Réponse à « Légaliser les paris sur les fluctuations de prix », par Alain Gauvin

Billet invité.

En tant qu’auteur de l’article que M. Jorion me fait l’honneur de citer, je souhaite, après lecture de tous ces intéressants échanges, et après avoir écouté la vidéo de M. Jorion apporter quelques petites précisions que j’espère de nature à clarifier mon propos.

1. Je n’ai jamais dit que l’article L. 211-35 du Code Monétaire et Financier datait d’une Ordonnance de janvier 2009. Cette disposition, qui écarte la sanction civile applicable aux paris, date de bien plus longtemps. La Loi sur les marchés à terme date de 1885. Et, avant même la codification des lois financières devenues « Code Monétaire et Financier », cette disposition existait déjà et a été réitérée : loi de 1885, donc, puis loi de 1991, loi de 1993 et loi de 1996. Je ne souhaiterais donc pas que le lecteur pense que cette disposition dérogatoire date de 2009, ce que je n’ai jamais dit.

2. Si vous prenez le temps de bien lire mon article, je ne porte pas de jugement moral, ni technique sur l’existence de cette disposition qui pourrait permettre à certains dérivés d’échapper aux paris financier. Après tout, nous avons la loi que nous méritons et, autoriser les « paris financiers » procède, de mon point de vue, d’un choix politique et de société.

Mon objectif, par cet article, est de mettre en lumière l’inépuisable hypocrisie de nos Politiques. Plus exactement, il y a soit de l’incompétence de la part du politique à fustiger la spéculation, alors qu’elle existe dans la loi même (!), soit de l’hypocrisie, soit très peu de considération pour la population.

Ma contrainte, dans cet article, était de critiquer la positions des Politiques sur un plan technique, pour n’être pas accusé de poujadisme. Car, en la matière, tous les Politiques condamnent la spéculation. Dès lors, les dénoncer en tant qu’hypocrites – tous – pouvait me valoir l’accusation de faire du populisme. L’argument technique est imparable. En me limitant à la loi, rien qu’à la loi, je ne peux prêter le flanc à une telle critique. Ou alors, il faudra beaucoup d’adresse à celui qui s’y essaiera.

3. Mais ce n’est pas tout : après le « il faut interdire la spéculation », voici que notre Ministre des Finances, la Dame qui voulait mettre les Français au vélo pour faire des économies d’essence (là, je suis un peu poujadiste, et ce n’est pas bien !), nous parle d’interdire les CDS ! Je vous donne rendez-vous dans une prochaine édition du quotidien La Tribune : dans l’article que j’y publierai (et dont dispose déjà La Tribune), j’adopte une démarche identique à celle utilisée dans mon article sur les paris financier : la loi, rien que la loi. Et que nous dit la loi ? Et bien qu’un OPCVM, celui que vous et moi, et la Veuve de Carpentras, souscrivons, c’est-à-dire, un produit d’épargne grand public, peut acheter des CDS.

Là encore, je ne dénonce pas l’existence des CDS (j’en ferais, au demeurant, plutôt la promotion, et je peux expliquer pourquoi). Ce que je dénonce, c’est cette capacité de nos Politiques, en l’occurrence, notre Ministre des Finances, à faire le grand écart entre des principes totalement contradictoires (et sans risque de déchirure musculaire) et de tromper le Peuple. C’est proprement insupportable.

En tout cas, je remercie chacun d’entre vous, et M. Jorion, pour l’intérêt que vous avez pu trouver à me lire.

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122 réflexions sur « Réponse à « Légaliser les paris sur les fluctuations de prix », par Alain Gauvin »

  1. Pour revenir sur l’élection de 2007, je tiens à témoigner des discussions que j’ai eues à l’époque avec ceux qui ont voté pour le monsieur actuel. P Jorion n’était pas en France à ce moment, mais c’était gratiné, du haut en bas de la société, ces votants jubilaient devant les prestations enthousiastes du
    candidat. Certains de la classe très aisée le qualifiant même de génie, un nouveau Napoléon conquérant. Pas un seul argument un peu rationnel critique n’ébranlait leur élan. Un vrai phénomène qui
    me laissait coi. Encore maintenant, ça me laisse perplexe comme une poule devant un cure dents.

