Réponse à « Légaliser les paris sur les fluctuations de prix », par Alain Gauvin

Billet invité.

En tant qu’auteur de l’article que M. Jorion me fait l’honneur de citer, je souhaite, après lecture de tous ces intéressants échanges, et après avoir écouté la vidéo de M. Jorion apporter quelques petites précisions que j’espère de nature à clarifier mon propos.

1. Je n’ai jamais dit que l’article L. 211-35 du Code Monétaire et Financier datait d’une Ordonnance de janvier 2009. Cette disposition, qui écarte la sanction civile applicable aux paris, date de bien plus longtemps. La Loi sur les marchés à terme date de 1885. Et, avant même la codification des lois financières devenues « Code Monétaire et Financier », cette disposition existait déjà et a été réitérée : loi de 1885, donc, puis loi de 1991, loi de 1993 et loi de 1996. Je ne souhaiterais donc pas que le lecteur pense que cette disposition dérogatoire date de 2009, ce que je n’ai jamais dit.

2. Si vous prenez le temps de bien lire mon article, je ne porte pas de jugement moral, ni technique sur l’existence de cette disposition qui pourrait permettre à certains dérivés d’échapper aux paris financier. Après tout, nous avons la loi que nous méritons et, autoriser les « paris financiers » procède, de mon point de vue, d’un choix politique et de société.

Mon objectif, par cet article, est de mettre en lumière l’inépuisable hypocrisie de nos Politiques. Plus exactement, il y a soit de l’incompétence de la part du politique à fustiger la spéculation, alors qu’elle existe dans la loi même (!), soit de l’hypocrisie, soit très peu de considération pour la population.

Ma contrainte, dans cet article, était de critiquer la positions des Politiques sur un plan technique, pour n’être pas accusé de poujadisme. Car, en la matière, tous les Politiques condamnent la spéculation. Dès lors, les dénoncer en tant qu’hypocrites – tous – pouvait me valoir l’accusation de faire du populisme. L’argument technique est imparable. En me limitant à la loi, rien qu’à la loi, je ne peux prêter le flanc à une telle critique. Ou alors, il faudra beaucoup d’adresse à celui qui s’y essaiera.

3. Mais ce n’est pas tout : après le « il faut interdire la spéculation », voici que notre Ministre des Finances, la Dame qui voulait mettre les Français au vélo pour faire des économies d’essence (là, je suis un peu poujadiste, et ce n’est pas bien !), nous parle d’interdire les CDS ! Je vous donne rendez-vous dans une prochaine édition du quotidien La Tribune : dans l’article que j’y publierai (et dont dispose déjà La Tribune), j’adopte une démarche identique à celle utilisée dans mon article sur les paris financier : la loi, rien que la loi. Et que nous dit la loi ? Et bien qu’un OPCVM, celui que vous et moi, et la Veuve de Carpentras, souscrivons, c’est-à-dire, un produit d’épargne grand public, peut acheter des CDS.

Là encore, je ne dénonce pas l’existence des CDS (j’en ferais, au demeurant, plutôt la promotion, et je peux expliquer pourquoi). Ce que je dénonce, c’est cette capacité de nos Politiques, en l’occurrence, notre Ministre des Finances, à faire le grand écart entre des principes totalement contradictoires (et sans risque de déchirure musculaire) et de tromper le Peuple. C’est proprement insupportable.

En tout cas, je remercie chacun d’entre vous, et M. Jorion, pour l’intérêt que vous avez pu trouver à me lire.

Partager :

122 réflexions sur « Réponse à « Légaliser les paris sur les fluctuations de prix », par Alain Gauvin »

  1. @ Alain Gauvin

    Merci de vos précisions.
    Je pense, que certains d’entres nous seraient très intéressés à avoir connaître votre opinion sur les CDS sur positions nues (ou à découvert, si j’ai bien compris, c’est la même chose), en tant que lecteur de ce blog (néophyte en économie) depuis qqs semaines, votre phrase titille ma curiosité.

    Cordialement

    1. Réponse à Hema.

      Ma position, en quelques mots, et il en faudrait beaucoup plus pour tenir une explication pédagogique, est la suivante. On peut toujours supprimer les CDS, comme d’ailleurs la titrisation. Mais, d’abord, il faut savoir pourquoi (1); et, ensuite, il ne faut pas oublier ce que ces instruments ont permis (2).

      1. Pourquoi supprimer les CDS? Parce que ce sont des instruments du diable qui auraient permis la diffusion de la crise des subprimes à tous les secteurs économiques et géographiques? Parce qu’ils sont objet (ou moyen) de spéculation? Parce qu’ils sont compliqués? Si telles sont les raisons, alors, je pense qu’elles sont aussi mauvaises et fantaisistes que de supprimer le brouillard pour qu’il y ait moins d’accidents de la route.

      En revanche, donner aux CDS une qualification et un régime juridiques pertinents, permettre aux autorités de contrôle d’assurer la traçabilité du risque ainsi transféré, garantir aux investisseurs une information sur les risques pris pertinente (j’ai bien dit pertinente et pas foisonnante, etlle que l’exige la réglementation actuelle), voilà de bonnes mesures.

      De toute manière, si l’on supprime les CDS, d’autres instruments viendront sur le marché pour les suppléer car, et j’en viens là à mon 2nd point, si les CDS existent ce n’est pas (d’abord et seulement) à cause de vilains banquiers spéculateurs, en raison des besoins qu’ils satisfont.

      2. A quoi servent les CDS et plus largement les dérivés et autres titres complexes (CLN, CDS, cat bonds, etc)?

      Ils remédient à l’incapacité du marché de l’assurance et de la ré-assurance à couvrir des risques de toute nature, de plus divers et de plus en plus coûteux dans les dommages qu’ils provoquent. Comment croyez-vous que la tempête Katrina en 2005 a été assurée? Comment croyez-vous que Xynthia le sera? Grâce aux marchés de capitaux dont les dérivés et autres titres complexes sont les instruments. Savez-vous que les grands risques pandémiques, que le risque de mortalité que le « risque de longévité » (sic!) sont réassurés sur les marchés financiers?

      Qui donc peut bien souscrire de tels risques, à l’occurence faible, mais au coût élevé? Pour partie, ce que l’on désigne comme étant des spéculateurs.

      Notre société n’est plus en mesure de courvir les grands risques auxquels elle est confrontée au seule moyen de classiques polices d’assurances. Un séisme du type de celui que l’on prévoit en Californie (le bien nommé « Big One ») suffirait à mettre l’asssurance mondiale en faillite, là où les marchés de capitaux pourraient en absorber 200 fois le choc.

      En conclusion, on peut toujours interdire les CDS et autres instruments livrés en pature au bon Peuple comme étant à l’origine de tous ses maux (ce qui permet à nos impuissants politiques (un peu de poujadisme) de « divertir » l’opinion publique des vrais problèmes), mais il ne faudra pas se plaindre si, en conséquence, un certain nombre de risques ne sera plus assurable. Et ça m’étonnerait bien que nos sociétés soient prêtes à être moins assurées.

      Bien cordialement,

    2. Votre réponse me laisse un peu sur ma faim.

      Si j’ai bien lu Paul Jorion il existe deux emplois possibles des CDS.
      Il y a d’une part ceux qui ont une réelle fonction d’assurance et d’autre part ceux dont l’unique usage est de parier sur des risques qui ne concernent pas ceux qui y souscrivent, le seul risque engagé étant alors de perdre au jeu des paris. C’est bien entendu le deuxième type qui est à exclure.

      Pourriez-vous être plus explicite en nous disant en quoi les paris sur les fluctuations de prix permettraient d’assurer mieux les gros risques en comparaison des assurances classiques (y compris donc les CDS du premier type) qui couvrent des risques auxquels sont exposés réellement les souscripteurs ?

    3. Bien d’accord avec le fait qu’interdire les CDS ne conduirait qu’à créer un autre instrument financier remplissant la même fonction!

      La question est donc : à quels besoins répondent ces CDS? Vos réponses (assurance et spéculation) me semblent tout à fait pertinentes, mais si vous condamnez la spéculation, j’avoue que je suis tenté de mettre dans le même sac la fonction de ré-assurance en cas de crise majeure, « big one » ou autre. Cette fonction assurancielle permet qu’on puisse trouver des liquidités pour rembourser les dommages en cas d’incident majeur. Très bien, mais le problème derrière n’est il pas qu’on a pris un risque idiot en créant des villes sur des failles sismiques, des maisons en pleine zone inondable, en polluant la planète sans songer aux conséquences que cela aurait sur les risques climatiques? En ce sens, la fonction assurancielle devient un puissant incitateur à augmenter le risque global. Elle devient un instrument supplémentaire pour ne pas assumer les risques pris, bref un instrument d’irresponsabilité.

      Je ne condamne pas l’assurance dans son ensemble, mais il y a un moment où dans ce système de transfert de responsabilité vis à vis du risque, quelqu’un doit assumer ce risque sous peine de le voir croître sans fin. Or les CDS comme tous les produits de réassurance ne sont rien d’autre qu’un élément visant à diluer ce risque dans la masse d’argent en circulation. Ils ne suppriment pas ce risque, mais en quelque sorte le camouflent. Ca ne vous rappelle pas un processus de cavalerie, cette histoire de transfert du risque? Moi oui…

    4. Bonjour Alain,

      Je peux m’enorgueillir que je me suis souvent intéressé à la Bourse et avec arcanes.
      Les options avec les Call et les Put, je connais, même si ce n’est, à l’époque, que sur la Bourse d’Amsterdam, qu l’on en trouvait. Les Credit Default Swap, m’était inconnus. Quand ont-ils vu le jour?
      Transactions non-fiancées, sans assurances, donc. Je ne vois pas l’avantage.
      Ils ne sont pas les seuls à être compliqués, mais sont-ils à la portée du particulier lambda? Un régime juridique pertinent, serait au moins qu’ils soient transparents pour ceux-ci. La traçabilités du risque? Un rapport P&L, vous voulez-dire? Publié dans la presse? Vous voulez rire? Les Hedge Funds en avaient-ils?
      Pourquoi y a-t-il incapacité du marché de l’assurance? Même les affaires entre États peuvent s’assurer par le Ducroire. La tempête Katrina, assurée? là, on continue encore à rigoler. Chacun s’est assuré et d’ailleurs les prix de ces assurances a subitement monté. Tout peut s’assurer. Les assurances s’assurent elle-même entre elles. La crise actuelle aurait pu s’assurer par un fond du type FMI. Assurer les grands risques est une affaire de prise de conscience des risques de la nature. De toute façon, on trouve toujours le pognon nécessaire dans la poche de qui de droit. Il ne vient pas du ciel.
      Le problème, on se réfugie derrière nos petites frontières rikiki. La France, un si beau pays, un hezagone qui n’en a rien à cirer de l’Europe… Ca c’est la vérité.

    5. @quid34
      Très certainement! Je ne condamne pas l’ensemble de l’assurance, ai-je dis. Cela signifie que je ne trouve pas choquant qu’on paie quelqu’un pour assumer les conséquences financières d’un risque à votre place. Toutefois, si celui-ci se défausse sur un tiers de ce même risque, là ça commence à me poser problème car cette course à l’irresponsabilité ne connaît plus de limite et permet les travers que je décris.

