Pas si fous, les émetteurs de Credit-Default-Swaps (CDS), par Jean-Pierre

Billet invité.

Fous, les émetteurs de Credit-Default-Swaps (CDS) ? Pas tant que cela. Il suffit de savoir s’y prendre.

Commençons par comprendre ce qu’est un CDS. C’est une assurance, ciblée et négociable, d’un type particulier ayant trait à des actifs financiers, de préférence négociables eux aussi. Deux parties contractantes conviennent des modalités. Celles-ci comprennent la détermination de l’actif financier à assurer, la définition du risque spécifique qui sera assuré et la manière dont l’assuré sera rétribué. Pris tel quel, le CDS ressemble à une assurance traditionnelle. Car tout comme cette dernière, l’assuré devra s’acquitter périodiquement d’une prime. L’assuré ne pourra toutefois exercer son CDS que si un événement particulier survient, événement défini dans le contrat et qu’on nomme dans le jargon credit event. A cette aune, le CDS ressemble à une option put (droit de vente à un prix prédéterminé – le put bénéficie d’une baisse du prix).

La grande distinction par rapport à l’assurance traditionnelle réside dans le fait que n’importe qui peut émettre un CDS – du moins s’il a accès aux marchés financiers – et que l’assuré ne doit pas posséder l’actif financier qu’il souhaite assurer. Parmi les événements retenus, on trouve la rétrogradation de la notation de l’actif financier assuré, le défaut de paiement ou encore la chute de la valeur de cet actif au-dessous d’un seuil déterminé. Les contractants déterminent le type de « risque » qui sera couvert.

Partons d’un exemple concret et actuel : un emprunt d’état grec. Admettons qu’on veuille s’assurer contre une chute de son cours : si le cours chute de plus de 10% en dessous de son prix d’émission, nous convenons avec l’émetteur du CDS qu’il nous rembourse intégralement l’obligation. De notre côté, nous nous engageons à lui fournir le titre en question (c’est l’aspect « swap » [échange] du contrat).

L’émetteur du CDS évalue le risque qu’il court et fixe la prime du contrat en conséquence. À l’heure actuelle, il exigera quelque 6% du montant à assurer. L’acheteur du CDS devra donc lui payer 6% de la valeur à l’émission de l’obligation pour obtenir la couverture. Il devra réitérer ce paiement tous les ans. Aussi longtemps que le cours de l’obligation ne tombe pas en dessous de la limite de 10%, l’émetteur du CDS encaissera la prime annuelle.

Le porteur du CDS, lui, devra défalquer cette prime du coupon que l’obligation lui procure annuellement. Ce coupon lui est toutefois payé en fin de période, alors que la prime, elle, est redevable en début de période. Si la prime dépasse le montant du coupon, le porteur du CDS sera de sa poche pour couvrir son contrat. Il y perdra donc, mais aura la garantie d’être remboursé intégralement si jamais le cours chutait.

L’émetteur du CDS, pour sa part, placera à bon escient la prime encaissée en début de chaque période et se constituera un matelas. Si le cours de l’obligation résiste pendant plus d’un an au-dessus de la limite fixée, l’émetteur du CDS ne courra plus qu’un risque minime : il aura au moins encaissé deux fois la prime de 6%, possédera donc au moins un matelas de 12%. Si l’obligation assurée chute effectivement de 10%, il perdra une partie du produit des primes encaissées. Mais il aura toujours la possibilité de revendre à son tour l’obligation sur le marché.

Quand on sait qu’à l’heure actuelle les primes exigées pour les CDS concernant les emprunts d’état dépassent systématiquement le rendement desdits emprunts, les émetteurs de CDS courent actuellement un risque minime de perdre de l’argent en cas d’exercice. Les emprunts anglais (« Gilts ») à cinq ans, par exemple, rapportent en moyenne 2,75% actuellement. Or, les couvrir via un CDS, coûte 3,75%.

En fait, la majorité des émetteurs de CDS utilisent ces contrats comme des obligations. Car tout comme ces dernières, les CDS rapportent périodiquement une somme (la prime au lieu du coupon), mais contrairement au cas de l’obligation, l’émetteur du CDS ne débourse pas un centime pour obtenir ce paiement périodique. S’il fixe minutieusement les conditions d’exercice du CDS et limite consciencieusement la couverture, il ne court qu’un risque insignifiant. Le seul risque majeur est qu’il ne puisse revendre l’actif sous-jacent lorsque le porteur du CDS est en droit de l’exercer. Dans ce cas-là, l’émetteur du CDS n’est plus en mesure de récupérer une partie importante de la somme qu’il a dû rembourser. C’est une configuration de défaut de ce type qui est à l’origine de la crise bancaire actuelle.

Une fois connu ce mécanisme, on comprend la naïveté des politiques qui veulent aujourd’hui limiter l’utilisation des CDS en matière d’emprunts souverains. On comprend aussi que leurs tergiversations constituent du pain béni pour ces spéculateurs. Plus l’incertitude grandit, plus le montant des primes augmente, donc moins grand sera le risque que courront les émetteurs de CDS ! Les politiques n’ont pas compris que ce ne sont pas tant les investisseurs qui s’assurent par ce biais qui sont fautifs, mais plutôt les émetteurs de CDS qui, une fois contraints de rembourser le contrat, vendent systématiquement les actifs concernés sur le marché, causant l’implosion des cours et alimentant ainsi la panique. Ni l’émetteur du CDS, ni encore moins son porteur ne courent un risque significatif, ce sont les autres seuls, les investisseurs réguliers, qui en subissent le contrecoup suite aux ventes massives par les émetteurs de CDS.

Dans le cas de la nouvelle émission grecque, il était parfaitement inutile de fustiger les fonds spéculatifs lors de la souscription. Ces fonds ne sont nullement intéressés par cet emprunt, mais uniquement par les CDS qu’ils pourront émettre. Et pour ce faire, ils n’ont nul besoin de souscrire. Si on veut se débarrasser de la nocivité des CDS, il suffirait d’interdire à leurs émetteurs la vente des actifs sur les marchés, les obligeant effectivement à se constituer un fonds de réserve pour couvrir le risque. Ce n’est qu’ainsi qu’ils agiraient en véritables assureurs. Mais comme l’émetteur de CDS n’a pas cette vocation, on peut continuer de rêver.