    Pour les constructions en zone inondable, les règles auraient dû être d’imposer à minima des bâtiments
    sur pilotis, des impôts locaux et des primes d’assurances plus élevées, au moins ça aurait eu le mérite
    de baisser les risques et de les mettre clairement en évidence.

    Rien de cela n’a été fait, on mis la poussière sous le tapis.

    1. Surtout que les pouvoirs divers et non variés qui nous gouvernent se gobergent ad lib. du sacro-saint « principe de précaution ».
      Toujours cité, jamais appliqué.

    2. « Du haut en bas de la société, ces votants jubilaient devant les prestations enthousiastes du
      candidat. »

      J’ai effectivement constaté la même chose. La politique, c’est comme l’amour, c’est un phénomène d’hypnose, et l’hypnotiseur, il faut le reconnaître, était puissant, avait l’art et la manière du bateleur confirmé.

      Pourtant certains, dont JF Kahn, ont décrit l’extrême nervosité du candidat, ce qui n’est jamais de bon augure en politique. Celle-ci était visible à l’oeil nu, mais rien n’y a fait. Les gens avaient envie qu’on leur parle de cette façon et ça a occulté chez eux tout sens critique.

      Voilà pourquoi, dans nos société de pulsions plutôt que de désir, la démocratie n’est pas possible par les temps qui courent. Il y aura toujours un opportuniste pour profiter de l’extrême influençabilité de nos concitoyens en jouant sur leurs émotions et en faisant (malhonnêtement) vibrer leur corde sensible, plutôt que de s’adresser à leur raison. Espérons que nous nous en tirerons sans un Pearl Harbour quelconque, guerre, révolte ou catastrophe.

  2. J’ai un peu de mal à suivre le raisonnement du point 2. de M. Gauvin, qui revendique son absence de « jugement moral » sur une loi au motif que cette dernière découle de choix de société (je comprends ici: de choix démocratiques décidés par des députés régulièrement élus).

    1. N’est-ce pas le propre de toutes les lois que d’être issues de choix démocratiques ?
    2. N’est-ce pas le propre d’une démocratie que de permettre à chacun d’émettre un « jugement moral » sur ces même lois ?

    1. Tous les raisonnements de ceux qui défendent l’existence du « côté sombre » de la force spéculative se rapportent à la notion d’assurance.
      Qui est elle-même un pari.
      C’est à dire une hypocrisie puisque chaque partie a bien l’intention de rouler l’autre (à l’exclusion de l’assurance rendue obligatoire au détriment du principe de responsabilité).
      Ce qu’on appelle « win-win ».
      En fait l’art du mensonge.
      Mais si tout est commercialisable même la guerre, les principes de Sun Tzu s’appliquent partout.

    2. Je suis d’accord avec vous Martin:je réponds « oui » à vos deux questions. Je dis simplement que mon propos – le sujet de mon article – n’était pas de porter un jugement moral. Ce que je ne m’interdis pas bien sûr.

  3. La finance et la communication véhémente ont finit par rendre les gens idiots en les perdant dans des labyrinthes de complexité prétendant les rendre plus intelligents. Qu’est ce que l’intelligence là où plus personne ne comprend rien et n’a finalement plus rien à dire ? La complexification va faire des désastres.

    1. A nouveau, si je peux me permettre: ne fustigeons la spéculation sans avoir fait, au préalable, l’effort de la définir. Définir les choses est essentiel par honnêteté intellectuelle. C’est aussi important car l’exercice de définition peut donner une idée différente des choses, et chasser les idées préconçues. Bien à vous,

    2. Mr Gauvin, des questions intéressantes vous ont été posées plus haut. Vous n’y avez pas répondu. Pourquoi préférez-vous perdre votre temps à répondre à un post inutile?

