Est-il encore temps de monter dans l’ascenseur social ?, par Emmanuel Quilgars

Billet invité.

J’ai toujours aimé Henry Miller. Ce n’était pas le genre d’homme à prendre l’ascenseur social. Dans Virage à 80, un court texte de la fin de sa vie, il écrit ceci : « Ce sont les petites choses qui comptent – pas la renommée, ni le succès, ni la fortune. En haut de l’échelle la place est rare, tandis qu’en bas on est des foules à tenir ensemble sans se bousculer et sans personne pour vous emmerder. » Miller était un sage : il avait compris que l’ascension sociale n’est pas un paisible voyage, mais un combat acharné contre soi-même et les autres.

De nos jours, rares sont les personnes qui renoncent ainsi à leur ticket pour les sommets. Il vaut mieux d’ailleurs ne pas s’en vanter : c’est rarement perçu comme un choix éthique mais au mieux comme un manque pathétique d’ambition, au pire comme un comportement déviant, anti-social, aux limites de la pathologie mentale.

Il faut dire qu’aujourd’hui, à la différence des générations précédentes, l’aspiration à la réussite prend les apparences d’un véritable sauve-qui-peut. C’est compréhensible, du reste : l’époque est tellement désespérée, l’avenir si sombre, que chacun veut – pour soi-même ou sa progéniture – l’assurance d’une planche de salut. Face à la déliquescence inéluctable de l’Etat-providence, on sait bien que les services de base comme la santé, l’éducation et la retraite vont devenir des luxes et que, dans ces conditions, il vaut mieux prendre les devants. Autrement dit, l’ascenseur social, c’est un peu le canot du Titanic : c’est la seule façon de ne pas sombrer quand le pays fait naufrage. Et évidemment, comme pour le Titanic, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Vae victis !

Reconnaissons que l’expression « ascenseur social » est une excellente métaphore. Elle donne une image édulcorée de la mobilité sociale, comme si celle-ci n’était qu’une question technique et que toute panne supposée du moteur pouvait être réglée avec trois serrements de boulons comme n’importe quel problème mécanique. Elle suggère de plus un trajet rapide, uniforme et sans heurt, à l’image du parcours paisible que suivra l’heureux impétrant – à l’image aussi des qualités dont il devra faire preuve dans sa carrière : confiance, efficacité, et promptitude dans l’action. Enfin, c’est une métaphore dont le sens figuré se réalise dans le sens propre : on imagine très bien que celui qui aura pris l’ascenseur social aura le droit de monter tous les jours dans une cabine aseptisée pour rejoindre son bureau en haut d’une tour. En comparaison, il est vrai, « escalier social » ferait un peu pue-la-sueur, un peu laborieux. Quant au « téléphérique social » (un engin pourtant censé aller beaucoup plus haut qu’un simple ascenseur), il embarque bien trop de monde pour être attractif : l’ascension sociale, pour être exemplaire, doit être réservée à une minorité.

C’est d’ailleurs une nécessité structurelle : même si on le voulait, tout le monde ne pourrait pas monter dans l’ascenseur. Les postes de direction, de management, de recherche, etc., sont par définition en nombre limité, tandis qu’il faudra toujours une main-d’œuvre abondante et mal payée pour exécuter les mille et une taches ingrates indispensables au bon fonctionnement du capitalisme. D’autre part, parmi les happy few de l’ascenseur, tous n’arriveront pas au sommet : la plupart descendront aux étages intermédiaires, beaucoup même ne graviront qu’un palier. Mais ce n’est déjà pas si mal – et, du reste, chacun est prié de nourrir des ambitions raisonnables, en rapport avec ses capacités réelles. Il est inutile de nourrir des rêves de grandeur démesurés : l’ascenseur n’est destiné à vous convoyer qu’à la place que vous méritez, pas plus haut. C’est ce qu’on appelle l’« allocation optimale du capital humain ».

Il ne faudrait pas voir cependant dans l’ascenseur social uniquement un outil de gestion de ressources humaines à l’échelle d’un pays. Il a aussi – voire surtout – une fonction idéologique : car en figurant une circulation, même minimale, d’une classe sociale à l’autre, il accrédite l’idée que l’accès aux fonctions importantes n’est pas seulement une affaire de naissance mais aussi de mérite, et légitime de ce fait la représentation hiérarchique de la société. On comprend du coup pourquoi l’adhésion de l’opinion publique au modèle de l’ascenseur social est si importante pour l’idéologie dominante : d’une part, elle garantit l’adhésion à un modèle de société inégalitaire et, d’autre part, elle individualise les parcours et affaiblit les sentiments d’appartenance de classe et de solidarité collective. En effet, pourquoi s’identifier à un groupe donné, à une catégorie – les ouvriers, les prolétaires, etc. – puisque, de toute façon, on va s’en extirper et être aspiré vers le haut ? Et si ce n’est pas moi, ce sera donc mon fils…

En effet, la mobilité sociale s’envisage surtout comme un processus intergénérationnel. Elle est porteuse d’une promesse : « Le fils ira plus haut que le père. » Ce qui donne, du point de vue du père : « Mon fils ira plus haut que moi. » Cette promesse d’ascension par la descendance, le discours de légitimation de l’ordre établi doit l’entretenir indéfiniment : ce qui importe, c’est que le père maintienne sa confiance dans la société et ses mécanismes de promotion interne, de façon à ce que sa participation à ladite société soit la plus loyale possible (ne serait-ce que pour une raison intéressée : préparer le terrain au fils), alors même que son propre sort peut lui sembler injuste. Le succès escompté du fils sera pour le père à la fois une consolation, une justification et une revanche – même si, compte tenu des contraintes insurmontables de la biologie humaine, il lui faudra parfois se projeter post mortem pour se représenter le fils dans toute sa gloire. De ce point de vue, l’ascenseur social apparaît comme une forme sécularisée de l’espérance eschatologique, à la différence que la rétribution de la vie bonne et l’avènement de la justice (sociale, en l’espèce) ne sont pas remises à un lointain Jugement dernier, mais intégrées dans le prolongement immédiat de l’existence personnelle – à portée de vue, donc –, via sa progéniture.

Au cœur du dispositif, bien sûr, il y a l’école, soumise à une double exigence : d’une part, opérer une sélection parmi les élèves dont elle a la charge, en vue de la grande distribution des postes à l’âge adulte ; d’autre part, faire en sorte que cette sélection soit juste, ou du moins apparaisse comme telle auprès des parties prenantes, notamment les inévitables perdants du processus. Le concept d’« égalité des chances » articule à merveille ces deux objectifs : car en promouvant le principe d’une compétition équitable entre les élèves – une sorte de concurrence libre et non faussée au niveau scolaire –, où chacun est supposé bénéficier de chances égales de réussite, il légitime de ce fait l’inégalité des conditions qui en résulte nécessairement ; les loosers n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes, qu’à leur manque de détermination, de travail ou de talent.

C’est donc par une mise en concurrence des enfants – dès leur plus jeune âge, pour favoriser l’intériorisation précoce des normes de sélection – que sont triés ceux qui bénéficieront de l’ascenseur social. La méthode peut paraître brutale aux âmes sensibles, mais on nous assure qu’une telle compétition est inévitable (« Par quoi la remplacer ? ») et que, surtout, suffisamment régulée, elle offre aux enfants de pauvres les mêmes opportunités de succès que les enfants de riches. « Ah bon ? – Absolument. » Car l’État, dans sa grande sagesse, a prévu des mécanismes pour veiller au bon fonctionnement du libre jeu de la concurrence scolaire. Par exemple, pour limiter le monopole des enfants des milieux favorisés sur le marché des diplômes de grandes écoles, il a récemment fixé sur ce marché un « quota » de 30 % de boursiers.

