Peur, incertitude, entropie et information, par Paul Tréhin

Billet invité

Une analyse approfondie des causes de peur chez les organismes vivants doués de conscience nous conduit à repenser au second principe de la thermodynamique selon lequel tout système fermé tend au cours du temps vers le niveau maximal de désorganisation.

Cette tendance à l’accroissement du désordre est également appelée accroissement de l’entropie en thermodynamique.

Cependant, tous les systèmes vivants arrivent à préserver un certain niveau d’organisation locale assurant au minimum l’intégrité physique de leur propre organisme. Mais cela est réalisé au dépend d’un accroissement de l’entropie de l’environnement dans lequel ils puisent l’énergie nécessaire au maintien de leur propre organisation au cours du temps.

Il s’agit d’un équilibre instable, qui cesse de se maintenir quand l’organisme n’arrive plus à puiser assez d’énergie dans son environnement, soit par sa propre faiblesse, soit par épuisement de l’environnement auquel il a accès. Dans les deux cas, l’organisme atteint alors un état stable de désordre maximal par la dispersion de ses propres molécules au travers du processus de mort. Comme de nombreuses situations peuvent conduire les organismes à cet état final d’entropie maximale, leur principale peur (dans le cas d’organismes conscients) est de ne pas arriver à se protéger contre l’apparition de situations où ils n’arriveraient plus à assurer le maintien de leur propre organisation. Toute situation d’incertitude, quelle qu’en soit la cause – manifestations géocentriques, éruptions volcaniques, tremblements de terre, ou atmosphériques orages et tempêtes, présence de prédateurs de tout ordre – accroit l’incertitude de l’organisme face à sa capacité à assurer sa survie et le maintien de son organisation.

Ces situations d’incertitude sont les causes primordiales, au sens vital, de la peur chez les organismes vivants douée de conscience.

Au niveau social, les causes d’incertitude sont tout autant sources de peurs : peur de perdre un emploi donc de perdre le revenu qui lui est associé, peur de ne plus pouvoir se nourrir (au sens très large), de ne plus pouvoir trouver un abri (logement, vêtements chauds pour l’hiver), tout cela conduisant à une peur plus forte encore : celle de perdre sa liberté.

Notons qu’il existe une relation bidirectionnelle entre peur et liberté. Un de mes professeurs d’université, Robert Guiheneuf, créateur dans les années 60 du siècle dernier de la psychologie économique comme discipline scientifique en économie, donnait la définition suivante de la liberté : « La liberté, c’est quand on n’a plus peur ». Je glose : quand on n’a pas peur, on est le plus souvent inconscient, donc pas vraiment libre. Evidemment, tant qu’on a peur, on est sévèrement limité dans ses actes ; quand on n’a plus peur, cela veut dire que par rapport à un certain environnement et à certains actes liés à cet environnement, on en maitrise assez les incertitudes pour être prêt à en assumer les risques (notez la différence entre risque et incertitude, différence extrêmement bien analysée dès 1921 par Frank Knight dans son livre « Risk Uncertainty and Profit » ; voici une adresse Wikipedia pour celles et ceux que la lecture en anglais d’un ouvrage riche intellectuellement mais aussi très ardu au niveau des concepts pourrait rebuter : http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_du_risque)

Comme je l’ai dit en introduction, tout organisme vivant ne peut assurer son intégrité qu’au prix de l’emprunt d’énergie à son environnement. Or toute consommation d’énergie se transforme nécessairement à un moment donné en chaleur, occasionnant dans ce processus une dégradation maximale de la qualité de l’énergie appelée aussi entropie.

Les êtres humains, à titre individuel, ainsi que les organisations qu’ils ont créées au cours de leur évolution – institutions, entreprises privées ou publiques – n’échappent évidemment pas à ce schéma : pour assurer l’intégrité de leur organisation, ils doivent puiser dans les ressources de l’environnement. Et plus un organisme devient complexe, plus le maintien de son intégrité est source d’accroissement de l’entropie de l’environnement où l’organisme puises son énergie. Il faut noter que les activités intellectuelles sont elles aussi consommatrices d’énergie et donc créatrices d’entropie : le cerveau humain est, relativement à son poids, l’organe qui consomme le plus d’énergie dans le corps humain… C’est toutefois le seul qui puisse également en avoir conscience et donc essayer d’emprunter l’énergie de l’environnement de la manière la moins créatrice d’entropie en réduisant au maximum la transformation d’énergie en chaleur perdue.

Cette capacité à limiter l’augmentation de l’entropie de l’environnement tout en préservant sa propre intégrité existe dans des organismes vivants et son existence a conditionné leur évolution et leur capacité à survivre dans le sens darwinien du terme. Il serait utile que les êtres humains continuent de s’inspirer des solutions animales aux problèmes de la limitation de l’accroissement de l’entropie, tout en maintenant l’intégrité de leur propre organisme ou des organisations qu’ils ont créées ou qu’ils envisagent de créer…

Cela me conduit à introduire un concept apparu récemment dans les analyses scientifiques : le concept d’information, inventé par Claude Shannon et Weaver dans leur ouvrage « Mathematical theory of communication », plus connu sous l’expression simplifiée de « théorie de l’information ».  Le concept était à l’origine destiné à la réduction de l’incertitude lors de la transmission de messages par des signaux sur une ligne téléphonique ou télégraphique ; l’information était donc en ce sens une mesure mathématique de la réduction de l’incertitude dans la transmission d’un message de N signaux émis sur une ligne et la reconnaissance de N-P signaux par le récepteur du message, excluant explicitement l’incertitude sur le contenu sémantique du message. Plusieurs scientifiques ont réalisé la portée que pouvait avoir le concept d’information compris dans le sens que lui donne la théorie de l’information. L’un des premiers à étendre la portée de ce terme hors du strict domaine des télécommunications fut Léon Brilloin dans un livre écrit aux USA en 1957 et publié en français en 1959 sous le titre La science et la théorie de l’information, Masson, (1959). Il est alors le premier à établir la relation inverse entre entropie et information, bien que Schrödinger, dans son ouvrage Qu’est-ce que la vie ? (1944) ait inventé le terme de Néguentropie avant même que Claude Shannon ait développé le sens mathématique de l’information dans “The Bell System Technical Journal”,Vol. 27, pp. 379–423, 623–656, July, October, 1948. L’information dans sa formulation mathématique est en effet l’inverse de l’entropie mais même en utilisant des concepts non purement mathématiques, l’information est ce qui réduit l’incertitude alors que l’accroissement de l’entropie augmente l’incertitude en conduisant au désordre maximal. Le concept d’information devait être encore étendu par Abraham Moles dans l’article « Théorie Structurale de la Communication et Société« , paru dans un ouvrage collectif (« Le Concept d’Information dans la Science Contemporaine« , Les Cahiers De Royaumont, Gauthier Villars, 1965). Je dois à la lecture de cet article mon intérêt pour l’application de la théorie de l’information en sciences sociales et tout particulièrement dans la théorie économique de la valeur informationnelle sur laquelle je n’ai pas cessé de réfléchir tout au long de ma carrière tant professionnelle qu’associative dans la défense des droits sociaux des personnes vulnérables.

Le point de départ de ma théorie est que tout objet ou service va être pour l’individu ou l’organisation qui en dispose, porteur d’une certaine quantité d’information, c’est-à-dire être en mesure de réduire le niveau d’incertitude auquel cet individu aura à faire face dans la situation présente ou dans des situations futures dont cet individu ou cette organisation auront envisagé l’éventualité. Cette réduction présente ou potentielle d’incertitude devrait dans un même processus réduire également le sentiment de peur par lequel j’ai commencé mon propos.

Cette peur ancestrale liée à la survie de l’individu dans un univers rempli d’incertitudes le conduit à rechercher de l’information afin de lutter pour maintenir le fragile équilibre qui lui a permis de résister à l’accroissement graduel de l’entropie dont il est le sujet, comme d’ailleurs tout être vivant. Dans cette perspective, il est bien clair qu’il n’a pas été nécessaire d’attendre les technologies numériques souvent improprement appelées technologies de l’information pour trouver chez l’homme, et même chez de nombreux animaux avant lui, des comportement visant à acquérir des biens ou des aides, cette acquisition leur demandant de s’éloigner au moins temporairement d’une situation où leur incertitude était relativement bien contrôlée pour explorer leur environnement à la recherche de nourriture (énergie solaire stockée le plus souvent par des végétaux ou parfois par d’autres animaux ayant eux même absorbé des végétaux ou d’autres animaux). Chez les êtres humains et plus rarement chez les animaux, dès l’apparition d’outils, l’éloignement du lieu de moindre incertitude peut demander ce que Böhm-Bawerk appellera plus tard détour de production, c’est-à-dire utiliser une partie du temps à chercher des éléments pour fabriquer un outil puis pour fabriquer cet outil en vue d’une utilisation ultérieure, retournant à la recherche et à la préparation de nourriture.  Cet outil permettant alors de réduire l’incertitude future pendant que l’homme ou l’animal devait s’exposer aux risques d’attaques de prédateurs. Il en va de même de la fabrication de nids et de creusements ou de la construction d’abris qui demandent une dépense d’énergie souvent importante, cette dernière devant certainement apporter un gain dans la réduction future d’incertitude, apporté par la fabrication de tels outils et la construction de tels abris. Notons que ces activités de production ont très tôt fait l’objet d’échanges parfois violents, certains animaux s’appropriant par la force un abri construit par un autre. Chez les hommes, les fouilles de sites archéologiques datant du paléolithique moyen et supérieur ont montré que les matériaux utilisés pour fabriquer des outils provenaient parfois de carrières fort éloignées du site où les outils avaient été trouvés et de nombreux indices portent à penser qu’il y avait eu des échanges effectués entre groupe d’humains géographiquement très éloignés.

Cela montre que les hommes préhistoriques ont très tôt su valoriser des matières premières ou des produits finis au point de faire des détours de production importants pour aller récolter ou échanger avec d’autres hommes ces matériaux et produits finis, au prix d’une mise en situation d’incertitude importante bien que temporaire par l’entreprise d’un long voyage dans des territoires moins connus et plus incertains car exposés à des prédateurs imprévus.

Mais un outil de meilleure qualité permettait par la suite une chasse ou une fouille du sol plus efficace, réduisant alors l’exposition à l’incertitude des attaques de prédateurs et un retour plus rapide vers l’abri et son confort protecteur. Tout cela devait bien valoir le détour de production important engagé.

Dans la mesure ou l’outil rend l’existence de l’individu ou du groupe d’individus moins incertaine, il me semble approprié d’attribuer à cet outil une valeur informationnelle sans pour autant faire d’anachronisme. La fabrication d’outils de plus en plus performants allait même demander des détours de production encore plus longs, avec cependant pour résultat une réduction d’incertitude encore plus forte à deux niveaux ; les nouveaux outils possédaient des tranchants bien plus coupants, permettant un dépeçage plus précis (moins de perte de nourriture) et plus rapide (moins d’exposition aux prédateurs). Mais même au niveau de la fabrication, on a assisté à une augmentation considérable de la longueur de tranchant utilisable obtenue à partir d’une même masse de nodules de silex, réduisant ainsi l’exposition à l’incertitude inhérente à la recherche loin de l’abri d’un nodule de qualité.