    3. Réponse à « Moi ». Je ne refuse pas de répondre aux questions que vous jugez intéressantes. Simplement, je ne suis pas encore habitué au fonctionnement du blog (mais grave à Paul et à vous, ça viendra). Et puis, les questions intéressantes nécessitent du temps. Mais je crois avoir réparé cette lacune: j’ai répondu à un certain nombre de questions. J’ai également une question intéressante à vous adresser: pourquoi vous camouflez-vous derrière un pseudo? Bonne soirée,

    4. Parce que je préfère rester anonyme. Cela me donne la liberté d’exprimer ma pensée sans crainte aucune (réelle ou imaginée). Ce qui n’est pas votre cas.

    5. Réponse à « Moi dit » : « Parce que je préfère rester anonyme. Cela me donne la liberté d’exprimer ma pensée sans crainte aucune (réelle ou imaginée). Ce qui n’est pas votre cas. »

      1. Vous ne pouvez pas me reprocher de ne pas dépasser la « crainte » dont vous faites état: je m’exprime à identité découverte, et ne m’en sens pas moins libre, en dépit des réactions vigoureuses, parfois justifiées, parfois gratuites, suscitées par ce que j’écris.

      2. Je ne suis pas sûr que vous soyez aussi libre que cela à vivre caché et à craindre de votre propre opinion.

      Je vous invite à contribuer utilement à ce débat, sans préjuger de ce que je pense (« Ce qui n’est pas votre cas »). Vos arguments, si vous en avez, n’en ressortiront que plus forts. Si vous ne vous en sentez pas capable, même sous la cagoule, alors cessez dem’apporter la contradiction.

      Bien cordialement,

    6. @Monsieur Gauvin: pour ma part, je préfère l’anonymat à cause d’un phénomène psychologique curieux: le remord qui me fait regretter tout ce que je peux dire ou écrire, un remord qui me donne l’impression d’avoir été c… Mes huit ans d’analyse m’ont seulement permis de desserrer le carcan de la névrose, pas de le supprimer tout à fait.

    1. Dans l’immédiat, ou du moins dans les jours qui vont suivre nous aurons la possibilité de voter. Je n’ai pas de mots d’ordre et personne ici ne se risquerait à proposer quoi que ce soit, mais c’est déjà une possibilité que nous offre encore la démocratie française (dont on pourrait discuter de l’état, mais c’est un autre débat).
      L’abstention risque d’être forte, il faut donc inciter nos proches à se déplacer vers l’isoloir de leur quartier. Voter c’est donner du poids à la démocratie quel que soit le bulletin glissé dans l’enveloppe.

      Alors votons en pleine conscience.

      D’autre part, aligner les mots, à l’infini ou pas, c’est déjà faire qq chose, c’est prendre conscience du problème et esquisser des solutions. Faire comprendre à nos proches la profondeur du problème et les enjeux qui en découlent n’est pas si mal. C’est un petit qq chose. Non ?

    2. Bonjour Pierre Yves, Laurence et Mr Gauvin!

      Une idée, Monsieur Gauvin? Peut être…Déjà, nous sommes quelques un(e)s à partager celle de dénoncer l’insupportable duplicité de nos leaders politiques. Et, à vous lire, vous la partagez aussi.

      Au-delà des critiques de fond qui vous sont adressées ici (dont je partage certaines), je trouve que votre billet est agréable.
      Dans sa construction : une critique technique (et morale) appuyée par des faits.
      Dans son esprit : il se fixe une limite dans le raisonnement, laissant au peuple/aux citoyens la liberté d’en tirer les conséquences.

      Tout commence à la fin de votre article, Monsieur Gauvin. Effectivement, c’est proprement insupportable.

      L’idée, elle est simple et complexe : le pouvoir, c’est nous. Et pas eux. Ils sont à notre service.

      Je vous accorde volontiers que le renversement de perspective est un chantier compliqué à mettre en oeuvre. Personnellement, je ne vois aucune autre alternative à la logique mortifère dans laquelle nos représentants (les bleus ou les roses, en France ou ailleurs) sont en train d’enfermer des sociétés entières.
      Et je partage avec vous l’idée que le droit est une chose importante.

      Bien cordialement,

      Frédéric

  4. @ Dissonnance,

    les gens n’aiment pas beaucoup qu’on les mette face à leur responsabilité.

    Il n’y a pourtant pas d’autre voie pour devenir un Homme.

