LES ORIGINES DE L’ART ET DE LA CULTURE : le rôle des individualités, par Paul Tréhin*

Billet invité

Aux origines de notre espèce humaine au sens large, la préoccupation première fut surtout la survie dans un milieu hostile. Mais une adaptation correspondant aux conditions du milieu de vie devait suffire à ce but fondamental : tant qu’il n’y avait pas de raison de changer de mode de vie et d’exploitation des ressources naturelles, pourquoi le faire ? D’ailleurs, les premiers outils en pierre taillée appelés galets aménagés, ou parfois connus comme technique Oldowayenne, avec un seul tranchant, ont eu une durée de vie de plus d’un million d’années, soit pendant pratiquement toute la période dite du paléolithique inférieur : moins 2,6millions d’années à moins 1,6 millions d’années et même un peu au paléolithique moyen. Vers la fin du paléolithique inférieur est apparue la technique des bifaces encore appelée technique Acheuléenne, plus performante, qui a aussi duré plusieurs centaines de milliers d’années elle aussi, sans grands changements des outils confectionnés tout au long de cette période, mises à part de meilleures techniques d’exploitation des matériaux de base nécessaire à la fabrication d’outils en pierre taillée.

C’est au paléolithique supérieur que les technologies de la pierre taillée vont connaître des évolutions nombreuses et de plus en plus rapprochées pour arriver au raffinement que l’on va trouver dans les outils plus récents de l’Aurignacien, du Solutréen, du Moustérien et du Magdalénien, évolution des outils souvent en rapport avec l’apparition de diverses formes d’art. Donc il semble bien que jusqu’à une certaine période les êtres humains se soient suffisamment bien adaptés à leurs milieu avec des outils relativement simples et n’aient pas eu besoin d’en créer de plus efficaces.

Nous avons des preuves bien documentées – ici ou ici – mais relativement plus récentes, au paléolithique moyen et supérieur, de comportements d’empathie envers d’autres humains rendus vulnérables, on a par exemple retrouvé des ossements fossiles sur lesquels des fractures graves avaient eu le temps de se ressouder, ce qui suppose que les autres membres du clan ou de la tribu avaient pris soin de la personne blessée suffisamment longtemps pour que les os se ressoudent, lui apportant nourriture et protection sans que cette personne ne puisse contribuer aux charges du fonctionnement du clan. Cela exigeait donc que les membres valides trouvent des solutions pour récolter plus de fruits et tubercules et chasser plus de gibier, malgré l’absence d’un membre ne pouvant plus participer à ces activités. Par ailleurs, comme la vie restait en grande partie nomade, il a fallu inventer des solutions pour transporter cet individu sans mettre le clan en danger compte tenu de la lenteur des déplacements de la personne plus ou moins invalide. Tout cela a incité les membres du clan à inventer des solutions pour faire face à une situation difficile.

Mais on peut aussi penser qu’au-delà de la nécessaire adaptation du groupe, la personne devenue invalide ait elle-même du trouver des solutions à sa nouvelle situation, laquelle lui donnait probablement aussi un point de vue différent sur son environnement naturel et social. Comme les humains au temps de la préhistoire étaient très proches de nous sur le plan génétique et organique, il semble à peu près certain que diverses formes de handicaps aient également existé, (on a trouvé des ossements montrant des caractéristiques connues de maladies invalidantes exigeant aussi une prise en charge des individus concernés par la tribu. Mais, par le phénomène d’empathie développé dans l’espèce humaine, il est probable que ces personnes aient en effet été prises en charge et que la tribu ait consenti des efforts pour leur assurer la survie, puisqu’on a trouvé des signes de très grand âge parmi ces ossements permettant d’identifier des maladies invalidantes dont certaines congénitales et donc présentes dès le plus jeune âge. Il est probable que les clans et tribus aient essayé de les inclure au mieux aux tâches nécessaires à la vie du clan par des travaux adaptés à leurs possibilités réduites car toute compétence pouvait être nécessaire à la survie du groupe.

Dans un premier temps, nous avons principalement vu quel aurait pu être l’impact indirect des personnes atteintes de handicaps sur le groupe social forcé de s’adapter rapidement à des situations nouvelles et un peu abordé le rôle direct de ces personnes par leurs analyse spécifique du milieu physique et social dans lequel elles vivaient.

Je vais maintenant parler d’un groupe de personnes dont l’impact direct a du être très important bien que ce groupe d’individus soit statistiquement réduit en nombre.

Depuis une quinzaine d’années, j’ai étudié les compétences tout à fait remarquables de certaines personnes atteintes d’autisme que ce soit en dessin et peinture, en sculpture, en musique ou dans divers autres domaines artistiques ainsi qu’au niveau du calcul mental. Si on accepte l’idée que les homo sapiens sapiens avaient des caractéristiques tout à fait semblables aux nôtres, il est vraisemblable que des personnes avec ces compétences tout aussi remarquables aient aussi existé dès l’apparition de l’homme moderne, autre dénomination des homo sapiens sapiens, c’est-à-dire il y a environ 150.000 à 200.000 ans en Afrique. Toutefois, leur rareté dans la population fait que dans une population très faible au niveau démographique, ce genre de cas ait été quasi indiscernable et trop limité en nombre de toutes façons pour laisser des traces visibles telles que celles dont je parlerai plus avant.

Ce genre de talents tout à fait exceptionnels, dont on estime la population au maximum à quelques centaines d’individus dans le monde à l’heure actuelle, furent décrits pour la première fois en 1887 par Langdon Down, médecin anglais qui avait également décrit le syndrome qui porte son nom : Syndrome de Down, que nous appelons en français trisomie 21.

Le terme peu respectueux employé alors pour les personnes ayant des talents exceptionnels par rapport à leurs autres compétences cognitives, était et est longtemps resté celui « d’Idiots savants », ces personnes aux talents tellement exceptionnels n’ayant à l’époque été remarqués que chez des personnes atteintes de formes variées de déficience mentale plus ou moins sévères. On s’est aperçu par la suite que des personnes sans handicap mental pouvaient avoir des talents extraordinaires mais de manière encore plus rare que parmi les populations des personnes atteintes de formes variées de déficience mentale. On a donc changé l’expression Idiots savants en « syndrome savant ». Les recherches récentes montrent que plus de 50 % de personnes ayant un syndrome savant sont atteintes d’autisme. Il faut noter qu’il n’y a pas de lien entre la sévérité de l’autisme et l’existence de compétences artistiques réellement extraordinaires. Il faut préciser que les cas de syndrome savant restent tout de même très rares parmi la population des personnes atteintes d’autisme, même si cette condition y est plus fréquente que dans d’autres conditions de déficiences intellectuelles. En revanche, une proportion très significative des personnes atteintes d’autisme, évaluée entre 10 et 30 % selon les études, possède des compétences artistiques ou en calcul mental ou dans divers domaines exigeant une forte capacité de mémorisation, compétences contrastant fortement avec le reste de leurs compétences cognitives, sans toutefois atteindre un niveau tel que leurs compétences isolées deviennent remarquables par rapport à celles de l’ensemble de la population. On parle alors d’îlots de compétences : Splinter skills en anglais.

On doit également parler d’un sous groupe de personnes atteintes d’autisme au sens large, sous groupe identifié en 1944 par un psychiatre autrichien : Hans Asperger dont le nom a été utilisé pour identifier ce sous groupe : Syndrome d’Asperger, où l’on retrouve tous les signes de l’autisme sauf une apparition du langage à un âge presque normal et, où la déficience intellectuelle est peu ou pas identifiable, contrairement à l’autisme où elle est relativement fréquente. Il est à remarquer qu’aux USA, en 1943, Leo Kanner, un autre psychiatre, identifiait ce qu’il allait appeler le syndrome autistique en utilisant dans sa description du syndrome pratiquement les mêmes termes que Hans Asperger. Or ,compte tenu de l’état de guerre en 1943-1944, il est pratiquement certain que ces deux psychiatres n’avaient eu aucun échange de correspondance.

Bien qu’il y ait quelques cas de syndrome savant parmi les personnes atteintes du syndrome d’Asperger, ces cas sont en fait plus rares que dans le cas d’un autisme plus sévère, mais il s’agit là essentiellement d’un phénomène statistique lié à la prévalence relative de l’autisme et à celle du syndrome d’Asperger.

On peut trouver des exemples illustrant l’exceptionnalité des talents en question sur le site web de l’université du Wisconsin, site créé par le Dr Darrold Treffert.

Ces talents sont vraiment impressionnants, même comparés à  ceux qu’on trouve parfois dans la population non considérée comme en situation de handicap. Que ce soit en dessin et peinture, en musique, en calcul mental et même quelquefois en langues étrangères : Daniel Tamet a pu apprendre en une semaine à parler l’islandais, langue particulièrement difficile, suffisamment bien pour subir une interview à la télé islandaise… Ces talents sont toujours accompagnés de capacités de mémoire extrêmement importantes. Certaines des personnes douées de talents musicaux mémorisent en une seule écoute une nouvelle pièce musicale et arrivent à reproduire immédiatement la pièce musicale qu’elles viennent juste d’entendre. Nous avons un double phénomène : la mémorisation instantanée et l’exécution sans faute, également instantanée. Quelques-uns de ces musiciens ayant un syndrome savant connaissent plus de 10.000 pièces musicales et peuvent les rejouer à la demande sans la moindre faute. Beaucoup de ces musiciens sont des pianistes virtuoses. Un journaliste de télé sans grande compétence musicale, pour tester cette capacité de mémoire, a demandé à l’un des pianistes, Derreck Paravicini, autiste et aveugle : « Savez-vous jouer la lettre à Elise de Beethoven ? » Bien entendu, le pianiste s’est mis immédiatement à jouer le morceau de mémoire. Un autre journaliste mieux informé sur les capacités exceptionnelles de Derreck Paravicini, lui a demandé « Et si c’était Mozart qui avait composé la lettre à Elise ? Comment l’aurait il jouée ? Et là le merveilleux s’est réalisé, oui, j’emploie le terme merveilleux à dessein… Je ne connais pas de virtuose parmi les musiciens classiques, même professionnels, capables de faire cet exercice : Derreck Paravicini a joué la lettre à Elise en recréant parfaitement l’ambiance musicale mozartienne… Un peu plus tard, il a fait un exercice similaire sur un thème populaire qu’on lui a demandé de jouer à la manière d’Oscar Peterson ou de Dave Brubeck. Là aussi, Derreck Paravicini a su rendre sans faille le style des deux pianistes de jazz.

Autre compétence très étonnante : on fait écouter une seule fois à un de ces pianistes une pièce de musique classique assez complexe et dont on sait qu’il ne l’a jamais entendue, et non seulement il la mémorise à la perfection mais la rejoue instantanément avec virtuosité, sans avoir besoin de répétitions… Lors d’un reportage télévisé, après avoir joué presque à la perfection ce morceau entendu une seule foi, le musicologue connaissant les capacités de Dereck Paravicini lui a demandé s’il pouvait le rejouer un demi-ton au dessus, ce qui n’a posé aucun problème à Derreck… Les musiciens apprécieront la difficulté de l’exercice mais encore plus la qualité préservée de l’interprétation de cette pièce musicale par Derreck même après une transposition instantanée de la tonalité.

Un des chercheurs anglais dans ce domaine, Simon Baron Cohen, parle de compétences particulières pour la systématisation, compétences d’ailleurs identifiées de manière statistiquement significative chez un grand nombre de personnes atteintes d’autisme ne possédant pas par ailleurs de talents particuliers.

Or c’est exactement cela que Derreck Paravicini fait en arrivant à transformer une pièce musicale donnée en lui donnant la structure du système d’écriture de Mozart pour la musique classique ou en réinterprétant un morceau de jazz particulier en utilisant successivement les systèmes techniques de deux autres pianistes de jazz très connus.

On retrouve cette capacité à systématiser parmi plusieurs personnes ayant un syndrome savant dans le domaine du dessin : capacité à dessiner un ensemble de bâtiments d’une ville en mémorisant très rapidement la structure de la ville, avec tous ses détails.

On retrouve également la capacité à interpréter une image dans un autre style : un de ces dessinateurs autistes, Damien Eschbar, arrive à dessiner une ville donnée comme s’il s’agissait d’une image de Strasbourg ou d’une image de Marseille, ayant identifié ce qui dans un ensemble complexe de bâtiments nous fait penser à Strasbourg ou à Marseille. En gros, il a repéré le système Strasbourg et le système Marseille. 

Les compétences en calcul mental ont souvent été documentées. On les voit illustrées très fidèlement dans le film Rainman, l’exemple du nombre d’allumettes tombées d’une grosse boite et instantanément perçu est extrait d’un cas connu et décrit par Oliver Sacks dans un excellent livre, facile à lire mais très documenté : « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », description de nombreux cas neurologiques impliquant des compétences spéciales dont plusieurs de personnes ayant un syndrome savant.

Le lien avec les nombres semble parfois fusionnel. Notre fils, également autiste, avait appris tout seul les tables de multiplications à l’aide d’une petite calculette pour enfants appartenant à sa soeur et redécouvert seul le concept de nombre premier (un jour, il a dit à mon épouse mathématicienne de formation : « dans 1979, il n’y a rien »). Mon épouse lui demandant ce que cela signifiait, il a alors répondu : « il n’y a pas 2, il n’y a pas 3, il n’y a pas 5, pas 7, pas 11 pas 13, pas 17, pas 23 », ce qui est bien la définition d’un nombre premier.

Je me rappelle avec émotion d’une fois où nous avions rencontré les parents d’une jeune fille autiste aux USA. Nous avons parlé avec ces parents de l’intérêt de notre fils pour les nombres premiers. L’un des deux parents était professeur de physique à l’université de Williamstown, Massachusetts. Il a alors sorti une immense table de nombres premiers (c’était avant que les ordinateurs personnels ne soient largement disponibles pour ce genre d’utilisations). Là, nos deux enfants, âgés de 12 ans pour leur fille et de 8 ans pour mon fils, se sont penchés sur une double page imprimée couverte de nombres premiers. Ils semblaient être comme sous un charme étrange devant ces colonnes de nombres premiers…

Parmi les compétences exceptionnelles, on trouve souvent une mémorisation des lieux géographiques et des chemins y allant et en revenant. La mémoire des dates est aussi souvent exceptionnelle. Avec mon fils, il n’est pas difficile de retrouver les dates d’anniversaires ou de divers événements passés. Il m a un jour dit alors qu’un morceau de musique passait à la radio « Mais si, papa, tu connais ce morceau, nous l’avons entendu dans la voiture en 1974 sur la route entre Woodstock et Saugerties », région des USA où nous vivions plus de 15 ans auparavant…  On trouve parfois une acuité visuelle et auditive extrêmement impressionnante. Une amie psychologue me rapportait qu’un enfant autiste était connu pour entendre le train dans les grandes plaines du Midwest Américain plus d’une demie-heure avant les autres habitants de la ville…  Mon fils disait en voyant ce qui pour nous n’était qu’un petit point dans le ciel : tiens, c’est un Boeing 727 de la British Airways…

En revanche, d’autres domaines sensoriels sont parfois très déficitaires : réaction au froid ou à la chaleur, insensibilités parfois extrêmes, l’enfant ne réagissant pas à des sensations provoquant pourtant des brûlures au second degré. Ou ne réagissant pas à des bruits très forts mais réagissant à certains bruits faibles comme un certain type de froissement de papier d’aluminium.

Au niveau musical, on rencontre assez souvent chez les personnes ce qu’on appelle l’oreille absolue, la capacité de nommer une note musicale entendue sans avoir eu besoin d’un repère tonal de base tel que le son d’un diapason ou une note donnée jouée sur un instrument. Il faut noter que des recherches récentes ont montré que le phénomène d’oreille absolue existe plus fréquemment chez les nourrissons que chez les enfants plus âgés ou les adultes de manière statistiquement significative (Jenny Saffran 2001).

Passionné par la préhistoire depuis mon adolescence, j’avais très tôt été impressionné (qui ne le serait pas ?) par les talents des artistes de la préhistoire au paléolithique supérieur, dès la période dite Aurignacienne (Il y a environ 32.000 ans) comme dans la grotte Chauvet, et jusqu’à la fin du Magdalénien (il y a environ entre 17.000 et 12.000 ans ) comme dans les grottes de Niaux et Rouffignac, et entre les deux à Lascaux ou aux Combarelles ou Pech Merle et la grotte de Cosquer. Ces dessins, peintures et certaines sculptures avaient atteint une perfection du trait sans que l’on ait trouvé, pour le moment, de phases d’apprentissages dans le dessin à des périodes antérieures. Seules sont connues des marques non figuratives dont les plus anciennes ont été découvertes dans les grottes de Blombo en Afrique du Sud, et dont la datation approximative reste de moins 100.000 ans, ou des traces de doigts dans la pellicule de glaise qui recouvre certaines parois de grottes datées du paléolithique. Entre ces formes géométriques ressemblant parfois à des frises, ou traces de doigts dans la glaise, et leur art quasiment parfait de la représentation animale, ils n’ont a pas eu besoin de passer par une période d’apprentissage avec des dessins en bâtonnets, qui auraient pu ressembler à ceux exécutés par la plupart des enfants, pour arriver à produire un art représentatif achevé dont Picasso disait « Depuis Lascaux, on n’a rien inventé en peinture ». De manière étrange, ce genre de dessin en bâtonnets est apparu bien plus tard, il y a environ 10.000 ans, au Néolithique. On remarquera toutefois qu’alors que les dessins et peintures du Paléolithique ne représentent que rarement des scènes racontant une histoire, les dessins et peintures en bâtonnet du Néolithique comportent au contraire le plus souvent des représentations racontant une histoire ou décrivant des activités humaines telles que la chasse ou les labours, ces derniers d’ailleurs inventés seulement au Néolithique. Cette évolution n’est que très peu étudiée par les spécialistes de l’art préhistorique. Je n’ai pas trouvé d’articles ou de livres qui expliqueraient les causes de la  disparition de l’art représentatif réaliste du Paléolithique supérieur et l’apparition de l’art symbolique du Néolithique.

Des artistes exceptionnels du Paléolithique, dont on ne peut qu’admirer les compétences en matière de représentation, on ne connaît que peu de choses bien que de nombreuses hypothèses aient été avancées par d’illustres spécialistes de l’art préhistorique. Une des premières : l’art pour l’art, fondée sur l’idée du « Bon sauvage » empruntée à JJ Rousseau, vision édénique de la vie à la préhistoire, fut rapidement abandonnée. Une autre explication, le totémisme, ne résiste pas à une analyse plus poussée. Les analyses structuralistes de A. Leroi-Gourhan et A. Laming-Emperaire donnent une vision historique selon les styles qui sera bouleversée par les découvertes de l’art des grottes Cosquer et Chauvet, bien plus anciennes et pourtant tout autant achevées que celles du Magdalénien. Ces œuvres des grottes  Cosquer et Chauvet ont des styles qui n’entrent pas dans le schéma structuraliste de ces auteurs. La plus récente de ces théories interprétatives de l’art préhistorique est liée au chamanisme et aux visions entoptiques (que l’on peut observer lors de transes ou d’épisodes migraineux sévères).

L’hypothèse que j’ai émise il y a environ dix ans était présentée sous la forme d’une question : ces artistes du paléolithique supérieurs n’auraient-ils pu être des « génies » avec un talent inné pour le dessin, qui leur aurait permis de faire comme Nadia, c’est à dire de dessiner sans avoir appris ? Nadia, fillette atteinte d’autisme assez lourdement handicapée, dessinait à 3 ans et demi des chevaux dont le style n’a rien à envier aux meilleures représentations artistiques du paléolithique supérieur (Chauvet, Rouffignac, Niaux…) et même de croquis faits par Léonard de Vinci.

A peu près aux mêmes dates, le professeur Nick Humphrey de la LSE – London School of Economics –  (dont les activités dépassent largement le domaine de l’économie : Nick Humphrey était directeur du « Centre for Philosophy of Natural and Social Sciences », LSE, 2001 – 2008) avait émis une hypothèse très similaire à la mienne sans que nous ne nous soyons auparavant rencontrés.

Par-delà les similitudes d’apparence visuelle de ces deux formes d’art paléolithique et autistes doués en dessin, d’autres remarques les relient de manière assez convaincante : méthode de dessin détails par détails, observation très fine de détails, capacité de reproduire ces détails avec exactitude. Dans la grotte de Rouffignac en Dordogne, un détail sur un dessin de mammouth, dont personne ne comprenait le sens, a pu être enfin compris quand un cadavre entier de mammouth a été sorti intact du permafrost sibérien. Le détail correspondait à un minuscule élément de l’anatomie des mammouths, que les squelettes fossilisés ne permettaient pas de connaître. On trouve d’autres observations de détails tels que celui qui fait que les hiboux peuvent tourner leur tête en arrière à 180°, comme on le voit sur une peinture dans la grotte Chauvet.

Sens de l’échèle et du tout dans lesquels ces détails reconstituent l’ensemble. En apparence pas de recherche d’un public : la plupart de œuvres du Paléolithique supérieur sont créées dans des lieux très inaccessibles où peu d’hommes et de femmes préhistoriques ne pénétraient, elles et ils restaient à l’entrée des grottes. De plus, un grand nombre d’œuvres ont été réalisées dans des boyaux et diverticules extrêmement étroits ou sur des plafonds si bas qu’ils ne permettaient même pas de s’asseoir (grotte de Rouffignac, par exemple) on voit dans cette grotte un dessin de cheval quasiment grandeur nature, maintenant visible car le sol de la salle a été abaissé pour laisser passer un petit train électrique transportant les visiteurs.

Les guides font remarquer que le sol original se trouvait à environ 60 cm du plafond. Or les proportions de ce dessin de cheval sont parfaitement respectées, sans que l’artiste n’ait pu prendre de recul pour vérifier les proportions de son dessin. Chose que font souvent les dessinateurs prodiges autistes, arrivant à une représentation globale parfaitement proportionnée en partant de petits détails qu’ils assemblent l’un après l’autre. La représentation réaliste des animaux trouve son équivalent dans les représentations réalistes des immeubles ou autres éléments modernes que côtoient les dessinateurs prodiges autistes d’aujourd’hui. Dans les deux cas, le respect du détail semble un impératif de la représentation. On retrouve souvent dans les deux groupes d’artistes des superpositions de dessins comme si l’acte de dessiner était plus important que le dessin lui-même. Dans les deux cas, il y a très peu de représentations humaines et aussi très peu de représentations racontant une histoire (sauf chez certains dessinateurs autistes qui s’inspirent de bandes dessinées qu’ils ont mémorisées).

On peut également penser que le sens de l’observation des détails ait pu être fort utile dans le clan ou la tribu, de même que les capacités sensorielles perceptives d’une très grande acuité. Quel chamane ne refuserait de s’emparerer de ces compétences pour faire des analyses et même des prédictions lui assurant sa réputation d’homme infaillible : l’enfant autiste voyant ou entendant les troupeaux de bisons ou de cerfs bien avant les autres, capable de retrouver son chemin sur des indices de détails que les autres ne perçoivent pas, etc. Certains chamanes n’auraient-ils pas pu se servir des dons artistiques des ces personnes pour faire impression sur les autres membres de la tribu en leur faisant voir « les animaux qui sortent de la pierre ». C’est une autre particularité commune aux deux groupes d’artistes : la capacité de voir apparaître une figure dans un ensemble de lignes, cas documenté par diverses expériences sur les capacités cognitives des personnes autistes et qui semble apparent dans certains dessins préhistorique où les artistes ont utilisé les lignes et formes naturelles des parois des cavernes comme support à leur art : ils ont vu « le dos du mammouth » dans une bosse de la paroi et sa trompe dans une fente de cette paroi…

Maintenant que j’ai un peu précisé mes informations sur le sujet, je peux reformuler mon hypothèse : ces personnes exceptionnelles souvent classées sous le vocable de « syndrome savant » auraient-elles pu jouer un rôle dans le développement culturel et artistique de l’humanité ? Non qu’elle en aient étés seules responsables, mais plutôt quelles aient été des « explorateurs » de nouveaux domaines, dont des bâtisseurs pragmatiques auraient mis en oeuvre les découvertes ?

Il s’agit d’aborder le sujet de la diversité au sein des populations et en particulier de la place que peuvent y tenir des personnes différentes de « la norme« , entre autres les personnes dites handicapées, le handicap dans son acception la plus stricte n’étant que relatif à une position particulière dans une société elle-même particulière. Exemple typique : une personne avec une myopie très forte comme la mienne sera handicapée dans l’obtention de postes de travail nécessitant une acuité visuelle maximale, mais pas handicapée pour d’autres postes de travail où cette caractéristique n’est pas essentielle.

Quelle aurait pu être cette place au Paléolithique supérieur dans la production des premières œuvres d’arts figuratives naturalistes ?

Environ 50 % des cas de personnes ayant un « syndrome savant » sont des personnes atteintes d’autisme, les autres 50 % étant des personnes ayant une déficience intellectuelle, des personnes ayant subit des traumatismes neurologiques et quelques rares personnes sans conditions pathologiques particulières, par exemple des cas de démences où apparaissent subitement des compétences artistiques réellement exceptionnelles chez des personnes n’ayant pas fait preuve d’activités artistiques auparavant.

Notons qu’il ne s’agit pas de « surdoués » car en général ces personnes ont un ou deux talents exceptionnels (dessin, musique, calcul mental, etc.) mais ont en même temps des déficiences plus ou moins marquées dans la plupart des autres domaines cognitifs.

Vous trouverez sur mon site web un texte plus compréhensif avec des illustrations permettant de mieux comprendre l’hypothèse exposée ci-dessus. J’ai également écrit un texte qui aborde une controverse entre spécialistes de l’évolution cognitive humaine, certains chercheurs pensant qu’il y a du y avoir une évolution cognitive soudaine et importante du cerveau humain, avec l’apparition de nouvelles compétences intellectuelles chez l’homo Sapiens Sapiens aux environs de moins 50.000 ans à moins 30.000 ans avant le présent, laquelle évolution pourrait expliquer l’apparition très soudaine, à l’échèle de la préhistoire, des comportements artistiques et des nouvelles technologies de la pierre taillée plus raffinées découvertes par les paléoanthropologues. D’autres chercheurs plaident au contraire en faveur d’une évolution graduelle  des compétences artistiques et culturelles. Je développe dans ce texte mon hypothèse qui pourrait permettre de concilier les deux théories par une troisième pouvant à la fois situer l’évolution culturelle de la population dans son ensemble dans une continuité et l’apparition soudaine de nouvelles compétences par des cas isolés d’artistes que l’on qualifierait aujourd’hui d’autistes avec un syndrome savant, cette émergence de personnes avec un syndrome savant étant lié à un accroissement de la population humaine qui permet qu’apparaissent statistiquement de telles personnes.

Et sur le syndrome savant voir le site de l’université du Wisconsin dont le DR Darold Treffert est l’initiateur et le pilier… Vous y trouverez des exemples de « savants musicaux » ou dessinateurs dans la section Savants Profiles. J’espère que vous y trouverez autant d’émerveillement que j’en ai trouvé. Il ne s’agit pas d’un émerveillement condescendant du genre « c’est super pour une personne handicapée… » Non, très loin de là… mon émerveillement est profond et sincère… En tant que musicien de jazz amateur, je suis parfois ému aux larmes d’un tel talent chez ces personnes. Tout comme je suis ému à la vue des œuvres d’art préhistoriques…

Pour les sites sur l’art préhistorique vous avez un choix impressionnant sur internet…

* Père d’un jeune homme autiste possédant également ce genre de talents et ayant ensuite été à la rencontre d’autres personnes autistes avec des talents divers mais tout aussi merveilleux.

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161 réflexions sur « LES ORIGINES DE L’ART ET DE LA CULTURE : le rôle des individualités, par Paul Tréhin* »

  1. Eh bien j’inverserais volontiers votre titre pour inverser la question vers rôle de la collectivité, et de l’écrasement des individus. L’antithèse donc :

    La question que je glisse subrepticement est de savoir si, puisque vous parlez d’art, et donc de symbolique, si la religion a pu constituer un avantage comportemental dans la compétition pour la survie des groupes humains.

    On pourrait d’abord arguer qu’elle fourni un confort psychique, en répondant à des questions existentielles, en organisant la société, la vie, l’ordre des choses et des êtres, les travaux et les jours, etc. … elle serait l’architecte des sociétés anciennes disais je à mon bouffeur de curé de papa, qui n’était guère persuadé.

    Aujourd’hui, il me viens un autre soupçon : La religion permettrait de créer des grands groupes humains, ce mode de pensée serait à l’origine de sociétés plus larges, plus fortes donc et plus cohérentes, ce qui est un avantage compétitif énorme, voire déterminant.

    Étonnamment l’étymologie du mot rejoindrait la véritable nature de ce mode de pensé. Relier les individus serait sa grande fonction, redoublant une cohésion génétique, dans l’hypothèse endogamique, par une cohésion sociale.

    Rousseau n’avait pas besoin de cette hypothèse, dans ses « progrès imperceptibles de commencements ». Modestement je pense donc que cette forme de pensée est sélectionnée génétiquement et qu’il faut placer la modalité religieuse, qui n’est autre que le fanatisme ! au centre de la civilisation, à son origine. D’où la menace fanatique, partout. Ce comportement symbolique aurait permis une cohésion du groupe si forte, que l’avantage en terme de compétition darwinienne aurait été écrasant. Seul un fanatique peut se sacrifier. L’emprise sur l’individu doit être puissante. L’anarchie conduit à la discorde et à la perte du territoire…

    Bossuet ne disait il pas que le catholique est l’homme universel, car il ne pense pas ?

    La découverte de l’individu semble être historiquement liée à l’humanisme de la Renaissance, et donc sans doute pour un marxiste, à l’évolution des rapports de production, débuts du capitalisme. Encore qu’il resterait à préciser la lecture marxiste de la Renaissance.

    L’individu est, un avatar de notre civilisation tardive occidentale, il me semble.

    J’ai vu la grotte de Pêche Merle l’année dernière…. sans être ému. J’étais désolé, sidéré, attéré, hébété, par le gouffre temporel qui s’ouvrait à ma vue…. ce ne sont pas quarante siècles qui nous contemplent, mais … 8 tranches, chacune lourde, longue, infranchissable, de 4000 ans. Lorsque l’une est finie, en pensée, il y a la suivante. Ces figures de chevaux viennent de l’autre côté du Temps !

    La préoccupation est de savoir si quelque chose du mode de fonctionnement religieux ne vient pas interférer avec notre appréhension des problèmes actuels… un fanatisme fondamental.

    1. Quelques pistes de réflexion:
      1. L’individu n’existe pas ou plutôt il n’existe que dans les rôles sociaux qu’il est sommé d’endosser : producteur, consommateur, électeur, spectateur, etc.
      2. Le monde actuel a bel et bien une religion, qui parfois cohabite avec une autre avec plus ou moins de bonheur et d’intensité.
      Cette religion est celle du capital, son langage est l’argent.
      3. En ce qui concerne Marx, je crois que l’essentiel de sa pensée est que l’histoire n’est qu’une « préhistoire de l’humanité » tant que les prolétaires ne se sont pas affranchis de toutes leurs chaînes.

    2. La religion permettrait de créer des grands groupes humains, ce mode de pensée serait à l’origine de sociétés plus larges, plus fortes donc et plus cohérentes, ce qui est un avantage compétitif énorme, voire déterminant.

      Bien vu. Un système de croyances fort donne à un groupe social un avantage « darwinien » s’il est en compétition avec d’autres groupes. C’est d’autant plus vrai que le système de croyances se transmet aux groupes qui sont, de ce fait, dominés. Par effet « boule de neige », des empires se forment.

      Les systèmes de croyances peuvent être vus comme les armes des groupes sociaux. Il s’agit principalement des religions, mais pas seulement…

    3. Vous dites:  » La question que je glisse subrepticement est de savoir si, puisque vous parlez d’art, et donc de symbolique, »
      Sur ce point je pense qu’il est important de déconnecter l’art et le symbolique. De nombreuses personnes sont capables de pensée symbolique sans pour autant avoir de talents artistiques. Inversement des artistes capables de produire des oeuvres magnifiques ne font pas appel à une pensée symbolique, c’est dans ces cas les critiques et interprètes qui attribuent des valeurs symboliques à certaines de ces oeuvres.

      si la religion a pu constituer un avantage comportemental dans la compétition pour la survie des groupes humains.
      Là vous entrez dans un domaine particulièrement délicat: les cultures subissent-elles le phénomène de l’évolution darwinienne ? Domaine qui a conduit certains auteurs à ce que l’on a appelé la « sociobiologie » théorie pouvant assez facilement virer au détermnisme social et au racisme. Que certains phénomènes humains d’ordre ontologiques puissent être séléctionnés en fonction de leur adaptation au milieu peut se discuter, c’est par exemple de ce sujet que traite la « Mémétique » une discipline apparemment intéressante mais assez décevante en fin de compte car elle fonde la transmission de savoirs élémentaires principalement sur l’imitation… Ceux qui seraient le mieux adaptés au milieu social ambiant persisteraient, les autres seraient éliminés
      Mais d’un côté, les sujets d’imitation sont trop diversifiés, allant de simples gestes sociaux(salut amicald’une forme donnée ») ou expression qui se répendent comme « C’est classe » ou de formulation comme « C’était chic de chez chic » et allant jusqu’à des citations se généralisant dans leur utilisation dans une société particulière: « Q’allait-il faire en cette galère ». Certaines persistent d’autre disparaissent, la mémétique se propose d’essayer de comprendre par quels processus d’évolution ces divers objets d’imitation évoluent.

      J’ai un peu participé à des discussions au sujet de cette discipline mais son objet se devrait d’être précisé, entre autre la notion d’imitation…
      Pour revenir à votre question plusieurs chercheurs ont essayé de montrer la nature évolutioniste des religions au niveau des groupes.

      Vous dites ensuite en parlant de la religion: « redoublant une cohésion génétique, dans l’hypothèse endogamique »
      Ce serait plutôt un facteur de consanguinité et d’apauvrissement du patrimoine génétique donc à terme une cause de disparition du groupe social concerné…

      Enfin je comprends très facilement vos réactions lors de le visite de Pech Merle qui est par la diversité des époques d’occupation une des plus complexe à comprendre. On y trouve un exemple très intéresant de l’utilisation des figures naturelles de la roche dans les deux chevaux http://www.quercy.net/pechmerle/images/imgN_600.jpg
      Toutefois cette oauvre fait parti de celles qui me posent le plus de problèmes car bien qu’utilisant les formes naturelles de la roche la tête du cheval y est dessinée de manière très shématique. Par ailleurs on trouve sur cette parroi des styles artistiques très différents… Je me suis promis d’essayer d’obtenir une autorisation de recherche pour pouvoir m’approcher de plus près et de mieux voir les traits constitutifs de cette peinture.
      Je vous en reparlerais si j’obtenais l’autorisation de le faire…

    4. Merci pour ce texte enrichissant. Merci de remettre la norme à sa place, elle qui a tendance à exterminer la diversité, cette richesse à nulle autre pareille. La rigueur de la norme est un bon indicateur de l’humanité d’une société.