  2. Mille fois d’accord ! C’est pourquoi je suis subitement devenu fervent défenseur de l’idée de « constitution pour l’économie », car nous avons besoin d’un filtre juridique pour trier le bon grain de l’ivraie dans le maquis des lois financières.

  3. Cher maître, je sur-enchéris quand à l’hyprocrisie consubstancielle teintée d’incompètence de nos dirigeants politiques..et je ne crains pas de passer pour un ignoble poujadiste !

    1. Vous avez peut-être raison. Mais je pense qu’on affaiblit ses positions si on ne les démontre pas. Et quoi de mieux que la technique (en l’occurrence, le droit) pour démonter l’hypocrisie? Je ne veux pas rentrer dans un débat politicien qui n’apportera rien car, en politique, finalement, on peut à peu près tout dire; il suffit simplement que ceux à qui l’on parle soient crédules. En revanche, une démonstration technique ne souffre pas l’approximation. Surtout, la rigueur à laquelle on est obligé interdit le mensonge. Mensonge auquel se prête bien la politique. Bien cordialement,

    2. @ Alain Gauvin

      Il y a un département droit social dans votre cabinet. Est-ce que vous défendez les patrons ou les salariés ?

  4. En parlant d’hypocrise…
    Il suffit de regarder l’étymologie du mot « ministre » et ensuite l’attitude que les dits ministres adoptent. Pour rappel, ministre , en latin minister, vient de minus et s’opposait à magister. Ce sont donc des serviteurs. Autrefois serviteurs du roi (avec beaucoup moins d’hypocrisie), aujourd’hui serviteurs du peuple (en théorie). Il aurait été amusant de voir les conséquences pour lui si un ministre de Louis XIV s’était adressé au roi avec autant de « pédagogie » (c’est ainsi qu’ils nomment l’arrogance) qu’un ministre actuel lorsqu’il s’adresse à son peuple.

    1. @Moi,
      Je ne sais pas si les milliers de serviteurs de la 5ème république française avaient tous pour principe « Je me sers de la notion d’Etat pour satisfaire mes intérêts partisans » plutôt que de servir le bien commun, mais votre remarque sur l’étymologie du mot ministre qualifie très bien ce qu’est devenu le politicard du XXIème siècle ! Le mot politicard est péjoratif, mais les professionnels des partis les mieux payés ne dérogent pas à ce qualificatif déplacé : Ce sont les mêmes qui exercent cet art du double langage depuis des décennies, et qui se servent des outils juridiques pour l’intérêt d’une minorité de super riches. Voter pour eux est synonyme du syndrome de Stokholm, c’est justement ce traumatisme latent dans la population qui les a légitimé, parce que nous ne sommes pas des adultes.

    2. Dans la même veine étymologique, le mot « manager » a traversé la manche à deux reprises car avant de nous revenir dans sa forme actuelle, nous avions exporté chez nos cousins anglo-saxon le mot bien plus sympathique qu’est « ménager ».
      Amusants ces aller retour trans-manche, d’ailleurs. On le trouve aussi sur des sujets plus légers, comme « conter fleurette » qui va devenir « to flirt », puis flirter… On aimerait qu’ils conservent leur sens d’aussi belle manière à chaque fois!

    3. @Tchita
      Il y a peu, l’économie ménagère était toujours enseignée dans certaines écoles pour jeunes filles…

      La première fois que j’ai entendu le mot économie, c’était dans la bouche de mon père qui disait avec admiration que ma mère avait le sens de l’économie. Il était ravi de la manière dont elle gérait le sous du ménage, réservant leurs faibles moyens aux achats utiles et nécessaires, ne se laissant pas avoir par les publicités mensongères, n’engageant pas le ménage dans un endettement suicidaire…
      C’était une bonne ménagère, plus douée pour l’économie que nos modernes managers…

    4. @ Moi dit : 5 mars 2010 à 18:48
      « Il aurait été amusant de voir les conséquences pour lui si un ministre de Louis XIV s’était adressé au roi avec autant de “pédagogie” (c’est ainsi qu’ils nomment l’arrogance) qu’un ministre actuel lorsqu’il s’adresse à son peuple. »
      J’en ai entendu une bien bonne – qui va dans le sens de l’arrogance… – il y a quelque temps, une si bonne que je l’ai immédiatement notée. Un jour sur France-Inter (16 nov. 2006), à une question du journaliste sur le caractère démagogique de la formule « travailler plus pour gagner plus » (slogan de N. Sarkozy), le député sarkozyste Luc Castel a répondu en reprenant la phrase du journaliste et a récusé le « caractère pédagogique… euh ! démagogique » de la formule. Démonstration éclatante de ce que la bulle entend par pédagogie… Exemple : si les français ont voté non au référendum constitutionnel, c’est parce que « nous n’avons pas assez fait de démagogie… euh ! de pédagogie » !

  5. Je vous trouve bien ingénus.
    La France est dirigée par des avocats d’affaires et non des moindres.
    Vous faites confiance à ces gens pour abroger les textes léonins ayant trait à la finance?
    Pour court circuiter les paradis fiscaux dont ils sont toujours aujourd’hui les usagers addictés?
    Ne pensez-vous pas, bien que vous refusiez le complotisme poujadiste, que ces avocats ont conservé (en black agendas) leurs clients de fusions-acquisitions mixées à de la spéculation sous-jacente et qu’ils allongent beaucoup leur carnet d’adresses pendant leur passage sous les lambris?

    1. Vous avez parfaitement le droit de ne pas être d’accord. Et le désaccord est plutôt sain. Encore faut-il qu’il soit fondé sur un autre moyen qu’un procès d’intention. Votre propos contre les avocats d’affaires est un procès d’intention. Lorsque je m’en prends à tel ou tel de nos hommes politiques, ce n’est pas sur le fondement d’une accusation gratuite, facile et invérifiable, mais sur la base d’un argumentaire technique et incontestable. Les avocats, corporation à laquelle j’appartiens, ne sont pas mieux, ni moins bien que vous. Bien cordialement,

  6. @GAUVIN ALAIN dit : 5 mars 2010 à 18:29

    Etant moi-même juriste, je suis bien d’accord avec vous (« Dura lex, sed lex » !?) ! J’aimerais, d’ailleurs, connaître votre opinion sur le projet de constitution pour l’économie, lancé par Paul Jorion.

    Bien à vous.

    1. Au « dura lex sed lex » sorti de nulle part et qui ne justifie que celui qui a écrit la loi ou qui la met au service de ses ambitions , je préfère et de loin le « summum jus , summa injuria  » de Ciceron ( De officiis…) .

      Et dans les rapports entre la force et lla loi (le droit) , rien de mieux n’a été énoncé que par Montesquieu dans l’Esprit des lois .

      Nous revoilà sur les fondamentaux des pouvoirs et contre-pouvoirs .

    2. NON, Juan Nessy.

      L’expression « dura lex, sed lex » peut AUSSI être prise dans le sens d’une oppression de la part de ceux qui veulent rejeter la Loi JUSTEMENT votée par le peuple.

      Et peux, à juste titre, vous opposer « vox populi, vox dei ».

      Egalité partout, la balle au centre.

    3. « Dura lex, sed lex » ? Un mythe ! La loi est douce qui autorise à planquer son fric dans les paradis fiscaux, tirer parti des « niches fiscales », et user des mille subterfuges qui permettent de réduire sa note fiscale à presque rien.

  7. j’attends avec impatience la démonstration de l’opportunité des CDS !
    Incompétence ou hypocrisie des politiques ? je mepose toujours la question. Nous diriez-vous votre
    « sentiment » ?

  8. J’aimerais connaître la défense que Me Gauvin présenterait à l’appui des CDS.

    Sauf erreur de ma part, il existe deux types de CDS, ceux pour lesquels il existe un sous-jacent réel (ex. un contrat d’échange à une date future), et ceux qui sont achetés ou vendus « en position nue » (sans sous-jacent). D’une part, la première, il y a bel et bien négoce d’un produit tiers (comme dans tout contrat à terme digne, à mon sens, de ce nom), alors que dans le second cas, il n’existe qu’un pari pur et simple se déroulant dans le contexte de la finance « pure », c’est à dire indépendamment de tout intérêt social et économique (hormis celui des ‘parieurs’).

    Je veux bien reconnaître l’hypocrisie des politiques (enfin, d’une bonne partie d’entre eux, car je doute que tous soient capables de se plonger dans les arcanes de la finance du fait de leur relative spécialisation, ou, s’il faut vraiment pousser très loin le bouchon, de leur incapacité à tout comprendre), ou, au mieux, leur inertie, mais je ne suis pas prêt pour autant à accepter l’extraterritorialité morale des parieurs. Vous me rétorquerez peut-être alors que ce n’est qu’une question de degré, par exemple celui de l’acheteur d’un billet de loto par rapport à celui d’un hedge fund aux gros moyens. Mais cette distinction fait toute la différence! Le second peut ruiner un peuple (ou plusieurs… ou beaucoup), le premier ne fera guère parler de lui, car son acte se situe en deçà d’une limite politique (et donc MORALE) perceptible. Que les politiques prétendent jouer sur les deux tableaux ne change rien à l’affaire.

    The buck stops there!

    Cela dit, merci pour votre post et pour votre article de la Tribune.

    1. @ Alain Gauvin, @ jaycib

      Jaycib m’a soufflé la précision que je voulais vous demander suite à votre réponse, dont je vous remercie.
      J’ai l’impression que l’on (je répète ici que que j’ai compris de la position de Paul Jorion et que j’approuve à 100 %) est « à peu prés » d’accord:
      – sur le fait que les CDS sont une forme d’assurance acceptable (on peut discuter à l’infini de ce qui doit être assuré, ou non, et par qui? mais c’est un autre débat),
      -et sur le fait que les CDS « en position nue » n’ont aucune autre utilité que des gains financiers assez « monstrueux » pour quelque uns, et que ce type de laisser-faire de la part des « politiques » (voire d’encouragement) n’a aucune justification avouable (sinon pourquoi tant d’obscurité).

      Je suis par ailleurs convaincu que l’aspect juridique des ces pratiques (quelles sont les règles précises? sont elles appliquées? quelle instance est habilité pour juger ?) méritent une vigilance accrue et probablement une remise en cause assez lourde des pratiques actuelles.

      Merci encore de votre billet et de la qualité du suivi.

      Cordialement.

  9. Bonjour,

    D’accord, pleinement d’accord, avec votre dénonciation. Et merci pour vos précisions!

    Bien cordialement

    Frédéric

  10. Merci donc pour ces précisions.
    N’étant spécialiste de rien, je me pose toujours la question de savoir à qui le crime profite…
    Comme tout le monde ici, j’ai une vague réponse… et un dégoût de moins en moins vague.
    Nous n’avons peut-être que les politiques et les choix de sociétés les accompagnant que nous méritons, mais j’ai la prétention de dire que je ne les mérite pas.

    La France d’en bas, l’Europe d’en bas, le monde d’en bas… ne mérite pas ce qui nous arrive et qui nous est imposé depuis des décennies !

    Je ne veux plus de ce système et de ces individus qui en sont les organisateurs zélés et fanatiques.