Ce faisant, l’on admet certes implicitement que, durant les quatorze années qui ont précédé l’accès à ces prestigieuses institutions (à bac +2), l’école n’a pas été capable de neutraliser les effets de l’origine sociale dans l’acquisition du savoir (ou, du moins, dans l’acquisition d’un savoir conforme aux exigences standardisées des concours). Mais, après tout, n’est-ce pas là faire preuve de réalisme ? Il est temps d’abandonner les vieilles lunes et de renoncer à fixer à l’école des objectifs inatteignables. Il faut se concentrer sur ce qu’elle peut réellement faire : « traiter différemment des gens différents ». D’ailleurs, ne nous méprenons pas : même avec des quotas, le principe concurrentiel dans la sélection des élèves n’est pas abandonné, loin de là ; il est simplement perfectionné, affiné, customisé, ajusté à cette humanité spécifique que sont les catégories populaires.

Il suffit de se référer à ce que disait en octobre 2009 Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur, à propos du recrutement des grandes écoles : « L’ascenseur social est bloqué, justement parce que nous ne savons pas faire évoluer nos concours […]. Si les grandes écoles se penchaient sur le problème de la reproduction sociale qui est la leur, sans doute auraient-elles un travail à faire sur les épreuves de sélection. » Autrement dit : les concours actuels, parce que socialement discriminants, ne sont pas assez concurrentiels ; pour rendre le marché scolaire plus juste, il faut donc pallier cette discrimination qui fausse la compétition entre élèves et définir des critères de sélection qui corrigent les désavantages concurrentiels dont souffrent les enfants des milieux défavorisés. Il se trouve d’ailleurs que la ministre avait déjà son idée sur ce que pourraient être ces nouveaux critères : selon elle, les concours devraient prendre en compte « la personnalité, la valeur, l’intensité du parcours » du candidat.

On peut donc imaginer que, dans un système idéal, les boursiers soient soumis à un double processus d’évaluation : d’une part, ils devront se soumettre aux épreuves traditionnelles de leur discipline, afin de vérifier leur compétences intellectuelles. Mais ils seront également jugés en fonction de critères psychologiques, comportementaux et biographiques, à travers l’examen de leur « personnalité » (et donc de leur plus ou moindre grande conformité aux valeurs et à l’éthos spécifiques des grandes écoles) et de leur « parcours » (étant entendu que, plus le candidat aura eu à franchir d’obstacles, plus sa trajectoire de vie sera notée positivement, conformément aux représentations stéréotypées du « combat pour la vie »). Les boursiers étant loin d’être homogènes dans leurs performances, nul doute que cette double procédure permettra de les hiérarchiser avec une précision toute scientifique, à la fois entre eux et relativement aux autres candidats, entre les différentes grandes écoles et au sein de chacune d’elles, sur le plan académique et sur le plan personnel, au niveau de leurs réalisations et au niveau de leurs potentialités, etc.

En définitive, l’« ouverture sociale » des grandes écoles vise autant à assurer, par des mesures de discrimination positive, la visibilité des enfants des milieux populaires au sein de l’élite, de façon à entretenir l’image d’une société ouverte et mobile, qu’à universaliser le principe de concurrence comme principe organisateur du monde social – principe qui paraîtra d’autant plus légitime qu’il sera appliqué dans la pratique de façon sophistiquée et concernera, via la prolifération des critères de sélection, tous les aspects de la personne. Or, si ce principe de compétition universelle entre les individus est aujourd’hui indispensable à l’idéologie dominante, c’est qu’il soutient, en dernier ressort, le mantra essentiel de l’ordre néolibéral : les riches sont riches parce qu’ils le méritent – et son corollaire : les pauvres sont pauvres parce qu’ils le méritent. Nous sommes supposés nous réjouir que, grâce à la politique d’« égalité des chances » mise en œuvre par l’Etat, ce ne sont pas seulement les fils de riches, mais également des fils de pauvres, qui pourront toucher des gros salaires, des primes, des bonus, des stock-options, etc. Mais qu’en est-il du sort de tous ceux qui n’auront pas pris l’ascenseur social et qui continueront chaque jour à emprunter l’escalier de service ? Un voile pudique est jeté sur ces rebuts, coupables jusqu’à leur mort de n’avoir pas su saisir la chance qui leur aura été offerte d’échapper à leur condition.

Or l’ordre néolibéral se caractérise non seulement par de fortes inégalités, mais surtout par un accroissement de ces inégalités – par une dynamique inégalitaire. Or le principe concurrentiel permet justement de justifier les inégalités à la fois dans leur principe et dans leur essor. D’une part, les inégalités sont justes en soi, car la distribution des postes entre les individus s’opère selon le principe « égalitaire » de la concurrence libre et non faussée (qu’on appelle « égalité des chances » à l’école), au bénéfice des « bonnes » personnes (les personnes méritantes, travailleuses, etc.), et au détriment des « mauvaises » (celles qui, par leur médiocrité, leur comportement inadapté ou leur mauvaise volonté, se sont en quelque sorte exclues d’elles-mêmes du jeu). D’autre part, l’amplitude et la structure des inégalités ne sont pas non plus arbitraires, car déterminées – indépendamment des individus – par la situation à un moment donné de l’économie et du marché du travail, régis eux aussi par la concurrence : c’est elle en effet qui, dans l’allocation des ressources, privilégie certains secteurs d’activité (ceux offrant la meilleure rentabilité du capital) et, à l’intérieur de chaque secteur, certaines professions (« créatrices de valeur »). Il ne faut pas s’étonner alors si les écarts de revenu ne cessent d’augmenter, entre les différents métiers, entre smicards et PDG, etc. : l’accroissement de ces écarts résulte tout simplement d’une meilleure application du principe de concurrence, d’un perfectionnement continu dans sa mise en œuvre. Autrement dit : la société est de plus en plus inégalitaire parce qu’elle est de plus en plus juste.

Par voie de conséquence, la mobilité sociale elle-même change de signification. Dans le paradigme réformiste d’après-guerre – un ordre inégalitaire mais à dynamique égalitaire –, l’amélioration progressive des conditions de vie, de travail, de revenu, etc., des milieux populaires (par les « conquêtes sociales », la politique de redistribution de l’Etat-providence et le développement des services publics) était censée rendre possible l’homogénéisation culturelle du corps social (« par le haut »), prélude à l’homogénéisation des niveaux scolaires (« par le haut » également). Dans ce contexte, l’ascenseur social que prenait telle ou telle personne à titre individuel préfigurait et symbolisait le mouvement ascendant de toute la classe : c’était à la fois une réussite personnelle pour l’individu concerné (selon le canon de la « méritocratie républicaine »), mais aussi une victoire de la société sur elle-même, capable dans les faits d’enrayer la fatalité des déterminismes sociaux, grâce justement à sa régulation des inégalités réelles. Ainsi, la mobilité sociale justifiait la dynamique égalitaire du système inégalitaire.

En régime néolibéral, la financiarisation de l’économie, la remise en cause des « acquis sociaux » et le détricotage des services publics (dont l’école) aboutissent à une dégradation des conditions de vie, de travail, de revenu, etc., des catégories populaires ; il n’est alors évidemment plus question d’une quelconque homogénéisation culturelle de la société, laquelle est vouée au contraire à se fragmenter indéfiniment en territoires, communautés et clientèles antagonistes. Dans ces conditions, la mobilité sociale n’a pas de signification collective particulière, si ce n’est celle de conforter un ordre qui sanctifie la réussite individuelle : elle consacre la victoire de l’individu contre sa classe d’origine, dont il est parvenu par ses mérites propres à conjurer les pesanteurs. Elle est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité sociale et que, « quand on veut, on peut », en dépit des obstacles sur son chemin – ou plutôt grâce à ces obstacles, car ce sont eux en définitive qui permettent au talent de se révéler à lui-même. Et plus s’accroît la distance du « ghetto au gotha », plus sont jugées méritantes les personnes qui parviennent à franchir cette distance : une amélioration continue de l’écrémage social (en qualité, si ce n’est en quantité) suppose donc une augmentation continue des inégalités. La mobilité sociale vient ainsi conforter la dynamique inégalitaire du système inégalitaire.