Afin de réduire son incertitude, l’individu va aussi aller à la recherche de ce que j’ai appelé des services au travers de regroupements de plusieurs individus dans un même clan, sans doute au début dans une même unité familiale bien que non comprise comme telle avant fort longtemps, les processus de paternité n’étant reconnus que bien plus tard dans l’histoire.

La formation de groupes ou de clans apportait une énorme réduction d’incertitude, le groupe pouvant mieux se défendre contre les diverses attaques de prédateurs ou s’organiser pour la chasse et même la production d’outils et d’abris, toutes choses porteuses d’une certaine quantité d’information pour chacun des individus mais aussi pour le groupe.

Le groupe permettait la chasse aux gros animaux contenant des quantités bien plus grandes d’énergie consommable par rapport à la somme des efforts nécessaires à la chasse de plus petit gibiers et aussi permettant au clan d’éviter d’avoir à s’exposer à nouveau à l’incertitude de la chasse pendant de nombreuses journées. Il y avait probablement déjà une certaine spécialisation des tâches, ce qui impliquait des échanges au sein du groupe, sans doute limités au paléolithique moyen et supérieur à du troc, l’échange avec des systèmes de monnaies basés sur des coquillages n’apparaissant que beaucoup plus tard au Néolithique avec la complexification et la variété des productions de biens apportées par l’élevage et l’agriculture.

Après cette petite digression dans la préhistoire de l’outil et de la valeur relative des outils en fonction des incertitudes encourues pour assurer la survie de l’individu, je reviens maintenant à l’aspect plus théorique de mon analyse de la valeur en termes informationnels.

La valeur accordée à un produit ou à un service ne serait-elle pas en partie explicable par les capacités de ce produit ou de ce service à réduire l’incertitude, autrement dit à augmenter le niveau d’information de cet individu face à un univers dont l’imprévisibilité s’est accrue et continue de s’accroitre suite à l’augmentation de l’entropie de l’environnement.

C’est ce que j’appelle une analyse informationnelle de la valeur, sujet sur lequel je travaille depuis plus de 40 ans.

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62 réflexions sur « Peur, incertitude, entropie et information, par Paul Tréhin »

  1. « Comme je l’ai dit en introduction, tout organisme vivant ne peut assurer son intégrité qu’au prix de l’emprunt d’énergie à son environnement »

    Et si, de par son enthousiasme à entreprendre quelque chose, l’être humain générait à partir de lui même cette énergie, plutôt que de l’emprunter au monde extérieur ?

    1. L’homme ne peut pas plus échapper au second principe de la thermodynamique que les autres organismes vivants: son enthousiasme a un prix énergétique, comme je l’ai indiqué, le cerveau humain a besoin d’énergie pour fonctionner et en fait consomme plus d’énergie que tout autre organe du corps humain par rapport à sa taille et à son poids. Et pour activer son cerveau l’homme n’a pas d’autre solution que d’emprunter de l’énergie à son environnement sous forme de nouriture ou de protection contre le froid, en effet, le cerveau est un organe très sensible au froid et a besoin d’une température minimale pour continuer à fonctionner.

      En revanche ce que le cerveau humain peut faire c’est de réduire un peu sa consommation totale d’énergie en l’utilisant de manière à limiter la création par trop rapide d’entropie, cela en évitant au maximum la transformation de l’énergie stockée directement en chaleur pour obtenir un résultat équivalent par une utilisation de cette énergie stockée ne la transformant pas directement en chaleur ou le moins possible : par exemple, afin de se protéger du froid, utiliser l’énergie solaire stockée par le bois pour se construire un abri au lieu d’utiliser cette énergie en allumant un feu pour se réchauffer…

      L’utilisation de l’énergie solaire stockée par un animal pour utiliser directement sa fourrure en protection contre le froid (attention je ne parle pas ici des manteaux de fourrure modernes dont le rôle est principalement ostentatoire et la protection contre le froid très secondaire…)

      Nombre d’entre nous utilisons toutefois, plus ou moins consciemment, des vêtements fabriqués à partir de fourrures animales, par exemple fabriqués en laine… Cet usage de l’énergie solaire stockée par un animal sous forme de produits de la tonte de la toison est lui aussi nettement moins générateur d’entropie que l’utilisation directe de la fourrure, impliquant un accroissement maximal de l’entropie pour l’animal tué à cette fin… Toutefois nous ne pouvons que réduire un peu l’augmentation de l’entropie totale de l’environnement où nous puisons cette énergie solaire stockée : la reconstitution de la toison demande elle aussi une consommation accrue de végétaux au mouton ou au lama ou à tout autre animal dont on tire de la laine. Il s’agit toutefois d’une énergie assez rapidement renouvelable, aspect qui serait valorisé dans ma proposition d’analyse informationnelle de la valeur…

      La fabrication de vêtements à partir de fibres végétales élimine une étape supplémentaire de transformation de l’énergie solaire :
      Energie solaire => Végétaux => énergie pour animaux=> fibres animales => vêtements pour l’homme

      Energie solaire => Végétaux => fibres végétales => vêtements pour l’homme
      Ce n’est que par des inventions de cette nature que l’esprit humain arrive à réduire un tout petit peu la vitesse d’augmentation de l’entropie de son environnement accroissement de l’entropie sans laquelle sa propre organisation cessera de fonctionner…

      Pour répondre à nouveau à votre question, pour pouvoir exercer son enthousiasme à entreprendre quelque chose l’être humain a tout de même besoin d’emprunter de l’énergie à son environnement, enfermé dans un local l’isolant de son environnement, lui interdisant tout accès à une source d’énergie externe, l’être humain, comme tout organisme vivant, évoluera très rapidement vers son état d’entropie maximale : la décomposition de son corps par le processus de mort.

      Notons aussi que plus l’être humain exercera son enthousiasme à entreprendre quelque chose pour assurer sa survie dans des conditions confortables (l’inconfort étant en effet source de dégradation interne de l’organisme humain…), plus il devra utiliser d’énergie, or toute utilisation d’énergie ne peut se faire qu’au prix d’une dégradation de la qualité de cette énergie (c’est cela qu’on appelle au sens strict accroissement de l’entropie.) Plus nous construisons des systèmes complexes pour nous assurer notre intégrité en tant qu’organisme vivant, plus nous accroissons la vitesse d’augmentation de l’entropie de notre environnement.

      PS: notons que tous les êtres vivants par leur système de préservation de leur propre organisme participent plus ou moins directement au réchauffement planétaire bien que l’homme par sa capacité à inventer des systèmes complexes soit particulièrement un « mauvais élève » dans ce domaine. D’autres animaux construisant des systèmes complexes d’autoprotection de leur intégrité en tant qu’organismes ont aussi un rôle relativement important dans l’augmentation de l’entropie de l’environnement, par exemple la construction de barrages par les castors crée des lacs qui accélèrent la dégradation des végétaux enfouillis sous l’eau, dégradation qui produit du méthane, gaz à effet de serre… Nous faisons de même en construisant des lacs de barrage pour produire de l’électricité, soit disant énergie propre, ou pour conserver de l’eau pour l’arrosage des cultures…

  2. Votre théorie se trouve exprimée plus ou moins, dans Alphaville, de J L Godard. La nécessité pour la technostructure ou oligarchie, de réduire l’incertitude, est le motif de son action.

  3. Votre théorie est excellente!
    Merci à vous, il fut fort agréable de sentir jusqu’au bout mes neurones vibrer.

    Je crois à présent comprendre autrement pourquoi chaque bouleversement de nos modes de vie se drape d’évidences sécuritaires.
    Le désir mais surtout LA PEUR sont les mamelles de notre matrice économique.
    Vous conviendrez du caractère exosomatique de nos appareils productifs totalitaires.
    D’un point de vue social, la complexion anxiogène de notre matrice économique ne lui permet-elle pas de fonctionner comme un « système clos »?
    D’un point de vue terrien, notre système est pourtant bien ouvert, et toute la férocité d’un complexe militaro-industriel lancé à contre-courant du flux fossile d’énergie globalisée ne saurait déconfire l’entropie.

    En attendant, je n’ai pas de GPS car je lui préfère mon sens de l’orientation.

    En attendant, je n’ai toujours pas trouvé de but à l’externalisation de notre mémoire par internet, mais beaucoup de plaisir à vous avoir lu.

    1. Merci Pipas, pour ce message très sympathique à l’égar de mon texte.

      Vous dites également:
      « D’un point de vue social, la complexion anxiogène de notre matrice économique ne lui permet-elle pas de fonctionner comme un « système clos »? »

      For heureusement notre matrice économique ne fonctionne pas comme un univers clos, organisme nébuléux constitué de milions d’organismes (de tailles fort diversses allant de grands groupe industriel ou commerciaux privés, de grands ensembles appartenant au domaine public, petites et moyennes organisation privées et publiques et de milliard d’individus participants à leur façon à ce gigantesque organisme que vous appelez matrice économique à juste titre. ce macro organisme nébuleux qu’est monte matrice économique a donc lui aussi besoin de trouver de l’énérgie pour maintenir son intégrité, il suffit de voir combien il périclite quand il subit des baisses d’approvisionnement en énergie, alimentaire ou pétrolière… Je vous laisse continuer cette idée…

      « D’un point de vue terrien, notre système est pourtant bien ouvert, et toute la férocité d’un complexe militaro-industriel lancé à contre-courant du flux fossile d’énergie globalisée ne saurait déconfire l’entropie. »

      Là il est evident qu’aucune puissance politico industrielle et financière ne saurait enrayer l’accroissement de l’entropie tout au contraire il ne fait qu’en accélerer l’accroissement.

      Buckminster Fuller dont j’ai parlé dans un autre fils de discussio en liaison avec l’homage à Benoit Mandelbrot, était persuadé que seule une poursuite des recherches scientifiques et technologiques non orientées vers les dépenses liées aux armement militaires pourrait sinon inverser le sens de l’entropie en ralentir l’accroissement par des stratégies faisant plus avec moins voir son excellent livre bien que daté par ses références à certainnes idées appartenant définitivement au passé (« Utopia or Oblivion » NY 1970) (l’utopie ou l’oubli [de la civilisation humaine…])
      CE Crédo, lui même utopique, en l’utopie TECNO SCIENTIFIQUE reste à lire bien entendu avec un grain de sel; maisBuckminster fuller y aborde tout de même avec clarté le thème de la folie humaine des politiques de recherches soutenues par des complexes militaro industriels et financiers au lieu d’être portées par des idées d’amélioration de la condition de vie de tous les hommes sur la terre, dont l’auteur est persuadé qu’elle est possible justement si on utilise les savoirs scientifiques et technologiques accumulés au cours des siècles et millénaires et qu’on continue de les constuire dans l’avenir mais à des fins non militaro industrielles… Belle utopie non?.