    1. Vous savez Alexis quand on voit déjà combien il est difficile de réunir des bonnes volontés au sein d’une famille, de concilier les intérêts des uns et des autres pour le bien commun, on n’a plus guère d’illusion à une échelle encore plus grande.
      En fait il est bien plus facile de s’adresser à la mauvaise partie en chacun de nous qu’à la bonne, bien plus facile de diviser que de rassembler.
      Alors le monde d’en haut n’est pas bien différent du monde d’en bas, il a d’autres moyens de se jouer de ses semblables c’est tout. Et le crime il est en chacun de nous malheureusement.
      Si nous voulons changer le monde, c’est déjà à la petite échelle que chacun doit y mettre du sien pour que la contagion se propage vers plus un plus grand ensemble.
      Sans cela nous sommes condamnés à rester ce que nous sommes : des ignorants.

    2. Vous êtes sage Liervol et finalement plus optimiste que je ne le suis !
      Je ne crois pas bcp au « grand soir » de la gauche et encore moins aux « lendemains qui chantent » chers aux ultra libéraux et autres chantres de la « mondialisation heureuse ».
      Je constate simplement que, malgré le démenti flagrant donné par la crise, les ultra libéraux ont gagné. Si l’économie va mal, si les états sont au bord de la banqueroute, les solutions avancées sont toujours les mêmes comme en Grèce actuellement, soit serrer la vis des dépenses publiques et donc des services publics et des systèmes sociaux. Les ultra libéraux (mais on peu les nommer autrement) ont la haine de la solidarité, de l’entraide, de la répartition des richesses, de la synergie et du bien commun. En France les communicants ont trouvé un joli mot pour cela, c’est la « modernisation de l’économie » ou la « modernisation » de ceci ou de cela… joli mot de novlangue signifiant la privatisation voire la suppression pure et simple des services publics et de tout ce qui est un tantinet « social ». En revanche on applaudit aux baisses d’impôts, aux réductions des charges sociales pesant (les mots ont un sens) sur les entreprises et minant leur « compétitivité et rentabilité.
      Un exemple emblématique : le trou de la Sécu, toujours présenté comme étant la conséquence des dépenses trop élevées, jamais comme inhérent aux baisses des recettes organisées par les cadeaux faits aux entreprises ou la non taxation des revenus mobiliers et immobiliers, sans parler des cotisations non versées par l’Etat soi-même. Il en est d’autres.

      Mais personne dans le panel politique français pour dénoncer de telles évidences. Même à l’extrême gauche un Besancenot continue à réclamer du pouvoir d’achat…

      Vous soulignez, Liervol, qu’il est toujours possible de faire de petites choses dans son petit coin, de moins consommer, de s’instruire (c’est d’ailleurs ce que nous faisons tous ici), de vivre différemment… C’est certes mieux que rien, mais pas suffisant sans une ré-organisation globale du système. Mais au delà de la satisfaction personnelle d’avoir fait « quelque chose », quel est l’impact réel de nos petites actions ? Je ne suis pas très optimiste à ce propos.

      Mon seul espoir si j’ose dire, est que la crise énergétique qui pointe son nez et qui Nolens Volens nous mettra au pied du mur, ne vienne remettre les pendule à l’heure dans la sueur, le sang et les larmes malheureusement. Triste perspective.
      La crise financière actuelle avec ses ramifications diverses, mises notamment en lumière par Alain Gauvin ici, ne me semble qu’un avant goût ou plutôt une alerte de ce qui a une très grande chance d’arriver.
      Une énergie de plus en plus chère et rare modifiera drastiquement notre civilisation, bouleversant nos échanges économiques, nos transports, notre production et notre consommation dans des termes aujourd’hui encore difficilement cernables.
      La crise financière actuelle devrait être l’occasion de remettre à plat le système pour s’en sortir sans trop de casse humaine et environnementale. Il n’en est rien.
      Nous avons pourtant toutes les techniques possibles à notre porté,

  11. Monsieur Gauvin.

    Sans vouloir paraître être un admirateur du code napoléon, qui défendit l’acheteur/client de façon la plus efficace au monde, je me dois de vous rappeler l’extraordinaire accélération de la destruction des articles datant de 1803 dans les 5 années qui viennent de s’écouler…

    Signe des temps… n’en doutons pas.

    Tout cela était planifié et obligatoire. Il fallait pouvoir faire n’importe quoi au niveau fric histoire de ne pas être « défavorisé » par rapport à la puissance financière de l’oncle sam.

    Entre nous…
    Laissons la Chine et les US s’étriper. En se tapant dessus, ils nous laisseront tranquilles.

    1. Je suis même peut-être idiot de ne pas penser que ce mouvement ne vient pas justement de l’oncle sam…

      Mais je ne vais pas douter de la très grande honnêteté des US dans les affaires.

      Si ?

    2. Yvan (le 5 à 22h44)

      Vous êtes un complotiste poujadiste.
      Vous accusez sans preuves Christine Lagarde d’être un virus des milieux d’affaires de Chicago dans l’Europe impotente voulue par les amis de Jean Monnet.
      C’est mal!

      PS
      Ceci est une plaisanterie ai 3° degré.
      Au 7°.

  12. @ Gauvin Alain

    Vous nous expliquez que ces CDS et autres machins trucs du même genre sont des assurances contre des risques.
    C’est là que çà ne va pas.
    On en arrive alors à s’assurer contre (ou parfois pour) la mort de quelqu’un sans que ce quelqu’un ne soit au courant.
    C’est bien ce qui s’est passé, non ?
    La vie n’est qu’une suite de risques, si on ne peut assumer autant se suicider !
    On ne peut s’assurer contre tout.
    Je suis pour une limitation extrème des assurances.
    Il y a d’autres façons de résoudre les problèmes liés aux risques.
    Prendre en compte le savoir des anciens qui ne construisaient pas n’importe où, n’importe comment, par exemple.
    Et si le risque se produit c’est la solidarité qui doit entrer en jeu.

  13. @ M. Gauvin :
    Vous nous parlez du ‘fond’ des choses et c’est bien intéressant. Et vous allez continuer à nous en parler, avec cette ‘libéralisation’ d’acquisition de tout type de titre par tout type de ‘véhicule’.

    Pensez-vous par ailleurs que l’indexation, qui elle, a été rendue totalement libre (par l’ordonnance évoquée, pour le coup, puisque c’est cette ordonnance qui a CREE l’article en question), des titres de créances négociables et autres titres financiers, n’est pas, aussi, une ‘saloperie’ d’hypocrisie ?
    D’autant que c’est sous prétexte d’une ‘mise à niveau’ de la réglementation française vis-à-vis de la réglementation étrangère, afin de ne pas provoquer la fuite des prestataires français …
    Mon post sur ce thème (qui n’a pas été soulevé et pour lequel je souhaiterai avoir votre avis) :
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=8779#comment-62420

    La libre indexation, permet, si j’ai bien compris, de prendre en compte non seulement toutes les monnaies (et les paris ‘monétaires’) mais également tous les types de paris imaginables (le prix des fraises en novembre, le nombre de barils de poudre à lessiver produits, le nombre de morts annuels de la faim en Afrique, etc.). Est-ce bien cela ?
    En l’occurrence, cette libre indexation ne permet-elle pas, non pas la spéculation (préexistante, y compris légalement comme vous l’avez montré dans ce billet) mais bien la capacité à produire et développer, dans tous les ‘véhicules’ de transaction financière (l’objet de votre futur article), une spéculation puissance n, ‘n’ étant le facteur d’imagination humaine, par définition quasi infini ?
    L’absence d’indexation, n’est-ce pas là finalement l’absence totale de repères dans une communauté humaine, sur ce qui existe (l’index a pour fonction d’énumérer) ou ce qui est interdit à cette même communauté (l’index des livres dangereux pour la foi ou pour les moeurs) ?

    ‘Indexation’ (déf. économie) : « Action consistant à lier la valeur d’un capital ou d’un revenu à l’évolution d’une variable de référence (prix, production, productivité, par exemple) »
    http://www.cnrtl.fr/definition/indexation
    Dans le cas qui m’occupe, c’est permettre à un revenu financier de déterminer sa propre variable de référence, c’est-à-dire … aucune !

    N’est-ce pas cela, in fine, le plus grave ?

    Cordialement.

    1. @
      merci de votre clarté, de votre travail de recherche documentaire assez époustouflant, et de vos questions pertinentes et insistantes. Votre analyse sur l’indexation, qui serait en fait le véritable enjeu des débats récents fait assez « conspirationniste », mais en ce moment, plus rien ne m’étonne.

      Cordialement

    2. @ Hema :
      Je crains que votre réponse ne me soit pas adressée 🙂
      Car j’ai assez peu à voir avec les adjectifs. De fait, la recherche est très facilitée par internet et je rejoins yvan pour dire que sans cet outil, mes ‘productions’ seraient bien faibles. D’où la nécessité d’un internet ‘à la française’ mais aussi d’espace d’interrogations de ce type. Par contre, mes questions sont uniquement persistantes (têtu je suis) mais pas forcément pertinentes car je n’ai eu aucunes confirmations de qui que ce soit sur cette question d’indexation. J’attends d’ailleurs toujours une réponse de M. Gauvin ou de M. Jorion ou de n’importe qui d’autre qui aurait des compétences sur ce sujet, que je n’ai pas.
      Merci en tout cas d’avoir lu ce post car cette question de l’indexation me chiffonne et je voudrais bien en savoir plus, sans pour autant tomber dans le ‘conspirationnisme’ : les faisceaux d’intérêts sont suffisamment convergents et la force du ‘mouvement’ ultra-libéral suffisamment puissante pour expliquer ce genre de résultat.
      « mais en ce moment, plus rien ne m’étonne. » : itou.
      Cordialement.

      PS : si vous connaissez quelqu’un qui s’y connaît en ‘indexation’ de produits financiers, je vous serais reconnaissant infiniment pour un temps donné.

    3. @zebu
      Si si, c’était bien vous.
      pertinentes ? insistantes ? nous donne persistantes, quel art de la synthèse.
      allez, j’arrête la pommade et merci internet.

      @ tous,
      Je n’ai pas, sous la main, un spécialiste de l’indexation, (et de plus, ouvert sur le monde futur). Je n’avais moi-même, jamais réfléchi à ça avant votre post, mais je relaye à nouveau votre demande d’éclairage sur ce point particulier.

      Cordialement,

    4. Je serais ravi de vous répondre, mais dans le cadre de cet échange qui a trait à un article que j’ai écrit pour, encore une fois, dénoncer le double discours des Politiques, pas pour dénoncer la spéculation, les CDS, les titres complexes ou autre indexation. Ce serait trop long. Bien cordialement,

  14. Je redite… même si je vais sembler vieux malgré mon jeune age.
    Je terminerai par une crainte personnelle et peut-être un espoir. Cette crainte, peut-être la partagez-vous, tourne autour du mot « intelligence » et surtout de la différence de signification entre le mot anglais et le mot français. En anglais, intelligence gathering renvoie à la collecte de renseignements, d’où ma crainte d’un Internet secret, élitiste, réservé à quelques-uns qui y passent leur temps, grâce à des outils nouveaux, depuis les pauvres petits cookies jusqu’aux spywares. Cet Internet de l’intelligence gathering, tous en ont besoin, et particulièrement les pouvoirs politiques. Cet Internet-là va se développer, quoi qu’on fasse.

