LES ORIGINES DE L’ART ET DE LA CULTURE : le rôle des individualités, par Paul Tréhin*

Billet invité

Aux origines de notre espèce humaine au sens large, la préoccupation première fut surtout la survie dans un milieu hostile. Mais une adaptation correspondant aux conditions du milieu de vie devait suffire à ce but fondamental : tant qu’il n’y avait pas de raison de changer de mode de vie et d’exploitation des ressources naturelles, pourquoi le faire ? D’ailleurs, les premiers outils en pierre taillée appelés galets aménagés, ou parfois connus comme technique Oldowayenne, avec un seul tranchant, ont eu une durée de vie de plus d’un million d’années, soit pendant pratiquement toute la période dite du paléolithique inférieur : moins 2,6millions d’années à moins 1,6 millions d’années et même un peu au paléolithique moyen. Vers la fin du paléolithique inférieur est apparue la technique des bifaces encore appelée technique Acheuléenne, plus performante, qui a aussi duré plusieurs centaines de milliers d’années elle aussi, sans grands changements des outils confectionnés tout au long de cette période, mises à part de meilleures techniques d’exploitation des matériaux de base nécessaire à la fabrication d’outils en pierre taillée.

C’est au paléolithique supérieur que les technologies de la pierre taillée vont connaître des évolutions nombreuses et de plus en plus rapprochées pour arriver au raffinement que l’on va trouver dans les outils plus récents de l’Aurignacien, du Solutréen, du Moustérien et du Magdalénien, évolution des outils souvent en rapport avec l’apparition de diverses formes d’art. Donc il semble bien que jusqu’à une certaine période les êtres humains se soient suffisamment bien adaptés à leurs milieu avec des outils relativement simples et n’aient pas eu besoin d’en créer de plus efficaces.

Nous avons des preuves bien documentées – ici ou ici – mais relativement plus récentes, au paléolithique moyen et supérieur, de comportements d’empathie envers d’autres humains rendus vulnérables, on a par exemple retrouvé des ossements fossiles sur lesquels des fractures graves avaient eu le temps de se ressouder, ce qui suppose que les autres membres du clan ou de la tribu avaient pris soin de la personne blessée suffisamment longtemps pour que les os se ressoudent, lui apportant nourriture et protection sans que cette personne ne puisse contribuer aux charges du fonctionnement du clan. Cela exigeait donc que les membres valides trouvent des solutions pour récolter plus de fruits et tubercules et chasser plus de gibier, malgré l’absence d’un membre ne pouvant plus participer à ces activités. Par ailleurs, comme la vie restait en grande partie nomade, il a fallu inventer des solutions pour transporter cet individu sans mettre le clan en danger compte tenu de la lenteur des déplacements de la personne plus ou moins invalide. Tout cela a incité les membres du clan à inventer des solutions pour faire face à une situation difficile.

Mais on peut aussi penser qu’au-delà de la nécessaire adaptation du groupe, la personne devenue invalide ait elle-même du trouver des solutions à sa nouvelle situation, laquelle lui donnait probablement aussi un point de vue différent sur son environnement naturel et social. Comme les humains au temps de la préhistoire étaient très proches de nous sur le plan génétique et organique, il semble à peu près certain que diverses formes de handicaps aient également existé, (on a trouvé des ossements montrant des caractéristiques connues de maladies invalidantes exigeant aussi une prise en charge des individus concernés par la tribu. Mais, par le phénomène d’empathie développé dans l’espèce humaine, il est probable que ces personnes aient en effet été prises en charge et que la tribu ait consenti des efforts pour leur assurer la survie, puisqu’on a trouvé des signes de très grand âge parmi ces ossements permettant d’identifier des maladies invalidantes dont certaines congénitales et donc présentes dès le plus jeune âge. Il est probable que les clans et tribus aient essayé de les inclure au mieux aux tâches nécessaires à la vie du clan par des travaux adaptés à leurs possibilités réduites car toute compétence pouvait être nécessaire à la survie du groupe.

Dans un premier temps, nous avons principalement vu quel aurait pu être l’impact indirect des personnes atteintes de handicaps sur le groupe social forcé de s’adapter rapidement à des situations nouvelles et un peu abordé le rôle direct de ces personnes par leurs analyse spécifique du milieu physique et social dans lequel elles vivaient.

Je vais maintenant parler d’un groupe de personnes dont l’impact direct a du être très important bien que ce groupe d’individus soit statistiquement réduit en nombre.

Depuis une quinzaine d’années, j’ai étudié les compétences tout à fait remarquables de certaines personnes atteintes d’autisme que ce soit en dessin et peinture, en sculpture, en musique ou dans divers autres domaines artistiques ainsi qu’au niveau du calcul mental. Si on accepte l’idée que les homo sapiens sapiens avaient des caractéristiques tout à fait semblables aux nôtres, il est vraisemblable que des personnes avec ces compétences tout aussi remarquables aient aussi existé dès l’apparition de l’homme moderne, autre dénomination des homo sapiens sapiens, c’est-à-dire il y a environ 150.000 à 200.000 ans en Afrique. Toutefois, leur rareté dans la population fait que dans une population très faible au niveau démographique, ce genre de cas ait été quasi indiscernable et trop limité en nombre de toutes façons pour laisser des traces visibles telles que celles dont je parlerai plus avant.

Ce genre de talents tout à fait exceptionnels, dont on estime la population au maximum à quelques centaines d’individus dans le monde à l’heure actuelle, furent décrits pour la première fois en 1887 par Langdon Down, médecin anglais qui avait également décrit le syndrome qui porte son nom : Syndrome de Down, que nous appelons en français trisomie 21.

