les premiers veulent en finir avec le progrès alors que les seconds y croient encore.

    2. @Michel Martin.

      La notion de progrès est un terme bien trop vague que pour créer une ligne de fracture entre les a-croissants. L’enjeu n’est pas là. La décroissance n’est pas un projet de civilisation à l’inverse de ce que la croissance a voulu être, la décroissance est le pendant de la croissance, on peut l’anticiper ou faire comme si elle n’existait pas (pommade anti-âge). Les a-croissants proposent d’anticiper la décroissance pour l’accepter et l’adoucir. Ils proposent une transition vers moins de prédation, moins de dépendance, ils veulent renforcer la société humaine en la rendant ‘résiliente’ alors que leurs opposants ne font que l’affaiblir et la rendre vulnérable. Pour moi, le progrès s’apparente plus à un concept marketing pour s’auto-glorifier et je préférerais que l’on valorise la sagesse plutôt que le progrès. Et puis, de quel progrès parle-t-on ?

    3. To Peak.Oil.2008
      La notion de progrès m’apparaît très clairement comme fondement de notre société. Le progrès est une conjonction de la raison, de la science et de la liberté, il prend la suite de la société religieuse pré-révolutionnaire. Il coincide avec un niveau d’éducation moyen tel que l’ordre religieux devient intenable (Cf Emmanuel Todd « le RV des civilisations » dans lequel il définit assez précisément à partir de quel niveau d’alphabétisation le déclin religieux apparaît et annonce une révolution de l’ordre dominant). On y croit si on croit que nos efforts peuvent contribuer à améliorer notre condition de vie et celle des générations futures.

    4. @Michel Martin.

      Je respecte le progrès tel que vous le concevez, à savoir une démarche qui valorise la recherche scientifique (la connaissance) et la liberté démocratique (les droits), une démarche qui s’inspire de la raison pour proposer des réponses non-passionnées et non-dogmatique. Il me semble que cette approche n’est pas pour déplaire aux a-croissants.

      J’ajouterais quelque chose qui fait peut-être défaut au progrès tel que nous le connaissons, c’est la mesure (être raisonnable) et l’humilité. Je pense aussi que la liberté ne peut pas être envisagée seule, sans être associée à la responsabilité (les devoirs), valeur qui fait indéniablement défaut. Un autre problème est le fait que la connaissance n’est plus tant un bien commun qu’un bien privé au service d’intérêts particuliers ou partisans. Laisser le savoir être influencé par la quête de pouvoir devrait nous donner la puce à l’oreille, la marchandisation de l’information et du savoir sont des freins au progrès tel que vous l’envisagez, des freins à la liberté. Le combat entre information et désinformation ne nous sert pas.

      Redonnons ses lettres de noblesse à la raison et ne laissons pas le progrès être un concept passe-partout au nom duquel on se dédouane totalement de ses responsabilités. Oui, pour un progrès responsable qui s’assume et qui permet une vision, un progrès qui intègre la sagesse !

  32. @ Ghost Dog,

    Avez-vous des propositions quand à la manière d’informer ‘rapidement’ les citoyens sur la ‘vérité des choses’ ??

    @ tous,

    puisqu’il semble que le besoin LE PLUS URGENT soit de faire ‘passer la vraie vérité’ au plus grand nombre, merci de bien vouloir donner vos idées quand à la manière de procéder…

    Perso, un réalisateur (docu, films…) qui est aussi cammeraman, est diposé à offrir ses compétences pour faire avancer le scmilblick.

    TOUTES les IDEES sont les bienvenues !!

    Et je rappelle la proposition de Frédéric sur ce blog, pour tous ceux qui voudraient tenter d’envisager des choses concrètes, une adresse mail à contacter (celle de Frédéric) ange.naif@hotmail.com

    Rouspéter c’est normal, il y a de quoi. Agir c’est DETERMINANT.

    Merci à tous !

  33. @ Peak Oil,

    Je pense comme vous que c’est la priorité des priorités, celle qui nous concerne tous, du ‘plus puissant au plus misérable’ et que c’est avec cette VISION bien claire de notre horizon que nous trouverons des alternatives de Vie.

    Malheureusement tout le reste est vain sans ce préalable.

    1. Expliquons notre vision des choses pour éviter une désillusion insurmontable.

      Merci à vous Laurence, pour votre état d’esprit constructif !

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