L’actualité de la crise: les Allemands à la tâche, par François Leclerc

Billet invité.

LES ALLEMANDS A LA TÂCHE

Sous les effets de la crise grecque, les événements se sont précipités depuis ce week-end au sein de la zone euro. Les Espagnols, qui assurent la présidence tournante de l’Union européenne, avaient bien tenté il y a plusieurs semaines de lancer le débat à propos d’un gouvernement économique, mais il avait tourné court. Nous y revoilà.

Il vient de rebondir sous une autre forme, à l’initiative de Wolfgang Schäuble, le ministre des finances Allemand, qui a proposé dans la presse allemande la création d’un FMI européen. Celui-ci n’a pas tardé a être appelé Fonds Monétaire Européen (FME), ce qui est aller un peu vite en besogne. « Pour la stabilité de la zone euro, nous avons besoin d’une institution qui dispose des expériences du FMI et de pouvoirs d’intervention analogues », a toutefois déclaré sans ambages le ministre.

A peine avait-il lancé l’idée qu’elle a été immédiatement soutenue dans les colonnes du Financial Times Deutschland par Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, ainsi que par Angela Merkel, puis enfin par une source gouvernementale française prudemment réfugiée dans l’anonymat, ces deux dernières manifestant toutefois une certaine retenue (le temps de voir comment tout cela va rebondir). Car il peut être remarqué que cette soudaine proposition soulève plus de questions qu’il n’a été pour l’instant été apporté de réponses, et qu’un long chemin devra être parcouru pour que soit opérationnel un tel instrument d’entraide financière au sein de la zone euro. Laissant entière la question de savoir comment répondre à d’éventuelles prochaines crises, annoncées comme possibles, en Espagne notamment.

Un élément majeur a toutefois été immédiatement mis en avant, sans que cela soit véritablement une surprise vu la paternité des Allemands sur ce projet. Il a été tout de suite été question des strictes « conditionnalités » (pour reprendre un terme du FMI) qui seraient préalablement mises à toute opération de prêt du futur FME, ainsi que de l’éventail des sévères sanctions qui pourraient être prises contre ceux qui sortiraient du droit chemin de la rigueur budgétaire (suppression de subventions européennes et retrait pendant au moins un an des droits de vote aux réunions ministérielles de l’Union européenne). Mais, pour le reste, tout est à inventer.

En proposant cette structure, les gouvernements européens ne chercheraient pas uniquement à régler l’épineuse question du financement des pays de la zone euro en difficulté, mais ils feraient d’une pierre deux coups et se doteraient d’une sorte de Père fouettard bien commode, puisque n’étant pas soumis à une quelconque sanction électorale. Afin de justifier une rigueur généralisée destinée, sans le dire, à faire payer la crise une deuxième fois à ceux qui la subissent déjà. Un futur Fonds monétaire européen pourrait être à cet égard un levier de choix pour les gouvernements européens.

En attendant que cette perspective puisse se concrétiser, d’importantes questions restent donc à résoudre : qui financera et à quelle hauteur le FME n’est pas la moindre d’entre elles. Ainsi également que la mise au point de ses structures de décision. Sans parler de l’articulation de cette nouvelle institution, dans un espace déjà passablement encombré, avec la Commission européenne et la BCE. D’autant que cette dernière n’a pas tardé à faire savoir, par l’intermédiaire de Jürgen Stark, son chef économiste, qu’un mécanisme d’entraide financière entre les pays membres de la zone euro « ne serait pas compatible avec les fondements de l’Union monétaire », et risquerait de « saper l’acceptation de l’euro ». Une révision des traités, dont celui de Lisbonne qui vient à peine d’être adopté, serait par ailleurs nécessaire, pour laquelle une procédure devra être trouvée. Il y a donc beaucoup de grain à moudre et un certain volontarisme à faire prévaloir.

Amadeu Altafaj Tardio, le porte-parole d’Olli Rehn, a aujourd’hui insisté sur le fait que Bruxelles entendait forcer la vapeur, le commissaire comptant informer dès cette semaine tous les membres de l’exécutif européen des discussions en cours. La Commission européenne, qui avait déjà promis en février dernier de présenter « prochainement » des propositions afin de mieux coordonner et surveiller les politiques économiques nationales, s’efforce en effet de surfer sur la vague. Car d’autres initiatives ou propositions ont été évoquées dans les tous derniers jours, notamment en provenance du gouvernement belge ou des socialistes européens, ces derniers ayant proposé la création d’un fonds géré par le Banque européenne d’investissement (BEI), ou par la Commission européenne. Tandis que Jean-Claude Junker, président de l’Eurogroupe, se disait favorable à la création d’une agence de notation européenne chargée d’évaluer la qualité des emprunts d’Etats, une manière d’appeler à une meilleure compréhension du problème, qui ferait défaut de la part des agences actuelles.