    1. @Laurence

      « les gens n’aiment pas beaucoup qu’on les mette face à leur responsabilité. »

      Et moi le premier, mais je me soigne, comme vous avez pu le constater 🙂

  5. Attention aux conclusions hâtives !!

    Selon PJ l’envolé des prime des CDS souverains (ex emprunt grecs) provoque par ricochet un affaiblissement des capacité de financement de la Grèce en augmentant les taux des nouvelles obligations. Cela est bien sur vrai et on peux y voir là une décorrélation entre fondamentaux économique et méthode algorithmique simpliste.

    Cependant il ne faut pas oublier que Bâle II oblige les banques à gérer leurs risques et donc à réserver une partie de leur fond propre en garantie d’obligations Grecs sauf si elles sont couvertes par des CDS !!

    CLS: Sans CDS les banques auraient moins acheté d’emprunt Grecs et le problème aurait éclaté avant !!

    Ps : Les primes des CDS souverains ont flambé lorsque les états ont garanti leurs banques…

    1. Ce message de Quid34 est intéressant car il démontre qu’il convient de se garder de propos hatifs et de critiques faciles. Les choses, pas seulement en matière financière, mais dans la vie en général, sont plus compliquées qu’on le veut bien. C’est regrettable, mais c’est ainsi. C’est uen donnée à prendre en cosnidération, sauf à sombrer dans l’erreur. Bien cordialement,

    2. Tout à fait d’accord: le problème aurait éclaté avant. Et alors? La base du problème grec est doublement systémique: lié à la fois au système de financement des états par la dette et à une gestion déplorable, voire carrément frauduleuse de l’état grec. Sachant que ces 2 causes n’avaient pas de raison particulière de disparaître avec le temps, je ne vois pas vraiment en quoi le fait que la crise éclate plus tard aurait aidé, bien au contraire…

      Maintenant je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il faut nous méfier des conclusions hâtives. Il m’est arrivé plus d’une fois dans cette crise moderne de changer d’avis à 180° à la lumière de faits que j’avais mal considéré. Merci à tous d’ailleurs de braquer les projecteurs sur ces zones d’ombre!

    3. Tout à fait d’accord Tchita. Il est probable que ces fameux CDS ne font que masquer le risque sans pour autant le réduire ni offrir un moyen de le supporter. Normal, car un risque c’est toujours un risque de perte sèche, sans contrepartie aucune. A l’arrivée, CDS ou pas, on ne voit pas pourquoi il se trouverait des financiers pour payer les pots cassés.

  6. Supprimons les affaires, c’est à dire les affaires FINANCIERES, et les avocats d’affaire n’existeront plus.

    1. Le blog de Paul Jorion est plein de tolérance. De tels propos – le vôtre, en l’occurrence – ne servent pas à grand-chose. Je suis sûr que vous avez d’autres idées à partager avec nous tous, autrement plus précieuses qu’un tel message inutile et encombrant. Bien cordialement,

    2. Intéressante votre idée. Son seul défaut, c’est qu’elle n’est pas assez énergique. Le mieux serait de supprimer la vie, carrément, comme ça plus personne ne mourrait. Toute blague mise à part, « les affaires » commencent par le troc, genre pelote de ficelle contre paquet de nouilles, c’est dire qu’elles n’ont pas attendu les avocats pour exister. Elles commencent même au berceau, quand bébé « comprend » qu’en pleurant un grand coup sa mère va venir s’occuper de lui…

  7. L’expérience de la grenouille
    par Olivier Clerc
    « Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite. L’eau se chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager. La température commence à grimper. L’eau est chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille; ça la fatigue un peu mais elle ne s’affole pas pour autant. L’eau est maintenant vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température de l’eau va ainsi monter jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais s’être extraite de la marmite.

    Cette expérience peu recommandable est riche d’enseignements. Elle montre que lorsqu’un changement négatif s’effectue de manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas d’opposition, pas de révolte. »

  8. M Gauvin,

    vous nous confirmez donc que ce qui vous préoccupe avant tout c’est l’hypocrisie des dirigeants.
    Pour ma part la spéculation me semble être un problème de fond autrement plus important que celui du discours des politiques, lesquels, on le sait, changent au gré des politiques menées. Or aujourd’hui les politiques ménagent la chèvre et le chou ne sachant plus quelle attitude adopter faire devant une situation de crise tout à fait inédite. Il y a certainement une réelle hypocrisie, mais celle-ci cache avant tout une absence de perspective, de leur point de vue, quant à l’évolution de la crise, si bien qu’ils ne savent plus très bien s’ils doivent prendre le parti du peuple ou des milieux d’affaire, et en particulier du milieu financier.