Dans le monde d’aujourd’hui, tout un chacun est prié d’intérioriser le principe de la concurrence généralisée et de faire sien les préceptes du darwinisme social. Il faudrait presque se réjouir d’être soumis tout au long de sa vie à une succession ininterrompue d’épreuves et de contre-épreuves, d’étalonnages et de mesures, de classements et de comparaisons. On notera toutefois que la contrainte de la compétition permanente se fait de moins en moins pressante à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie sociale. Tout en haut, par contraste, le sort des fils de riches apparaît en effet beaucoup plus doux. D’abord, quand on est déjà au sommet de l’échelle, il s’agit moins que s’élever que de se maintenir, ce qui finalement demande moins d’efforts. Mais, surtout, l’on dispose d’emblée des atouts indispensables pour s’imposer sans difficulté dans la compétition sociale, tout en ayant la possibilité de s’y soustraire en cas d’échec. Autrement dit, l’on gagne à tous les coups. L’école, en particulier, n’est pas un couperet terrifiant. D’une part, le capital économique, social, culturel, etc., se convertit tout naturellement en capital scolaire, en vertu des mécanismes bien connus de la reproduction sociale. D’autre part, même si l’on échoue aux grandes écoles et que l’on se retrouve simplement titulaire, par exemple, d’un minable diplôme de droit, les réseaux d’influence et la solidarité de classe vous garantiront malgré tout un accès aux positions rémunératrices : dans le petit monde des nantis, en effet, où chacun se renvoie l’ascenseur, le carnet d’adresses vaut mieux que le carnet de notes. Enfin, dans le pire des cas, l’on peut décider de renoncer aux études pour se consacrer à des activités philanthropiques ; l’on vivra alors de ses rentes, judicieusement placées en actions, bons du Trésor et titres immobiliers – ou investies sur des comptes off-shore en Uruguay ou à Singapour. Dieu merci, la concentration du capital, garantie par une fiscalité idoine (suppression des droits de succession, bouclier fiscal, etc.), reste quand même le meilleur moyen d’assurer l’avenir de sa descendance ! C’est autrement plus sûr que les aléas du parcours scolaire.

On voit pourtant qu’il y aurait là un formidable chantier à ouvrir pour les ingénieurs de la mobilité sociale, qui pourraient s’atteler à réguler la descente de la même façon que la montée. Après tout, si l’ascenseur social est la carotte des classes moyennes et populaires, pourquoi le toboggan social ne serait-il pas le bâton des classes supérieures ? De la sorte, le processus de circulation sociale serait maîtrisé dans sa totalité. Et puisque l’école détermine, par des méthodes proactives, les individus qui s’élèvent, pourquoi pas aussi ceux qui chutent ? On aimerait ainsi que le gouvernement nous présente ses mesures pour nous assurer que les rejetons de bonne famille finissent bien dans la misère s’ils sont nuls en classe. Y a pas de raison ! Pourquoi ne pas se fixer des objectifs ambitieux, du type « 30 % de fils de Polytechniciens chez les non-diplômés » ? Une telle n’annonce n’aurait rien de démagogique, pourvu qu’elle soit correctement expliquée à l’opinion : il faudrait la présenter comme le pendant de l’« égalité des chances », une sorte d’« égalité des infortunes », destinée à faire mieux fonctionner le toboggan social. Au concours des grandes écoles, par ailleurs, le critère d’« intensité du parcours » devrait s’appliquer littéralement à tous les candidats. Par exemple, un fils de Polytechnicien ne devrait pas se contenter de réussir le concours de l’X : il devrait être mieux classé que son père. En cas d’échec, ou en cas de réussite à un concours inférieur type Centrale Nantes, le fils indigne serait rétrogradé directement à l’UTC Compiègne – histoire d’accélérer sa déchéance et de laisser sa place à un candidat plus méritant. Sur ce modèle stimulant, toute une panoplie de mesures pourraient être ainsi mises en place pour « traiter différemment des gens différents » : à classe de seigneurs, critères de seigneur, n’est-ce pas ?

Mais cessons de rêver et revenons aux choses sérieuses. Il est temps de finir et nos conclusions ne sont pas très réjouissantes. Que dire ? La symbolique de l’ascenseur social a été récupérée par le discours néolibéral et s’accorde très bien aux représentations idéologiques du nouvel ordre social. Elle conforte la compétition entre les individus, en particulier entre les enfants à l’école, grâce au concept sous-jacent d’« égalité des chances » (c’est-à-dire la mise en œuvre, dans le cadre scolaire, du principe de la concurrence libre et non faussée). Elle invite à considérer la société comme un agrégat d’individus hétérogènes destinés à être en permanence différenciés, classés, hiérarchisés, etc., en fonction de leurs « mérites » propres – au détriment des représentations en termes de destin collectif ou de solidarité de classe. Elle justifie une prolifération des critères de comparaison, d’évaluation, d’étalonnage, etc., dans la vie sociale – une sorte d’hypertrophie totalitaire de la mensuration –, censée garantir la scientificité de la sélection et s’appliquant à tous les aspects de la personne (sa personnalité, ses valeurs, son passé, etc.). Elle s’avère in fine compatible avec un accroissement des inégalités réelles : si l’ascenseur social fonctionne pour moins de personnes qu’auparavant, c’est qu’il fonctionne mieux, ne convoyant désormais que ceux qui le méritent vraiment et s’étant débarrassé des passagers clandestins qui l’encombraient jadis. Enfin, son mouvement ascendant va jusqu’à symboliser – involontairement – la vérité profonde de la société : une fois atteint le sommet, il n’y a pas de descente possible, car la classe dominante assure sa pérennité dans le temps par d’autres principes et d’autres procédés que ceux organisant la mobilité sociale – c’est-à-dire : en assumant son destin collectif et en faisant jouer la solidarité de classe.

Monter dans l’ascenseur social, ce n’est pas seulement vouloir, pour soi-même ou ses enfants, une vie meilleure : c’est, dans ses rêves de réussite les plus secrets, rejoindre la classe des seigneurs et jouir de leurs privilèges – le premier d’entre eux étant justement celui de ne plus être soumis à l’impératif de l’ascension sociale et de vivre dans un monde de pairs et d’égaux. Dans un monde, en somme, où il n’y a plus à prendre d’ascenseur social. Quel beau mouvement dialectique : en fin de compte, l’ascenseur social comprend aussi sa propre négation ! Nous pourrions toutefois ajouter – ultime remarque – qu’appartenir à la classe des seigneurs présente également quelques risques. Surtout aujourd’hui. Vu la manière dont nos « élites » gèrent le pays et les conséquences de la crise financière, il n’est peut-être pas très judicieux de vouloir à tout prix les rejoindre au sommet de l’État, de l’Entreprise ou de la Banque. Il est préférable par prudence de se contenter de positions intermédiaires. Une révolution est si vite arrivée ! L’ambitieux parvenu trop haut pourrait ainsi se retrouver la tête sur le billot sans trop savoir pourquoi. Pour le coup, le seul ascenseur social qu’il aura pris, ç’aura été celui pour l’échafaud.

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110 réflexions sur « Est-il encore temps de monter dans l’ascenseur social ?, par Emmanuel Quilgars »

  1. Excellente note. Analyse pointue, réflexions pertinentes, humour de bon aloi.
    On regrette qu’il n’y ait pas de conclusion plus percutante et de propositions concrètes réalistes et réalisables.
    Juste un détail : la solidarité de classe n’obère pas la capacité de certains de se distinguer, même si c’est au service exclusif des autres, et de grimper d’un ou plusieurs étages (engagement syndical et, surtout, politique qui mêne sous les ors de la république sans forcèment passer par la case ENA)

  2. C’était un monte-charge, où beaucoup pouvaient espérer collectivement trouver place, c’est devenu une loterie où il y a peu de gagnants.

    Ces classes moyennes sur l’ascension desquelles on a tellement glosé sont désormais menacées de délitement par le bas. A la faveur d’une polarisation sociale partie pour rapidement s’accentuer .

    Ni le monde des riches et du patrimoine, ni celui de ceux qui ne le seront jamais et ne possèdent rien, ou si peu et alors à crédit, n’ont par contre été arpentés comme ils le devraient.

    Ce sont des mondes à part, dissimulés chacun à leur manière, qui ne répondent pas aux archétypes sociaux qui sont encore proposés et auxquels ils nous est proposé de ressembler. Tant bien que mal. Ils ne fonctionnent pas selon les mêmes règles, n’obéissent pas aux même codes, et nous ne le savons même pas, ou si peu.

