BFM RADIO, LUNDI 8 NOVEMBRE A 11H38 – GRANDEUR ET MISERE DE LA TRANSPARENCE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On vante universellement les vertus de la transparence des marchés : c’est elle en effet qui est censée assurer la vérité des prix. Si ce n’est que chaque fois que quelqu’un réclame qu’on communique au public une certaine information sur les marchés, les autorités le lui refusent, au prétexte de protéger les faibles contre la cruauté prévisible des marchés à leur égard, voire de protéger les marchés eux-mêmes contre leur propre cruauté.

Le contexte, c’est celui-ci : quand l’opinion publique a réclamé le retour à une meilleure réglementation des marchés, étant donnée la responsabilité manifeste de la dérèglementation dans le déclenchement de la crise, les autorités ont répondu avec un bel ensemble : ce n’est pas davantage de réglementation qu’il faut, c’est davantage de transparence. Pourquoi cette réponse qui peut sembler a priori curieuse ? Parce que dans le cadre de la théorie économique dominante, il n’y a rien dans une réglementation – par nécessité contraignante – qui ne puisse être obtenu tout aussi bien, voire beaucoup mieux, par la transparence – qui est elle, par nature, non contraignante. L’explication réside dans la théorie des « anticipations rationnelles » selon laquelle, dans une situation d’information complète, le prix objectif peut être connu, non seulement à l’instant-même, mais à tout moment futur. Les tentatives de vérification empirique de la théorie ont été décevantes mais comme toujours dans ces cas-là, de nombreuses excuses ont été trouvées à l’absence de confirmation, et on a continué de croire aux « anticipations rationnelles » sans plus s’inquiéter de devoir prouver leur existence.

Chacun sait par ailleurs, non seulement que la seule assurance de profit est celle qu’offre précisément l’absence de transparence créant une asymétrie de l’information et dont on voit la manifestation, quand il en est tiré parti, dans le « délit d’initié », mais encore, que la transparence peut être dommageable. C’est pour cela en particulier que les autorités n’ont pas interdit l’innovation des dark pools quand ceux-ci sont apparus. Les dark pools sont des marchés « boîtes noires » qui ne communiquent que 1) le dernier prix, sans que le volume des transactions qui ont eu lieu à ce prix soit révélé, 2) l’offre à la vente la plus basse en ce moment-même (ask) et 3) l’offre d’achat présente la plus élevée (bid). Au temps où les dark pools n’existaient pas, la transparence pénalisait les gros investisseurs : leurs courtiers s’adonnaient au « front running », la course en tête, plaçant leurs propres ordres en sachant qu’ils bénéficieraient de l’ordre important de leur client qui viendrait ensuite, tandis que la foule des « day-traders » se plaçait elle dans le sillage de ces ordres importants. Les gros investisseurs ont voulu créer à la place de la transparence, l’ombre complice des dark pools, et les autorités les ont laissés faire.

L’exemple le plus connu de refus de communiquer de l’information a été celui du TARP (Trouble Assets Relief Program), le plan de sauvetage des établissements financiers aux Etats-Unis de 2008 à 2010, dont les autorités ne révéleront le nom des banques bénéficiaires que si une décision de justice les y oblige. La justification qu’elles ont offerte de leur refus : révéler les noms stigmatiserait les bénéficiaires des aides et fausserait donc les lois de la concurrence. Entre transparence et jeu non-biaisé de la concurrence, il faut apparemment choisir, et c’est la concurrence non-biaisée qui doit manifestement l’emporter puisque la transparence est sacrifiée sans même l’ombre d’une discussion.

L’exemple le plus récent, c’est le refus de la Banque Centrale Européenne de communiquer les informations relatives aux swaps truqués – pardon, il faut dire : swaps « off-market » ! – qui permirent à la Grèce d’entrer dans la zone euro. La justification ici, selon Jean-Claude Trichet, Président de la BCE : « un marché très vulnérable dans la conjoncture actuelle », ou encore : l’explication de ce qui s’est passé « ajouterait à la volatilité et à l’instabilité ». La transparence, quelles que soient ses vertus, est donc une médecine trop brutale pour la Grèce et pour les marchés européens en général.

Dans le premier cas, celui du TARP, certaines banques américaines ne sont pas suffisamment robustes pour supporter la transparence, dans le second, ce sont les marchés européens ou le traitement que ces marchés réservent à la dette des États qui présentent des faiblesses. Comme ce que la transparence apporte en principe, c’est la vérité des prix, cela signifie qu’aux yeux des autorités, certaines banques américaines, certains États européens, voire les marchés dans leur ensemble, ne sont pas assez robustes pour supporter la vérité des prix. Ou encore, traduit en langage clair – à moins qu’il n’existe une autre traduction possible qui ne me vient pas à l’esprit : « … sont insolvables ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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53 réflexions sur « BFM RADIO, LUNDI 8 NOVEMBRE A 11H38 – GRANDEUR ET MISERE DE LA TRANSPARENCE »

  1. Mais c’es couru que la transparence est une illusion dans la gestion des affaires humaines.
    L’asymétrie de l’information est une constante qui s’infiltre dès que un truc assez courant, qui s’apelle l’habitude existe.
    Dans la première administration venue, même emplie de bonne volonté : : si vous trouvez les meilleures volontés du monde, vous aurez de la transparence aujourd’hui, encore assez demain, puis elle s’effritera, la vitre deviendra opalescente.

    Le remède ? le « système associé » (oui oui , celui de Stiegler/Simondon), c’est à dire un système où l’auditeur est aussi contributeur potentiel, émetteur de discours. Et où cela « infinitise »,
    (… c’est lié au sujet du débat qui est lancé par Ars Industrialis en ce moment sur l’économie de la contribution…)

    Exemple de système associé le plus connu : le langage, ticket d’entrée assez élevé, mais c’est « fait pour » qu’on puisse dialoguer sans se « faire de noeud au cerveau » (des noeuds coulants dirait mon psy).
    D’autres systèmes ont existé « métastabilisés » socialement,
    – par exemple façon tradition, quand vous connaissiez le boulanger de votre village et qu’il ne trouvait pas sa vie trop impossible parce que le village lui faisait sentir qu’il le valait bien.
    – les logiciels libres actuellement.