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55 réflexions sur « Pas si fous, les émetteurs de Credit-Default-Swaps (CDS), par Jean-Pierre »

  1. Bonjour,
    Merci de rappeler ce qu’est le CDS.
    Ce qui me gène déjà, c’est que cela touche le niveau de l’Etat. L’Etat, ce sont les citoyens, cela n’a rien de privé qui prend des risques calculés. Ceux-ci sont pris en dehors d’eux. Une Etat peut s’assurer. Il le fait d’ailleurs par les Empruns d’Etats qui sont achetés par les citoyens ou par n’importe qui. A l’échéance, ils sont remboursés comme tous les prêts par de nouveaux Empruns au besoin et le cycle reprend.
    C’est déjà bien de reconnaitre que c’est comme une assurance et tout peut être assurer contrairement à ce que j’ai lu ici, même Katrina.
    « Si on veut se débarrasser de la nocivité des CDS, il suffirait d’interdire à leurs émetteurs la vente des actifs sur les marchés, les obligeant effectivement à se constituer un fonds de réserve pour couvrir le risque. », comme vous dites, mais cela ne s’appellerait plus des CDS.
    Je suis peut-être naïf, mais faut pas tout croire.

  2. Mon Dieu – j’ai compris ce que c’est qu’un « put », ce que c’est qu’un « swap » et ce qu’offre l’achat d’un CDS !

    Mille, mille mercis à l’auteur.

  3. vous dites : »C’est une configuration de défaut de ce type qui est à l’origine de la crise bancaire actuelle. » N’est-ce pas exagéré ?

    Les 400 Milliards de Lehman se sont dégonflé à 5.2 Milliards et les CDS d’AIG on été renfloué par les US pour causes de non collatérisations initiales. Y a t-il eut beaucoup de CDS non réglé ?

    Le vrai problème « systémique potentiel » me semble être plutôt que l’émetteur de CDS le passe en hors bilan, et donc échappe à toute règle prudentielle.

    Vous dites: »Les politiques n’ont pas compris que ce ne sont pas tant les investisseurs qui s’assurent par ce biais qui sont fautifs,…

    Mais les investisseurs ne sont il pas autant des spéculateurs que les émetteurs de CDS : si la Grèce assaini ses finances, le taux des emprunt d’etats se rapprochera de nouveau de celui du bund et l’obligue pourrai voir sa valeur doubler !! …cela explique qu’ils soient prêt à payer la Prime plus chère que le coupon. D’ailleurs l’emprunt a été sur-souscrit 3 fois…Et une couverture partiel en CDS permet aussi de préserver Bâle II sans trop toucher aux fonds propres.

    Vous dites: »une fois contraints de rembourser le contrat, vendent systématiquement les actifs concernés sur le marché, causant l’implosion des cours et alimentant ainsi la panique

    la baisse appelle la baisse, les ordres stops automatiques des algorithmes de trading n’ont pas besoin des CDS pour se déclencher!!

    Vous dites : »Si on veut se débarrasser de la nocivité des CDS, il suffirait d’interdire à leurs émetteurs la vente des actifs sur les marchés, les obligeant effectivement à se constituer un fonds de réserve pour couvrir le risque »

    Si vous augmentez le cout de la gestion du risque pour les émetteurs, il augmenterons la prime et je ne suis pas sûr que cela vous plaise…

    Vous dites: »Ce n’est qu’ainsi qu’ils agiraient en véritables assureurs

    J’adore cette population philanthrope, vous pensiez à AIG…

    CLS: le mieux pour un Etat est faire une politique économique saines, cf Allemagne, Canada

    1. Une politique saine ? Du dumping social comme en Allemagne ? Une politique saine pour la majorité des gens ou pour les marchés financiers ?

    2. Une politique saine fini toujours par profiter à la population mais il plus facile politiquement de faire du sur endettement, cela va plus vite, évite de se remettre en cause et laisse la dette aux générations futures !!! Merci Papa

    3. Le poids intolérable de la dette honteusement laissées à nos enfants, c’est déjà assez fantaisiste comme antienne néolib, car le calcul de celle-ci ne tient aucunement compte des actifs des Etats et de ceux crées par l’endettement, quand celui-ci est investi dans le bien commun (nos enfants seront sans doute heureux d’avoir encore quelques hôpitaux publics par exemple). Mais le meilleur c’est quand même ce sous entendu que seuls les pauvres et les classes moyennes vivent au dessus de leurs moyens et que c’est donc à eux de payer pour renflouer le casino tenu par les plus riches. Après tout, ils n’ont qu’à être riches, pas vrai ?

    4. La charge de la dette et budget de fonctionnement/efficacité laissent justement très peu de place à l’investissement, c’est bien cela le problème. L’actif est encore supérieur à la dette : ah la belle affaire !
      tout va très bien Madame la Marquise…Les marges de manœuvres sont si faibles que c’est « grâce » à la crise que le grand emprunt à pu être lancer !, tout les États explosant la règle des 3%, un peu plus, un peu moins, allons y…

      Maintenant ces considérations sont faites sur la base des règles actuelles de la finance internationale, si demain les Etats sont « autorisé » à chacun créer de la monnaie via un super FMI (une Gosbank mondiale) ou autres, les choses pourraient être différentes, mais nous en sommes encore loin !!

    5. Mais précisément, c’est bien parce que les théories monétaristes et les critères de convergence qui lui sont liés ont fait preuve de leur toxicité, que personne ne les respecte plus après la crise, alors même qu’ils n’étaient finalement pas beaucoup plus tenus avant (cf maquillage des comptes et pas qu’en Grèce). Le fait que les dirigeants et l’orthodoxie économique s’y raccrochent coûte que coûte, cela relève de l’idéologie, ni plus ni moins. Les principales lésées sont comme toujours les populations les plus fragiles.

      Il est temps d’en finir avec ces absurdités économiques…

    6. Ce sont les grecs vos « populations les plus fragiles » ? Leurs niveau de vie a fait un bond en 10 ans…

      L’Allemagne possède un modèle éco qui fonctionne, même si vous parlez de « dumping social », et il me semble normal qu’elle soit prudente.

      Nous irons vers le même dumping social. C’est notre participation à la redistribution mondiale qui
      s’imposera tant qu’un nouvel équilibre ne sera pas trouvé. Je ne vois pas d’autres issus…

      Il faut plus de croissance, de productivité, de créativité, de formations adéquates…il faut être plus riche pour donner plus.

    7. L’Allemagne a un modèle qui fonctionne grâce à la générosité de ses voisins qui permettent à leurs populations de consommer et notamment ses produits, ce que ne peuvent plus faire ses propres ressortissants.