    Vous nous donnez un peu l’impression d’attaquer les prises de positions politiques pour ne pas entrer dans le vif du sujet, à savoir les effets prétendus positifs de la spéculation. Vous ajoutez qu’il faudrait que l’on donne une définition précise de la spéculation pour savoir de quoi on parle.
    Or celle-ci existe. C’est la définition que donne Paul Jorion. La spéculation ce sont les paris sur les fluctuations de prix. C’est la définition communément admise sur ce blog et au delà à travers les livres qu’a publiés M. Jorion.

    1. Réponse à Pierre-Yves.

      Je vous remercie pour votre message.

      1. Je vous confirme que, dans le cadre de l’article que j’ai publié, et des échanges que nous avons, je me suis limité à dénoncer, techniquement, l’hypocrise politique. C’est peut-être peu à vos yeux; mais ce n’est pas si mal tout de même, compte-tenu de la difficulté à remettre en cause le discours politique sur un terrain encore une fois technique, et non démagogique ou politique. Comme je l’ai déjà dit, dénoncer le discour politique par un autre discours politique est assez facile: en politique, il suffit d’empiler des mots pour faire des phrases et endormir un peu plus l’électeur déjà anesthésié.

      2. En dépit de tout le respect que je porte à Paul Jorion, permettez-moi de ne pas être forcément toujours absolument d’accord avec certains de ses points de vue. Vous dîtes « La spéculation ce sont les paris sur les fluctuations de prix. » Ca, c’est une définition pour le JT de 20h00 de Claire Chazal et ses téléspectateurs; pas pour les contributeurs de ce blog que nous sommes qui semblent doués d’un esprit critique un peu plus élevé que la moyenne. L’exercice de définition requiert de l’effort. Ce n’est pas en une réponse de 2.000 caractères que l’on peut utilement se livrer à un tel effort.

      Bien à vous,

    2. Je suis d’accord : l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, ce n’est pas toute la spéculation et il ne faudra pas s’arrêter en si bon chemin. Sur un plateau de télévision – où vous êtes en général plusieurs – il faut pouvoir ramasser ce que vous avez envie de dire, et il faut parfois recourir – comme Claire Chazal – à des formules. L’interdiction des paris sur les fluctuations de prix était difficile à faire passer il y a quelques années mais l’illustration qu’en offrent maintenant les positions nues sur CDS : « je prends une assurance-auto sur la voiture de mon voisin », tout le monde la comprend, comme l’a très bien mis en évidence d’ailleurs mon intervention l’autre jour à @rrêt sur image.

    3. M. Gauvin

      C’est justement en vertu de notre esprit critique que nous prenons au sérieux l’interdiction des paris sur les prix. Vous êtes nouveau venu sur le blog. Sachez que M. Jorion à maintes reprises s’est expliqué la signification qu’il donnait à cette interdiction. L’ingénierie financière n’a pas de secrets pour lui puisque cela fut même son métier, y compris dans cette région du monde où s’est déclenchée la crise des subprimes et où il pu se faire une idée précise sur tout une gamme de produits plus que douteux de la finance. Il a prévu la crise actuelle et a démontré en quoi le niveau faramineux des transactions liées à la spéculation a failli conduire à l’implosion du système financier. Comment pouvez-vous nier à ce point l’évidence ?

      M. Jorion sait donc parfaitement de quoi il parle. Dans un certain nombre de billets et dans ses livres il a détaillé les mécanismes de la spéculation et en a montré les implications économiques et sociales.

    4. Pour moi, il est évident que cette fameuse « interdiction des paris sur la fluctuation des prix » n’est qu’un fer de lance pour réclamer une règlementation de la finance (et non une « régulation des marchés », c’est encore autre chose).