    D’urgence, il faut entreprendre l’exploration de notre propre société. Car si on ne la connait pas, comment la changer ?

    1. Il n’est plus temps d’étudier la société, comme il ressortait à la fin d’un cours sur les enquêtes à Nanterre, le chercheur doit restituer la parole à ceux qu’il étudie; Au lieu de produire des chiffres, permettre aux populations de produire elles même un savoir, et une parole, c’est d’ailleurs ce qu’a fait Touraine à une époque lorsqu’il participait. L’observation participante…

      Et il n’est plus temps en général d’étudier cet objet qui se ferme, comme l’inconscient… La société n’est pas un monolithe passif, qui perpétue gaiment ses normes quoiqu’il arrive. Je dirais qu’il faut une sociologie de crise à une société en crise.

      Dobry a écrit Les mobilisations multisectorielles », et sinon « Why men rebell » de T Gurr. Que j’ai lu en diagonale il y a longtemps. Je pense qu’étudier ce qui reste de société ne sert à rien.

      Lorsque j’étais en psychologie sociale il était déjà extrêmement difficile de former des théories générales, le prof disait qu’on avait un gruyère inversé, des petits îlots de théorie et rien entre et je crois qu’il en est toujours ainsi. On peut faire une nième monographie mais vous n’aurez jamais un levier pour soulever l’univers, et un point d’appui.

      Par exemple l’on sait que prêcher l’altruisme ne sert à rien, les gens sortent de l’église et ne donnent pas. Par contre s’ils on reçu quelque chose, il donnent… voilà les limites de tout discours, le discours n’est pas connecté à l’action, il y a un hiatus entre le cognitif et le conatif, ne jamais oublier que le discours n’est pas l’attitude. L’attitude est une action potentielle… mais du discours à l’acte il y a un univers.

    2. Les termes utilisés, entreprendre l’exploration de notre société, ne présumaient pas de la méthode qui pourrait être employée ! Vous connaissez la phrase célèbre : « il ne s’agit plus d’interpréter le monde, mais de le transformer ». Reste à trouver la musique, pour que se fasse le passage à l’acte.

      Il ne faut pas sous-estimer la portée que pourrait avoir la confrontation organisée, en les découvrant, avec ces mondes largement ignorés: celui d’en-haut et celui d’en-bas. Car notre société est bien entendu éclatée, en morceaux.

      Globalement, les medias ne présentent à ceux qui y sont exposés que l’image d’eux-mêmes. criminalisant ce qui s’en écarte en bas, dans les zones grises, n’accédant même pas aux résidences sécurisées de l’autre. Voilà le tableau, à grands traits.

    3. Litstz

      je suis en désaccord avec cette idée qu’il faudrait moins de théorie générale.

      La preuve par le billet d’Emmanuel Quilgars, si pertinent, si limpide, justement parce qu’il adopte un point de vue unificateur, celui de la théorie sociale de la reproduction, empruntée à Bourdieu, avec comme principe régulateur déterminant, les règles du capitalisme financier, sur lequel se règlent tous autres types d’allocation du capital : capital culturel, symbolique … Théorie difficilement réfutable et plus appropriée que jamais à l’heure où l’allocation du capital met en jeu l’avenir des sociétés et même celui de l’espèce humaine.
      Cette théorie ne dit pas tout de l’humain et des sociétés, mais à tout le moins elle est extrêmement pertinente s’agissant de dresser un constat, constat qui fait l’objet d’une dénégation permanente dans le discours de ceux qui nous gouvernent et dans les grands médias d’information qui le plus souvent confinent les mauvaises nouvelles — celles qui accablent le système — dans les pages intérieures ou dans un article de petite taille à coté duquel un autre article, plus volumineux, tient un discours inverse.

      Bourdieu avait écrit un livre intitulé « Toute la misère du monde » où il s’agissait de donner la parole à tous ceux qui souffraient de leur condition sociale. Malgré tous ses mérites ce livre n’a pas été le meilleur livre du sociologue, car il ne faisait qu’illustrer sa théorie générale. D’autre part toute micro théorie qui s’attache à l’étude des innovations sociales n’en reste pas moins implicitement le reflet d’une théorie plus générale.

      Certes, la société n’est pas un monolithe passif, mais les théories sont appropriées par les acteurs sociaux, elles jouent donc un rôle social, ainsi celle de l’égalité des chance en est une parmi d’autres, qui relève de l’individualisme méthodologique, représenté en France par Raymond Boudon.

      Concernant le discours et l’attitude, il ne faut pas confondre le discours que les acteurs sociaux tiennent sur leurs pratiques effectives, et les discours qui forment la matière des enjeux politiques,sociaux, économiques. Pour les premiers il peut y avoir hiatus comme vous le dites bien, mais pour les seconds types de discours, ceux qui font l’objet d’une appropriation collective, autrement dit l’idéologie, ils participent de l’ordre social en tant qu’ils comportent des principes de vision et de division de la société, principes qui précisément font l’objet des enjeux politiques, de la discussion de bistrot jusqu’aux discours tenus par les politiques professionnels en passant par les propos échangés entre collègues au travail.

    4. C’est un regard aveugle sur une évidence naturelle. Le pourrissement d’une société qui n’a plus de repères.

  3. L’ascenseur social « lave plus blanc », mais dans les deux sens et fonction à tous les étages.

    Dans la roue du conseiller communal , le balayeur sera promu « chef balayeur » pour encadrer le projet d’insertion des « petits jeunes méritants », laquelle, après haute lutte dans la grenouillère des accédants, aura été enfin financés comme contrepartie d’un renvoi d’ascenseur dans les sphères du FSE.

    Votre analyse me semble dangereuse, terriblement, couper quelques têtes serait si facile pour REDISTRIBUER les rôles !

  4. pour un naufrage de ce Titanic-là,
    même les océans de la planète
    ne sont assez vastes et profonds
    … je poursuis la lecture

  5. « D’autre part, même si l’on échoue aux grandes écoles et que l’on se retrouve simplement titulaire, par exemple, d’un minable diplôme de droit, les réseaux d’influence et la solidarité de classe vous garantiront malgré tout un accès aux positions rémunératrices : dans le petit monde des nantis, en effet, où chacun se renvoie l’ascenseur, le carnet d’adresses vaut mieux que le carnet de notes. » : vous pensez à qui , en particulier? J’ai ma petite idée… Le monde ne serait-il pas dominé pas la vanité? L’exemple auquel je pense irait en ce sens.

  6. Excellent billet ! La question est de savoir comment refonder un sentiment de classe chez les dominés quand seule une forte volonté éthique individuelle peut, pour le moment, faire adopter des comportements relativement non prédateurs (il suffit de vouloir monter dans un RER bondé un gris matin de travail pour s’apercevoir que cette éthique du partage ou du moins de la non agression permanente est très faiblement parsemée). Or le « pacifisme » social se paie assez durement comme vous l’avez fait remarquer au début de votre article, ce qui met d’autant plus au supplice les principes et fait ruminer l’adage « trop bon, trop con »…

    Sans tomber dans la naïveté d’un monde aseptisé où tout le monde il est gentil, il est plus qu’urgent de trouver les clés pour rebâtir une société qui tend vers un sérieux lissage des inégalités, travail selon moi cyclique, qu’il faut à période donnée remettre sur le métier. L’Etat demeure selon moi le meilleur outil dont nous disposons pour ce faire. Il reste à savoir comment retrouver un contexte favorable à une sorte de nouveau CNR, en espérant fort que nous possédions quelque contrôle que ce soit sur son émergence, c’est à dire en souhaitant qu’une mobilisation puisse être cause plutôt que conséquence, ce qui nous éviterait des déchirements dont l’humanité à eu à souffrir par le passé.

    Pour le moment, à part répéter inlassablement les idées alternatives, comme tous ou presque s’y livrent sur ce blog, je ne vois pas de solutions « concrètes ». Elles viendront probablement quand le temps s’y prêtera…

    1. En Belgique, l’ascension sociale, sur trois générations, de la classe des mandataires socialistes ( famille élargie et toute strate confondue) est remarquable, vous faites quoi avec ça ? Vous votez « ligue ultra-communiste super-révolutionnaire » ?