    Mon espoir, c’est l’Internet de l’intelligence « à la française », au sens de intelligere, relier ensemble, l’Internet de l’intelligence collective, collaborative dont j’ai parlé, un Internet ouvert, participatif, créatif, donnant sa chance à chacun. Mon rêve – utopique, mais il faut de l’utopie dans tout cela – serait que la gouvernance internationale de l’Internet ne soit pas seulement fondée sur la collecte de l’information ou sur le partage des connaissances, mais sur l’émergence de la sagesse ; autrement dit, qu’elle soit le lieu où s’exprimerait la sagesse des hommes, et que nous nous transformions tous en un comité des sages international… Ce ne serait déjà pas mal.

    M. Jean-Yves LE DÉAUT, Président
    http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i2891.asp#P384_78002

  15. Monsieur Gauvin
    J’ai un peu la désagréable impression que vous essayer de vous sortir d’un mauvais pas dans lequel vous vous êtes vous même fourré. Votre article dans la Tribune était fort juste et il prend, grâce à la publicité qui en faite sur ce blog, une dimension qui semble vous inquiéter.
    Vous avez dit la vérité en dénonçant l’hypocrisie des politiques qui soutiennent, dans leurs Lois, la spéculation, tout en la dénonçant dans leurs discours publics.
    Aussi de deux choses l’une:
    1) Les politiques ne réagissent pas et laissent les choses en l’état, prouvant ainsi au grand jour leur double langage. Je crains qu’ils ne vous en veuillent très fort.
    2) Les politiques se sentent coincés et ils passent aux actes: les CDS à nu (à découvert: assurances passées par des individus qui s’assurent contre l’incendie un bâtiment qu’ils ne possèdent pas mais d’où sort une fumée inquiétante…) sont sévèrement régulés. Je crains que les spéculateurs ne vous en veuillent très fort et que le cabinet d’avocat où vous travaillez n’apprécie guère cette contre publicité.
    J’espère pour vous que je me trompe mais votre refus de répondre sur la nocivité des CDS à nu m’indique que vous avez décidé d’être plus prudent dorénavant. Allez, nous sommes avec vous et l’on vous défendra pour que ne se vérifie pas la phrase de la chanson qui dit « Celui qui dit la vérité, il doit être exécuté… »

    1. Précision, sur la fumèe sortant du batiment.

      Juridiquement, ce risque est couvert vis à vis d’autrui par votre contrat OBLIGATOIRE en responsabilité civile, il ne souffre que des exeptions prévues par la loi (guerre, nucléaire), l’autrui devant être indemnisé.

      Pour l’incendie, toutes les assurances sur le territoire Français par le code des assurances doivent couvrir le risque, à concurrence du montant assuré. Montant indemnisable une fois quelque soit le nombre de contrats que vous puissiez avoir souscrit. De surcroit, il faut bien sur que le bien couvert soit réel et non pas fictif.

      En droit civil des restrictions, en financier aucune. Deux poids et deux mesures!!!!!!!!!!!!!!!!

      A si j’étais juriste, il y a certainement possibilité de rompre cette inégalité contraire à nos droits fondamentaux d’égalité devant la loi.

    2. Jeannot14
      Ma comparaison n’était pas réaliste, elle voulait juste montrer que celui qui prend un CDS sans avoir l’actif correspondant est un fieffé coquin. Je pense que pour des assurances-incendie cela n’est pas possible mais j’ai des doutes depuis que l’on a appris sur ce blog qu’aux USA des employeurs prenaient des assurances vie sur le dos de leurs employés sans en prévenir ceux-ci. La perversité spéculative va loin et devient pousse au crime (ou à l’incendie « métaphorique »).

    3. Parfaitement d’accord, je voulait simplement dire à nouveau que le droit original c’est transformé en des droits à faire valoir ceux qui possèdent et tirent les ficelles.

      Un deuxième point en commun, je dis non merci au nucléaire mais même là, il semblerait qu’il y ait fission à la tête du mouvement, pouvoir quand tu nous tiens!!!!!!!!!!!!!!!

    4. La rigueur de l’analyse juridique de M. Gauvin ne doit pas nous dispenser d’une critique sur le fond.

      Les positions qu’il défend sont très libérales. A la lecture de ses diverses déclarations il me semble que sa dénonciation l’hypocrisie des Etats consiste en fait à accréditer l’idée que les dirigeants qui dénoncent publiquement les dangers de la spéculation, se baseraient sur des analyses erronées, qu’en somme ils feraient preuve de légèreté intellectuelle. A rebours des analyses de Paul Jorion, il prétend que la spéculation a du bon, en tant qu’elle serait un moyen de faire de la liquidité. Il passe complètement sous silence tous les aspects déstabilisateurs de l’activité spéculative à grande échelle, au péril des équilibres sociaux et de l’indépendance des Etats.

      Lorsque M. Gauvin s’enquiert du sort des Etats c’est pour réclamer pour eux un droit à la faillite. Or supposons un instant qu’un Etat soit mis en faillite à l’image d’une vulgaire entreprise qui ferait faillite, qu’advient-il ensuite ? Goldman Sachs reprend l’Etat pour un euro symbolique pour recouvrer ses créances ? Ou encore le FMI met le dit Etat sous tutelle en plaçant ses « experts » à sa tête, lui ôtant de fait sa souveraineté ? Je ne dis pas que c’est ce que pense effectivement M. Gauvin, mais au regard de ses déclarations qui se veulent dénuées de toute considération morale quant à l’activité spéculative, on est en droit de se poser ces questions, ce d’autant plus que, curieusement, la morale revient par la fenêtre lorsqu’il s’agit de dénoncer l’hypocrisie des dirigeants. Deux poids deux mesures.

    5. A Alain A.

      Merci pour votre message. Vous vous trompez. Non seulement je confirme, aujourd’hui, mon opinion sur l’hypocrisie des Politiques; mais je la confirmerai demain: soyez un fidèle lecteur de LA TRIBUNE et alors vous lirez mon article sur les CDS d’une franchise identique à celle de mon précédent article. Je n’ai pas grand chose à craindre de l’opinion que j’exprime: le contraire serait accorder trop d’importance à mes écrits. Pour preuve, depuis 1999,je soulève la problématique juridique des CDS et les conséquences qui peuvent en résulter. Je n’ai guère été écouté. J’ai publié deux ouvrages sur la questions: pas plus d’échos.

      Vous me faîtes le proçès de « essayer de [me] sortir d’un mauvais pas dans lequel [je me suis moi-même fourré]. D’abord, ce n’est très sympathique. Ensuite, c’est faux, car si tel avait été le cas, j’aurais fait comme vous: j’aurais signé sous un pseudo.

      En conclusion, je suis ravi et prêt à échanger avec vous. Mais, s’il vous plaît, pas de procès d’intention qui, de surcroît, n’apporte rien au débat.

      Bien cordialement,

  16. Bonsoir,

    GAUVIN ALAIN dit :
    5 mars 2010 à 18:49
    « il ne faudra pas se plaindre si, en conséquence, un certain nombre de risques ne sera plus assurable. Et ça m’étonnerait bien que nos sociétés soient prêtes à être moins assurées. »

    En l’occurrence, puisque vous parlez de catastrophes naturelles, j’ai le sentiment que deux choses sont mélangées ici :

    – prévenir un risque, c’est construire sa maison sur un site sans danger. Les vieux villages ne bronchent pas, tandis que les lotissements en périphérie volent ou coulent. La question de l’assurance ne se pose même pas.

    – assurer un risque, c’est promettre de rembourser plus ou moins correctement une maison. C’est tout.

    Que la faille de San Andreas, les contreforts du Vésuve ou les plaines hollandaises soient urbanisés à outrance, ce n’est pas une question d’être prêt ou non à être assuré, c’est de l’hybris, ni plus ni moins.

    On n’a pas à assurer des choses inassurables. Etre plus humble vis-à-vis de la nature et de ses ressources est peut-être une meilleure question.

    Encore une fois, nous sommes piégés par le besoin que cette idéologie dominante a de créer des rentes de situation, des marchés captifs.

    1. Merci Coucou! Et Louise aussi!
      Je croyais être le seul à bondir en lisant la justification des CDS par la fonction de réassurance, mais ça fait plaisir de voir que tout le monde ne pense pas que parce qu’il y a suffisamment d’argent quelque part pour rembourser l’impact potentiel d’un risque on peut prendre ce risque!

    2. Quand je lis les profits engrangés par AXA en 2009, je n’ai pas trop d’inquiétude pour ces « pauvres  » compagnies d’assurance qui s’en sortiront très bien comme d’habitude…..

  17. Merci pour ces éclairages…. qui pointent bien la connivence (au mieux objective mais toujours soigneusement non affichée) entre monde politique et monde financier et qui de mon point de vue soulignent surtout le grave manquement au devoir démocratique des politiques (qui après tout tiennent leur légitimité du vote citoyen et à ce titre devraient œuvrer en priorité pour la défense, la promotion et le développement de l’intérêt général et du pays…rêvons un peu!!). à ce propos (pour les amateurs) une très bonne analyse sur l’incompatibilité démocratique du fonctionnement du monde fianncier est donnée dans une interview de Samir Amin dans http://jaidulouperunepisode.org/.

    De la problématique des CDS : tout à fait d’accord que les interdire ne résoudrait pas vraiment le problème mais quel symbole ça serait ? les réglementer c’est bien mieux mais question pérennité du dispoitif réglementaire là aussi rien de garantie (ce que fait une majorité peut être défait par la suivante…et ceux qui contrôlent aujourd’hui, demain ils tiendront les manettes de la haute finance c’est aussi cette porosité qui fait que le ver est dans le fruit!!!) sauf à réussir à inscrire celui ci dans une sorte de loi fondamentale ou organique (mais est ce faisable, possible ? ). Par contre il ne faut pas oublier que l’on peut bien réduire leur intérêt voire utilisation par une fiscalité très lourde et dissuasive et montée de manière à être quasi inamovible ( style TIPP, l’ex vignette auto, CRDS….). Bref il convient de multiplier les angles de contrôle et de les verrouiller autant que possible pour qu’ils tiennent dans le temps.

    De l’intérêt des CDS : il y aurait toute une éducation à faire ou refaire quand à la notion de risque et de sa couverture. Pour aller vite, penser arriver à le couvrir dans beaucoup de cas relève du marché de dupes. il faut donc arriver à vivre avec sans stress maladif (nous sommes tous mortels et cela, à tout instant!!) qu’en tout cas on peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre…. De plus, en général évaluer le risque correctement et exactement est toujours difficile voire inaccessible, ensuite un entrepreneur ou businessman est d’abord quelqu’un qui a le goût de prise de risque (en tout cas c’est de cette qualité dont beaucoup se targuent) il est donc un peu paradoxal qu’il recherche à ce point des couvertures de risque à tous bout de champs!!

    Salutations

    1. J’aimerais qu’un jour il se trouve quelqu’un sur ce blog pour expliquer l’intérêt que l’on peut trouver à VENDRE à foison ces fichus CDS puisque ce sont des assurances, c’est-à-dire quelque chose qui implique de casquer en cas de « sinistre ». Les vrais « fautifs » sont-ils les « spéculateurs » qui « achètent » ces CDS, ou les vendeurs qui empochent les « primes » sans trop se poser de questions ?