      Sur le plan de la communication, (ie: ce que l’on pourrait entendre, un soir, dans la bouche d’une Claire Chazal), ce me semble une excellente formule car, dans sa forme, elle se détache des slogans et des formes habituellement bien lisses. Elle est un peu compliquée sans l’être trop, elle sort on ne sait d’où, elle fait rimer paris et prix, interdiction et fluctuation, et apparaît finalement comme une étrangeté. De quoi marquer les esprits. Au début on se dit « mais c’est quoi ce truc ? », ensuite on s’y fait peu à peu, comme à un goût exotique, puis on en vient à penser qu’elle indique la bonne direction. Cela dit, je ne crois toujours pas en son efficacité, car l’esprit de lucre aura tôt fait de contourner cette « ligne Maginot », mais je ne vois rien d’autre, à moyen terme, pour changer vraiment la planète finances.

  9. Cher Alain Gauvin,
    Tout d’abord, merci de démontrer pour la dénoncer de cette hypocrisie politique, …

    Je suppose celle de nos « fieffés » politiques, qui sévissent, agissent, s’agitent, proposent, décrètent du haut des hauteurs du pouvoir des pouvoirs politiques, parce qu’en deça, peut-on dire dans le bief, les « bieffés » politiques , peut-on vraiment savoir ?? …

    Dans cette optique, sur ce sujet particulier, j’ai essayé de parcourir le site du Sénat, comme ça, pour voir, pour essayer de me faire une idée, réaliser, quantifier, prendre la mesure de cette hypocrisie politique …
    je n’ai sans doute pas tout, vraiment pas tout compris, ..
    j’ai noté qu’une commission parlementaire, mais je n’ai vraiment trouvé de débats …

    J’en suis donc restée à considérer, (toujours sur ce sujet) de l’hypocrisie de nos « fieffés » politiques, sans tellement pouvoir ni trop quoi en dire, ni manifestement la penser de nos « bieffés » politiques ..
    Donc, voilà, de cette question-là que je me pose, si vous le pouvez ou s’il se pouvait, ….
    j’ aimerais bien comprendre, connaitre un peu mieux votre avis ….
    Merci

    1. Chère Cécile,

      Je ne suis pas sûr de comprendre votre question. L’hypocrisie que je dénonce résulte de la confrontation de deux textes (l’exception de jeu du Code Civil et la dérogation à cette exception énoncée par le Code Monétaire et Fianncier) et du discours unanime de tous les Politiques sur la spéculation. Si vous trouvez un Politique qui exprime une position favorable à la spéculation, je suis preneur (Alain Madelin? A voir).

      Si vous avez de l’appétit pour les travaux parlementaires, alors je vous invite à consulter ceux (du Sénat, comme ceux de l’AN) qui concernent le recours aux CDS par les OPCVM. Ces travaux sont ceux qui ont précédé la Loi de Sécurité Financière d’août 2003 (Sécurité Financière! On risque de faire rire Zébu, Crapaud Rouge et cie). Si vous êtes patiente, je publie un article à ce sujet dans un prochain numéro de LA TRIBUNE, après le cri d’orfraie poussé par notre Ministre des Finances il y a 10 jours, ayant découvert tous les vilains bobos qu’engendrent les CDS et prônant leur interdiction. Interdiction au journal de 20H00 (ou autre media) d’un côté; gavage d’OPCVM à coup de CDS, gavage permis par la loi, de l’autre…

      Bien cordialement,

    2. Cher Alain Gauvin

      J’essaye de vous reformuler ma question

      Mon sentiment est que l’hypocrite agit en toute conscience, en toute lucidité, en toute perspicacité, en toute connaissance de fait ….
      mais l’ignorant, l’ingénu, le naïf, … ont-ils accès de cette hypocrisie ???
      alors pourtant même, une des stratégies de l’hypocrites ne serait-elle pas justement de cultiver la crédulité ???

      Je suis d’accord avec vous de l’hypocrisie, mais je pressentirais aussi que sans une bonne dose de crédulité, peut-être même savamment entretenue, ….
      Ne pensez-vous pas , vous aussi que …. ???