Le terme peu respectueux employé alors pour les personnes ayant des talents exceptionnels par rapport à leurs autres compétences cognitives, était et est longtemps resté celui « d’Idiots savants », ces personnes aux talents tellement exceptionnels n’ayant à l’époque été remarqués que chez des personnes atteintes de formes variées de déficience mentale plus ou moins sévères. On s’est aperçu par la suite que des personnes sans handicap mental pouvaient avoir des talents extraordinaires mais de manière encore plus rare que parmi les populations des personnes atteintes de formes variées de déficience mentale. On a donc changé l’expression Idiots savants en « syndrome savant ». Les recherches récentes montrent que plus de 50 % de personnes ayant un syndrome savant sont atteintes d’autisme. Il faut noter qu’il n’y a pas de lien entre la sévérité de l’autisme et l’existence de compétences artistiques réellement extraordinaires. Il faut préciser que les cas de syndrome savant restent tout de même très rares parmi la population des personnes atteintes d’autisme, même si cette condition y est plus fréquente que dans d’autres conditions de déficiences intellectuelles. En revanche, une proportion très significative des personnes atteintes d’autisme, évaluée entre 10 et 30 % selon les études, possède des compétences artistiques ou en calcul mental ou dans divers domaines exigeant une forte capacité de mémorisation, compétences contrastant fortement avec le reste de leurs compétences cognitives, sans toutefois atteindre un niveau tel que leurs compétences isolées deviennent remarquables par rapport à celles de l’ensemble de la population. On parle alors d’îlots de compétences : Splinter skills en anglais.

On doit également parler d’un sous groupe de personnes atteintes d’autisme au sens large, sous groupe identifié en 1944 par un psychiatre autrichien : Hans Asperger dont le nom a été utilisé pour identifier ce sous groupe : Syndrome d’Asperger, où l’on retrouve tous les signes de l’autisme sauf une apparition du langage à un âge presque normal et, où la déficience intellectuelle est peu ou pas identifiable, contrairement à l’autisme où elle est relativement fréquente. Il est à remarquer qu’aux USA, en 1943, Leo Kanner, un autre psychiatre, identifiait ce qu’il allait appeler le syndrome autistique en utilisant dans sa description du syndrome pratiquement les mêmes termes que Hans Asperger. Or ,compte tenu de l’état de guerre en 1943-1944, il est pratiquement certain que ces deux psychiatres n’avaient eu aucun échange de correspondance.

Bien qu’il y ait quelques cas de syndrome savant parmi les personnes atteintes du syndrome d’Asperger, ces cas sont en fait plus rares que dans le cas d’un autisme plus sévère, mais il s’agit là essentiellement d’un phénomène statistique lié à la prévalence relative de l’autisme et à celle du syndrome d’Asperger.

On peut trouver des exemples illustrant l’exceptionnalité des talents en question sur le site web de l’université du Wisconsin, site créé par le Dr Darrold Treffert.

Ces talents sont vraiment impressionnants, même comparés à  ceux qu’on trouve parfois dans la population non considérée comme en situation de handicap. Que ce soit en dessin et peinture, en musique, en calcul mental et même quelquefois en langues étrangères : Daniel Tamet a pu apprendre en une semaine à parler l’islandais, langue particulièrement difficile, suffisamment bien pour subir une interview à la télé islandaise… Ces talents sont toujours accompagnés de capacités de mémoire extrêmement importantes. Certaines des personnes douées de talents musicaux mémorisent en une seule écoute une nouvelle pièce musicale et arrivent à reproduire immédiatement la pièce musicale qu’elles viennent juste d’entendre. Nous avons un double phénomène : la mémorisation instantanée et l’exécution sans faute, également instantanée. Quelques-uns de ces musiciens ayant un syndrome savant connaissent plus de 10.000 pièces musicales et peuvent les rejouer à la demande sans la moindre faute. Beaucoup de ces musiciens sont des pianistes virtuoses. Un journaliste de télé sans grande compétence musicale, pour tester cette capacité de mémoire, a demandé à l’un des pianistes, Derreck Paravicini, autiste et aveugle : « Savez-vous jouer la lettre à Elise de Beethoven ? » Bien entendu, le pianiste s’est mis immédiatement à jouer le morceau de mémoire. Un autre journaliste mieux informé sur les capacités exceptionnelles de Derreck Paravicini, lui a demandé « Et si c’était Mozart qui avait composé la lettre à Elise ? Comment l’aurait il jouée ? Et là le merveilleux s’est réalisé, oui, j’emploie le terme merveilleux à dessein… Je ne connais pas de virtuose parmi les musiciens classiques, même professionnels, capables de faire cet exercice : Derreck Paravicini a joué la lettre à Elise en recréant parfaitement l’ambiance musicale mozartienne… Un peu plus tard, il a fait un exercice similaire sur un thème populaire qu’on lui a demandé de jouer à la manière d’Oscar Peterson ou de Dave Brubeck. Là aussi, Derreck Paravicini a su rendre sans faille le style des deux pianistes de jazz.

Autre compétence très étonnante : on fait écouter une seule fois à un de ces pianistes une pièce de musique classique assez complexe et dont on sait qu’il ne l’a jamais entendue, et non seulement il la mémorise à la perfection mais la rejoue instantanément avec virtuosité, sans avoir besoin de répétitions… Lors d’un reportage télévisé, après avoir joué presque à la perfection ce morceau entendu une seule foi, le musicologue connaissant les capacités de Dereck Paravicini lui a demandé s’il pouvait le rejouer un demi-ton au dessus, ce qui n’a posé aucun problème à Derreck… Les musiciens apprécieront la difficulté de l’exercice mais encore plus la qualité préservée de l’interprétation de cette pièce musicale par Derreck même après une transposition instantanée de la tonalité.