      D’urgence, il faut entreprendre l’exploration de notre propre société. Car si on ne la connait pas, comment la changer ?

      F. Leclerc, ici plus haut.

    2. Je ne comprend pas très bien le rapport avec mon commentaire. Je ne sais pas très bien ce que vous vouliez insinuez mais quitte à répondre à côté, je soulignerais qu’à mon sens, il est évident que la politique est la solution. Et la politique, c’est chacun de nous, quasiment à chaque minute de notre vie. Beaucoup ont tendance à l’oublier. Quand une majorité en aura repris conscience, le temps du changement sera de nouveau possible…

    3. Si la politique est la solution, les hommes et les femmes politiques sont le problème. Donc il n’y a pas de solution…

    4. @François

      Si la politique est la solution, les hommes et les femmes politiques sont le problème. Donc il n’y a pas de solution…

      Vous inversez totalement les termes du problème dans votre syllogisme désespérant. Exprimant parfaitement en cela la perte du sens politique aveuglant les citoyens-clients insatisfaits.

      Vous auriez dû dire: Les problèmes de société ne peuvent être que Politiques; les solutions, pertinentes ou pas, sont portées, ou pas, par les discours de femmes ou d’hommes politiques, qu’ils transforment en actes, ou pas; chacun peut faire en sorte qu’à chaque alternative cela soit ou ne soit pas.

      Mais si chacun n’admet pas le prémisse de cette proposition, ou a la faiblesse de se laisser persuader qu’il pourrait en être autrement, alors oui, aucun espoir. Juste la mort, sous toutes ses formes, de chacun comme de tous.

    5. @vigneron

      Vos jugements ne concernent que vous.

      Certains aiment à se choisir un maître, satisfaits de succomber à l’illusion d’une omnipotence et omniscience des politiciens. Les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent.

      A l’instar de la religion, la politique est une question de foi. Je préfère la lucidité.

    6. @ François,

      Puisque vous préférez la lucidité, François, soyez lucide et avouez que certains problèmes vous dépassent, et que certaines solutions ne vous conviennent pas. N’appelez pas lucidité le fait de nier toute solution.
      Je n’ai pas lu que Nicks, dans ses commentaires, cherchait à se trouver un maître. Il nous parle de politique, pas de promesses électorales.

      Religion et politique ne sont une question de foi que pour ceux qui n’ont pas compris les questions.
      Pour les autres, qui n’ont pas renoncé à comprendre, religion et politique sont une question de …questions. Comme vous le dit vigneron, ces questions peuvent -ou pas- être transformées en solutions, qui peuvent -ou pas- être transformées en actes.

      La foi n’est pas le but mais le moteur d’un esprit convaincu, en religion comme en politique. On peut parler aussi de détermination ou de volonté résolue. Si la religion et la politique n’avaient jamais transformé les problèmes que pose la société des Hommes en actes destinés à les résoudre, vous auriez raison.
      Ceux qui refusent les questions posées par la religion et la politique ne se choisissent pas de maître, c’est certain. Et puis un jour ils se retrouvent esclaves des promesses électorales et des promesses célestes.

    7. Vous ne seriez donc pas un homme politique? Référez en à Mister Aristote alors, cela dépasse mes compétences.

    8. @Jean-Luc

      Bien essayé.

      Si, comme vous le dites, j’étais nihiliste comment pourrais-je être lucide ?

      Votre discours volontariste et les arguments qui l’étaient/étayent cherche à justifier l’illusion politique.

      L’idéologie de la souveraineté populaire et des constitutions démocratiques voulait nous faire croire que le citoyen pouvait contrôler, orienter, intervenir dans la fonction politique.

      C’est une fiction, un mythe, l’archétype d’un mode de comportement.

    9. « Jésus disait : aimer ; l’église dit : payer. » V.H (surement Vinaigre Huile, connais pas cet auteur… 🙂

    10. @ François,

      Bien réussi!
      Puisque vous avez l’art de lire chez l’autre la confirmation de votre confusion, je renonce. Pas de temps à perdre; ça va être l’heure du goûter chez moi, café et pain-beurre. Pas envie de m’étouffer avec vos tartines de sophisme.

  7. @ tous,

    « Il se trouve d’ailleurs que la ministre avait déjà son idée sur ce que pourraient être ces nouveaux critères : selon elle, les concours devraient prendre en compte « la personnalité, la valeur, l’intensité du parcours » du candidat.
    On peut donc imaginer que, dans un système idéal, les boursiers soient soumis à un double processus d’évaluation : d’une part, ils devront se soumettre aux épreuves traditionnelles de leur discipline, afin de vérifier leur compétences intellectuelles. Mais ils seront également jugés en fonction de critères psychologiques, comportementaux et biographiques, à travers l’examen de leur « personnalité » (et donc de leur plus ou moindre grande conformité aux valeurs et à l’éthos spécifiques des grandes écoles) et de leur « parcours » (étant entendu que, plus le candidat aura eu à franchir d’obstacles, plus sa trajectoire de vie sera notée positivement, conformément aux représentations stéréotypées du « combat pour la vie »). »

    =>

    Ça s’appelle la dictature ou le contrôle social accompli (contrôle par la pseudo psychologie à objet utilitariste), il ne reste plus qu’à organiser le cas des « déviants » à ce système métrique… que de perspectives déplorables à l’horizon : pouah.

    1. @ Fab,

      Je vois…
      On peut dire que son propre « parcours » est à noter de façon extrêmement minimaliste du point du vue des obstacles qu’elle a eu à franchir, sa trajectoire de vie ayant été absolument écrite à l’avance, sans aucune représentation personnelle crédible d’un quelconque « combat pour la vie ».

  8. Votre texte mérite plusieurs relectures et méditations sur le sujet bien à vous cordialement.

    Bizarrement plus les derniers menacent moins les premiers sur l’échelle sociale de ce monde et plus les premiers semblent davantage s’en irriter contre les derniers, c’est fou quand même le nombre de gens pauvres que l’on préfère juger en plus une fois arrivé tout en haut de l’échelle sociale, ça vient sans doute du grand esprit de richesse des premiers, est-ce également le cas au ciel j’espère que non quand même c’est déjà pas mal à voir dans les divers enfers bureaucratiques de ce monde …

  9. « « téléphérique social » » ==> la difficulté qui rend cette métaphore inappropriée tient aussi à la rareté des téléphériques qui fait que nombre d’entre nous n’y ont jamais mis les pieds 🙂

  10. Merci pour cet intéressant article, peut-être un peu trop naïf dans sa conclusion, même si elle est, au moins, au 2e degré.
    Je suis un Helvète, donc presque de fait dans la race des seigneurs… même si mon niveau de vie est inférieur à la moyenne d’ici.
    Ainsi vos réflexions rebondissent sur mon miroir perso de plusieurs manières. Je n’ai pas envie de structurer et vous les livre brutes de décoffrage.

    Tout d’abord. Tout le monde, je dit bien TOUT le monde…. a compris l’énorme arnaque des banques de ces dernières années, plus moyen cette fois de dissimuler, comme auparavant, la chose. Il suffit de se renseigner sur les salaires (nettoyeuses comprises) du personnel des 10 grandes banques mondiales entre 2005 et 2008 pour se faire une idée. Il y a donc une énorme colère des gens… colère qui pour l’instant ne donne rien pour deux raisons principales.
    Primo les lobbies sont trop puissant et surtout trop bien placés, comme cela a été souvent écrit, appuyés par la presse dominante des médias descendants, qui est aux ordres, ou pas loin. Secondo la division généralisée de l’opposition (gauche, verts, altermondialistes, etc… ) division fortement encouragée par le pouvoir en place… La routine quoi. Impuissance rageante quand même. Toutes choses qui ont certainement donnés vie supplémentaire à votre site… Car nous avons heureusement le Web.