      Quant à la répartition des richesses, elle doit certes se faire en direction des pays émergents mais également au sein des pays développés. Les inégalités ont explosé dans ces derniers si on sait regarder finement les statistiques, comme l’a fait Camille Landais par exemple. Votre position ne tient pas debout une seconde. Ceux qui doivent faire les sacrifices sont aussi et surtout ceux qui ont suffisamment d’argent pour spéculer, utiliser les ventes à découverts et les effets leviers avec une utilité sociale largement négative, à moins de considérer les crises systémiques comme des bénédictions.

    8. Si les voisins achètent à l’Allemagne, ce n’est pas par générosité ( je rêve…) mais car leurs produits sont meilleurs que les nationaux !
      Si tout les pays étaient aussi pauvre que l’Allemagne…deplus ils n’y a pas de bulle immo là-bas..

      La répartition des richesses au sein de l’Europe est un des roles de l’UE et cela fonctionne.

      Je ne sais pas à qui vous appliquez le termes : »ceux qui ont suffisamment d’argent pour spéculer, utiliser les ventes à découverts et les effets leviers » ?
      – Si c’est les hedges fonds dans des paradis fiscaux, oui bien sur pour les « filiales de banques européennes » sinon comment…
      – Si c’est les banques US, si elle sont taxées plus cela ira dans la poche des USA
      – Si c’est par une taxe Tobin, il la faudrait mondiale (cf tentative avorté de la Suède) mais à étudier
      – Si c’est des sociétés ou particuliers français, ils sont déjà taxés il me semble. Pour info les produit dérivés sont accessible à partir de 10 euros(frais compris)…

      Les cause des crises sont plus complexes, les responsabilités multiples et il ne faut pas confondre le thermomètre et le mal…

    9. Je parle de générosité dans la mesure où si les voisins des allemands avaient pris les mêmes mesures d’austérité salariale et de contrainte de retour à l’emploi (lois Hartz 4 notamment), le modèle allemand n’aurait tout simplement pas pu être viable, bons produits ou pas.

      Vous ne répondez pas sur la répartition des richesses par classes de populations. Quant à la redistribution au sein de l’Union, elle est conditionnée au respect de critères qui tendent structurellement à creuser les inégalités. Mais apparemment, ce n’est pas votre problème.

      Pour ce qui est du contrôle du secteur financier, je vous renvoie aux propositions de Paul Jorion et de Frédéric Lordon notamment.

    10. Vous parlez de générosité, pour moi, c’est plus un manque de courage politique, de lucidité et de vision, associé à une population mal éduquée sur la chose économique…Maintenant je ne dit pas que le volet Hartz IV soit la panacée ou applicable en l’état en France, mais il a déjà inspiré certaines lois françaises. Les relations syndicats-patronats d’un tout autre niveau en Allemagne, permettent un dialogue non dogmatique…

      Sur la répartition et la redistribution des richesses par classes de population : si vous classez la population par leurs richesses vous créer de facto des classes différentes ! vous pouvez aussi classer par taille( les plus grand indemnisent les plus petits), poids(les plus lourds indemnisent les plus léger), nombre d’enfants(sous 2 enfants ont indemnise les familles nombreuses, zut cela existe déjà) , localisation géographique ( primes pour les habitants du Nord, chauffage, vit D, déprime), Beauté( les belles indemnisent les moches), le Nombre de rapport sexuel par semaine( prime si fréquence inférieure à 2), …

      C’est terrible nous ne sommes pas tous des clones!!! donc oui les différences existent mais si je plains le SDF, je ne stigmatise pas le chef d’entreprise dont l’entreprise donne du travail ou le trader qui par son savoir faire participe aux résultats de sa société et au delà au budget de la nation. Nous sommes dans un monde où la bonne idée au bon moment peut être un jack-pot : tant mieux ! nous avons besoin d’esprits créatifs pour faire de la croissance, payer les dettes et sauver notre welfare state.

      Maintenant ce qui me gêne c’est plutôt le système qui ne permet pas à tous de révéler et d’exploiter au mieux ses potentiels.

    11. Mais bien sûr, je n’ai bien entendu pas compris les ressorts merveilleux de l’économie néolibérale, comme la plupart de mes compatriotes donc. Et vous , vous ne voulez manifestement pas comprendre que pour acheter les produits allemands et les valoriser à l’export, il faut que les consommations des pays voisins ne soient pas atones comme l’est l’allemande et que l’Euromark fasse rentrer de belles recettes chez nos voisins germains.

      Quant aux inégalités, elles existent et existeront c’est un fait. C’est leur explosion qui pose un réel problème de société. Les pays où les écarts de revenus sont les moins grands sont aussi ceux où la violence sociale est comme par hasard la moins ressentie, comme au Danemark par exemple. Ca n’empêche en rien la créativité, je vous rassure. Mieux, cela permet aux plus faibles, plus généralement à ceux qui ne se glorifient pas de respecter la loi de la jungle, de vivre dignement selon leurs préceptes.

  4. Merci à Jean-Pierre pour ces explications fort claires dans l’ensemble. Mais il y a quand même un phrase que je ne comprends pas. Vous écrivez :
    « Une fois connu ce mécanisme, on comprend la naïveté des politiques qui veulent aujourd’hui limiter l’utilisation des CDS en matière d’emprunts souverains. »
    En quoi serait-ce naïf ? Serait-ce naïf parce que cela reviendrait à sous-estimer la puissance de tous ceux qui trouvent leur compte à ce mécanisme ? Ou bien la naïveté serait-elle de vouloir limiter l’usage des CDS à ceux qui ne concernent pas les emprunts souverains ? Ou bien encore…?
    Bref, je ne comprends pas ce que vous voulez dire…

  5. Excellente note qui illustre ce que nous disions à D&E en 2008 quand les Etats injectaient des liquidités massives dans le circuit international qui déjà surchargé sont allées se déverser dans de nouvelles bulles : matières premières, puis Chine……

    Aujourd’hui les CDS sur les dettes publiques (= titrisation de l’assurance sur les dettes publiques dont le prix flambe si le paiement fait défaut) sont achetés massivement par tous les hedge funds et fonds souverains c’est-à-dire en clair qu’ils ont pris une position acheteuse sur la faillite publique des dettes européennes et toutes les dettes européennes de manière imminente.

  6. waouh !!!
    si je comprends bien, le métier d’assureur est exercé par n’importe qui et sans déontologie ?
    Tout ce système m’étonne parce que j’ai un peu de « morale » , non ? D’empathie ? De conscience d’autrui ?
    Naïf ? Plus maintenant ! Consterné, c’est le mot. Ma seule échappatoire c’est de m’en défendre en riant.