    2. recherche et développement donc, dans un but non militaro-industriel …mais aussi pas de brevet sur le vivant …pas de recherches organisées au sein d’une grande firme privée …pas de business sur les molécules …pas de lobbies faisant pression …
      bref, le contraire du chemin pris par les oligarchies …

      plutôt une ex-exception française, non ? …
      en tout cas, à l’opposé du chemin pris par l’UESA !…

      Oui pour cette idée !
      Les peuples désabrutis par l’évitement des medias complaisants, et refaisant acte de citoyenneté, pourraient bien accompagner, surveiller et renforcer cette vision de la Vie…

      Il est nécessaire d’y croire.

  4. le nouveau soviet suprême cad l’UE veut encore enfoncer plus la Grèce..à jouer avec le feu ils vont finir par tout perdre …

    Grèce : de nouvelles mesures d’austérité peut-être nécessaires

    lundi 18 octobre 2010, 21:59
    La Grèce pourrait devoir prendre de nouvelles mesures d’austérité budgétaire pour tenir les objectifs de déficit affichés pour 2011, a indiqué lundi le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn.

  5. le monde devient fou plus rien n’a encore le moindre lien avec la réalité
    cela va mal finir…tôt ou tard

    La Bourse de New York a fini en hausse lundi, les investisseurs écartant les indicateurs médiocres au profit de résultats meilleurs qu’attendu, comme ceux de Citigroup qui ont entraîné un rebond des valeurs bancaires : le Dow Jones a gagné 0,73 % et le Nasdaq 0,48 %.

    1. Peut être le léger mieux avant le dernier rictus, soubresaut………..souffle lét; Surtout pas de crainte ni de peine, dans la joie, cet irréel devra être emporté.
      Bonne nuit à tous et bonne manif.

  6. Bonsoir !

    Très instructif Mr P. TREHIN.
    Cependant, pour ce qui concerne votre dernier paragraphe, j’ai un problème… relatif à mon vécu.
    Il concerne un produit ( en l’occurrence POWERPOINT), qui , au poste que j’occupais, était censé permettre à moi et mes collaborateurs, de bien comprendre les interactions entre les différents services, le process….et donc de réduire les incertitudes de tous.
    Nous disposions à l’époque, d’un environnement industriel, qui était mal connu de l’ensemble des responsables d’unités, des chefs d’équipes…. Peu de services se parlaient entre eux, etc…
    Un jour, on nous a convoqué pour une réunion …Et on nous a présenté quelque chose qui ressemble étrangement au lien qui suit ( Voir le 1 er schéma). Je vous laisse imaginer les réactions de certains de mes collaborateurs, à la pause… et au déjeuner.
    Certes, la présentation est importante…. mais… nous sommes restés sur notre fin.
    L’ après midi, les paupières furent lourdes ( sans doute que XENIA, notre marchande de sable, s’était invitée d’elle- même… Notre planche de salut ???? Je ne le saurai jamais .
    Quoiqu’il en soit, 10 jours plus tard, une soirée organisée spontanément par l’entremise de 4 responsables d’unités, a eu pour conséquence, la naissance de dialogues entre services, et , au bout de 5/6 mois, une efficacité significativement accrue . Sans doute que les outils de la soirée spontanée ( merguez, boissons alcoolisées, toasts…) ont eu un rôle déterminant…

    Dès lors, je m’interroge , comme vous, sur la valeur à accorder à certains outils/ services, et sur leurs capacités à réduire l’incertitude, par une augmentation du niveau d’information de ma personne, face à un environnement plus ou moins amical,,,,?
    Qui plus est , je m’interroge sur les outils utilisés par certains de nos politiques, lobbyistes, conseillers, consultants…dans le cadre de leurs fonctions, missions, objectifs….? Je suis dubitatif.

    PS: Je vous invite à agrandir et observer le powerpoint, relatif à l’isaf – Afghanistan présenté au Gal Mc CHrystal, alors commandant des forces américaines en afghanistan, lors d’une des réunions sur le thème de la contre insurrection. Devant le schéma de la modélisation de l’insurrection afghane, totalement illisible de mon point de vue, le Général aurait eu une réaction lapidaire :  » Messieurs! Lorsque nous aurons compris ce schéma, nous aurons gagné la guerre! ».

    Voici le lien :
    http://www.liberee-du-carcan.com/2010/05/le-bol-de-spaghetti/

    Bonne soirée .

    1. Merci pour cette excellent vidéo à propos de ce qu’il ne faut surtout pas faire avec des outils comme PowerPoint. Comme je l’ai indiqué dans mon texte, la réduction d’incertitude d’un outil dépend de l’univers cognitif de la personne qui veut se procurer cet outil PowerPoint peut apporter soit de l’information, c’est à dire réduire l’incertitude des personnes qui écoutent et voient une présentation soit créer du bruit (toujours au sens de la théorie des communications), c’est à dire accroitre l’incertitude des récepteurs de la présentation…

      En fait on entend souvent l’expression « être envahi d’informations » alors qu’en réalité nous sommes envahis au mieux de données, dont la plupart ne sont pas pertinentes pour nous en tous cas et donc ne constituent en rien de l’information pour nous. Parfois ce que nous recevons peut être considéré même comme encore moins que des données mais purement et simplement: comme du bruit sur la ligne…

      Les exemples donnés dans la vidéo illustrent bien l’écart qui existe entre la vraie information et l’affichage de données brutes ou même de bruit… Combien de spécialistes de PowerPoint s’amusent-ils plus à rechercher des effet visuels qu’à essayer de réellement faire comprendre un message à leur audience? Dans la plupart des cas, ces effets visuels servent de distracteurs de l’attention du pulic. Notez qu’on a souvent cela en publicité aussi: on se rappelle d’une pub qu’on a trouvé marrante mais de quel produit ou même marque s’agissait-il?, je me fais ici l’avocat du diable juste pour montrer à quel point on pert trop souvent de vue le but d’un effort de communication. On peut généraliser cela avec des produits dont j’ai essayé de proposer qu’ils pourraient avoir un contenu informationnel, c’est à dire réduire l’incertitude de leurs utilisateurs; petit exemple: en dehors de discussions comme celle ci, je suis passioné de photo et même assez expérimenté… Combien d’appareils de photos numériques, loin de réduire l’incertitude de l’utilisateur en l’aidant à prendre des photos réussies sans trop d’incertitudes, proposent tellement de fonctions et une ergonomie tellement mal conçue qu’on appuie sur un des boutons de réglage spécial sans s’en apercevoir et qu’on rate par la suite un paquet de photos…

      Je suis sur que vous trouverez vous même des masses d’exemples de produits dont la capacité à réduire l’incertitude des utilisateurs est pire que défaillante… J’appelle ça ces produits à faire du bruit…

      Fabriquer des produits ayant un fort contenu informationnel exige que les concepteurs arrivent à vraiment comprendre ce qui peu rendre la vie plus facile aux futurs utilisateurs et sans doute à concevoir une gamme de produits pour tenir compte du fait que ce qui rend la vie plus facile à un groupe d’utilisateurs ne sera d’aucune utilité pour un autre groupe. Mais cela aussi c’est la recherche d’une véritable information sur les besoins des futurs utilisateurs…

  7. Intéressante grille d’analyse sociologique des comportements.
    Les ressorts de l’action humaine n’ont pas changé depuis le paléolithique, les sentiments humains non plus, même si la culture peut parfois aider à les relativiser.
    Il y a d’autres moteurs d’action que la recherche de la diminution de l’incertitude, notamment la libido et l’égo, mais c’est d’une portée sans doute assez limitée en économie.
    Si l’entropie augmente avec la diminution des ressources accessibles, la concurrence avec l’augmentation de la population etc, il y a des facteurs contraires difficile à mesurer comme l’expérience personnelle et globale et l’augmentation des connaissances scientifiques via la communication. Pour ce qui me vient à l’esprit sur l’instant.

    1. @ libido

      Je n’ai pas dit que la lutte contre l’incertitude pouvait tout expliquer des comportements mais probablement en expliquer un bon nombre.

      La libido prise dans un contexte évolutionniste est un facteur de motivation à la reproduction de l’espèce, même si cet aspect est souvent oublié ou ignoré afin d’être « politiquement correct » dans le cas de êtres humains. Or la reproduction de l’espèce est la plus forte réduction de l’incertitude dont les membres d’une espèce peuvent disposer au niveau organique pur. On peut noter que dans le règne animal même en dehors des humains et même dans le monde végétal les espèces ont développé des tactiques et même des stratégies de séduction souvent au prix de dépenses énergétiques considérables parfois même au prix de comportements non simplement liés à l’apparence génétiquement transmise, comme c’est la cas pour certains plumages ou des fleurs voulant attirer les insectes polinisateurs… Je vous recommande d’aller voir le détour de « production » qu’emploie un oiseau comme l’Oiseau Berceau (Bower Bird) qui construit un faux nid en forme de « berceau » et le décore de coquillages ou d’autres objets aux couleurs vives, juste pour attirer sa partenaire.
      http://www.youtube.com/watch?v=GPbWJPsBPdA
      Dans la nature
      Mais aussi en se servant de couleurs volées aux humains en effet certaines espèces ont ne préférence pour la couleur bleue et dans ce cas c’est n’importe quel objet bleu qui servira à la décoration.
      http://www.youtube.com/watch?v=tJ32_ijdmLo
      Dans certains cas le male utilise des brins de paille ordinaire jaune et va chercher des baies qu’il écrase avec son bec pour colorier en bleu les brins de paille…

      Pour revenir à l’humain, la recherche du plaisir est souvent un moyen de réduire psychologiquement sa propre incertitude dans un environnement hostile ou face à un événement terrible. Comportement illustré dans les Pensées de Pascal « Tel Père qui ce matin pleurait le décès de sa fille chérie plaisante et s’amuse à la chasse cet après-midi. » Cela ne résoudra rien mais permet de résister à la détresse et au désespoir et ses conséquences accroissant son entropie personnelle…
      Le jeu pourrait sembler peu réducteur d’incertitude, il est pourtant chez les enfants est souvent un exercice les préparant à des activités d’adultes mieux contrôlées, c’est le cas dans les jeux de très nombreux animaux. Chez les adultes il peut remplir la fonction qu’illustrait Pascal dans ses pensées. Il en va de même pour la recherche de nourritures dépassant largement le besoin strictement nutritif pour aller vers des mets succulents.
      Dès le Paléolithique une recherche d’esthétique sans utilité apparente autre que la beauté des pierres apparaît : de nombreuses pierres taillées l’ont été de manière parfaitement symétrique, d’une manière non utilitariste directe, ou en utilisant sciemment des minéraux colorés de marbrures (Jaspe ou Obsidienne) ou naturellement décorées d’un fossile de coquillage (Voir Michel Lorblanchet : « La naissance de l’art » éditions errance, Paris 1999) Le plaisir visuel, auditif, gustatif etc. devaient aussi apporter une valeur par exemple de notoriété au sein du clan, notoriété garantissant un moindre risque vis-à-vis des agressions des autres membres du clan. Bon, on pourrait élucubrer sans fin sur ce thème…

      Dans les exemples concrets que j’ai donné de valeur informationnelle d’un objet on peut se rendre compte que pour un individu particulier, un objet va avoir une valeur plus important si cet objet lui permet de réduire son incertitude dans son environnement présent ou dans l’environnement futur qu’il peut envisager. En économie on parle d’horizon économique.