    Ensuite votre démonstration du mécanisme de l’ascenceur social est certainement pertinente mais j’ai la faiblesse de croire qu’elle est conditionnée par une vision « française » des choses, même si je sais que vous avez roulé votre bosse et ne manquez pas de distanciation. Je sens réellement un impact de la société française sur votre pensée… Et comme la France est probablement un des pays les plus inégalitaires, avec ses strates sociales difficiles à bouger autrement que par l’argent…. Mais bref.
    Je voudrais donc ajouter ici mon grain de sel, en espérant avoir bien compris votre pensée. Hors les disfonctionnement inacceptables des banques de ces dernières années, il m’apparait que cette problématique de l’ascenceur social n’en n’est souvent pas une. Il y a, comme beaucoup l’ont déjà dit, un équilibre qui se dégage toujours. Deux formules pour l’illustrer : « La pauvreté se partage beaucoup mieux que la richesse. »  » Les fils de riches sont généralement des cons, qui se font bouffer tout cru par les requins qui viennent d’en bas »… entre autres nombreux exemples.

    Enfin, histoire d’amener un peu d’air positif je voudrai citer Ken Wilber :

    « La vérité c’est que Leibniz, ridiculisé par Voltaire, avait raison : nous vivons probablement dans le meilleur des mondes possibles, compte tenu de nos errements… je suis convaincu que notre monde actuel est la somme totale des pensées, efforts, actions d’une humanité qui est en gros pleine de bonne volonté. »

    Une pensée que je considère comme totalement valable de nos jours, abstraction faite du capitalisme clinquant galopant et de ses arguments pousse-à-jouir ridicules.

    Le fond de ma réflexion est souvent adossé à cette pensée simple : La nature est de droite et la société des hommes de gauche. C’est une évidence.

    Ainsi, devant un cata financière qui projette son ombre, avec des conséquences qu’on espère pas trop horribles… (Tout ceci étant peut-être hélas nécessaire tant que nous ne saurons pas comment nous maîtriser en tant que société), je constate que la majorité des gens est tout à fait consciente de choses simples.

    Par exemple : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse. Base de la justice. Ou encore : Pourquoi le salaire d’une nurse en garderie est-il invraisemblablement inférieur à celui d’un prof d’uni alors que son impact éducationnel serait de loin plus fort ?…

    Voilà, je m’arrête là… désolé pour le désordre, mais j’avais envie que ça sorte. Je vous lis régulièrement et suis entièrement d’accord qu’il faut que les gens de bonne volonté puissent trouver un moyen de faire changer les choses. En commençant par la finance internationnale et sa réglementation.

    Bien à vous

    P. Girard

    1. « La nature est de droite et la société des hommes de gauche ».

      Génial. Je relève la phrase, juste pour attirer l’attention parce que cette évidence rarement formulée a des tenants et des aboutissants importants:

      – « Politique de droite », « valeurs de droite », etc… sont des expressions vides de sens. La nature étant de droite, une action politique ou morale n’a aucune pertinence: Cela *est*. C’est tout.

      – Une politique réelle ne peut être qu’humaniste et de gauche, puisque l’action politique, par définition, va contre les penchants naturels de prédation, pour ce qui concerne l’homme.

      Ces deux pôles de réflexions posent un problème général à l’écologie politique: En tant que « politique » elle ne peut pas être hors de la pensée de gauche (ce que j’appelle « gauche » -en fait, je veux dire « à gauche de l’extrême gauche-« ). En tant que « écologie », elle est nécessairement de droite, comme le démontre, s’il en était besoin, le fait que la quasi totalité des fondateurs de l’écologie étaient d’extrême droite. Souvent non-politique. Si, si, l’extrême droite apolitique, ça existe. J’en connais.

      Mon idée est que l’écologie n’a simplement rien à faire dans l’univers politique.

    2. « l’écologie n’a simplement rien à faire dans l’univers politique »

      C’est une blague ?
      En tout cas, c’est exactement ce que pensent les entreprises. Laissez nous produire. Que les citoyens nous laissent profiter…

      La facture, pour la société entière, est incomensurable.
      Certains dégâts sont irréparables.
      L’emballement vers une destruction rapide menace.

      Il serait temps que la production soit placée sous contrôle démocratique,
      tant pour des raisons sociales que écologiques, .

    3. Mais oui, Charles. Ce que je veux dire, c’est que l’écologie n’a rien à faire dans l’éventail politique. N’importe quel parti politicien peut se dire « écologiste ». Et ensuite ? On peut même placer des écologistes comme Voynet aux « responsabilités » en étant d’avance certain qu’il n’en résultera absolument rien.

      Les corridas sont bien également un problème politique dans le sens politicien. Sur ce sujet aussi, le consensus est quasi total. Pourtant, jamais aucun politique n’interdira les corridas. On ne peut pas plus bâtir un parti (c’est-à-dire un programme) sur l’écologie que sur l’interdiction de la corrida.

      Les désastres écologiques sont la conséquence naturelle de la prédation sociale. Considérer la chose en tant que problème écologique, c’est traiter de l’effet. Diversion.

    4. @Pierre Girard

      « La vérité c’est que Leibniz, ridiculisé par Voltaire, avait raison : nous vivons probablement dans le meilleur des mondes possibles, compte tenu de nos errements… je suis convaincu que notre monde actuel est la somme totale des pensées, efforts, actions d’une humanité qui est en gros pleine de bonne volonté. »

      De deux choses l’une, ou le vieil escroc du paranormal new-age et post-Koestlerien (!) Ken Wilber n’a lu ni Leibnitz, ni le Candide, ou ils nous prend pour des billes! Assimiler le providentialisme de l’auteur du Meilleur des Mondes Possibles à l’état du monde résultant des progrès contrastés de l’Humanité, plus que de l’amalgame abusif, cela relève du contre-sens métaphysique et logique le plus outré qui puisse être! Perso je dis les deux. Mais bon, on l’excusera; il fallait au moins ce genre d’entourloupes pour tenter d’imposer ses visions transcendanto-scientifico-psychédéliques!

      Une pensée que je considère comme totalement valable de nos jours, abstraction faite du capitalisme clinquant galopant et de ses arguments pousse-à-jouir ridicules.

      Vous m’expliquerez comment un pauvre petit suisse vivant « en dessous du niveau de vie moyen d’ici », mais tout de même dans le petit lait qui baigne allègrement le quotidien des braves citoyens au dessus de tout soupçon de la fraternelle Confédération Helvétique, parvient à « faire abstraction du capitalisme ». De même, si la version clinquante ne convient pas à la soif de sobriété de Monsieur, la version métal massif, en barre de 10 Kgs de préférence aura t’ elle l’heur de lui plaire? Que voulez-vous, ces nouveaux riches un peu trop sudistes ou orientaux ne savent pas faire dans le capitalisme design et discret et propre sur lui! C’est tout le problème du Capitalisme moderne. Le seul probablement…

      Deux formules pour l’illustrer : « La pauvreté se partage beaucoup mieux que la richesse. » » Les fils de riches sont généralement des cons, qui se font bouffer tout cru par les requins qui viennent d’en bas »… entre autres nombreux exemples.

      Première « formule »: la bêtise que l’intelligence également. Si nier les déterminismes serait une erreur, croire en la fatalité c’est provoquer sa victoire.
      Deuxième « formule »: parlez en aux « fils de »Dassault, Bouygues, Arnault, Lagardère, Bolloré, Rotschild, Peugeot, Michelin sans parler de la « fille de » Schueler (Liliane l’Or réel…)…; ils vont beaucoup rire au Club!

    5. Pour Bourdieu, le sentiment d’appartenance des
      individus plutôt à la gauche ou plûtot à la droite
      dans la société française était principalement
      déterminé par l’importance que que chacun donne
      à la notion d’ordre (quelle place doit-on laisser (ou
      tolérer) au désordre).