Un des chercheurs anglais dans ce domaine, Simon Baron Cohen, parle de compétences particulières pour la systématisation, compétences d’ailleurs identifiées de manière statistiquement significative chez un grand nombre de personnes atteintes d’autisme ne possédant pas par ailleurs de talents particuliers.

Or c’est exactement cela que Derreck Paravicini fait en arrivant à transformer une pièce musicale donnée en lui donnant la structure du système d’écriture de Mozart pour la musique classique ou en réinterprétant un morceau de jazz particulier en utilisant successivement les systèmes techniques de deux autres pianistes de jazz très connus.

On retrouve cette capacité à systématiser parmi plusieurs personnes ayant un syndrome savant dans le domaine du dessin : capacité à dessiner un ensemble de bâtiments d’une ville en mémorisant très rapidement la structure de la ville, avec tous ses détails.

On retrouve également la capacité à interpréter une image dans un autre style : un de ces dessinateurs autistes, Damien Eschbar, arrive à dessiner une ville donnée comme s’il s’agissait d’une image de Strasbourg ou d’une image de Marseille, ayant identifié ce qui dans un ensemble complexe de bâtiments nous fait penser à Strasbourg ou à Marseille. En gros, il a repéré le système Strasbourg et le système Marseille. 

Les compétences en calcul mental ont souvent été documentées. On les voit illustrées très fidèlement dans le film Rainman, l’exemple du nombre d’allumettes tombées d’une grosse boite et instantanément perçu est extrait d’un cas connu et décrit par Oliver Sacks dans un excellent livre, facile à lire mais très documenté : « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », description de nombreux cas neurologiques impliquant des compétences spéciales dont plusieurs de personnes ayant un syndrome savant.

Le lien avec les nombres semble parfois fusionnel. Notre fils, également autiste, avait appris tout seul les tables de multiplications à l’aide d’une petite calculette pour enfants appartenant à sa soeur et redécouvert seul le concept de nombre premier (un jour, il a dit à mon épouse mathématicienne de formation : « dans 1979, il n’y a rien »). Mon épouse lui demandant ce que cela signifiait, il a alors répondu : « il n’y a pas 2, il n’y a pas 3, il n’y a pas 5, pas 7, pas 11 pas 13, pas 17, pas 23 », ce qui est bien la définition d’un nombre premier.

Je me rappelle avec émotion d’une fois où nous avions rencontré les parents d’une jeune fille autiste aux USA. Nous avons parlé avec ces parents de l’intérêt de notre fils pour les nombres premiers. L’un des deux parents était professeur de physique à l’université de Williamstown, Massachusetts. Il a alors sorti une immense table de nombres premiers (c’était avant que les ordinateurs personnels ne soient largement disponibles pour ce genre d’utilisations). Là, nos deux enfants, âgés de 12 ans pour leur fille et de 8 ans pour mon fils, se sont penchés sur une double page imprimée couverte de nombres premiers. Ils semblaient être comme sous un charme étrange devant ces colonnes de nombres premiers…

Parmi les compétences exceptionnelles, on trouve souvent une mémorisation des lieux géographiques et des chemins y allant et en revenant. La mémoire des dates est aussi souvent exceptionnelle. Avec mon fils, il n’est pas difficile de retrouver les dates d’anniversaires ou de divers événements passés. Il m a un jour dit alors qu’un morceau de musique passait à la radio « Mais si, papa, tu connais ce morceau, nous l’avons entendu dans la voiture en 1974 sur la route entre Woodstock et Saugerties », région des USA où nous vivions plus de 15 ans auparavant…  On trouve parfois une acuité visuelle et auditive extrêmement impressionnante. Une amie psychologue me rapportait qu’un enfant autiste était connu pour entendre le train dans les grandes plaines du Midwest Américain plus d’une demie-heure avant les autres habitants de la ville…  Mon fils disait en voyant ce qui pour nous n’était qu’un petit point dans le ciel : tiens, c’est un Boeing 727 de la British Airways…

En revanche, d’autres domaines sensoriels sont parfois très déficitaires : réaction au froid ou à la chaleur, insensibilités parfois extrêmes, l’enfant ne réagissant pas à des sensations provoquant pourtant des brûlures au second degré. Ou ne réagissant pas à des bruits très forts mais réagissant à certains bruits faibles comme un certain type de froissement de papier d’aluminium.

Au niveau musical, on rencontre assez souvent chez les personnes ce qu’on appelle l’oreille absolue, la capacité de nommer une note musicale entendue sans avoir eu besoin d’un repère tonal de base tel que le son d’un diapason ou une note donnée jouée sur un instrument. Il faut noter que des recherches récentes ont montré que le phénomène d’oreille absolue existe plus fréquemment chez les nourrissons que chez les enfants plus âgés ou les adultes de manière statistiquement significative (Jenny Saffran 2001).