      Ce dont vous parlez dans votre dernier paragraphe c’est la diversité des motivations des agents économiques, diversité très mal prise en compte par les modèles mathématiques actuellement utilisés pour faire des prédictions économiques dont nous avons tous vu le peu de fiabilité… Justement parce que ces modèles ne savent pas prendre en compte la diversité des motivations. Voir à ce sujet le Livre de George Akerlof: « Les esprits animaux » criticant ces modèles par trop mécaniscistes des économistes mathématiciens…

  8. Point de vue certes riche

    Il me semble toutefois (but…)
    que le cas des objets est devenu minoritaire dans notre existence prothétique
    Et que nous recherchons :
    – Soit des objets qui ont une performance quasi auto-référencée (Stradivarius, tous les artisans dans une certaines mesure)
    – Soit des « systèmes associés » dans lesquels le jeu « valeur/valeur d’information/protection par réduction de l’incertitude » a déjà été renormalisé une fois ou N fois.
    Comme décririez vous mon achat d’un livre (De Jorion ou de Rabelais) ? Mon achat d’un billet de musée ? d’une méthode de langue étrangère ?
    Peut être avez vous simplifié votre propos (je ne connais pas vos oeuvres) , vous nous avez épargné cette complexité supplémentaire qui se tisse dans toutes nos prothèses informationnelles, et que j’ai appelé pour faire court renormalisation, et qu’on retrouve mutatis mutandis en physique, un peu par le choix des bonnes « quasi-particules » qui décrivent des excitations élémentaires d’un système comme combinaison collective des degrés de libertés élémentaires (les paires de Cooper dans les supraconducteurs par exemple), ou qui décrivent une partie en-tant-qu’-elle -interagit-avec-le-reste.

    Tout ceci pour dire qu’il me semble que votre proposition n’a peut être pas vocation à être une clé de tout, mais à être composée avec une série de concepts (dont ceux qui montrent les singularités dans les systèmes d’information, les défauts (qu’il faut), les sublimations, tout ce qui dans plusieurs approches philosophiques, porte au-delà du niveau de base des informations)

  9. Ah oui, et j’oubliais, Brillouin, Léon Brillouin , son nom prend un « u ».
    Vous l’avez privé de ce magnifique « u » dont le code ASCII ‘01010101’ en fait la seule lettre dont la répétition uuuuuuuuuuuuu ne provoquait sur les fils des RS232 qu’une bonne vieille note « monofréquence » (aux harmoniques près) presque sans information.

  10. L’information peut a son tour generer de l’entropie de par l’influence qu’elle diffuse sur l’extérieur. L’infoemation peut donc aussi consister a :

    1) faire baisser l’entropie
    2) maintenir l’entropie
    3) augmenter l’entropie

    Par entropie, je pointe la notion de désordre

  11. Certes les concepts d’entropie/énergie sont incontournables, il n’existe pas de systémes qui puissent globalement y échapper avec le temps; et bien entendu se profile dérriere l’entropie la question de l’information que Boltzmann pérçu tres tot. Deux remarques en forme de question:
    1) Prigogine a développé les concepts de réversibilité/ instabilité; sont t’ils adaptables à votre thése anthropo/entropique ?
    2) . Si l’on considére notre planète d’un point de vue énergétique; elle ne constitue, loin s’en faut un systéme clos, il faut au moins considérer les rayonnements reçus, ceux qu’elle émet; et dans une certaine mesure ceux liés à l’activité neuronale, toutes espéces confondues. La réserve de carburant pour notre planète, fossile ou dynamique, a une origine solaire depuis 4 milliards d’années en gros. Il semblerait que du point de vue de l’énergie/entropie on ait encore des marges de manoeuvre ? ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’autres risques de déséquilibre plus graves que cela

  12. Le fonctionnement du marché vise à faciliter la gestion de la dette des entreprises, émises le plus simplement sous forme d’une action. Le fait que les organismes gérant la dette se soit hypertrophiés n’améliore en rien la finalité recherché.

    De même obtenir une baguette de pain à l’aide d’un moyen de paiement électronique sophistiqué n’augmente guère la nourriture disponible.

    Bon courage.

  13. Vous voyez l’entropie comme un desordre,alors qu’il s’agit du plus parfait des mecanismes de vie,naissance et renaissance sont les cadeaux supremes de la vie!

  14. Bonjour,

    Merci beaucoup pour cette présentation de votre théorie. Je suis curieux d’en connaitre les détails (un prochain billet peut-être)

    Question : D’après vous, existe-t-il un seuil critique à partir duquel un trop plein d’information (I.E trop de détour de production) peuvent finalement conduire à plus d’entropie ?
    Je veux dire par là que, de la somme de ces détours résulterait une valeur négative, alors qu’individuellement chacun de ces détours accroitrait positivement la valeur.

    En gros : Un trop plein d’information peut-il augmenter l’incertitude au lieu de la réduire ?

  15. Il y’a un problème à considérer l’entropie comme fonction inverse de l’information :

    Plus un système est en désordre et donc plus il faut d’éléments pour le décrire de façon non statistiques, plus il est riche d’information.

    Ex: 1,2,3,4 …. peut être décrit par {1,>} soit très peu d’informations, alors que 12,59,8877,654, … nécessite autant d’informations que de caractères, le désorde maximal est ici le plus riche en information et c’est toujours vrai.

    1. Je vous plusse à font Otto,
      et j’ajoute que l’entropie n’est pas la règle ultime.
      Déclarer que la « nature » va toujours vers l’entropie c’est à dire le chaos est un raisonnement en cul de sac.
      Que se passe-t-il quand le système solaire est retourné à la poussière ?
      La gravité se pointe et réorganise le tout en nouvelle étoile et cortège palnétaire.
      (description basée sur les thèses actuelles probablement révisables).
      Autrement dit nous constatons une entropie locale momentanée V/S réorganisation ailleurs ou même concomittante; ce n’est qu’une fonction du temps écoulé…
      De même en biologie la décomposition entropique d’un organisme précède sa réorganisation en asticots, mouches poissons et pêcheurs…ad lib.
      Cher observateur soyez patient comme un brahmane et sur des millions d’années vous constaterez que l’entropie est un leurre.
      Dire que l’essentiel de la recherche d’information vise pour l’homme essentiellement à « sécuriser » son vécu demeure une règle universelle.
      En suivant ce blog nous ne faisons pas autre chose….

    2. Ce que vous dites me parait juste, en effet:
      Le deuxieme principe stipule qu’un systéme isolé, ne peut évoluer spontanément vers un état moins probable que le précédant, le sens d’évolution de l’entropie en est temporellement précisé: elle augmente dans le temps avec les probabilites d’état; ce qui traduit une augmentation d’informations disponibles ou a extraire du système envisagé.
      Il me semble que l’entropie thermodynamique et celle de l’information ont un formalisme mathématique commun qui les assimilent à un Log de probabilités;(Botzmann, Shannon) et que le concept de système isolé limite fortement une stricte évolution entropique .( si j’ai bien compris) .
      La généralisation de l’entropie est t’elle possible sans restrictions à des systemes ouverts? je n’en sait rien; mais je sais que cela pose de sérieux problèmes en cosmologie; on peut difficilement parler de l’entropie de l’univers si il n’est pas clos.
      Pour revenir au billet et à une sorte d’entropie anthropologiquement attachée à notre planète, je suis en demande d’éclairage pour circonscrire le sujet à un principe d’origine thermodynamique, celui du 2eme principe; faute de quoi cela pourrait devenir une forme d’amalgame .

    3. Je suis d’accord vous M Laget, et si je peux me permettre d’apporter un complément.

      La notion d’entropie anthropologiquement attachée à la planète m’apparaît comme un abus de langage et un constat de prédominance de l’homme dans l’augmentation de l’entropie sur Terre sur la période récente.

      Il est vrai que si on raisonne aux échelles de temps géologiques, l’action de l’homme apparaît non significative et donc que ce lien homme-entropie-planète est temporellement circonscrit parce que dans quelques centaines ans l’agitation humaine ne devrait pas être plus importante qu’avant la révolution industrielle c’est à dire négligeable.

      Mais il est vrai aussi que notre impact actuel même s’il restera de courte durée a atteint le même ordre de grandeur que l’action des forces de la nature. Songez par exemple que la quantité de matériaux déplacés par l’humanité est supérieure à l’érosion, ou que l’espèce humaine capte plus de 50% de biomasse produite sur Terre, ou qu’il lui faudra quelques centaines d’années seulement pour consommer la quantité d’énergie accumulée en plusieurs centaines de millions d’années.

      Et ce qui nous importe avant tout, c’est notre devenir à nous et descendants les plus proches parce que nous devrons gérer ce problème ou plus précisément vivre la conséquence de ce problème qui est le passage obligatoire de la situation A (la nôtre) qui n’est pas viable à la situation B viable mais que nous ne connaîtrons peut-être même pas car trop lointaine pour nous.

      C’est là que la prise en compte de l’entropie est nécessaire, car pour pouvoir négocier un virage serré à grande vitesse il fait connaître la courbure du virage et l’état de la chaussée.

    4. @Epapel :

      Vous en avez oublié .

      Il faut aussi connaitre le dévers de la chaussée , l’état du véhicule ( pneus , amortisseurs, chargement … en particulier) , l’état du conducteur , le code de la route …. et la valeur du champs de gravité .

  16. Les « outils pour penser » par lesquelles nous imaginons l’avenir sous une forme stable nous rassurent . Curieusement, ces modèles ne semblent pas nombreux ; nous avons la forme cyclique, – « l’éternel retour » – l’exponentielle « toujours plus » – et la loi de la variété nécessaire, « il faut de tout pour faire un monde ». En voyez-vous d’autres qui ne puissent être réduites à ces trois formes ?

    1. Deux matheux physiciens avancent depuis quelques semaines que l’on peut rendre compte des phénomènes physiques et cosmologiques en posant que la variable temps n’est pas infinie ou éternelle . Ce qui est , au delà de la nécessité de concevoir le système dont on parle, pour le qualifier ( bonjour à Bernard Laget ) , leur permet de démontrer que cette hypothèse mathématique permet de prévoir la fin du « temps » dans 3,5 milliards d’années .