      Lisztfr,

      La préoccupation est de savoir si quelque chose du mode de fonctionnement religieux ne vient pas interférer avec notre appréhension des problèmes actuels… un fanatisme fondamental.

      elle [la religion] fourni un confort psychique, en répondant à des questions existentielles, en organisant la société, la vie, l’ordre des choses et des êtres, les travaux et les jours, etc.

      Oui. Mille fois oui. Et nous payons, aujourd’hui notamment, le prix de ce confort psychique. Ce confort n’est qu’un voile jeté sur nos peurs, ces peurs qui naissent à la pensée des questions existentielles. On pourrait retracer l’histoire de ces religions et la manière dont le voile a changé d’aspect, ça a été fait en partie ici il me semble, sur le protestantisme par exemple, mais le constat restera le même, pour moi en tout cas ! : cette crise est une crise de civilisation, c’est l’occasion que nous nous offrons de jeter le voile et d’affronter nos peurs. Ce ne sera pas facile, bien évidemment sans quoi nos ancêtres l’auraient fait, mais nous avons aujourd’hui une connaissance de l’autre que eux n’avaient pas. Nous disposons d’une sécurité alimentaire, épidémiologique, militaire que eux n’avaient pas : ils leur fallait à l’époque parer au plus pressé, les attaques ennemies, les maladies, les famines, et leur plus grande force était l’union, qui alors se faisait le plus facilement grâce à la religion.

      Ma plus grande peur est que nous rations cette occasion, que les solutions apportées aux crises particulières (économique, écologique, énergétique…) favorisent une nouvelle fois la délégation des responsabilités qui nous incombent. Si nous ne faisons pas tout pour favoriser une prise de conscience de tous alors une nouvelle religion trouvera sa place, ou la religion du salariat comme unique occupation continuera de s’imposer. Un nouveau voile masquera notre propre vision de notre existence. Et ce sera encore une fois la porte ouverte à toutes les dérives, à toutes les normes, à tous les asservissements.

    5. @ Fab dit : 23 novembre 2010 à 17:56

      Rester dans la norme ou en sortir ? Voila bien la question qui a conduit à une sorte de blocage dans nos échanges.

      Il y a toujours un risque à introduire un changement dans un système ou dans « le système », avec le sens que vous lui donnez.

      Quand le changement introduit, concerne un nombre réduit ou fonctionnellement très bien circonscrit d’éléments concourant à la performance globale du système et que les risques inhérents à la modification introduite, peuvent se révéler rapidement, ne pas entraîner d’effets indésirables trop difficiles et coûteux à surmonter et à corriger au niveau global, s’engager avec un nouveau système peut s’envisager.

      Mais quand la modification implique de profonds changements, dans un système aussi complexe qu’une civilisation quasi planétaire, aux temps d’incubation, de propagation et donc de réponse très longs, elle peut très bien se révéler mortifère.

      Les changements introduits dans les bases morales et éducatives font partie des modifications dangereuses parce qu’elles nécessitent de longs délais pour révéler leurs effets. S’ils sont négatifs mais circonscrits à une région, ou un pays, seuls les imprudents pourront en souffrir et se trouver ainsi les premiers éliminés dans le processus de sélection qui règne sur notre terre.
      Mais quand une modification concerne la presque totalité de la population de notre planète telle que celle consistant à consommer sans aucune retenue les énergies fossiles, le danger peut devenir insurmontable, à l’exception de quelles communautés isolées et autonomes.

      Le dimensionnement des ressources susceptibles de devoir être consacrées à la correction des effets indésirables, c’est-à-dire à couvrir les risques liés au changement, revêt donc une importance capitale. Le capital nécessaire peut éventuellement excéder l’intégralité des ressources mobilisables, ce qui conduit alors à la fin de l’aventure et à la fin des êtres impliqués.
      C’est ce que j’ai évoqué ici : http://www.pauljorion.com/blog/?p=18775#comment-126318

      Vos appels à ne pas avoir peur, à oser sortir des normes, mettent en jeu la civilisation, ses règles de conduite et même ses processus d’accès aux ressources vitales quand on va jusqu’à en appeler à cesser de travailler.
      C’est suicidaire et d’ailleurs, les sectes qui s’engagent dans des aventures de ce type en arrivent parfois à cette extrémité.
      Je suis navré Fab, je ne vous suis pas dans vos aventures, parce que je suis partisan de la prévention des risques, surtout quand cela peut aller jusqu’à mettre en cause des vies.

    6. jducac mon image dans le miroir de la société,

      Je peux vous parler franchement, vous êtes mon image, vous êtes aussi radical que moi.

      1. Vous avez un souci avec l’intelligence, avec la définition que vous vous faites de l’intelligence, à laquelle vous intégrez un complexe de manque de culture, selon vous ! Effectivement on n’en a rien à faire de B.Pascal et de son esprit géométrique ! Mais si l’on veut échanger avec quelqu’un qui parle ce langage il faut le comprendre, c’est tout. C’est un jeu, une politesse, rien d’autre, qui dans le meilleur des cas permet de dialoguer, d’apprendre et éventuellement de faire bouger les choses.

      2. Vous croyez que le système est complexe. Je ne le pense pas. C’est rassurant de croire à la complexité du monde, mais c’est très simple : on naît, on vit, on meurt. Le reste, c’est du tricotage, de la complexification qui nous a permis de nous occuper sans trop penser à la simplicité nue qui effraie, convenez-en.

      3.

      Les changements introduits dans les bases morales et éducatives font partie des modifications dangereuses parce qu’elles nécessitent de longs délais pour révéler leurs effets.

      Exactement ! C’est ce qui s’est passé pour notre civilisation ! Je suis 100% d’accord : « Mais quand une modification concerne la presque totalité de la population de notre planète telle que celle consistant à consommer sans aucune retenue les énergies fossiles, le danger peut devenir insurmontable, à l’exception de quelles communautés isolées et autonomes. ». Notre civilisation, ses bases morales et éducatives, ses croyances pour masquer la nudité de la simplicité, en est arrivée là !

      On ne prend donc pas un si gros risque : je vois mal comment on pourrait faire pire ! Surtout si l’idée de prise de conscience sous-tend l’envie de mieux, de plus fraternel, etc. !!!

      4. L

      e dimensionnement des ressources susceptibles de devoir être consacrées à la correction des effets indésirables, c’est-à-dire à couvrir les risques liés au changement, revêt donc une importance capitale. Le capital nécessaire peut éventuellement excéder l’intégralité des ressources mobilisables, ce qui conduit alors à la fin de l’aventure et à la fin des êtres impliqués.
      C’est ce que j’ai évoqué ici : http://www.pauljorion.com/blog/?p=18775#comment-126318

      Encore une fois : totalement d’accord (enfin je pense : ce paragraphe n’est pas très clair, mais le lien que vous proposez si, ça compense) ! Il faut donc anticiper le mouvement ! Et quelle meilleure anticipation que de laisser s’exprimer le ras-le-bol consumériste !?

      5.

      Vos appels à ne pas avoir peur, à oser sortir des normes, mettent en jeu la civilisation, ses règles de conduite et même ses processus d’accès aux ressources vitales quand on va jusqu’à en appeler à cesser de travailler.

      D’accord encore (comme c’est bizarre…) ! Sauf quand vous parlez du travail, mais ça… Oui : une crise de civilisation implique un changement de civilisation. A ne pas comprendre bien sûr, mais ça va mieux en le disant, comme la fin de l’humanité !!!
      Quant au travail, une nouvelle fois, il s’agit du salariat et il ne s’agit pas d' »appeler à cesser de travailler », sinon c’est retomber dans les croyances de l’actuelle civilisation, à savoir qu’un pastre qui s’adresse au troupeau c’est bien puisque c’est comme ça que ça a « toujours » été, mais de prendre le temps de s’interroger sur le bien que notre travail nous apporte, apporte à la société, à l’humanité, et à la planète ! Tout un programme…

      En conclusion : nous sommes d’accord.

      C’est en effet notre civilisation qui doit en toute conscience mettre fin à sa marche afin de laisser la place à autre chose, à une autre civilisation. Ce qui ne peut faire suite qu’à une démarche volontaire de la société entière, démarche consciente et tournée vers le bien : que demande le peuple ! Aucun risque : que du bonheur !

      Bonne journée !

    7. @ Fab dit : 27 novembre 2010 à 08:18

      Vous avez un souci avec l’intelligence……un complexe de manque de culture

      A moins d’avoir la science infuse, la compréhension des phénomènes qui régissent la marche du monde, donc aussi celle des hommes, oblige à la réflexion, à la mise en action de ses neurones, à un travail de mise en relation, d’analyse, de déduction, d’ébauche d’hypothèses et de filtrage pour éliminer des causes possibles mais qui doivent être rejetées face aux preuves qui les condamnent.

      Au risque de paraître prétentieux, je ne vis pas le manque de culture comme un handicap fatal, comme un complexe à surmonter.
      Non, c’est assez souvent le contraire. Le fait de se sentir vierge de très nombreuses influences, est ressenti chez moi comme un avantage. C’est surtout vrai quand je vois des gens, pétris de culture, être prisonniers des théories bâties par des hommes (ou femmes illustres) et bien embarrassés pour les défendre lorsqu’on ose les mettre en doute.
      C’est probablement qu’ils se sont approprié les conceptions des autres sans les passer au filtre de la raison critique. Ils sont restés au stade de la séduction qui aveugle et n’ont pas toujours le courage et l’assurance pour se sortir des pièges dans lesquels ils se sont enfermés.

      En conclusion : nous sommes d’accord.

      Tant mieux, mais je crois que vous allez trop vite.

      Vous franchissez allègrement les signaux d’alerte que je vous lance, sans ménagement, avec mes histoires de sectes, avec ma relation et connexion au passé, avec mon attachement au travail, qu’il soit subordonné, salarié ou pas, avec ma défense du capital, avec Etc….

      En fait, ces signaux sont des appels au réalisme. Je sais, ils risquent de ternir un idéal trop éblouissant, trop charmeur et qui pourrait se révéler destructeur, s’il aboutit à une impasse.

      Si vous voulez nous voir d’accord, il vous faut me montrer comment vous prenez en compte les risques liés aux grandes ruptures qui touchent ces composantes de notre civilisation. Vous me semblez les enjamber trop facilement pour les avoir analysées dans toute leur complexité.

      Il ne suffit pas de me dire « tout est simple et vous verrez, ça marchera parce que nous avons envie que ça change ».
      Désolé de vous obliger au travail en ce dimanche.

    8. jducac,

      Ne soyez pas désolé, j’ai attaqué de bonne heure !

      Vous me parlez de nouveau de risques, j’ai beau chercher, je n’en vois pas de plus grands que si l’on ne fait rien…avec la certitude que des milliards d’êtres humains, animaux, végétaux victimes des risques actuels préféreraient tenter « l’aventure » !

      « Quant au travail, une nouvelle fois, il s’agit du salariat et il ne s’agit pas d’ »appeler à cesser de travailler », sinon c’est retomber dans les croyances de l’actuelle civilisation, à savoir qu’un pastre qui s’adresse au troupeau c’est bien puisque c’est comme ça que ça a « toujours » été, mais de prendre le temps de s’interroger sur le bien que notre travail nous apporte, apporte à la société, à l’humanité, et à la planète ! Tout un programme… »

      Et puis les choses commencent à bouger : même les économistes les plus pointus pensent qu’il n’est pas bon d’imposer le travail !

    9. @Jducac :

      J’imagine bien que la prudence ( prudentia) est une vertu cardinale que l’on ne peut que regretter amèrement d’oublier .

      Mas en fait le décor ( le sytème) n’est plus en équilibre positif . Si l’on s’en réfère à la démarche qualité qui vous a accompagné , il ne correspond plus aux besoins et à la demande du client . Il s’auto-alimente pour le bien être de la minorité et sa propre  » veau d’orisation  » narcissique .

      Ce n’est pas de la critique des logiques dont il s’agit , mais d’une modification de la commande par le groupe .

      Dès lors la recherche des nouveaux « ferments  » externes devient la nécessité vitale , car c’est la poursuite du  » système  » en l’état qui apporte les destructions . Changement de commande , changement de sytème , mais garder les vertus carinales ( entre autres ) .

      En 1914 , l’armée française était supérieure à l’armée allemande .

      Mais elle se battait avec des outils et des méthodes non remises en cause .

      Un certain Nivelle ne l’a jamais compris et a même refusé de reconnaître ses erreurs jusqu’à la mort .

      Paix à son âme .

    10. @ Fab dit : 28 novembre 2010 à 17:22

      Et puis les choses commencent à bouger : même les économistes les plus pointus pensent qu’il n’est pas bon d’imposer le travail !

      Bien évidemment, il faut veiller à satisfaire, au moindre coût, le client final consommateur de la richesse crée par cette formidable machine à produire qu’est le couple capital-travail.
      Je le rêve fusionnel, pour qu’il se perpétue dans l’amour, la paix et l’harmonie, plutôt que dans la rivalité destructrice.
      La fiscalité à laquelle P. Jorion s’intéresse aujourd’hui, entre dans le coût des produits et services. Il convient donc ne pas la faire peser n’importe où et à n’importe quel niveau sans analyser les conséquences sur le consommateur final qu’il faut bien identifier, au bon niveau, au bon endroit, en tenant compte d’où il tire ses revenus.

      Vous m’avez bien suivi dans l’idée que je me fais du capital et quand je dis que, pour qu’un travailleur devienne peu à peu capitaliste, il doit travailler beaucoup et consommer peu. En procédant ainsi il peut, au fur et à mesure de l’augmentation de son capital, le transformer en moyen de production pour accroître sa productivité et ainsi mieux vivre, car moins accaparé qu’initialement par la part travail de son activité.
      Bien évidemment, au fur et à mesure que la part capital augmente, sa gestion représente une tâche, donc du travail, mais un travail à plus haute performance. C’est ce à quoi sont confrontés les artisans, les agriculteurs, les entrepreneurs débutants Etc… Les meilleurs sortent vainqueurs, les autres sont éliminés selon la loi implacable de sélection qui règne sur notre terre.

      Mais pour que ce type de réflexion concernant le couplage capital-travail, menée au niveau des individus, soit réellement profitable, il convient de l’appliquer à un niveau supérieur, par exemple au niveau d’une grosse entreprise, d’un pays, d’une nation, en l’imaginant comme un seul être vivant.
      On peut même l’appliquer au niveau d’une grande zone géographique ou même au-delà, à la planète entière. Il n’est pas indispensable de passer par une phase de collectivisation du capital, donc des moyens de production. Chacun de nous peut très bien parler de « nos entreprises », par exemple, sans en posséder la moindre part et tout en sachant qu’elles n’appartiennent pas à l’état mais à des particuliers, lesquels ne sont peut-être même pas résidants sur notre sol.
      C’est ce type de raisonnement que la Chine a dû faire. La sélection qui s’opère au niveau des entrepreneurs individuels, s’opère aussi au niveau des entreprises plus importantes et aux niveaux supérieurs.
      On a tout lieu de penser que l’évolution de l’humanité conduit à devoir raisonner, actuellement, au moins au niveau des nations voire même des grandes régions géographiques. Il en résulte que ceux qui en sont encore à réfléchir en termes de lutte entre capital et travail au niveau de ce qui se joue à l’intérieur des entreprises, ou des pays, sont en retard de plusieurs guerres, car tout se joue à un niveau bien supérieur.
      Si l’on en arrive à ne pas taxer le travail, il faut probablement ne pas taxer non plus le capital productif, ni ses revenus. Le mieux est de ne taxer que la consommation qui est ce qui épuise définitivement les richesses de notre planète. Cela conduit à réduire le plus possible les dépenses de l’Etat et à responsabiliser le plus possible les individus.

      C’est aller à l’inverse de ce qui s’est fait en Europe depuis la dernière guerre mondiale. Il y a un travail colossal à fournir pour faire comprendre cela à des populations qui ont été transformées en enfants gâtés grâce une énergie encore bon marché.

  2. Bonjour à tous :-),

    Votre article est passionnant…
    Je vais visiter votre site web ce soir certainement.

    En attendant pardon d’être un peu hors sujet,
    pour rappeler qu’aujourd’hui:

    C’est le 250ème anniversaire de la naissance de #Gracchus_BABEUF.
    Né le #23_novembre 1760 – Guillotiné le 27 mai 1797 (à l’âge de 36 ans)

    Babeuf est l’«inventeur» du premier système communiste, appelé le babouvisme, qui prévoyait la suppression de toutes les inégalités et l’abolition de la propriété individuelle.

    « Si le peuple est souverain, il doit exercer lui-même tout LE PLUS qu’il peut de souveraineté. »

     » Plus de propriété individuelle, la Terre n’est à personne, les fruits sont à tous le monde. »

     » La propriété est odieuse dans son principe et meurtrière dans ces effets. »

    Cordialement,
    Ordjoun

    1. Pas de problème avec ce « hors sujet » tant que nous y sommes, je rappelle une citation de Blaise Pascal « Ce Chien est à moi disait l’enfant, de là toute injustice et toute iniqquité… »

      Paul

  3. @ Paul Tréhin

    Très bel article, merci. Je retiens deux thèses aussi intéressante l’une que l’autre : 1) que des autistes sont peut-être les inventeurs de l’art préhistorique, et 2) que leur spécialisation extrême a pu être utile à la tribu. Sans doute connaissez-vous le livre de Tyler Cowen, Create your own economy ? En dépit de son titre, il parle principalement d’autisme, et de la place et de l’utilité de leurs compétences dans la société.

    @ Lisztfr

    Il y a sûrement de nombreuses théories sur l’évolution de la religion, et je ne connais pas le sujet. Mais j’ai lu quelque part qu’un des effets potentiellement « utile » des croyances et des superstitions est de nous faire adhérer aux règles. L’espèce humaine aurait évolué une capacité à secréter des règles de comportement, et une propension à y adhérer pour des raisons « divines » ou « cosmiques ». Une recherche sur Internet vous en dira beaucoup plus.

    A voir aussi, les travaux de Peter Leeson sur les Roms. Il émet l’hypothèse que les nombreuses croyances surnaturelles des Roms ont été un substitut à des institutions plus formelles pour assurer le maintien de la loi et de l’ordre dans les relations d’un peuple nomade et dispersé.
    http://www.peterleeson.com/Gypsies.pdf

    Cdt,
    GSF

    1. Gu Si Fang dit :
      23 novembre 2010 à 08:23
      @ Paul Tréhin

      Très bel article, merci. Je retiens deux thèses aussi intéressante l’une que l’autre : 1) que des autistes sont peut-être les inventeurs de l’art préhistorique, et 2) que leur spécialisation extrême a pu être utile à la tribu. Sans doute connaissez-vous le livre de Tyler Cowen, Create your own economy ?

      Je ne connaissais pas le livre que vous citez… Je vais aller voir sil y a des analyses et me l’achèterai peut-être.

      Merci de votre aimable commentaire et de la référence à ce livre.

    2. Toujours dans Create your own economy, Tyler Cowen écrit :

      Amanda Baggs, who cannot communicate effectively through normal talking but whose writings are sharper, smarter, and more piercing than most of what you read from Ph.D.s; search for her on YouTube for a startling lesson in the difference between spoken and written communication.

      Voici la vidéo :
      http://www.youtube.com/watch?v=JnylM1hI2jc

  4. Les outils premiers n’avaient certes pas vocation à être parfaitement parfaits. Mais la loi de l’accélération technologique mise en évidence par Ray Kurzweil nous apprend que la découverte de nouveaux outils se fait en trois phases: invention et croissance rapide, puis croissance exponentielle et enfin la phase de plateau dans l’attente d’une nouvelle invention qui permettra de transcender la première. Je crois donc qu’on peut se passer du rôle central de l’intervention d’autistes savants pour expliquer l’explosion du paradigme technologique de la pierre taillée. Mais on ne peut nier leur rôle dans toutes les phase du paradigme technologique.

    S’il faut retenir un chiffre à propos de l’autisme, c’est que la proportion de gens intéressants du point de vue de la sensibilité humaine, qu’elle soit par ailleurs diagnostiquée au point de vue médical ou pas est de 1%. Parmi cette personne sur cent que nous croisons dans la rue une sur deux a la capacité de changer radicalement notre façon de voir le monde et de nous permettre de le changer de bonne manière. Malheureusement, le traitement que notre société réserve à ces gens exceptionnels et ce dès le plus jeune âge n’a rien à envier à ce que faisaient subir à leurs martyrs les pires régimes totalitaires de l’histoire. Exclusion, manque de reconnaissance, absence de soins adaptés (on soigne encore des autistes avec des traitements pour la schizophrénie)

    Car le pire des vertiges ne nous étreint il pas lorsqu’on contemple devant soi la possibilité de changer le monde?

    Je suis également frappé par la capacité qu’ont les NT (cette abréviation vaut pour la désignation par le terme de « neurotypiques » les non autistes et j’emploie cette circonvolution pour ne pas employer le terme « normal », mais oups, ça y est je l’ai fait) de s’émerveiller devant le talent miraculeux des autistes savants et de les oublier aussi vite, les abandonnant à leur éternelle et insoluble solitude. Jalousie? Peur irrationnelle? Honte d’être vu en société? L’humanité de chacun se nourrit de présence et de reconnaissance. L’autisme est un handicap de la relation avec autrui, et ça se soigne un peu en provoquant des occasions de se voir et de se parler.

    J’ai l’impression que l’apparition de l’art symbolique c’est peut être la transition entre enfance et âge adulte: l’apparition de préceptes religieux à cause de la vie en société dans les campagnes fertiles et relativement peuplées du néolithique.

    J’en conclus à nouveau, comme mon expérience me l’a appris, que si l’autisme pouvait se soigner l’humanité serait dans de beaux draps car il lui manquerait les gardiens des clefs de la partie essentielle de la percée technologique, l’invention. Même si le statut d’inventeur est valorisé dans nos sociétés, de nombreux inventeurs de génie ont malheureusement disparu dans la misère à cause de l’absence de reconnaissance de la part des contemporains.

    J’ai été témoin du parcours d’un ami autiste http://envoyedesanges.free.fr/chronologie.html capable d’être assez fort pour essayer de se soigner lui même en se faisant « dorloter », sorte de pis aller à ce que la science mettra au point, (peut être un traitement à base d’ocytocine dans un proche avenir?) http://envoyedesanges.free.fr/chronologie.html Je pense que le génie individuel est la seule manière de résoudre les problèmes d’une certaine complexité mais que la somme des hasards bienvenus, les rencontres entre les personnes qu’il faut au bon moment peuvent engendrer la découverte de nouveaux paradigmes. Point de vue tempéré par le rappel sinistre de Paul Jorion quand il parle de la mise en avant dangereuse des individualités qu’on constate en ces périodes de crise.

    1. Alain, j’aime beaucoup vos commentaires et ils correspondent à mes sentiments peu de personnes prennent le temps d’essayer de comprendre et d’apprécier ces talents n’y voyant que des manifestations de l’ordre de l’extraordinaire au sens bizarreries des compétences , alors que les trouve extraordinaires dans le sens admirable de leur art et de leur personnalités. Je signale que grâce à la persévération de professionnels et de parents aptes à nourrir les compétences initiales de leurs enfants, nombreux sont celles et ceux qui ont pu trouver une place dans la société, trois des pianistes jouent comme musiciens dans des orchestres professionnels et vendent aussi leurs interprétations sur Internet d’autres vendent leurs tableaux aussi sur internet. A propos d’internet une personne atteinte d’autisme fort connue par les parents de personnes autistes et professionnels de l’autisme « Temple Grandin » a dit qu’internet avait été le plus beau cadeau fait aux personnes atteinte d’autisme ; en effet la communication y est visuelle (en général un point fort dans l’autisme) et n’exige pas une réponse du tac au tac, elle n’est pas intrusive comme peut l’être un coup de téléphone. De plus on choisi son moment pour aller voir ses e-mail ou un forum de discussion alors qu’un coup de téléphone est imprévisible… les personnes atteinte d’autisme n’aiment généralement pas ce qui est imprévisible.

      Vous dites: « que si l’autisme pouvait se soigner l’humanité serait dans de beaux draps car il lui manquerait les gardiens des clefs de la partie essentielle de la percée technologique, l’invention. »
      Il se trouve que Temple Grandin citée plus haut conclu souvent ses conférence en disant « Si on était arrivé à supprimer l’autisme à la préhistoire, les humains seraient encore en train de bavarder autour de feux de bois à l’entrée d’une caverne »…

      Temple Grandin est un des exemples du savoir faire des parents et des éducateurs qui ont su utiliser ses talents de contact avec les animaux et sont arrivés à la conduire jusqu’à un doctorat en psychologie animale. Elle est actuellement considérée comme une experte mondiale dans le domaine des installations pour le bétail… Bon ce n’est pas très joyeux car il s’agit d’installations d’abattages pour la boucherie, mais elle a pu avoir un travail à un très haut niveau de compétence. C’est par ailleurs une conférencière hors pair… Nous avons beaucoup parlé de mon hypothèse lors de diverses conférences…

      J’ai développé le thème de l’utilisation des compétences existantes dans un article très récent, aussi disponible sur mon site « Autisme et Créativité » j’y invite les professionnels à se transformer en « Sherlock Holmes » pour d’abord détecter ces talents, car ils sont souvent cachés par des comportements et des gestes répétitifs, cela même si ces talents ne sont pas exceptionnels, puis à apprendre à nourrir ces talents, dont le rôle au niveau de la socialisation est fondamental pour des enfants ayant très souvent étés en situation d’échec, car ils leurs permettent se sentir reconnus pour quelque chose qu’il font bien, ce qui est un facteur d’amélioration de l’estime de soi et même plus, de respect par les autres…

      Vous dites enfin : « assez fort pour essayer de se soigner lui même en se faisant « dorloter » « ,
      Temple grandin, encore elle, a inventé une machine à se faire dorloter, mais comme elle l’explique très bien ; il s’agit de pressions assez fortes mais sous son propre contrôle… Elle a appelé sa machine le « Squeeze machine ».

    2. Vous dites: « Les outils premiers n’avaient certes pas vocation à être parfaitement parfaits. »

      C’est en effet exact, si on ne considère que la fonction, ça l’est un peu moins si l’on considère le détour de production que nécessite la fabrication d’un outil, il faut aller chercher, parfois très loin, un bloc de silex dont on va devoir extraire un nodule avant de pouvoir fabriquer un outil. Au cours de l’évolution des outils en pierre taillée, la longueur de tranchant obtenue à partir d’une même masse de silex a été multipliée par un facteur entre 100 et 1000, ce qui réduisait le détour de production en réduisant le nombre d’expéditions à la recherche de blocs de silex et la part du travail dédiée à la préparation du nodule dont on tire les outils…

      Autre considération pour créer des outils parfaits: dès les débuts de la fabrication de bifaces de style Acheuléens, on remarqué le soin apporté par le tailleur d’outil à donner au biface une symétrie ne semblant pas nécessaire à l’efficacité de l’outil, en particulier compte tenu de la durée nécessaire à l’obtention de cette symétrie… Michel Lorblanchet voit dans cette recherche de symétrie un début de recherche esthétique, cette dernière est confirmée par la découverte d’outils où le tailleur de pierre a recherché des silex ou des roches très colorées ou contenant des incrustations de coquillages fossilisés…(Michel Lorblanchet « La naissance de l’art », éditions Errance, Paris 1999.

  5. Merci pour ce très intéressant article; dommage que l’économie et la politique ne fassent apparemment pas partie des domaines d’excellence de ces génies spécialisés, nous en aurions bien besoin actuellement !

    Quelques questions tout de même : quel est le taux de survenance de ces cas dans la population générale ? Que donne ce taux appliqué au nombre estimé des paléolithiques dans les divers continents ? Pourquoi les grottes ornées du paléolithique supérieur se trouvent-elles quasi exclusivement en France et Espagne ?

    1. Les grottes ornées du paléolithique supérieur sont plus nombreuses dans le sud de la France et en Espagne pour deux raisons principales:
      1: A cause d’un épisode de glaciation qui a conduit les populations à se regrouper dans le sud de l’Europe aux conditions climatiques plus clémentes.
      2: Un contexte géologique propice à l’existence de cavités naturelles.

    2. Le taux de prévalence de l’autisme en général est en l’état actuel des connaissances de l’ordre de 1/150 et les talents remarquables, sans être exceptionnels, sont présents dans environ 10% de ces cas de personnes autistes, La chercheuse Patricia Howlin grande spécialiste du domaine a donné une estimation plus forte environ 30% dans une étude assez récente en 2007 (de mémoire…). Les cas de talents réellement exceptionnels détectés sont de l’ordre de quelques centaines pour le monde entier aujourd’hui. Mais il ne s’agit que de ceux qui ont été détectée et à ma connaissance aucune étude statistique sérieuse n’a été faite.
      J’attribue à cette faible prévalence rapportée à des populations encore faibles au Paléolithique supérieur, la rareté des oeuvres retrouvées ainsi que leur espacement dans le temps, en effet compte tenu de cette rareté il pouvait se passer des générations entre les apparitions de cas de syndrome savant. On peut noter que l’art du Néolithique est beaucoup plus fréquent que celui du paléolithique, bien que plus souvent exposé aux intempéries ou exécutés sur des supports se conservant moins bien, comme un des commentaires me l’a fait remarquer. Cette plus grande fréquence pourrait s’expliquer par le style plus schématique plus à la portée de tous les dessinateurs même sans grand talents pour la représentation. Il s’agit par ailleurs d’un art narratif, représentant des cérémonies chamaniques ou des expéditions de chasses ou encore des scènes de labours… Le talent est ici beaucoup plus du domaine symbolique que dans les peintures et gravures du Paléolithique.

  6. Votre texte est tout à fait passionnant, mais je voudrais à priori émettre une idée – je ne suis pas expert – à propos de l’art des origines. Il me semble – après avoir fréquenté les spécialistes, j’ai réalisé des documentaires pour ARTE à propos de la Grotte Chauvet – que les conditions de vie il y a 35 000 ans était probablement moins difficile que vous le dites: petits groupes sur d’immenses territoires avec une nourriture abondante. le nomadisme lié au passage des saumons, ou des grands troupeaux de ruminants. J’ai filmé une discussion en 98, où un des chercheurs comparaient l’art pariétal au travail de graffitis d’aujourd’hui. Tout le monde dessinait et gravait prétendait-il, parce qu’ils avaient beaucoup plus de loisir qu’aujourd’hui. Cela n’est évidemment pas la pensée dominante chez les Préhistoriens qui sont des gens prudents et peu bavards. Cela n’enlève rien à vos observations touchantes, sensibles d’aujourd’hui. Je crois à la suite d’un chercheur comme Frans de Waal que l’empathie est une qualité de tous les primates. L’horreur vient après avec le « progrès ».

    1. Marshall Sahlins: Stone age economica, 1972
      Traduction française: Âge de pierre, âge d’abondance, Economie des sociétés primitives, Gallimard, 1976. préface de Pierre Clastre.

    2. Merci de ce commentaire mais il me semble qu’il y a un écart assez important entre les graphitis actuels et la finesse des dessins et peintures du Paléolithique supérieur.

      L’hypothèse faite par les chercheurs dont vous parlez « Tout le monde dessinait et gravait prétendait-il, parce qu’ils avaient beaucoup plus de loisir qu’aujourd’hui. correspond en effet à une hypothèse abandonnée depuis assez longtemps liée à une représentation naïve des temps préhistoriques comme d’un paradis perdu, représentation inspirée des pensées de JJ Rousseau…

      Personnellement je ne pense pas que tout le monde dessinait , pas plus qu’aujourdh’ui, cela malgré les leçons de dessins pourtant reçues à l’école… Ce qui pourrait le plus se rapprocher des graphitis au Paléolithique seraient les représentations très simplifiées de sexes féminins que l’on trouve dans de très nombreuses grottes ornées, dessins et gravures à la portée de n’importe quel individu même peu talentueux,
      L’hypothèse que tout le mond dessinait est contredite par les longues périodes d’absence de peintures et de dessins parfois même dans une même grotte comme à Pech Merle ou à Cosquer: plus de 4000 ans sans dessins ni peintures, comment serait-ce possible si tout le monde dessinait; mon hypothèse explique ces absences par la rareté des cas qui pouvaient trèq bien n’apparaitre qu’une fois toutes les 10 ou 20 générations ou même moins.

      Paul

  7. Bonjour,

    Vous dites :

    On retrouve souvent dans les deux groupes d’artistes des superpositions de dessins comme si l’acte de dessiner était plus important que le dessin lui-même.

    Dans ma démarche artistique, il est clair pour moi qu’il est plus important d’être dans l’action de créer que le résultat de la création elle-même, même si ce résultat est appréciable, je ressent un beaucoup de détachement très rapidement, pour en avoir discuté avec d’autres artistes, beaucoup ont la même réaction.
    Concernant la superposition, il ne faut pas négliger des contraintes « bêtements » pratiques : support rare, période de confinement (en hiver par exemple) où l’accès à d’autres supports n’étaient pas possible, … Le besoin de créer fait alors loi et peu importe si des oeuvres anciennes sont recouvertes, si je transpose mon ressenti à d’autre situation.

    Bonne continuation dans votre recherche !

    1. Merci du commentaire qui me permet à nouveau d’essayer d’affiner mon analyse.

      Votre analyse sur la rareté des supports est tout à fait pertinente et pourrait en partie expliquer le recouvrement d’oeuvres par d’autres. On retrouve également cette pratique de recouvrements quand il y a abondance relative de supports, il me semble que l’artiste est dans une pulsion de production et que le fait que le support ait déjà été utilisé importe peu.

      Par ailleurs, l’artiste retrouvera facilement les dessins successifs dans la mesure où, comme je l’ai signalé, les tests psychologiques ont montré de manière statistiquement significative que les personnes atteintes d’autisme arrivent à repérer plus facilement une figure cachée au milieu d’une ensemble de traits.

  8. Révérence pour cet article de référence.

    Il soulève deux questions générale chez moi.
    Question 1: l’art peut-il être représentatif?
    Question 2: comment expliquer le passage d’une forme d’hyper-réalisme au symbolisme (nécessitant un fort degré d’abstraction)?

    1. Je me permet de donner des réponses que l’auteur de l’article précisera s’il le juge nécessaire.

      Question 1 : le terme utilisé habituellement dans l’histoire de l’art contemporaine est de l’art figuratif, devient figurative toute représentation où un objet, animal, … réelle est reconnaissable, même si elle est très éloignée de la forme réelle du sujet, on parlera alors de forme stylisée. Les personnes représentées par Giacommeti n’existent pas vraiment, pourtant on reconnait sans hésiter des personnes.