Passionné par la préhistoire depuis mon adolescence, j’avais très tôt été impressionné (qui ne le serait pas ?) par les talents des artistes de la préhistoire au paléolithique supérieur, dès la période dite Aurignacienne (Il y a environ 32.000 ans) comme dans la grotte Chauvet, et jusqu’à la fin du Magdalénien (il y a environ entre 17.000 et 12.000 ans ) comme dans les grottes de Niaux et Rouffignac, et entre les deux à Lascaux ou aux Combarelles ou Pech Merle et la grotte de Cosquer. Ces dessins, peintures et certaines sculptures avaient atteint une perfection du trait sans que l’on ait trouvé, pour le moment, de phases d’apprentissages dans le dessin à des périodes antérieures. Seules sont connues des marques non figuratives dont les plus anciennes ont été découvertes dans les grottes de Blombo en Afrique du Sud, et dont la datation approximative reste de moins 100.000 ans, ou des traces de doigts dans la pellicule de glaise qui recouvre certaines parois de grottes datées du paléolithique. Entre ces formes géométriques ressemblant parfois à des frises, ou traces de doigts dans la glaise, et leur art quasiment parfait de la représentation animale, ils n’ont a pas eu besoin de passer par une période d’apprentissage avec des dessins en bâtonnets, qui auraient pu ressembler à ceux exécutés par la plupart des enfants, pour arriver à produire un art représentatif achevé dont Picasso disait « Depuis Lascaux, on n’a rien inventé en peinture ». De manière étrange, ce genre de dessin en bâtonnets est apparu bien plus tard, il y a environ 10.000 ans, au Néolithique. On remarquera toutefois qu’alors que les dessins et peintures du Paléolithique ne représentent que rarement des scènes racontant une histoire, les dessins et peintures en bâtonnet du Néolithique comportent au contraire le plus souvent des représentations racontant une histoire ou décrivant des activités humaines telles que la chasse ou les labours, ces derniers d’ailleurs inventés seulement au Néolithique. Cette évolution n’est que très peu étudiée par les spécialistes de l’art préhistorique. Je n’ai pas trouvé d’articles ou de livres qui expliqueraient les causes de la  disparition de l’art représentatif réaliste du Paléolithique supérieur et l’apparition de l’art symbolique du Néolithique.

Des artistes exceptionnels du Paléolithique, dont on ne peut qu’admirer les compétences en matière de représentation, on ne connaît que peu de choses bien que de nombreuses hypothèses aient été avancées par d’illustres spécialistes de l’art préhistorique. Une des premières : l’art pour l’art, fondée sur l’idée du « Bon sauvage » empruntée à JJ Rousseau, vision édénique de la vie à la préhistoire, fut rapidement abandonnée. Une autre explication, le totémisme, ne résiste pas à une analyse plus poussée. Les analyses structuralistes de A. Leroi-Gourhan et A. Laming-Emperaire donnent une vision historique selon les styles qui sera bouleversée par les découvertes de l’art des grottes Cosquer et Chauvet, bien plus anciennes et pourtant tout autant achevées que celles du Magdalénien. Ces œuvres des grottes  Cosquer et Chauvet ont des styles qui n’entrent pas dans le schéma structuraliste de ces auteurs. La plus récente de ces théories interprétatives de l’art préhistorique est liée au chamanisme et aux visions entoptiques (que l’on peut observer lors de transes ou d’épisodes migraineux sévères).

L’hypothèse que j’ai émise il y a environ dix ans était présentée sous la forme d’une question : ces artistes du paléolithique supérieurs n’auraient-ils pu être des « génies » avec un talent inné pour le dessin, qui leur aurait permis de faire comme Nadia, c’est à dire de dessiner sans avoir appris ? Nadia, fillette atteinte d’autisme assez lourdement handicapée, dessinait à 3 ans et demi des chevaux dont le style n’a rien à envier aux meilleures représentations artistiques du paléolithique supérieur (Chauvet, Rouffignac, Niaux…) et même de croquis faits par Léonard de Vinci.

A peu près aux mêmes dates, le professeur Nick Humphrey de la LSE – London School of Economics –  (dont les activités dépassent largement le domaine de l’économie : Nick Humphrey était directeur du « Centre for Philosophy of Natural and Social Sciences », LSE, 2001 – 2008) avait émis une hypothèse très similaire à la mienne sans que nous ne nous soyons auparavant rencontrés.

Par-delà les similitudes d’apparence visuelle de ces deux formes d’art paléolithique et autistes doués en dessin, d’autres remarques les relient de manière assez convaincante : méthode de dessin détails par détails, observation très fine de détails, capacité de reproduire ces détails avec exactitude. Dans la grotte de Rouffignac en Dordogne, un détail sur un dessin de mammouth, dont personne ne comprenait le sens, a pu être enfin compris quand un cadavre entier de mammouth a été sorti intact du permafrost sibérien. Le détail correspondait à un minuscule élément de l’anatomie des mammouths, que les squelettes fossilisés ne permettaient pas de connaître. On trouve d’autres observations de détails tels que celui qui fait que les hiboux peuvent tourner leur tête en arrière à 180°, comme on le voit sur une peinture dans la grotte Chauvet.

Sens de l’échèle et du tout dans lesquels ces détails reconstituent l’ensemble. En apparence pas de recherche d’un public : la plupart de œuvres du Paléolithique supérieur sont créées dans des lieux très inaccessibles où peu d’hommes et de femmes préhistoriques ne pénétraient, elles et ils restaient à l’entrée des grottes. De plus, un grand nombre d’œuvres ont été réalisées dans des boyaux et diverticules extrêmement étroits ou sur des plafonds si bas qu’ils ne permettaient même pas de s’asseoir (grotte de Rouffignac, par exemple) on voit dans cette grotte un dessin de cheval quasiment grandeur nature, maintenant visible car le sol de la salle a été abaissé pour laisser passer un petit train électrique transportant les visiteurs.