Wolfgang Schäuble devrait apporter dans les prochains jours des éclaircissements, a entretemps annoncé son porte parole, Michael Offer, tout en insistant sur le fait que les Allemands agissaient de concert avec les Français. Dès maintenant, on pourra s’interroger sur le sens d’un FME auquel seuls les pays de la zone euro auraient accès, et dont le Royaume-Uni serait écarté. Car il ne sera pas possible aux premiers de laisser tomber ce dernier, s’il en venait à sombrer, vu les prévisions économiques détestables dont il est sujet.

Une deuxième initiative a été parallèlement annoncée ce lundi depuis Berlin par Ulrich Wilhem, porte-parole d’Angela Merkel. Celle-ci étudierait avec Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Juncker des mesures visant à encadrer la spéculation sur les CDS. L’objectif serait de « limiter la spéculation contre les Etats » a-t-il précisé, sans élaborer davantage. L’objectif serait d’en saisir le G20, car un tel encadrement se doit d’être international.

Enfin, le gouvernement allemand prépare activement la conférence internationale sur la régulation financière qui aura lieu à Berlin le 27 mai prochain. D’ici la fin avril, Wolfgang Schäuble va présenter au Bundestag un projet de loi en vue de créer un fonds financé par une taxe sur les établissements financiers opérant en Allemagne, avec pour objectifs de progressivement rembourser le gouvernement de ses mesures de sauvetage des banques (HRE et Commerzbank en premier lieu), ainsi que de faire face à une nouvelle crise.

La dynamique de la crise européenne se fait forte. Amenant les gouvernements de la zone euro, Allemands en tête, à intervenir, après avoir été directement menacés par un dérapage qu’ils n’avaient pas anticipé et qu’ils ont eu du mal à maîtriser. Les incitant à agir sur deux fronts : poursuivre d’un côté une construction de la zone euro qui vient de se révéler indispensable, chercher de l’autre à juguler une menaçante spéculation financière ayant comme instrument anonyme les CDS, qui pourrait reprendre à la première occasion. Mais comment y parvenir sans toucher à tout l’édifice, c’est la question à cent sous…

La partie n’est pas finie.

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80 réflexions sur « L’actualité de la crise: les Allemands à la tâche, par François Leclerc »

  1. Bonsoir.

    D’apres ma comprehension des choses et ma vision historique, avec bien sur le bemol qu’il est possible que je ne comprenne rien a rien, il existe deux solutions viables.

    Sois le reve des peres fondateurs de l’UE, le federalisme, donc l’integration de tout et de tous dans un grand ensemble qui resemblerais aux EUE (etats unis d’europe), avec a terme une langue forcement commune, on vas dire dans au moins 100 ans. Cela suppose evidement une defense commune dont on vois bien qu’elle serais forcement basee sur la dissuation nucleaire francaise, la france quoiqu’en dise les pisse froid etant le seul pays europeen autonome des USA et le seul a avoir encore une armee digne de ce nom. Imaginez l’abandon de souverainete que cela represente…A EUE, diplomatie non pas commune mais unique, comme la monnaie d’ailleurs. Si l’on vas dans cette direction, il s’agit bien evidement de reorganiser chaque etat de l’UEU selon des shemas d’organisation administratif identique pour que la mobilite de fait des personnes soit possible facilement. Il faut aussi, politiquement, qu’une opinion publique europeenne se cree et qu’un debat politique au niveau de l’union de cree. A federation, equivalent de washington DC, etc, etc.

    Autre alternative, une europe des nations, donc une europe des projets, une europe des cercles concentriques, une europe a la carte si j’ose dire, sans moralisme a deux balles sermoné aux pays qui ne prendrais pas la package complet, car apres tout, si les anglais veulent rester anglais (par exemple), pourquoi pas a partir du moment ou personne n’emmerde personne sur ses choix.

    La on a le pire des deux solutions un federalisme non assume qui avance masqué avec une commisssion d’une naivete criminelle qui pense que les autres bloc economiques et/ou politiques jouent le meme jeu et respectent les regles, le parlement n’est qu’un agregat de partis nationnaux dans des groupes politiques qui ne resemblent a rien de coherent et la technocratie triomphe. On a le president en titre, le president de la commission, le president du parlement et la prsidence tournante, plus lady ashton…Bref la cacophonie triomphe et devant la difficulte les propos nauseabons font surfaces de part et d’autres avec d’un cote les vertueux autoproclames et de l’autre les PIIGS ou les ceuilleurs d’olives. Tout cela est d’autant plus consternant que du cote des suposes vertueux on compte bien se refaire sur les dos des petits camarades avec comme preuve de sa bone foi, la main sur le coeur et la mine afligee signifiant qu’apres tout, cela est pour le bien des denonces mauvais eleves europeens.