    Donc la « vérité des prix » n’est possible qu’au sein d’un tel système « métastablisé », et non pas capté par des industries « pulsionnelles », court-termistes…

    1. A Victor Hugo l’obscure clarté (qui tombe des étoiles)
      et
      à Lagarde la croissance négative…
      La transparence opaque existait déjà sous la forme des aquariums en verre dépoli pour poissons tmides.

  2. C’est dans ce genre de propos que je vous trouve le plus recommandable comme poil à gratter, dans l’aspect asymétrie de l’information, qui détient les moyens d’interdire l’information de circuler, conserve le pouvoir politico-marchand de mieux faire avaler plus longtemps des couleuvres aux gens, pire même, au nom même d’une meilleur liberté des échanges boursiers ou du commerce mondial, alors qu’en réalité et en vérité cela n’en fait pas mieux avancer les choses à force comme à l’usure. Je parle beaucoup de transparence, de liberté, d’interdiction, de création de richesse, de croissance, d’emploi, mais j’en rends pas moins
    les premiers démons de la bourse moins funestes à voir, en fait on veut surtout contrôler les choses le plus longtemps possible comme le fait si bien la plupart du politique mondial. Qui se ressemble s’assemble .

    1. Mais bien sur que la Grece est insolvable, ainsi que beaucoup de banques allemandes et françaises, sans compter en Espagne et en GB..
      Tout le monde sait ça depuis 2008. Sinon, pourquoi la crise?
      Si tout le monde était solvable en 2008, pourquoi la crise?
      Par manque de liquidité?
      Comique…
      Pourquoi la Soffin allemande en a pour 480 milliards d’euros de papiers pourris racheté en tant que bad bank?
      « Banks can transfer risk positions and business units into these agencies, which helps them to reorganise their business in order to achieve sustainability. »
      http://www.soffin.de/en/soffin/benefits/
      Le G20 c’est du pipau depuis 2008
      Obama c’est du pipeau
      Trichet c’est du pipeau
      Ils sont tellement a coté de la plaque, que de toute façon ils ne vont rien sortir.
      Il faut les virer tous…A vos urnes…

  3. Dans la société industrielle-marchande, le secret règne en maître.
    Ce n’est pas une découverte.
    Lisez Debord.

    1. Je vois plutôt une société superficielle, anecdotique, et qui recherche à tout prix le divertissement. Le secret est recouvert d’une épaisse couche d’hypocrisie et de lâcheté. ÇA, ne fait aucun mystère.

    2. Pour le plaisir et pour le déniaisement des innocents:

      La domination est lucide au moins en ceci qu’elle attend de sa propre gestion, libre et sans entraves, un assez grand nombre de catastrophes de première grandeur pour très bientôt; et cela tant sur les terrains écologiques, chimique par exemple, que sur les terrains économiques, bancaire par exemple. Elle s’est mise, depuis quelque temps déjà, en situation de traiter ces malheurs exceptionnels autrement que par le maniement habituel de la douce désinformation.

      GUY DEBORD, Commentaires sur la Société du spectacle

    3. A Etienne,

      Il y a aussi des mots très précis sur le secret et d’abord en tant que secret de la domination.
      Comme je n’aime pas travailler vainement je ne les recherche pas pour les rapporter.
      Le lecteur curieux devra les trouver lui-même.

      marlowe@orange.fr

    4. Marlowe, encore un indice, cruel, puisque vous n’aimez pas vous égarer « Il y a un âge où on ne rencontre plus la vie mais le temps. On cesse de voir la vie vivre. On voit le temps qui est en train de dévorer la vie toute crue. Alors le cœur se serre. On se tient à des morceaux de bois pour voir encore un peu le spectacle qui saigne d’un bout à l’autre du monde et pour ne pas y tomber ». « Tous les matins du monde » (Pascal Quignard) « Tous les matins du monde sont sans retour. »

    5. Le secret de Debord est l’exact contraire de la transparence affichée , il n’ a pas plus de réalité. Encore une formule creuse mais « spectaculaire ».

  4. Bonjour monsieur Jorion,

    Je doute que la transparence soit, in fine, la solution rêvée. La transparence repose sur des informations que l’on choisit de donner, qui peuvent aussi être imposées, mais ce choix en lui-même est anti-nomique avec la transparence. Je m’explique, une vie ou tout le monde devrait en permanence tout étaler de ses choix et motivations serait tout à fait invivable, en plus d’être irréaliste : on n’en finirait pas, l’organisation généralisée de la cacophonie globale, l’inverse de l’intelligence et de l’intelligibilité en quelque sorte.
    La transparence aujourd’hui est le pantin de la farce, mais il ne peut, à mon sens, en être autrement.
    A terme (sans jeu de mot 🙂 ), la solution réside à mon sens plutôt, comme vous le dites vous même, dans l’interdiction du jeu des marchés (interdiction des paris boursiers), de l’agiotage, de l’accaparement et des marchés à terme, que dans la recherche d’une transparence, qui s’apparente au mythe de Sisyphe, la quête du Graal quoi.
    J’ajoute que l’exception de jeu ne me paraît clairement pas suffisant, ce n’est pas le droit civil qui devrait réglementer ces matières d’ordre éminemment public, mais bien le droit pénal.

    Cordialement,

    1. Je doute que la transparence soit, in fine, la solution rêvée. La transparence repose sur des informations que l’on choisit de donner, qui peuvent aussi être imposées, mais ce choix en lui-même est anti-nomique avec la transparence.