Les guides font remarquer que le sol original se trouvait à environ 60 cm du plafond. Or les proportions de ce dessin de cheval sont parfaitement respectées, sans que l’artiste n’ait pu prendre de recul pour vérifier les proportions de son dessin. Chose que font souvent les dessinateurs prodiges autistes, arrivant à une représentation globale parfaitement proportionnée en partant de petits détails qu’ils assemblent l’un après l’autre. La représentation réaliste des animaux trouve son équivalent dans les représentations réalistes des immeubles ou autres éléments modernes que côtoient les dessinateurs prodiges autistes d’aujourd’hui. Dans les deux cas, le respect du détail semble un impératif de la représentation. On retrouve souvent dans les deux groupes d’artistes des superpositions de dessins comme si l’acte de dessiner était plus important que le dessin lui-même. Dans les deux cas, il y a très peu de représentations humaines et aussi très peu de représentations racontant une histoire (sauf chez certains dessinateurs autistes qui s’inspirent de bandes dessinées qu’ils ont mémorisées).

On peut également penser que le sens de l’observation des détails ait pu être fort utile dans le clan ou la tribu, de même que les capacités sensorielles perceptives d’une très grande acuité. Quel chamane ne refuserait de s’emparerer de ces compétences pour faire des analyses et même des prédictions lui assurant sa réputation d’homme infaillible : l’enfant autiste voyant ou entendant les troupeaux de bisons ou de cerfs bien avant les autres, capable de retrouver son chemin sur des indices de détails que les autres ne perçoivent pas, etc. Certains chamanes n’auraient-ils pas pu se servir des dons artistiques des ces personnes pour faire impression sur les autres membres de la tribu en leur faisant voir « les animaux qui sortent de la pierre ». C’est une autre particularité commune aux deux groupes d’artistes : la capacité de voir apparaître une figure dans un ensemble de lignes, cas documenté par diverses expériences sur les capacités cognitives des personnes autistes et qui semble apparent dans certains dessins préhistorique où les artistes ont utilisé les lignes et formes naturelles des parois des cavernes comme support à leur art : ils ont vu « le dos du mammouth » dans une bosse de la paroi et sa trompe dans une fente de cette paroi…

Maintenant que j’ai un peu précisé mes informations sur le sujet, je peux reformuler mon hypothèse : ces personnes exceptionnelles souvent classées sous le vocable de « syndrome savant » auraient-elles pu jouer un rôle dans le développement culturel et artistique de l’humanité ? Non qu’elle en aient étés seules responsables, mais plutôt quelles aient été des « explorateurs » de nouveaux domaines, dont des bâtisseurs pragmatiques auraient mis en oeuvre les découvertes ?

Il s’agit d’aborder le sujet de la diversité au sein des populations et en particulier de la place que peuvent y tenir des personnes différentes de « la norme« , entre autres les personnes dites handicapées, le handicap dans son acception la plus stricte n’étant que relatif à une position particulière dans une société elle-même particulière. Exemple typique : une personne avec une myopie très forte comme la mienne sera handicapée dans l’obtention de postes de travail nécessitant une acuité visuelle maximale, mais pas handicapée pour d’autres postes de travail où cette caractéristique n’est pas essentielle.

Quelle aurait pu être cette place au Paléolithique supérieur dans la production des premières œuvres d’arts figuratives naturalistes ?

Environ 50 % des cas de personnes ayant un « syndrome savant » sont des personnes atteintes d’autisme, les autres 50 % étant des personnes ayant une déficience intellectuelle, des personnes ayant subit des traumatismes neurologiques et quelques rares personnes sans conditions pathologiques particulières, par exemple des cas de démences où apparaissent subitement des compétences artistiques réellement exceptionnelles chez des personnes n’ayant pas fait preuve d’activités artistiques auparavant.

Notons qu’il ne s’agit pas de « surdoués » car en général ces personnes ont un ou deux talents exceptionnels (dessin, musique, calcul mental, etc.) mais ont en même temps des déficiences plus ou moins marquées dans la plupart des autres domaines cognitifs.

Vous trouverez sur mon site web un texte plus compréhensif avec des illustrations permettant de mieux comprendre l’hypothèse exposée ci-dessus. J’ai également écrit un texte qui aborde une controverse entre spécialistes de l’évolution cognitive humaine, certains chercheurs pensant qu’il y a du y avoir une évolution cognitive soudaine et importante du cerveau humain, avec l’apparition de nouvelles compétences intellectuelles chez l’homo Sapiens Sapiens aux environs de moins 50.000 ans à moins 30.000 ans avant le présent, laquelle évolution pourrait expliquer l’apparition très soudaine, à l’échèle de la préhistoire, des comportements artistiques et des nouvelles technologies de la pierre taillée plus raffinées découvertes par les paléoanthropologues. D’autres chercheurs plaident au contraire en faveur d’une évolution graduelle  des compétences artistiques et culturelles. Je développe dans ce texte mon hypothèse qui pourrait permettre de concilier les deux théories par une troisième pouvant à la fois situer l’évolution culturelle de la population dans son ensemble dans une continuité et l’apparition soudaine de nouvelles compétences par des cas isolés d’artistes que l’on qualifierait aujourd’hui d’autistes avec un syndrome savant, cette émergence de personnes avec un syndrome savant étant lié à un accroissement de la population humaine qui permet qu’apparaissent statistiquement de telles personnes.

Et sur le syndrome savant voir le site de l’université du Wisconsin dont le DR Darold Treffert est l’initiateur et le pilier… Vous y trouverez des exemples de « savants musicaux » ou dessinateurs dans la section Savants Profiles. J’espère que vous y trouverez autant d’émerveillement que j’en ai trouvé. Il ne s’agit pas d’un émerveillement condescendant du genre « c’est super pour une personne handicapée… » Non, très loin de là… mon émerveillement est profond et sincère… En tant que musicien de jazz amateur, je suis parfois ému aux larmes d’un tel talent chez ces personnes. Tout comme je suis ému à la vue des œuvres d’art préhistoriques…

Pour les sites sur l’art préhistorique vous avez un choix impressionnant sur internet…

* Père d’un jeune homme autiste possédant également ce genre de talents et ayant ensuite été à la rencontre d’autres personnes autistes avec des talents divers mais tout aussi merveilleux.