      Cette incertitude n’a pas l’air de faire trop peur , sans doute parce que , ainsi que je l’ai déjà cité  » la mort comme le soleil ne peut se regarder en face  » .

      Jacques Attali , dans l’un des ces derniers billets , vient lui aussi de mettre en exergue la peur de la mort comme moteur du  » mouvement » , de la  » dynamique » ( il a ôté le thermo ) , du  » progrès « .
      Je ne lui ai pas donné raison en mettant la peur de  » souffrir » en postulat premier . Sans doute l’influence ( et mon appétance) de mes lectures d’auteurs russes et Dostoïevsky pour le premier .

      Reste à définir cette « évidence » qu’est la souffrance , également étrange à la joie et au plaisr .

      Pour l’heure , je souffre de n’être pas encore tout à fait clair dans ma tête entre la vision d’Attali et la mienne .

      Car je continue à m’identifier à :  » survivre ( donc la mort et la « liberté » , pas loin ) ET vivre le plus longtemps ( la mort toujours ) possible , avec le plus grand nombre possible ( égalité , fratenité ) , dans les meilleurs conditions psychiques et matérielles possible ( ne pas souffrir ) . »

      J’avais aussi un peu de consolation  » à imaginer que mes atomes constitutifs ( ou plus petit et plus étrange) même rendus au propriétaire , continueraient à se balader dans l’univers comme ils le font depuis plus de 14 milliards d’années , via les asticots ou autre chose . L’étude signalée vient de donner un coup à ce plaisr posthume . Mais après tout je ne me souviens pas bien de la situtaion antérieure au big bang , alors pourquoi s’inquièter ?

      Dans beaucoup des 6000 langues ou dialectes qui courent le monde, les sons rendant compte de la  » chaleur » et du « plaisir » , se confondent .

      Si l’entropie nous promet plus de chaleur , donc de joie , tout devient une question de règlage et de cuisson  » à feu doux  » .

      On cherche un Socrate pour règler la flamme du gaz et le  » possible » .

    2. @juan

      je pose la question sérieusement – laissez Attali de côté (:- – : avons-nous autre chose que ces trois cubes( formes mentales) pour penser un avenir stable et donc projeter une forme de société stable au travers d’une composition raisonnée de ces trois modalités ?

      A+

       » le feu se repose en changeant » – un présocratique-

    3. Je ne cherchais pas trop à en avoir plus d’une qui jusqu »à hier matin ( avant la fin du « temps » ) était l’espérance d’un univers en expansion , en excluant les deux autres que vous citez ( la troisième étant la moins accessible pour moi ) .

      Elle suffisait à mon bonheur et voilà qu’on m’inquiète. Enfin pas trop .

      C’est dit . Pour moi j’en reste à l’expansion .

      La nature bonne mère , m’ôtera la conscience avant que j’angoisse trop sur la nécessité de résoudre mes problèmes .

      Je n’aime pas trop votre présocratique .

  17. J’apprécie ce billet.

    Voici la manière dont je vois la chose:

    Energie : il n’y a d’énergie que dans la matière structurée par de l’information.
    Matière : il n’y a de matière que par une information ordonnée maintenue par de l’énergie.
    Information : il n’y a d’information que sur un support matériel maintenu par de l’énergie.
    L’espace-temps est le cadre propre à l’organisation de l’information.
    Il n’existe pas séparément d’énergie, de matière ou d’information*.

    L’entropie est une caractéristique de l’énergie lorsque l’information se déstructure.
    La néguentropie est une caractéristique de la matière lorsque l’information se structure.
    La peur est une alerte provoquée par un dysfonctionnement énergétique sur un existant ayant atteint un seuil d’information suffisamment structuré.

    *traduit en termes mystico-religieux , dans le même ordre et la même logique, il n’y a pas de séparation âme, corps, esprit…

    1. Philosophiquement, la seule véritable question est: qu’est-ce qui fait se structurer et se déstructurer l’information?
      Réponse: la vie et la mort….

  18. La vision qui semble se dégager de ce billet est qu’il y a d’abord des systèmes fermés confrontés à des problèmes d’incertitude, relatifs à des environnements extérieurs. J’adhère aux idées de détour de production, d’échanges, et de partage du travail dans le groupe. Mais ce qu’il manque à l’analyse c’est l’idée de co-naissance et de paradigme. Le paradigme choisi ici c’est celui de l’individu ou des groupes d’individus face à un monde hostile. Mais ce caractère hostile est-il fatal ? N’est-ce pas le regard que nous portons sur l’environnement lui-même qui doit changer ?

    A la notion d’environnement ne peut-on substituer celle de milieu ? Comme l’écologie nous l’enseigne les êtres et leurs milieux ne font qu’un. Mieux, plus grande est la diversité des êtres, plus sont grandes les chances du survie. D’autre part, le milieu lui-même n’est pas une réalité donnée une fois pour toutes. Avec la co-naissance, qu’elle soit scientifique ou humaine, le milieu peut se comprendre et s’appréhender de nouvelle façon. Timotia parlait plus haut de milieu technique associé. Cela va dans ce sens. Les innovations politiques et sociales participent également de cette transformation du milieu. C’est plus l’idée que l’humain se fait de sa relation à l’univers et à la société qui me semble déterminante quant à ses chances de survie que l’idée qu’il y aurait des dangers locaux à affronter au cas par cas. Un peu comme celui qui face au désordre monétaire achète de l’or croyant réduire son incertitude mais ne voit pas que c’est le système et son milieu qui sont à revoir.

    Autrement dit l’entropie est une notion toute relative. On peut la quantifier dans un univers circonscrit dans le temps et l’espace, mais au delà ce qui était perçu comme de l’entropie devient un milieu. Il y a eu un saut qualitatif.

    Bref, je serais plus d’avis de suivre Lavoisier : Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

    Et dernière question : l’univers est-il un système fermé ou un système ouvert ?
    Faisons nous corps avec l’univers, ou n’en sommes nous qu’un grumeau de la soupe primitive ?

    1. Entièrement d’accord avec cette analyse que je me permet de compléter en essayant un début de réponse aux question posées.

      Le caractère hostile du monde extérieur dans la vision humaine est bien la fatalité qu’il faut retourner mais elle est très difficile à combattre. Pour en prendre un de ses derniers avatars : dès que quelques voix s’élèvent pour protéger ou améliorer la relation à l’environnement, d’autres voix mais plus puissantes dénoncent une tentative contre l’homme et rappellent à quel point la nature est dure.

      Effectivement la notion de milieu est plus pertinente et plus puissante car elle exprime notre appartenance à la nature alors que celle d’environnement est une manière implicite de la garder à distance quand bien même la vision serait respectueuse.

      L’entropie est par définition relative et ce qu’on mesure c’est sa variation. Et comme vous le dites si bien elle peut être réévaluée à l’aune de nos connaissances et de nos technologies : par exemple si nous avions accès à une source d’énergie « infinie » et « non polluante » un certain nombre de problèmes actuels pourraient être résolus (les guillemets pour signifier que dans l’absolu ça n’existe pas mais qu’on a repoussé les limites suffisamment loin pour ne pas avoir à s’en préoccuper avant très longtemps)

      Je pense qu’il est impossible de savoir si l’univers est ouvert ou fermé, le fait est que nous ne le savons pas. Mais ça n’a pas une très grande importance à notre échelle de temps et d’espace, du moins au delà de notre galaxie qui nous expose au pire à l’explosion d’une supernovae, puis du système solaire qui nous expose à l’impact d’une météorite, tandis qu’au quotidien ce qui compte fondamentalement c’est le rayonnement solaire, l’interaction lunaire et se qui se passe sur et sous terre.

      Dans cette perspective, j’aurai tendance à dire que :
      – aux grandes échelles nous faisons corps avec l’univers puisque nous subissons son expansion et que nous recevons son rayonnement depuis des distances de plus en plus grandes, d’une certaine façon l’astronome fait corps avec l’univers qu’il observe
      – à notre échelle de temps et d’espace, l’interaction est somme toute négligeable et donc tout se passe en pratique comme si nous étions un grumeau (à l’exception notable de la supernovae ou de la météorite qui viendrait perturber l’apéro)

    2. Oui, merci de prolonger la réflexion, Pierre-Yves D. (lecteur de Stiegler si je ne m’abuse…j’ai sauté sur son dernier opuscule…)

      Dans ma pensée, je m’arrêtais quelque part entre mes petites molécules à moi et le vaste univers. Un peu comme Mandelbrot qui n’était pas dupe que les fractales ont une « coupure » aux petites et grandes dimensions.
      Le système associé dont il me semble devoir tenir compte pour « renormaliser le discours de Paul Tréhin » est en bas de chez nous, plutôt que dans la galaxie d’à côté.

      Quantitatifs ? En gros un facteur 1000 ou 10000 de différence
      (p ex 1 homme= 70 kg, une maison = 70 tonnes à 700 tonnes suivant la taille du jardinet (le shrubbery » des Monthy Python me revient en mémoire..), pour être très concret. Puis 100 ou 1000 maisons font un quartier. Mais aussi côté information : j’échange avec 10 administrations dans le mois , ou dans mon job, j’échange avec 3 à 100 personnes…)

      Qualitatif ?
      Il me semble aussi que certains concepts qui trainent ont le potentiel pour développer cette idée , je pense à la pollinisaton chère à Moulier-Boutang par exemple…
      Je dois enfin dire que je rêve toujours d’une version « populaire » de Stiegler, qui ferait fi des jargons derridiens/freudiens/Nietzschéens (fort bien utilisés, mais pas racontables à sa concierge)… L’intérêt de ce blog est au passage de fournir la palette autour du « Jorion pur » (l’Aristotélicien en gros) jusqu’à des versions « locales » non moins émoustillantes (VB, zébu, Grégory) en passant par des demi-ovnis (PSJ)…

  19. Monsieur Tréhin,
    Autant je comprends et approuve votre comparaison entre thermodynamique et économie (que j’avais déjà trouvée dans « La figure de Fraser » de Jacques Attali il y a plus d’un quart de siècle), autant j’ai du mal à saisir l’utilité économique de votre référence à la théorie de l’information.
    Pourriez vous préciser en quoi votre point de vue apporte un plus par rapport au tout simple et philosophique « accroitre sa puissance d’exister » qui suffit selon moi à décrire comment une société ou un individu ne vont jamais bien (on va mieux ou on va mal, mais bien, jamais) ?

    1. Je ne prétends pas répondre à la place de M Tréhin en essayant d’apporter mon point de vue.

      La théorie de l’information obéit aux même lois que la thermodynamique car il y a une équivalence entre la dégradation de l’information et l’augmentation de l’entropie.

      Notre civilisation est dominé par l’économie, le « chef d’orchestre » de l’économie (marchés et finance) n’est jamais qu’un système de traitement de l’information, les acteurs de base l’économie font constamment référence à l’information du système (signes monétaires, valeur des objets, coût du travail, etc..).