    Bref on es est la car l’ideologie de tout le monde est en concurence avec tout le monde triomphe encore. Et je ne parle pas que des etats ou des entreprises, on est arrive a un tel degre de delitement que meme votre collegue de bureau est en concurence avec vous, le tout au service du moins disant dans tous les domaines.

    1. La confédération (le modèle de la démocratie Suisse, laquelle existe depuis Guillaume Tell, soit depuis un sacré vraiment bon moment ) m’apparaîtrait plus adapté à l’Europe, que celui de la fédération (le modèle des Etats-Unis, bien que, si …. en comparaison de cette vieille Europe)

    2. Dont acte cecile, c’est ma seconde proposition, il y a trop d’histoire entre les pays europeens, le seule solution viable est bien l’europe des nations, avec des institutions qui prennent en compte cette realite.

      Pour revenir au debat qui nous occupe je trouve tres malvenus que tel ou tel pays donne des lecons a tel ou tel autre, l’europe entiere, au niveau de chaque pays et au niveau de l’UE disfonctionne depuis longtemps par manque de courage politique et par naivete.

      A ceux qui m’objecterais le nationalisme, on observe en ce moment meme des propos que je trouve fort nationaliste et ce a l’interieur meme de l’UE.

      C’est consternant.

  2. En tous les cas, il est intéressant de constater que les vieux clivages européens se réveillent. L’Europe a bien été une construction artificielle comme d’ailleurs le pressentaient les peuples. Un simple espace de marché ouvert à la libre concurrence sans aucun souci de l’histoire. Dans la tourmente, chacun se replie chez soi. L’avantage de cette situation, c’est que chacun va pouvoir proposer sa solution et la confronter à d’autres, c’est un progrès…

  3. Je ne comprends pas tout mais je pense qu’il y a un problème culturel derrière les problèmes économiques vous dites « J’ai toujours entendu dire qu’une monnaie forte n’était pas un avantage, »
    J’ai lu plusieurs des papiers d »économistes Allemands et tous disent « Il n’y a aucun intérêt à avoir une monnaie faible ».
    Monnaie faible signifie pouvoir d’achat faible, La Suisse et L’Allemagne on toujours, ou du moins depuis la seconde guerre mondiale des monnaie forte.
    Ces vrais que les pays d’Extrème Orient Chine, Japon, Corée, Taiwan ainsi que les pays d’Europe du Sud aiment avoir des monnaie faibles sans doute pour exporter plus facilement.
    Si on a une monnaie forte il est plus difficile d’exporter mais cela dépend de sa spécialisation si on exporte des produits rares médicaments rares pour la Suisse, voiture haut de gamme pour l’Allemagne on peut avoir une monnaie forte. Mais si on n’exporte rien de particulier comme la Grèce, c’est difficile.
    En fait c’est fonction de la qualité de la main d’oeuvre plus on est sur le haut de gamme plus en peu être cher et vendre quand même, pour les autres pays il faut choisir soit on a une monnaie trop forte et on a du chômage soit on donne du travail a tous le monde mais avec des salaires très bas (choix de la Chine ou du Japon après guerre).

  4. « retrait pendant au moins un an des droits de vote aux réunions ministérielles de l’Union européenne », ça serai le retour du vote censitaire?
    De mon point de vue c’est carrément inacceptable. C’est pas parce que l’on ne respecte pas les critères de Maastricht et autre règles qu’on n’a pas le droit de donner son opinion. Le vote c’est un droit. Non,Non,non!!! Si c’est ça l’Europe alors j’en en veux plus et pourtant j’ai a chaque fois voter « pour » jusqu’à présent mais là non, je dis stop. Je préfère un inflation plus élevés que de voir de plus en plus de gens atteint par la pauvreté.

  5. pour faire un fme ,faudrait déja qu’il n’y ai qu’une bourse européenne !

    paris= newyork ,londres tout seul ,frankfort tout seul ,et madrid ,milan en figuration …

    faut rester gruppier chers traders !

  6. Le plus cynique dans tout cela, c’est que les déficits des uns restent les profits des autres, autrement dit l’Allemagne ne peut vivre et prospérer qu’à cause de cela. Réprimer les déficits c’est aussi priver l’Allemagne de débouchés.

  7. C’est de démocratie dont nous avons besoin, pas d’institutions supplémentaires.

    Faussement ‘providentielles’.

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