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161 réponses à “LES ORIGINES DE L’ART ET DE LA CULTURE : le rôle des individualités, par Paul Tréhin*

  1. Avatar de Lisztfr
    Lisztfr

    Eh bien j’inverserais volontiers votre titre pour inverser la question vers rôle de la collectivité, et de l’écrasement des individus. L’antithèse donc :

    La question que je glisse subrepticement est de savoir si, puisque vous parlez d’art, et donc de symbolique, si la religion a pu constituer un avantage comportemental dans la compétition pour la survie des groupes humains.

    On pourrait d’abord arguer qu’elle fourni un confort psychique, en répondant à des questions existentielles, en organisant la société, la vie, l’ordre des choses et des êtres, les travaux et les jours, etc. … elle serait l’architecte des sociétés anciennes disais je à mon bouffeur de curé de papa, qui n’était guère persuadé.

    Aujourd’hui, il me viens un autre soupçon : La religion permettrait de créer des grands groupes humains, ce mode de pensée serait à l’origine de sociétés plus larges, plus fortes donc et plus cohérentes, ce qui est un avantage compétitif énorme, voire déterminant.

    Étonnamment l’étymologie du mot rejoindrait la véritable nature de ce mode de pensé. Relier les individus serait sa grande fonction, redoublant une cohésion génétique, dans l’hypothèse endogamique, par une cohésion sociale.

    Rousseau n’avait pas besoin de cette hypothèse, dans ses « progrès imperceptibles de commencements ». Modestement je pense donc que cette forme de pensée est sélectionnée génétiquement et qu’il faut placer la modalité religieuse, qui n’est autre que le fanatisme ! au centre de la civilisation, à son origine. D’où la menace fanatique, partout. Ce comportement symbolique aurait permis une cohésion du groupe si forte, que l’avantage en terme de compétition darwinienne aurait été écrasant. Seul un fanatique peut se sacrifier. L’emprise sur l’individu doit être puissante. L’anarchie conduit à la discorde et à la perte du territoire…

    Bossuet ne disait il pas que le catholique est l’homme universel, car il ne pense pas ?

    La découverte de l’individu semble être historiquement liée à l’humanisme de la Renaissance, et donc sans doute pour un marxiste, à l’évolution des rapports de production, débuts du capitalisme. Encore qu’il resterait à préciser la lecture marxiste de la Renaissance.

    L’individu est, un avatar de notre civilisation tardive occidentale, il me semble.

    J’ai vu la grotte de Pêche Merle l’année dernière…. sans être ému. J’étais désolé, sidéré, attéré, hébété, par le gouffre temporel qui s’ouvrait à ma vue…. ce ne sont pas quarante siècles qui nous contemplent, mais … 8 tranches, chacune lourde, longue, infranchissable, de 4000 ans. Lorsque l’une est finie, en pensée, il y a la suivante. Ces figures de chevaux viennent de l’autre côté du Temps !

    La préoccupation est de savoir si quelque chose du mode de fonctionnement religieux ne vient pas interférer avec notre appréhension des problèmes actuels… un fanatisme fondamental.

    1. Avatar de Marlowe
      Marlowe

      Quelques pistes de réflexion:
      1. L’individu n’existe pas ou plutôt il n’existe que dans les rôles sociaux qu’il est sommé d’endosser : producteur, consommateur, électeur, spectateur, etc.
      2. Le monde actuel a bel et bien une religion, qui parfois cohabite avec une autre avec plus ou moins de bonheur et d’intensité.
      Cette religion est celle du capital, son langage est l’argent.
      3. En ce qui concerne Marx, je crois que l’essentiel de sa pensée est que l’histoire n’est qu’une « préhistoire de l’humanité » tant que les prolétaires ne se sont pas affranchis de toutes leurs chaînes.

    2. Avatar de Marc Peltier
      Marc Peltier

      La religion permettrait de créer des grands groupes humains, ce mode de pensée serait à l’origine de sociétés plus larges, plus fortes donc et plus cohérentes, ce qui est un avantage compétitif énorme, voire déterminant.

      Bien vu. Un système de croyances fort donne à un groupe social un avantage « darwinien » s’il est en compétition avec d’autres groupes. C’est d’autant plus vrai que le système de croyances se transmet aux groupes qui sont, de ce fait, dominés. Par effet « boule de neige », des empires se forment.

      Les systèmes de croyances peuvent être vus comme les armes des groupes sociaux. Il s’agit principalement des religions, mais pas seulement…

    3. Avatar de Paul TREHIN

      Vous dites:  » La question que je glisse subrepticement est de savoir si, puisque vous parlez d’art, et donc de symbolique, »
      Sur ce point je pense qu’il est important de déconnecter l’art et le symbolique. De nombreuses personnes sont capables de pensée symbolique sans pour autant avoir de talents artistiques. Inversement des artistes capables de produire des oeuvres magnifiques ne font pas appel à une pensée symbolique, c’est dans ces cas les critiques et interprètes qui attribuent des valeurs symboliques à certaines de ces oeuvres.