  11. L’ascenseur pour l’échafaud d’un coté ,la descente aux enfers de l’autre…
    Vous aller faire tort à Otis ,Schindler,Kone,ThyssenKrup…

  12. « L’intelligence ne me manquait pas, mais je n’inspirais pas confiance. En tous lieux où j’allais, je fomentais la discorde, non parce que je servais un idéal, mais parce que je ressemblais à un projecteur qui éclaire brutalement les stupidités du monde. Et puis je n’étais pas assez lêche-cul. »

    « Nous avons tous fait l’expérience de ces instants d’oubli total où nous nous sentons comme des plantes, des animaux, des créatures de grands fonds ou des habitants des hauteurs célestes… je crois que dans de tels moments nous essayons de nous dire à nous-mêmes ce que nous savons depuis longtemps mais que nous avons toujours refusé d’admettre: que vivre et être mort ne font qu’un et que vivre un jour ou mille ans ne fait aucune différence. »

    (Henry Miller)

    Pour illustrer le « toboggan social », qui m’a beaucoup fait rire, il faudrait appeler Robert Crumb.

    Merci pour cette piqûre de rappel du darwinisme social!

    – Où habitez-vous ?
    – Hors d’atteinte.
    – Joli coin.

    (Ring Lardner)

    « Suppose que tu n’existes pas et sois libre »

    (Omar Khayyam)

    1. Vivre et être mort ne font pas qu’un et je ne suis pas d’accord, Miller écrit n’importe quoi. Il a fait mieux que ça, lorsqu’il dit qu’il n’a pas été grugé le jour de la distribution des b***, lorsqu’il écrit que faire l’amour avec cette femme est passer à travers ses yeux pour découvrir un monde nouveau, comme un nageur passer dans ses yeux.

      Il n’ y a pas que Henry Miller. Il y a aussi Gombrowicz qui fait la différence entre un monde partagé entre dualité homme/femme et un monde sans cette dualité. Vivre est vivre. Pour n’ADN il n’y a aucune différence, pour nous si.

      C’était une sentence stoïcienne de Miller, assez rare.

    2. @Lisztfr

      Toujours est il que la cellule de la reproduction sexuée, animale ou végétale, reste bien la seule pour laquelle il n’y ait aucune alternative. Non-fécondation = mort, fécondation = mort. Bref vie = mort.
      Essayez de vous assimiler à cette gamète, et vous verrez que l’on n’est pas si loin de Miller. Une vie comme parenthèse d’anéantissement cernée de néant. Doublée il est vrai de la magie miraculeuse d’une occurence absolument improbable. Occurence qui se contente d’ouvrir la parenthèse, que la vie s’empresse de refermer. Je la referme aussi, d’un sourire 🙂

    3. @ Lisztfr

      Je pense au contraire que c’est une des plus belles phrases de Miller, qui n’est pas sans rappeler Lie-tseu, lequel me semble assez loin du stoïcisme…

      Il m’est arrivé de ressentir un détachement tel, allié à une sérénité absolue, que l’illusion de l’unité du moi (rappelée de façon sublime par Hermann Hesse) me paraissait une évidence, et que cette fragmentation me renvoyait non seulement à l’ensemble du monde (plantes, pierres, animaux, arbres, vent, …) mais également à la mort et à la vie comme aux deux faces du même dé. C’est une sensation étrange, qui fait bien rire quiconque ne l’a pas vécue (et ce rire me ravit tout autant).

      Sur Henry Miller (qui me fascine tout autant que vous):

      « Je m’aperçus que le désir de toute ma vie n’était pas de vivre; si l’on peut appeler vivre ce que font les gens, mais de m’exprimer. Je me rendis compte que jamais la vie n’avait éveillé en moi le moindre intérêt; que tout ce qui m’intéressait, c’est ce que je fais maintenant: quelque chose de parallèle à la vie, qui participe d’elle en même temps, et la dépasse. Le vrai, le réel même, m’intéressent à peine, ne m’intéresse que ce que j’imagine être, ce que j’avais étouffé, de jour en jour, pour vivre. »

      Mais bien entendu, il suffit de parcourir l’oeuvre d’un immense poète pour y trouver autant de contradictions que l’on voudra.

      Exprimé de façon admirable par Pirandelllo:

      « Ne dites plus, ne dites jamais plus que l’approbation de votre conscience vous suffit.
      Quand avez-vous commis telle action? Hier, aujourd’hui, il y a une minute? Et maintenant? Ah, maintenant, vous voilà prêt à admettre que vous auriez peut-être agi de façon différente. Et pourquoi? Vous pâlissez? Peut-être reconnaissez-vous aussi à présent, qu’il y a une minute, vous étiez un autre?
      Mais oui, pensez-y bien. Une minute avant que ne se produise le fait qui nous occupe, vous étiez non seulement un autre, mais aussi cent autres, cent mille autres… Et il n’y a pas lieu d’en être surpris. Etes-vous bien sûr que vous serez demain celui que vous affirmez être aujourd’hui? »

      Je laisse le mot de la fin à Gombrowicz:

      « (…): être homme veut dire être acteur, être homme c’est simuler l’homme (…) derrière ce masque il n’y a pas de visage – ce qu’on peut lui demander, c’est de prendre conscience de l’artifice de son état et de le confesser. »

      Cordialement depuis les nuages, là-bas…

    4. N’est ce pas Beauvoir qui disait un truc du genre « L’Homme, cet être qui est de ne pas être. »

      Mais aussi « L’humanité préfère à la vie des raisons de vivre. »

    5. Miller, qui fut un petit moment, si je ne m’abuse, jeune coursier pour quelque officine de Wall Street… Il me semble qu’il en parlait dans Sexus.

    6. Personne n’est parfait. Notre facétieux tavernier lui-même n’a-t-il pas été trader en des temps immémoriaux ? 😉

      Ce qui explique l’énergie dépensée par Ignace P. Jorion , père de la tentative d’asepsie des toxiques de la phynance et spécialiste en démontage systématique de la pompe à phynance.

      Lequel enveloppe de chants d’oiseaux ses passages vidéos en guise d’invitation au détachement…

      ou pas…

    7. Attention taotaquin, à force, on va finir vraiment par lui coller une étiquette de casuiste jésuite et pénitent à notre Saint Paul d’Assise (financière œuf corse), malgré les oiseaux!!

  13. Vu de Grenoble, l’ascenseur social ressemble à un téléphérique, très commun ici pour ma génération. Par contre, celle de mes parents avait plus le sens de l’effort, grimper au-dessus de 2 000 m se méritait, et à partir de 3 000 m le mensonge devenait interdit, question de solidarité et de sécurité.

  14. Quand j’ai fait le menage au grenier récemment, je suis tombé sur qelques cartes de visite de mon arrière-grand père. Chose curieuse: en dehors de son nom et de sa position sociale à l’époque (il était baron), il y avait marqué en lettres grasses: Bachelier. Cela peut faire rire aujourd’hui, à l’époque c’était apparemment un autre titre de noblesse. Je me demande: que vaut un diplôme aujourd’hui face à l’utilitarisme économique où un seule chose compte: l’argent? On me dit qu’il y a trop de diplômés, qu’il y a même une inflation de diplômes, formations, certificats, alors que l’on fait venir des salariés qualifiés de l’étranger. L’Allemagne par exemple plaide en ce moment pour une politique d’immigration plus généreuse pour faire venir des gens formés, à cause « du problème démographique », dit-on. Ca rime à quoi? Il y a, selon moi, plusieures réponses possibles à cela: a) les employeurs font venir des étrangers qualifiés pour pouvoir disposer de salariés bon marchés et dociles (ce qui serait en harmonie avec l’esprit du temps), ou b) les formations universitaires ne sont plus adaptés aux besoins réels de l’économie, et il y a trop de diplômés dans certaines disciplines (sciences humaines, lettres……). Ce que je crains: on obligera les élèves/étudiants à adopter des attitudes conformistes, conformes au système, des exécutants formés dans une domaine spécifique et qui ne refléchissent pas trop. On en voit déjà des exemples.

  15. Non solum ,sed etiam…
    Vous poussez le bouchon un peu trop loin en coupant les ailes à toute personne voulant s’élever.

  16. Les ventes de Rolls Royce Cars ont augmenté de 193% au premier trimestre 2010/2009. La production est complète jusqu’en septembre.
    L’ascenseur social fonctionne à plein.

  17. Je me suis régalée, merci Emmanuel !

    A faire lire à tous les gens de droite qui crient et croient encore dur comme fer à la notion de mérite ou d’égalité des chances.