  18. Bonjour,

    Deux chiffres me « chiffonnent) :
    -montant total des PIB mondiaux : 60 000 Md$
    -montant total des marchés dérivés : 600 000 Md$

    Si je comprends bien les marché dérivés sont une sorte d’assurance sur les fluctuations de marché. Alors pourquoi sont-il 10 fois supérieurs à la marge du marché?
    Un peu comme si je pouvais assurer pour 1 millions d’euros, une maison qui n’en vaut que 100 000.

    Merci pour l’explication.
    Cordialement

    1. Déja parce que vous pouvez l’assurer x fois votre maison sans pour autant détenir la créance sur la maison, c’est toute la folie du système. Vous pouvez être la bnp et vous assurer sur un défaut de paiement des clients de la SG. C’est ni plus ni moins qu’un système de bookmakers.
      Ainsi si les clients de la SG font défaut vous serez aussi remboursé, c’est à dire que pour mettons 100 000 de défaut vous pouvez avoir x fois 100 000 de remboursement autant qu’il y a de paris sur le défaut de remboursement…
      Elle n’est pas belle la vie ?
      A ce propos quand pouvons nous nous assurer sur le chômage de nos voisins pour toucher nous aussi le même montant d’allocations chômage, par les temps qui courent ce serait très lucratif…

    2. @gergaud
      N’oubliez pas l’effet de réassurance! Un risque sur un bien évalué à 1 million d’euros va être assuré à son propriétaire par un organisme, qui va lui même se réassurer auprès d’un troisième quidam, qui lui-même va placer cette prime d’assurance dans un package titrisé qui sera revendu à des gens qui vont assurer les pertes potentielles sur leur achat, etc…
      Voilà comment votre million initial va générer 9 autres millions de produits financiers…

  19. @ Mr Gauvain

    Hypocrisie des politiques ou clientèlisme ?

    1- Je ne sais s’il existe des poujadistes sur ce blog, ou des réflexions qui pourraient faire penser que ce processus mental est à l’oeuvre en ce lieu. Personnelement je ne les remarque pas et ne me prive pas non plus de faire des réflexions politiquement incorrectes qui, je le confesse dépassent parfois les limites.

    Cependant, cette atmosphère ouatée, éthérée et anesthésiée du politiquement correct, que justement nos journalistes nous vendent à toutes les sauces est un instrument de domination: le parler rugueux du chaudronnier des chantiers de Saint Nazaire ou de l’ouvrier brasseur ne peut plus être entendu, et sa parole est donc disqualifiée.

    Remarquons cependant que notre président, par pur clientèlisme, n’hésite jamais devant un dérapage poujado-politiquement incorrect, (casse-toi, Karcher, on va les punir,etc.). A cet instant pathétique de la démocratie, le pouvoir musèle la parole des gens ordinaires en la disqualifiant par rapport à sa forme, mais n’hésite pas à employer ses mots pour s’attirer les voix d’électeurs encore naïfs (pour combien de temps encore?).

    2′ Quant’à une démonstration fondée sur le droit, tout en respectant votre point de vue, permettez-moi de penser que c’est un raisonnement simplement circulaire. Je ne suis pas juriste, mais chacun peut, avec son bon sens, avant de raisonner sur tel ou tel article de droit, admettre qu’il a été voté par une assemblée de représentants certes « élus par le peuple », mais avec quelle signification?

    Si on admet que les membres des assemblées et de l’exécutif appartiennent aux maigres effectifs des 400 000 personnes des partis politiques, qui on décidés d’avoir un projet pour autrui sans que personne ne leur demande, si on constate que ceux-ci, à cause du système électif, sont au mieux clientèlistes (ce qui est redoutable pour « diriger » nos vies) ou hypocrites (ce qui est méprisable) et enfin si on constate également une grande proximité entre ces « représentants » et certains milieux économiques influents ou lobbies, quel est la validité intrinsèque de ce droit, à part l’inscription dans le marbre de la loi du plus fort?

    1. « quel est la validité intrinsèque de ce droit, à part l’inscription dans le marbre de la loi du plus fort? » : très bon commentaire et très bonne question. D’où la nécessité d’une « constitution » pour encadrer les lois financières, pour définir de façon générale le juste et l’injuste. Exemple caractéristique avec la crise des subprimes: est-il juste qu’un petit propriétaire doive payer l’intégralité de sa dette alors que « le marché », dans le cours duquel il n’est nullement responsable, s’est effondré ? Dans un tel cas de figure, le « risque » ne devrait-il pas être partagé avec celui qui lui a fourgué son crédit ? (D’autant plus que ce sont les fournisseurs de crédits qui avaient contribué à faire monter les cours avant qu’ils ne chutent…)

    2. A Phil de Saint Naz

      Je suis assez d’accord avec votre message. Quant à regretter que mon raisonnement juridique « soit simplement circulaire », peut-être avez-vous raison. Mais j’ai voulu démonter une démarche politique (ou politicienne) par un raisonnement technique/juridique, qui présente sans doute des limites mais qui, par sa rigueur, est imparable contrairement au discours politique que l’on peut toujours contredire à l’infinin. Bien cordialement,

  20. Ce qui m’a amusé dans ce billet correctif, c’est qu’il soit plus long que l’article de départ.
    Est-ce une nouvelle version de la formule « tradutore, traditore »?

  21. Argumentation techniquement imparable, rien à redire (d’autant que je ne suis pas juriste). Néanmoins je me pose la question: N’est-il pas en soi hypocrite de dénoncer l’hypocrisie?

    Nous sommes en démocratie, c’est donc théoriquement le peuple qui choisit ses représentants. Si ces derniers sont hypocrites, que doit-on en déduire de ceux qui leur donnent mandat?

    Dénoncer l’hypocrisie politique n’est certes pas dénué de sens, mais présente une vision partielle des choses, car l’hypocrisie est en fait la clé de voute de notre société dans son ensemble.

    Voyez la société civile, le remplacement qu’elle admet et soutient de la solidarité (égalitaire) au profit de la charité (hiérarchique), les usages dans le processus d’accès à l’emploi (le bal des hypocrites par excellence, tant chez les employeurs que chez les employés).

    Voyez la société marchande, dans laquelle les techniques commerciales confinent au mieux au comble des hypocrisies en tout genre, au pire à l’usage de mensonges purs et simples.

    L’hypocrisie est partout présente dans notre société, il n’est donc pas étonnant, en régime démocratique, que sa représentation élue le soit au moins autant.

    1. @Dissonance: « Nous sommes en démocratie, c’est donc théoriquement le peuple qui choisit ses représentants. Si ces derniers sont hypocrites, que doit-on en déduire de ceux qui leur donnent mandat? » : arrêtez donc d’excuser la classe politique par les urnes, c’est lassant à la fin.

    2. @Crapeau Rouge

      Mettre les citoyens face à leurs propres responsabilités vous paraît peut-être inconvenant, à moi cela paraît tout à fait nécessaire. Je ne connais que trop bien ce réflexe de facilité qui consiste à dire que tout est invariablement de la faute des autres, pour se dédouaner systématiquement de tout. Une fois au moins, j’aimerais ne pas tomber – et ne pas en voir tomber d’autres – dans ce travers navrant.

      Refuser d’assumer au moins une part – dont le poids reste encore à déterminer – de sa propre responsabilité quant au marasme actuel, c’est déjà commencer à admettre en filigrane une certaine dose de totalitarisme, car cela revient à convenir d’une hiérarchie sociale établie, dans laquelle le rôle de certains se résume à systématiquement assumer les erreurs collectives. Ce qui est en définitive le contraire de l’égalité en droits.

  22. Le 5 février, Jean-Michel Cedro des Échos vous demande :

    Des fonds vautours rôdent autour de la zone euro. Jouent-ils un rôle dans la crise actuelle ?

    Et vous répondez : « Il est très délicat de se prononcer. Par intuition je dirais que la Grèce n’est pas suffisamment aux abois pour intéresser ces fonds. »

    Que pensez-vous de la réunion qu’évoquait le Wall Street Journal, le 26 février ?

    Some heavyweight hedge funds have launched large bearish bets against the euro in moves that are reminiscent of the trading action at the height of the U.S. financial crisis.

    The big bets are emerging amid gatherings such as an exclusive « idea dinner » earlier this month that included hedge-fund titans SAC Capital Advisors LP and Soros Fund Management LLC. During the dinner, hosted by a boutique investment bank at a private townhouse in Manhattan, a small group of all-star hedge-fund managers argued that the euro is likely to fall to « parity »—or equal on an exchange basis—with the dollar, people close to the situation say.

    … big hedge-fund managers, such as Greenlight Capital Inc. President David Einhorn, who also was at this month’s euro-dominated dinner.

    … article qui conduisit à l’enquête annoncée le 3 mars sur cette réunion : U.S. Probes Bearish Euro Bets. SAC, Greenlight, Soros, Paulson Told to Retain Records; a Collusion Question, toujours dans le Wall Street Journal.

    1. Paul,

      Au risque de vous choquer, et de choquer d’autres de nos amis dans le cadre de cet échange, je ne suis pas choqué que des opérateurs (en l’occurrence, les fonds que vous citez, ou d’autres investisseurs) considèrent que l’EUR n’est pas à sa juste valeur et, par conséquent, agissent de sorte qu’il retrouve la valeur qui devrait être la sienne (de leur point de vue). Et je ne suis pas plus choqué que ces mêmes intervenants de marché gagnent de l’argent en vendant de l’EUR ou en se couvrant contre une baisse de l’EUR. Cequi me dérange, en revanche, c’est que certains de ces intervenants, Soros Fund Management LLC, par exemple, si l’information est vraie, donnent des leçons à la terre entière sur les marchés qui « déconnent graves » pour reprendre l’expression ridicule de J6M.

      Bien cordialement,

  23. @ Alain A,

    l’audace et le courage de Monsieur gauvin sont trop rares.

    Comme vous le dites, il s’expose publiquement à des rancoeurs, d’où qu’elles viennent.

    Vous en connaissez beaucoup des gens qui prennent ce risque?

    1. « Vous en connaissez beaucoup des gens qui prennent ce risque »

      Oui, j’en connais pas mal, en général des têtes brulées, donc des personnes exquises.

      Mais à part ça, Laurence, votre remarque est très juste et j’y adhère. Je ne suis en aucun cas d’accord avec les idées que Monsieur Gauvain développe ici-même, mais je suis persuadé que de visu, nous pourrions nous trouver des terrains d’entente, probablement hors économie et politique. Non seulement il a parfaitement le droit de défendre ses idées, mais il en a même le devoir. C’est à ce prix qu’une authentique démocratie peut être possible (je ne parle évidemment pas de l’imposture actuelle).

      Si ses idées m’écorchaient les oreilles ou les yeux, il faudrait que je me fasse soigner, et si je tentais de le museler, je ferais alors partie du Grand Club des Malhonnêtes très fourni par les temps qui courent

      Notre cadre de vie est heureusement composé en grande partie de gens qui ne sont pas d’accord sur tout avec nous. Je n’imagine même pas un monde où toutes les personnes seraient d’accord avec moi. Nous engendrerions surement une sorte d’utopie totalitaire catastrophique.

    2. Merci Laurence. Encore une fois, accordez moi le crédit de la sincérité (je ne parle pas pour Laurence, mais pour ceux qui pensent que je crains de m’être fourvoyé). Je n’ai pas grand chose à gagner à écrire ce que j’écris depuis, maintenant, 1999. Je comprends parfaitement qu’on ne partage pas mes idées. Et je trouve plutôt sain que nous ne pensions pas tous la même chose. Je revendique la sincérité. Je souhaite que mes contradicteurs le soient aussi à mon endroit et évitent de me prêter des intentions que je n’ai pas. Bien cordialement,

  24. @ Alain Gauvin

    L’article cité ci-dessus par Paul Jorion date du 5 février.