      si la religion a pu constituer un avantage comportemental dans la compétition pour la survie des groupes humains.
      Là vous entrez dans un domaine particulièrement délicat: les cultures subissent-elles le phénomène de l’évolution darwinienne ? Domaine qui a conduit certains auteurs à ce que l’on a appelé la « sociobiologie » théorie pouvant assez facilement virer au détermnisme social et au racisme. Que certains phénomènes humains d’ordre ontologiques puissent être séléctionnés en fonction de leur adaptation au milieu peut se discuter, c’est par exemple de ce sujet que traite la « Mémétique » une discipline apparemment intéressante mais assez décevante en fin de compte car elle fonde la transmission de savoirs élémentaires principalement sur l’imitation… Ceux qui seraient le mieux adaptés au milieu social ambiant persisteraient, les autres seraient éliminés
      Mais d’un côté, les sujets d’imitation sont trop diversifiés, allant de simples gestes sociaux(salut amicald’une forme donnée ») ou expression qui se répendent comme « C’est classe » ou de formulation comme « C’était chic de chez chic » et allant jusqu’à des citations se généralisant dans leur utilisation dans une société particulière: « Q’allait-il faire en cette galère ». Certaines persistent d’autre disparaissent, la mémétique se propose d’essayer de comprendre par quels processus d’évolution ces divers objets d’imitation évoluent.

      J’ai un peu participé à des discussions au sujet de cette discipline mais son objet se devrait d’être précisé, entre autre la notion d’imitation…
      Pour revenir à votre question plusieurs chercheurs ont essayé de montrer la nature évolutioniste des religions au niveau des groupes.

      Vous dites ensuite en parlant de la religion: « redoublant une cohésion génétique, dans l’hypothèse endogamique »
      Ce serait plutôt un facteur de consanguinité et d’apauvrissement du patrimoine génétique donc à terme une cause de disparition du groupe social concerné…

      Enfin je comprends très facilement vos réactions lors de le visite de Pech Merle qui est par la diversité des époques d’occupation une des plus complexe à comprendre. On y trouve un exemple très intéresant de l’utilisation des figures naturelles de la roche dans les deux chevaux http://www.quercy.net/pechmerle/images/imgN_600.jpg
      Toutefois cette oauvre fait parti de celles qui me posent le plus de problèmes car bien qu’utilisant les formes naturelles de la roche la tête du cheval y est dessinée de manière très shématique. Par ailleurs on trouve sur cette parroi des styles artistiques très différents… Je me suis promis d’essayer d’obtenir une autorisation de recherche pour pouvoir m’approcher de plus près et de mieux voir les traits constitutifs de cette peinture.
      Je vous en reparlerais si j’obtenais l’autorisation de le faire…

    4. Avatar de Fab
      Fab

      Merci pour ce texte enrichissant. Merci de remettre la norme à sa place, elle qui a tendance à exterminer la diversité, cette richesse à nulle autre pareille. La rigueur de la norme est un bon indicateur de l’humanité d’une société.

      Lisztfr,

      La préoccupation est de savoir si quelque chose du mode de fonctionnement religieux ne vient pas interférer avec notre appréhension des problèmes actuels… un fanatisme fondamental.

      elle [la religion] fourni un confort psychique, en répondant à des questions existentielles, en organisant la société, la vie, l’ordre des choses et des êtres, les travaux et les jours, etc.

      Oui. Mille fois oui. Et nous payons, aujourd’hui notamment, le prix de ce confort psychique. Ce confort n’est qu’un voile jeté sur nos peurs, ces peurs qui naissent à la pensée des questions existentielles. On pourrait retracer l’histoire de ces religions et la manière dont le voile a changé d’aspect, ça a été fait en partie ici il me semble, sur le protestantisme par exemple, mais le constat restera le même, pour moi en tout cas ! : cette crise est une crise de civilisation, c’est l’occasion que nous nous offrons de jeter le voile et d’affronter nos peurs. Ce ne sera pas facile, bien évidemment sans quoi nos ancêtres l’auraient fait, mais nous avons aujourd’hui une connaissance de l’autre que eux n’avaient pas. Nous disposons d’une sécurité alimentaire, épidémiologique, militaire que eux n’avaient pas : ils leur fallait à l’époque parer au plus pressé, les attaques ennemies, les maladies, les famines, et leur plus grande force était l’union, qui alors se faisait le plus facilement grâce à la religion.

      Ma plus grande peur est que nous rations cette occasion, que les solutions apportées aux crises particulières (économique, écologique, énergétique…) favorisent une nouvelle fois la délégation des responsabilités qui nous incombent. Si nous ne faisons pas tout pour favoriser une prise de conscience de tous alors une nouvelle religion trouvera sa place, ou la religion du salariat comme unique occupation continuera de s’imposer. Un nouveau voile masquera notre propre vision de notre existence. Et ce sera encore une fois la porte ouverte à toutes les dérives, à toutes les normes, à tous les asservissements.

    5. Avatar de jducac
      jducac

      @ Fab dit : 23 novembre 2010 à 17:56

      Rester dans la norme ou en sortir ? Voila bien la question qui a conduit à une sorte de blocage dans nos échanges.

      Il y a toujours un risque à introduire un changement dans un système ou dans « le système », avec le sens que vous lui donnez.

      Quand le changement introduit, concerne un nombre réduit ou fonctionnellement très bien circonscrit d’éléments concourant à la performance globale du système et que les risques inhérents à la modification introduite, peuvent se révéler rapidement, ne pas entraîner d’effets indésirables trop difficiles et coûteux à surmonter et à corriger au niveau global, s’engager avec un nouveau système peut s’envisager.

      Mais quand la modification implique de profonds changements, dans un système aussi complexe qu’une civilisation quasi planétaire, aux temps d’incubation, de propagation et donc de réponse très longs, elle peut très bien se révéler mortifère.