      Question 2 : beaucoup plus proche de nous que la préhistoire, l’art a beaucoup changé entre 1800 et le début du 20ième, quand en 1800 seul le figuratif était visible, on a vu naitre toute une série d’autres façons de faire de la peinture avec l’abstraction contemporaire (Malevitch, Kandinsky, …). Poser la question de ce qui a permit à l’art abstrait de se développer à cette époque donne un éclairage qui n’a rien à voir avec l’intelligence ou l’évolution darwinienne, on retrouve plutot des facteurs économiques, sociaux et techniques. Je ne sais pas s’il est possible de faire un parallèle entre les deux époques où l’art abstrait est apparu, ceci seulement pour dire que l’époque où l’abstraction (ré-)apparait n’est pas la seule dans l’Histoire.

    2. @ Runn

      Je ne parle pas d’art figuratif parce que son acception courante me parait bien trop vague, mais bien d’art représentatif. Si j’ai bien compris Paul Tréhin, la représentation qu’il décrit chez certains autistes est une juxtaposition extrèmement précise de parcelles les plus petites possibles d’un tout extrèmement structuré (la structure rassure). La représentation parfaite est exactement le but recherché par les artistes du mouvement hyper-réaliste.
      Tout artiste ou tout individu NT confronté à la technique de l’art pictural sait bien qu’il ne peut représenter le détail de la réalité perçue, ne serait-ce que parce que tant la réalité que la perception ne restent pas immuables.
      Le passage à l’abstraction, pour moi, n’est que la constatation généralisée de ce fait. Je ne peux représenter le détail du réel; alors je peux avoir la liberté de l’abstraire au niveau que je veux avec la technique que je veux employer. Pour moi, Kandinsky n’est pas « plus » abstrait que Poussin mais il exprime le niveau d’abstraction à un degré totalement perceptible alors que Poussin tente au contraire de le masquer au mieux, compensant cette « vanité » très probablement consciente par un recours systématique à des scènes/sujets purement mythologiques de manière à souligner le caractère non réaliste de son oeuvre. Comme si l’un avait l’ambition de peindre l’abstraction d’une réalité concrète et l’autre la réalité d’une abstraction.

    3. L’art peut -il être représentatif? A mon avis si la représentativité n’est pas une condition nécessaire à l’art, je ne vois pas en quoi elle serait contraire à l’art. Pour moi même les représentations les plus fidèles des sujets sont par définition abstraites puisqu’il s’agit d’une projection d’une image vue en trois dimensions sur une surface en deux dimensions. Notons au passage que cette transformation d’une vision en 3D en une image en 2D comportant une représentation de la profondeur est loin d’être évidente… On ne la retrouvera que dans les représentations de Pompeï et plus tard à la renaissance avec la découverte de la perspective. A Myen âge les représentations deux dimensions de paysages ignorent le plus souvent l’aspect profondeur, les personnages étant le plus souvent représentés comme ayant la même taille qu’ils soient proches ou éloignés.

      Pour la question 2 c’est l’un des sujets sur lesquels j’essaie de trouver une explication et pour lequel il n’y a pas eu à ma connaissance d’étude publiées. Peut-être compte tenu de l’augmentation de la population au Néolithique et du changement d’activités, le besoin de raconter des événements s’est il fait plus général et que les individus se sont servi de techniques de dessins plus à la portée de dessinateurs moins experts. L’essentiel n’était plus de représenter un animal avec précision mais de raconter ce qui s’était passé, ce qui est aussi un art…

  9. Le chaman serait une sorte d’usurpateur profitant de l’aubaine offerte par le don d’un plus faible pour asseoir son pouvoir sur la tribu, en même temps il faut reconnaître que le plus faible trouve ainsi sa place dans le groupe.
    D’après ce que vous dîtes, il semblerait que ce soit beaucoup plus au niveau de l’interprétation et du style que le « syndrome savant » se manifeste, non ?
    Nous sommes allés, avec mon frère, à Rouffignac fin octobre, le guide était passionnant. C’était intéressant de constater et de mesurer l’espace temporel séparant les œuvres de Lascaux à celles de Rouffignac et de rapporter cette dimension à notre présent. Comme vous le précisez, au fond de la grotte, les artistes dessinaient allongés sur le sol, sans vue d’ensemble de leur création. Faire sortir de la roche le gibier indispensable à la survie.
    Merci pour ce billet, une leçon d’empathie.

    1. Vous dites : « il semblerait que ce soit beaucoup plus au niveau de l’interprétation et du style que le « syndrome savant » se manifeste, non ? »
      En fait ce qui est vraiment exceptionnel dans le Syndrome savant c’est une formidable capacité à mémoriser d’un côté mais aussi une capacité à reproduire ce qui a été mémorisé, que ce soit en dessin ou en musique et même dans certains cas en sculpture recherchez « Alonzo Clemons » sur Google, Alonzo reproduit des modelages d’une fidélité incroyable aux modèles qu’il a observés, or comme il s’agit de chevaux en mouvement il ne peut compter que sur sa mémoire d’un côté et sur l’habileté de ses mains de l’autre. Il fait son modelage sans hésitations et à la perfection du premier coup. J’ai connu un jeune homme autiste qui faisait de même avec de la pâte à modeler, on lui a tout de même fourni d’autres matériaux mais comme cela se passait il y a plus de 25 ans, les professionnels n’envisageaient pas le potentiel de tels talents pour une intégration sociale future. Comme la famille était d’un milieu très modeste ne pouvant pas rechercher d’aide pour leur fils ce talent na pas pu être utilisé pour favoriser la socialisation de cet enfant.

      Il existe de nombreux cas où les éducateurs pensent que le plus important c’est d’apprendre a attacher ses lacets de chaussures ou à savoir s’habiller, compétences certainement tout à fait indispensables (quoique,… En choisissant des chaussures avec du « scratch » et des habits mieux conçus on pourrait s’en passer…
      Tony Deblois, est un pianiste autiste au talent formidable, il était dans un centre de formation pour personnes autistes, son talent pour le piano avait été repéré par les parents, mais les éducateurs peu motivés et sans doute pas assez compétents en musique à ce niveau de virtuosité naturelle de Tony ne voyaient pas l’intérêt qu’il pouvait y avoir à encourager ce talent musical. Tony a été accepté au Boston Jazz Collège dont il est sorti avec les honneurs et travaille depuis comme musicien dans un orchestre professionnel.
      En dessin, Stephen Wiltshire peut enregistrer très rapidement les sensations visuelles et redessiner deux heures plus tard le paysage dans ses plus petits détails… Stephen est l’auteur de plusieurs livres : Cities, Floating Cities (Venice, Amsterdam, Leningrad – and Moscow), son talent pour le dessin a été encouragé et soutenu au niveau de la réalisation de livres. Une des vidéos de Stepnen est passée sur ARTE (Beautiful Minds: A Voyage Into the Brain) http://www.wisconsinmedicalsociety.org/savant_syndrome/savant_profiles/stephen_wiltshire

      Il se trouve que mon fils était aussi parmi les personnes filmées par cette équipe de tournage pour ARTE. D’autres cas sont présents dans la vidéo dont des musiciens comme Derek Paravicini.

      Dans le talent de Stephen Wiltshire, outre la représentation sur une surface plane d’une vision e 3D, il y a une capacité complètement époustouflante : promené pendant 30 à 45 mn en hélicoptère au dessus de Rome une fois et de Manhattan une autre fois pour les besoins du reportage TV, après avoir vu sous des milliers d’angles différents et à des hauteurs différentes les immeubles de ces deux villes il arrive à en tirer une seule image sur une surface plane reproduisant parfaitement l’impression de 3D comme s’il n’avait fait qu’un vol stationnaire et que la représentation soit faite de ce seul point de vue/ Son dessin est rapide et précis jusque dans les moindres détails.

      Je partage votre passion pour la grotte de Rouffignac dont les dessins sont d’une finesse seulement égalée qu’à la grotte de Niaux, une autre grotte à voir absolument.

    2. Votre billet permet de prendre du recul face à ce quotidien tumultueux qui nous embrouille, on oublie parfois l’essentiel. Merci pour votre réponse étoffée et riche d’enseignements, il ne me reste plus qu’à suivre vos pas jusqu’à Niaux.

  10. @ Paul Tréhin

    Article passionnant… À quand un livre illustré sur cette hypothèse qui mériterait vraiment d’être vraie tellement elle est belle?

    Le plus célèbre syndrome d’Asperger (jouant – à sa façon – la sublime Sarabande de la 4e Partita de Bach):

    http://www.youtube.com/watch?v=buq-p8vSCLQ

    « Selon l’étude du psychiatre américain Peter Oswald reprise par S. Timothy Maloney, directeur de la division de la musique de la Bibliothèque nationale du Canada, Glenn Gould aurait été sujet d’une forme d’autisme appelée syndrome d’Asperger. Plusieurs points étayeraient cette thèse :
    * La disproportion des sens : hypersensibilité de l’ouïe, de la vue et du toucher doublée d’une insensibilité du goût et de l’odorat.
    * Routines vestimentaire, alimentaire et répétition de codes, de rituels tout au long de sa vie. Il regardait quarante fois le même film ou écoutait une suite de musiques pendant des mois. Par exemple, il trempait toujours ses bras dans l’eau très chaude avant un concert, et refusait l’idée même de se séparer de sa chaise. Il mangeait le même repas (œuf brouillé, pain grillé, salade et biscuit) chaque jour.
    * Comportement social très difficile, et refus de l’interaction humaine au point de préférer la compagnie des animaux.
    * Attitude physique et répétition de geste, typique de ce comportement.
    * Manque de discernement (on a parlé à son sujet de manque de courtoisie), doublé d’une incroyable faculté mémorielle.
    (Wikipedia)

    Un excellent documentaire sur les exploits du cerveau en général et ceux des autistes en particulier:

    Voyage au centre du cerveau:

    Partie 1
    http://www.youtube.com/watch?v=H3vu-cmsFS4&playnext=1&list=PL120478E97275C34D&index=1
    Partie 2
    http://www.youtube.com/watch?v=_KTiYjHM9qU&playnext=1&list=PL120478E97275C34D&index=2
    Partie 3
    http://www.youtube.com/watch?v=BPPoD9AZoOg&feature=&p=120478E97275C34D&index=0&playnext=1

    Et un autre sur l’un des autistes les plus impressionnants: The Musical Genius – Derek Paravicini

    Part 1
    http://www.youtube.com/watch?v=1kwjDLHX92w
    Part 2
    http://www.youtube.com/watch?v=bGOH1xzNCOU
    Part 3
    http://www.youtube.com/watch?v=n2p2g84h9U4
    Part 4
    http://www.youtube.com/watch?v=PKBbziuMTPY
    Part 5
    http://www.youtube.com/watch?v=q6iV8wGnJVM

    1. pablo75 dit :
      23 novembre 2010 à 10:26
      « Article passionnant… À quand un livre illustré sur cette hypothèse qui mériterait vraiment d’être vraie tellement elle est belle? »

      Merci pour ce compliment qui me va droit au coeur… L’écriture du texte serait relativement aisée bien que demandant des vérification vis-à-vis de publications nouvelles qui auraient pu apporter de nouvelles données sur l’art préhistorique.
      La partie reproduction des dessins demanderait plus de travail pour une publication de livre destiné à être vendu car il y a des questions de « copyright » tant pour les oeuvres préhistoriques que pour les dessins de personnes autistes… Tant que je ne gagne pas d’argent en publiant quelque unes de ces images sur mon site web il y a une certaine tolérence sur ce point… Par ailleurs sur mon site web il me serait possible de simplement mettre des liens vers les sites webs ce qui dans ce cas n’est pas soumis à copyright. Je pourrais aussi rajouter des vidéos de musiciens pour élargir les sujet que j’ai déjà publié sur mon site web.

      Un grand merci d’avoit redonné les adresses de sites webs, cela permettra aux personnes intérésseés d’aller voir par elles mêmes.

      Cordialement.
      Paul

      « Le plus célèbre syndrome d’Asperger (jouant – à sa façon – la sublime Sarabande de la 4e Partita de Bach): »

  11. Bonjour,

    Merci pour cet article en effet très intéressant. Je me demande quant à moi si la prise de conscience collective de ce genre de talent n’a pas, inconsciemment, orienté l’enseignement où tout est tellement parcellisé, spécialisé, éclaté, et même le mode de vie des gens etc…
    Il me semble que, d’un point de vue collectif, il importe maintenant de refaire des synthèses, ce qui passe par recréer du lien entre les connaissances et les matières. Comme il importe aujourd’hui de recréer du lien social, personnel, familial etc. bref, du lien interpersonnel et collectif.
    C’est juste une petite remarque, au passage, qui m’est venue à la lecture de votre texte.

    Bien cordialement,

    1. Oui VB

      Il se peut qu’il y ait un effet de miroir, la technique qui biaise l’empathie, et permet un approfondissement qui vous autonomise et vous coupe des autres. Voir mon poste (un brin stieglerien option bas de plafond, comme à mon habitude) situé un peu plus bas..

    2. En ce qui me concerne, j’aimerais bien que l’enseignement en général prenne conscience de l’existance de ces cas, ne serait-ce que pour montrer à quel point notre connaissance du fonctionnement du cerveau reste très élementaire…
      Vous avez tout à fait raison de parler de besoin de synthèse, Buckminster Fuller parle lui d’intégration, au sens mathémathique… En effet la spécialisation des enseignements dérivée des analyses mécanistes inspirées de Newton avait conduit à des dommaines de connaissance de plus en plus étroits et avec de moins en moins de communications horizontales…

      Je suis persuadé que la solution aux problèmes sociaux économiques actuels va demander la formation de personnes à la fois capables de comprendre très bien des domaines précis et capables d’en comprendre à un niveau suffisant d’autres leur ermettant d’avoir une compréhension généraliste des problèmes et non une compréhension spécialiste étroite d’un seul domaine. Cette vision de l’enseignement était encore assez bien adaptée dans un cadre mécaniste aboutissant aux méthodes tayloriennes et aux hierarchies verticales… Elle ne convient plus à un environnement qui doit inclure à la fois la thermodynamique et les réseaux…

  12. « Cette évolution n’est que très peu étudiée par les spécialistes de l’art préhistorique. Je n’ai pas trouvé d’articles ou de livres qui expliqueraient les causes de la disparition de l’art représentatif réaliste du Paléolithique supérieur et l’apparition de l’art symbolique du Néolithique. »

    Notre connaissance des formes d’expression artistique des hommes du Mésolithique et du Néolithique est très lacunaire. Elle tient sans doute à un changement de pratiques en ce qui concerne les supports utilisés et par conséquent à leur faculté de se conserver dans le temps.
    Si l’art du paléolithique supérieur nous est si bien connu, c’est en raison des conditions de conservation spécifiques aux cavités naturelles.
    Des oeuvres réalisées sur du bois, des peaux tendues ou sur l’enduit des maisons néolithiques ont eu peu de chance de parvenir jusqu’à nous.
    Il y a là une frontière dans la connaissance des sociétés anciennes qui est difficilement franchissable et qui nous interdit de trop extrapoler sur les évolutions de l’art durant la préhistoire et la protohistoire.

    1. Je partage assez votre analyse concernant la préservation des oeuvres, mais il se ttroue qu’n a découvert bien plus d’oeuvres du style néolithique que des autres or parmi ces dernières aucune n’a la finesse de représentation des oeuvres du Paléolithique supérieur. J’ai proposé un peu avant dans une autre de mes réponses l’idée que les besoins de communication accrus par l’apparition de l’agriculture, de l’élevage et des premières cités au Néolithique pouvaient avoir créé un désir de raconter des événements avec des représentations shématiques plus à la porté de tout le monde. Contrairement aux oeuvres du Paléolithique qu’on trouve surtout dans l’arc Franco Cantabrique (sud de la France et Nord de l’Espagne, plus un cas au Sud de l’Italie en Calabre, Grotte de Romito) on trouve des oeuvres du néolthique dans toute l’Europe et jusqu’en Sibérie avec des représentations fabuleuses de chasses aux rennes (M. Séfériadès, « La représentation de l’élan de la mer Baltique au lac Baïkal », Dossiers d’Archéologie n° 270, février 2002, pp 32-37)

      Mais ce point précis fait parti de mes recherches.
      Une autre explication de la disparition apparente de l’art représentatif achevé du paléolithique lors du Néolithique pourrait être que l’habitat avait changé de nature et éloignait les artistes potentiels de lieux propices à l’expression de leur art. Je rappelle que ces artistes éprouvaient le plus souvent le besoin de s’éloigner des lieux fréquentés par les autres membres du groupe en allant dessiner au fond d’une grotte dans des lieux cachés et peu accessibles en général sauf dans quelques grottes.

  13. @pablo

    Concernant Glenn Gould, ne vous fixez pas sur la vidéo, lisez ses livres …c’était plutôt un « polymathe », pas du tout un « syndrome d’Asperger », Gould avait, de plus, énormément d’humour !!!

    1. Glenn Gould était en effet un être tout à fait fascinant, un extraordinaire interprète de Bach (le Grand Bach), une personnalité hors norme, ce qui ne signifie pas nécessairement handicapée.
      Il faut quand même espérer que le talent n’est pas toujours lié au handicap.

      Cdt.,

    2. @ jean-luce

      J’ai lu ses Conversations avec Jonathan Cott, la biographie de Kevin Bazzana (presque 700 pages), ses lettres (souvent très drôles), le livre de Michel Schneider « G.Gould piano solo » (excellent), et pas mal d’articles sur lui dans des revues de musique. J’ai tous les documentaires de Bruno Monsaingeoin sur lui (que j’ai vu plusieurs fois) et tous ses disques que j’écoute depuis 25 ans (pas tous, certains sont inécoutables – comme ses sonates de Beethoven). Et en plus j’ai une amie « syndrome d’Asperger ».

      C’est dire si je connais « la musique »…

      Mais si vous trouvez que Gould était « normal » libre à vous de le penser.

      Par contre dire qu’il était « polymathe » (dans le sens du Littré: « personne qui a étudié beaucoup de sciences différentes ») c’est mal le connaître. Ses centres d’intérêt étaient très limités.

      @ VB

      Tout dépend de ce que vous entendez par « handicapé ». La plupart des grands artistes sont des « anormaux », des « inadaptés à la vie », des types à gros problèmes. Le Grand Art se paye très, très cher.

    3. Cela dit, comme interprète de Bach je lui préfère Rosalyn Tureck (le seul pianiste que Gould admirait dans ce compositeur). Elle a la même clarté que Gould, l’émotion en plus. Son premier « Clavier bien tempéré » (elle en a gravé 2) est pour moi indépassable (c’est le disque – ou plutôt les disques, puisqu’il y en a quatre – que j’écoute le plus).

      La même Sarabande de la 4e Partita par elle (difficile de faire plus beau):

      http://www.youtube.com/watch?v=IgsC3egOxPY

    4. Ecoutez ces trois versions différentes de la Toccata in D minor..
      http://www.youtube.com/watch?v=jZFSmE-RPAA&feature=related
      Cela apprend beaucoup sur la sensibilité de l’humain.

      Et dans la deuxième version, vous remarquerez les infrasons ainsi que les ultrasons qui feraient exploser les vitres et bibelots de mon salon… Mais aussi « impressionner » au sens large l’auditoire.
      Je vais encore dire dire qu’un bon outil fait un bon ouvrier et réciproquement…

      Je hais et adore les églises qui capturent les orgues qui devraient vivre en liberté avec une aussi bonne chambre acoustique.

    5. @ pablo
      pourquoi dites vous que c’est un sommet de la stupidité? Il me semble que la partition de Cage est parfaitement reproduite par ce grand orchestre. En effet il y est noté Tacet: il se tait.
      est-ce que l’expérience du silence est si stupide que cela?

    6. @ JC

      D’abord, c’est « l’oeuvre » de Cage qui est l’un de sommets de la stupidité humaine, pas son « interprétation » (le fait de prendre ça au sérieux et de la programmer démontre aussi à quel point d’imbécillité est arrivé notre civilisation).

      Ensuite, si je me dis architecte et je « construis » une cathédrale invisible, et je vous la « montre », vous allez trouver qu’elle est formidable? Vous aimez les sculptures composées uniquement d’air? Les tableaux faits avec de la peinture appliquée sur du vent? Face à « ça », vous allez me demander si l’expérience de l’invisible est si stupide que ça?

      Vous avez quelle idée de l’Art pour trouver normal qu’avec du vide uniquement on puisse faire une oeuvre, qu’avec de l’inexistant uniquement on puisse faire un acte de création? Depuis quand le rien est la matière prime de l’Art?

      Vous croyez que l’Art c’est un amusement pour des snobs avides de nouveautés imbéciles produites par des impuissants cyniques? Vous croyez que l’Art existe pour aider des complexés déguisés en poseurs prétentieux à cacher leur propre médiocrité inguérissable?

      (Pour tous ceux qui continuent à aimer avaler les couleuvres – vieilles de plus d’un siècle – du pompiérisme de l’Avant-garde la plus débile et qui donc prennent John Cage au sérieux, le « Portrait de l’avant gardiste » de Philippe Muray:
      http://duteurtre.free.fr/guppy/articles.php?lng=fr&pg=59 )

    7. @ Yvan

      En musique, pour connaître une oeuvre il faut impérativement connaître plusieurs interprétations. Quand on commence à écouter de la musique on croit que tous les interprètes et chefs d’orchestre ont un niveau minimum et que, jouant tous les mêmes notes, toutes les interprétations se valent à peu-près. Avec l’expérience on apprend que très peu d’interprètes et chefs vont jusqu’au fond des oeuvres et que la plupart jouent de façon « neutre » parce qu’ils ne sont que des « fonctionnaires de la musique » occupés uniquement de faire carrière.

      Dans l’exemple que tu donnes, celui de la Toccata en re mineur (dont on discute depuis des années si elle est de Bach ou pas – je l’ai entendu encore récemment en direct sur le superbe orgue de Saint Eustache et pour moi il n’y a pas de doute: elle a à la fois la force retenue et la puissance inexorable de beaucoup d’oeuvres pour orgue de Bach), les interprétations sont à mon avis dans le bon ordre (Chorzempa, M.C.Alain, Bonizzoni). Mais il y a mieux comme choix. Par exemple:

      Helmut Walcha:
      http://www.youtube.com/watch?v=uRRwZZM08L8
      Karl Richter:
      http://www.youtube.com/watch?v=Zd_oIFy1mxM
      André Isoir:
      http://www.youtube.com/watch?v=V1sw_4q6QVI

      Mais l’oeuvre pour orgue la plus extraordinaire de Bach et qu’il ne faut jamais rater en concert tellement elle est impressionnante en direct (à Paris on a de la chance: avec une dizaine de concerts d’orgue gratuits chaque dimanche on peut l’entendre plusieurs fois par an) c’est sa monumentale Passacaille et fugue BWV 582:

      Sur Youtube on ne trouve que des versions coupées (et pas les meilleures – pour moi celles de H.Walcha, André Isoir ou Michel Chapuis):

      Jean-Paul Imbert: Passacaille
      http://www.youtube.com/watch?v=j9J6o8INB0Y
      Jean-Paul Imbert: Fugue
      http://www.youtube.com/watch?v=TqVjFMdpv7A&feature=related

      Hans-Andre Stamm: Passacaille
      http://www.youtube.com/watch?v=LRZ85756fwQ
      Hans-Andre Stamm: Fugue
      http://www.youtube.com/watch?v=opqlZxGvv1A&feature=related

  14. Bonjour à tous

    Merci pour cet apport Paul & Paul
    Deux questions:
    1) Pourquoi ces artistes n’auraient ils pas été chamans eux même?

    2) Sur l’évolution, continue ou par sauts, force nous est de nous interroger sur l’émergence en des lieux divers dans des cultures diverses sur une période brève à l’échelle du temps des:
    « miracle grec » VI ème & Vème BC, Gautama Bouddha, Inde VIème BC, Maître Kong et le « Vieux Maître » – Confucius et Lao Zi, Chine VIème BC, Jésus Moyen Orient….BC(…)AC
    Voilà une percée majeure de la conscience et de l’intelligence humaine qui se produit presque partout en 500 ans à peine…
    (Ceci n’exclut pas pour autant des paliers de maturation à pante faible…)
    Rapportée à 100/150 000 ans d’histoire de sapiens, c’est un point remarquable!

    Cordialement.
    Steve

    1. Jubilatoire, la vidéo!

      Quand à cet article passionnant ,il pose magnifiquement la question de la norme. Qui si elle est structurante constitue un handicap en ce sens ou elle nous paramètre. Donc elle nous limite, elle nous cadre. Dans l’espace infini des possibilités, elle constitue un « choix ». Sachant que choisir c’est aussi renoncer. Cela rappelle le conte de la petite sirène.

      De là ma conclusion que les personnes atteinte du « syndrome savant », sont hors de nos normes comme nous sommes hors de leur normes. Leurs aptitudes nous renvoient à nous percevoir comme handicapés nous mêmes puisque aveugles et sourds dans un monde auquel ils ont accès de manière fulgurante, ou ils évoluent avec une aisance naturelle qui nous laisse cois.

      Combien nous avons besoin les uns des autres. Pour ne pas être enfermés nous mêmes dans un monde sclérosant . Les pôles ne sont pas fait pour s’opposer mais pour créer des champs de possibles, de circulation de flux. Et permettre enfin la survenue de toutes sortes de choses.

      Cela renvoie également à l’article de Paul Jorion sur la conscience ,en quoi elle nous ouvre et en quoi elle nous limite. Einstein disait bien que nous n’utilisions qu’une faible partie de nos capacités mentales.

      Cela me renvoie également au conte du Petit Prince et de ses voyages de planètes en planètes avant d’échouer sur notre terre.

      Les contes nous apprennent autant que les sciences. Il nous donnent cette capacité d’ouvrir des portes vers des mondes invisibles pour nos yeux, de relier ces mondes pour les faire respirer ensemble .

      Certaines personnes « hors normes » sont autant de petits princes tombés dont on ne sait de quelle étoile , comme une oasis dans un désert afin de nous aider à résoudre nos pannes de moteurs . Nous amenant à faire une pause et à considérer les êtres,les choses,nous mêmes, le monde ,sous d’autres angles en nous sortant la tête du guidon.

      Ils éveillent le petit prince qui sommeille en nous. Ouvrant des brèches dans nos murs de certitudes vers d’autres possibles d’autres « réalités ».

      La vie semble parsemée de plein de pochettes surprises.

      Merci pour ce texte

    2. 1) Pourquoi ces artistes n’auraient ils pas été chamans eux même?
      Il y en a peut être eu il en va de l’art préhistorique comme de l’art de la renaissance: les évèques et les cardinaux n’ont pas peint les frasques magnifiques c’est Miche Ange ou Leonard de Vinci. Une des raisons est que le syndrome savant est très rare dans l’ensemble de la population et aurait eu très peu de chance d’apparaître dans le sous groupe des chamanes et ou des autorités religieuses.

      Autre raison plus liée aux compétences respectives des deux: le Chamane doit avoir avant tout une intelligence sociale, et souvent une capacité à déguiser les faits dans un but de persuasion sociale, compétences qui dans mon hypothèse serait assez incompatible avec les caractéristiques de l’autisme dont j’ai expliqué que plus de 50% des personnes ayant un syndrome savant le sont.

      J’aime bien votre seconde intérrogation:

      2) « Sur l’évolution, continue ou par sauts, force nous est de nous interroger sur l’émergence en des lieux divers dans des cultures diverses sur une période brève à l’échelle du temps des:
      « miracle grec » VI ème & Vème BC, Gautama Bouddha, Inde VIème BC, Maître Kong et le « Vieux Maître » – Confucius et Lao Zi, Chine VIème BC, Jésus Moyen Orient….BC(…)AC
      Voilà une percée majeure de la conscience et de l’intelligence humaine qui se produit presque partout en 500 ans à peine… »
      J’ai été passioné par Confucius et LaoTseu surtout entre 15 ans et 20 ans et j’avais aussi été frappé par ces convergences temporelles avec les philosophes grecs et les débuts de la pensée chrétienne. C’est d’autant plus difficile à comprendre que les moyens de communication et les voyages étaient très limités et les traductions et traducteurs sans doute fort rares…

      Pour ce qui est des talents des personnes autistes avec un syndrome savant c’est aussi surprenant de voir des dessins faits par des enfants ne se connaissant pas, n’ayant jamais vu leurs dessins auparavent employer des techniques semblables et choisir des sujets très similaires… Mon activité ssociative m’a conduit à rencontrer un bon nombre des ces cas où des dessinateurs avaient des sujets et des techniques de dessin presqu’identiques alors qui’s ignoraient bien sur l’existence de l’autre dessinateur et de ses dessins. Mon épouse aussi active dans l’association il y a quelques années s’est trouvée devant des grandes feuilles déssinées par Damien Eshbach et n’ayant pas vu la signature a demandé « Comment avez vous eu ces dessins de mon fils? » La ressemblance était tellement forte qu’en regardant l’ensemble des dessins ils semblaient être identiques. Or mon fils ne connaissait ni cet autre dessinateur ni ses dessins et vice versa.
      Cette ressemblance entre styles et sujets de dessins créés par des personnes ne se connaissant pas est un des éléments en faveur de mon hypothèse car on retrouve ce genre de ressemblances entre des dessins et peintures préhistoriques réalisées dans des lieux très éloignés et souvent créées à des périodes différentes.
      J’ai toute une série de dessins faits par des personnes autistes ne se connaissant pas et qui pourtant sont très semblables dans leur styles et leurs sujets…

  15. Bonjour,

    Votre hypothèse est assez fascinante, et votre article passionnant. Merci. (Je n’ai pas encore lu tous les commentaires et m’en excuse auprès des intervenants, en cas de doublon).

    Quelques remarques, toutefois : en préhistoire, nos connaissances sont avant tout le reflet de … nos découvertes. Il nous parait que surgit brusquement, comme de nulle part, un art parfait d’emblée au Paléolithique supérieur, avant tout parce que cet art – pariétal et mobilier – nous est parvenu intact. Intact grâce à des conditions de conservations exceptionnelles (grottes) et à l’utilisation de matériaux pérennes (pierre, ivoire). Nous ne savons rien, évidemment, de ce qu’ont pu être d’éventuels essais, esquisses et ratés sur matériau périssable (peau, écorce, terre et sable).

    L’hypothèse que certaines de ces œuvres aient pu être tracées par des personnes autistes vaut la peine d’être retenue. Mais je n’irais pas jusqu’à affirmer que toutes les peintures et gravures du Paléolithique supérieur sont dans ce cas. Ne fut-ce que par la faible probabilité statistique : il existe des milliers de motifs peints, sur plusieurs dizaines de milliers d’années (Paléo sup : +/- 40.000 ou 38.000 jusque +/- 12.000 ou 10.000 avant notre ère), et sur un très large étendue territoriale. Par des personnes exceptionnellement douées pour la peinture et la gravure, certainement.

    L’argument selon lequel ces scènes ne représentent pas d’anecdotes, ne « racontent pas d’histoire », n’est pas pertinent en soi pour emporter l’adhésion. Comme vous le faites remarquer, cet art n’était pas destiné à l’exposition, il était caché, difficile d’accès, parfois difficile à déceler. Il n’était donc pas nécessairement destiné à la transmission d’une histoire, d’un mythe ou d’un évènement, et n’avait peut être pas à être narratif.

    Enfin, le rapprochement que vous faites entre syndrome d’Asperger et chamanisme me plait beaucoup. Il est exact que certaines qualités comme une vue et une ouïe particulièrement sensibles devaient être des atouts important aussi bien pour la personne qui en était pourvue, que pour le groupe auquel elle appartenait. Ici, j’ose même aller plus que vous : ces personnes n’ont pas nécessairement été utilisées par des chamanes, des n’ganga, des medicine-men, des sorciers retors, je pense qu’elles auraient pu le devenir elles-mêmes. Dans certaines cultures traditionnelles d’Asie septentrionale par exemple, il était admis que les chamanes sont des personnes « différentes », et un comportement qui serait considéré comme anormal ou excentrique chez n’importe quel autre membre du groupe, était non seulement accepté, mais attendu. Encore une fois, cela ne signifie pas que tous les chamanes aient été atteints d’une affection quelconque, ni que toutes les personnes déficientes aient pu devenir chamanes. Et s’agissant de sociétés tellement éloignées de nous, il ne peut bien entendu s’agir que d’une hypothèse invérifiable, en aucun cas d’une affirmation.

    Encore merci pour cet article

  16. Grmbl

    Hypothèse Asperger/Autisme à lire en détail (plus tard)

    Mais attention à ne pas amalgamer « Asperger/Autiste » capacités géniales
    Le gros des Asperger n’a pas de capacité très remarquable, et surtout de la « cécité sociale ». Ils développent des spécialités parce qu’ils se concentrent naturellement sur un seul sujet, en général technique ou chiffrable, dont ils font à leur façon le tour.
    Leur perception originale est aussi un facteur important, mais il en transforme peu en artistes.

    D’un côté je suis bien content de voir « Asperger » mentionné sur ce site, car c’est une facette de l’humanité qui n’est pas à négliger,

    (il y a une relation lointaine avec notre « devenir prothétique » et notre « absence d’essence », notre « nature fondamentalement technique » de Stiegler , mais lui insiste sur le « milieu associé » où nous adoptons/apprivoisons les techniques et « hypomnémata » (supports de mémoire : langage, livres, médias,…, alors que pour un Asperger, l’association est minimale, repliée sur certains aspects, et c’est possible qu’alors, rarement, elle y atteigne au sublime. Il y a eu aussi une hypothèse « d’épidémie d’autisme » dans la Silicon valley liée à la reconnaissance des facteurs génétiques de l’autisme /syndrome d’Asperger, et à l’aspect favorable darwiniennement du milieu des ingés/programmeurs/geeks)

    De l’autre côté, je ne suis pas très content de voir « Asperger » associé à des talents hors norme, car ce n’est pas la question essentielle pour la grande majorité de ceux qui souffrent du syndrome.

    1. Ca y est j’ai lu. Merci Paul (et Julien si je comprends bien)

      A froid, c’est bien équilibré, même si cela tire un tout petit peu du côté que je critiquais, le risque d’amalgame.