  7. Bonjour

    + 1 merci pour l’aspect pédagogique de ce rappel.
    J’ai une petite question subsidiaire : les CDS peuvent-ils être intégrés à des produits dérivés (dont on ne parle plus tellement, d’ailleurs, et surement à tort) ? Si c’est le cas, on pourrait encore avoir droit à des surprises intéressantes (navrantes, écoeurantes, …) dans quelques temps, et pas seulement avec les obligations d’Etat de la Grèce.

  8. Concernant votre solution pour limiter les risques que vous pointez et qui concernent en fait les tiers, pourquoi vous cantonner à dire qu’il faudrait que les émetteurs se voient interdire la revente des actifs sous-jacents ? Les acheteurs sont eux aussi fautifs dans la mesure où pour qu’il y aient ces CDS il faut bien qu’ils soient au rendez-vous. Sans acheteurs de CDS, il n’y a plus de CDS. D’autre part ce n’est pas le souci des spéculateurs acheteurs de CDS de savoir si le vendeur est solvable ou non puisque les paris sont des paris directionnels. Les spéculateurs ne tirent leurs profits que des vagues à la hausse ou à la baisse sur lesquelles ils surfent. Et malheur à ceux qui prennent la vague de plein fouet !

    Votre solution est techniquement irréprochable mais elle évite de pointer la nature spéculative des CDS. Les CDS ne sont pas simplement une réponse à un problème d’ordre technique, ils s’inscrivent dans une certaine façon de concevoir l’économie qui a fait la preuve de son absence de vision et de sa fausseté.

    L’idée de Paul consistant tout simplement à interdire les paris sur les fluctuation de prix aboutit au même résultat mais elle a pour elle le mérite de qualifier la nature de ces contrats où sont engagées des positions nues. Elle fait des CDS un simple cas particulier de tout type de paris — existant ou encore à inventer — dont l’usage principal est de faire de l’argent avec de l’argent qu’on ne possède pas. Les CDS, comme vous l’expliquez fort bien, ne font courir des risques négligeables à ceux qui les font, mais ils déstabilisent l’économie, les Etats, les sociétés humaines. C’est cela le coeur du problème et le scandale.

    D’autre part il y a un point que je ne saisis pas bien dans votre façon de présenter les CDS.
    Vous commencez par dire que les acheteurs, contrairement à l’assurance classique, ne doivent pas posséder les titres sous-jacent des CDS qu’ils ont contractés. Mais ensuite vous précisez que si l’événement à propos duquel le CDS est contracté intervient, l’acheteur doit fournir à l’émetteur ce sous-jacent. Vouliez-vous simplement signifier que l’acheteur n’est pas dans l’obligation de posséder le titre sous-jacent quand il signe le contrat avec l’émetteur du CDS ? Dans ce cas l’acheteur devrait aller sur le marché et se procurer des titres pour être en mesure de remplir son contrat, le cas échéant. Ai-je bien compris ?

    Autre question, physiquement, à quoi ressemble un CDS ? On parle sans arrêt de tous ces produits dérivés mais on en voit jamais la couleur 😉 Y a-t-il une trace papier ? Concrètement, quelle trace physique laisse un CDS lorsque acheteur X se procure un CDS auprès d’un émetteur ?

  9. Eh bien moi je n’ai pas encore compris …


    si le cours chute de plus de 10% en dessous de son prix d’émission, nous convenons avec l’émetteur du CDS qu’il nous rembourse intégralement l’obligation.

    Si le cours chute de 10% l’émetteur de CDS paye 100 % du prix de l’obligation ?

    En ce cas comment l’émetteur de swap peut-il être couvert au bout de 2 ans d’encaissement de prime à 6% ?

    merci,

    1. Non, je pense que Jean Pierre fait une erreur dans sa définition de credit event Pour 90% des CDS, le credit event correspond à un défaut de l’émetteur de la dette (d’où le « Default » de credit default swap), dans d’autre cas il s’agit d’une restructuration de la dette de l’émetteur ou à une dégradation de son rating.
      Le produit que vous décrivez ici (paiement du notionel si baisse de plus de 10%) n’existe pas (du moins pas pour une prime de 6% seulement) car comme vous le remarquez à juste titre l’émetteur de CDS n’aurait aucune chance de s’y retrouver…

  10. @ quid34

    AIG avait émis ou se portait garant d’innombrables CDS (au moment où la crise s’enclenchait, la valeur notionnelle des CDS, la valeur qu’ils étaient donc supposés assurer, dépassait les 60,000 milliards de dollars (4 fois les PIB des USA !)). Le drame d’AIG, outre des erreurs d’appréciation, étaient que le gros des actifs financiers n’étaient pas négociables. AIG ne pouvait donc recouvrer une partie des pertes subies.

    Les CDS sont des attrapes-nigauds parce que leur émetteur ne garantit que sur papier qu’il sera à même de rembourser l’actif déprécié. En fait, il se rabat sur les investisseurs réguliers du marché pour le faire. C’est en cela que ces contrats sont dévastateurs.

    @Thierry

    La naïveté réside dans le fait que les politiques ne semblent pas avoir compris que ceux qui utilisent les CDS à grande échelle ne couvrent rien mais spéculent ouvertement sur une baisse du sous-jacent. Le simple fait qu’ils achètent des CDS attire l’attention de tous les investisseurs. Les primes augmentent, ce qui est automatiquement interprété par une augmentation du risque. Les investisseurs les plus peureux ou ceux qui ne peuvent assumer de pertes trop importantes se mettent alors à vendre, sans qu’il y ait eu un seul fait tangible expliquant cette baisse subite. Les parieurs à la baisse ramassent ensuite ces titres dépréciés, exercent leur CDS et se font rembourser davantage que leur mise. Eux seuls et, sans doute, l’émetteur des CDS y gagnent.

    Tout cela n’a donc rien à voir avec une quelconque assurance. Peut-on, dans de telles circonstances, empêcher ceux qui voudraient véritablement s’assurer contre de tels agissements ? C’est pourtant ce que nos politiques souhaitent. De là cette notion de naïveté.

    @ un passant peu crédité

    Tout produit financier pouvant être négocié individuellement mais tirant sa valeur d’un autre produit financier ou d’une simple référence (un index, par exemple) fait automatiquement partie des produits dérivés puisqu’il en ‘dérive’ non seulement son existence mais sa valeur aussi. Les CDS font donc partie de cette catégorie.

    @ Pierre-Yves D.