      NB Pour exemple, de cette mention de l’ignorance, exposée à côté de l’oubli, et du mépris, comme tout aussi calamiteuse
      « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen …. Préambule. Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationnale, considérant que l’ignorance, l’oubli, le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et la corruptions des gouvernements …. « 

    3. Chère Cécile,

      Si votre propos est de soutenir que les Politiques auraient un intérêt à avoir pour électeurs des ventres moux sans cervelle, je ne suis pas loin de le penser.

      Bien cordialement,

    4. Comme nous agréons l idée de ne pas regrouper tous les zinvestisseurs dans le même panier, considérant que leur diversité nous interdit de les réunir sous un seul aspect trop lisse, pourrions-nous aussi éviter de parler des politiques comme si ils n appartenaient pas à une sphère humaine complexe, et donc hétérogène ?

      Les zinvestisseurs. Les politiques.
      Tous pluri.

      Le dire :
      Des zinvestisseurs, des politiques… ce serait moins populiste, pour le coup.

      Bien cordialement.

  10. @ Alain Gauvin, vous dites :

    2. A quoi servent les CDS et plus largement les dérivés et autres titres complexes (CLN, CDS, cat bonds, etc)? Ils remédient à l’incapacité du marché de l’assurance et de la ré-assurance à couvrir des risques de toute nature, divers et coûteux dans les dommages qu’ils provoquent. Qui donc peut bien souscrire de tels risques, à occurrence faible, mais au coût élevé? Pour partie, ce que l’on désigne comme étant des spéculateurs mais il ne faudra pas se plaindre si, en conséquence, un certain nombre de risques ne sera plus assurable. Et ça m’étonnerait bien que nos sociétés soient prêtes à être moins assurées.

    A-t-on un exemple de grande catastrophe qui ait bénéficié de ce type de couverture sans avoir nullement recours à l intervention publique ? Non. Autrement dit, les spéculateurs assurent quelque chose non seulement parce que l occurrence est faible, mais aussi parce que, en cas de survenue de cette occurrence, ce ne sera pas eux qui paieront mais bien les collectivités.

    Étranges contrats de dupes qu il faudrait honorer.

    Il se trouve qu un vieux système d assurance avait démontré une certaine efficacité. C était la collectivité, la présence de l État et du contrat social en tant que garant des risques systémiques de toute nature mais que, sous couvert d efficience absolu du marche, on choisit de démanteler cet outil.

    Étrange système d assurance, en vérité, que celui qui conduit à démanteler des couvertures fiables parce que largement reparties et mutualisées, pour mieux vendre des produits qui seraient bien en peine de couvrir quoi que ce soit de majeur. N est-il pas ?

    Décidément, les arguments en défense de certains usages de certains produits dérivés sont bien tenus.

  11. la définition de « spéculer » dans TLF (trésor de la langue française)
    http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=3776869515;