      Si le monde était un peu moins malhonnête, on ne rechercherait pas davantage à imposer
      ses propres choix de cachotteries et combines de plus aux autres, encore plus par le biais
      du politique et d’institutions rendus toujours plus partisanes, défaillantes et corrompus.

      Je m’explique, une vie ou tout le monde devrait en permanence tout étaler de ses choix et motivations serait tout à fait invivable, en plus d’être irréaliste : on n’en finirait pas, l’organisation généralisée de la cacophonie globale, l’inverse de l’intelligence et de l’intelligibilité en quelque sorte.

      N’est-ce pas déjà un peu la tendance du monde des affaires, des gens du marché à l’égard
      du petit peuple, et cela afin de mieux savoir ce que vous préférez d’abord consommer au quotidien, pour vous comme pour vous enfants, n’est-ce pas déjà ce qui est demandé, exigé partout de nos jours à l’égard des plus mal-lotis, pourquoi donc les classes plus aisés pourraient-elles encore y échapper surtout à l’insu d’un plus grand nombre de malheureux,
      pas du tout gênant et impossible à mettre en place pour nos élites mondiales, deux poids, deux mesures, eux ils ont tout-à-fait le droit et les moyens de tout savoir sur leur monde, mais vous pas à leur sujet, pour pouvoir encore mieux y échapper par les moyens pacifiques de
      la loi comme de la justice. L’inverse de la justice en fait et d’une meilleure équité humaine.

      A terme (sans jeu de mot ), la solution réside à mon sens plutôt, comme vous le dites vous même, dans l’interdiction du jeu des marchés (interdiction des paris boursiers),

      C’est l’idée reçue du blog, hier j’étais très emballé moi aussi à l’idée d’interdire le jeu des marchés (interdiction des paris boursiers) oui peut-être bien la meilleure solution rêvée, et puis aujourd’hui je m’interroge après vous avoir lu.

      Je me demande même si c’est vraiment bien encore possible de mettre ce genre de chose en place dans la pédagogie, la proposition, ne serait-ce pas déjà un peu trop tard mais encore si cette idée était mise en place, le monde irait-il vraiment moins à la catastrophe, cela pourrait-il vraiment nous éviter un plus grand bain de sang près de la fontaire des innocents, je ne sais pas.

      Surtout lorsque tout de nos jours devient de plus en plus surveillé, contrôlé, fiché, je me demande même quand est-ce Big Brother commencera à nous parler à la télévision, sans doute pour très bientôt, sans trop faire le prophète, c’est surtout cela ce que je vois venir dans le plus probable de notre futur, et à partir de tous les éléments actuels bien mis en avant et sous nos yeux. Alors serait-ce vraiment bien la meilleure priorité à suivre je m’interroge.

      Comment à la fois passer à autre chose de plus sain pour l’homme, sans trop non plus faire
      le jeu de tous ceux qui veulent principalement mettre le monde sous cloche, sous surveillance, histoire de pouvoir mieux encore avoir le contrôle des choses, si ça se trouve nous rêvons beaucoup de nos jours, lorsque nous nous imaginons à penser qu’il soit encore possible
      de renverser la dictature des marchés sur l’esprit humain, le grand corps du monde.

    2. @VB : « une vie ou tout le monde devrait en permanence tout étaler de ses choix et motivations serait tout à fait invivable » : oui, bon argument VB, si l’on savait tout à propos de tout l’on serait noyé. Pire : l’information ne serait même plus de l’information, seulement des données. Cependant et toutefois, vous passez à côté de l’essentiel, à savoir que ce sont les marchés eux-mêmes qui se disent « transparents » ! Paul remarque seulement, preuves à l’appui, que leur soit disant « transparence » n’est qu’un leurre à gogos, et se demande pourquoi. D’où sa conclusion.

    3. @] Crapaud rouge,

      Oui, bien sûr crapaud, je vous suis, ce que vous dites est vrai, je voulais seulement clarifier un peu les hypothèses.

      Cdt.,

    4. @ Jérémie,

      Pour être tout à fait claire, je pense qu’il faut d’abord (dans un premier temps) rétablir la Société (au sens civil et politique), refaire en sorte que chacun puisse y trouver sa place, rétablir une mobilité sociale qui a tout à fait disparu, rendre à chacun l’espoir et la possibilité d’évoluer dans un environnement sain et équilibré PUIS, dans un second temps, supprimer toute possibilité de jeu, pari et autre spéculation parasitaire.
      On ne pourra, à mon sens, faire l’économie (sans jeu de mot) ni de la première, ni de la seconde étape : les deux ordres de mesures sont nécessaires, non suffisantes prises isolément et indispensables dans leur unité.

      Cordialement,

    5. @ Jérémie,

      Car il serait tout à fait irresponsable de détruire sans proposer de modèle alternatif.

      Cordialement,

    6. @VB

      Contrairement à vous, je pense que la réinsertion des paris financiers sans fonction assurantielle (càd sans la contrepartie nécessaire et « légitimisante » d’un risque inverse au pari, né d’une opération réelle de production ou de commerce) dans la loi générale dite de l’exception de jeu serait suffisante pour réduire à néant, ici et aujourd’hui, les effets puissamment morbides de la financiarisation mondiale sur l’ensemble des activités humaines. C’est une neutralisation de fait. C’est faire de ce marché de paris une peau de chagrin jusqu’à n’être plus qu’un marché parallèle résiduel, adjacent à l’économie réelleet sans implications systémiques, un jeu « hors jeu ».
      Une interdiction formelle (qui ne pourrait de toute façon n’avoir de consistance que formelle, on n’empêchera pas le jeu et les paris, autant vouloir interdire toutes les addictions et toutes les folies douces, bref la vie ! ), deviendrait superfétatoire.