    Les acheteurs de CDS ne sont fautifs que s’ils ne possèdent pas le sous-jacent qu’ils assurent. La nature spéculative vient des acheteurs à nu et des émetteurs non solvables qui vendront systématiquement le sous-jacent remis, accentuant les reculs intempestifs des marchés. L’idée de Paul Jorion permet effectivement d’éradiquer les produits spéculatifs. Mais si les CDS sont convenablement conçus et utilisés – comme la plupart des produits dérivés, par ailleurs – ils perdent d’emblée leur nocivité spéculative et peuvent continuer d’exister.

    Pour la seconde partie de votre question, je vous renvoie à ma réponse faite à Thierry. Là les deux parties engagées spéculent ouvertement, chacune à sa manière certes.

    Quant au CDS, c’est un contrat et une simple inscription dans les livres. Comme la plupart des produits dérivés. Matériellement, il se concrétisera par un simple bordereau confirmant la transaction. Les politiques veulent contraindre les parties à négocier sur une place précise, de sorte à mieux répertorier ce qui se passe. Ce n’est pas indispensable. Il suffirait à ce niveau d’attribuer un code ISIN à chaque contrat financier négocié sur un marché ou de gré à gré – chose qui se fait déjà pour la plupart des produits financiers – et la trace sera toujours disponible. Une simple inscription électronique, donc. On nous serine que c’est impossible, que le monde entier devrait s’y soumettre, chose irréalisable. En fait on veut prémunir les paradis fiscaux, endroits hautement nécessaires à tout pays qui se respecte et à son système bancaire,

    @ Lisrtfr

    Dans l’exemple, l’émetteur a encaissé deux fois la prime, donc 12% (plus le produit du placement de ces primes). Si le cours de l’obligation chute de 10%, le CDS est exercé. Son porteur encaisse le remboursement au pair, soit 100% et récupère ainsi sa mise. L’émetteur s’empressera de vendre l’obligation à 90% directement sur le marché (il dispose d’autres moyens pour se prémunir contre une baisse plus forte du cours dans l’intervalle). L’opération lui aura finalement rapporté 2% (6%+6%-100%+90%) sans avoir déboursé un seul centime.

    1. Il me semble que vous confondez le montant total mondial 2008 des CDS soit 60000 milliards de dollars avec le portefeuille d’AIG qui était de 450 Milliards de dollards !!

      Le problème est apparu lorsque le rating (moody’s et S&P) d’AIG a été dégradé et a impliqué un appel de marge contractuel ( credit event) de plus de 20 milliards, au final AIG a déboursé 102 milliards pour solder ses CDS dus.

      D’ailleurs les banques françaises ont été bien contentes de recevoir 20 milliard d’ AIG !! donc merci les CDS !!

  11. « Groucho Marx déclara que gouverner est l’art de chercher les ennuis, les trouver, mal les diagnostiquer et ensuite mal appliquar les mauvais remèdes,Les législateurs et régulateurs semblent prets à découvrir la vérité de cette proposition dans leurs tentatives de réguler le marché des dérivés. » Satyajit Das
    Tango Swap: la danse de la régulation

  12. « ce ne sont pas tant les investisseurs qui s’assurent par ce biais qui sont fautifs ».
    Je ne comprends pas, excusez-moi : si les investisseurs prennent des CDS pour assurer des … actifs qu’ils n’ont pas, il sont bien fautifs, de vouloir spéculer.
    Le problème ne serait-il pas plutôt l’absence de collatéral, de ‘position nue’ comme dirait P. Jorion, de ces mêmes investisseurs ? Car si l’investisseur qui s’assurerait en CDS avec un collatéral déposé venait à planter, son collatéral irait immédiatement rembourser l’assureur.

    Ceci dit, le tout est évidemment de savoir ce qu’est un VRAI collatéral ou pas … mais aussi d’analyser les risques que génèrerait la vente de ces actifs en collatéral pour les (autres) investisseurs qui possèderaient ces collatéraux (chute des cours, baisse de notation, etc.).

    Bref, à priori, même la possession de collatéraux (et d’une définition ou notation de leurs qualités) ne résout pas le problème et n’empêche pas le risque systémique, direct ou indirect.
    On dira qu’il « n’épuise pas » le sujet du pari sur les fluctuations des prix.
    Sauf à les interdire.
    CQFD.

    PS : il me semble que dans votre démonstration il apparaît que les CDS sont bien des instruments de spéculation et non d’assurance puisque l’OBJET est bien lié à des fluctuations de prix, seules à ‘déclencher’ l’objet (et non pour assurer les risques encourus en cas de défaillance du possesseur).
    Supprimer l’objet n’est pas supprimer l’assurance du risque.
    On peut donc supprimer les CDS. Sans risques. 🙂

  13. Pour préciser mon post plus haut :
    un ‘joueur’ au poker intègre une partie à 100000€. Il donne en ‘garantie’ sa maison. Il perd. Mais en fait, il n’a pas de maison. Le risque est donc ici de ne pas avoir garanti la ‘garantie’.
    Mais imaginons qu’il ne possède qu’une partie de la maison (en SCI par exemple). Si la maison existe belle et bien et qu’un preuve de la qualité de cette possession puisse être apporté, cela n’enlève rien au fait qu’il fait porter un risque systémique aux autres ‘parts’ de SCI. Et plus globalement, si tout le monde ‘joue’ avec sa maison, sur les prix du marché immobilier.

    Le mieux est donc d’interdire, devant la loi, que les paris ne soient pas reconnus.
    Donc que les CDS soient interdits.
    Puisqu’ils se basent sur le pari et non sur l’assurance du risque : assurer une maison contre le feu n’est pas assurer sa maison sur le fait qu’elle cramera ou pas avant 10 ans et jusqu’à quel degré.

    Cordialement.

  14. Plus précis encore :
    J’assure mon fils en CDS, sur le fait qu’il ne grandira pas plus de 10 cm par an pendant 10 ans. S’il grandit de plus de 10 cm selon les années, je paierais ces années là 10€ pour chaque année. Sinon, vous me filez chaque année 1€ par an.
    Faut être sacrément pervers …
    Et c’est ce que font ces ‘investisseurs’ et ces ‘émetteurs d’assurance’.
    Rien à voir avec une police d’assurance maladie.

    Imaginez maintenant que je n’ai même pas de fils ou que j’assure en fait le fils de mon voisin (avec une option de ‘saisie’ de ce fils en cas d’échec).
    Et que l’on ne me demande même pas la photocopie de mon livret de famille pour engager ce pari.
    Je serais vraiment un fils de …

  15. Je suis bien d’accord pour dire que je ne comprends pas tout, …
    mais une assurance qui n’assure rien des obligations qu’elles assurent, ni des dettes de la Grèce, ni de celles de l’Irlande, mais seulement des rumeurs, fondées ou non …
    n’a aucune utilité , ni aucune raison d’être …

    D’ailleurs, s’il me semble , chaque emprunteur de quelque nature qu’il soit, état, banque, particulier est obligé de souscrire des frais d’assurances, qui ne sont pas des CDS, mais semblent tout autant que les CDS relever beaucoup plus de l’escroquerie que d’une entreprise qu’il faille considérer comme honnête …
    Sur ce sujet, à quelles assurances sont supposées être affiliées les banques ???