      Un point en passant, on attribue généralement aux philosophes la capacité de recul, d’interroger les choses en s’abstrayant de ce qui est trop évident.
      La fréquentation des Asperger & autistes oblige à faire soi-même un exercice au moins aussi difficile, relativiser tout ce qu’on croit évident dans la relation interpersonnelle parce que « câblé » dans les récepteurs d’empathie de notre cerveau, notre compréhension des regards et des gestes, des « hmmm » au téléphone, etc.
      Cela oblige aussi, par conséquent, à comprendre le type de société coopérative que nous voulons indépendamment de la variable « empathie ». Car le biais naturel est d’associer coopération à empathie. Alors que l’idéal pour la société est la coopération tout court, pour bien connaitre son environnement, ses ressources, les signaux qui sont envoyés par les hommes et par l’environnement en retour. On retrouve alors les différents significations du soin et de l’attention. Pour détecter les problèmes de valvulopathie du Médiator, il fallait une coopération formelle qui a fait défaut, pas plus d’empathie que ça. Mais le résultat probable de cette histoire est un fort capital d’empathie directe d’Irène Frachon, la vaillante pneumologue de Brest.
      Pour d’autres choses, comme la gestion de l’eau, la question est d’avoir accès aux
      signaux qui disent qu’on pollue alors qu’on laisse les eaux usées s’éloigner en aval de chez soi. Là aussi, cela demande attention, soin pour l’environnement, mais nulle empathie. Toutefois, le fait qu’un type que vous aimez bien vous dise, « va voir sous la mare à Antoine, si y a pas des batraciens un peu mal, après la pluie d’hier qui a emporté ton tas de pomme compostée », cela sera de l’empathie qui vous aidera à franchir le pas.
      On est bien une humanité à plusieurs étages, c’est à nous d’être nos propres chamanes. Cela passe à mon avis par un usage du cerveau qui réhabilite aussi la main (fut-ce à coup de Wii ? ca se discute), cette belle chose innervée qui tâte forme et matière. (Clin d’oeil au lecteur de Richard Sennett s’il s’en trouve).

    2. Je suis bien d’accord avec vous il ne faut « pas amalgamer « Asperger/Autiste » capacités
      géniales. C’est à mon avis une déformation grave de la réalitédont j’ai blamé en personne plusieurs auteurs qui essaient de la propager.

      En revanche je suis moins d’accord avec l’autre idée « Le gros des Asperger n’a pas de capacité très remarquable, et surtout de la « cécité sociale  »

      Ces personnes ont des cacité remarquables même si elles ne sont pas extraordinaires comme celles trouvées dans le syndrome savant. J’ai d’ailleurs indique qu’on touve moins de personnes avec un syndrome d’Asperger que de personnes avec un syndrome autistique plus sévère dans les cas de syndrome savant.
      Par ailleurs les talents remarquables des personnes avec un syndrome d’Asperger sont souvent plus intellectuelles qu’artistiques, bien qu’il y en ait tout de même quelques unes avec des talents artistiques. Un des gros problèmes avec les personnes avec un syndrome d’Asperger c’est que les enseignants sont souvent déboussolés par des écarts cognitifs très surprenants. S’ils ne sont pas bien informés ils peuvent parfois prendre pour de la mauvaise volonté ce qui n’est dans un domaine particulier qu’une compétence moins forte que dans d’autres domaines
      L’hypothèse sur les facteurs de rapprochements génétiques de matheux , programmeurs eu informaticiens en Californie a été formulée par Simon Baron Cohen n’est pas complètement Aberrante mais pas non plus vraiment satisfaisante.
      Par ailleurs il fait partie des auteurs qui voient des autistes ou des personnes avec un Syndrome d’Asperger chez tous les scientifiques des sciences dures… Celui qui pousse le plus loin cette idée est le Dr Michael Fitgerald , qui refait à postériori des diagnostic de syndrome d’Asperger chez pratiquement tous les grands scientifiques , d’Archimède à Einstein en passant par Darwin, Mendel, Norber Wiener Gödel et bien d’autres. Je ne partage pas son analyse et le lui ai fait savoir…

      Ce qui manque aux personnes avac un syndrome d’asperger c’est un enseignment adapté par des éducateurs qui connaissent les forces et les limites de leurs élèves.
      Pensant à éviter les métaphores à moins de les expliquer, comprenant que le langage même très bon doit le plus souvent être interprété dans son sens littéral et que le langage des enseignants a aussi toute chance d’être interprété dans son sens litéral. Me trouvant un jour alité avec de grosses douleurs dans le dos il se trouve que quand le médecin est passé, le fils d’un de nos amis était dans le couloir de notre appartement quand le docteur m’a dit à voix haute de « rester cloué au lit » Le jeune homme s’est écrié avec un effroi sincère, « il faut pas clouer Paul au lit, il est gentil »
      Il faut aussi que les enseignant sachent qu’il n’y a pas de malice quand ces personnes disent ce qu’ils pensent être la vérité.

      J’ai eu la chance d’être accepté comme membre d’un forum ouvert par et pour des personnes autistes sachant lire et écrire dont beaucoup ayant un syndrome d’Asperger. Ils m’avaient appelé « Autistic friendly » « Ami des autistes » pour information ces personnes n’aiment pas l’expression « avec autisme » et lui préfèrent de loin l’expression « autiste » considérant que l’autisme fait partie d’eux même et que dire avec autisme semble dire qu’on pourrait retirer l’autisme et cela ne leur semble pas acceptable.
      L’expression « avec autisme » a été inventée par les parents américains « With Autism » selon une tendence politiquement correcte mais qui ne correspond pas aux attentes des personnes autistes elles mêmes du moins celles qui arrivent à s’exprimer par écrit ou oralement. Il y a d’ailleurs des tiraillements entre certaines associations de parents et certaines associations de persones autistes…
      J’ai moi même eu quelques discussions difficiles dans les associations de parents pour demander une représenation directe des personnes autistes dans les conseils d’administration mais c’est maintenant un acquis dans plusieurs associations nationales et à Autisme Europe dont j’ai été vice président.

    3. Merci

      On est en gros d’accord, ça devient sémantique entre « très remarquable » et « remarquable ». Votre expérience est irremplaçable, et précieuse pour les autres.
      A votre façon, vous la sublimez.

      Dernier clin d’oeil lié à de vieux souvenir du Danubien dans l’Yonne, qui ont été ravivés récemment : l’autre jour, près d’ Arcy, j’ai revu en photo une des peintures de la grotte, dans le café du village d’à côté qui a servi de repaires aux fanas de ce lieu, non loin de la N6 (D1006). Le texte sous la photo de la peinture explique que la peinture,se fondant assez dans la roche, n’a été reconnue comme telle que il y a quelques années( 1996 ?), alors que Leroi-Gourhan lui-même et d’autres archéologues y sont passés devant pendant je ne sais combien de temps.
      Il s’en est fallu de quelques années qu’il ne la voie de son vivant….

      IL faudra aussi que j’aille voir en quoi Leroi-Gourhan avait tort selon ce que vous rapportez …

  17. Avec un ami SDF (qui travaille et qui vote) -vous savez les « nouveaux pauvres »- on a décidé de laisser un message pour les générations futures: on va taguer sur un mur d’une banque ! Cela va représenter un gigantesque barbecue plein de billets qui brûlent avec une grille et des brochettes d’humains qui cuisent dessus. On a même trouvé qui se gave du festin ! On va dessiner la Terre, une grande bouche ouverte, avec deux immenses bras en forme d’arbres !
    Mais comme on n’a pas assez d’argent on va commencer par faire la manche…

  18. je connais des gens incapables de dessiner au crayon et qui pourtant dessinent très bien avec cet outil antiergonomique qu’est la souris !

    les aptitudes artistiques et techniques de chacun ne dépendent pas des technologies passées présentes ou futures mais de l’individu et ce independemment de toutes considérations évolutives -c’etait vital de savoir tailler un biface pour découper le mammouth mais seul certains savaient le faire :

    un papou ,un amérindien ,un aborigène « vivants comme au néolithique » sauront très bien faire fonctionner une grue ou lancer une fusée après enseignement .

    la question des « idiots savants » pose la question du filtre de l’inconscient : tout geste parfait est dû au dépouillement de la conscience :

    une fois maitrisée la technique ne sert plus ,la réflexion devient réflexe !

    certains schizophrénes et autistes ont instantanément cette capacité de puiser dans leur mémoire (hyppocampe ?) sans inhibition de la conscience ;ils peuvent donc jouer du piano virtuose ,dessiner une ligne d’horizon ala newyork ou ala strasbourg sans que des décisions conscientes n’en parasitent l’execution .

    l’individu moyen de base lambda devra lui au prix d’entrainements acharnés (voir les kata d’art martiaux) , de méditation (zen,chant grégorien) ou , de réalité « amputée » ( circuit d’asservissement optoelectronique pour corriger les trajectoires de vol des avions de chasse, tout systeme informatique temps réel en fait ) ou de réalité « augmentée » (stress, plantes chamaniques ,transes) lever sa conscience sur ses capacités artistiques singulieres .

    et si on réflechit bien , les peintures rupestres (lascaux) ,un récit en summérien (gilgamesh) ou le dernier film en 3D surround (avatar) doivent etre équivalent en terme de puissance évocatrice :

    au fur et à mesure de la sophistication de la teknê , l’humanité exige toujours plus d’artifices pour le m^me résultat , en gros que ce soit pour de la comptabilité ou pour du divertissement ,les structures humaines évoluent pareillement s’eloignant de la simplicité et s’enferrant dans un système toujours plus complexe .

    est ce un progrès ? pourquoi cela semble inèluctable ?

    1. Pas sûr que la distinction conscient/inconscient soit pertinente pour la « cécité sociale » qui est la base des syndromes du spectre autistique. (Sûr que non, mais je ne veux pas polémiquer, la notion de conscient étant élastique)
      Pour le lien avec les autres syndromes, et les validations/discussion d’une « théorie de l’esprit », le livre d’Uta Frith « l’énigme de l’autisme » (Ed. Odile Jacob) contient pas mal de ficelles, ficelles qui , je l’espère, feront évoluer votre point de vue.

  19. Enfin quelqu’un qui comprend quelque chose à l’économie.
    Bravo Monsieur Jorion: je suis tout à fait d’accord avec votre point de vue sur la problématique de la concentration du capital. J’avais moi aussi prédit fin 2005 la crise bancaire qui allait surgir quelques années plus tard (première onde de choc).
    Je n’arrive pas à comprendre comment si peu d’individus n’ont pas senti la crise venir à cette époque. Tous les phénomènes de bulle finissent toujours par être corrigés.
    Les pays occidentaux sont aujourd’hui face à une grave crise structurelle.
    Y-a t’il aujourd’hui des chefs d’Etat capable de taper dans la fourmilière et de sacrifier leur image vis-à-vis de l’opinion publique par la même occasion?

  20. Merci pour ce très beau billet
    J’imagine que notre conscience est née de l’empathie.
    Je pense aussi que notre civilisation se trompe dans sa bifurcation en sélectionnant le plus fort au détriment du plus faible.

  21. Merci à tous pour vos commentaires, je vais prendre le temps nécessaire pour les lire en détail y répondre avec attention et sérieux. Ce sujet continue de me passionner Vos remarques et questions m’apportent énormémént.

    A bientôt pour des compléments d’informations qui essaieront de répondre à vos attentes.

    Cordialement.

    Paul

  22. Hé hé.. Génial.
    Cela conforte mon point de vue sur les personnes reconnues comme « génie » dans l’antiquité.
    Et dont on cite encore les oeuvres et paroles qui reviennent de façon « subite » face à l’actualité.
    Passéiste… non, réaliste.
    Le cerveau humain est une machine merveilleuse qui demande, tout comme le climat, une absence totale de contrôle.
    Anarchiste, non. Diversité.
    Lorsque nous contrôlerons l’un ou l’autre, nous serons proches de l’extinction.
    Vouloir le contrôle total est juste un manque de confiance en soi.

    Aloteur : votre combat est juste. Et vous alimentez mon admiration pour des personnes dont un sens est ou est devenu inactif.
    La plasticité du cerveau se révèle de façon spontanée.
    Mais pour que l’humanité ne rejette pas des personnes différentes, il va falloir qu’elle devienne adulte.
    Et là, non seulement ce n’est pas pour tout de suite, mais…
    On s’ennuierait, non..??

  23. Bonjour,

    Ah, ça nous change de ces comptes d’apothicaires…

    Quelques remarques :

    – les musiciens capables de jouer « dans le style de » sont plus nombreux que vous croyez… cela s’apprend.
    – la notion de génie est tout à fait subjective… d’ailleurs on parle plus volontiers de nos jours de « talent » ce qui nous ramène à la monnaie…
    – les études sur les groupes ( rats, fourmis, hommes, etc. ) montrent que dès que les conditions d’existence deviennent différentes – rendant généralement la vie plus difficile -, le collectif devient créatif. Cette créativité est conditionnée par la diversité des membres, on pourrait parler ainsi de l’ouverture du groupe. Ainsi un véritable système social idéal devra être à même de préserver ses minorités et surtout, de créer des difficultés « extérieures », susceptibles de renforcer la combativité et la créativité en son sein. Machiavel l’a déjà bien expliqué. Peut-être même est-ce là déjà un mode de fonctionnement banal du pouvoir. Mais pourrait-il le faire sans un secret absolu ?… je crois que oui, pour deux raisons. Primo parce qu’un tel mécanisme apparaît toujours comme trop complexe à la majorité des individus et qu’ainsi – deuxio – il est facile à désinformer. (cf m gaichel)
    – la diversité expliquée dans le paragraphe précédent explicite à mon sens le besoin d’ouverture, donc d’artistes au niveau social… mais pas au sens de singes savants ou de plagiaires de l’existant. Mais de vrais créateurs comme Vinci, Cervantes, Newton ou Edison… qui sont plutôt des continuateurs tatonneurs…
    – j’aime bien l’idée d’une mutation en cours… l’homme de demain se présentant sous la forme autistique, mongolienne, synesthésiste…. je crois fermement que, comme disait je ne me rappelle plus qui, le chaînon manquant entre le singe et l’homme, c’est nous.

    Merci pour l’article

    1. Je voudrai ajouter qu’un défaut de « fabrication » engendre toujours une compensation comme chacun sait… Bref comme l’a depuis longtemps démontré Piaget, il y a quasi toujours une marche vers l’équilibre.. Qui hélas se cassera tôt ou tard, pauvre condition humaine.

      Il y a cependant ce mystère : les gens talentueux qui bossent, ils sont très rares parce qu’ils réalisent plus aisément ce que les autres font en y mettant des heures de boulôt… et n’ont donc pas grand chose à prouver.

      Mais il y en a….. je pense à Roger Federer….

    2. @ Mike

      « ce mystère : les gens talentueux qui bossent »

      Mais le talent c’est ça: l’aptitude à un travail acharné.

      Idem pour le génie: vous en connaissez un qui n’ait pas travaillé comme un dingue?

      « J’ai beaucoup travaillé. Quiconque travaillera de la même façon arrivera au même résultat », disait Bach à la fin de sa vie.

  24. Au delà de l’hymne à l’amour de la différence quelle qu’en soit la nature , et de la charge émotive qui vous est propre en écrivant ce billet , deux citations d’Oscar Wilde , si différent , parfois si con , si comme nous , quoi !

     » La beauté révèle tout parce qu’elle n’exprime rien ».

     » Le passé , c’est ce que l’homme n’aurait pas dû être , le présent , c’est ce que l’homme ne devrait pas être, l’avenir , c’est ce que les artistes doivent être . »

    Je crois qu’il y a environ un cas d’autisme plus ou moins prononcé pour 120 naissances en France.

    On est toujours l’autiste ( l’artiste ) de quelqu’un .

  25. ce qui suppose que les autres membres du clan ou de la tribu avaient pris soin de la personne blessée suffisamment longtemps pour que les os se ressoudent,

    Non, pas forcément.
    Je vous cite le cas de la « Mémé Philo » la grand mère de ma femme. Les médecins n’en revenaient pas :
    En lui faisant à 80 ans une radio du coude, ils se sont aperçus, stupéfaits, qu’elle s’était fabriqué une nouvelle articulation du coude sous l’ancienne suite à l’ossification de celle-ci due à une méchante fracture à 25 ans !
    Elle était blanchisseuse, et elle avait continué à travailler comme si de rien était…..
    « On était « dures » à l’époque » leur avait-elle répondu.
    Son coude était un peu anguleux, mais parfaitement fonctionnel.
    Nos ressources sont insoupçonnable….

    1. Je te crois, mais l’analyse des styles de dessins restent et les os ne peuvent témoigner d’autres handicaps.
      Ce n’est pas une démonstration mais lors de la perte d’un sens; le cerveau ce reconfigure pour que ceux qui étaient attribué à ce sens soit utiliser pour d’autres, cette capacité humaine peut avoir revalorisé le handicap, grâce à des personnes ayant de bonnes places dans le clan qui ayant été blessés (la vu, c’est le plus prédominant) on développé l’analyse d’autres sens (ouïe odorat) et mis en valeur le handicap (c’est un peu froid niveau empathie mais …)

    2. Je n’ai pas été trop clair. C’est sa fracture qui lui servait d’articulation …… Alors que celle d’origine s’était calcifiée.
      Il est à remarquer que sa petite fille avait les coudes anormalement souple en rétroflexion.
      Un héritage « génétique »?

  26. Je trouve votre texte fort intéressant, mais quel rapport avec l’économie?
    Il m’est arrivé de rencontrer des individus porteurs d’un talent exceptionnel (tels que vous décrivez; j’étais, dans ma première vie professionnelle médecin-psychaitre). Au cours de cette expérience professionnelle, j’ai rencontré, par exemple, un peintre exceptionnellement doué qui s’est spécialisé en la peinture des animaux domestiques – mais pour le reste il était cliniquement débile. Ou tel mathématicien doté d’un talent éblouissant, mais incapable de mener une vie civile normale (ce qui fait penser à l’albatros dans « Les Fleurs du Mal de Beaudelaire), et cétera. Je pense qu’il s’agit « d’anomalies » localisables dans le néo-cortex; la neuro-science nous donnera peut-être un jour la réponse.
    Mais en ce qui concerne l’art, elle avait toujours un rapport étroit avec le culte et cela depuis les temps les plus reculés. Cela a bien changé, aujourd’hui lart c’est avant tout du commerce, c’est devenu un affaire vénale, une évolution qui a été prédite à la fin du 19e siècle par le sociologue autrichien Simmel.
    Je pense que devrions retrouver cette notion du culte dans l’art (pas nécessairement liée à une réligion, ca peut être aussi le culte du beau et de sa voie d’expression) – nous l’avons perdu.

    1. Ce texte n’est pas rangé dans le chapitre économie du blog de Paul Jorion mais dans le chapitre art ou anthropologie. C’est une des caractéristiques du bog de Paul Jorion d’être ouvert à de nombreux aspects de l’humanité…

      Je pense que bien des caractéristiques considérées comme peu favorables dans l’autisme peuvent engendrer des facilités artistiques qui bien sur doivent être encouragées et nourries.

      Par exemple, ce qu’on appelle le déficit de la théorie de l’esprit, c’est à dire la difficulté qu’ont la plupart des personnes autistes à percevoir ce que peut bien penser l’autre, capacité qui apparait chez l’enfant non autiste aux environs de 3 à 4 ans (de nombreuses études ont été faites à ce sujet et les publication abondent. Cela pose un problème dans la relation sociale mais dans l’art cela permet une indépendance vis-à-vis de l’opinion des autres… En groc cet art est créatif parce que a-conformiste bien au delà du non-conformisme ou de l’anti conformisme. L’anti conformisme se réfèrant tout de même à une norme sociale même si c’est pour s’y opposer. En étant a-conformiste l’art des personnes autistes peut être réellement créateur. Permettez moin de citer Margaret Boden, une philosophe des sciences qui a beaucoup réfléchi sur la créativité et sur la possibilité d’une créativité dans ce qu’on appelle l’intelligence artificielle:

      [La créativité forte, c’est quand] “le monde a évolué de manière différente non seulement de la manière dont nous pensions qu’il le ferait, mais même de la manière dont nous pensions qu’il le pourrait.”
      Margaret Boden

      Hard Creativity
      [It is when] “the world has turned out differently not just from the way we thought it would, but even from the way we thought it could”

      M. A. Boden, « The Creative Mind, Myths and Mechanisms », Basic Book, 1992

      Comme je le disais plus haut l’anti conformiste reste d’une certaine manière assez prévisible en s’opposant à l’existant, l’a-conformiste lui, va où il veut ignorant les conventions sociales…

      L’aspect répétitif de certains dessins ou exercices musicaux n’arrête pas outre mesure les efforts des personnes autistes… Oui, comme pour les autres artistes le talent est insuffisant, il faut beaucoup travailler pour arriver à donner une impression de facilité.

      Bien d’autres caractéristiques de l’autisme qui sont généralement considérées comme défavorables pourraient être au contraire utilisées de manière à faciliter certains apprentissages. C’est le thème de ma plus récente intervention en conférence et de mon plus récent article publié dans les actes du Congrès international d’Autisme Europe à Oslo en 2007. Disponible sur mon site. Me contacter si vous n’arrivez pas à vous connectez à mon site web, j’ai quelques problèmes techniques car il est hébergé sur un vieux PC qui me sert de serveur à la maison… paul.trehin@orange.fr

    2. L’intelligence artificielle n’est-elle pas actuellement autiste ?
      Elle se moque de ce que l’on peut penser d’elle, et aurait « évolué de manière différente non seulement de la manière dont nous pensions qu’elle le ferait, mais même de la manière dont nous pensions qu’elle le pourrait.” dans l’espace temps biologique et intellectuel qui est le notre…..

      Je connais bien « les artistes ». Ils sont infréquentables au quotidien……… 🙂

    3. Je trouve votre texte fort intéressant, mais quel rapport avec l’économie?

      Pourquoi vouloir souvent ramener tout à l’économie ? Personnellement j’avancerais que le tout économie sur terre ne rend pas moins les êtres autistes de l’autre surtout à partir d’un certain standing de vie, voir le bon exemple de conduite de nos élus divers,

      Quand on aime et glorifie plus que l’économie, on aime plus rien d’autre et c’est alors le monde des affaires, le monde de la finance, de la gestion bancaire, de la politique prend alors toute la place dans l’esprit des êtres,

      En plus dans un tel monde d’autistes, de dirigeants comment voulez alors mieux faire accepter la différence, c’est l’information, la suggestion, le conditionnement de plus en plus grand des êtres, peut-être bien qu’au coeur le plus refoulé de nos sociétés se trouve la réelle réponse à nos problèmes de changement,

      C’est peut-être aussi un peu de cela, ce que l’auteur à voulu nous dire à travers sa propre histoire personnelle et l’autre aspect de son billet,

      J’aime bien la soupe que vous me servez aujourd’hui c’est vrai que ça change un peu de l’ordinaire, ça nous ramène un peu plus à l’homme, mais je préfère quand même pour le bien de la ruche, la cuisine me permettant davantage de me nourrir et de bien m’alimenter question d’économie surtout,

      L’économie c’est devenu tellement devenu si vital de nos jours à l’antenne, aux informations, dans nos têtes, nos coeurs, on se demande d’ailleurs comment les êtres sur terre pourraient réellement perdurer sans elle, la bien folle fausse sagesse du monde qui ne rend d’ailleurs pas moins les êtres autistes et cela à des degrés plus ou moins divers,

    4. @ Pierre

      Je connais bien « les artistes ». Ils sont infréquentables au quotidien………

      Et certains bons programmeurs n'en parlons même pas, surtout que tout le monde ne maîtrise pas le langage cobol et autres …

      A quand alors une meilleure interface de liaison entre le monde d'en haut et le monde d'en bas l'écart devient si grand de nos jours, faisons surtout bien plus attention à sauvegarder nos précieuses en premier,

    5. A Paul Trehin:
      Meci pour vos précisions. Le phénomène de l’autisme est peu connu, donc on ne peut que saluer vos contributions.
      En tant que psychiatre, je faisais travailler les patients « internés »: dessin et écriture essentiellement. Puis je me suis penché sur la psychologie de la création. La création, qu’elle soit artistique ou non, est un champ de refléxion passionnant. Il existe de nombreux travaux consacrés à ce thème.
      La création fait appel aux processus cognitifs complexes, elle est également exigeante quant aux structures de la personnalité, telles que la stabilité émotionnelle (« Ich-Stärke » en allemand, terme freudien) et la persévérance. Il n’est pas facile d’être créateur, on passe par des phases de doute sur soi-même et sur son oeuvre, de déstabilisations et de frustrations, parfois durables. Les créateurs sont aussi, selon mes observations, des hommes/femmes de syntèse, je veux dire: il faut avoir la capacité de réunir de nombreux éléments pour en former un nouveau  » tout « . JS Bach faisait la synthèse entre la musique italienne, francaise et allemande, Einstein profitait de son séjour en Suisse pour étudier des documents de recherche pour en extraire et formaliser des synthèses nouvelles……
      C’est donc dans ce cadre d’observations que vous recherches attirent mon attention.

    6. Jérémie
      « Pourquoi vouloir ramener tout à l’économie2
      C’est la raison pour laquelle je me permets de participer de temps en temps à ce blog. Il offre une autre vision de l’économie, loin des sentiers battus. Et j’adore ca, les sentiers non-battus.

  27. je me disais petit, tout génie est une tare, c’est marrant je le formulais plus vis-à-vis d’un Einstein humaniste mais solitaire (et pas forcement un bon père) de tout ces inventeurs qui passent un peu à coté de leurs proches et qu’ils n’arrivent pas à corriger, mais c’est vrai que l’autisme est une forme plus exacerber de tare (social) qui doit s’accompagner de génie, l’autisme est un peu l’ermite d’un désert qui peut le rester en société et l’additionner à: l’humanisme est la place des plus faibles pour donner comme résultat une clef de notre évolution est surprenant mais très bien vu, le peu d’image, en souvenir, de ces grottes trouvent une signification (mais j’aurai toujours un faible pour ces mains de différentes couleurs ocres additionnés) .
    le rôle des différences où un handicap comme regard nouveau serait un sous-titre plus actuel, l’individualité devenant l’égo.
    Ce serait bien que cette article donne de la couleur à l’usure de ces parents d’autiste

  28. Bienvenue Paul TREHIN et MERCI pour ce billet inattendu mais tellement intéressant. J’avoue adhérer instinctivement à vos thèses mais je n’ai pas les compétences scientifiquement reconnues pour abonder dans votre sens: juste mes expériences de vie, mes observations parmi certaines associations ou au fil de mes voyages.

    Et MERCI à Paul JORION de nous permettre de vous lire. Votre article devrait être relié à ses déclarations répétées sur le fait que l’anthropologie nous en apprend plus sur notre société actuelle que sur les civilisations en voie d’extinction. En ce sens votre article est un acte de foi en la survie et l’amélioration de notre espèce.

    Ce soir je suis comblé! Merci à Paul et Paul.

  29. Certaines personnes autistes ont un grand sens de l’humour et je sais de quoi je parle j’en ai un à la maison, mon fils… Faisant des jeux de mots avec une facilité étonnante car il n’est pas trop gêné de couper les mots sans se préoccuper de leur sens, nous voyons le sens il voit les sonorités. Une de ses meilleures: « Pourquoi les Français aiment bien les psys »
    – « Parce que les Psy Causent »

    Pour finir avec une autre note d’humour voici une vidéo qui m’a fait littéralement éclater de rire…
    Il s’agit d’un extrait d’une émission sur les talents exceptionnels. Une des journalistes a appris que Tony Deblois pouvait jouer n’importe quel morceau de musique qu’il ne connaissait pas auparavant, en ne l’ayant entendu qu’une seule fois…

    Elle lui joue alors un petit morceau d’une mièvrerie désolante.
    Tony se met au piano et le joue à sa manière, je vous laisse découvrir c’est environ au milieu de la vidée qu’on entend assez mal le thème nullissime que joue la journaliste … 2coutez ensuite ce que Tony en fait et comment il se moque de la journaliste qui n’a apparament rien compris…

    http://www.wisconsinmedicalsociety.org/savant_syndrome/savant_profiles/tony_deblois

    A bientôt et encore merci pour vos commentaires et critiques… Tout ça m’aide bien à affiner mon analyse.

    Paul

    1. Tout ça m’aide bien à affiner mon analyse.

      Jetez alors tout cela,

      Plus je regarde un politicien comme un autiste, plus je l'amène pas mieux à se défaire de
      cette image qui lui colle trop à l'être,

      Tout le monde est un peu autiste de quelque chose à l'intérieur comme à l'extérieur de soi, surtout dans ce monde de fous aussi bien le plus sain et le moins sain des êtres,

      Il faudrait toujours au contraire rechercher à réapprendre à voir l'autre, aussi bien le moins
      OK selon les fausses valeurs de vie de ce monde, cette continuelle analyse de l'autre qui
      met encore trop de distance et de froideur entre les êtres, ça ne guérit pas mieux les coeurs,

      Quand je regarde un autre pauvre, un autre estropié de plus de la croissance, est-ce que je prend également le temps de mieux regarder ma propre construction mentale quand bien même dans mon analyse la plus fine qui soit à son égard,

      On éclate de rire parfois pour mieux encore se cacher à soi-même que l'on aurait tellement voulu que les gens le trouvent aussi normal que le reste des hommes, et des enfants dans une classe et puis après quelle importance, c'est si important de nos jours de vouloir tous ressembler à la norme, d'être bien OK à voir,

      Les présomptions, les analyses influent souvent l'observation, puis l'observation nourrit davantage la conviction du lendemain, puis la conviction produit de l'expérience, l'expérience engendre le comportement, lequel à son tour confirme les présomptions d'hier, et c'est alors que la plupart de l''esprit des êtres s'assoupit de plus en plus sous une plus grande couche
      de graisse confortable, et puis il y a aussi tout le conditionnement venant du subconscient et
      ça c'est encore autre chose mais pas seulement pour les gens très autistes du marché ou de la politique mondiale,

      C'est très courageux aussi de votre part d'avoir voulu témoigner de cela,

  30. timiota dit :
    24 novembre 2010 à 00:49
    Vous dites: « On est en gros d’accord, ça devient sémantique entre « très remarquable » et « remarquable ». Votre expérience est irremplaçable, et précieuse pour les autres.
    A votre façon, vous la sublimez. » c’est en effet très proche de ce que j’essaie de transmettre: « Une admiration sincère et la nécessté de rechercher et d’encourager ces compétences; même si elles ne sont pas vraiment remarquable. Elles existent et autant s’en servir pour faciliter les apprentissages des personnes autistes et ou Asperger. Et ainsi faciliter plus tard un niveau d’insertion sociale maximum mais bien sur contrôlé par ces personnes, il ne s’agirait pas en effet de les forcer à avoir des contacts sociaux mais qu’ils aient le choix de pouvoir en avoir…

    Dernier clin d’oeil lié à de vieux souvenir du Danubien dans l’Yonne, qui ont été ravivés récemment : l’autre jour, près d’ Arcy, j’ai revu en photo une des peintures de la grotte,

    J’ai visité cette Grotte d’Arcy sur Cure, c’est une pure merveille bien que de dimension moins imposante que Niaux, Pech Merle, Les Combarelles, ou Rouffignac.

    Quant aux différences entre mon hypothèse et les analyse structuralistes de Leroi-Gourhan il serait bien prétentieux de ma part de vouloir les qualifier d’opposition à sa pensée… Ses analyses restent des bases importantes à la compréhension de l’art préhistorique. Mon hypothèse n’est qu’un élément additionnel à l’édifice fragile de nos connaissance sur des sujets si difficiles à traiter vu la distance temporelle qui les sépare de nous…

    1. Ses analyses restent des bases importantes à la compréhension de l’art préhistorique. Mon hypothèse n’est qu’un élément additionnel à l’édifice fragile de nos connaissance sur des sujets si difficiles à traiter vu la distance temporelle qui les sépare de nous…

      Qui étaient vraiment nos ancètres les gaulois, les druides, les bardes et les autres divers poètes plus ou moins inoubliables de notre passé, de notre histoire, remontant à bien plus loin encore dans le temps et les époques sur terre, combien d’hommes et de femmes et
      de visages différents ? Et que penseraient-ils encore de notre civilisation actuelle s’il étaient encore là bien vivants dans nos coeurs et nos mémoires ? Avons-nous seulement bien encore un meilleur esprit de recherche de nos jours ? Les laisserions-nous vraiment encore
      le droit et la liberté d’exprimer une autre culture de la vie et des choses en société ?

  31. Pierre dit :
    24 novembre 2010 à 02:36
    Vous dites: L’intelligence artificielle n’est-elle pas actuellement autiste ? »

    J’ai envoyé un message allant dans ce sens dans une discussion « intranet » sur l’intelligence artificielle, en 1992, quand je travaillais encore à IBM
    En fait mon idée portait sur deux aspects la comparaison des rigidités des processus cognitifs dans l’autisme et la rigidité de raisonnement, propre aux premiers essais de programmes informatiques dits d’Intelligence Artificielle. Mes colègues du Centre Scientifique d’IBM FRANCE me disaient que « IA » ne devait pas être entendu comme Intelligence Artificielles mais comme Informatique Avancée…
    L’autre idée que j’ai soumise: les chercheurs en IA devraient essayer de comprendre les difficutés des personnes autistes à interagir dans des relations sociales afin d’essayer d’inclure dans leurs programmes d’IA des fonctionalités qui justement les rendent plus capables de relations avec les utilisateurs d’ordinteurs… Entre autre ce dont j’ai parlé ici: développer les bases d’une théorie de l’esprit, c’est à dire que le programme informatique puisse inférer d’après les interactions avec l’utilisateur ce que ce dernier cherchait à faire. Ne vous est-il pas arrivé comme à beaucoup d’entre nous, « personnalisant la machine » de vous mettre en colère « Mais c’est pas ce que je voulais faire imbécile de machine… »

    A l’époque les recherches sur les capacités remarquables de certaines personnes autistes n’étaient pas très connues et je n’avais donc pas pu suggérer que la compréhension de ces capacités pourraient permettre d’améliorer les programes d’IA…

  32. Ce qui m’a décidé à ne pas garder le silence après lecture de l’article et des commentaires, a été de m’inquiéter de sa position énonciative au-delà de ce que l’article rend public à savoir une place de père vis-à-vis d’un enfant « autiste », et d’apprendre sur le site personnel de Paul Tréhin sa fonction de Vice Président de l’association Autisme Europe et secrétaire général adjoint de l’Organisation Mondiale de l’autisme.
    Cf : http://gilles.trehin.urville.pagesperso-orange.fr/accueil.html
    J’y lis : « Une changement majeur allait bouleverser notre vie familiale : le diagnostic d’autisme donné notre fils Gilles ».
    Le centre de l’affaire est là : qu’est ce qu’un diagnostic ? et pour le cas, d’autisme ?
    Ce diagnostic là comme d’autres ne saurait être produit que par un spécialiste à savoir un médecin-psychiatre. Non pas qu’il soit inaccessible à chacun d’assimiler la démarche de lecture des signes cliniques qui fabrique ce diagnostic mais seul le diagnostic médical vaut pour ses conséquences pratiques, à savoir la mise en œuvre d’un traitement et sa prise en charge financière partielle par la collectivité dans un système de santé développé.