      Les transformations matérielles de l’activité économique génèrent de l’entropie, mais cette donnée n’est pas prise en compte dans le système de traitement de l’information économique, il ne rend compte au mieux que de l’entropie interne au système mais pas nécessairement suivant la théorie de l’information puisque cet aspect n’a jamais été modélisé dans l’économie.

      Le but est donc de rendre compte correctement de l’entropie générée par le système « espèce humaine » sur l’environnement global dans le système économique grâce à la théorie de l’information.

    2. @ Renard

      Au lieu de lire Attali, vous auriez du lire Nicholas Georgescu Rogen, « L’économie et la loi de l’entropie », 1971, seulement en anglais, à cause de celui dont vous avez lu les écrits et qui, lui, avait lu ceux de NGR.

  20. Sur le fond de l’article , je suis entièrement d’accord, mais en ce qui concerne l’humanité il n’y a pas besoin d’une théorie nouvelle pour qu’elle maîtrise son entropie. Il suffit simplement qu’elle passe au passif de son bilan l’augmentation d’entropie qu’elle génère or ce n’est pas le cas bien au contraire. Il faudrait également que les théories économiques en tiennent compte mais économiste en parle ?

    En effet, l’instrument de mesure qui a été mis en place est le PIB :
    – le PIB est une mesure des flux et du chiffre d’affaire global, plus il est important plus on est présume prospère
    – son principal indicateur est le taux de croissance qu’il convient de maximiser en essayant de ne pas dépasser l’oxymore « croissance durable »

    Mais l’épuisement des stocks de ressources naturelles non renouvelables, la capacité de renouvellement des renouvelables, l’augmentation de la pollution et de la destruction de l’environnement ne sont pris en compte nulle part dans cette comptabilité. Car le processus suivit est globalement celui décrit dans « Le petit prince » de Saint Saint-Exupéry : quand un plat est terminé on passe tout simplement au plat suivant sans se poser de question parce que par hypothèse il y aura toujours un plat suivant.

    De fait le patrimoine naturel n’est pas valorisé ou du moins pas à sa juste valeur, ce n’est pas nécessaire parce que par hypothèse implicite il a été jugé infini dès le départ et sans remise en cause dans les théories économiques, l’action de l’homme sur l’environnement étant supposée négligeable. Le patrimoine artificiel n’est pas valorisé globalement non plus et ce qui est certain c’est qu’il croît nécessairement moins vite que le PIB, si tant est qu’il croît encore car il se dégrade avec l’utilisation et le temps : de fait la croissance ne suffit plus à empêcher l’appauvrissement d’un grande partie de la population dans les pays occidentaux.

    Le paradoxe et la conséquence en sont que :
    – croître plus et plus vite = polluer plus et plus vite (qui est l’augmentation d’entropie dans sa composante création de désordre) + épuiser plus et plus vite (qui est l’augmentation d’entropie dans sa composante destruction d’ordre)
    – l’aspiration naturelle et consciente de l’humanité est de diminuer son entropie interne et de de maximiser son confort mais la contrepartie ignorée du plus grand nombre est l’augmentation sans limite de l’entropie de l’environnement

    Notre organisation actuelle et l’information qu’elle exploite conduisent nécessairement à l’augmentation exponentielle d’entropie de l’environnement de l’espèce humaine, c’est la fameuse croissance qui relève quasiment du dogme. Cette caractéristique appliquée au départ à un problème négligeable le transforme inévitablement et à une échéance peu lointaine – un dizaine de générations – en un problème majeur et insurmontable : 2,5% de croissance (c’est la moyenne constatée mais chacun sait que ce n’est pas assez) pendant 250 ans (c’est pas très long, de fait nous y sommes déjà) ça fait 500 fois plus (qui a conscience que ça fait tant que ça ?), il est impossible que ce miracle se reproduise une seconde fois et il sera bien difficile de faire en sorte que le niveau atteint perdure.

    Il n’y a donc que deux issues possibles :
    1) la transformation complète des rapports entre l’espèce humaine et son environnement
    2) la régression voire la disparition de l’espèce humaine

    Pour que le 1) l’emporte il faut que l’augmentation d’entropie de l’environnement soit prise en compte dans les théories et le calcul économique : ça s’appelle provisions pour dépréciation des stocks et réparation des dégâts, reste à en fixer le bon niveau. Et si cet exercice était fait , nous nous apercevrions que oh surprise notre patrimoine (naturel + artificiel) est en réalité globalement en décroissance depuis 30 ans, et que l’heure des gros ennuis est dans moins d’une génération si la même direction est maintenue.

    Au fond, la crise actuelle n’est pas une simple crise de la finance ou de l’économie de marché, elle n’est qu’un des premiers symptômes perceptibles de l’augmentation de l’entropie interne de la civilisation industrielle, d’autres signes concernant l’entropie de l’environnement déjà été reconnus depuis longtemps : ils s’appellent épuisement des ressources, déforestation massive, désertification, changement climatique, … Le temps est maintenant venu pour qu’ils débordent dans notre assiette.

    Je ne suis pas très optimiste car en France, la tentative timide de prendre en compte l’impact des émissions de CO2 via la taxe carbone a été rejetée massivement par la population alors que le problème est largement admis, et en Chine et aux USA qui en émettent la moité ils ne veulent même pas en entendre parler.

    1. Sur les % de croissance, mollo, (j’aime bien tout ce que vous dites, toutefois)
      Car le contenu change. Le rapport Bruntland faisait remarquer déjà en 1986 ou 1989 que la qté d’énergie par unité manufacturée décroit. Y’a pas que la baisse tendancielle du profit.

      Depuis la nouvelle de la transition démographique mondiale et du « PeakPop » à 10-11 milliards en 2050 en gros, la saturation de plusieurs courbes va apparaitre. Certes des problèmes aussi (les vieilles peaux comme moi, en ce temps futur), mais le coté « logarithmique » de la croissance existe aussi, le 2,5% qui donne son côté exponentiel est en partie un leurre comptable.

      J’ai d’ailleurs tenté de « dénoncé » dans d’autres post que l’histoire de l’augmentation de la productivité me semble un piège de l’esprit.
      Certes on peut processer des données avec EXcel (et heureusement pas qu’avec Excel) très vite très bien et si on est statisticien, woaouh qu’est-de qu’on est + « productif » qu’avant.

      Eh bien « avant », on se serait limité à des stats « intelligentes » fournis par des missi dominici ou autres affidés bien choisis. Idem pour les feuilles de payes des grosses boites, on payait 2% du personnel à faire de la paperasse répétitive, c’était sans problème pour la survie du tout.

      Ce n’est qu’en « in-formation », mise en forme de la matière, néguentropie « brute », que le progrès est patent : robotisation/automatisation/ plasturgie omniprésente. Mais là encore, on bute aussi sur le « quoi faire », on n’a pas mille objets à utiliser « avec soin » dans la journée. Au dixième ou vingtième on se lasse, on veut que l’objet soit partie prenante d’un système de soin, la gouge de l’ébéniste, le clavier du linuxien, .. L’informatique est de fait un canal puissant de captage de ce besoin de « néguentropie singulière que Je construit ».

      Donc vous comprenez pourquoi quand j’ai pris connaissance du livre de Richard Sennett « Ce que sait la Main », j’ai trouvé cela très très pertinent : en gros pour moi, le cerveau pensant est vaguement « holomorphe » (~pareil, whatever it really means) à la main travaillante. Or la main se paye le luxe de travailler la matière ou le texte, « l »hypomnèse » de notre passage ici bas, pas son anamnèse (sa prise de tête)…

      Donc pour moi ces affaires de néguentropie et de sa valeur « anti-risque », et ces affaires de « vie-valant-la-peine-d-etre-vécue » se re-tissent dans les propriétés emboitées de ces « outils » que sont la main et le cerveau.

    2. C’est vrai que le contenu de la croissance reste flou, mais il n’en demeure pas moins que dans le domaine de l’énergie nous avons les données suivantes pour les pays occidentaux (japon inclus) :
      – puissance moyenne disponible par individu en 1750 : 500W, la sienne + de quoi se chauffer + celle des animaux de trait
      – population occident en 1750 : 200 millions de personnes
      – puissance moyenne disponible par individu en 2000 : 10KW
      – population occident en 2000 : 1000 millions de personnes

      Soit une puissance globale brute et une consommation d’énergie multipliées par 100 en 250 ans, comme l’efficacité a quadruplé dans le même temps, cela fait un pouvoir d’action sur l’environnement multiplié par 400 chez les occidentaux (Japon inclus).

  21. Pourriez-vous me (nous) dire à quoi serviront vos recherches laborieuses? A libérer l’humanité de ses angoisses??

    1. Très rapidement une des applications serait de trouver d’autres mesures à la production de « richesses » que celles utilisées pour évaluer le Produit interieur brut (PIB) d’un pays, mesures qui font par exemple qu’un accident de la circulation, pourtant générateur de grandes quantités d’entrepie fait augmenter le PIB en donnant du travail aux garagistes, aux fabricants de pièces détachées etc. (exemple bien connu parmi tant d’autres) En gros, fabriquer des voitures avec de mauvais freins et une mauvaise tenue de route peut faire augmenter le PIB… Notez que je ne fait qu’à peine exagérér, dans les années soixantes du siècle dernier les constructeurs d’automobiles demandaient à leurs ingénieurs de prévoir des pièces moins résistantes pour forcer les propriétaires à changer plus souvent de voiture… (Voir le livre de Vance Packard: the waste makers (les fabricants de déchets.)) Il y démontre à quel point la course à la consommation a fait baisser la qualité tchnique de très nombreux produits.
      Mesurer autrement la valeur des biens et des services comme je le propos en calculant combien ces produits contribuent à la réduction d’incertitude devrit donnet à l’idée de richesse une autre dimension que celle de l’accumulation de biens uniquement mesurés par une valeur monétaire…

  22. Très bien mais ça ne suffit pas, il faut également mesurer et défalquer la valeur des ressources naturelles détruites parce que par exemple quand j’ai transformé une forêt, j’ai accumulé un tas de planches et de papier mais je n’ai plus de forêt et le tas de planche et de papier finira par être détruit et le vrai problème est de savoir si ma forêt repousse assez vite pour m’assurer une consommation de planches et de papier pérenne. Ce raisonnement vaut pour toutes les ressources renouvelables ou recyclables.

    En revanche, pour les ressources non renouvelables ou non recyclables, typiquement l’énergie fossile, il va bien falloir admettre que le bilan de leur consommation est négatif puis quantifier et l’intégrer dans le prix des biens produits le coût futur du problème car tant qu’il n’y n’aura pas d’alternative pour remplacer ce flux en quantité sa croissance représentera un danger mortel pour l’humanité.