    15 jours plus tard, toujours dans le journal Les Echos, vous signez un article sur « Les Etats à la merci des fonds vautours »

    Je vous cite :

    Cette appellation peu sympathique vise les fonds qui achètent de la dette d’Etats en difficulté à un prix très bas, puis vont saisir un juge pour exiger le paiement de la valeur faciale de la dette, outre les intérêts.

    et juste après :

    Il n’est pas question de fustiger ces fonds, car il leur est reconnu des vertus : rendre liquide ce qui ne l’est pas et dénoncer des pratiques nauséabondes de certains dirigeants d’Etat. Le débat, sur le plan moral, est donc complexe.

    Ma question : quelle légitimité ont ces « fonds vautours » pour « dénoncer des pratiques nauséabondes {des} Etat{s} »? En outre, quelle est l’utilité sociale d’une activité basée sur l’achat de « dettes d’Etats en difficulté à un prix très bas » pour ensuite exercer des pressions juridiques afin d’obtenir le paiement de la dette et des intérêts ?

    Enfin :

    Le droit international est impuissant à maîtriser certains risques inhérents à la défaillance des Etats. Il est peut-être temps de réfléchir à l’idée d’un droit des faillites applicable aux Etats, dont l’objet serait de protéger les populations d’Etats défaillants tout en préservant, au mieux, les droits des créanciers. L’année 2010, qui s’annonce comme « tumultueuse » pour le risque souverain, est propice à cette réflexion.

    Dans cette proposition, la protection des « populations d’Etats défaillants » pourrait-être (au conditionnel, pas de procès d’intention) considérée comme un paravent pour justifier la vraie question qui serait de savoir comment protéger les « fonds vautours », afin de s’assurer que le pays qu’ils auront participé à déstabiliser financièrement puisse honorer ses dettes à leur égard ?

    1. Merci pour votre bien intéressante réaction. La question des Fonds Vautours est complexe, sauf, évidemment, si l’on s’en tient à leur appellation pour en tirer des conclusions rapides. Et encore, comme les vatours sont les éboueurs de la nature, on pourrait considérer que les Fonds Vautours sont les éboueurs des marchés financiers. Votre question sur la légitimité de ces fonds à révéler des pratiques douteuses de dirigeants d’Etats est intéressante: je me pose la même s’agissant des agences de notation lorsqu’elles notent les Etats. Je ne me prononce pas sur cette légitimité. Je constate un fait.

      Sur un droit des faillites des Etats. Quelle en est l’idée? Il ne s’agit évidemment pas d’achever un Etat à terre. Il s’agit simplement de protéger les populations, d’une part, contre les dérives de CERTAINS créanciers et, d’autre part, contre l’impuissance, la négligence, voire la malhonnêteté des Etats qui les gouvernent. Je ne me berce évidemment pas d’illusions sur la mise en oeuvre d’un tel droit qui nécessiterait un abandon, de la part de TOUS les Etats (et non seulement des plus pauvres) d’un abandon d’une partie de leur souveraineté.

      Enfin, ce n’est pas parcequ’une Etat est très pauvre et très endetté qu’il est honnête et mérite la protection de la loi. Je pense qu’il ne faut pas sacraliser la pauvreté. Un Etat qui ne rembourse pas ses dettes est d’abord un Etat qui ne remplit pas ses obligations contractuelles. Qu’il faille l’aider, ou plutôt qu’il faille aider sa pôpulation qui en fera les frais, est une toute autre chose que je défends.

      Bien cordialement,

  25. Assurer les risques par des CDS ?

    Il me semble que les dégâts de la dernière tempête en Charentes vont être pris en charge par l’état dont la dette et sa charge vont encore augmenter, c’est donc le contribuable qui va in fine payer les pots cassés parce que on a fait miroiter la vie au bord de mer à certains.

    Dans le système actuel on crée des risques qui ne sont pas bien évalués par le marché financier.

    Il est tout de même incroyable que les assurances, elles mêmes pourtant présentes par leurs représentants dans la région, aient pu assurer des constructions récentes dans des zones reconnues à haut risque. Sans assurance, il n’y aurait pas eu ces constructions et donc bien moins de dégâts. Même notre cher président vantait la prise de risque concernant les constructions et aussi le crédit type subprime, il y a quelques années, ainsi que de la défiscalisation des heures sup couteuses pour l’état et pour l’emploi.

    Une majorité a pourtant voté pour lui et ce qu’il mettait en avant, ont ils réfléchit à ce moment, il semble que non, ils adhéraient à un style, pas à un programme.

  26. Coût de Xynthia pour les assurances 1,4 milliard en première estimation, probablement bien plus ultérieurement.

  27. Pour revenir sur l’élection de 2007, je tiens à témoigner des discussions que j’ai eues à l’époque avec ceux qui ont voté pour le monsieur actuel. P Jorion n’était pas en France à ce moment, mais c’était gratiné, du haut en bas de la société, ces votants jubilaient devant les prestations enthousiastes du
    candidat. Certains de la classe très aisée le qualifiant même de génie, un nouveau Napoléon conquérant. Pas un seul argument un peu rationnel critique n’ébranlait leur élan. Un vrai phénomène qui
    me laissait coi. Encore maintenant, ça me laisse perplexe comme une poule devant un cure dents.

    Pour les constructions en zone inondable, les règles auraient dû être d’imposer à minima des bâtiments
    sur pilotis, des impôts locaux et des primes d’assurances plus élevées, au moins ça aurait eu le mérite
    de baisser les risques et de les mettre clairement en évidence.

    Rien de cela n’a été fait, on mis la poussière sous le tapis.

    1. Surtout que les pouvoirs divers et non variés qui nous gouvernent se gobergent ad lib. du sacro-saint « principe de précaution ».
      Toujours cité, jamais appliqué.

    2. « Du haut en bas de la société, ces votants jubilaient devant les prestations enthousiastes du
      candidat. »

      J’ai effectivement constaté la même chose. La politique, c’est comme l’amour, c’est un phénomène d’hypnose, et l’hypnotiseur, il faut le reconnaître, était puissant, avait l’art et la manière du bateleur confirmé.

      Pourtant certains, dont JF Kahn, ont décrit l’extrême nervosité du candidat, ce qui n’est jamais de bon augure en politique. Celle-ci était visible à l’oeil nu, mais rien n’y a fait. Les gens avaient envie qu’on leur parle de cette façon et ça a occulté chez eux tout sens critique.

      Voilà pourquoi, dans nos société de pulsions plutôt que de désir, la démocratie n’est pas possible par les temps qui courent. Il y aura toujours un opportuniste pour profiter de l’extrême influençabilité de nos concitoyens en jouant sur leurs émotions et en faisant (malhonnêtement) vibrer leur corde sensible, plutôt que de s’adresser à leur raison. Espérons que nous nous en tirerons sans un Pearl Harbour quelconque, guerre, révolte ou catastrophe.

  28. J’ai un peu de mal à suivre le raisonnement du point 2. de M. Gauvin, qui revendique son absence de « jugement moral » sur une loi au motif que cette dernière découle de choix de société (je comprends ici: de choix démocratiques décidés par des députés régulièrement élus).

    1. N’est-ce pas le propre de toutes les lois que d’être issues de choix démocratiques ?
    2. N’est-ce pas le propre d’une démocratie que de permettre à chacun d’émettre un « jugement moral » sur ces même lois ?

    1. Tous les raisonnements de ceux qui défendent l’existence du « côté sombre » de la force spéculative se rapportent à la notion d’assurance.
      Qui est elle-même un pari.
      C’est à dire une hypocrisie puisque chaque partie a bien l’intention de rouler l’autre (à l’exclusion de l’assurance rendue obligatoire au détriment du principe de responsabilité).
      Ce qu’on appelle « win-win ».
      En fait l’art du mensonge.
      Mais si tout est commercialisable même la guerre, les principes de Sun Tzu s’appliquent partout.

    2. Je suis d’accord avec vous Martin:je réponds « oui » à vos deux questions. Je dis simplement que mon propos – le sujet de mon article – n’était pas de porter un jugement moral. Ce que je ne m’interdis pas bien sûr.

  29. La finance et la communication véhémente ont finit par rendre les gens idiots en les perdant dans des labyrinthes de complexité prétendant les rendre plus intelligents. Qu’est ce que l’intelligence là où plus personne ne comprend rien et n’a finalement plus rien à dire ? La complexification va faire des désastres.

    1. A nouveau, si je peux me permettre: ne fustigeons la spéculation sans avoir fait, au préalable, l’effort de la définir. Définir les choses est essentiel par honnêteté intellectuelle. C’est aussi important car l’exercice de définition peut donner une idée différente des choses, et chasser les idées préconçues. Bien à vous,

    2. Mr Gauvin, des questions intéressantes vous ont été posées plus haut. Vous n’y avez pas répondu. Pourquoi préférez-vous perdre votre temps à répondre à un post inutile?

    3. Réponse à « Moi ». Je ne refuse pas de répondre aux questions que vous jugez intéressantes. Simplement, je ne suis pas encore habitué au fonctionnement du blog (mais grave à Paul et à vous, ça viendra). Et puis, les questions intéressantes nécessitent du temps. Mais je crois avoir réparé cette lacune: j’ai répondu à un certain nombre de questions. J’ai également une question intéressante à vous adresser: pourquoi vous camouflez-vous derrière un pseudo? Bonne soirée,

    4. Parce que je préfère rester anonyme. Cela me donne la liberté d’exprimer ma pensée sans crainte aucune (réelle ou imaginée). Ce qui n’est pas votre cas.

    5. Réponse à « Moi dit » : « Parce que je préfère rester anonyme. Cela me donne la liberté d’exprimer ma pensée sans crainte aucune (réelle ou imaginée). Ce qui n’est pas votre cas. »

      1. Vous ne pouvez pas me reprocher de ne pas dépasser la « crainte » dont vous faites état: je m’exprime à identité découverte, et ne m’en sens pas moins libre, en dépit des réactions vigoureuses, parfois justifiées, parfois gratuites, suscitées par ce que j’écris.

      2. Je ne suis pas sûr que vous soyez aussi libre que cela à vivre caché et à craindre de votre propre opinion.

      Je vous invite à contribuer utilement à ce débat, sans préjuger de ce que je pense (« Ce qui n’est pas votre cas »). Vos arguments, si vous en avez, n’en ressortiront que plus forts. Si vous ne vous en sentez pas capable, même sous la cagoule, alors cessez dem’apporter la contradiction.

      Bien cordialement,

    6. @Monsieur Gauvin: pour ma part, je préfère l’anonymat à cause d’un phénomène psychologique curieux: le remord qui me fait regretter tout ce que je peux dire ou écrire, un remord qui me donne l’impression d’avoir été c… Mes huit ans d’analyse m’ont seulement permis de desserrer le carcan de la névrose, pas de le supprimer tout à fait.