    Il se trouve que depuis 2 siècles la psychiatrie reste bifide : il est impossible de séparer la fonction soignante de celle-ci de sa fonction de contrôle social et de gestion avec ce qu’elle a inventé, à savoir la notion de maladie mentale séparée de la somatique, car si la division cartésienne ne tient pas le coup elle opère pourtant matériellement jusque dans l’appareil sanitaire institutionnalisé.
    Il est remarquable que la toile des institutions se soit petit à petit spécialisée à partir de la grille psychopathologique en vigueur. Au ternaire institué dans le courant du 19ème psychose/névrose/perversion répond en gros l’hôpital psychiatrique/la médecine de ville/police et appareil judiciaire. Bien sûr, il y a des ponts, des errements, des superpositions mais la structure est là, installée depuis 2 siècles malgré son instabilité de fait, et ses renouveaux classificatoires.
    Son imprécision et sa babélisation a nourri le projet d’un repérage sémantique athéorique dont est issu l’actuelle classification mondialement dominante d’inspiration évidemment état-unienne, le DSM. La version 5 arrive !
    http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/02/25/dsm-5-le-livre-qui-rend-fou/
    L’avantage du DSM est son traitement informatisé puisque ce qui est coté est codé, et est sensé permettre aisément la comparaison des coûts, comme de l’incidence des divers « traitements » parfois en concurrence sur le marché ; la bonne gestion est de rigueur.

    À ce sujet, « l’autisme » tient une place particulière dans cet écheveau. Au départ avec Kanner pendant la WW2 ce n’était qu’une petite forme isolée dans le fourre-tout des psychoses infantiles, quelques cas singulièrement construits pour des enfants dont les parents avaient un niveau d’éducation supérieur. Dans un contexte politique pesant, c’était aussi un modeste échantillon pour Asperger. Ces diagnostics « de classe » ont été contestés depuis mais il en reste la notion de haut niveau.

    Ces enfants souvent décrits comme vivant dans une bulle, sont aussi l’objet d’une bulle diagnostique. Les médecins rencontrent de plus en plus d’enfants « autistes ». Une sorte d’épidémie mystérieuse.
    C’est pourquoi on a pu assister à un double mouvement.
    D’une part le regroupement associatif de parents « d’autiste » formant des lobbies pour défendre les intérêts de leurs enfants auprès des pouvoirs publics et contournant la représentativité traditionnelle du corps médical auprès des gouvernements, et d’autre part la création d’une niche de marché pour traiter ces personnes.
    Ce marché est aujourd’hui dominé par des pratiques réputées cognitivistes et comportementalistes notamment le programme Aba dont récemment un promoteur sur une radio nationale rappelait le coût 50000 € par an et par enfant.
    Ce modèle associatif de défense des intérêts d’une communauté, n’est pas sans évoquer les « homosexuels » qui se sont insurgés contre le costume de malade mental que la psychiatrie leur faisait porter. Avec le terme de gay qu’ils imposent patiemment puis de LGTB ils subvertissent l’épinglage diagnostique et sortent de l’emprise médicale et juridique. Si le marketing a parfaitement repéré qu’ils constituaient une niche de marché communautariste, la communauté a su s’organiser mondialement et défendre ses intérêts auprès des pouvoirs publics. Les luttes auprès des gouvernements, à propos du sida, pour l’équité des droits (adoption, mariage, pacs etc.) ou auprès des appareils mondiaux, ONU, OMS témoignent de leur efficacité.

    Évidemment on ne saurait attendre pareil mouvement de la part des étiquettés « autistes » et c’est pourquoi leurs parents s’en chargent. Philip K. Dick par un roman mémorable « Les clans de la lune alphane » avait en son temps mis en scène les liens sociaux pouvant être noués à l’intérieur des communautés diagnostiques issus de la psychiatrie.
    Par contre ce phénomène associatif des parents « d’autistes » est un des premiers mouvements de ce type, mais parents en tant que porte-parole, comme certains spécialistes se sont fait porte parole des intérêts de leurs patients auprès des représentants du gouvernement. D’autres regroupements sont probables à la faveur des dispositifs législatifs favorisant la représentativité des associations de malades, d’usagers de tels ou tels services etc. , les symptomatologies singulières venant en quelque sorte s’additionner pour former de vastes ensembles communautaires où l’identité de chacun se soutient en miroir à celle de l’autre, la somme valant interlocuteur représentatif auprès des instances gouvernementales.

    La création récente des Maisons Départementales des Personnes Handicapés qui accueille toutes les formes de déviance de l’écart type statistique peut faire drôle à un gamin fauteur de troubles orthographiques à l’école et amené à consulter sur le statut de son handicap.
    Mais pour revenir à l’autisme, il y a suffisamment de recul aujourd’hui pour constater que des diagnostics d’autisme ont été portés sans que l’évolution qui s’ensuive confirme le « cas » et ce quelque soit le type de prise en charge reçue : sans doute des erreurs de diagnostics ? Par contre il devient banal de constater qu’un diagnostic « d’autisme » vient concerner des enfants dont les traits singuliers sont de plus en plus éloignés des descriptions des fondateurs. C’est assez lourd à porter pour l’enfant au travers les résonances imaginaires de ses parents issues des représentations à grande diffusion. C’est enfermant et pas si simple d’en dégager chacun, une fois la dénomination installée.

    L’usage aujourd’hui socialisé de la notion de handicap qui plus est, « mental », semble assez éloigné de l’origine du terme : une course de chevaux, avec sans doute des parieurs ! La course aux savoirs suppose qu’on fabrique des bêtes de savoirs, comme il y a des bêtes de courses.
    La notion d’autisme reste un mystère, aucune étiologie sérieuse n’est établie. Pas plus que pour la fameuse « névrose » qui n’était rien d’autre qu’une névrite dont la localisation de l’inflammation était mystérieuse. Elle l’est toujours !

    À contre courant de l’ensemble des commentaires, je ne suis donc pas séduit par les perspectives étonnantes promues par cet article. Cela me rappelle le psychiatre Kraepelin partant avec sous le bras sa classification universelle des maladies mentales pour vérifier à Java, si elle fonctionnait comme à Munich. Ici ce n’est pas la synchronie, mais la diachronie qui est interpellée, mais l’embarras du diagnostic qui justifie la quête, demeure.

    Pour des raisons de coût économique le gouvernement avait produit l’idée d’un dépistage précoce des futurs délinquants, ce à quoi la pétition « pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » avait répondu.
    Le coût du psychiatrique ou du médico-social (drôle de syntagme) est sans fond. Les fonds manquent et manqueront. Il est notoire qu’il est plus couteux là où la pauvreté sous toutes ses formes est endémique, transgénérationnelle depuis des lustres. Qu’on se rappelle que le Dr Morel un aliéniste taxico-maniaque, a inventé la notion de dégénérescence morale dans un pavillon de Sotteville-lès-Rouen, sur le dos des communautés ouvrières. On sait l’exploitation politique qui en fut fait ensuite.
    Il n’y a pas de raison d’entériner pour l’éternité la fragilité conceptuelle des classifications nosographiques installées depuis peu à l’échelle de l’histoire. Et la notion d’autisme n’est un petit élément tardif d’une toile bien plus vaste.

    Une autre forme de société ne saurait s’épargner de repenser le chantier ouvert avec la révolution française sur la façon de traiter ce que les grandes cohérences et cohésions sociales produisent dans leurs marges comme co-errances.

    1. Imaginez un monde ou les êtres se sentiraient déjà un peu moins obligés et conditionnés à se sentir mal faute de ceci ou cela à l’esprit, c’est sur les marchands de poisons ne pourraient pas toujours mieux en retirer un meilleur bénéfice mercantil en matière de médecine,

  33. Je développe dans ce texte mon hypothèse qui pourrait permettre de concilier les deux théories par une troisième pouvant à la fois situer l’évolution culturelle de la population dans son ensemble dans une continuité et l’apparition soudaine de nouvelles compétences par des cas isolés d’artistes que l’on qualifierait aujourd’hui d’autistes avec un syndrome savant, cette émergence de personnes avec un syndrome savant étant lié à un accroissement de la population humaine qui permet qu’apparaissent statistiquement de telles personnes.

    Je pense que depuis la nuit des temps il y a toujours eu un peu de tout pour faire un monde, aussi bien des plus terre-à-terre que des moins terre-à-terre, les enfants de Cain par exemple et les enfants d’Abel, des êtres plus attirés pour les choses concrètes de la terre et d’autres pour les choses du ciel, je ne sais pas si cela rejoint votre théorie, je pense même qu’il y a
    eu des êtres plus spirituels que nous dans l’histoire et cela à des degrés divers de penser comme de conduite dans un clan comme une tribu, se trouvant un peu plus dans la vallée ou la montagne, cela ne veut pas dire non plus que l’homme moderne restera toujours autant attaché à ces mêmes valeurs de vie et de jugement des autres aujourd’hui,

    Daniel Tamet a pu apprendre en une semaine à parler l’islandais, langue particulièrement difficile, suffisamment bien pour subir une interview à la télé islandaise… Ces talents sont toujours accompagnés de capacités de mémoire extrêmement importantes. Certaines des personnes douées de talents musicaux mémorisent en une seule écoute une nouvelle pièce musicale et arrivent à reproduire immédiatement la pièce musicale qu’elles viennent juste d’entendre. Nous avons un double phénomène : la mémorisation instantanée et l’exécution sans faute, également instantanée. Quelques-uns de ces musiciens ayant un syndrome savant connaissent plus de 10.000 pièces musicales et peuvent les rejouer à la demande sans la moindre faute. Beaucoup de ces musiciens sont des pianistes virtuoses.

    Pas croyable en effet ce serait donc lié à leur extrème faculté de mémoire visuelle ou auditive. J’ai une question à vous poser ont-ils généralement peur de quelque chose en particulier ?
    Est-ce que cela repose principalement sur l’un des cinq sens en particulier ? Ou cela diffère trop d’un invidividu à un autre pour pouvoir mieux se prononcer.

    cdt,

    1. Cela éclaire un peu le fonctionnement du cerveau (p ex dans les livres d’Uta Frith, l’énigme de l’autisme, Ed Odile Jacob).
      La capacité de traitement « brute » du cerveau est effectivement hénaurme. C’est pour garder la capacité d’adaptation que le cerveau nous embête à effacer 99% du passé, et à rajouter du bruit sur le 1% restant.
      Ce qui reste « gravé » est gravé assez profond et réside plus ou moins dans des « aires » (le langage) qui ont évolué avec le néo-cortex.
      Donc les dysfonctionnements génétiques complexes du spectre autistique ne font que « dé-moduler » au petit bonheur la chance, la cape de bruit qui a été mise par Dame Evolution. Le signal « montant » a du mal a être traité chez bcp d’autistes (des perceptions au cerveau), mais en contrepartie, la capacité de la traiter peut être maximale, avec le risque de non effacement et ce qu’il a de négatif à la longue.

      En gros, la biologie a pris la fonction « enregistrement », qui existe sur étagère chez tous les primates, et l’a combiné avec une belle CPU, un processeur.

      Mais ce processeur est flou de façon à gérer l’ordinaire de l’avantage humain, qui est devenu la communication langagière(& visuelle), celle qui permet in fine la transmission non génétique, la transmission culturelle, celle des outils, par les supports de mémoire (que les outils furent eux-même au paléolithique), les « hypomnémata ».

      C’est cette « facilité » du contact humain que nous expérimentons tous les jours (avec un petit avantage au féminin…), qui définit la connivence, la reconnaissance et le respect, qui sont des moteurs sociaux incontournable (voir l’horrible cas de la tribu des Ickxs au Kenya de mémoirerapporté dans Booksmag sur leur site web…)

      Ce qui se passe dans l’autisme est une reconfiguration de la partie « interface homme homme » des « drivers de périphériques », qui supprime son rôle, et souvent en contrepartie, une absence du facteur flou, qui conduit le cerveau a être « toujours très précis », donc répétitif, lié au sens littéral, etc.

      Malheureusement, et quoi qu’en dise Rosebud ci-dessus, les schémas classiques de la psychanalyse en version « Familiale » (famille Miller disons) ne sont pas très utiles pour aider les autistes/Asperger dans la vie de tous les jours. l’ABA peut, semble-t-il, aider directement les personnes concernés et surtout leur proches qui deviennent moins stressés en acceptant mieux la part de codification du quotidien qu’impose cet être humain quand il faut vivre avec. Les pays scandinaves qui ne sombrent pas comme ça dans toutes les modes qui passent, en sont bien contents, disent-ils.

  34. Jérémie, « regarder un politicien comme un autiste » c’est insulter la personnes autiste.
    Beaucoup de journalistes ou d’hommes politiques utilisent cette expression en parlant de personnes qui ne communiquent pas avec les autres ou n’écoutent pas les autres. Or l’autisme ça n’est pas cela tout au moins pas seulement cela…
    J’aimerais bien que de nombreux politiciens aient les qualités d’honeteté, de sincérité, les capacités de mémoire et de compréhension de systèmes complexes que l’on trouve souvent chez les personnes autistes au sens précis de porteurs du syndrome autistique.

    Mon fils est furieux quand il entend un journaliste ou un homme politique utiliser le mot autiste au sens péjoratif…
    C’est un peu comme traiter quelqu’un de defficient intellectuel (et je reste poli ici car j’ai entendu des termes bien plus dégoutants venant de la part de personnes qui ne supportent pas la différence…) Outre mon engagement associatif dans l’autisme j’ai été très actif dans le domaine de la defficience intellectuelle comme administrateur national à l’UNAPEI.

    Por ce qui est de mon éclat de rire à la vue de la vidéo de Tony Deblois, c’était uniquement un rire franc et sincère sur l’humour dont il a fait preuve pour se moquer de la journaliste. Je ne riais pas de Tony…

    A ce propos, une de mes plus désagréables expériences au cinéma a été d’entendre le public rire au premier degré en voyant les images du film « Vol au dessus d’un nid de Coucous »n Film qui m’avait au contraire remué les tripes par le tragique de la situation d’internement brutal des personnes atteintes de maladies mentales décrite par les images de ce filmtrès puissant…

    1. Oui je comprends,

      C’est comme parfois le portrait des gens que l’on préfère plutôt faire pour mieux paraît-il informer objectivement l’actualité d’une société. Voyez-vous ce qui m’a fait le plus flippé dans vol au dessus d’un nid de coucou, c’est le comportement un peu sadique de l’infirmière par rapport à ces patients, lui appartenant Corps et Ames, brrr ça fait froid dans le dos quand j’y repense, surtout quand on sait que les gens ne sont pas toujours mieux soignés pour des questions de coût et d’économies.

  35. @ Paul Trehin :

    à propos de votre dernière phrase.

     » Ce mot ( art) comporte deux sens symétriquement inverses , à partir d’une racine commune . L’artifex ( artiste ou artisan ) c’est l’homme incarnant une idée, fabriqaunt un être que ne fournit pas la nature… Mais , ou bien cette création est subordonnée à nos fins pratiques ( arts utilitaires )- ou bien elle nous subordonne à des fins idéales ( beaux arts) et satisfait , si l’on peut dire,des besoins non utilitaires : d’où , par hybridation de ces caractères primitifs de l’art , l’aspect magique , superstitieux , , idôlatrique qu’il a pris aux débuts mêmes de l’humanité ; d’où le dévouement , la dévotion de l’artiste à son oeuvre ; d’où le culte mystique de l’art chez les plus civilisés . » ( on reboucle sur culture et civilisation)

    M . Blondel dans Lalande ( vocabulaire de la philosophie ) .

    S’agissant d’autisme et de symbolisme artistique , il me semble que Piaget a écrit aussi des pages là dessus , mais j’ai la mémoire qui me trahit .

  36. Un jour un homme fut embarqué en voyage avec sa femme, c’était je crois dans l’intention de mieux lui faire changer les idées en dehors du meilleur des mondes, hélas une fois devant les chutes du niagara il ne put s’empêcher d’y voir encore un danger, une autre aberration de la nature, sa femme lui disait regarde, regarde c’est merveilleux, mais lui il recherchait encore
    à classer et à arranger tout ça, à vouloir garder et fixer en premier le contrôle et la limite de l’observation, de la perception, c’était comment dire pas assez bien construit, trop primitif, magique, superstitieux, irréel, l’homme actuel recherchant constamment à construire quelque chose de moins idôlatre dans sa tête, incarnant un projet, devenir un être beaucoup plus rangé et organisé en société, faut voir parfois comme les modernes si compliqués se permettent de juger nos ancètres, encore plus lorsqu’il s’agit de mieux reconstruire un temple, comment dire plus acceptable pour le monde.

    1. Merci Pablo 75,

      J’ai vu le documentaire quand il est pssé et j’ai lu plusieurs articles sur cette théorie. J’avoue qu’elle ne me convainc pas, pas plus d’ailleurs que la théorie de Jean Clottes et Denis Lewis William sur le chamanisme et les transes…

      Paul

  37. Rosebud1871 dit : 24 novembre 2010 à 14:09
    Ce qui m’a décidé à ne pas garder le silence après lecture de l’article et des commentaires, a été de m’inquiéter de sa position énonciative au-delà de ce que l’article rend public à savoir une place de père vis-à-vis d’un enfant « autiste », et d’apprendre sur le site personnel de Paul Tréhin sa fonction de Vice Président de l’association Autisme Europe et secrétaire général adjoint de l’Organisation Mondiale de l’autisme.
    Cette information est disponible depuis mon inscription sur le blog de Paul Jorion…
    Pour information, je n’exerce plus ces fonctions suite à ce qu’on appelle pudiquement une longue maladie dont j’espère être sorti mais avec le cancer on n’est jamais sur de rien…
    « Le centre de l’affaire est là : qu’est ce qu’un diagnostic ? et pour le cas, d’autisme ?
    Ce diagnostic là comme d’autres ne saurait être produit que par un spécialiste à savoir un médecin-psychiatre. Non pas qu’il soit inaccessible à chacun d’assimiler la démarche de lecture des signes cliniques qui fabrique ce diagnostic mais seul le diagnostic médical vaut pour ses conséquences pratiques, à savoir la mise en œuvre d’un traitement et sa prise en charge financière partielle par la collectivité dans un système de santé développé. »
    Ma réponse : Un diagnostic peu sérieux dans sa méthode et très tendancieux nous avait été donné par l’hôpital psychiatrique local ; Je cite « Gilles a des traits autistiques mais il n’est pas autiste, car il a une bonne relation avec sa mère… (SIC) »
    Mon fils a eu la chance, je dis bien la chance de pouvoir échapper au type de traitement qui nous était proposé dans les hôpitaux de jour … En effet j’ai été employé aux USA peu après l’obtention de ce diagnostic. Notre petite famille y a vécu un total de 5 ans en deux séjours. Lors du premier séjour Gilles a été dans une petite école maternelle publique où le faible effectif lui a permis d’être scolarisé dans d’assez bonnes conditions. De retour en France pour 2 ans il a été intégré dans une école maternelle où les activités assez structurées lui ont permis d’apprendre les rudiments servant de base à un futur apprentissage de la lecture et du calcul, cela sans suivi psychiatrique.
    En arrivant pour le second séjour aux USA, nous avons essayé d’alerter la directrice de l’école élémentaire publique où Gilles allait être inscrit, sur des risques de petits problèmes de comportements… Elle les a balayés en nous disant que les parents se faisaient trop de soucis… Mais dès le second jour de classe elle nous a appelés au secours, Gilles courant dans tous les sens dans la classe dès qu’il entendait soit un bus scolaire ou un avion passant dans le ciel. Répétant à tue-tête de façon écholalique les phrases entendues dans les dessins animés de la télé…
    Là, la directrice a pensé que notre fils pouvait avoir besoin de prise en charge sous forme d’éducation spécialisée. On nous a proposé de rencontrer une assistante sociale. Lors de la première rencontre, cette dernière nous a dit « tenez, voici de la documentation sur le système scolaire américain, comme vous êtes étrangers vous ne le connaissez sans doute pas bien, lisez cette doc et reprenons rendez vous dans une semaine, comme cela vous pourrez discuter avec moi et me poser toutes les questions que vous voudrez. Chose dite, chose faite, lors de la seconde rencontre après avoir pu poser toute les questions, nous avons accepté que Gilles soit examiné par le comité local de l’éducation spéciale.
    L’école primaire dont je répète qu’elle était publique et gratuite, a fait venir de New York City pour une journée entière un psychiatre parlant français, n’en ayant pas trouvé dans la petite ville où nous habitions, à environ une heure et demie de route de New York City. Suite à l’évaluation de ce psychiatre il y a eu une autre réunion du comité de l’éducation spéciale qui après délibérations a conclu que Gilles avait besoin d’éducation spéciale. Nous avions été prévenus de la date et de l’heure de cette réunion et attendions les résultats. On nous a immédiatement informés et nous avons accepté la décision qui venait d’être prise. Nous avons alors assisté à une scène presque surréaliste : la directrice de l’école primaire a vu que nous étions d’accord, et elle s’est retournée vers l’assistante sociale en lui disant, « C’est une très bonne décision, il n’y a qu’un problème, c’est que l’année scolaire a déjà commencé et que je n’ai pas prévu de quoi satisfaire aux besoins de cette décision dans mon budget annuel. »
    A ce moment l’assistante sociale a d’abord blêmi, avant de devenir rouge de colère et a dit devant nous à la directrice de l’école primaire « Madame les problèmes de budgets ne regardent pas les parents, ce sont vos problèmes, a vous de les résoudre, n’ennuyez pas les parents avec ça… » Là ça a été au tour de la directrice de blêmir et d’ensuite s’excuser devant nous de son erreur…
    Par chance l’arrivée de Gilles faisait franchir à cette petite école un seuil quantitatif l’autorisant à ouvrir une petite classe spéciale intégrée dans l’établissement scolaire dans laquelle 7 enfants ayant des difficultés d’apprentissage disposaient d’une institutrice formée à l’éducation spécialisée, d’une éducatrice spécialisée et d’une psychologue scolaire venant évaluer chaque semaine les besoins éducatifs des enfants et proposer un programme pédagogique individualisé pour chacun d’eux, programme comprenant des aspects scolaires mais aussi des aspects liés au développement de la communication et aux apprentissages sociaux de base.
    Aux USA, nous avions également pu voir le rôle important qu’avaient les associations de parents pour exiger de l’école publique des services appropriés aux difficultés des enfants en tenant compte des diversités individuelles… Nous avons aussi trouvé toute une littérature scientifique sur l’autisme. Je dois préciser que mon épouse et moi avons tout deux une formation de base scientifique qui nous a permis de lire cette littérature.
    Au travers des associations de parents nous avons u avoir un rendez-vous pour essayer d’obtenir un diagnostic plus sérieux que celui obtenu à l’hôpital de Nice…
    Nous avons étés reçus par le Professeur D. Cohen de l’université de Yale. Quand il a su que nous étions étranger et que nous n’avions pas la carte bleue (équivalent de notre carte vitale aux USA) il nous a dit qu’il prendrait les frais de diagnostic sur ses fonds de recherche. Le travail de diagnostic a été fait chaleureusement sur 5 séances émaillées d’anecdotes fort sympa que je n’ai pas le temps de relater ici… Le diagnostic a été confirmé, c’était important pour nous pour de nombreuses raisons.
    A notre retour en France nous avons cherché des services de scolarisation équivalents dans les écoles publiques susceptibles de donner à Gilles la même qualité de prise en charge. Malheureusement, il n’y en avait pas, heureusement ma situation professionnelle nous a permis de mettre Gilles dans une toute petite école privée où la directrice était une ancienne institutrice très pédagogue, c’est-à-dire capable d’inventer des approches éducatives s’adaptant aux besoins individuels des enfants. Gilles s’y est bien adapté car les apprentissages sociaux acquis dans sa classe intégrée aux USA lui ont permis de comprendre les comportements sociaux qui font que des relations sont possibles avec d’autres enfants ainsi qu’avec les adultes présents.
    Ce n’est que face au désert de service en France que mon épouse et moi-même nous sommes engagés dans le mouvement associatif, et nous n’étions même pas concernés directement puisque nous avions trouvé une solution pour notre fils… Nous avons trouvé trop injuste que des milliers d’enfants autistes ne puissent profiter de services appropriés tels que ceux qu’avait eus mon fils. Fort de l’expérience acquise auprès des associations de parents aux USA et à leur capacités à faire changer le système, mon épouse et moi nous sommes lancé dans ce combat, car ça en était un…
    De fil en aiguille réalisant que nous n’arrivions à rien localement, nous avons commencé à agir au niveau national, comme membres fondateurs de l’association Autisme France, j’ai ensuite été élu au Conseil d’administration de l’UNAPEI puis à celui d’Autisme Europe. Association qui a permis aux parents français de comparer les différents systèmes de prise en charge de l’autisme selon les pays et de connaître des psychiatres qui avaient des points de vue différents de ceux des français sur l’autisme. Ces psychiatres et psychologues étrangers présentaient également des résultats scientifiquement validés par des études épidémiologiques, psychologiques et des résultats concrets d’évaluation des méthodes de prises en charges utilisées.
    Pendant ce temps Gilles continuait son chemin dans l’école publique avec notre soutien au niveau des apprentissages, il a même fini par intégrer le système universitaire en passant l’examen d’entrée parallèle, n’ayant pas réussi son bac.
    Il a fait 3 ans en DEUG d’histoire mais l’élitisme universitaire l’a empêché de continuer… Dommage qu’il n’y ait pas eu de programmes moins élitistes comme on en trouve dans certaines universités aux USA où de nombreuses personnes autistes on pu poursuite des études universitaires, dont certaines jusqu’à un doctorat, grâce à des possibilités de prendre des unités de valeurs aux contenus très concrets… Mais c’est une autre histoire…
    Vous dites ensuite : « Il se trouve que depuis 2 siècles la psychiatrie reste bifide : il est impossible de séparer la fonction soignante de celle-ci de sa fonction de contrôle social et de gestion avec ce qu’elle a inventé, à savoir la notion de maladie mentale séparée de la somatique, car si la division cartésienne ne tient pas le coup elle opère pourtant matériellement jusque dans l’appareil sanitaire institutionnalisé. »
    Cela est exact, au delà de la psychopathologie, la psychiatrie a aussi exercé des influences sociales « normatives » depuis deux siècles, rôle exercé auparavant par l’église au niveau général et les hôpitaux religieux en cas de pathologies mentales, quand on ne pratiquait pas l’exorcisme. Même au niveau de l’économie, on pourra relire Vance Packard « La persuasion clandestine » qui montre le rôle qu’ont pu jouer la psychologie et la psychanalyse dans le développement de campagnes de marketing touchant à l’inconscient des décisions des consommateurs vers les années 1950 et 1960. Les entreprises s’en servent toujours mais moins, car ces techniques sont moins efficaces que ne l’espéraient ces entreprises…
    Vous dites encore : « Bien sûr, il y a des ponts, des errements, des superpositions mais la structure est là, installée depuis 2 siècles malgré son instabilité de fait, et ses renouveaux classificatoires.
    Son imprécision et sa babélisation a nourri le projet d’un repérage sémantique athéorique dont est issu l’actuelle classification mondialement dominante d’inspiration évidemment état-unienne, le DSM. La version 5 arrive !
    http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/02/25/dsm-5-le-livre-qui-rend-fou/
    L’avantage du DSM est son traitement informatisé puisque ce qui est coté est codé, et est sensé permettre aisément la comparaison des coûts, comme de l’incidence des divers « traitements » parfois en concurrence sur le marché ; la bonne gestion est de rigueur. »
    Tant la classification de l’OMS que le DSM IV que le DSM5(dont j’ai pu avoir un aperçu au dernier congrès d’autisme Europe) sont des instruments relativement imprécis, comme tout modèle travaillant sur la pensée humaine, par exemple mes recherches sur le syndrome savant échappent totalement à ces classifications
    Un des avantages de ces classification internationales et de permettre des comparaisons de populations en partant de définitions semblables, quand bien même ces définitions seraient imparfaites, au moins on parle des mêmes populations. Contrairement à ce que laisse penser l’article ci-dessus, le DSM5 a fait l’objet d’études en double aveugle des équipes de diagnostic testant diverses échèles diagnostiques pour voir si elles arrivaient à des résultats cohérents. Les changements proposés ont été conçu pour réduire certaines incohérences liées à l’application des versions précédentes, afin justement que les diagnostics faits par des équipes cliniques différentes soient le plus cohérents possible.

    Vous dites encore : « À ce sujet, « l’autisme » tient une place particulière dans cet écheveau. Au départ avec Kanner pendant la WW2 ce n’était qu’une petite forme isolée dans le fourre-tout des psychoses infantiles, quelques cas singulièrement construits pour des enfants dont les parents avaient un niveau d’éducation supérieur. Dans un contexte politique pesant, c’était aussi un modeste échantillon pour Asperger. Ces diagnostics « de classe » ont été contestés depuis mais il en reste la notion de haut niveau. »
    Le fait que Kanner ait parlé de parents intellectuels tient au double biais statistique de son échantillon puisqu’il s’agissait de parents travaillant pour l’université où il travaillait lui-même et aussi de parents suffisamment aptes à s’apercevoir que leurs enfants avaient des problèmes et venir consulter. J’admire tout de même les capacités d’observations cliniques tant de Kanner que d’Asperger, qui leur ont permis de dégager des traits communs sur de si petits échantillons, traits dont les recherches nosographiques puis épidémiologique futures allaient en grande partie vérifier la validité. Les critères de Kanner ont enfin permis de faire des recherches sur des populations cohérentes contrairement à celles faites sur la base du concept de « psychoses infantiles » qui étaient un vrai fourre tout ou on pouvait trouver des cas d’autisme au sens actuel comme des cas d’hospitalisme.
    La définition de Kanner a permis de faire le premières études sérieuses d’épidémiologie de l’autisme, en particulier en Angleterre sous la direction du Dr Lorna Wing, études qui ont bien montré que la situation sociale des parents n’avait rien à voir avec l’apparition de l’autisme. Sur les critères de Kanner des psychologues comme Neil O’Conor et Beate Hermelin ont énormément fait avancer les connaissances sur les variations cognitives entre des enfants autistes, des enfants sans diagnostic et des enfants trisomiques, ces recherches datant de 1970 restent fortement utiles. Beate Hermelin a aussi fait des recherches sur les compétences en pointe dans les profils des personnes autistiques (Splinter skills) compétences dont j’ai expliqué dans mon article qu’elle sont remarquables par rapport au reste des compétences de l’enfant autiste évalué mais non exceptionnelles prises en relation avec l’ensemble de la population, ce qui est en revanche le cas des personnes ayant un syndrome savant.
    Vous dites encore : « Ces enfants souvent décrits comme vivant dans une bulle, sont aussi l’objet d’une bulle diagnostique. Les médecins rencontrent de plus en plus d’enfants « autistes ». Une sorte d’épidémie mystérieuse. »
    C’est pourquoi on a pu assister à un double mouvement.
    D’une part le regroupement associatif de parents « d’autiste » formant des lobbies pour défendre les intérêts de leurs enfants auprès des pouvoirs publics et contournant la représentativité traditionnelle du corps médical auprès des gouvernements, et d’autre part la création d’une niche de marché pour traiter ces personnes.
    Ce marché est aujourd’hui dominé par des pratiques réputées cognitivistes et comportementalistes notamment le programme Aba dont récemment un promoteur sur une radio nationale rappelait le coût 50000 € par an et par enfant. »
    Ce sont les médecins et les psychologues qui ont parlé de « bulle », les parents se sont opposé à ce terme. S’ils ont formé des associations c’est en partie pour essayer d’obtenir des services appropriés mais aussi pour se défendre des accusation horribles dont ils étaient les victimes de la part du corps médical psychiatrique.
    Une partie de ce que vous appelez « épidémie mystérieuse » peut-être expliquée par l’élargissement des critères diagnostiques ou aussi par une consultation plus fréquente des familles suite à une vulgarisation médiatique de l’autisme.
    Je remarque ensuite que c’est vous qui parlez de marché, les associations de parents auraient été bien satisfaites d’arriver à convaincre les pouvoirs publics de leur apporter des services satisfaisants pour leurs enfants, les services reçus dans les hôpitaux de jours étant à l’époque le plus souvent totalement insatisfaisants.
    Si les parents se sont trouvés obligés de créer des services sous forme d’établissements d’éducation spécialisée ou de classes intégrées supervisées par les associations c’est à cause du manque de réponse des pouvoirs publics aux attentes des parents. Nous voulions de l’éducation pour nos enfants et le ministère de la santé nous renvoyait vers les hôpitaux J’ai transmis à Simone Weil, alors ministre de la santé, la demande des parents d’approches éducatives dans l’autisme … Elle m’a répondu « Vous vous trompez de ministère », l’éducation nationale on ne voulait pas non plus de nos enfants. Que nous restait-il à faire ? Croyez vous que ce soit par plaisir que des parents ont passé leurs weekends et leurs soirées à faire des projets à essayer par la suite de trouver des financements publics pour les réaliser ?