      Du reste, si je vous suis bien, là où Jorion ( et zébu ! ) voit dans sa proposition un préalable impératif, une condition première à toute tentative de refondation / rééquilibrage du libre-échangisme économique et du libéralisme politique dans nos sociétés déterminées par le capitalisme par le découpage à la torche à plasma du socle légal d’airain fondant la finiançarisation, vous voyez une fin pouvant advenir si et seulement si les transformations sociales, politiques, économiques ayant été imaginées, formalisées, mises en œuvre auparavant vous paraitront comme accomplies. Bref, qu’elle pourra être édictée aisément une fois qu’elle ne sera plus nécessaire. Difficile de vider plus efficacement une proposition de sa substance, de sa pertinence, qu’en en faisant une fin plutôt qu’un moyen. « Changeons l’Homme, ainsi nous n’aurons plus besoin de changer la société! » Ou bien, « Asséchons ou détournons ce fleuve, ainsi nous n’aurons plus besoin de refaire ce pont ! » ou « Supprimons les assassins irréductibles et les motifs communs des meurtriers puis interdisons aisément le meurtre et l’assassinat ! » ou bien encore « Tiens, pour être sûre de finir mon sandwich, je vais le commencer par la fin ! » 🙂

      Sans rire, j’y vois un renversement assez renversant quant aux conclusions que tout lecteur de ce blog a pu tirer ou critiquer, dans les pas de Jorion , de ses démonstrations sur les preuves de la pertinence de sa proposition « phare ». Proposition dont la critique habituelle consistait en général en ces lieux à en pointer le caractère trop technique, trop formel, trop modeste, trop restrictif, et en tout cas insuffisamment radical ou mobilisateur et pour tout dire conservateur, tout au plus un palliatif, comme la médecine du même nom…
      Mais proposition dont nul ici ne pouvait nier qu’elle constituait l’aboutissement synthétique et censément opérationnel de l’accumulation des savoirs, des expériences, des parcours, des observations pluridisciplinaires, des diagnostics, des convictions, des combats, (etc) du « proposant » Jorion- toutes choses que, j’ose imaginer, vous avez jugées suffisamment sincères et pertinentes jusques ici puisque vous vous y trouvez encore…

      Vous rendez-vous compte qu’en retournant ainsi l’ordre opérationnel des priorités vous pénétrez dans le couloir obscur qui mène droit à l’hérésie, au schisme radical et ontologique au sein de l’église jorionenne ? Voire jusqu’aux extrémités blasphématoires en déclarant tout à trac :

      Car il serait tout à fait irresponsable de détruire sans proposer de modèle alternatif

      🙂
      Telle est bien pourtant sa volonté (divine ?)… Et ce sans se gratter bien entendu à toujours chercher l’improbable Graal d’un meilleur après. Mais bien d’un Après !

      Vos manières de voir et de faire correspondraient un peu (en extrapolant, rassurez vous ! ) à celle d’un bon chrétien qui prétendrait soudainement que la foi en Dieu n’est pas un préalable absolu, une vertu théologale, mais que la vie selon tous autres préceptes très chrétiens ouvrirait la voie vers la foi en Dieu, puisqu’elle parviendrait par prouver, in fine et par l’expérience, l’existence de Dieu, et même lefaire exister tout court, puisque Dieu n’est que foi. Vous allez finir par réveiller Pascal lui même, ce grand parieur ou, à tout le moins, prosélyte du pari divin devant l’éternel, à massacrer ainsi ses propositions !

      Vous avez une telle haine du pari que vous en refusez même de parier sur sa possible interdiction ! Vous parieriez peut-être même contre ! Et lourd ! (je vous taquine, pardon ! )

      Vous dites à peu près : « Il serait bon que l’interdiction des paris sur les variations de prix existât. »
      Vous allez bien plus loin puisque vous prétendez au terme de votre « révolution »supprimer toute possibilité de jeu, pari et autre spéculation parasitaire ». Tout en prétendant que cela serait « bel et bon » et donc conforme à un droit « naturel » pré-établi sous-jacent et non retranscrit par un droit positif que vous dénoncez tout en affirmant qu’il est illusoire de tenter de le réformer par voie législative (et pourtant « faire et défaire, c’est toujours travailler » ! ), vous oubliez que le pari, comme le jeu, sont inséparables de la vie même, de la condition humaine, du moins tant que le hasard et l’imprévisibilité seront de ce monde- c’est à dire le plus longtemps possible- à mon gout en tout cas.
      Puis donc vous déclarez « Mais, Moi, VB, qui connais la corruption des lois, des hommes de loi, des hiérarques, du législateur comme des peuples veules, soumis et aveuglés je vous dis que la tâche est aussi vaine qu’utopique de vouloir changer les règles du jeu ! Changeons le jeu sans toucher aux règles ! Changeons de joueurs, expulsons les tricheurs par la « voie naturelle » de la Loi « naturelle » enfin triomphante, puis affirmons que c’est là la vie juste et bonne, puis interdisons le jeu !  »
      Grosso merdo, changeons de territoire sans changer la carte, changeons les pratiques sans changer le droit. Les scribouillards suivront ! L’intendance et l’armée d’abord !

      Votre métier doit décidément bien maltraiter votre conscience et les reliefs surgelés de vos idéaux d’étudiante, pour tant peser sur vos opinions successivement désenchantées puis exaltées, voire totalitaire, et en tout cas cul par dessus tête ici exprimées. Mais puisque vous préconisez une mobilité des acteurs enfin retrouvée dans nos sociétés afin de « rendre à chacun l’espoir et la possibilité d’évoluer dans un environnement sain et équilibré », que ne démontrez-vous pas la validité de cette injonction générale par l’exemple particulier de votre modeste personne, comme le font d’autres pionniers réfractaires à la continuation de cet « état des choses », et que n’abandonnez-vous pas donc enfin cette charge et cette fonction dans cet « ordre » juridique tellement vain, inéfficient, dévoyé et, finalement, pour ce que vous nous en dites ou nous en laissez penser, définitivement corrompu et sclérosé, impuissant à ne serait-ce qu’influer légèrement la dérive du vil législateur, défenseur féroce de l’inexpugnable pouvoir des tricksters et gamblers de la finance ?