  23. Question simple a Paul Trehin:

    Je vous cite :
    « La valeur accordée à un produit ou à un service ne serait-elle pas en partie explicable par les capacités de ce produit ou de ce service à réduire l’incertitude, autrement dit à augmenter le niveau d’information de cet individu face à un univers dont l’imprévisibilité s’est accrue et continue de s’accroitre suite à l’augmentation de l’entropie de l’environnement. »

    Dans le cadre de votre theorie de la valeur, comment expliquez-vous alors l’avalanche de produits complètement inutiles qui trouvent facilement preneurs ? Comme des telephones qui font tibidibip au lieu de tchak-boum tchak (voir la dernier BD de gregory/paul jorion 🙂 )

    1. Votre question: « comment expliquez-vous alors l’avalanche de produits complètement inutiles qui trouvent facilement preneurs »

      Je vais essayer deux réponses, le première assez formelle en effet je ne dis pas que toute valeur provienne d’une recherche d’information mais qu’au moins en partie elle peut être expliquée par cette recherche d’information (réduction d’incertitude)

      L’autre réponse est que chacun d’entre nous avons des univers cognitifs différents et que pour certains d’entre nous il peut être réducteur d’incertitude d’avoir une sonnerie de téléphone qui permette de l’identifier sans erreur comme celle de notre téléphone. Pour aller plus loin, un téléphone portable peut très bien n’avoir aucune valeur informationnelle, pour une personne qui n’a pas besoin d’être joignable en dehors de son domicile, en revanche, quoiqu’on pense du métier de vendeur allant de rendez-vous en rendez-vous (je vous rassure ce n’est pas ma tasse de thé…) pour un tel vendeur disposer d’un moyen lui permettant d’appeler son client pour lui dire je serais peut-être en retard va être un facteur de réduction de l’incertitude, au lieu de se mettre à foncer sur la route il pourra continuer son chemin sans prendre de risques exagérés.

      Dans les produits dits futiles, voici un exemple que je connais bien. il y a plus d’une trentaine d’années, j’était un bon skieur, j’avais même passé un diplôme de moniteur de ski. Il m’est arrivé de m’acheter d’excellents skis car je pouvais en apprécier la précision de la fabrication et la stabilité que cette précision m’apportait dans la pratique de ce sport et, pour enfoncer le clou, la moindre incertitude dans les descentes à vive allure que je faisais encore à l’âge de 30 ans…
      C’est futile mais ça expliquait l’attribution de la valeur que j’accordais à ces skis. Pour une personne moins expérimentéeen ski, la précision de la fabrication des skis aurait été enfouie sous d’autres causes d’incertitudes que le matériel dans les descentes. Pour ces personnes leur incertitude dans ce sport de loisir à leur niveau était plus réduite par la prise de leçons de ski par l’achat d’un service propre à fournir de l’information potentielle…

      Je reviens sur l’idée de futilité en général. j’ai expliqué au début de cette discussion que notre cerveau consommait une quantité considérable d’énergie pour pouvoir fonctionner. Dans ces conditions avoir de temps en temps des activités futiles permet de « décompresser » comme on dit simplement. C’est à dire de ne pas être au moins pendant un moment en activité. Mais notre corps aussi a besoin d’activités de détente… Les activités de loisir, quelles qu’elles soient participent à un gain d’information au niveau personnel. Le fait que le système économique dans lequel nous vivons les autorise seulement à une faible proportion des membres de la société est vraiment scandaleux. Cela fait parti de la redistribution inéquitable des richesses produites.

      J’accorde bien volontiers qu’il vaudrait mieux organiser des activités de loisirs moins gourmandes en énergie de manière à ne pas accroitre la rapidité de l’augmentation de l’entropie globale quand bien même on pourrait rendre ces activités accessibles au plus grand nombre. Mais en écrivant cela, je me dis que je fais à peu près la même chose que beaucoup de politiciens font en disant que la planète ne supporterait pas que l’ensemble des habitants de notre monde atteignent un niveau de confort matériel égal à celui des pays occidentaux… En gros nous en avons profité et même souvent abusé, mais comme nous nous rendons compte que ça n’est pas vivable au niveau global, nous demandons à ceux qui n’en ont pas profité de se restreindre par avance avant même qu’ils n’aient pu en jouir… Même s’il est vrai qu’il y a d’autres richesses que dans la consommation excessive, je trouve qu’il est indécent de nous transformer en donneurs de leçons… Cela d’autant plus que les moyens de communication actuels exposent sans vergogne nos modes de consommation exagérés au monde entier ( petit aparté : cet exhibitionnisme en matière de consommation par séries télévisées américaines interposées a probablement leurré une partie des populations des pays de l’ex bloc de l’Est en leur faisant croire qu’il suffirait de passer au régime capitaliste pour avoir des voitures bardées de chrome et des maisons avec piscines entourées de palmiers. ) Je dis bien ici aussi « en partie »

      Si des gens doivent faire des efforts pour partager les richesses de la planète plus équitablement et surtout moins accroitre l’entropie par des dépenses énergétiques démesurées, que ce soit pour leur loisirs ou leur confort et facilité de vivre, ce sont les occidentaux qui devraient le faire en premier. Mais là aussi équitablement: pas seulement les moins riches auxquels on va faire supporter les programmes d’austérité…

  24. Je pense que vous glissez de la signification d' »incertitude » en théorie de l’information à celle, plus triviale, d’ « insécurité. » Les deux sens ne se recouvrent pas, à mon avis.

    1. Vous avez raison insécurité et incertitude ne se recouvrent pas toutefois un niveau élévé d’incertitude est cause d’insécuritén entendue au sens large et non dans son sens restrictif et politique, j’allais dire électoraliste…

      Paul T.

  25. De plus, il semble également que l’approche informationnelle des phénomènes sociaux repose en partie sur l’amalgame entre l’information signal, laquelle est mathématisable, et l’information sémantique (lire un poème) dont la mathématisation éventuelle, est actuellement hors de portée . Et bien entendu, la production automobile peut, elle aussi, tourner au gongorisme.

    1. Ce sujet de l’ajout de la sémantique à la théorie de l’information a bien été analysé par Léon Brillouin dans le domaine scientifique puis par Abraham Mole dans les sciences sociales.

      Permettez moi de penser que Claude Shanon en excluant d’entrée la sémantique de l’analyse des signaux composant un message se privait d’un outil important de réduction d’incertitude dans la compréhension du message reçu.

      Voici un exemple tiré en fait d’études psychologiques sur la lecture de textes. Dans cet exemple on s’apperçoit que la sémantique permet la désambiguation des caractères sans pour autant avoir besoin de recourir à la redondance qui est un des moyens de s’assurer que le message parvenu à l’autre bout de la ligne est conforme à celui envoyé:

      « Sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dnas un mtos n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlblème.  »

      (C’est sans doute pourquoi il m’arrive si souvent de laisser des fautes de frappes dans mes messages… :-))

      Il est évident que Shannon n’avait pas à sa disposition d’ordinateurs capables de lever l’ambigüité un tel message. Pour info un simple correcteur d’orthographe résoudra déjà pas mal les ambigüités ci-dessus, mais notre cerveau le fait très bien justement en se servant du contenu sémantique…

      Mon apport dans l’analyse de la valeur est de considérer un bien, un objet ou un service comme un message potentiellement porteur d’information, ce bien ce produit ou ce service pouvant permettre à son récepteur de réduire son incertitude. Notons que je n’exclue pas de cette analyse des messages envoyés plus conventionnellement par du texte, des images ou des sons pouvant eux aussi réduire l’incertitude du récepteur …
      Parmi les biens on peut inclure certains lieux comme porteurs de réduction d’incertitude. A la préhistoire l’entrée d’une caverne par exemple… De nos jours aussi mais c’est moins fréquent…
      Cependant certains lieux du globe terrestre demandent de plus grandes dépenses d’énergie pour permettre aux organismes vivants, humains compris, d’y préserver leur intégrité, souvent au prix d’emprunts considérables d’énergie solaire précédemment stockée sous forme végétale ou animale… d’où à contrario la valeur informationnelle d’autres lieux aux conditions climatiques plus clémentes. On pourrait rajouter les lieux moins soumis que d’autres aux incertitudes géocentriques: volcanisme, tremblements de terre, etc. comme valorisables d’un point de vue informationnel.

      Mais là aussi il faut compter avec l’inventivité informationnelle des êtres vivants capables de transformer un milieu chargé d’incertitudes en un milieu producteur d’information: utilisation des éléments naturels comme la géothermie pour ne donner qu’un exemple…

    2. Ya t-il une mesure informationnelle possible de l’ambiguïté joycienne dans ?

      « Who ails tongue coddeau, aspace of dumbill-silly?

      « où est ton cadeau ?  »
      « où est ton code ? »
      .
      .
      .
      etc ?

  26. Qu’en est-il de l’entropie d’une ruche, ou plutôt d’un nid de bourdons ? Vers la fin de l’année tout s’écroule et pourtant, l’année suivante le cycle recommence.

    Le gène, traverse le cycle entropique apparemment…

  27. Je voudrais juste apporter une précision : c’est l’entropie d’un système « isolé » qui augmente au cours du temps, et non un système « fermé ». Le mot « fermé » signifiant sans échange de matière avec l’extérieur, alors que « isolé » signifie : sans interactions avec l’extérieur, ni flux de matière ni flux d’énergie, ni chaleur (ni informations ?) . Mais au-delà du vocabulaire, c’est la notion même de système isolé qui pose problème. Car, tant qu’on reste au niveau de l’éprouvette de laboratoire dont les parois auraient des parois isolantes, c’est encore simple. Je m’imagine mal comment on peut considérer le monde qui nous entoure + nous même comme un système isolé car il faudrait aller « aux confins » de l’univers et à ses limites pour finalement appliquer le second principe. En effet, nous sommes dans la lumière du soleil et traversés par ses rayonnements. Mais le soleil est soumis à l’attraction gravitationnelle du centre de notre galaxie, qui elle même est liée aux autres galaxies…etc. A l’autre bout, nous sommes aussi en relation avec l’intérieur de la Terre, non seulement par la gravité, mais aussi par le rayonnement radioactif d’origine tellurique dans lequel nous sommes plongés. Donc, pour rechercher les limites de l’univers, nous devons aller aussi bien vers les confins du cosmos que vers le centre de la terre. Mais alors, aurons nous trouvé les fameuses limites de l’univers ? Et s’il n’y en n’avait pas ? Dans la Divine Comédie, Dante voyage d’abord vers le centre de la Terre, puis il traverse ce centre comme une porte pour finalement se trouver …dans le cosmos.
    Je ne nie pas le second principe, mais disons que son application à l’univers, que nous méconnaissons grandement, me paraît quelque peu audacieuse…

  28. Chaque organisme vivant ne peut en effet conserver son intégrité, on pourrait dire son organisation que de manière instable et pour une durée relativement courte. Léquilibre du vivant obtenu en puisant dans son milieu lui permet d’être une exception locale au principe général d’accroissement de l’entropie du monde physique. Notre planète est en effet un système ouvert qui reçoit de l’énergie venant deun système plus étendu, principalement sous forme de rayonement solaire que les êtres vivants utilisent très naturellement en dégagant toutefois de la chaleur donc en accroissant l’entropie du système « planète Terre » cette chaleur se perdant par rayonnements infrarouges dans le cosmos qui nous entoure. La Terre reçoit aussi un peu d’énergie à partir de rayonnements cosmiques et beaucoup d’énergie gravitationnelle venant du soleil et de la Lune, dont les effets provoquent les marées, qui ont parfois été utilisées comme source d’énergie .