    Vous dites encore : « Ce modèle associatif de défense des intérêts d’une communauté, n’est pas sans évoquer les « homosexuels » qui se sont insurgés contre le costume de malade mental que la psychiatrie leur faisait porter. »
    Sur cet aspect je suis d’accord, nous, parents de personnes autistes avons aussi du porter des costumes psychiatriques, non des costumes de malades mentaux, mais de parents pathogènes, (sic) La théorie inventée par Bruno Bettelheim comparant l’autisme au sens de retrait autistique à celui qu’il avait observé dans les camps de concentration nous faisait quasiment endosser le costume encore plus détestable de nazis , amalgame parfois faits par des psychiatres accusant ouvertement les parents d’avoir engendré l’autisme de leur enfant.
    Vous dites aussi, en comparaison aux mouvements anti discriminations Gays : « Évidemment on ne saurait attendre pareil mouvement de la part des étiquettés « autistes » et c’est pourquoi leurs parents s’en chargent.
    Tout d’abord bien que le mouvement associatif direct des personnes autistes ne soit pas encore très développé en Europe, il est devenu très actif aux USA depuis plus de 20 ans et par un effet lié à la langue et à internet, il se développe assez vite dans les pays anglo-saxons. Leurs revendications à l’encontre de l’establishment psychiatrique sont très violentes, en particulier contre la psychanalyse, mais aussi contre les approches ABA extrêmes. En revanche, ils apprécient en général les approches éducatives de type TEACCH, plus inspirées de la théorie des zones proximales de développement de Lev Vygotski que du comportementalisme pur et dur que ces personnes autistes exècrent…
    Vous dites encore : « Mais pour revenir à l’autisme, il y a suffisamment de recul aujourd’hui pour constater que des diagnostics d’autisme ont été portés sans que l’évolution qui s’ensuive confirme le « cas » et ce quelque soit le type de prise en charge reçue : sans doute des erreurs de diagnostics ? »
    Divers facteurs sont à considérer ici certains enfants, en particuliers ceux regroupés sous l’appellation de Syndrome d’Asperger, arrivent à s’en sortir assez bien, malgré le manque navrant de services adaptés, entre autres dans les hôpitaux de jours à tendance psycho dynamique. Je m’inscris en faux quand vous dites « quelque soit le type de prise en charge reçue », en effet les associations de parents qui gèrent maintenant des établissements pour adultes voient très bien les différences interindividuelles selon les traitements reçus dans l’enfance, entre autre sur les acquisitions sociales et l’autonomie, les capacités à continuer d’améliorer leur qualité de vies à avoir des temps de loisirs agréables. Plus les adultes arrivant dans des établissements résidentiels ou de travail adapté ont reçu une éducation structurée plus leurs comportements permettent de déceler un plus grand plaisir de participer à la vie du groupe.
    Vous dites aussi : « Par contre il devient banal de constater qu’un diagnostic «d’autisme » vient concerner des enfants dont les traits singuliers sont de plus en plus éloignés des descriptions des fondateurs. C’est assez lourd à porter pour l’enfant au travers les résonances imaginaires de ses parents issues des représentations à grande diffusion. C’est enfermant et pas si simple d’en dégager chacun, une fois la dénomination installée. »
    Les concepts évoluent en sciences, pas étonnant que les critères aient pu changer. Les groupes de personnes autistes qui échangent des idées sur internet ne partagent pas votre opinion à propos d’avoir ou pas un diagnostic, surtout les adultes qui n’ayant pas reçu de diagnostic officiels ont vécu une vie misérable car ils ne comprenaient pas pourquoi ils étaient rejetés par les autres ni pourquoi ils n’arrivaient pas à faire ce qu’on attendait d’eux. L’un d’eux désespéré de ne pas arriver à s’intégrer dans la société des enfants ,des adolescents puis des adultes, en était à sa 11ème tentative de suicide. Du moment où il a eu un diagnostic et qu’il a compris pourquoi il n’arrivait pas à établir de contacts avec les autres il a pu apprendre à modifier ses modes de relations, il a ensuite créé une organisation très efficace de personnes autistes. Il a maintenant 62 ans et est marié depuis de nombreuses années avec une autre personne ayant un syndrome d’Asperger. Il écrit des livres sur sa vie et fait des conférences, tous deux vivent heureux au Texas. Sur le forum autiste où j’ai été accepté par les membres bien qu’étant un parent on voit assez souvent une exclamation de joie « J’ai enfin un diagnostic YEAHHHHHHHHHHHHHH !!!!! » beaucoup avaient fait leur auto diagnostic en lisant un article ou en voyant le film Rainman. J’ai un ami canadien que j’adore comme si c’était un fils, qui a lui aussi fait son auto diagnostic d’Asperger, ce qui a changé sa vie pour le mieux…
    Vous dites : « L’usage aujourd’hui socialisé de la notion de handicap qui plus est, «mental », semble assez éloigné de l’origine du terme : une course de chevaux, avec sans doute des parieurs ! La course aux savoirs suppose qu’on fabrique des bêtes de savoirs, comme il y a des bêtes de courses. »
    J’espère que vous ne parlez pas des personnes ayant un « syndrome savant» quand vous employez l’expression « des bêtes de courses » en premier lieu ce serait vraiment une insulte pour ces personnes pour lesquelles j’ai une admiration profonde teintée d’une affection non moins profonde. Ensuite les talents dont on parle leurs sont propres et ne leur sont pas imposés Un des exemples très connus est celui de Nadia jeune enfant autiste qui dessinait à l’âge de 3 ans des chevaux au galop avec un talent réellement exceptionnel. Ce que j’ai dit en revanche c’est que si on détectait de tels talents cela vaudrait probablement la peine de les nourrir car comme vous le savez le tallent n’est qu’une toute petite partie de ce qui fait un artiste, syndrome savant ou non, ils ont cultivé ce talent.
    Petit exemple trivial, ce n’est pas parce qu’un grand adolescent mesure 2 mètres qu’il fera un bon basketteur : s’il ne travaille pas son avantage de taille, il ne le deviendra pas. C’est un peu la même chose avec les talents remarquables de certaines personnes autistes, en plus il faut aussi que le développement de ce talent puisse correspondre à une finalité qui rende la vie de cette personne plus agréable, comme par exemple pour ceux qui sont arrivés à faire partie d’un véritable orchestre professionnel.
    Concernant le terme de handicap, oui très peu de personnes emploient la notion de handicap de manière appropriée, même pas au minimum celle définie par WOOD à l’OMS en 1980 qui faisait bien la gradation des problèmes : maladie entrainant ou pas déficience, déficience entrainant le plus souvent une ou des incapacités, ces dernières pouvant être cause de handicaps selon les situations sociales dans lesquelles les personnes se trouvaient. Cette analyse a été récemment mise de côté, la notion de handicap en tant que tel étant maintenant remplacée par la notion de désavantage social qui à mon sens n’apporte pas vraiment une réponse appropriée aux personnes en situation de handicap (expression actuellement employée)
    Vous dites : « La notion d’autisme reste un mystère, aucune étiologie sérieuse n’est établie. » je ne nie pas qu’il reste des aspects encore mal compris, mais c’est bien normal nous sommes dans le domaine des sciences humaines où la perfection n’existe pas. Toutefois le niveau actuel des connaissances est bien plus avancé que vous ne le dites. Et cela continue de progresser. Les recherches récentes sur les neurones miroirs semblent être une piste intéressante, on a en effet pu déceler des réactions très différentes à l’EEG dans des situations qui déclenchent une activation des neurones miroirs chez les personnes non autistes ou chez les personnes autistes. De même des recherches sur le développement hormonal semblent prometteuses.
    Vous dites : « À contre courant de l’ensemble des commentaires, je ne suis donc pas séduit par les perspectives étonnantes promues par cet article. Cela me rappelle le psychiatre Kraepelin partant avec sous le bras sa classification universelle des maladies mentales pour vérifier à Java, si elle fonctionnait comme à Munich. Ici ce n’est pas la synchronie, mais la diachronie qui est interpellée, mais l’embarras du diagnostic qui justifie la quête, demeure. »
    Je n’ai aucun problème à ce que vous n’appréciez pas mon hypothèse et mes suggestions. En revanche je ne vois vraiment pas le lien des recherches de Kraepelin avec mon article essayant de promouvoir une vision positive de l’autisme ainsi que des pistes pour permettre un meilleur épanouissement à ces personnes à travers leurs compétences, dont je dis bien, que même quand elles ne flirtent pas avec l’exceptionnel elles pourraient être utiles pour aider les personnes autistes dans leurs apprentissages et dans leur estime de soi.
    Vous dites encore : « Pour des raisons de coût économique le gouvernement avait produit l’idée d’un dépistage précoce des futurs délinquants, ce à quoi la pétition « pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » avait répondu.
    Le coût du psychiatrique ou du médico-social (drôle de syntagme) est sans fond. Les fonds manquent et manqueront. Il est notoire qu’il est plus couteux là où la pauvreté sous toutes ses formes est endémique, transgénérationnelle depuis des lustres. Qu’on se rappelle que le Dr Morel un aliéniste taxico-maniaque, a inventé la notion de dégénérescence morale dans un pavillon de Sotteville-lès-Rouen, sur le dos des communautés ouvrières. On sait l’exploitation politique qui en fut fait ensuite.
    Il n’y a pas de raison d’entériner pour l’éternité la fragilité conceptuelle des classifications nosographiques installées depuis peu à l’échelle de l’histoire. Et la notion d’autisme n’est un petit élément tardif d’une toile bien plus vaste.
    Une autre forme de société ne saurait s’épargner de repenser le chantier ouvert avec la révolution française sur la façon de traiter ce que les grandes cohérences et cohésions sociales produisent dans leurs marges comme co-errances. »
    L’amalgame que vous faites entre mon article et l’idée du dépistage précoce des futurs délinquants me semble abusif.
    Pour l’aspect coût des services publics de santé, auxquels il faut rajouter les coûts de l’éducation publique, il faudrait en effet que les pouvoirs publics y voient plutôt des investissements sur le futur que des coûts à réduire car ces soit disant économies sont des dettes sur les générations futures bien plus graves que les déficits budgétaires étatiques…
    Enfin si comme on le pense l’homme moderne était tout à fait semblable à nous, je ne vois pas pourquoi il aurait échappé à l’apparition de cas d’autisme.

    Paul

    1. Belle réponse aux suggestions assez caricaturales de Rosebud.
      Demandez autour de vous, vous trouverez moult témoignages équivalent, du moment que les parents ont voulu faire émerger une vraie prise en charge utile.
      (On a déjà oublié le film de Sandrine Bonnaire et le débat qui a suivi ?)
      Malheureusement le débat actuel sur les psychoses et les erreurs des psys sur le spectre autistique , s’il avait lieu , serait polarisé ou plutôt parasité, par le procès médiatique « Onfray contre Rudinesco ».

      Heureusement, Jorion (r)amène la psychanalyse à sa dimension de « système intelligent du langage », sans plonger dans la vulgate de la libido comme ci et de la mère comme ça.
      B. Stiegler lui aussi lit Freud comme philosophe, et surtout le Freud tardif, qui a finalement eu du temps pour réfléchir sans être autant stressé par l’auto-édification de sa théorie. Stiegler utilise l’énergie libidinale comme un concept de « moteur » assez général, dont on trouve d’autres noms chez Nietzsche, Bergson, Heidegger, et je ne sais plus trop qui. (voir son dernier opus).

      Je ne sais pas si vous avez vu monpost à peu près concomittant du vôtre sur le « flou »…

    2. Merci pour votre témoignage, dommage que vous vous sentiez davantage obligés de vous justifier pour mieux vous faire comprendre,

      C’est surtout sur cette seconde partie de votre propos que je trouve que je vous ai bien mal jugé, il y a vraiment de l’humain et du vécu dans ce que vous dites,

      heureusement ma situation professionnelle nous a permis de mettre
      Gilles dans une toute petite école privée où la directrice était une ancienne institutrice très pédagogue ……………………

      Imaginez alors la situation d’une famille sans grande ressources et de surcroît en période de crise ne pouvant même plus offrir une pédagogie plus particulière pour des enfants touchés par une autre forme de mal,

      Votre combat de tous les jours comme tant d’autres pour essayer de pouvoir mieux joindre les deux bouts avec en prime un problème de santé à gérer sur le dos, c’est tout à votre honneur monsieur.

      Votre propos me touche aussi beaucoup car il aborde le problème de la santé, comment voulez-vous aussi que des personnes de 60 ans puissent mieux rivaliser en santé et en rythme de cadence de travail avec de très jeunes personnes de 20 ans sur le marché
      du travail, (voir les chaînes de montage chinoise c’est pas mal à voir parfois)

      Surtout dans un tel monde ou la notion de temps ne semble même plus être un bon facteur curatif pour la médecine actuelle tout ça n’a pas de sens, surtout lorsque tout coûte de plus
      en plus chère, ne permettant pas plus aux nombreux parents du monde de mieux élever leurs enfants autrement pour moins se faire mal plus tard,

      Gilles s’y est bien adapté car les apprentissages sociaux acquis dans sa classe intégrée aux USA lui ont permis de comprendre les comportements sociaux qui font que des relations sont possibles avec d’autres enfants ainsi qu’avec les adultes présents.

      Il faut toujours y croire même lorsque vous vous retrouvez devant une autre montagne de problèmes à surmonter, à dépasser, vous y avez cru en recherchant jusqu’au bout des
      gens plus compréhensifs et ouverts d’esprits,

      Ce n’est que face au désert de service en France que mon épouse et moi-même nous sommes engagés dans le mouvement associatif, et nous n’étions même pas concernés directement puisque nous avions trouvé une solution pour notre fils… Nous avons trouvé trop injuste que des milliers d’enfants autistes ne puissent profiter de services appropriés tels que ceux qu’avait eus mon fils. Fort de l’expérience acquise auprès des associations de parents aux USA et à leur capacités à faire changer le système, mon épouse et moi nous sommes lancé dans ce combat, car ça en était un…

      Ah si seulement la France ne recherchait pas souvent à ressembler et à se conduire comme l’Amérique ou comme les plus mauvais travers d’une bureaucratie soviétique les choses seraient sans doute un peu plus différentes et moins pesantes dans le pays pour beaucoup de gens et de familles,

      J’ai transmis à Simone Weil, alors ministre de la santé, la demande des parents d’approches éducatives dans l’autisme … Elle m’a répondu « Vous vous trompez de ministère », l’éducation nationale on ne voulait pas non plus de nos enfants. Que nous restait-il à faire ?

      Il aurait peut-être mieux fallu l’adresser d’abord au Ministère de la Communication, puis à celui de la Transmission de Courroie, ainsi votre demande aurait peut-être été mieux entendue par le Ministère de la Santé de l’époque,

      On aimerait parfois que nos politiciens et la plupart des élus de la république subissent un peu plus les divers revers de la vie, de la bureaucratie, du marché, de la maladie, d’un mal,
      histoire de ne pas être trop dirigé par de gens ne connaissant plus guère beaucoup le réel quotidien de leur concitoyens les plus éloignés,

      Croyez vous que ce soit par plaisir que des parents ont passé leurs weekends et leurs soirées à faire des projets à essayer par la suite de trouver des financements publics pour les réaliser ?

      Que peuvent parfois les gens de meilleure volonté, de bonne foi, contre les gens bien sourds et aveugles de l’administration, de la politique qui vous mettent parfois bien plus de batons dans les roues pour essayer de rendre votre vie un peu moins pénible en société comme pour autrui,

    3. Paul TREHIN 25 novembre 2010 à 00:19
      C’est un des charmes du blog de Jorion de croiser des rencontres improbables.
      Au vu de la longueur de l’échange, je ne peux répéter votre technique sans devenir illisible.
      Donc à suivre tout de même le fil…
      Je ne consulte pas sauf exception les liens en rouge du pseudo, et c’est via Google que j’ai rencontré avant hier votre site : le lien sur Paul Trehin en rouge ne fonctionne pas aujourd’hui.

      Sur le diagnostic reçu de l’HP local, j’entends bien, parce que j’ai déjà entendu parler de parents qui n’avaient pas le profil de parents d’autistes au dire de la Faculté, donc l’enfant ne l’était pas même s’il en avait les apparences.
      Votre témoignage me laisse penser que vous êtes de ceux qui ont importé en France le modèle états-uniens de diagnostique et de traitement, communautarisme inclus. Vous repérez bien l’écart entre la psychiatrie française et la nord-américaine. J’ai toujours entendu dire ici que les états-uniens trouvaient de la schizophrénie là où les français n’en trouvaient pas. Il ne s’agit pas de trancher sur qui a tort ou raison mais de constater que le type d’école psychiatrique produit des divergences de lecture alors que chaque élaboration a sa consistance propre au regard des classiques fondateurs. Ça signifie déjà qu’une traduction de l’américain reçue en France, ne pose pas de difficultés terminologiques, mais crée de l’embrouille sémantique.
      Une des raisons du projet DSM était de contourner ce genre de difficulté. Mon opinion est que – si tant est qu’on en conserve la supposition – le sujet – pour prendre un terme plus embarrassant que « le malade » s’y perd.
      Je ne doute pas que le fameux rapport de force s’exerce aussi dans l’impérialisme des savoirs. Les japonais ont importé jadis clefs en main la psychiatrie allemande en translittérant les termes psychiatriques allemands.
      Les 5 séances chez le Professeur de Yale, suffisent en effet à poser un diagnostic.
      C’est ce qui se fait dans les centres de ressources autisme ou les camps (prononcez Kampse)
      Mais ensuite…qui fait quoi ?
      Selon la « présentation » du malade, c’est l’hôpital de jour, le traitement ambulatoire, ou d’autres établissements pour enfants « déficitaires ». La classe sociale d’origine n’est pas rien. Les attentes des parents ne sont pas les mêmes ! Il existe des enfants qui en CP connaissent la filière jusqu’au Doctorat, et d’autres ne savent pas ce qu’est un CE1. Le « pathos » diagnostiqué autistique n’échappe pas à ce genre de « destin ». Vous comprendrez donc que des autistes universitaires comme votre fils, je n’en ai jamais rencontré.
      J’ai oublié les centres référents pour troubles du langage qui parfois ont affaire à un diagnostic d’autisme. Un équilibre précaire y perdure parfois entre neuro-quelque-chose et ce que vous appelez psycho-dynamique. Ce terme est en général employé pour dissimuler une référence théorique masquée à la psychanalyse. C’est dire si c’est déjà mal engagé.
      J’entends parfois que certains s’inquiètent d’une médecine à 2 vitesses. Mais elle a toujours été à plusieurs vitesses, sauf que c’est de plus en plus voyant.
      Nous avons un regard voisin sur la normativité du discours psychiatrique, quand au marketing c’est du coté des sophistes que vous trouverez les origines, même si quelques « analystes » vendent parait-il leur savoir-faire aux publicitaires. Rumeur malveillante ou alors, « des vendus on en trouve partout » : au choix !
      Sur le DSM, si vous trouvez de l’imprécision, vous êtes bien exigeant ! J’entendais aussi un psychiatre s’en plaindre et rêver de statistiques sur les confusions de lettres dans les troubles orthographiques. Et quand vous parlez de comparaisons de populations – j’imagine de part le monde – vous pariez sur une lecture universelle des symptômes, ce qui déjà fonctionne mal pour une partie des signes du soma, mais coté psyché, ça résiste largement à une appréhension impérialiste telle celle que vous évoquez à propos de normalisation psychiatrique. Les critiques publiées du DSM sont nombreuses, je n’insiste pas.
      Sur les psychoses infantiles, la clinique chez l’enfant a été inspirée de celle de l’adulte déjà constituée, mais largement détournée dès qu’on s’y est intéressé. De fait ce qui existe est essentiellement issu des psychiatres-psychanalystes européens et états-uniens. Notez que ce simple trait d’union entre psychiatre et psychanalyste est un problème très lourd et ayant eu des conséquences peu aperçues encore aujourd’hui. C’est même pour ça, que Kanner récupère autisme chez Bleuler, qui l’avait fabriqué à partir d’auto-érotisme de Freud. Je note que Kanner est peu traduit en France, ce qui est étonnant au regard de la célébrité de son syndrome. La notion de syndrome fut-il savant est une affaire médicale et comme telle le restera. Quand à confondre avec autisme/hospitalisme, vous exagérez !
      Sur la bulle, c’est bien sûr une métaphore pour signifier les difficultés d’établir un lien au sens courant de la communication. Que les parents s’opposent à ce terme, pourquoi pas ! mais on rencontre aussi des parents qui « comprennent » très bien le jargon de leur progéniture et prennent mal qu’un médecin leur disent qu’ils sont les seuls (je ne parle pas d’autisme ici).
      Pour les accusations horribles et l’indélicatesse du corps médical, chacun possède sa petite expérience de maladresses du corps médical, mais bon personne ne vous a traité de nazi.
      Mais oui l’élargissement des critères et la vulgarisation font épidémie, c’est bien le problème.
      Je parle de marché, car le marché est partout, et dans vos démarches vous vous êtes heurtés au même problème que certains pédagogues et médecins-psychanalystes ont rencontrés après guerre en créant des structures hybrides articulant pédagogie et psychanalyse. Les crédits sont venus du ministère de la santé, et aujourd’hui les fautes d’orthographes sont logiquement devenues un problème de santé.
      Parents pathogènes ? l’expression vous embête ? La notion de pathos est délicate mais ça ne m’empêche pas de revendiquer d’être pathogène et d’ailleurs certains traits de ma personnalité ont été récupérés par mes enfants, précisément ceux que leur mère n’aime pas ! Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, la transmission c’est pathos inclus, quelque soit la définition du psy de service ! Après c’est affaire de disputatio.
      Teacch ou aba, ça reste de l’éducatif, extrême ou pas.
      On n’y échappe pas avec les enfants, mais enfin ça reste une approche éducative voire réeducative. Je ne doute pas que l’adaptation visée soit féconde pour produire un standard de confort dans la gestion des actes quotidiens les plus courants comme j’ai pu l’entendre dire, mais « l’éducatif » ça n’a rien de concurrentiel avec un traitement analytique, c’est autre chose.
      Sur les effets des prises en charge reçues, les hôpitaux de jour comme d’autres établissements ne sont pas monolithiques. Ce sont les équipes et le recrutement qui en fabriquent la personnalité, inconstante avec le temps, comme tout groupement humain de ce type.
      Pour l’effet d’une nomination diagnostique, il y a en psychiatrie la revendication autant que la crainte d’être étiqueté au travers l’imaginaire qu’un terme dont les définitions sont accessibles pourrait saturer la question du qui-suis-je, ou qu’est ce que j’ai ? Autant la précision semble vitale en médecine somatique autant elle est cache misère dans d’autres contextes. Ça reste une affaire de la stricte compétence médicale, essentielle dans un service d’urgence, mais ailleurs…elle laisse ouverte la question de comment s’occuper de soi ensuite.
      Quand je parlais de bêtes de savoirs et de bêtes de courses, et de course aux savoirs, je faisais référence à la façon dont les enfants sont pris dans la pression parentale à apprendre. Il n’y a pas que dans les entreprises où la course à la productivité est permanente. Ceux qui restent sur le carreau, sont vite engagés dans les filières qui mènent possiblement à la Cotorep. La notion de handicap est relative à l’organisation sociale de compétition sélective, je ne disais rien de plus.
      Oui les neurones miroirs, quand j’ai appris ça, j’ai ri, car ce n’est pas sans rapport comme base biologique avec le fameux stade du miroir dont on se sert depuis les années 30, et notamment avec certains enfants qui ne se savent pas avoir un corps, ou le transitivisme, et bien d’autres choses encore.
      Le lien pour moi de votre article avec Kraepelin est d’aller chercher dans l’histoire de l’humanité des confirmations de ce que l’époque nomme autisme et syndrome savant, comme lui était allé chercher dans la géographie la vérification de ses hypothèses universalistes de classification.
      Pour les affaires de coût ou d’investissement, c’est clair que des choix sont à faire. Je constate que des sommes non négligeables sont engagées pour pallier aux aléas de la vie, que bien sûr des effets s’ensuivent, mais parfois trop maigres pour éviter à certains un destin d’assisté à vie, et ça fait belle lurette que je m’interroge sur le pourcentage d’inadaptés, d’handicapés supportables par une société riche. Enfin je suis empêché de vous témoigner en détail et en retour des expériences rencontrées de plusieurs années de séances avec 3 enfants dits autistes, en ambulatoire institutionnel et libéral mais je suis assuré que depuis qu’ils m’ont quitté même contre mon gré, aucun spécialiste ensuite n’a pu porter le même diagnostic. Ce qui laisse ouverte la question du diagnostic : était-il erroné ou s’est-il passé quelque chose l’épuisant ? Ils m’ont beaucoup appris. Inoubliable.

    4. timiota 25 novembre 2010 à 00:52

      suggestions assez caricaturales de Rosebud

      N’hésitez pas ! précisez votre pensée !
      à vous lire…

  38. @ Paul Trehin

    bonjour,
    à propos de votre remarque : « le soin apporté par le tailleur d’outil à donner au biface une symétrie ne semblant pas nécessaire à l’efficacité de l’outil, en particulier compte tenu de la durée nécessaire à l’obtention de cette symétrie ».
    Il ne semble pas nécessaire d’introduire une préoccupation artistique pour expliquer cela.
    En effet, certaines recherches semblent démontrer que l’être humain a une préférence spontanée pour la symétrie. Cela a été établi par des études auprès de membres de tribus ne possédant pas de système d’écriture ni de numération, auxquels on demandait de choisir parmi des images très semblables, les unes étant symétriques, les autres pas tout à fait.

    Depuis que j’ai fait cette lecture, étant sensibilisé à ce goût « inutile » pour l asymétrie, j’ai eu de nombreuses occasions de faire modifier des conceptions de bureau d’étude, dans lesquelles le dessin d’une pièce avait été fait symétrique, alors même que cette symétrie entraînait des surcoûts importants, et même dans certains cas un manque de fonctionnalité ou une fragilité de la pièce…. Il me semble que cette préférence pour la symétrie est fortement ancrée, au point qu’elle peut occulter le raisonnement !

    Quant à la cause de ce goût pour la symétrie, faut-il le chercher bien loin? La nature (animaux, plantes) regorge de formes symétriques , ou à tout le moins régulières. Tandis que les formes franchement dissymétriques sont rarissimes (poissons plats, tels la sole).

    1. Merci de votre réponse l’aspect esthétique de la symétrie a été avancé comme une explication possible par Michel Lorblanchet, éminent spécialiste de l’art préhistorique. La recherche esthétique est probablenet plus manifeste dans le choix de matériaux en pierres dures très colorées ou comportant des inclusions de coquillages fossiles.

      Pour ce qui est « du goût de la nature pour la symétrie » Gregory Batteson en a parlé dans un livre intitulé « Mind and Nature » comme une des façons de reconnaitre « le vivant » si un jour les hommes devaient coloniser une planette exo solaire (il n’emplois pas ce terme…)

    2.  » Le goût de la nature pour la symétrie … »

      Avant Pascal ( encore lui ) on disait aussi que la nature avait horreur du vide .

  39. Oliver Sacks nous entraine non seulement dans la découverte de ses « cas », mais de plus il nous offre une approche très humaine de sa pratique qui est sans doute transposable pour tout ce qui concerne nos relations. Dans la plupart des cas qu’il cite dans « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », il démontre que leur capacité à se gérer peut considérablement se développer dès lors qu’on permet à ces personnes hors norme d’exploiter leurs talents si particulier, dès lors qu’on aménage un peu leur environnement afin de leur permettre de le pratiquer et d’être ainsi valorisé par cette pratique. Il montre aussi que si on insite trop lourdement à d’abord leur demander de se gérer, c’est l’inverse qui se produit, on les place dans une situation d’impuissance qui les fait régresser dans leur prise en charge et leur comportement qui devient plus puéril. Si des hommes préhistoriques ont ainsi pu exploiter leur talent hors norme, pour réaliser ces peintures pariétales, qui semble permettre de les identifier comme autistes, c’est qu’en effet leurs congénères leur ont bien apporté les moyens de la faire. Une leçon eut-être pour notre acharnement à n’avoir comme ligne de mire sociale que la réinsertion dans un moule forgé par l’obligation d’une certaine autonomie standardisée, ainsi que nous le décrit si bien Patrick Declerck dans son livre témoignage « Les naufragés ».

    1. Merci de citer Oliver Sacks et en particulier le livre « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » un livre que toute personne s’intéressant à la condition humaine devrait avoir lu.

      Et il est vrai que c’est un soutient habile et discret qui est nécessaire plus que des leçons sur les techniques artistiques. En effet ces personnes savent perfectionner par elles même leurs techniques, là où elles ont besoin de soutient c’est pour gérer l’ensemble des interactions sociales nécessaires à leur permettre d’utiliser leurs talents pour trouver leur place dans la société, avec leur préférences et avec une intensité et une fréquence qui leur conviennent…
      Remarquez cet aspect se retrouve dans la gestion des talents sportifs, combien de parents ou de professionnels veulent se réaliser à travers des compétences sportives de leurs enfants? Je suis sur que vous voyez à quoi je fais allusion… J’en ai vu au ski quand je pratiquais ce sport en compétition amateur… C’était un quasi esclavage pour ces enfants…
      Il me semble qu’apprendre aux personnes ayant un potentil en art ou en sport, à gérer leur propre destinée est plus respectueux de leurs vies et leur permet de faire eux mêmes leurs choix.
      Dans le cas des personnes ayant un syndrome savant et autistes en même temps la gestion des interactions sociales aura probablement besoin d’être maintenue, surtout face aux requins du show business et des marchands d’art… Et cela ça demande aux parents et accompagnateurs de se former eux mêmesaux interaction avc les membres de ces milieux aux gègles de fonctionnement peu accessibles au grand public…

  40. Merci pour votre beau texte Paul Tréhin

    ………………………

    « Mysticisme, kitsch, mauvais goût, infantilisme, historicisme, divertissement – ce sont là quelques étiquettes de l’art officiel d’aujourd’hui. Ce Zeitgeist recouvre les murs des galeries, musées et collections privées comme le champignon d’une mycose. Je suis pris d’un dégoût à la vue de cette arrogance et de cette bêtise primitives. Pas la moindre trace de grandeur, de clarté, d’architecture, de couleur, de formes maîtrisées. Pas d’utopies, d’espérance, d’obligation, pas d’ouverture à un monde nouveau et meilleur. Je trouve partout des jardins d’enfants pour petits-bourgeois. Ça sent la naphtaline et le chou. La pauvreté en matière d’art envoie une odeur infecte vers le ciel démocratique. Notre liberté, notre bien-être ont accouché de petites souris et étouffé toute grandeur en art. Nulle trace d’un Paul Klee ou d’un Piet Mondrian. Une mentalité de motifs pour tricots domine la scène de l’art. Les grandes pensées et les grandes sensations ont migré vers les universités. Les chercheurs sont les rois d’aujourd’hui. Ils sont porteurs d’espoir. Ils protègent la foi en la force de l’au-delà. En attendant, les artistes jouent avec Mickey. »

    « Beaucoup de choses, beaucoup trop parmi tout ce que nous rencontrons dans les galeries et les revues d’art, nous noient dans l’infantilisme. De petites trouvailles sont portées en grande pompe. Des détails intimes, petits et grands, un rot aigre sont identifiés comme des vestiges artistiques. Toute envie est satisfaite tant que cela n’exige pas d’efforts. On confond muflerie avec audace, avec caractère et savoir faire. Ce sont des gamins déguisés en artistes qui dorlotent leurs lubies et qui font des concours de jouets entre eux. Des nains adultes qui ne veulent pas quitter leur bac à sable. En fait, cela ne porte pas grand préjudice à l’art lui-même. Qu’ils s’amusent si ça leur plaît ! Pourquoi pas. Mais je soupçonne que les nains contrôlent la marche du monde – et là cela devient grave. Ils jouent à la guerre. Les nains artistes jouent à la culture. Trouver des petits trucs et détruire en grand, voilà comment s’exprime l’enfant adulte. L’infantilisme régnant est un refuge pour ceux qui fuient devant le surmenage dû à la technique. Pauvre futur. »

    Gottfried Honegger – Homo Scriptor
    (éd. les presses du réel) 


    1. Quelle manque de lucidité !! Il mélange la mystique à la pantalonnade de l’art contemporain officiel et considère Klee et Mondrian (ce designer de toiles cirées) des grands artistes !! Et il a une idée marxiste de l’art, le pauvre: « Pas d’utopies, d’espérance, d’obligation, pas d’ouverture à un monde nouveau et meilleur. »

      Il est en outre d’une naïveté (pour ne pas dire d’une ignorance) ahurissante: « Les grandes pensées et les grandes sensations ont migré vers les universités. »

      Par contre, il a raison quand il écrit: « Je suis pris d’un dégoût à la vue de cette arrogance et de cette bêtise primitives. Pas la moindre trace de grandeur, de clarté, d’architecture, de couleur, de formes maîtrisées. […] On confond muflerie avec audace, avec caractère et savoir faire. »

      Sauf que lui, en tant qu’artiste, il s’amuse à faire la même chose mais en plus grand:

      http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d5/Grenoble_art_05.jpg

      Comme couleur, forme maîtrisée et ouverture à un monde nouveau et meilleur, on a vu mieux.

      En outre, il est, paraît-il, « un des créateurs les plus originaux de l’Art concret, reconnu tant aux États-Unis qu’en Europe » (sic) et « a recours, dans les années 1960 et 1970 à une programmation mathématique verticale, déterminée. Le recours à l’ordinateur lui permet ensuite de développer ses recherches plastiques. »

      Là, je demande l’aide aux matheux du blog, Paul Jorion en tête: vous connaissez la programmation mathématique verticale et déterminée? Et accessoirement: ça donnerait quoi une programmation mathématique horizontale et indéterminée appliquée à l’art?

      En somme, encore un pompier de l' »art » abstrait, vieux d’un siècle déjà…

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Gottfried_Honegger

    2. Paul J

      Vous trouvez ? Il faut savoir que G.H. a beaucoup écrit sur la création et son acte ; la peinture et les peintres. Il peut être intéressant de lire et d’approfondir l’ensemble de ses écrits ( peu de publications disponibles actuellement en France ). Les deux textes plus haut sont, il me semble, plus proches de la virulence et de l’intransigeance que de l’aigreur – bref – je ne les lis pas comme vous. Le sentimentalisme mièvre est l’envers de l’art. D’autre part, il a fondé avec sa femme l’ Espace de l’Art Concret à Mouans – Sartoux : en complément des expositions un atelier reçoit chaque année environ 7000 enfants, pour leur apprendre à regarder. Dans un sens cela me fait dire qu’il ne peut pas mépriser l’œuvre des autres ni l’autre tout court.

    3. Fichtre ! octobre, ne me dites pas que vous êtes dans les mêmes dispositions d’esprit que G. Honegger ! Jorion a raison : l’aigreur le congestionne. Il manque à ce texte une grosse dose d’humour – c’est à dire d’auto-dérision – pour rendre de la grandeur à la colère du bonhomme (un sens de l’humour qui lui aurait évité d’appeler son livre « Homo Scriptor »).
      J’ai, parmi mes connaissances, deux artistes qui oeuvrent dans la même catégorie qu’Honegger ; on a coutume d’appeler cela « l’art concret ». Je suis toujours surpris du sérieux compassé et grave dont il habillent leur « travail ». Je ne connais pas Honegger autrement que par ses oeuvres et sa réputation, mais je peux être sûr que, tout comme les deux personnes que j’ai cité, je me préserverai bien de les avoir à déjeuner.
      « L’art » des artistes « concrets » me semble les éloigner de plus en plus de la richesse de l’art et des hommes. Comme attirés par un trou noir (ou blanc, puisque les trous noirs sont troublants), ils foncent souvent tête baissée vers un vide habité de quelques fantômes, Klee, Mondrian ou quelques autres, fantômes qui n’avaient pas toujours demandé d’être en si mauvaise compagnie. Lorsqu’ils s’aperçoivent de l’impasse, il est souvent trop tard pour inviter à nouveau l’art dans leur « art ». Lorsque Honegger conclut par un « pauvre futur », je ne doute pas qu’il parle de lui-même. Concrètement, on comprend qu’il ne lui reste que l’aigreur.

    4. à Pablo75

      « un pompier de l’ »art » abstrait »

      C’est comme une malheureuse formule qui tourne dans le vide. Vous vous faites plaisir, mais votre regard n’y est pas. Et vous avez sans doute oublié un peu vite qu’il y a des personnes pouvant sentir, aimer et comprendre différemment de vous.

    5. @ octobre et Pablo75,

      Vous êtes vaches les amis de lancer un sujet pareil en ce moment où je me retrouve avec du boulot par dessus la tête ! Depuis ce matin je m’en veux de prendre sur mon temps de travail pour venir lire le blog, et vlan ! voilà que la discussion s’échauffe sur l’art, et voilà que les deux commentateurs les plus virulents sur le sujet se lancent dans une joute ! Tant pis, je vais vous laisser argumenter tous seuls, snif !
      Je note simplement une chose, octobre (pour intéresser la discussion, et parce que je suis taquin) : un « atelier » qui « reçoit chaque année environ 7000 enfants, pour leur apprendre à regarder », voilà exactement ce en quoi un certain art contemporain doit être selon moi combattu. Je suis certain, sur ce thème, de trouver Pablo à mes côtés, et il n’est pas sûr que vous ne viendrez pas nous rejoindre.