    Sincérement et aussi sérieusement je trouve bien dommage, tout ce gaspillage de matière grise pour initier de toutes ces redondances comptables, superficielles, légères, parvenues … qui n’apportent franchement rien ni à l’humanité, ni à personne…

  16. Voilà qui répond parfaitement à ma question formulée dans deux com’, merci. Les explications sont très pédagogiques, mais 1 ou 2 lectures de plus me seront sans doute nécessaires pour bien comprendre.

  17. Les CDS et l’Assurance

    En lisant ce billet (et d’autres auparavant), je me suis aperçu que l’on compare souvent les CDS (comme beaucoup d’autres dérivés d’ailleurs) à des produits d’assurance.
    Prenons l’exemple d’un CDS dont le credit event est le défaut d’une obligation émise par l’entreprise A de notionel N. Du point de vue de l’acheteur du CDS qui posséderait l’obligation, c’est clair que le CDS permet de s’assurer contre le défaut. Si A fait faillite alors l’émetteur du CDS payera à l’acheteur la somme N. C’est exactement comme prendre une assurance anti incendie, si ma maison brule, mon assurance me donne de l’argent pour que je m’en rachète une.
    Quelle est alors la différence entre un CDS et une police d’assurance ?

    Une différence souvent pointée du doigt est que l’acheteur du CDS ne doit pas nécessairement posséder le sous-jacent pour contracter un CDS. Ca peut choquer beaucoup de personnes, mais après tout ca n’a rien de plus immoral que deux personnes qui font un pari sur l’issue d’un match de foot. Acheter un CDS sans détenir d’obligation, c’est juste prendre un pari sur la solvabilité d’un émetteur de dette.

    En fait, il y a une différence bien plus profonde entre l’assurance et les CDS. Cette différence rend les CDS à la fois très utiles mais aussi très dangereux. En effet, une assurance contrairement à un investisseur ne prend pas de risque. Pour limiter son risque, elle diversifie son risque. Ce concept de diversification est souvent mal compris car il repose sur l’étude de l’indépendance des risques. Prenons un exemple purement illustratif. Si une assurance propose la police d’assurance suivante :

    « Si votre maison brule je vous verse 1 sinon 0 »

    Si on suppose que une maison a une chance sur deux de bruler, de combien doit être la prime d’assurance pour bénéficier de ce contrat ?
    90% des gens (dont probablement AIG) répondront il faut payer 1/2. Pourquoi ?
    Parce qu’ils font le calcul suivant 1*1/2+0*1/2=1/2, c’est-à-dire l’espérance des gains est 1/2 et donc si j’assure un assez grand nombre de personnes je ne ferai pas de pertes.

    Malheureusement c’est faux. En fait d’un point de vue mathématique, la loi des grands nombres nous dit qu’une moyenne de variables aléatoire identiquement distribuées INDEPENDANTES convergent en loi vers leur espérance.
    Concrètement, dans notre exemple précédent, si le fait que les maisons de mes voisins brulent n’a AUCUNE influence sur la probabilité que la mienne brule alors si je propose ce contrat d’assurance à 1000 personnes, j’ai une probabilité de 99% de devoir payer 1000*1/2=500. Par conséquent, si je demande à chacun de verser 1/2 je suis à peu près sur d’avoir assez d’argent pour payer les dégâts. C’est ca la diversification ou mutualisation de risque.
    Le problème, c’est que dans la vraie vie, les risques ne sont pas indépendants. Dans mon exemple précédent, si toute les variables sont parfaitement corrélées (cad si une maison brule alors elles brulent toute sinon aucune ne brule), en proposant mon contrat à 1000 personnes j’ai une chance sur deux de devoir verser 1000 et une chance sur deux de devoir verser 0. Autrement dit si je demande à chacun de verser une prime de 1/2, j’ai une chance sur deux de faire faillite. Une assurance contrairement à un investisseur ne peut pas (légalement) proposer un bilan négatif et par conséquent, l’assurance est incapable d’assurer ces risques ultra dépendants car l’espérance est bien de 500 mais il n’y a pas de convergence.
    Le cœur de métier de l’assurance est donc de trouver l’indépendance entre les risques. Il n’y a pas de mutualisation de risque sans indépendance de risque !!
    C’est pour ca qu’aucune assurance ne peut assurer la région de LA. S’il y a un gros séisme, toute la zone est détruite sinon il n’y a rien. C’est donc impossible de diversifier le risque sur cette région et donc impossible d’exercer le métier d’assureur.

    C’est là la différence fondamentale entre le spéculateur /investisseur et l’assureur. Le spéculateur accepte d’avoir une forte probabilité de perdre de l’argent tandis que l’assureur doit diversifier le risque pour ne pas faire faillite.
    Il est dès lors clair que le CDS est fondamentalement différent de l’assurance car il ne se soucie pas de la diversification du risque. Les cat bond (CDS pour catastrophe naturel) suivent le même principe, si il y a une catastrophe naturelle extrême on perd 100 sinon on touche une prime d’assurance de 3. Grace aux cat bonds, des catastrophes comme Katrina et Xynthia sont payées par la fièvre des spéculateurs qui parient sur le fait que de tels évènements n’arriveront pas.

    C’est pour ca que les CDS comme les autres produits souvent qualifiés de toxiques s’avèrent utiles lorsque leur acheteur cherche véritablement à s’assurer contre un risque et non pas uniquement à jouer au casino. Ces produits permettent de détourner l’argent spéculatif vers des terres que l’assurance ne peut couvrir. L’acheteur cherche à s’assurer, l’émetteur à jouer et le CDS permet d’allier leurs intérêts. Vouloir les supprimer parait véritablement naif et dangereux. Par contre encadrer les institutions qui placent des milliards de dollars dessus sans considérer le risque pris paraît indispensable pour la stabilité du système financier.