    7. @ Vigneron,

      J’accepte de vous répondre, mais je ne sais pas bien pourquoi étant donné les échanges précédents. De toute façon, considérez que ce message est le point final de nos échanges, étant donné le ton que vous ne daignez pas quitter et les attaques personnelles, notamment sur mon métier, que vous ressassez à l’envie.

      Une interdiction formelle (qui ne pourrait de toute façon n’avoir de consistance que formelle, on n’empêchera pas le jeu et les paris, autant vouloir interdire toutes les addictions et toutes les folies douces, bref la vie ! ), deviendrait superfétatoire.

      Vous n’avez pas tort à ce propos, et ça mérite réflexion.

      Grosso merdo, changeons de territoire sans changer la carte, changeons les pratiques sans changer le droit. Les scribouillards suivront ! L’intendance et l’armée d’abord !

      Vous n’avez rien compris, c’est tout le contraire et vous vous remettez à délirer. Il faut changer notre conception du droit avant de pouvoir en changer la lettre. Sinon, nous resterons dans les mêmes travers de cette société, qui n’est plus vraiment la nôtre.

      Du reste, si je vous suis bien, là où Jorion ( et zébu ! ) voit dans sa proposition un préalable impératif, une condition première à toute tentative de refondation / rééquilibrage du libre-échangisme économique et du libéralisme politique dans nos sociétés déterminées par le capitalisme par le découpage à la torche à plasma du socle légal d’airain fondant la finiançarisation, vous voyez une fin pouvant advenir si et seulement si les transformations sociales, politiques, économiques ayant été imaginées, formalisées, mises en œuvre auparavant vous paraitront comme accomplies.

      En effet, et si je pense cela c’est parce que mettre en oeuvre ladite proposition reviendrait à renverser la vapeur tellement radicalement que tout le monde se retrouverait devant le fait que l’occident n’a plus les moyens de sa politique, en un mot est ruiné financièrement et dans ses espoirs ainsi que dans tout ce à quoi il avait cru. Faire cela reviendrait à détruire ce qui reste d’espoir, un peu, si vous voulez, ce que Gorbatchev a réalisé en Russie (avec tous les bémols qui s’imposent du fait de la différence de situation). Relisez les échanges que nous avons eu avec Zébu avant de traduire les choses et les idées des autres à votre mode de vigneron.
      Ceci étant je n’empêche personne de poursuivre dans cette voie pour en constater les effets, je mets simplement en garde sur la désillusion que pourraient avoir ceux qui comptent sur la bonne volonté du Conseil constitutionnel. Bien sûr, je peux me tromper, mais lorsque les choses partent mal et arrivent au point où nous en sommes aujourd’hui, il serait simplement improbable qu’elles s’arrangent aussi facilement.

      En dernier lieu, je vous prierai de laisser « mon métier » tranquille et de n’en plus parler. Ce n’est pas parce que votre pseudonyme est vigneron que vous êtes effectivement vigneron, même si vous nous avez fait quelques discours sur la fabrication du vin et l’entretien des vignes. D’ailleurs, nous ne savons pas qui vous êtes. Si vous voulez être respecté, vous feriez bien par commencer par respecter les autres : charité bien ordonnée commence par soi-même ! Vous ne savez rien de moi et je ne compte pas en savoir davantage sur vous. A bon entendeur, salut.

    8. @ VB :
      Je n’ai pas répondu au dernier message (la liste est longue et nos entêtements, réciproques) mais je précise seulement que la ‘proposition’ que j’évoque, celle du Conseil Constitutionnel, est, à mon sens, la seule ‘démocratiquement’ valable et réalisable. Actuellement. Restent les ‘élections-pièges à cons’, tant il est vrai qu’on en prend bien le chemin mais pas tout de suite.
      Ensuite, il reste toute un panoplie à utiliser mais on sort du cadre ‘démocratique’ (du moins, tel qu’il existe actuellement).
      Enfin, je ne crois pas être assez stupide pour avoir ‘foi’ dans le Conseil Constitutionnel (dans l’institution) mais plutôt dans les hommes, quelque soit leurs idées ou idéaux, qui le composent. L’intime conviction est une chose contre laquelle on ne peut pas lutter.
      En ces temps Gaulliens, il est bon de le rappeler.

      @ Vigneron :
      « Tiens, pour être sûre de finir mon sandwich, je vais le commencer par la fin ! ».
      ‘Par la faim’.
      C’est une boutade, mais pas tant : il faut s’assurer d’avoir faim avant que de commencer à travailler. Avons-nous faim ? Je n’en suis pas très sûr en ce qui me concerne …
      Je retiens ton argument quant à l’interdiction du jeu : de fait, il me semble que la ‘tradition’ juridique française a parfois du bon, qu’elle juge du bonhomme comme de ses pratiques, pour lui laisser le jeu mais ne pas lui reconnaître ses effets …
      Et un arbre de plus dans le jardin à Paul Jorion.
      Je te signale par contre que VB est plutôt ‘contre’ l’abrogation de l’abrogation de l’exception de jeu … en ce qu’elle lui trouve une trop grande radicalité systémique, qui ne ferait rien tant que déposséder la finance (et la société, selon elle : VB, corriger moi si je me trompe, mais la main légère, de grâce) de ses effets !! Ce qui signifie bien qu’elle y accorde beaucoup d’importance mais qu’elle situe d’autres urgences, ailleurs (??, refonder la société ?), ce en quoi nous différons.