    6. @ Octobre

      C’est quoi l’art pompier? L’académisme. Et c’est quoi l’académisme depuis au moins 60 ans? L’art abstrait. Des « sculptures » comme celle de la photo de Honneger ça fait des décennies qu’on en voit partout (c’est vrai qu’elles sont un peu plus faciles à faire que celles en marbre de Michel-Ange, Bernini ou Rodin).

      « Vous avez sans doute oublié un peu vite qu’il y a des personnes pouvant sentir, aimer et comprendre différemment de vous. »
      La preuve que je ne l’oublie pas c’est que ça m’énerve et que j’y réponds. Ce n’est pas parce que, par exemple, des centaines de millions de gens aiment la musique pop la plus débile qu’elle est respectable.

      Ce que je ne supporte pas c’est la dictature de la Pensée Unique en art, selon laquelle tout peut être de l’art, qu’il suffit, par exemple, qu’un cynique décrète qu’une toile blanche c’est une oeuvre d’art et un pigeon millardaire l’achète, pour qu’elle devienne automatiquement de l’art. Claude Berri avait une collection de toiles blanches de Robert Ryman. Si vous admettez que Honegger est un artiste, vous devez admettre que Ryman l’est aussi.

      L’art n’est pas quelque chose de subjectif qui dépend du regard du spectateur. L’art est quelque chose d’aussi objectif qu’un coup de poing dans la figure.

      Et l’art abstrait c’est de la décoration dans le meilleur des cas, pas de l’Art, comme tous les grands peintres du XXe l’ont compris et dit: Picasso, Matisse, Braque, Dalí, Bonnard, Bacon, etc, etc (j’écris un livre sur ce thème; s’il est publié en France un jour je vous ferais signe – et si vous voulez de la bibliographie, je peux vous en envoyer).

      Si vous voulez savoir ce qu’est l’art, il ne faut pas croire ce que disent les marchands qui le vendent ni les critiques qui en vivent (rien de plus hilarant que les textes des critiques d’art abstrait). Il faut lire plutôt ce que sur l’art en général et la peinture en particulier a écrit Lévi-Strauss, l’un des rares penseurs du XXe siècle à bien connaître le thème (son père était peintre de métier) et à avoir vraiment réfléchi sur lui avec une indépendance d’esprit à toute épreuve. Lisez aussi ce que Gombrowicz a écrit à propos de la Forme.

      Et demandez-vous pourquoi l’abstrait n’existe pas en architecture ou en littérature (même s’il existe des éditeurs suffisamment crétins pour publier un livre dont toutes les pages sont blanches – il y a quelques années j’ai acheté un exemplaire aux Puces pour 1 franc – si j’avais moins de bordel dans ma bibliothèque je pourrais vous donner le nom de l’auteur et le titre).

      Demandez-vous aussi pourquoi la musique abstraite est aussi monotone et inécoutable, pourquoi Bach a fait autant de fugues (la forme la plus complexe de la musique), pourquoi presque tous les grands poètes ont écrit des sonnets (forme qui a 800 d’âge) et méditez le fait qu’en art, plus la contrainte est grande plus la variété est possible.

      @ Jean-Luc

      « un « atelier » qui « reçoit chaque année environ 7000 enfants, pour leur apprendre à regarder », voilà exactement ce en quoi un certain art contemporain doit être selon moi combattu. »

      Entièrement d’accord avec vous. Vous imaginez Picasso faisant la même chose?

    7. @ Pablo75,

      Vous avez toujours ce sang chaud qui met du piment sur le blog !
      Vous vous souvenez ? nous avions déjà abordé le thème de l’art en février de cette année, octobre en était aussi. Nous nous étions chicanés tous les trois. Tout en reconnaissant être proche de vos idées, je trouvais que vous y étiez allé un peu fort dans l’expression. J’ai compris depuis (à l’occasion d’autres échanges) que cet « énervement » que vous avouez encore aujourd’hui vient d’une culture artistique très solide confrontée à une extension constatée du domaine de l’inculture.
      Vous dites écrire un livre sur le thème de l’art. Si vous choisissez le genre du pamphlet, et que les maîtres du genre que vous citiez à l’époque (« Voltaire, Saint-Simon, Rivarol, Joseph de Maistre, Bloy, Léon daudet, Bernanos ou Céline ») vous prêtent leur souffle, je ne doute pas que vous saurez convaincre utilement vos lecteurs.

      —————

      @ octobre,

      Il me paraît nécessaire de préciser les raisons qui justifient selon moi un combat contre ce projet « d’apprendre aux enfants à regarder » un art dit contemporain dont l’essence n’est que dans cette réception.
      Je suis d’autant plus sensible au sujet que la maison qui m’a vu naître à Vitry-sur-Seine (dans le Val-de-Marne, près de Paris) s’est retrouvée la plus proche voisine d’une énorme machinerie destinée à « apprendre à regarder » l’art dit contemporain. Ce centre d’apprentissage (de rééducation pourrait être aussi juste) s’appelle le MAC/VAL (Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne). Je m’y suis rendu quelques fois, c’est édifiant.
      Sur le blog de Paul Jorion il est question en général des dérives de la spéculation financière. Le marché de l’art dit contemporain est un lieu de repli de cette spéculation financière (une sorte de « paradis fiscal »), et une de ses forteresses les plus difficilement attaquable, pour la simple raison que l’art dit contemporain est avant tout basé sur une « spéculation intellectuelle », totalement dématérialisée. Si, comme on en fait le triste constat régulièrement sur ce blog, l’économie se prouve de moins en moins par l’économie, il y a un demi-siècle que l’art ne se prouve plus par l’art, mais par son discours sur lui-même.
      Ceci posé, imagine-t-on, qu’en plus des écoles de commerces modernes, destinées à fabriquer les vaillants soldats du libéralisme triomphant, il se trouverait des lieux pour convaincre la population du bien fondé la finance décomplexée ? Concernant l’art dit contemporain, cet art essentiellement spéculatif, de tels lieux existent pourtant. Les raisons me paraissent simples. Tout comme la « financiarisation » de l’économie amène à détruire l’économie dans ce qu’elle a d’humaine, la « contemporanisation » de l’art prive peu à peu l’art d’humanité, l’abandonnant, comme l’économie, dans les mains de spéculateurs froids (et experts), aidé en cela par l’assentiment des foules rééduquées.

      Il est difficile pour moi d’expliquer la chose en quelques phrases, aussi je vais me contenter de copier ici une page extraite du livre « Misère de l’art », de Jean-Philippe Domecq, paru en 1999 chez Calmann-Lévy. Je choisis cet auteur parmi de nombreux autres qui, depuis deux décennies, ont trouvé enfin les moyens de démystifier (faisant fi des intimidations diverses des gardiens du Marché de dupes) cet art dit contemporain tout entier constitué par sa propre exégèse.

      « Or, il y eut bien oppression, culturelle, au cours de ce demi-siècle d’art.
      Qui de nous n’a pas vu ces enfants des écoles que l’on fait défiler, au nom de l’initiation à l’art-qui-rompt, devant les oeuvres que j’ai mentionnées au chapitre précédent, carré de métal au sol (Carl André), télégramme de On Kawara indiquant à son galeriste qu’il est à telle heure à tel endroit, série de chiffres qu’aligne de toile en toile Roman Opalka, toiles lacérée de Fontana, retournées de Rutault, rayées de Barré, peintes à l’envers de Baselitz, et le bleu Klein, et le néon de Flavin, la savonnette géante de Fabrice Hybert, grand prix de la biennale de Venise, le carrelage du précédent lauréat français de la même biennale, les horloges identiques, alignées sur le mur et indiquant chacune l’horaire sur tel point de la planète, avec marteau à côté de chaque horloge (Vilmouth), les photos du couple Gilbert et Georges, le pigeon naturalisé que Dietman a posé sur un tas de fiente en bronze – bref, qui n’a vu ces générations de jeunes qu’une « pédagogie d’éveil » et de « formation à l’art vivant » a traîné devant ces produits les plus côtés et commentés de l’art dit contemporain ? Et il a fallut admirer, apprécier, « s’ouvrir »…
      Mesure-t-on bien la restriction des facultés réflexives, sensibles et imaginatives, la fermeture d’esprit et de désir que de telles oeuvres entraînent, et la responsabilité qu’on a prise pour l’avenir ? Sent-on bien que ce n’est pas sans conséquences qu’on soumet le boîtier crânien à pareilles oeillères, et qu’on l’y soumet d’autant plus efficacement qu’on le fait avec les meilleures intentions démocratiques du monde ? L’idée que des dégâts culturels puissent avoir été commis par une idéologie culturelle est-elle si impensable ? Il n’y eut donc jamais de phases de destruction dans l’histoire d’une civilisation ? (…) Et en effet, pour peu que l’on croit encore (mais c’est sûrement une vieille lune de plus) que l’art nous aide à étendre l’exercice de nos potentialités, alors ce qui s’est passé avec des oeuvres aussi crispantes psychiquement n’est pas si loin d’une oppression culturelle perpétrée au nom de la culture. » (p. 65)
      (Jean-Philippe Domecq – Misère de l’art – Calmann-Lévy . 1999)

    8. Je viens seulement d’écouter Le temps qu’il fait de Paul Jorion de ce jour. J’y trouve un écho immédiat à la citation de Jean-Philippe Domecq que je viens de copier dans mon précédent commentaire. Domecq, parlant des « dégâts culturels » de la nouvelle idéologie de l’art, pose cette question : « Il n’y eut donc jamais de phases de destruction dans l’histoire d’une civilisation ? ».
      Paul Jorion, citant l’historien anglais Arnold Toynbee, rappelle que selon ce dernier « les civilisation meurent par suicide, non par meurtre ». Il me semble que les raisons d’un suicide sont souvent à chercher dans l’absence de raisons de vivre (se suicider serait littéralement un manque de savoir vivre). Je me demande si, à force de dématérialiser l’art, l’art dit contemporain de lui enlève pas tout simplement ses raisons de vivre. L’art dit contemporain serait en cela le suicide de l’art. Et le « Pauvre futur. » en conclusion de ce texte de G. Honegger qu’octobre nous propose ici, ne seraient pas seulement les mots d’un très vieux monsieur, mais seraient tout bonnement les derniers mots d’un suicidaire de l’art.

    9. Je creuse le sujet encore un peu, pour moi-même…
      J’ai écrit que la tentation suicidaire par l’art dit contemporain viendrait de ce que ce dernier, en dématérialisant l’art, lui enlèverait ses raisons de vivre. Dématérialisation il y a, c’est sûr (un concept suffit bien souvent à l’art dit contemporain). Quant aux « raisons de vivre », je crois que j’ai fait un total contre-sens, et il me vient un grand espoir en ce qui concerne la survie de l’art.

      En suivant deux ou trois commentaires sur « le temps qu’il fait » d’aujourd’hui, je comprends que le désir suicidaire peut venir au contraire lorsque les raisons seules dirigent l’ensemble de l’individu, sans plus aucune place à la transcendance. Et le cercle vicieux s’installe lorsque le suicidaire commence à chercher des raisons de vivre, à les compter, à les soupeser, sa tête est pleine de ces raisons qui raisonnent, raisonnent… Il n’est plus que raison, et ça le tue.
      L’art concret (qui aurait dû avoir la modestie de rester du côté des arts appliqués et du design, au lieu de vouloir absolument parader dans les musées), l’art conceptuel, l’art minimaliste, le ready-made, BMPT, Supports/Surfaces, le Néo-Géo, et tous ces « arts » vitrifiés dans leurs concepts, n’existent que par leurs raisons raisonnantes (qui sont la plupart du temps les raisons de leurs dés-oeuvrement, et on comprends facilement pourquoi). C’est en cela qu’ils sont destinés à mourir, étouffés de raisons, privés par naissance de la transcendance de l’art. Tant pis pour les spéculateurs financiers qui auront rempli leurs collections de ces spéculations intellectuelles.
      L’art, lui, survivra toujours à ces « arts » puisqu’il n’est pour rien dans leur existence. Et je m’aperçois que les raisons ne sont à l’art d’aucune utilité.

  41. Mike dit : 23 novembre 2010 à 15:27
    Ah, ça nous change de ces comptes d’apothicaires…

    « Quelques remarques :

    – les musiciens capables de jouer « dans le style de » sont plus nombreux que vous croyez… cela s’apprend. »
    Oui c’est en effet possiblemais ça reste rareJean François Zigel le fait assez bien mais sincèrement pas aussi bien ni aussi intuitivement que Derek Paravicini.

    « – la notion de génie est tout à fait subjective… d’ailleurs on parle plus volontiers de nos jours de « talent » ce qui nous ramène à la monnaie… »
    Le plus souvent ce sont les journalistes et les médias qui utilisent des termes de ce genre pour attirer l’attention ou provoquer les auditeurs et lecteurs. Derek Paravicini a été appelé par les médias « The Human IPOD » c’est honteux Derek est un homme merveilleux très créatif, pas une machine à enregistrer et à reproduire. De même certains médias ont présenté Stephen Wiltshire comme une machine à enregistrer des images, c’est tout aussi insultant et surtout ça ne représente absolument pasl’imense talent de Stephen transformant plus de mille visions en 3D de Rome ou de NY city à chaque fois en une seule perspective cohérente vue d’un seul point de vue. L’intelligence artificielle est bien loin d’arriver à faire 1/1000ème de cette transformation, projection de 1000 images en 3Dimensions en une seule image en deux dimensions et en perspective .
    Mon admiration pour toutes ces personnes est sincère et totalement extérieure à l’idée de génie ou, comme c’est parfois interprété, de « monstres ». Ce sont avant tout des êtres humains qui expriment des sentiments des passions par le moyen qu’elles et ils ont à leur disposition: musique arts plastiques, parfois c’est moins accessible comme dans le cas des capacités de calcul mental dont on peut accorder aux médias qu’il est difficile de communiquer sur ce sujet en faisant appal à d’autres moyens que de faire constaterl’aspect extra-ordinaire (volontairement yphénisé)
    Autrement seuls les mathématiciens experts auraient accès à la compréhension des talents de ces personnes. En musique et en dessin c’est semble-t-il plus accessible au grand public, bien que des nuances très fines demandent une expérience personnelle du dessin ou de la musique. Mon admiration pour les pianistes que j’ai cités est sans doute accrue par ma pratique même très élémentaire de la guitare dans un orchestre de jazz amateur: je trouve magnifiques et émouvant au sens esthétique, les choix harmoniques et mélodiques dans les interptétations et improvisation de Derek Paravicini ou de Tony Deblois et de Mat Savage, autre pianiste avec un talent inné tout à fait remarquable.Il jouait en concert à l’age de 8 ans avec des musiciens de jazz professionnels.

    Ce ne sont pas des génies mais des personnes que j’aimerais pouvoir rencontrer dans la réalité, au même titre que d’autres grands musiciens de talent.

    Mais ne vous méprenez pas, j’aime aussi rencontrer des personnes dont le plus grand talent est d’être des êtres humains… C’est probablement ce que j’aime le plus dans ces personnes ayant des talents, c’est que ce sont avant tout des êtres humains, ni des génies ni des machines…

    PaulPaul

  42. J’ai retrouvé dans mes lectures des « Pensées » d’Oscar Wilde une phrase qui va peut être partiellement dans le sens de Paul Trehin ( si je l’ai compris) :

     » L’art ne s’adresse ni à l’intelligence ( géomètrie) , ni au coeur ( finesse) , mais au tempérament artistique « .

    Tempérament me semble un terme suffisamment ambivalent , auto-contradictoire , physico-humoral , complexe et psychophysiologique , pour effectivement accueillir la famille des artistes qui, selon le même auteur, devait  » éduquer le critique » , qui lui même avait vocation à  » éduquer le public  » .

    On rebouclera sur la culture en citant  » La culture , c’est l’esprit critique et rien d’autre  » .

  43. Commentaire bien amer Cher « Octobre »

    « Art is in the eyes of the beholder »
    « l’art est dans le regard du spectateur ou du visiteur…  »

    Une courbe mathématique pourra apparaître comme de l’art à certains,

    Somebody’s junk is somebody’s else treasure
    Les déchets de certains sont des trésors pour les autres
    J’adorais durant mon séjour aux USA visiter ce que les américains appellent « garage sale » ou « yard sale » selon que la vente d’objets hétéroclites se passe dans leurs garages ou sur leur pelouse… Le fouineur y découvre parfois des trésors, au moins à son goût…

    On y a là un exemple inversé de l’asymétrie de l’échange entre le vendeur et l’acheteur développé par Georges Akerlof, prix Nobel d’économie où il parlait plus d’une asymétrie en faveur du vendeur dans ces ventes au coin de la rue, c’est l’acheteur qui est placé du bon côté de l’asymétrie en rachetant une « vieillerie » à un prix dérisoire alors qu’il s’agit parfois d’une pièce superbe avec une très grande valeur pour l’acheteur, voir même sur le marché des antiquités de la brocante ou de l’art…

    Par ailleurs l’appréciation d’une oeuvre d’art est très influencée par les expériences passées du spéctateur / visiteur.

    Au risque de vous choquer, bien que j’aime beaucoup(un peu trop même, la cuisine française), il m’arrive de mordre avec un très grand plaisir dans une « big Mac de chez « Macdo », car lui sont attahcés des souvenirs d’une période heureuse où nous vivionsaux USA avec nos enfants encore très jeunes et nous donc… au milieu d’une nature splendide, oui, à à peine une heure de NU city et dans un lotissementde classes moyennes très mixtes dans les status sociaux des habitants… ce qui nous ’empêchait pas de céder de temps en temps à la facilité du Mac Do de la ville voisine après la corvée des courses ménagères. En gros le Big Mac est pour nous une « madeleine de Proust, juste un peu plus grasse 🙂

    Que certains artistes trouvent dans Mickey ou Superman une inspiration un peu semblable à celle évoquée juste au dessus ne me gène pas… Tout dépend de ce que les artistes en font…

    Paul

  44. En matière de ce que bien des personnes qualifient de « mauvais goût » permettez-moi de citer un ouvrage en fait superbe:
    Dateline America, par Charles Kuralt . L’auteur y reprend une série de chroniques radio qu’il faisait en traversant les états unis de l’Amérique profonde. Les anecdotes et les exagérations locales font parti d’une humanité diverse et pourtant si commune à tous les peuples.

    « Dans l’état du Nebraska, pays du vent, les autochtones n’utilisent pas de baromètres pour savoir s’il y aura du vent demain: ils attachent une grosse chaîne à un chêne multi centenaire et quand des maillons de la chaîne commencent à se détacher du bout de la chaîne avec le vent du jour, ils savent que demain il va vraiment y avoir du vent…  »

    Outre les chroniques comme celle citée en partie ci-dessus, souvent pleine d’humanité et d’humour on y trouve des photos d’enseignes kitch, de stands de ventes de hot-dogs ou de marchands de glaces et autres « œuvres d’art du marketing des années 1950-1960 » (désolé pour cet oxymore… Quoique…) avec leur démesure, dans tous les sens du terme…

    J’ai finalement de la tendresse pour l’humanité qui transparait dans des créations que d’aucuns jugeront vulgaires, mais qui ne sont que le fruit de l’imagination humaine, avec toute ces qualités, malgré ses imperfections ou peut-être à causes d’elles ; créativités à la fois bridées et débridées par les circonstances et les milieux où elles sont apparues.

    Paul

    1. C’est pour ça que ma femme ne me laisse jamais choisir la tapisserie ou les cadeaux à offrir .

      Que nous vivions encore ensemble est une énigme aussi profonde que la véritable raison de la fin du capitalisme .

  45. Un jour un autiste rentra finalement dans sa propre galerie de tableaux, de portraits, ou il était principalement question ce jour là d’un autre thème de lecture dans sa peinture, on pouvait y voir par exemple les diverses aigreurs d’estomacs plus ou moins représentés du moment, puis il jeta rapidement un coup d’oeil dans la salle, rien même ne lui échappa tant son regard était si percant et embarassant à la fois.

    Il y avait en effet beaucoup de beau monde ce jour là, et alors les discussions allaient bon
    train sur sa peinture, vous avez vu ça ma très chère c’est incroyable, pensez-vous aussi que l’on puisse encore s’offrir une belle toile de plus, dans le rire bien gras aussi, on pouvait
    même y entendre les conversations et les propos les plus savantes qui soit sur l’art d’hier selon encore les bons goûts plus ou moins brut de chacun, mais là vous comprenez ce fut trop pour lui, il poussa alors un grand cri de rale, jusqu’à en crever même les tympans des gens les plus près, mais pourquoi ils ne me croient toujours pas,

    Je les ai pourtant bien vu et représentés au plus juste, je n’ai rien non plus inventé, c’est bien pourtant des bêtes et d’autres bêtes de plus que j’ai bien représenté au pinceau, peut-être
    bien qu’à ce moment là il se demanda si nous étions vraiment encore des hommes ou des animaux en pleine représentation théatrale et savante sur sa peinture, combien d’événements comme celui-là ?

    Sans doute que son art était encore trop surréaliste et imaginatif pour pouvoir mieux alors
    être directement perçu et compris par ses semblables, alors bien naturellement comme les conversations de bon salon et les belles flûtes de champagne c’était pas son truc, avec en prime toutes ces belles petites hotesses à trois sous pour faire bonne figure, il préféra plutôt aller faire un tour avec Jérémie le bon petit prophète à la semaine, lui au moins il le comprendrait peut-être de son vivant,

    Combien sont-ils de nos jours à être de plus en plus exclus, pour ce monde qui en finit même par ne plus guère prendre le temps de mieux contempler certaines choses dans le silence et la méditation la plus reposante et curative qui soit,

  46. @Paul TREHIN: je viens de lire votre article, qui est excellent. Néanmoins, quelque chose me gêne. Je comprends qu’il soit nécessaire de démontrer à des beaufs qu’une personne ayant un handicap peut par ailleurs avoir des talents remarquables. Mais vous auriez peut-être du ajouter que ce qui fait la qualité d’une personne humaine n’est pas ses talents exceptionnels mais simplement l’affection qu’il peut donner et recevoir. Les personnes ayant un talent exceptionnel, autistes ou pas, n’ont pas besoin d’être défendues: tout le monde aime le personnage que joue Dustin Hoffman dans Rain Man. (cela me fait penser au fameux « never go full retard » de Robert Downey Jr dans Tropic Thunder)

    On a découvert des ossements préhistoriques de personnes ayant des maladies invalidantes mais rien ne dit que ces personnes possédaient des dons exceptionnels ayant une utilité pour la communauté (ni le contraire). Peut-être que les hommes préhistoriques (du moins certaines sociétés d’entre eux) connaissaient l’amour et la solidarité et y attachaient une grande importance. Peut-être que l’utilité n’était pas un critère suffisant pour aider ou laisser à son sort un membre de la communauté. Un parent n’abandonne pas son enfant ou un autre membre de la famille s’il n’a aucun talent ou même s’il a une maladie invalidante et n’a aucun talent. Je ne pense pas que les parents de la préhistoire aient senti différemment. Et je ne pense pas qu’ils auraient accepté dans leur communauté un type imbuvable bien que génial. A 20 serrés les uns contre les autres tout l’hiver dans une caverne, c’est proprement impossible. 🙂
    Je défends ici le droit à la vie et à l’amour des autres pour toutes les personnes, normales ou pas normales, ayant un talent exceptionnel ou n’en ayant aucun. La richesse d’une personne est dans l’interaction avec ses semblables, pas dans un don particulier. Ou plutôt c’est cela le vrai don.

    1. oui, la multitude dirigeante ne devrait pas toujours réduire graduellement l’acceptation d’une personne à une question de conformité et d’utilitarisme marchand ou talentueux pour elle, sinon l’art et la culture en prendrait alors un sacré coup dans le buffet à la longue,

      A 20 serrés les uns contre les autres tout l’hiver dans une caverne, c’est proprement impossible.

      Si le bon petit caporal chef préfère davantage être dur et méchant pour mieux gravir les échelons du beau monde commercial, alors les hommes en période de grand froid feront davantage corps et ames dans la caserne, comment font les phoques pour pouvoir mieux se réchauffer ensemble au pole nord, ils apprennent surtout à mieux s’aimer et à se supporter en mettant tout en commun, ça oui c’est la réelle communion des êtres et des coeurs, des saints à venir,

      Et ça bien sur les premiers matérialistes au monde et sans foi s’y refuseront toujours à ce
      que le monde puisse un jour mieux ressembler à un plus grande collectivité de phoques,
      faire aussi attention à ce qu’une plus grande multitude de phoques ne prennent pas trop le
      pas sur l’esprit d’un seul un peu trop mis à l’écart pour je ne sais quelle autre faute sociale
      et historique à l’égard de la multitude, la multitude se montre parfois bien peu affectueuse
      de coeur et d’attention envers le pauvre petit malheureux phoque tout albinos d’hier. Le réel courage de l’homme ne viendra jamais hélas de l’esprit de peur de la multitude. Un jour je tacherais de poster quelque chose de plus court à ce sujet si le coeur vous en dit, la richesse d’une collectivité, d’une société, c’est aussi dans l’acceptation, de recevoir une autre information plus courte, moins profonde, plus lisse sinon tout devient alors plus prévisible,

    2. Si j’ai choisi de m’intéresser aux personnes ayant un syndrome savant c’est qu’en ayant rencontré un assez grand nombre dans la réalité, je ne supportais pas que le public et les médias en fassent des « bêtes de spectacle » (notez les guillemets) alors que justement c’était leur humanité qui les rendait si attachant à mes yeux, contrairement à bien des vedettes du show business trop préoccupées de leur image publique pour se montrer humains sauf pour la caméra…
      Pour faire un petit aparté personnel je suis bien plus heureux quand on me dit « Qu’est-ce qu’il est sympathique ton fils » Que quand on me dit c’est un génie du dessin; bien que ses talents en dessin et en musique lui aient permis d’établir des relations amicales et n’en demeurent pas moins tout à fait remarquables. Son talent pour le dessin lui a aussi permis de s’intéresser à des quantités d’autres domaines car son imagination dans la création d’une ville imaginaire exigeait dans sa vision que les éléments de sa création soient cohérents et réalistes. Pour information sa ville imaginaire telle que dessinée entre 2000 et 2004 date de publication de son livre, ne correspond plus à ce qu’il a maintenant conçu dans son imagination, car au vu de l’ensemble de ses dessins réunis dans son livre il s’est de lui-même aperçu de certaines incohérences qui l’ont conduit à reprendre son travail de création…

      L’autre aspect qui m’a conduit à écrire plusieurs articles sur ce sujet, est que trop souvent les recherches et les thérapies s’attardent sur les déficiences plus que sur les compétences, fussent-elles relatives aux autres niveau de développement de chaque individu ou plus généralement remarquables en comparaison avec celles de l’ensemble de la population.

      Si j’ai insisté sur les phénomènes d’empathie et d’altruisme qui semblent avoir existé à la préhistoire ce n’était que pour dire que des individus en situation de handicap avaient été pris en charge par le groupe d’une manière générale et probablement quel que soit le type de handicap, pas seulement ceux ayant des talents exceptionnels.
      Bien que j’aie choisi dans la suite de mon texte de me centrer sur les cas de syndrome savant, c’est en relation avec mon hypothèse sur l’art préhistorique. Je pense en fait, que toutes les personnes en situation de handicap ont pu jouer et continuent de jouer un rôle positif sur nos sociétés. Ce rôle est soit indirect par l’attention particulière aux problèmes que ces situations de handicap demandent, obligeant les sociétés à inventer des solutions différentes de celles qui leur suffisaient dans leurs vie de tous les jours, solutions en apparence spéciales mais qui à l’usage s’avèrent souvent d’une portée plus générale que la satisfaction des seuls besoins des personnes handicapées : les rampes inclinées sont utilisées par de nombreuses personnes sans déficiences motrices. Je passe ici les nombreux autres exemples où des produits et des services initialement conçus pour répondre aux besoins de personnes handicapées sont devenus d’un usage courant. La question qu’on peut se poser est la suivante : « Ces solutions auraient elles été découverte sans la nécessité de résoudre les problèmes posés par les besoins des personnes en situation de handicap.  »

      L’autre contribution des personnes handicapées à l’évolution culturelle et technique des sociétés est plus directe. Il peut s’agir de compétences spécifiques ou des compétences acquises en raison de leur situation de handicap. Pour ces dernières la perception du monde physique et social est influencée par la situation de handicap, ce qui débouche souvent sur des solutions originales à des problèmes généraux, je ne parle pas ici de talents exceptionnels mais d’améliorations de la vie courante suggérées par des personnes en situation de handicap.

      Il est bien évident dans mon esprit que c’est d’abord un sentiment d’empathie transformé en amour et en solidarité qui a primé et que ce n’est pas par utilitarisme que les groupes sociaux ont préservé la survie des personnes handicapées. Je dis en revanche que ce faisant ces groupes ont du développer des solutions nouvelles pour que le groupe puisse subvenir aux besoins d’un individu ayant des difficultés à contribuer aux tâches de survie du groupe, et que par ailleurs certaines de ces personnes ont pu être à l’origine d’idées originales sans pour autant avoir des compétences extraordinaires.

      Pour ce qui est de l’empathie, les recherches récentes semblent lier son apparition à une évolution biologique de certaines espèces, dont l’espèce humaine, c’est à dire à l’apparition des neurones miroirs chez les primates et plus développée chez les êtres humains que chez les autres primates. Ces neurones miroir ont été mis en évidence par l’équipe italienne du Professeur Rizzolatti en 1994(de mémoire donc excusez si la date n’est pas exacte). Ce sont d’autres chercheurs(entre autres Ramachandran et Decéty) qui ont émis l’hypothèse que l’activation de ces neurones miroirs, à la simple vue d’un autre être humain ayant un comportement particulier, comportement signalant joie ou souffrance pourrait être à l’origine de ce qu’on appelle empathie.

      Ce phénomène d’empathie serait d’ordre principalement neurologique à l’origine et se développerait ensuite sur le plan affectif, permettant aux groupes sociaux de rester soudés dans l’adversité. Ce qui pourrait constituer un avantage au niveau de l’évolution.

      J’admets votre argument sur la difficulté de la communauté à supporter un type imbuvable bien que génial. C’est en effet bien le cas encore à l’heure actuelle: combien de ces individus sont malmenés dans nos sociétés? C’était aussi une des raisons de les faire mieux connaître. Nos sociétés en général et les organisations dans ces sociétés ont bien du mal à s’imprégner de l’idée que la différence est une source de valeurs et non une charge.

      Pour aborder votre dernier point c’est bien l’être humain « vrai » que j’admire aussi chez ces personnes avec un syndrome savant, des êtres humains qui ne se cachent pas derrière des conventions sociales et des faux semblants. Comme vous le dites aussi, tous les enfants sont l’objet de l’amour de leurs parents à de rares exception près, malheureusement… Pour avoir rencontré des milliers de parents de personnes atteintes d’autisme, ces parents sont tout autant affectueux et attentionnés avec leurs enfants que les autres parents le sont avec des enfant non autistes .

      Je suis presqu’entièrement d’accord avec votre position; « Je défends ici le droit à la vie et à l’amour des autres pour toutes les personnes, normales ou pas normales, ayant un talent exceptionnel ou n’en ayant aucun. La richesse d’une personne est dans l’interaction avec ses semblables, pas dans un don particulier » . Ou plutôt c’est cela le vrai don. »

      Je dis presque car malheureusement les enfants autistes ont le plus souvent des difficultés à interagir avec les autres personnes et qu’ils ne semblent pas capable d’acquérir ces compétences à l’interaction naturellement comme le font les autres enfants. La pratique montre que quand on leur apprend comment arriver à interagir avec les autres, leur désir d’interaction avec les autres est tout aussi élevé que celui des autres enfants. Cet apprentissage des « outils de la communication » fait partie de ce qu’on appelle les thérapies éducatives dans l’autisme… C’est bien parce que je valorise l’interaction avec les autres, fusse dans un premier temps à l’aide de moyens alternatifs de communication, que je pense que les enfants autistes ont besoin qu’on les aide à acquérir un maximum de moyens de communication. Je fais souvent la comparaison avec l’apprentissage des langues étrangères: plus on apprend tôt et plus la langue étrangère devient une seconde langue naturelle. Il en va de même avec le langage social que la plupart des enfants apprennent comme une langue naturelle dans leur petite enfance. Ce langage social semble très difficile à acquérir naturellement pour les enfants autistes. Je ne m’étendrais pas ici sur les différentes hypothèses émises pour comprendre le pourquoi de ces difficultés d’apprentissage du langage social et du langage en général, hypothèses dont certaines sont assez bien étayées par des recherches expérimentales et ou cliniques. Giacomo Rizolatti speaker invité au dernier congrès d’Autisme Europe a montré des résultats passionnants sur le fonctionnement des neurones miroirs en général puis fait voir des études comparatives montrant des différences significatives au niveau de l’activation de ces neurones miroirs entre des enfants autistes et des enfants non autistes, sans toutefois se lancer dans des inférences qui auraient été bien trop hâtives à ce point des recherches.

      Par expérience j’ai pu remarquer dans un autre domaine des différences considérables dans la maitrise du langage social entre les personnes ayant reçu assez tôt un diagnostic d’autisme et ayant reçu une éducation relativement précoce pour acquérir ce langage social, et les personnes diagnostiquées bien plus tard, pour lesquelles le langage social a été appris trop tard pour devenir naturel.

      Ma démarche pour pousser les parents et professionnels à rechercher puis à entretenir des compétences plutôt que de se battre contre les déficiences vient en complément des efforts éducatifs nécessaires. L’utilisation de compétences fussent elles modestes, permet de donner à l’enfant un sentiment de réussite au lieu de le placer en situation d’échec quasi permanent si on ne cherche qu’à se battre contre les déficiences.

      A propos des difficultés d’apprentissage du langage social et des moyens de communication j’ai écrit un livre sur les troubles de comportement associés à l’autisme et à d’autres difficultés d’apprentissage. Une grande partie de ces troubles peuvent être liés à des difficultés au niveau de la communication réceptive d’un côté; ce qui rend l’évolution des situations très imprévisibles donc anxiogène, ou à des difficultés au niveau de la communication expressive de l’autre côté ce qui limite les possibilités de dire « J’ai mal », « J’ai faim », « quand est-ce qu’on rentre à la maison », et autres expressions de joies ou de souffrance et de rejet ou de désirs. Il nous arrive à tous d’avoir des troubles de comportements quand nous nous trouvons dans des situations où nous ne comprenons plus ce qui se passe ou que nous n’arrivons plus à communiquer sur ce qui cause notre angoisse. D’où l’importance de permettre l’acquisition d’un maximum de moyens de communication aux enfants (ou même plus tard à des adultes) qui ont du mal à acquérir ces moyens de communication naturellement et facilement comme la plupart des enfants..