  18. En 2ième lecture, il me semble avoir compris. Imaginons que j’achète une maison, que je l’assure par un CDS, et que le « credit event » soit la baisse d’un indice immobilier sous un certain seuil. Je paie donc scrupuleusement mes primes d’assurances et, si le « credit event » surgit, l’émetteur du CDS me paie l’intégralité de cette maison, (à quel cours, au fait ?), et en devient le proprio. Il se retrouve avec un actif sur les bras, ne sait pas quoi en faire, donc le revend au plus vite. Seulement voilà, c’est pas de chance, si le « credit event » a déclenché le « swap », c’est précisément parce que cet actif a baissé, et donc qu’il risque fort de baisser davantage, surtout si des tonnes de CDS du même tonneau circulent en même temps sur le marché.

    C’est pourquoi je ne comprends pas bien votre conclusion: « S’il fixe minutieusement les conditions d’exercice du CDS et limite consciencieusement la couverture, il ne court qu’un risque insignifiant. Le seul risque majeur est qu’il ne puisse revendre l’actif sous-jacent lorsque le porteur du CDS est en droit de l’exercer. Dans ce cas-là, l’émetteur du CDS n’est plus en mesure de récupérer une partie importante de la somme qu’il a dû rembourser. » Alors, risque majeur ou risque insignifiant ? Il me semble qu’il est effectivement insignifiant tant que tout va bien, (par exemple tant que la dette grecque n’est pas défectueuse), puis qu’il bascule subitement dans le risque cauchemardesque car, s’il y a sans doute un grand nombre de CDS vendus, (ce qui peut donner l’illusion de répartir le risque), il est probable qu’il n’y ait qu’un petit nombre de « credit event » différents et indépendants les uns des autres.

    1. Vous avez parfaitement compris le mécanisme. Le risque pour l’émetteur reste insignifiant tant qu’il est en mesure de ‘gérer’ la situation et que les actifs assurés restent négociables à tout moment. Dès qu’il n’a plus prise ou que le négoce devient impossible, l’affaire tournera effectivement au cauchemar (cfr AIG).

  19. L’effet de levier…Quelle idée de génie. Il faut vraiment avoir la tête pleine de pus pour mettre le monde au bord du gouffre juste pour des gains personnels.

  20. Jean-Pierre,
    Voulez-vous me dire si l’interdiction de la vente à découvert aurait pour effet de supprimer les CDS ?
    jean bayard

    1. Non, mais elle aurait pour effet d’en atténuer l’utilisation à des fins spéculatives (miser sur l’effondrement de l’actif sous-jacent). La position spéculative de certains émetteurs subsisterait toujours.

  21. Pour pousser la logique des CDS, pourrait on imaginer un état qui couvrirait tout ses emprunts en CDS avant de se déclarer en défaut ?
    Dans ce cas non seulement l’état n’aurait plus de dette à rembourser suite à sa faillite mais la plus value des CDS dégagerais des montant permettant de négocier le remboursement des dettes à x centimes l’euro. L’état se retrouverait alors bénéficiaire au détriment des émetteurs des CDS.
    Y a-t-il des règles encadrant l’achat de CDS ou un tel scénario est il théoriquement possible ?

  22. quelque chose m’échappe :
     » n’importe qui peut émettre un CDS
     » – du moins s’il a accès aux marchés financiers
     » – et que l’assuré ne doit pas posséder l’actif financier

    il me semble au contraire que l’usage « normal »
    d’un CDS voudrait que l’assuré soit exposé
    au risque; faut-il comprendre :
     » que l’assuré n’est pas obligé de posséder l’actif … » ?

    en tous cas, merci pour ces explications;

    1. Oui, c’est d’ailleurs le problème de la majorité des produits dérivés. Personne, ni de l’acheteur, ni du vendeur (émetteur) n’est obligé de posséder le sous-jacent ou sa contre-valeur (le notionnel). C’est de là que nait la grande majorité de la spéculation, car l’effet de levier est immense.

      Au lieu d’acheter l’actif financier, vous pouvez l’acquérir par le biais d’une option ou d’un contrat à terme (future) pour une fraction de sa valeur. Vous pouvez même combiner des dérivés pour encore réduire cette fraction (celui qui achète une option d’achat (call) et vend simultanément une option de vente (put) sur la même valeur et au même prix d’exercice crée un actif ‘synthétique’ qui, théoriquement, se comportera de la même façon que l’actif réel. La combinaison ne lui coûtera qu’une infime fraction (1 à 2% à peine, soit un effet de levier entre 50 et 100 !) de la valeur réelle de l’actif. Les CDS permettent la même chose.

      Si on veut conserver ces produits et en éliminer leur aspect spéculatif, il faut imposer la couverture à 100%. Une partie doit posséder le sous-jacent et l’autre sa contre-valeur intégrale. Alors, et seulement alors, ces produits rempliront leur fonction de prudence ou d’assurance.

    2. @ Jean-Pierre :
      Pardonnez mon ignorance mais il me semble, pour le béotien que je suis, que cela ne suffise pas.

      Car même avec une couverture à 100% (collatéral ou sous-jacent), cela n’élimine pas le risque systémique, à savoir que l’objet n’est pas de s’assurer contre un risque de défaut de l’acheteur mais bien de ‘parier’ sur un index spécifique ou/et un credit event pour déclencher l’assurance.

      En conséquence, même avec un collatéral présent, vous n’enlevez pas le risque de spéculation, qui est intrinsèque au CDS, à la différence d’une assurance (dont l’objet n’est pas spéculatif mais pourrait-on dire ‘statistique’ ou de ‘probabilité’). De plus, le fait même, justement, d’exiger un collatéral ne pourra que multiplier le risque systémique, puisque le ‘perdant’ engage un collatéral (ou un sous-jacent) qui n’a rien à voir éventuellement avec le ‘risque’ encouru ou l’objet.

      C’est comme si vous disiez que prouver que vous possédez la mise nécessaire pour participer à une partie de poker était nécessaire et suffisant. Pour une partie de poker, oui, mais là, votre ‘partie’ n’est pas ‘fermée’ (entre quelques joueurs) : elle implique un système interconnecté où des causes ‘bénignes’ peuvent avoir des conséquences désastreuses.

      On fait croire que cela n’a pas d’importance et que tout cela ressemble à un casino géant. De fait, cela est faux car les joueurs jouent avec des jetons qu’ils ne possèdent pas et avec des garanties qu’ils n’ont pas, sans compter que ces jetons, s’ils sont perdus, peuvent être perdus pour d’autres, qui auront ensuite des répercussions sur d’autres, etc.

      Jouer au casino n’engage que soit, ses biens et éventuellement ses proches. Mais pas la société dans laquelle on vit. A l’inverse, ‘jouer au CDS’ engage un système entier.
      Ce risque là n’est pas tolérable ni ne doit être toléré. On ne laisse pas jouer avec des allumettes des enfants dans une maison, sous prétexte qu’ils portent une combinaison ignifugée.
      On confisque les allumettes. Point.