    Très important le glissement que vous signalez entre une approche collective du « mieux-être social », réducteur d’inégalité dans l’ENSEMBLE de la société et le mérite version néo-lib’ qui ne profite qu’à certains.

    le problème c’est que l’on utilise les même mots, pour preuve l’actuel gouvernement qui au prétexte d’égalité des chances et de mérite républicain favorise ce que vous identifiez comme la pure concurrence libérale.

    Bref, un texte vraiment très riche, très fin et très drôle, à lire en écoutant Miles…

    1. Oui, à relire avec Miles Davis…
      et avec Richard Sennett (sociologue, original et éclairant à mon goût) ;
      Si je m’inspire de ce que j’en ai lu, la réponse est toute simple :

      La question doit être déplacée de l’ascenseur social à l’architecture de l’immeuble social.
      Et les futurs locataires doivent être parties prenantes dans la définition de cette architecture.
      Le dirigisme du gouvernement ou de la municipalité (« il buon governo »…) aura pour but quant à lui à choisir le terrain sur lequel on peut bâtir cet immeuble. Ainsi chacun a des prérogatives, et l’agencement tiendra la route. Sinon, HLM social sans ascenseur qui marche pour les uns, « Excellence » de l’ascension chez l’autre, mais avec quel contrepoids !

      Je ne lis vraiment pas tous les posts ces temps-ci, sorry !

  18. @omar.yagoubi

    Effectivement chez nous en montagne cela s’est appelé la » cordée » avant que n’arrive l’ascenseur , et les enseignants ont quand même depuis gardé la  » cordée » pour la pratique de l’accompagnement vers les classes prépas . Les volontés étaient diversement déterminées selon les âges , et la « promo » approchée était quoique sympathique plus que « confidentielle » quant au nombre par rapport aux enjeux et bruits sociaux qui se dégagent de ce mot d’ordre . Pour le politique local , de ce que j’entends , il faut d’abord passer par l’enracinement et l’accès à la « propriété » immobilière , ils savent bien que les ascenseurs sont souvent en panne dans les immeubles .

  19. bah ,les années 70’80’ , cadre « moyen  » , propriétaire d’un pavillon de banlieue , un chiens deux enfants , une grosse berline , les vacances à la plage ,à la plagne . et clac !

    une hallucination collective qui se termine en un bad trip : la décroissance ou la fuite en avant dans l’ultralibéralisme .

    l’ascenseur social est cassé mais personne ne bouge ? pourquoi ?

    bah coincé entre la pression fiscale et l’augmentation des prix , les changements de niveau de salaires au sein de la classe moyenne ne sont pas interressants .

    mais si personne ne bouge c’est parceque des circuits paralleles se mettent en place :

    la tva des restaurateurs , du batiment à 5.5% pour etre sur qu’au moins 5.5% rentre dans les caisses de l’état…
    des fonctionnaires travaillant au black …
    des types cumulants 3 jobs à la con non déclarés qui se caviardent leur retraite en refusant un statut d’artisan .
    des rentiers malins avec plusieurs appartements ..

    du coté des puissants les mégabanques et les multinationales qui placent leur bénéf hors de portée des états les  » obligeant » à vendre les bijoux de famille à supprimer les services publics !

    il se passe la meme chose qu’avec les mafias : l’argent détourné volé retourne dans le circuit légal mais ça prend plus de temps et il y a de la  » perte en ligne  » .

    si rien ne se passe aussi c’est qu’entre la société du spectacle des situationnistes en passant par la sociéta de l’iformation où chacun serait un hermès -un messager des dieux selon michel serre-

    tous se regardent en chiens de faïence : stade du miroir ou paralysie à la pensée que la moindre révolte pourrait détruire ce rêve ( le pavillon ,le chien ,les mioches ) ?

    la peur disparaitra bien assez vite des banlieues après que l’ordre tirera dans le ventre mou de la civilisation les classes moyennes .

    avant 1914 , il y a eu 1871 La Commune,le début de l’ére industrielle – et avant c’etait 1870 , une guerre qui s’arreta stupidement faute de pognon : beaucoup de points communs avec la guerre economique actuelle et l’ere de l’information qui débute .

  20. Musique !

    Excellent. Et agréable à lire. Et plein d’humour. Et corrosif. En cherchant des citations d’Henry Miller sur le net, difficile de faire un choix…en voici deux :
    « Quand la merde vaudra de l’or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus. »
    « Si nous étions lucides, instantanément l’horreur de la vie quotidienne nous laisserait stupides. »

    Après Dieu et le père Noël c’est maintenant au tour de l’ascenseur social ! Il reste le foot, le loto, la chanson et la vente de stupéfiants : sauvés !

    « Petit Papa Noël
    Toi qu’est descendu du ciel
    Retourne-s-y vite fait bien fait
    Avant que j’te colle une droite
    Avant que j’t’allonge une patate
    Qu’j’te fasse une tête au carré ! » (http://www.youtube.com/watch?v=R2wdJGC1lG4)

    « La bagnole, la télé, l’tiercé,
    C’est l’opium du peuple de France,
    Lui supprimer c’est le tuer,
    C’est une drogue à accoutumance. » (http://www.youtube.com/watch?v=2RQHsn2ilfA)

  21. L’ascenseur social est effectivement un mode management similaire
    à la pyramide des « petits chefs » . 1 chef surveille deux sous chefs etc, chacun ayant la perspective de monter au poste supérieur à condition de rester servile. sinon…

    Lorsque vous n’avez plus rien à perdre, lorsque vous avez compris que les règles que l’on vous imposent n’ont d’autre but que de maintenir votre condition d’esclave.

    Alors vous pouvez libérez votre esprit. Et contribuez à l’intérêt général de votre communauté.

    Lorsque les esclaves ne marchent plus dans la même direction que leurs maîtres.
    On n’est plus très loin de l’esprit révolutionnaire.

  22. Bonjour. Pourriez-vous recevoir Florence pour la conseiller sur sa progression de carrière ? :))

    Plaisanterie mise à part, resterait à savoir ce qui justifierait que le haut et le bas soit représentés par une exponentielle alors que les compétences le sont par une courbe de Gauss. Je crois connaître la réponse: Celle qui termine bon nombre de mes messages: La dominance sociale.

  23. Très intéressant, c’est une bonne analyse, bravo. Complètement d’accord avec vous.

    Celà dit, j’ai une question. Et maintenant, on fait quoi ?

    1. Dans l’immédiat, on mobilise sur les retraites, et sur la nécessité de préparer la grève générale reconductible

      Trois exigences inséparables:
      – le droit à la retraite à 60 ans maximum,
      à 55 ans pour les salariés ayant subi des travaux pénibles
      et ceux qui sont affectés par la dégradation des conditions de travail ;
      – la pension doit être la continuité du salaire.
      elle doit être à 75 % du salaire brut, calculée sur les six meilleurs mois de salaire ;
      – la durée maximale pour bénéficier de la retraite doit être de 37,5 annuités de cotisation,
      en incluant les périodes de pertes d’emplois, d’apprentissage, de formation et d’études à partir de 18 ans.

      Ceci implique l’abrogation de toutes les mesures depuis 1993 concernant la retraite, la sécu et les régimes complémentaires.

      Unification des régimes de retraite uniquement par le haut,
      pour le financement, pour plus de cotisations :
      – un cdi à temps plein pour tous et toutes, avec un temps de travail à 32 h et moins si nécessaire!
      – augmentation de tous les salaires et revenus de 300 euros nets pour tous ;
      – augmentation la part « patronale » des cotisations.

      Non aux retraites de misère
      – indexation des retraites sur les salaires et non sur les prix ;
      – revalorisation immédiate des retraites de 300 euros nets ;
      – pas de retraites en dessous du smic revendiqué (1500 euros net) ;
      – compensation des inégalités entre les hommes et les femmes ;
      Source avec argumentaire: http://www.npa2009.org/sites/default/files/4%20pages%202010-04-28%20.pdf

  24. Bonjour,

    En réalité, nous ne confondons pas l’ascenseur social avec l’augmentation global du niveau de vie de nos société de consommation, beaucoup plus consommatrice que productive maintenant et de moins en moins redistributive de richesse ?

    salutations

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