      J’ai pris un exemple, de quelques hommes bien ‘touffus’, qui, acharnés, viennent d’obtenir une petite lumière qui n’est pas encore un feu mais qui fait néanmoins du bien :
      http://www.lemonde.fr/afrique/article/2010/11/09/france-afrique-la-justice-peut-continuer-a-enqueter-sur-les-biens-mal-acquis_1437772_3212.html

      Itou, selon moi, de l’exception de jeu et de l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix.
      Je rappelais à VB qu’il a falllu plusieurs décennies (plus de 60 ans) de combats acharné au capitalisme financiarisé en France pour imposer légalement l’abrogation de l’exception de jeu concernant la spéculation.
      Les choses ne se font jamais sans rien.
      Chapeau à Transparency International qui n’a rien lâché. Et est allé en Cour de Cassation.
      A leurs risques et périls.

    9. @ Zébu,

      Vous êtes à deux doigts d’ouvrir la boîte de pandore et vous ne maîtriserez ensuite plus rien du tout ; ce que vous craignez le plus alors, à savoir le chaos et l’insurrection populaire adjoint à la déliquescence du corps social, frapperont à votre porte ou à votre tête. Faites, faites cher bête à corne têtue.
      Quant à l’espoir que vous mettez dans la personnalité des membres du Conseil Constitutionnel : laissez moi rire, vous êtes décidément un incurable optimiste-utopiste : rappelez moi comment ces « sages » sont arrivés là ? De toutes façons, je vous l’ai déjà dit, le problème n’est pas là : il est beaucoup plus grave et profond.
      Il n’y a rien à faire contre l’utopie. Je ne sais pas quel métier vous exercez (bien qu’ayant une petite idée quand même), mais croyez moi lorsque je vous affirme que le droit et les institutions dont vous rêvez, de même que la loyauté, intégrité et moralité que vous supposez aux hommes en place, n’existent plus depuis longtemps (sinon nous n’en serions précisément pas là !).

      Bien cordialement,

    10. @VB

      Il n’y a rien à faire contre l’utopie.

      Fiat lux !

      Dit autrement, dans le respect le plus total des termes et de leur syntaxe :
      Il est utopique de tenter quoi que ce soit contre l’utopie.
      [ L’action qui s’oppose à l’utopie, soit l’inverse de l’utopie, est pour vous une utopie aussi; le verbe être marquant ici l’identité, l’égalité, on peut le présenter sous forme de l’équation : U = 1/U soit U * U = 1 ! Étonnant, non ?]

      Donc en poursuivant, néant moins, votre raisonnement (le mot est peut-être inexact…) :
      Personne ne peut résister à la progression de l’utopie

      Donc :
      Les utopies se réalisent toujours.

      Donc :
      Les utopies ne sont pas des utopies.

      Donc :
      On peut faire quelque chose contre elles.

      Donc :
      Vous pouvez, avec bon espoir de réussite, et en toute « utopie », tenter d’empêcher « l’utopique » cornu-bossu de saisir le conseil constitutionnel en question prioritaire de constitutionnalité..

      Et aussi :
      « L’utopique » cornu-bossu peut tenter de lutter contre « l’utopie » financière néo-libérale par la question prioritaire de constitutionnalité
      (en espérant que les lois d’abrogation pour la finance de l’exception de jeu soient considérées comme n’ayant jamais été validées par le CC, car elles ne peuvent plus alors être contestées.)

      UMP (alternons !) : Que vous chaut donc la profession de zébu, quant, vous appuyant pourtant avec constance sur la votre pour asséner vos arguments d’autorité (« croyez moi lorsque je vous affirme que… »), vous grimpez aux rideaux lorsque je ne fais que mettre la votre en perspective en m’adressant à vous ? Bien obligé pourtant puisque vous vous complaisez à en jouer à votre profit ? Mais ne daignez à personne le droit de faire seulement mine de vous en porter préjudice !

      PS2 :Autre chose.

      D’ailleurs, nous ne savons pas qui vous êtes.

      .

      Pour ce genre d’affirmation, dont je vous laisse seule juge (mais uniquement si vous avez votre carte au Syndicat de la Magistrature – faut pas pousser non plus !), sachez qu’il est convenu, en toute rigueur intellectuelle comme en toute honnêteté, de privilégier la première personne du singulier dans cette sorte d’assertion…
      Merci.
      Apprenez pour votre gouverne, même- voire surtout – si vous prétendez n’en rien vouloir rien connaitre de plus sur ma modeste personne, que je me définis, essentiellement, comme pastafarien. C’est dèja trop pour moi. Hélas !
      May you be touched by His Noodely Appendage !
      Rāmen.

    11. @ Vigneron

      « je me définis, essentiellement, comme pastafarien »

      Tu appartiens donc à la Sainte Eglise du Monstre en Spaghettis Volant???

    12. @Pablo75

      Ben j’en suis vraiment désolé, mais que puis-je contre la révélation divine tout comme l’abondance des preuves ? J’vous l’demande ? N’imaginez même pas essayer de me démontrer que je me trompe, se serait du temps perdu pour vous comme pour moi. Impossible. Il suffit de de connaitre, d’avoir été touché par Son appendice nouillesque, et enfin on sait, enfin on croit ! La vie dorénavant est un éternel émerveillement. Un plat de spaghetti-bolognaise (ou au pesto !aucun schisme sur la sauce dans notre famille !) toujours recommencé !
      Et comme vous le savez surement, les pattes ou la cuisine italiennes, c’est comme l’amour, même de qualité médiocre, c’est encore bon. 🙂

    13. « Le réchauffement climatique est une conséquence directe du déclin de la population de pirates comme le prouve un graphique montrant la corrélation négative entre la population de pirates et la température moyenne sur Terre7. C’est pour cette raison que le costume officiel du pastafarien est l’habit de pirate. » (Wikipédia)

      La corrélation est troublante. Troublant également que cette approche ne soit pas promue par la science.