    « SPÉCULER, verbe trans. indir.
    ——————————————————————————–

    SPÉCULER, verbe trans. indir.
    A. [Le compl. d’obj. indir. peut ne pas être exprimé] Faire des opérations financières, commerciales pour tirer profit des variations du marché. Synon. accaparer, agioter (vieilli), boursicoter (fam.). Spéculer sur le coton, sur les grains, sur les mines d’or, sur le sucre; spéculer sur le prix de qqc.; spéculer sur la misère publique; spéculer en Bourse. Le père Grandet spéculait sur les tonneaux ou sur les monnaies, selon l’occasion (ALAIN, Propos, 1932, p. 1060). Comme l’argent appelle l’argent, il avait pu profiter de l’essor industriel du Nord, spéculer sur les achats et les reventes de vieux matériel et d’usines à démolir (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 151). V. agioteur ex. 6.
    Spéculer à la baisse, à la hausse. Faire des opérations financières, commerciales pour tirer profit des variations du marché à la baisse, à la hausse. D’Israëli, qui jugeait la hausse téméraire, résolut de spéculer à la baisse (MAUROIS, Disraëli, 1927, p. 32).
    B. Gén. péj. Compter sur quelque chose pour en tirer un profit, un avantage. Spéculer sur l’amour, la bêtise, la crédulité, la cupidité, la sottise de qqn. Le chicaneur spécule sur l’obscurité des lois (SAY , Écon. pol., 1832, p. 463). Le capitaine (…) avait spéculé sur l’action bénéfique de l’air de la mer pour me ravigoter (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 229).
    C. [Le compl. d’obj. indir. peut ne pas être exprimé] Se livrer à des études, des recherches abstraites, théoriques. Synon. méditer, penser, réfléchir. Spéculer sur des abstractions, sur Dieu, sur l’essence de qqc., l’existence de qqc., sur l’infini, sur le réel. La philosophie spéculant à l’aide des catégories, Dieu est demeuré à l’état de conception transcendentale (PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 20). Dommages [que] subissent (…) la théologie et la théodicée, dès qu’on permet à l’intelligence humaine de spéculer sur l’absolu (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 1285).
    Prononc. et Orth.: [spekyle], (il) spécule [-kyl]. Ac. 1694, 1718: spe-, dep. 1740: spé-. Étymol. et Hist. A. 1. a) Mil. XIVe s. trans. « observer, considérer, chercher à pénétrer par l’esprit » ([JEAN D’ARKEL] Li ars d’amour, éd. J. Petit, II, IV, IX, t. 2, p. 29: regardant, avisant et especulant cele science); 1370-72 id. (NICOLE ORESME, Ethiques d’Aristote, éd. A. D. Menut, X, 20, p. 539: speculer et cognoistre la multitude et congregacion des loys); b) 1404 speculer sus aucune chose « réfléchir, méditer sur » [dom. de l’astron.] (CHRISTINE DE PISAN, Fais et bonnes meurs Charles V, éd. S. Solente, III, 67, t. 2, p. 170: speculer sus plus occultes choses si comme des passions de la lune, comme sont eclipses); c) ca 1550 intrans. c’est spéculé (Farce du Cousturier ds Anc. théâtre fr., éd. Viollet Le Duc, t. 2, p. 166); 2. 1509 trans. « observer une réalité, des phénomènes physiques » speculer toute la pourprise à l’environ (LEMAIRE, Illustr., I, 21 ds HUG.); 1610 speculer les astres (BEROALDE, Parvenir, Epistre I, 270, ibid.). B. 1. 1792, 2 déc. « chercher à obtenir un gain grâce à; chercher à tirer profit de » spéculer sur la misère publique (ROBESP., Discours, Subsist., t. 9, p. 115); 2. 1798 spéc. spéculer sur les matières de banque (Ac.). Empr. au lat. speculari « observer, guetter, épier; regarder d’en haut ». Fréq. abs. littér.: 245. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 342, b) 260; XXe s.: a) 402, b) 365. Bbg. QUEM. DDL t. 16. « 

  12. Bonsoir,

    lisant attentivement le contenu des blogueurs il me semble qu’il y a un amalgame de fait. je ne pense pas que la totalité des produits derivés soit à passer à la trappe. Les produits ART (alternative Risk Transfert) de l’assurance comme les catbond ont leur utilité et les titrisations d’assurance n’ont rien à voir avec les titrisations de dettes. Ils rendent assurable des vulnerabilités qui ne trouveraient pas d’assureurs normalement.

    de plus concernant la spéculation sur produit derivé une simple decision des etats suffirait à reduire la chose à une taille qu’elle n’aurait jamais du quitter. Oui une simple decision, celle de ramener les produits de gre à gré dans dans le giron des marchés reglementés avec ses contraintes et garde-fous: appel de marge et deposit. L’application de ces mesures au marché des swaps avait il y a quelques années reussi à le rendre raisonnable. J’ajouterai que creer du frottement dans les transactions de marché, via une taxe nous debarasserait aussi par la même occasion du trading HFT qui detourne le marché de sa fonction naturelle qui est de financer l’économie.

    1. Merci pour cette bien utile contribution. Je suis bien d’accord que le recours au marchés réglementés sécurisent les opérations. Le seul souci, c’est que le marché réglementé ne permet pas de structurer des produits sur mesure pour des risques et des besoins particuliers. Certains risques peu liquide (PME, climatiques, pandémiques, etc.) risquent de ne pas trouver leur place sur ces marchés. Bien cordialement,

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