      Il n’y a pas qu’avec les enfants autistes que l’utilisation des compétences au lieu de se battre contre les difficultés serait à mon avis plus efficace…

      Une des premières leçons que j’ai reçues dans mon activité associative avec les personnes handicapées fut la présentation d’une courbe théorique sur les approches différentes entre les systèmes éducatifs anglo-saxons et ceux des pays latins:
      Dans l’éducation anglo-saxonne on mesure les progrès positivement par rapport à la base, dans les pays latins on a tendance à mesurer négativement ce qui manque par rapport à un but qu’on s’est fixé à l’avance; l’exemple type est la notation des dictées fondée négativement sur le nombre de fautes plutôt que sur le nombre de mots bien orthographiés…

      Une partie de mon argumentation est bien sur politique car il est dramatique que les personnes handicapées ou les personnes différentes de ce que le voudrait le moule social, soient victimes de discriminations directes ou induites par le manque de services adaptés à leurs besoins.

      Les coupes claires imposées dans les programmes sociaux au nom de la sacro-sainte rigueur, de la réduction des déficits publics et des plans d’austérité qu’elle implique me révolte.

      On entend dire qu’il serait honteux de léguer des dettes publiques inconsidérées aux générations futures… Mais la réduction des services publics d’éducation, de santé, de transports publics d’un côte, et le manque d’investissement actuel dans ces domaines, vont laisser aux générations futures une dette bien plus scandaleuse qu’une dette financière : une dette humaine au niveau de la réduction des moyens d’éducation, des services de santé publique, des infrastructures publiques de transport et autres, laissant aux générations futures des populations moins bien éduquées, en moins bonne santé, générations futures qui devront reconstruire sur les ruines sociales laissées par des politiques à visées purement financières de nos sociétés.

      Ce dernier paragraphe sort un peu du thème de mon article mais y est tout de même rattaché car outre une hypothèse académique dans son propos, liant sous certains aspects l’art préhistorique et le syndrome savant, j’essayais de montrer les contributions qu’ont pu, que peuvent et que pourront apporter directement ou indirectement à la société les personnes différentes, handicapées ou non.

      Pour moi aussi c’est la diversité et la richesse des interactions de tous les êtres humains, quelles qu’en soient les formes et les modalités qui me passionnent.

      Paul

    3. @Paul TREHIN : je partage entièrement votre conception des choses. Je m’en doutais un peu, je désirais juste que vous fassiez cette mise au point car l’article peut laisser penser que le côté spectaculaire est le plus important.

      « Ce phénomène d’empathie serait d’ordre principalement neurologique à l’origine et se développerait ensuite sur le plan affectif, permettant aux groupes sociaux de rester soudés dans l’adversité. Ce qui pourrait constituer un avantage au niveau de l’évolution. »

      Entièrement d’accord. Je reste persuadé que l’empathie et la coopération ont une véritable utilité pour la survie des espèces. A noter que les espèces qui ont le plus développé ces caractéristiques sont celles qui s’imposent et s’adaptent le mieux (humains, singes, dauphins, insectes sociaux). Même les Marines US ont compris cela: les groupes solidaires sont plus forts.

      « Il n’y a pas qu’avec les enfants autistes que l’utilisation des compétences au lieu de se battre contre les difficultés serait à mon avis plus efficace… »

      Tout à fait. Je dirais même que les problèmes de communication existent plus ou moins chez tout le monde. Certains sont naturellement doués, d’autres moins. Ce que je veux dire, c’est qu’à mon avis ces recherches permettant d’améliorer la communication des autistes pourraient probablement aussi bien servir à faire progresser des personnes qui ne sont pas autistes mais ont des difficultés de communication (par leur éducation ou à cause de traumatismes par exemple).

    4. @Jérémie : j’aime bien votre métaphore des phoques. Dommage pour les phoques, ils excluent les albinos. C’est un peu pour ça que les hommes vont sur la lune et pas eux. 🙂

  47. @ Paul Trehin,

    Merci pour ce billet et l’ensemble de vos commentaires.
    Je suis frappé par l’optimisme qui me prend à vous lire, malgré certains constats que vous faites. Je ne sais plus qui faisait cette réflexion : « On se pose aujourd’hui sans cesse la question : Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?, alors que la seule question qui aurait des chances de résoudre le problème est celle-ci : Quels enfants allons-nous laisser à notre monde ? » Voilà d’où vient peut-être l’optimisme ; alors que la première question – qui occupe l’essentiel de nos conversations actuelles – se présente de façon désespérée, vous avez décidé de chercher des réponses à la seconde, qui, on le comprend en vous lisant, est porteuse d’espoir pour nous-même et pour tous les enfants sans distinction, différents ou non, aux conditions que vous dites.

  48. Moi dit : 26 novembre 2010 à 16:46

    « Ce que je veux dire, c’est qu’à mon avis ces recherches permettant d’améliorer la communication des autistes pourraient probablement aussi bien servir à faire progresser des personnes qui ne sont pas autistes mais ont des difficultés de communication (par leur éducation ou à cause de traumatismes par exemple). »

    Merci infiniment pour cette remarque. J’ai essayé de faire avancer cette idée quand j’étais administrateur à l’UNAPEI… Je disais que tous les enfants adolscents et adultes ayant des déficiences intellectuelles quelles qu’elles soient pourraient tirer avantage de ce genre d’apprentissage. Mais c’était sans doute un changement de paradigme que les établissements du secteur médico-social n’étaient pas prêts à faire avancer,
    D’assez nombreux parents d’enfants porteurs d’autres types de handicaps intellectuels semblaient bien d’accord avec mes propositions mais n’étaient pas soutenus par les autres.

    Plusieurs exemples concrêts avaient montré que des adultes qu’on croyait trop sévèrement handicapés pour participer à des activités sociales comme le travail, dans ce qu’on appelait alors Centres d’aide par le travail (CAT) maintenant appelés établissement et service d’aide par le travail (ESAT), pouvaient très bien y participer si on adaptait les postes de travail ainsi que les formationstant initiales et continues et on pouvait estimer aux comportements de ces personnes lourdement handicapées qu’elles tiraient une satisfaction personnelle à pouvoir « travailler comme les autres ».

    Paul

  49. à Paul Jorion

    J’ai mal énormément mal. Je ne sais plus comment avancer ou comment faire ou comment vivre ? Je me sens en dehors et je n’ai pas les mots pour dire mon désarroi. Pardon si j’ai blessé des personnes ici sur votre blog. Je fais comme je peux avec les pinceaux à la main depuis l’âge de dix ans, non avec les armes qui annihilent la vie. Je continue avec les couleurs mais j’abandonne les mots. Maintenant je veux planter des arbres. Amicalement.
    Olivier Martin dit octobre.

    1. Hola ! Bon d’accord là c’est Novembre , mais je ne connais pas un hiver dont on ne ressorte pas au printemps .

      Parole de cantonnier quand ça paniquait un peu en déneigement et qu’on commençait à désespérer .

    2. @ Olivier,

      Mon ami octobre, je découvre à l’instant seulement ton message.
      Je me demandais récemment pourquoi j’étais si sensible depuis quelques temps à tes mots, à la façon d’arriver ici de temps en temps sans chercher le dialogue comme avant. Si je t’ai demandé hier si tu étais dans les mêmes dispositions d’esprit que l’artiste que tu citais, c’était aussi pour que tu avoues quelque chose. Et tu le fais ce soir ici.
      Je sais que nous sommes quelques uns sur le blog à être sensibles aux personnes qui s’expriment derrière les mots et les pseudos, à chercher à décrypter ce qui se joue chez l’interlocuteur au moment où il écrit. Tu es de ceux-là. Pour preuve, ce papillon que tu m’as envoyé un jour où je n’allais pas bien. Tu as su comprendre qu’un point douloureux était touché chez moi, et tu as su lire qu’à l’époque je n’allais pas bien, pas bien du tout.
      Il est arrivé très souvent au début de cette année que je vienne sur le blog de Paul Jorion dans d’étranges dispositions d’esprit. Disons que je venais ici non seulement pour m’informer ou discuter, mais pour me rassurer en constatant que quelque chose vivait ici et que je pouvais encore en faire partie. J’imagine que Paul Jorion est le premier à savoir qu’un blog comme le sien est aussi un lieu où viennent se confronter des solitudes passagères, et qu’il peut devenir très vite pour certains d’entre nous, et à certains moments, l’endroit de l’unique expression. Si tu savais, octobre, combien je me suis parfois trouvé stupide d’avoir certains jours l’unique espoir qu’un de mes interlocuteurs ici m’aurait répondu. Je m’en voulais, me répétant que ce blog devenait mon impasse du moment, conscient malgré tout que la vie est ailleurs.

      Tu n’as jamais blessé personne ici, octobre, bien au contraire. Tu fais partie depuis longtemps de ceux qui apportent des mots qui aident, que ceux-ci viennent de toi, de Louis Calaferte ou d’autres auteurs que tu cites (c’est pour ça que cette citation de G. Honegger m’a surpris venant de toi). Les gens comme toi sont précieux ici, très très précieux (au fait, à propos de gens précieux, il y a trop longtemps que Laurence n’est plus venue. Elle manque un peu parfois, et à toi aussi je suis sûr).

      Tu sais, je dessine et je peins depuis le même âge que toi. Voilà une autre chose qui nous rapproche. Un jour j’ai pris la décision d’être peintre, c’est à dire qu’à la question « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » j’ai décidé de ne plus répondre autre chose que « Je suis peintre ».
      Je me souviens de m’être ouvert de cette décision à un ami, peintre lui aussi, depuis longtemps. Il m’a répondu ceci : « Réfléchis bien, Jean-Luc ; être peintre, ça oblige, peindre, ça fait souffrir ». Je n’ai compris que trois ou quatre ans plus tard de quoi il voulait me prévenir. Impossible cependant de sortir de là, je suis peintre. Il y a des jours où je vis cela comme une malédiction, et ces jours-là j’envie les « peintres » qui produisent des oeuvres au kilomètre en étant capables de penser à autre chose.
      Tu vas planter des arbres. Tu vas continuer avec les couleurs. Et tu vas revenir aux mots, octobre, parce que là aussi quelque chose s’exprime de toi, même si tu en es le dernier informé.

      Peut-être peut-on aussi échanger ailleurs qu’ici. Si l’idée te séduit, demande à Paul Jorion mes coordonnées, en lui rappelant que je lui ai permis à l’instant de te les transmettre.

      Jean-Luc

    3. octobre 26 novembre 2010 à 19:48
      Ben si chacun se met à s’accuser d’avoir blessé le lecteur, on n’a pas fini de voir grossir le flot des messages ! Non sérieux, il est impossible de savoir ce qui va blesser l’autre parce qu’il n’est jamais certain de savoir ce qu’on dit, encore moins de savoir comment l’autre l’entendra ! Ça fabrique la conversation ordinaire : ça passe ou ça casse. Et si les mots manquent, je lis que vous avez le savoir de pouvoir les croquer…

    4. octobre,

      Votre message s’adresse à PJ, mais tant pis. Vous n’êtes pas le seul à avoir mal, très mal : c’est bon signe, il ne faut surtout pas le cacher. Il faut en parler autour de soi, car ce mal, c’est surtout de voir que le monde ne tourne pas comme on l’aimerait, et plus encore, que ceux qui ne sont pas mal, ou qui ne se l’avouent pas, ne respectent pas que nous rêvions d’un autre monde. Il faut continuer à leur montrer, continuer à leur crier à la gueule qu’on a mal, pour bien leur montrer qu’on a le droit d’avoir mal, et même, qu’en ces temps de crise, c’est un devoir d’avoir mal. Celui qui n’a pas mal maintenant a du souci à se faire quant à la relation qu’il a avec sa pensée : il ne vit pas, il subit. Il ne pense pas : il reproduit une mécanique sagement apprise : qu’il soit heureux ou pas, que ça lui plaise ou non, c’est mon point de vue et je le respecte, notamment parce que lui est au moins aussi radical sur moi : c’est soit la pitié soit l’utopie. Surtout, ne lâchons rien ! Ça fait mal mais c’est nécessaire. C’est notre crise à chacun, il faut la laisser s’exprimer et que les autres la respectent : c’est notre plus grande richesse : avoir le droit de rêver sa propre vie, avoir le droit d’y croire. Celui qui ne pense pas à ça ou qui dit le contraire n’est pas éveillé : c’est lui qui est mal, c’est lui qui se bourre d’opiums et forcément qui n’en a pas conscience, depuis le temps que lui et ses aïeux se shootent.

      Il semble par contre qu’il faille pour gueuler y mettre les formes ! Certains ne sont sensibles qu’à une seule langue, rigoureuse, géométrique, et pour eux la poésie est utopique ! C’est pourtant eux qu’il faut convaincre, c’est un long travail, mais le chemin c’est la route : un coup c’est le printemps, un coup l’hiver, entre deux octobre.

      Aaaaaaaaaah : merci pour cette opportunité de gueuler ! Ca fait un bien fou : c’est une technique de yoga, c’est dire.

      Bonne journée

    5. à Pablo
      Non c’est pas moi. Votre répartie cinglante m’aide – oui j’adore. Et je veux découvrir avec vous – je suis à l’écoute : de tous vos commentaires sans exception. Avec cette musique merveilleuse telle comme vous me la faite découvrir ici sur le blog. J’ai des oreilles Pablo et vous l’oreille, vous permettez ?

  50. En effet, vous avez raison de le rappeler:
    « Il n’est jamais certain de savoir ce qu’on dit, encore moins de savoir comment l’autre l’entendra »

    Heureusement l’évolution a permis aux primates et surtout aux humains de développer ce que Premack et Woodruff, entre autres, ont appelé « théorie de l’esprit », faculté tout à fait remarquable qui permet de se faire au moins une petite idée de ce que l’autre pense ou les autres pensent, ne serait-ce que de manière approximative et qui évite qu’on en arrive trop souvent à la situation « ça passe ou ça casse » ,

    Cette théorie de l’esprit n’apparait réellement chez l’enfant que vers l’âge de 3 ou 4 ans, ce qui explique pourquoi les tout petits enfants font des remarques qui peuvent être blessantes, il n’y a pas de méchanceté à y voir, mais une difficulté à imaginer ce que l’autre pense ou va penser. Le « ça passe ou ça casse » est assez fréquent entre enfants de ces âges et fort heureusement sans grandes conséquences mis à part quelques cris et pleurs… A l’dolescence ou à l’âge adulte ça peut être plus grave…

    L’acquisition de la théorie de l’esprit fait partie du développement « normal » de l’enfant. Dans le cas des personnes ayant des « troubles envahissants du développement », expression employée pour rassembler les diverses formes d’autisme, cette théorie de l’esprit apparait plus tardivement.(Alan Leslie, Uta Frith et Baron Cohen 1985) et souvent de manière incomplète, ils n’atteignent que rarement le second niveau de la théorie de l’esprit, qui est de penser que l’autre imagine lui aussi que nous avons une idée de ce que nous pensons qu’il pense(Simon Baron-Cohen 2001)… J’ai fait cette digression pour ramener la discussion aux capacités créatrices de personnes, entre autres autistes (il y a également un éveil surprenant de la créativité dans des cas d’apparition de démence(Treffert etWallace2002), capacités créatrices dont mon article a essayé d’évoquer quelques uns des aspects. Il est très probable que cette moindre facilité à avoir une « théorie de l’esprit » libère en partie la créativité des pressions sociales auxquelles bien des artistes sont autrement soumis.

    En dehors des primates, la théorie de l’esprit est moins développée chez les autres animaux. De manière très intéressante cependant, quelques oiseaux ont aussi cette capacité d’avoir conscience que « l’autre » a une idée de ce que vous pensez… Ce qui est intéressant, c’est que les oiseaux sont situés dans une branche évolutive très éloignée de celle des primates et depuis fort longtemps… Il est intéressant aussi de savoir que le seul animal connu produisant des créations esthétiques en dehors de l’utilité directe de sa construction, nid ou autre structure nécessaire à sa survie immédiate, est un oiseau de Nouvelle Zélande : l’oiseau berceau (Bower bird) dont la décoration de structures elles même esthétiques par des objets de couleur et des coquillages, n’a d’autre but que de séduire une partenaire éventuelle…Ce qui ressemble déjà à une forme de théorie de l’esprit: « ça va lui plaire » 🙂

    La théorie de l’esprit ne garanti pas une compréhension parfaite de l’autre… Nous savons tous à quel point nous faisons parfois de grossières erreurs dans nos tentatives de séduction amoureuses… 🙂

    Et pour revenir à votre commentaire bien qu’on ne soit jamais certain de comment l’autre va ressentir ce que l’on exprime soi même, avec les mots qu’on arrive à trouver dans les conditions nous entourant au moment où on parle ou on écrit, on peut et on doit essayer de l’imaginer en faisant appel à notre « théorie de l’esprit », autrement la vie en société deviendrait une suite de bagarres pour des motifs plus ou moins futiles, dont les disputes entre automobilistes sont une désolante illustration… Je me demande parfois si le fait d’être au volant d’une voiture n’abaisse pas considérablement notre théorie de l’esprit… (Mais qu’est-ce qu’il fait ce connard il voit pas que je vais tourner ?).

    Pour approfondir sur le sujet de la difficulté de transmettre des idées au travers de discours et de savoir si l’autre a réellement compris ce qu’on lui a dit, je recommande aux lecteurs de ce blog la lecture de ces deux textes pas très récents mais toujours pertinents :

    «Abraham. Moles, « Théorie Structurale de la Communication et Société », dans « Le Concept d’Information dans la Science Contemporaine », Les Cahiers De Royaumont, Gauthier Villars, 1965 (Moles 1965)

    K. Popper, « Le mythe du cadre de référence » 1972
    Il exprime que même si on ne peut jamais être sur de ce que l’autre a dans la tête quand il nous envoie un message, cela ne doit pas nous empêcher de continuer notre démarche d’essai de communication
    J’en cite une partie car ce texteremarquable n’est pas disponible sur le net à ma connaissance, j’en ai une copie envoyée par un ami.

    Karl Popper dit :
    « Une discussion rationnelle et fructueuse est impossible à moins que les participants ne partagent un cadre de référence commun d’affirmations de base, ou, au moins, qu’ils ne soient tombés d’accord sur un tel cadre de référence pour permettre la discussion.
    Tel est le mythe que je vais critiquer. Tel que je l’ai formulé, le mythe ressemble à un énoncé de bon sens, ou à un avertissement sensé auquel nous devrions faire attention afin de progresser dans la discussion rationnelle. Certains pensent même que c’est un principe logique, ou basé sur un principe logique. Au contraire, je pense que ce n’est pas seulement un énoncé faux, mais aussi un énoncé vicieux qui, s’il est largement accepté, doit miner l’unité de l’humanité, et doit augmenter grandement la probabilité de la violence et de la guerre. C’est la principale raison pour laquelle je veux le combattre, et le réfuter.
    Laissez-moi dire immédiatement que le mythe contient un noyau de vérité. Bien que je soutienne que c’est une grande exagération que de dire qu’une discussion fructueuse est impossible à moins que les participants ne partagent un cadre de référence commun, je suis tout à fait prêt à admettre qu’une discussion entre des participants qui ne partagent pas un cadre de référence commun peut être difficile. Une discussion sera aussi difficile si les cadres de référence ont peu de chose en commun, et elle sera d’autant plus facile que sera plus grand le chevauchement entre les cadres de référence. De fait, si les participants sont d’accord sur tous les points, cela donnera souvent la discussion la plus facile et la plus douce possible – bien qu’elle doive vraisemblablement être un peu ennuyeuse.
    Mais qu’en est-il de la fécondité? Dans la formulation que j’ai donnée du mythe, c’est une discussion fructueuse qui est déclarée impossible. A l’opposé, je défendrai la thèse qu’une discussion entre des gens qui partagent beaucoup de conceptions ne sera pas vraisemblablement fructueuse, même s’ils peuvent la considérer comme plaisante et hautement satisfaisante, tandis qu’une discussion entre des cadres de référence largement différents peut être extrêmement fructueuse, même si elle sera usuellement difficile et peut-être pas tout à fait aussi agréable (bien que nous puissions apprendre à l’apprécier).
    Je pense que nous pouvons dire d’une discussion qu’elle fut d’autant plus fructueuse que ses participants en ont plus appris. Et ceci signifie: d’autant plus qu’ils se posèrent des questions intéressantes et difficiles ; qu’ils furent induits à penser à de nouvelles réponses; qu’ils furent ébranlés dans leurs opinions; et d’autant plus qu’ils purent voir les choses différemment après la discussion ; en bref, d’autant plus que leur horizon intellectuel fut
    élargi.
    La fécondité en ce sens dépendra presque toujours de l’écart originel entre les opinions des participants à la discussion. Plus grand sera l’écart, plus il est possible que la discussion soit fructueuse – en supposant toujours bien sûr qu’une telle discussion n’est pas entièrement impossible comme l’affirme le mythe du cadre de référence. »

    Abraham Moles dit à peu près la même chose, je résume : pour qu’une communication entre des individus ou groupes d’individus soit fructueuse, il est nécessaire qu’ils aient une part d’univers cognitif commun : ni trop ni trop peu. Sans aucun univers commun du tout pas de communication possible, si les deux univers communs sont entièrement identiques la communication n’aura pas d’intérêt…

    Paul

    PS: Dans un message précédent,vous m’avez l’honneur de m’attribuer l’importation des approches anglos-axones éducatives de l’autisme en France. J’en aurait été très fier mais je n’ai fait qu’y contribuer, au côté de centaines de parents et de quelques dizaines de professionnels qui les appelaient de toutes leurs forces.
    J’ai en revanche très activement participé à l’organisation du premier colloque international à caractère scientifique sur l’autisme, organisé à Paris en 1985 par l’ARAPI, une organisation paritaire de parents et de professionnels cliniciens ou chercheurs où on retrouvait justement des personnes ne partageant pas totalement leurs univers cognitifs personnels, le Professeur Gilbert Lelord, le Pr Didier-Jacques Duché, le Dr Ferrari, le Dr François Grémy,et des parents ayant des vues et opinions diverses sur le sujet.
    C’est à l’occasion de ce premier congrès que des chercheurs français et internationaux ont présenté leurs recherches y compris des études sur les résultats des approches éducatives pratiquées dans les pays anglosaxons et dans les pays nordiques de l’Europe (pas seulement aux USA) je passe sur les autres présentations faites à l’occasion de ce congrès;en particulier sur d’autres théories de l’étioligie de l’autisme que celles alors employées en France, théories qui étaient occultées par l’establishment psychiatrique français en ces temps, mais que les parents français anglophone avaient tout de même pu découvrir et transmettre à d’autres parents non anglophones. Excusez moi de dire l’émotion que j’éprouve à l’évocation de ces parents et professionnels pionniers dans la découverte de la littérature scientifique anglosaxone que furent Etienne et RoseMarie Daum, Anne Rochas, Gloria Laxer, Gilbert Lelord, Jacques Masson et bien d’autres, dont plusieurs nous ont quitté… Les personnes désireuses d’en savoir plus trouveront un bon résumé historique sur cette page web: http://arapi.pagesperso-orange.fr/31anniversaire.htm

  51. Concordance formidable des événements (les anglais parlent de serendipity) Il y avait en fin de matinée sur France inter une émission très en rapport avec ce fil de discussion reliant art et handicap:

    Jean-Claude Ameisen
    le samedi de 11h05 à 12h
    SUR LES EPAULES DE DARWIN
    PIERRES DE REVE
    « Seul l’art a le pouvoir de sortir la souffrance de l’abîme. » Aharon Appelfeld.
    Réécoutable ici:
    http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/sur-les-epaules-de-darwin/

    Un des intervenants a parlé d’expériences à visées thérapeutiques où on a donné à des personnes atteintes de syndrome d’Alzeimer la possibilité de s’exprimer par la peinture… Non seulement leur art était fort joli, mais pendant ces moments d’expression artistiques ces personnes semblaient retrouver des pans entiers de leur mémoire… Malheureusement de retour dans leur environement usuel, même en revoyant les peintures qu’elles avaient elle même produites, ne se rappelaient plus d’en être les auteurs et les mémoires temporairement retrouvées était à nouveau enfouillies dans leurs triste condition…
    Sur les phénomènes de mémoire perdues et retrouvées ou sur d’autres cas de mémoire pathologiquement exceptionelles, on lira ou relira avec le plus grand intérêt « Une prodigieuse mémoire » et « L’homme dont le monde volait en éclats » livres écrits par Alexandre Luria, dont les écrits ont été traduits en français assez tardivement.
    Si je me rappelle bien on doit également à Luria la découverte de l’utilisation de la L-Dopa qui avait fait sortir de leur très longue absence un groupe de patients semblant avoir perdu toute présence mentale dans une forme extrêmement sévère de parkinsonisme: encéphalite léthargique.
    Non il ne s’agissait pas de Luria mais d’Oliver Sachs qui a par la suite rapporté cette expérience dans un autre livre passionnant récemment porté à l’écran: L’Éveil
    L’éveil, Points 1993 , traduit de l’anglais

    Luria n’était que peu connu dans le monde occidental car il travaillait en Union Soviétique dont les recherches étaient peu prisées dans ce domaine en occident à cette époque et seuls de rares occidentaux connaissaient ses travaux en Neurologie et neuropathologie, de même que ceux de Lev Vygotsky pour les mêmes raisons. . Je dois d’avoir connu les écrits de Luria, à Neil O’Connor chercheur anglais en autisme, dont les sympathies pour le partit communiste avaient entrainé une curiosité pour ce qui se passait de l’autre côté du « rideau de fer »…
    Neil O’Connor et Beate Hermelin ont été des pioniers dans la psychologie expérimentale s’adressant à diverses pathologies mentales, dont l’autisme. Ils ont également très tôt travaillé sur la compréhension des « splinter skills » pics de capacités intellectuelles presentes chez les personnes atteintes d’autisme. Ces pics de capacités existent chez pratiquement toutes les personnes atteintes d’autisme, sans toutefois atteindre le niveau du syndrome savant dont j’ai fait le point central de mon article. Mais ces pics de capacités relativement plus élevées que le reste des compétences cognitives de chacune de ces personnes, devraient être bien plus utilisés dans les thérapies éducatives ou autres pour donner aux les personnes atteintes d’autisme de plus importantes opportunités d’apprentissages.

    1. Ce que vous exprimez là me remet en tête une visite que nous avons faite , avec mon épouse, il y a peu, à une amie commune , ancienne journaliste , douée d’un talent patent pour la poésie ( elle avait écrit plusieurs opuscules édités à compte d’auteur , illustrés de sa main ) et d’une infinie douceur .

      Nous nous sommes cassé le nez à la porte de sa maison , et on nous a renseignés en nous indiquant qu’elle était hébergée à la  » maison de soins  » la plus proche , atteinte de la maladie d’Alzheimer . Nous avons pris ce chemin pour la rencontrer .

      Elle ne nous a bien sûr pas reconnus , mais ne s’est pas opposée à nous recevoir dans sa chambre . Nous y sommes restés plus d’une heure à l’écouter . Son « délire « (?) verbal renvoyait comme assez souvent à des épisodes très anciens que nous ne partagions pas , mais , comment dire , son ton , la douceur qu’elle donnait à ses mots insensés , son regard qui parfois revenait sur l’une des illustrations que sa fille avait accroché en face de son lit , c’était ….elle .

      En sortant , alors que le plus souvent la fréquentation de ces lieux n’incline pas à la joie , nous nous sommes immédiatement regardés avec mon épouse pour vérifier que l’un et l’autre nous avions partagé cet instant de …révélation : vivant ou mort , jeune ou vieux , « sensé » ou « insensé », lisse ou flétri , entier ou en morceaux …. on  » est  » quelque chose d’inoui .

  52. Merci à Paul Jorion et monsieur Leclerc et le formidable blog comme un arbre plein de la vie qui bruisse dans ses rameaux dans le monde dans la tempête. Nous renverserons la situation : les choses ne peuvent continuer ainsi n’est-ce pas ? Oui j’ai peur et je peux le dire. Comment ils ont fait pour abandonner le peuple? Paul dites-moi ! Je ne veux pas vivre une post-humanité comme ils disent.
    Je crois et me bas pour un monde – indigné désespéré toujours – avec des nuits pour le sommeil encore possible pour moi. Je ferai tout pour sortir de mon trou et aller vous voir en chair et en os. Je vais demander à Paul à certains d’entre vous vos adresses. Nous parlerons de tout et de rien. En tout cas vous m’avez remis sur pied. Je crois pouvoir faire à nouveau des petites peintures enluminées ( j’ai su faire ça autrefois ) grand comme une carte postale et vous l’offrir – mais qu’est-ce que nous pouvons faire d’autre ? La vie est courte, et j’ai de la Pitié pour le monde vivant. Où est passée Laurence ? Je l’ignore. Avec elle c’était la Révolution Permanente – le respect – la spontanéité – le correct – l’Orient – la gifle comme ultime secours – l’amour et la beauté – et bien des choses en dehors des mots, les miens de mots, et le rêve à porté de main pourquoi pas. Voici la neige. Les oiseaux heureux Léopardi. Je veux revoir la grande mer et me noyer dans les langues du monde.
    Olivier M

  53. L’art serait-il le propre de l’homme? Pas le sentiment esthétique en tout cas, déjà partagé par un oiseau de Nouvelle-Zélande comme le rappelle Paul Tréhin. Pas l’outil non plus, utilisé et surtout fabriqué (remarquablement, avec un bec et deux pattes, pas avec deux mains habiles!) au moins par une corneille de Nouvelle-Calédonie. Mais l’art, comme création? Les peintures de Chauvet n’en sont pas la première manifestation si l’on considère les coquillages percés sud-africains (moins 75000 ans) comme telles. Mais elles sont les premières connues à ce jour. Le plus impressionnant est sans doute qu’elles sont d’emblée abouties. N’est-ce pas cependant le propre de toute époque, en fonction -mais pas exclusivent bien sûr- des techniques et connaissances du moment (difficile de peindre sur le motif avant l’invention du tube)? Je parle pas de génies et de chefs-d’oeuvres, pas de périodes de décadence (nous y sommes peut-être). Est-ce le sens de la remarque de Picasso? Sinon, ce serait considérer les apôtres du portail ouest de Notre-Dame-de-Chartres comme une régression par rapport à la statuaire grecque antique. Chauvet serait donc le premier sommet de la chaîne, et déjà un Everest. A moins 37000 ans vraisemblablement, selon les dernières datations (au lieu de moins 32000, ce qui reculerait d’autant les autres datations de peintures pariétales). Alors, autistes, les artistes de Chauvet? Pourquoi pas. Le plus difficile reste de le prouver. J’avoue être sensible à la théorie chamane de Jean Clottes. Je lui avais suggéré, peu de temps après la découverte, de la mettre à l’épreuve en y accueillant un chamane sibérien. Sans le convaincre… Dominique Baffier, aujourd’hui conservatrice de la grotte, fait régulièrement part de ses réticences à l’égard de la théorie de son collègue, y compris en sa présence; preuve que le débat est largement ouvert au sein de la communauté scientifique. Elle est tout aussi dubitative quant aux idées de Iegor Reznikoff. Ce spécialiste de la musique antique a établi un rapport étroit entre les emplacements des peintures dans une grotte et leur valeur acoustique. Ainsi à Arcy-sur-Cure, la densité d’images croitrait en même temps que le nombre d’échos.
    Quant à la séquence Bach… Difficile de ne pas se laisser emporter par le vertige de Gould. Plus « sagement » peut-être, mais pas moins musicalement, découvrez les Partitas par Zou Xiao-Mei, cette Chinoise établie en France que le Cantor a sans doute contribué à sauver -mentalement, donc physiquement- des camps. Enfin, j’en profite (nous sommes loin de l’autisme, que Paul Tréhin et les lecteurs de ce blog me pardonnent!), pour saluer ici la mémoire de Jeanne Bovet. Disparue le 21 novembre, elle aurait eu 95 ans le jour de Noël. Ceux qui ont eu la chance de l’entendre jouer deux pièces de Bach en prélude et en conclusion des concerts de la chapelle du Vieux-Rompon, en Ardèche, n’oublieront jamais cette femme exceptionnelle. Sa vie fut toute entière dédiée à la musique et depuis 1965 à ces concerts placés sous le signe de L’Offrande musicale. Une équipe soudée franco-suisse poursuivra son oeuvre. Rompon a accueilli notamment ces dernières années Miguel-Angel Estrella. Un site: rompon.net donne des informations sur les activités de l’association. Jeanne Bovet a évoqué sa vie et ses souvenirs musicaux dans plusieurs ouvrages émouvants dont Les Cailloux de lumière -où elle parle de ses liens avec Alfred Cortot- et Chapelle, notre amour. On lui doit plusieurs CD, certains enregistrés à Rompon dont un pour son 90e anniversaire. Enfin, un remarquable DVD réalisé en 2008 retrace le parcours de cette grande dame méconnue. On la voit notamment commenter les peintures d’apparence abstraite que lui ont inspiré les préludes et fugues du Clavier bien tempéré. Elle raconte comment Cortot, en découvrant un un jour, fit immédiatement le parallèle avec la bonne tonalité. Vous ne pourrez plus voir ni entendre Jeanne Bovet à Rompon. Allez néanmoins goûter l’atmosphère unique de ces concerts (hommage à Jeanne Bovet le 12 décembre, concert d’avant-Noël le 18, moment musical le 25, saison 2011 à partir de l’Ascension). Plongez-vous dans « Les Cailloux de lumière ». Regardez le DVD. Vous y découvrirez une formidable leçon de vie, au service du partage de la beauté.

  54. « Émouvant de songer à ces premiers hommes des cavernes qui éprouvèrent la nécessité de laisser trace par le dessin – de se signer eux-mêmes.
    La peinture est avec bonheur redevenue cette identification de l’individu. »
    L. Calaferte – perspectives

  55. Merci Michel pour cette excellente contribution à la discussion. Je vais essayer de le procurer le DVD « Les cailloux de lumière ».
    Pour ce qui est de l’hypothèse chamanistique de Jean Clotte et de Denis Lewis William, ayant lu le livre avec la plus grande attention, je ne suis pas non plus convaincu par cette hypothèse.
    D’autres chercheurs en art préhistorique bien plus éminents que moi ne sont pas non plus d’accord avec cette hypothèse, entre autres . Paul G. Bahn dont le livre « The Cambridge Illustrated History Of Prehistoric Art » est un des meilleurs dans le domaine de l’art préhistorique.

    Bien cordialement.

    Paul

  56. @ Paul Trehin

    « Le meilleur texte que j’aie lu sur Lascaux, c’est la monographie de Georges Bataille sous-titrée La naissance de l’art. »
    (E.Junger. Soixante-dix s’efface IV. Journal 1986-1990. Gallimard, 2002; p.439)

    « Lascaux ou la naissance de l’art ». Skira, 1955 et Oeuvres Complètes IX, Gallimard, 1979

    Vous connaissez ce texte?

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