    1. Dans l’immédiat, ou du moins dans les jours qui vont suivre nous aurons la possibilité de voter. Je n’ai pas de mots d’ordre et personne ici ne se risquerait à proposer quoi que ce soit, mais c’est déjà une possibilité que nous offre encore la démocratie française (dont on pourrait discuter de l’état, mais c’est un autre débat).
      L’abstention risque d’être forte, il faut donc inciter nos proches à se déplacer vers l’isoloir de leur quartier. Voter c’est donner du poids à la démocratie quel que soit le bulletin glissé dans l’enveloppe.

      Alors votons en pleine conscience.

      D’autre part, aligner les mots, à l’infini ou pas, c’est déjà faire qq chose, c’est prendre conscience du problème et esquisser des solutions. Faire comprendre à nos proches la profondeur du problème et les enjeux qui en découlent n’est pas si mal. C’est un petit qq chose. Non ?

    2. Bonjour Pierre Yves, Laurence et Mr Gauvin!

      Une idée, Monsieur Gauvin? Peut être…Déjà, nous sommes quelques un(e)s à partager celle de dénoncer l’insupportable duplicité de nos leaders politiques. Et, à vous lire, vous la partagez aussi.

      Au-delà des critiques de fond qui vous sont adressées ici (dont je partage certaines), je trouve que votre billet est agréable.
      Dans sa construction : une critique technique (et morale) appuyée par des faits.
      Dans son esprit : il se fixe une limite dans le raisonnement, laissant au peuple/aux citoyens la liberté d’en tirer les conséquences.

      Tout commence à la fin de votre article, Monsieur Gauvin. Effectivement, c’est proprement insupportable.

      L’idée, elle est simple et complexe : le pouvoir, c’est nous. Et pas eux. Ils sont à notre service.

      Je vous accorde volontiers que le renversement de perspective est un chantier compliqué à mettre en oeuvre. Personnellement, je ne vois aucune autre alternative à la logique mortifère dans laquelle nos représentants (les bleus ou les roses, en France ou ailleurs) sont en train d’enfermer des sociétés entières.
      Et je partage avec vous l’idée que le droit est une chose importante.

      Bien cordialement,

      Frédéric

  30. @ Dissonnance,

    les gens n’aiment pas beaucoup qu’on les mette face à leur responsabilité.

    Il n’y a pourtant pas d’autre voie pour devenir un Homme.

    1. @Laurence

      « les gens n’aiment pas beaucoup qu’on les mette face à leur responsabilité. »

      Et moi le premier, mais je me soigne, comme vous avez pu le constater 🙂

  31. Attention aux conclusions hâtives !!

    Selon PJ l’envolé des prime des CDS souverains (ex emprunt grecs) provoque par ricochet un affaiblissement des capacité de financement de la Grèce en augmentant les taux des nouvelles obligations. Cela est bien sur vrai et on peux y voir là une décorrélation entre fondamentaux économique et méthode algorithmique simpliste.

    Cependant il ne faut pas oublier que Bâle II oblige les banques à gérer leurs risques et donc à réserver une partie de leur fond propre en garantie d’obligations Grecs sauf si elles sont couvertes par des CDS !!

    CLS: Sans CDS les banques auraient moins acheté d’emprunt Grecs et le problème aurait éclaté avant !!

    Ps : Les primes des CDS souverains ont flambé lorsque les états ont garanti leurs banques…

    1. Ce message de Quid34 est intéressant car il démontre qu’il convient de se garder de propos hatifs et de critiques faciles. Les choses, pas seulement en matière financière, mais dans la vie en général, sont plus compliquées qu’on le veut bien. C’est regrettable, mais c’est ainsi. C’est uen donnée à prendre en cosnidération, sauf à sombrer dans l’erreur. Bien cordialement,

    2. Tout à fait d’accord: le problème aurait éclaté avant. Et alors? La base du problème grec est doublement systémique: lié à la fois au système de financement des états par la dette et à une gestion déplorable, voire carrément frauduleuse de l’état grec. Sachant que ces 2 causes n’avaient pas de raison particulière de disparaître avec le temps, je ne vois pas vraiment en quoi le fait que la crise éclate plus tard aurait aidé, bien au contraire…

      Maintenant je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il faut nous méfier des conclusions hâtives. Il m’est arrivé plus d’une fois dans cette crise moderne de changer d’avis à 180° à la lumière de faits que j’avais mal considéré. Merci à tous d’ailleurs de braquer les projecteurs sur ces zones d’ombre!

    3. Tout à fait d’accord Tchita. Il est probable que ces fameux CDS ne font que masquer le risque sans pour autant le réduire ni offrir un moyen de le supporter. Normal, car un risque c’est toujours un risque de perte sèche, sans contrepartie aucune. A l’arrivée, CDS ou pas, on ne voit pas pourquoi il se trouverait des financiers pour payer les pots cassés.

  32. Supprimons les affaires, c’est à dire les affaires FINANCIERES, et les avocats d’affaire n’existeront plus.

    1. Le blog de Paul Jorion est plein de tolérance. De tels propos – le vôtre, en l’occurrence – ne servent pas à grand-chose. Je suis sûr que vous avez d’autres idées à partager avec nous tous, autrement plus précieuses qu’un tel message inutile et encombrant. Bien cordialement,

    2. Intéressante votre idée. Son seul défaut, c’est qu’elle n’est pas assez énergique. Le mieux serait de supprimer la vie, carrément, comme ça plus personne ne mourrait. Toute blague mise à part, « les affaires » commencent par le troc, genre pelote de ficelle contre paquet de nouilles, c’est dire qu’elles n’ont pas attendu les avocats pour exister. Elles commencent même au berceau, quand bébé « comprend » qu’en pleurant un grand coup sa mère va venir s’occuper de lui…

  33. L’expérience de la grenouille
    par Olivier Clerc
    « Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite. L’eau se chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager. La température commence à grimper. L’eau est chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille; ça la fatigue un peu mais elle ne s’affole pas pour autant. L’eau est maintenant vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température de l’eau va ainsi monter jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais s’être extraite de la marmite.

    Cette expérience peu recommandable est riche d’enseignements. Elle montre que lorsqu’un changement négatif s’effectue de manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas d’opposition, pas de révolte. »

  34. M Gauvin,

    vous nous confirmez donc que ce qui vous préoccupe avant tout c’est l’hypocrisie des dirigeants.
    Pour ma part la spéculation me semble être un problème de fond autrement plus important que celui du discours des politiques, lesquels, on le sait, changent au gré des politiques menées. Or aujourd’hui les politiques ménagent la chèvre et le chou ne sachant plus quelle attitude adopter faire devant une situation de crise tout à fait inédite. Il y a certainement une réelle hypocrisie, mais celle-ci cache avant tout une absence de perspective, de leur point de vue, quant à l’évolution de la crise, si bien qu’ils ne savent plus très bien s’ils doivent prendre le parti du peuple ou des milieux d’affaire, et en particulier du milieu financier.

    Vous nous donnez un peu l’impression d’attaquer les prises de positions politiques pour ne pas entrer dans le vif du sujet, à savoir les effets prétendus positifs de la spéculation. Vous ajoutez qu’il faudrait que l’on donne une définition précise de la spéculation pour savoir de quoi on parle.
    Or celle-ci existe. C’est la définition que donne Paul Jorion. La spéculation ce sont les paris sur les fluctuations de prix. C’est la définition communément admise sur ce blog et au delà à travers les livres qu’a publiés M. Jorion.

    1. Réponse à Pierre-Yves.

      Je vous remercie pour votre message.

      1. Je vous confirme que, dans le cadre de l’article que j’ai publié, et des échanges que nous avons, je me suis limité à dénoncer, techniquement, l’hypocrise politique. C’est peut-être peu à vos yeux; mais ce n’est pas si mal tout de même, compte-tenu de la difficulté à remettre en cause le discours politique sur un terrain encore une fois technique, et non démagogique ou politique. Comme je l’ai déjà dit, dénoncer le discour politique par un autre discours politique est assez facile: en politique, il suffit d’empiler des mots pour faire des phrases et endormir un peu plus l’électeur déjà anesthésié.

      2. En dépit de tout le respect que je porte à Paul Jorion, permettez-moi de ne pas être forcément toujours absolument d’accord avec certains de ses points de vue. Vous dîtes « La spéculation ce sont les paris sur les fluctuations de prix. » Ca, c’est une définition pour le JT de 20h00 de Claire Chazal et ses téléspectateurs; pas pour les contributeurs de ce blog que nous sommes qui semblent doués d’un esprit critique un peu plus élevé que la moyenne. L’exercice de définition requiert de l’effort. Ce n’est pas en une réponse de 2.000 caractères que l’on peut utilement se livrer à un tel effort.

      Bien à vous,

    2. Je suis d’accord : l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, ce n’est pas toute la spéculation et il ne faudra pas s’arrêter en si bon chemin. Sur un plateau de télévision – où vous êtes en général plusieurs – il faut pouvoir ramasser ce que vous avez envie de dire, et il faut parfois recourir – comme Claire Chazal – à des formules. L’interdiction des paris sur les fluctuations de prix était difficile à faire passer il y a quelques années mais l’illustration qu’en offrent maintenant les positions nues sur CDS : « je prends une assurance-auto sur la voiture de mon voisin », tout le monde la comprend, comme l’a très bien mis en évidence d’ailleurs mon intervention l’autre jour à @rrêt sur image.

    3. M. Gauvin

      C’est justement en vertu de notre esprit critique que nous prenons au sérieux l’interdiction des paris sur les prix. Vous êtes nouveau venu sur le blog. Sachez que M. Jorion à maintes reprises s’est expliqué la signification qu’il donnait à cette interdiction. L’ingénierie financière n’a pas de secrets pour lui puisque cela fut même son métier, y compris dans cette région du monde où s’est déclenchée la crise des subprimes et où il pu se faire une idée précise sur tout une gamme de produits plus que douteux de la finance. Il a prévu la crise actuelle et a démontré en quoi le niveau faramineux des transactions liées à la spéculation a failli conduire à l’implosion du système financier. Comment pouvez-vous nier à ce point l’évidence ?

      M. Jorion sait donc parfaitement de quoi il parle. Dans un certain nombre de billets et dans ses livres il a détaillé les mécanismes de la spéculation et en a montré les implications économiques et sociales.

    4. Pour moi, il est évident que cette fameuse « interdiction des paris sur la fluctuation des prix » n’est qu’un fer de lance pour réclamer une règlementation de la finance (et non une « régulation des marchés », c’est encore autre chose).

      Sur le plan de la communication, (ie: ce que l’on pourrait entendre, un soir, dans la bouche d’une Claire Chazal), ce me semble une excellente formule car, dans sa forme, elle se détache des slogans et des formes habituellement bien lisses. Elle est un peu compliquée sans l’être trop, elle sort on ne sait d’où, elle fait rimer paris et prix, interdiction et fluctuation, et apparaît finalement comme une étrangeté. De quoi marquer les esprits. Au début on se dit « mais c’est quoi ce truc ? », ensuite on s’y fait peu à peu, comme à un goût exotique, puis on en vient à penser qu’elle indique la bonne direction. Cela dit, je ne crois toujours pas en son efficacité, car l’esprit de lucre aura tôt fait de contourner cette « ligne Maginot », mais je ne vois rien d’autre, à moyen terme, pour changer vraiment la planète finances.