    Le réchauffement des océans dans les zones équatoriales et la gravitation terrestre produisnet des courants de convexion observables par les courants marins comme le Gulf Stream ou le courant du Labrador dans l’océan Atlantique, de nombreux organismes vivants utilisent cette forme d’énergie solaire dans leur processus de survie: par exemple les phytoplanctons les et les zooplanctons ainsi que tous les organismes vivants qui s’en nourrissentjusqu’aux Baleines, les cachalots et autres orques, les plus grands mamifères de notre planète en passant par toute la chaine allimentaire marine. Au final cette préservation de la vie se faisant avec de l’énergie solaire sous différentes formes, dégage des quantités importantes de chaleur, cause d’accroissement de l’entropie.

    Je revien à l’homme et à sa propre lutte contre l’entropie qui menace chaque individu de l’espèce et plus largement l’espèce dans son ensemble. Par notre pensée relativement éléborée nous arrivons à concevoir des moyens de maintien de nos organismes un peu moins gourmands en énérgie pure: transformée immédiatement en chaleur, mais même pour cela nous devons tout de même nourrir notre organisme et son organe décisionnel qui est notre cerveau. Nous devons aussi maintenir notre organisme à une température qui lui évite trop de dépenses énergétiques internes à court terme, d’où le besoin de soit lui fournir de la chaleur ou de le protéger du froid et inversement trouver un moyen de lui apporter du froid ou le protéger de la chaleur. Dans ce second cas il est très clair que la protection contre la chaleur est un solution moins coûteuse en accroissement de l’entropie du milieu. C’est également le cas pour lutter contre le froid mais dans une moindre mesure Si l’être humain est dans un abri correctement isolé, le besoin de chaleur directe est grandement diminué: dans mon analyse se protéger du froid en combinant une bonne isolation themique et un système de production de chaleur plus économe en utilisation de ressources énergétiques naturelles est une forme de création d’information. En revanche pour se protéger de la chaleur à la saison chaude, la methode utilisant une protection inerte contre la chaleur: abtit ombragé ou utilisant la température plus basse du sous-sol (grottes et cavernes) est nettement plus créatrice d’information qu’une lutte directe contre la chaleur, par exemple par des systèmes de production de froid comme les climatiseurs, toujours très coûteux en énérgie qu’il faut bien évacuer sous forme de chaleur dans l’athmosphère, cela reste encore un peu vrai si l’on doit pomper de l’eau sur les toitures pour profiter de l’évaporation comme source de froid.

    Dans tous les cas le maintien de la vie repose sut le maintien d’un équilibre instable entre l’organisme et le milieu dans lequel il évolue.
    Cela vaut pour la bactérie comme pour les plantes et pour le règne animal dont nous humains faisons partie et pour les organisation artificielles crées par le règne animal: ruches des abeilles, dômes des termitières ou des fourmillières, nids des oiseaux, ou organisations crées par l’homme. Toutes doivent puiser de l’énergie dans leur milieu et de la qualité des méthodes employées à cet effet dépend la survie de leurs espèces. C’est pourquoi j’avais suggéré dans un message précédent que les êtres humains seraient bien inspirés d’étdier les tachniques de survie développées par le règne végétal ou animal dont la durée de plusieurs millions d’années ou de centaines de millier d’années selon les espèces est un indicateur de la capacité à réduire l’incertitude face à un milieu hostile, au moins de manière saisonière… On retrouve ici l’intérêt de la préservation des espèces en danger, ne serait-ce que par une motivation anthropocentrique…

  29. Vous semblez supposer que la diminution d’entropie peut avoir une origine artificielle, mais peut-être vous ai-je mal compris.

    Il est toujours délicat de vouloir étendre le second principe de la thermodynamique (qui s’applique donc aux phénomènes thermiques) à d’autres champs disciplinaires. Et donc il est encore plus ardu de vouloir le généraliser à tout bout de champ. Tout ceci ne repose finalement que sur une rhétorique parfois malvenue. Bien que l’entropie soit aujourd’hui un concept à la mode, et qu’on puisse la trouver cité un peu partout, il existe des tentatives sérieuses pour en faire un meta-concept. Je pense en particulier à la systémique (von Bertalanffy, von Foerster, Atlan…).
    Mais à aucun moment ce concept n’est utilisé pour expliquer les comportements rationnels et conscients des individus et je trouve le raccourci un peu facile. Toute forme d’énergie dans l’univers n’est rendu possible que par une différence de potentiel que le second principe étendu tend à combler, engendrant ainsi une action efficace. L’évolution ne se justifie pas comme une intention de diminuer l’entropie car cette évolution n’est rendu possible localement que par une augmentation de l’entropie de l’environnement. Or si on exclu une intention consciente et volontaire (Dieu ou l’homme), l’augmentation de la complexité locale ne peut se faire que spontanément et de façon autonome et dans tout les cas au coût d’un accroissement de « l’entropie » de l’environnement. Donc même une adaptation naturelle et écologique a un coût minimal pour l’environnement. Toute modification artificielle aura donc un coût accru et le fait de vouloir imiter les animaux n’ira pas contre ce principe. L’idée d’écologie ne repose pas sur un mimétisme avec d’autres espèces. L’être humain est né et a évolué de façon spécifique et en fonction de son environnement. Comme n’importe quel animal, il est voué à mourir un jour, et toute action entreprise pour modifier cet état de fait possède forcément un coût que le système dans sa totalité fini par payer tôt ou tard.

    Ensuite, et comme souvent, il me semble que la notion d’entropie et de désordre est joyeusement mélangée. Si on s’en tient à la définition statistique de Boltzmann, l’augmentation de l’entropie ne produit pas du désordre mais en revanche elle diminue la connaissance que nous avons du système observé. N’oublions pas que l’état d’équilibre thermodynamique est atteint pour le niveau d’homogénéité maximal. Si cela n’est pas de l’ordre… alors, l’ordre n’est réellement qu’un concept abstrait et subjectif. Il résulte que l’augmentation de l’entropie correspond à une incertitude Statistique, ce qui n’est pas l’incertitude phénoménologique à laquelle vous faites référence. Cette incertitude là est mieux décrite par la théorie de la détection du signal (et non celle de l’information). Etre dans l’incertitude, dans cette optique, ce n’est pas ne pas disposer d’assez d’information pour augmenter les probabilités de succès, mais plutôt hésiter (dimension temporelle) à faire un choix (ou adopter un comportement) qui peut s’avérer très couteux s’il est mauvais. C’est donc le rapport entre gain (en cas de succès) et coût (en cas d’échec) qui prévaut.

    Et pour finir, je rejoins l’un des intervenant ci-dessus qui objecte que les individus peuvent exprimer des besoins totalement futiles induits par des pratiques sociales et culturelles qui n’ont rien à voir avec le sentiment de sécurité ou le besoin de survie. Vous oubliez peut-être que l’émergence de forme d’organisations d’un niveau supérieur à l’organisation biologique humaine impose de nouvelles contraintes à ses composantes (les individus). On ne peut pas rationaliser le comportement simplement en ne tenant compte que des besoins individuels.

    De ce point de vue, valoriser un service ou un produit sur la base de son efficacité à réduire l’incertitude parait assez réducteur sans apport manifeste. Heinz von Foerster vous proposerait plutôt « d’agir de façon à augmenter les possibilités pour vous et pour les autres ».

  30. Pour le sentiment de sécurité, il faut se référer au concept de « NEOTENIE » développé et étendu par K.LOrenz a la protection/ non passage a l’adulte pour l’individu chez un animal social .
    Meme si ce caractère , induisant curiosité , inventivité, et cognition est a l’origine du développement d’un niveau d’intelligence chez certains animaux sociaux et a l’origine du développement (que l’on peut juger pervers) des civilisation , on est en droit de faire le rapprochement entre l’hyper protectiondes individu et le boostage actuel de la Néoténie humaine. blocage au stade pré-ado .

    Pour l’entropie, je suis dans le meme avis . L’animal social , en se socialisant , procède a un gain de productivité qui ne peut qu’accroitre l’entropie.
    Il faut remarquer que ce choix s’effectue chez des espèces « spécialisés dans la non spécialisation » (cf Lorenz) qui son contraints a développer d’autres stratégies que la performance physique .
    Si l’espece humaine a échangé son agressivité intra-spécifique contre la protection du groupe , c’est pour des raison de « gain de productivité ». Ce premier « contrat social  » pré homminien , a mon sens n’induit pas (ou tres peu) de spécialisation, qui n’apparaitra qu’au néolithique avec l’agriculture .
    Ce gain de productivité , occasionnant du temps »libéré » est réinvesti en production …….culturelle structurante du groupe .
    On voit que l’entropie reste faible et proche de la recherche néguentropique de tout système vivant : la satisfaction des besoins essentiels et la limitation de population au regard de l’environnement proche (système complexe , de type Chaos, tres stable en raison des attracteurs forts).
    Ma thèse perso est que la sortie du système parcellisé (a gestion complexe inconsciente, archaique et naturelle) pour un système de plus en plus centralisé (a gestion centralisé simlplifié linéaire instable) est la raison de nos désastre ds ts les domaines et notamment entropique
    Le problème est structurel et non politique ou idéologique .

  31. Monsieur,
    J’ai lu votre article avec soin mais je me demande néanmoins qu’est ce qui donne de la valeur à la production de cette information ? L’entropie est-elle incontournable de nos jours ?

  32. Je tombe par hasard sur votre article et ses commentaires.
    Quelques remarques:
    1) il existe une théorie mathématique de l’entropie (Kolmogorov-Sinaï) valable pour des systèmes dynamiques généraux. Cette entropie mesure le désordre, le degré de chaos du système.
    2) Jean-Luce Morlie a écrit:

    l’information sémantique (lire un poème) dont la mathématisation éventuelle, est actuellement hors de portée

    . Pas de René Thom! Voir son article Un Protée de la sémantique: l’information in René Thom, Modèles mathématiques de la morphogénèse, coll. 10/18
    3) René Thom voit, dans le système dynamique de toutes les évolutions possibles, l’évolution des espèces comme minimisant l’entropie: application systématique de la règle du rasoir d’Ockham! Une sorte de principe de Maupertuis ou de Feynman appliqué au vivant.

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