      Cordialement.

    3. @ Zébu

      J’entends bien. Il est difficile d’exprimer sa pensée de façon succincte. Quand je demande la couverture à 100%, il va de soi que cette couverture devra être déposée dans un lieu précis, hors de portée des ‘joueurs’. Ce n’est que de cette façon qu’on peut réduire une large partie de l’aspect spéculatif de ces produits. Si le sous-jacent et la valeur notionnelle sont garantis, les parties engagées ne spéculeront plus sur une évolution probable du prix, mais voudront se prémunir.
      L’acheteur du CDS couvre un risque spécifique, tandis que l’émetteur, dans le cas d’une couverture totale, vise une rémunération périodique et accepte l’acquisition de l’actif en cas d’exercice. Normalement, l’émetteur sera intéressé par cet actif, pour l’actif en tant que tel. Le risque qu’il couvre n’en représente pas un pour lui ou, à tout le moins, pas de la même envergure que pour l’acheteur du CDS.

      L’obligation de collatéral compliquerait de plus le négoce car quiconque souhaiterait vendre ou acheter un CDS existant, devra procurer le collatéral requis. Ce que j’énonce ici pour les CDS devrait être appliqué pour tous les produits dérivés. Les effets de levier disparaîtraient et avec eux le gros de la spéculation. Il faut encore limiter l’octroi de crédits à des fins spéculatives ou d’acquisitions purement financières.

      Je vous accorde qu’on n’éradiquera totalement pas la spéculation. Tout ce qui est énoncé sur ce blog tourne autour du négoce, des marchés. Mais il existe depuis longtemps une forme de spéculation qui ne nécessite aucune transaction, qui est encore plus opaque et peut occasionner des ravages foudroyants. Malheureusement personne n’est en mesure de l’identifier avec certitude : ce sont les contrats sur différence. Là, deux parties conviennent d’agir l’une pour l’autre mais en leur nom propre et, à intervalles réguliers, comparent les performances des placements et échangent uniquement la différence des performances. La transaction ne se résume alors qu’au transfert de cette différence et personne ne peut déduire d’où elle provient. Les parties peuvent même décider de ne rien transférer du tout et de thésauriser les différences de l’une chez l’autre, de sorte qu’aucune transaction effective n’apparaisse. Mais la spéculation, elle, existe toujours.

      Comme on le constate, endiguer la spéculation restera une tâche ardue. Mais je crois que la piste lancée par Paul Jorion (interdiction des paris sur les fluctuations de prix) et l’obligation de déposer le sous-jacent ou sa contre-valeur par les parties engagées sur un marché financier, ainsi que l’interdiction de fournir du crédit pour des opérations purement financières, sont des approches complémentaires, qui, certes, seront toujours insuffisantes.

    4. @ Jean-Pierre :
      Merci bien d’avoir pris le temps d’expliquer. Pour ma part, je relève qu’il faudrait un lieu hors de portée des joueurs. Dans ce cas-ci, il n’y aurait guère qu’un dépôt en banque centrale (ou dans une banque de dépôt, avec réintroduction de la séparation stricte dépôt/investissement) en monnaie fiduciaire ou en or …
      Ce qui indique bien la difficulté de ‘garantir’ les risques. Je suis néanmoins d’accord pour qu’une excellente solution imparfaite soit mise en oeuvre de suite plutôt qu’une parfaite solution plus tard … 🙂
      Cordialement.

      PS : votre contrat de différence (CFD ?) fait froid dans le dos. Et des fous furieux l’ont ‘libéralisé’ pour des particuliers. Faudra pas s’étonner que des ‘épargnants’ viennent ensuite pleurer dans le giron de Mum-Etat …

  23. Vous dites n’importe qui peut émettre des CDS. Il n’y a donc pas de spécialisation, un opérateur financier peut être tantôt émetteur de CDS tantôt détenteur de CDS. Il n’y a donc pas de raison d’opposer les uns aux autres, tous participent du même système spéculatif.

  24. On dirait que tout le monde découvre l’aspect carnassier du capitalisme mondial… il est grand temps alors de se réveiller…merci M.Jorion d’y aider… mais je crains que ce ne soit parce que tous les petits actionnaires sont coincés dans la nasse que ça grouille… je reste donc sur le bord car je n’y trempe pas… je me bats depuis tellement longtemps contre tout ça…

    Vu aussi d’autres sites qui commencent à remuer … il serait temps de s’opposer à toutes ces manigances qui de toutes façons ne lèsent que nous, les producteurs de richesses…
    Si on s’arrêtait tous, qu’on les faisait tomber à 800 euros par mois, tous ceux qui se font des sous sur notre dos, comme une femme de banlieue dans sa cité qui élève ses gosses toute seule, et qu’on prenne les manettes, non? Pour inventer le futur…
    Je suis prête!
    Et vous?

  25. il manque quelque chose dans la discussion …

    l’une des raisons pour lesquelles les institutionnels sont acheteurs de CDS dans le cas de dettes souveraines, c’est bien que les états eux mêmes obligent contractuellement lesdits zinzin à investir en dette nationale, de préférence AAA …

    et donc plus les états émettent de dettes, plus ils obligent leurs zinzins à y souscrire plus ceux ci ressentent le besoin de se couvrir, plus les emetteurs de CDS en créent, et plus ils font monter, voire encourage, un risque de défaut … et plus les états émettent de dette pour payer les zinzins défaillants …

  26. Bonjour

    j’ai bien lu et relu votre article sur le CDS, et vous y expliquez qu’il n’est nul besoins de posséder par exemple l’emprunt grec pour contracter un CDS fondé sur la viraiton du cours de cet emprunt, mais je ne possède pas cet emprunt que vais je donner en échange (swap) à « l’assureur » en cas de défaut de la Grèce ??

    Alain Vadet

    1. Vous allez l’acheter sur le marché, pardi. Si le CDS est fondé sur une détérioration de la notation ou une baisse du cours, vous acquerrez les titres requis à moindre prix et vous ferez rembourser au prix plein par l’exercice du CDS. Les banques vous fourniront le crédit nécessaire pour opérer si vous n’en avez pas les moyens, car pour elles, ce genre d’octroi de crédit est sans risque.

      Ou vous vendez votre CDS à un autre spéculateur et empochez la plus-value qu’il aura dégagé à cet instant.

      C’est précisément de cette facilité d’action que découle la nocivité du produit.

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