  35. Cher Alain Gauvin,
    Tout d’abord, merci de démontrer pour la dénoncer de cette hypocrisie politique, …

    Je suppose celle de nos « fieffés » politiques, qui sévissent, agissent, s’agitent, proposent, décrètent du haut des hauteurs du pouvoir des pouvoirs politiques, parce qu’en deça, peut-on dire dans le bief, les « bieffés » politiques , peut-on vraiment savoir ?? …

    Dans cette optique, sur ce sujet particulier, j’ai essayé de parcourir le site du Sénat, comme ça, pour voir, pour essayer de me faire une idée, réaliser, quantifier, prendre la mesure de cette hypocrisie politique …
    je n’ai sans doute pas tout, vraiment pas tout compris, ..
    j’ai noté qu’une commission parlementaire, mais je n’ai vraiment trouvé de débats …

    J’en suis donc restée à considérer, (toujours sur ce sujet) de l’hypocrisie de nos « fieffés » politiques, sans tellement pouvoir ni trop quoi en dire, ni manifestement la penser de nos « bieffés » politiques ..
    Donc, voilà, de cette question-là que je me pose, si vous le pouvez ou s’il se pouvait, ….
    j’ aimerais bien comprendre, connaitre un peu mieux votre avis ….
    Merci

    1. Chère Cécile,

      Je ne suis pas sûr de comprendre votre question. L’hypocrisie que je dénonce résulte de la confrontation de deux textes (l’exception de jeu du Code Civil et la dérogation à cette exception énoncée par le Code Monétaire et Fianncier) et du discours unanime de tous les Politiques sur la spéculation. Si vous trouvez un Politique qui exprime une position favorable à la spéculation, je suis preneur (Alain Madelin? A voir).

      Si vous avez de l’appétit pour les travaux parlementaires, alors je vous invite à consulter ceux (du Sénat, comme ceux de l’AN) qui concernent le recours aux CDS par les OPCVM. Ces travaux sont ceux qui ont précédé la Loi de Sécurité Financière d’août 2003 (Sécurité Financière! On risque de faire rire Zébu, Crapaud Rouge et cie). Si vous êtes patiente, je publie un article à ce sujet dans un prochain numéro de LA TRIBUNE, après le cri d’orfraie poussé par notre Ministre des Finances il y a 10 jours, ayant découvert tous les vilains bobos qu’engendrent les CDS et prônant leur interdiction. Interdiction au journal de 20H00 (ou autre media) d’un côté; gavage d’OPCVM à coup de CDS, gavage permis par la loi, de l’autre…

      Bien cordialement,

    2. Cher Alain Gauvin

      J’essaye de vous reformuler ma question

      Mon sentiment est que l’hypocrite agit en toute conscience, en toute lucidité, en toute perspicacité, en toute connaissance de fait ….
      mais l’ignorant, l’ingénu, le naïf, … ont-ils accès de cette hypocrisie ???
      alors pourtant même, une des stratégies de l’hypocrites ne serait-elle pas justement de cultiver la crédulité ???

      Je suis d’accord avec vous de l’hypocrisie, mais je pressentirais aussi que sans une bonne dose de crédulité, peut-être même savamment entretenue, ….
      Ne pensez-vous pas , vous aussi que …. ???

      NB Pour exemple, de cette mention de l’ignorance, exposée à côté de l’oubli, et du mépris, comme tout aussi calamiteuse
      « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen …. Préambule. Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationnale, considérant que l’ignorance, l’oubli, le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et la corruptions des gouvernements …. « 

    3. Chère Cécile,

      Si votre propos est de soutenir que les Politiques auraient un intérêt à avoir pour électeurs des ventres moux sans cervelle, je ne suis pas loin de le penser.

      Bien cordialement,

    4. Comme nous agréons l idée de ne pas regrouper tous les zinvestisseurs dans le même panier, considérant que leur diversité nous interdit de les réunir sous un seul aspect trop lisse, pourrions-nous aussi éviter de parler des politiques comme si ils n appartenaient pas à une sphère humaine complexe, et donc hétérogène ?

      Les zinvestisseurs. Les politiques.
      Tous pluri.

      Le dire :
      Des zinvestisseurs, des politiques… ce serait moins populiste, pour le coup.

      Bien cordialement.

  36. @ Alain Gauvin, vous dites :

    2. A quoi servent les CDS et plus largement les dérivés et autres titres complexes (CLN, CDS, cat bonds, etc)? Ils remédient à l’incapacité du marché de l’assurance et de la ré-assurance à couvrir des risques de toute nature, divers et coûteux dans les dommages qu’ils provoquent. Qui donc peut bien souscrire de tels risques, à occurrence faible, mais au coût élevé? Pour partie, ce que l’on désigne comme étant des spéculateurs mais il ne faudra pas se plaindre si, en conséquence, un certain nombre de risques ne sera plus assurable. Et ça m’étonnerait bien que nos sociétés soient prêtes à être moins assurées.

    A-t-on un exemple de grande catastrophe qui ait bénéficié de ce type de couverture sans avoir nullement recours à l intervention publique ? Non. Autrement dit, les spéculateurs assurent quelque chose non seulement parce que l occurrence est faible, mais aussi parce que, en cas de survenue de cette occurrence, ce ne sera pas eux qui paieront mais bien les collectivités.

    Étranges contrats de dupes qu il faudrait honorer.

    Il se trouve qu un vieux système d assurance avait démontré une certaine efficacité. C était la collectivité, la présence de l État et du contrat social en tant que garant des risques systémiques de toute nature mais que, sous couvert d efficience absolu du marche, on choisit de démanteler cet outil.

    Étrange système d assurance, en vérité, que celui qui conduit à démanteler des couvertures fiables parce que largement reparties et mutualisées, pour mieux vendre des produits qui seraient bien en peine de couvrir quoi que ce soit de majeur. N est-il pas ?

    Décidément, les arguments en défense de certains usages de certains produits dérivés sont bien tenus.

  37. la définition de « spéculer » dans TLF (trésor de la langue française)
    http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=3776869515;

    « SPÉCULER, verbe trans. indir.
    ——————————————————————————–

    SPÉCULER, verbe trans. indir.
    A. [Le compl. d’obj. indir. peut ne pas être exprimé] Faire des opérations financières, commerciales pour tirer profit des variations du marché. Synon. accaparer, agioter (vieilli), boursicoter (fam.). Spéculer sur le coton, sur les grains, sur les mines d’or, sur le sucre; spéculer sur le prix de qqc.; spéculer sur la misère publique; spéculer en Bourse. Le père Grandet spéculait sur les tonneaux ou sur les monnaies, selon l’occasion (ALAIN, Propos, 1932, p. 1060). Comme l’argent appelle l’argent, il avait pu profiter de l’essor industriel du Nord, spéculer sur les achats et les reventes de vieux matériel et d’usines à démolir (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 151). V. agioteur ex. 6.
    Spéculer à la baisse, à la hausse. Faire des opérations financières, commerciales pour tirer profit des variations du marché à la baisse, à la hausse. D’Israëli, qui jugeait la hausse téméraire, résolut de spéculer à la baisse (MAUROIS, Disraëli, 1927, p. 32).
    B. Gén. péj. Compter sur quelque chose pour en tirer un profit, un avantage. Spéculer sur l’amour, la bêtise, la crédulité, la cupidité, la sottise de qqn. Le chicaneur spécule sur l’obscurité des lois (SAY , Écon. pol., 1832, p. 463). Le capitaine (…) avait spéculé sur l’action bénéfique de l’air de la mer pour me ravigoter (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 229).
    C. [Le compl. d’obj. indir. peut ne pas être exprimé] Se livrer à des études, des recherches abstraites, théoriques. Synon. méditer, penser, réfléchir. Spéculer sur des abstractions, sur Dieu, sur l’essence de qqc., l’existence de qqc., sur l’infini, sur le réel. La philosophie spéculant à l’aide des catégories, Dieu est demeuré à l’état de conception transcendentale (PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 20). Dommages [que] subissent (…) la théologie et la théodicée, dès qu’on permet à l’intelligence humaine de spéculer sur l’absolu (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 1285).
    Prononc. et Orth.: [spekyle], (il) spécule [-kyl]. Ac. 1694, 1718: spe-, dep. 1740: spé-. Étymol. et Hist. A. 1. a) Mil. XIVe s. trans. « observer, considérer, chercher à pénétrer par l’esprit » ([JEAN D’ARKEL] Li ars d’amour, éd. J. Petit, II, IV, IX, t. 2, p. 29: regardant, avisant et especulant cele science); 1370-72 id. (NICOLE ORESME, Ethiques d’Aristote, éd. A. D. Menut, X, 20, p. 539: speculer et cognoistre la multitude et congregacion des loys); b) 1404 speculer sus aucune chose « réfléchir, méditer sur » [dom. de l’astron.] (CHRISTINE DE PISAN, Fais et bonnes meurs Charles V, éd. S. Solente, III, 67, t. 2, p. 170: speculer sus plus occultes choses si comme des passions de la lune, comme sont eclipses); c) ca 1550 intrans. c’est spéculé (Farce du Cousturier ds Anc. théâtre fr., éd. Viollet Le Duc, t. 2, p. 166); 2. 1509 trans. « observer une réalité, des phénomènes physiques » speculer toute la pourprise à l’environ (LEMAIRE, Illustr., I, 21 ds HUG.); 1610 speculer les astres (BEROALDE, Parvenir, Epistre I, 270, ibid.). B. 1. 1792, 2 déc. « chercher à obtenir un gain grâce à; chercher à tirer profit de » spéculer sur la misère publique (ROBESP., Discours, Subsist., t. 9, p. 115); 2. 1798 spéc. spéculer sur les matières de banque (Ac.). Empr. au lat. speculari « observer, guetter, épier; regarder d’en haut ». Fréq. abs. littér.: 245. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 342, b) 260; XXe s.: a) 402, b) 365. Bbg. QUEM. DDL t. 16. « 

  38. Bonsoir,

    lisant attentivement le contenu des blogueurs il me semble qu’il y a un amalgame de fait. je ne pense pas que la totalité des produits derivés soit à passer à la trappe. Les produits ART (alternative Risk Transfert) de l’assurance comme les catbond ont leur utilité et les titrisations d’assurance n’ont rien à voir avec les titrisations de dettes. Ils rendent assurable des vulnerabilités qui ne trouveraient pas d’assureurs normalement.

    de plus concernant la spéculation sur produit derivé une simple decision des etats suffirait à reduire la chose à une taille qu’elle n’aurait jamais du quitter. Oui une simple decision, celle de ramener les produits de gre à gré dans dans le giron des marchés reglementés avec ses contraintes et garde-fous: appel de marge et deposit. L’application de ces mesures au marché des swaps avait il y a quelques années reussi à le rendre raisonnable. J’ajouterai que creer du frottement dans les transactions de marché, via une taxe nous debarasserait aussi par la même occasion du trading HFT qui detourne le marché de sa fonction naturelle qui est de financer l’économie.

    1. Merci pour cette bien utile contribution. Je suis bien d’accord que le recours au marchés réglementés sécurisent les opérations. Le seul souci, c’est que le marché réglementé ne permet pas de structurer des produits sur mesure pour des risques et des besoins particuliers. Certains risques peu liquide (PME, climatiques, pandémiques, etc.) risquent de ne pas trouver leur place sur ces marchés. Bien cordialement,

Les commentaires sont fermés.