      Ça fait froid dans le dos.

      PS : question existentielle : peut-on comparer l’amour à quatre pattes ?

    14. @Fab

      Bien vu. L’amour à quatre pâtes. 😉

      Question :

      Imaginons une patrouille extraterrestre découvrant l’humanité avec le recul ad-hoc, et de circonstance. Quelle serait la représentation, et donc le rapport au centre de commandement, de celle-ci la plus pertinente, ou la moins impertinente, qu’elle pourrait s’en faire alors : le plat de tagliatelles bolognaise ou le pâté de tête surgelé ?

    15. vigneron,

      Dans l’absolu : « les deux mon capitaine » !

      Une précision cependant, cette question me titille depuis longtemps : j’imagine, allez savoir pourquoi, la civilisation extra-terrestre comme plus évoluée.

      J’amène le rosé, nous leur rendons visite : quel rapport ferions-nous à nos frères restés sur place, pardon restés sur Terre, si toutefois nous décidions de rentrer ?

  5. Pour faire des profits une entreprise doit soit être capable de fixer elle même le prix, c’est à dire être un monopole ou s’arranger avec ses concurents en cartel, soit avoir des informations que ses concurents n’ont pas. Toute stratégie d’entreprise est un mix de ces deux principes à des degrés variés.
    S’il y’avait concurence parfaite et transparence parfaite, alors il n’y aurait plus de profits, plus de capitalisme. Quand on augmente la transparence, la cartélisation augmete, quand on augmente la concurence, les transparence diminue.

  6. Il est bien évident que la transparence n’est qu’un des critères dont les marchés ont besoin mais ce critère est encore moins qu’insuffisant, il est illusoire, en effet, les marchés sont de plus en plus déconnectés des réalités économiques :
    D’un côté, très peu d’investissements sont réellement fait sur la base des fondamentaux des entreprises, les investisseurs ne jouant très souvent de manière uniquement spéculative que sur les variations à court terme des cours des valeurs boursières et non en fonction de choix d’investissement à moyen et long terme sur les potentialités économiques réelles des entreprises à l’origine de ces valeurs boursières. De quelle transparence parle-t-on alors ? De celle que les banquiers veulent bien nous concéder sur leurs propres analyses ?
    L’autre aspect de l’aspect illusoire de la transparence est que même si des décisions d’investissements étaient fondées sur les fondamentaux des entreprises, ces derniers ne sont que la partie visible des comptes de ces entreprises. Nombre des décisions des entreprises sont prises au mieux pour des raisons de stratégie interne qui échappent totalement aux marchés. Les acteurs boursiers n’ont pas accès à ces décisions stratégiques internes. Si ça n’était pas le cas on parlerait de délit d’initiés… Par ailleurs dans le climat de féroce concurrence entre les firmes capitalistes ou même étatisées, ces stratégies internes leur permettent d’avancer à couvert sur le terrain de chasse que constitue le marché sauvage.
    D’autres décisions managériales sont prises pour des raisons encore moins avouables au grand public ; décisions prises en fonction de stratégies de carrières personnelles, d’amitiés intimes de longue date et de haines féroces entre individus, ainsi que de chantages internes, s’appuyant sur ce qu’on appelle des « cadavres dans les placards », actions et décisions passées, plus ou moins maladroites ou même parfois malhonnêtes avec lesquelles un des membres de la hiérarchie qui en connaît l’existence fait pression sur un autre membre de la hiérarchie pour obtenir une décision interne qui lui permettra de progresser dans la hiérarchie…La financiarisation des rémunérations au travers de stock options n’a fait qu’aggraver ce genre de comportements. En effet, les stock options ne sont attribuées dans la plupart des entreprises qu’à partir d’un certain niveau hiérarchique pour lesquels les cadres sont alors prêts à tout pour y arriver.
    Dans ces conditions, quelle transparence pourra permettre que les acteurs sur le marché boursier puissent prendre des décisions rationnellement informées et faire des paris sur le futur quand nombre de décisions internes aux entreprises sont elles mêmes irrationnelles et même souvent inconnues à l’intérieur même des organisations de ces entreprises…
    Comment peut-on encore prétendre « Markets know best » les marchés savent mieux ?
    Par ailleurs, Georges Akerlof, prix Nobel d’économie, décrit très bien dans son livre récent « Esprits animaux » pourquoi et comment les décisions des agents sur les marchés, entre autre sur les marchés boursiers, sont commandées par des motivations très éloignées des principes de rationalité économique pure telles que celles prises comme hypothèses par les tenants d’un libéralisme total du marché. Des critères émotionnels et psychologiques ou sociologiques influent de manière très importante sur les décisions finales des agents économiques ce qui éloigne considérablement l’hypothèse de rationalité économique pure sans laquelle les marchés ne peuvent pas mieux savoir…. Transparence ou non, les décideurs qu’ils agissent en tant qu’acteurs individuels (retraités essayant de préserver leur pouvoir d’achat, ou agissant même au nom d’une entreprise ou d’une institution financière, que ce soit sur les marchés boursiers ou sur les marchés de produits physiques, comme entreprises ou même comme de simples consommateurs, toutes leurs décisions ne dépendront pas uniquement d’un calcul rationnel fondé sur une maximisation des valeurs monétaires lors des transactions.
    J’ai dit en commençant que la transparence n’est qu’une des condition de fonctionnement de l’économie de marché, on oublie le plus souvent de mentionner d’autres conditions que la transparence, parmi les conditions du marché de concurrence pure et parfaite : la mobilité libre et totale des facteurs de production, l’atomicité des agents dont la taille par rapport au marche ne doit en aucun cas permettre que leurs décisions puisse avoir une influence notable sur les prix et les quantités échangées. Bien entendu les économistes savent depuis longtemps que ces conditions ne sont jamais réalisées. Certains, tels que John Kenneth Galbraith, puis Milton Friedman, ont tout de même voulu sauver l’idéologie du marché tout puissante marché en développant des théories plus ou moins tirées par les cheveux, comme la théorie de la concurrence imparfaite ou la théorie de la concurrence oligopolistique ou même monopolistique…
    Finalement, bien qu’en théorie les ententes soient illégales, il en existe tout de même mais est-il besoin de dire qu’il ne faut espérer aucune transparence à leur sujet, en effet les entreprises concernées se verraient condamnées illico… Donc c’est encore un domaine où la transparence ne pourra pas exister, laissant les agents sur les marchés avec des raisons supplémentaires d’incertitudes sur leurs décisions.

    Permettez moi de rajouter un petit paragraphe en liaison avec ce que je viens d’exposer. Cette situation d’incertitude sur les marchés est une raison supplémentaire pour penser que les retraites par capitalisation sont un mythe et que les organismes de retraites par capitalisation auront bien du mal à assurer la pérennité des pensions qu’elles promettent à celles et ceux qui leur font confiance : difficile pour elles de faire des paris sur l’avenir d’investissements industriels compte tenu de l’évolution technologique imprévisible, ni des paris sur l’avenir d’investissements financiers, n’ayant à leur disposition que les informations que veulent bien fournir les institutions financières et les entreprises…

  7. La vérité des prix…
    Je crains qu’elle ne nous crève les yeux à tous, non pas grâce à une quelconque théorie foireuse de l’information ou de l’efficience des marchés, mais grâce à l’insoutenabilité du réel.
    Nous sommes sept millards dont un est damné de la faim, trois asservis volontaires-incluant 213 millions de chômeurs-, et le reste considéré comme une charge par nos hiérarques.

  8. Le secret bancaire , clef de voûte du sytème bancaire suisse , est une illustration supplémentaire de cet transparence opaque .

    Plutôt accepter d’appliquer « en interne  » loins des regards et questions indiscrets , la fiscalité des pays d’origine aux fonds déposés , que de lever ce secret bancaire . Les très grandes fortunes risquent de partir vers des ailleurs plus exotiques mais de plus en plus risqués . Mais le gros des » fortunés grands et moyens  » ( bourgeois quoi ) reste , presque « soulagés  » de cette onction fiscale qui leur permet de continuer à rester  » fortunés anonymes  » .

    La seule transparence qu’acceptent les banquiers c’est celle qui leur conserve l’exclusivité de de la vision complète , et celle de l’utilisation des fonds .

  9. La transparence ne peut cohabiter avec un système où les paris sur les fluctuations de prix sont de règle et licites.
    La simple notion de « pari » implique une asymétrie d’information.
    Chaque parieur étant convaincu de détenir la vérité ou convaincu de savoir mieux mentir que son concurrent.
    Ce qu’il faut punir c’est le mensonge.
    Vaste programme à mettre en pratique en même temps que la télépathie afin que nul n’ignore ce que pense l’autre.
    Pas marrant quand on est moche.

  10. Votre commentaire est éclairant, mais il y aurait lieu de l’étendre aux Etats et de rappeler par ailleurs à certains que c est la FASB, sous la pression conjointe du Trésor, de la FED et du Congrès, et la modification de sa règle comptable, qui permit de dissimuler l’insolvabilité des principales banques américaines, que la FED s’efforce de rafistoler, aux détriments de l’économie américaine réelle et de l’économie mondiale, politque de renflouement qui a démoli le capital politique de l’administration HBO….

    A ce titre trois analyses:- sur les Etats

    Le chiffre de la semaine: USD 10.2 trillion, le montant que les gouvernements des économies avancées devront emprunter en 2011

    – sur les banques amériicaines: Ellen Brown

    ForeclosureGate Could Force Bank Nationalization

    et un hommage aux responsables par James Galbraith

    Obama’s problem simply defined: it was the banks

  11. comment réformer les instances financières comme la banque mondiale, lorsque celle-ci parle de l’étalon-or ?

  12. Et le secret de fabrication?
    Sera-t-il prochainement disponible pour l’innovation financière?
    Comme pour les brevets, les droits de propriété intellectuelle, sur les vaccins, par exemple…

    L’espionnage financier, comme l’espionnage industriel, servirait-il la transparence?
    La concurrence dans la sophistication opaque?

    On est pas sortis de l’auberge, et pas prêts de découvrir la vérité des prix…

  13. Conclusion remarquable et inattendue. C’est très mauvais signe de voir que le système en est réduit au mensonge pour survivre, ça fait penser à la défunte URSS.

  14. des commentaires sur l’article de Lordon

    C’est un peu hors sujet, mais pour les anglophones, ça vaut le coup : l’émission de NPR (radio publique nationale américaine) sur les actions « toxiques, » ou bien une action toxique spécifique, un RMBS qu’un groupe de journalistes achète en janvier 2010.

    Les journalistes enquêtent afin de savoir de quoi l’action est faite (en cherchant les propriétaires des maisons hypothéquées, par exemple), qui l’a fabriquée, qui l’a achetée avant eux, etc. Leurs investigations sont présentées dans une série de petites histoires avec des enregistrements in situ un peu de façon Mermet dans « Là-bas si j’y suis. » Comme Mermet, c’est à la fois drôle et édifiant.

    Voici le lien ou vous trouverez l’émission en format audio ainsi qu’une animation et du texte explicatif : http://www.thisamericanlife.org/rad

  15. Cela fait des mois que je le répète, cette crise est avant tout une crise de solvabilité des établissements bancaires. Il est impossible d’être parvenu à purger l’Everest d’actifs toxiques détenu par ces établissements en seulement deux ans. Reste à savoir combien de temps l’establishment pourra occulter cette information…

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