      Les changements introduits dans les bases morales et éducatives font partie des modifications dangereuses parce qu’elles nécessitent de longs délais pour révéler leurs effets. S’ils sont négatifs mais circonscrits à une région, ou un pays, seuls les imprudents pourront en souffrir et se trouver ainsi les premiers éliminés dans le processus de sélection qui règne sur notre terre.
      Mais quand une modification concerne la presque totalité de la population de notre planète telle que celle consistant à consommer sans aucune retenue les énergies fossiles, le danger peut devenir insurmontable, à l’exception de quelles communautés isolées et autonomes.

      Le dimensionnement des ressources susceptibles de devoir être consacrées à la correction des effets indésirables, c’est-à-dire à couvrir les risques liés au changement, revêt donc une importance capitale. Le capital nécessaire peut éventuellement excéder l’intégralité des ressources mobilisables, ce qui conduit alors à la fin de l’aventure et à la fin des êtres impliqués.
      C’est ce que j’ai évoqué ici : http://www.pauljorion.com/blog/?p=18775#comment-126318

      Vos appels à ne pas avoir peur, à oser sortir des normes, mettent en jeu la civilisation, ses règles de conduite et même ses processus d’accès aux ressources vitales quand on va jusqu’à en appeler à cesser de travailler.
      C’est suicidaire et d’ailleurs, les sectes qui s’engagent dans des aventures de ce type en arrivent parfois à cette extrémité.
      Je suis navré Fab, je ne vous suis pas dans vos aventures, parce que je suis partisan de la prévention des risques, surtout quand cela peut aller jusqu’à mettre en cause des vies.

    6. Avatar de Fab
      Fab

      jducac mon image dans le miroir de la société,

      Je peux vous parler franchement, vous êtes mon image, vous êtes aussi radical que moi.

      1. Vous avez un souci avec l’intelligence, avec la définition que vous vous faites de l’intelligence, à laquelle vous intégrez un complexe de manque de culture, selon vous ! Effectivement on n’en a rien à faire de B.Pascal et de son esprit géométrique ! Mais si l’on veut échanger avec quelqu’un qui parle ce langage il faut le comprendre, c’est tout. C’est un jeu, une politesse, rien d’autre, qui dans le meilleur des cas permet de dialoguer, d’apprendre et éventuellement de faire bouger les choses.

      2. Vous croyez que le système est complexe. Je ne le pense pas. C’est rassurant de croire à la complexité du monde, mais c’est très simple : on naît, on vit, on meurt. Le reste, c’est du tricotage, de la complexification qui nous a permis de nous occuper sans trop penser à la simplicité nue qui effraie, convenez-en.

      3.

      Les changements introduits dans les bases morales et éducatives font partie des modifications dangereuses parce qu’elles nécessitent de longs délais pour révéler leurs effets.

      Exactement ! C’est ce qui s’est passé pour notre civilisation ! Je suis 100% d’accord : « Mais quand une modification concerne la presque totalité de la population de notre planète telle que celle consistant à consommer sans aucune retenue les énergies fossiles, le danger peut devenir insurmontable, à l’exception de quelles communautés isolées et autonomes. ». Notre civilisation, ses bases morales et éducatives, ses croyances pour masquer la nudité de la simplicité, en est arrivée là !

      On ne prend donc pas un si gros risque : je vois mal comment on pourrait faire pire ! Surtout si l’idée de prise de conscience sous-tend l’envie de mieux, de plus fraternel, etc. !!!

      4. L

      e dimensionnement des ressources susceptibles de devoir être consacrées à la correction des effets indésirables, c’est-à-dire à couvrir les risques liés au changement, revêt donc une importance capitale. Le capital nécessaire peut éventuellement excéder l’intégralité des ressources mobilisables, ce qui conduit alors à la fin de l’aventure et à la fin des êtres impliqués.
      C’est ce que j’ai évoqué ici : http://www.pauljorion.com/blog/?p=18775#comment-126318

      Encore une fois : totalement d’accord (enfin je pense : ce paragraphe n’est pas très clair, mais le lien que vous proposez si, ça compense) ! Il faut donc anticiper le mouvement ! Et quelle meilleure anticipation que de laisser s’exprimer le ras-le-bol consumériste !?

      5.

      Vos appels à ne pas avoir peur, à oser sortir des normes, mettent en jeu la civilisation, ses règles de conduite et même ses processus d’accès aux ressources vitales quand on va jusqu’à en appeler à cesser de travailler.

      D’accord encore (comme c’est bizarre…) ! Sauf quand vous parlez du travail, mais ça… Oui : une crise de civilisation implique un changement de civilisation. A ne pas comprendre bien sûr, mais ça va mieux en le disant, comme la fin de l’humanité !!!
      Quant au travail, une nouvelle fois, il s’agit du salariat et il ne s’agit pas d’ »appeler à cesser de travailler », sinon c’est retomber dans les croyances de l’actuelle civilisation, à savoir qu’un pastre qui s’adresse au troupeau c’est bien puisque c’est comme ça que ça a « toujours » été, mais de prendre le temps de s’interroger sur le bien que notre travail nous apporte, apporte à la société, à l’humanité, et à la planète ! Tout un programme…

      En conclusion : nous sommes d’accord.

      C’est en effet notre civilisation qui doit en toute conscience mettre fin à sa marche afin de laisser la place à autre chose, à une autre civilisation. Ce qui ne peut faire suite qu’à une démarche volontaire de la société entière, démarche consciente et tournée vers le bien : que demande le peuple ! Aucun risque : que du bonheur !

      Bonne journée !

    7. Avatar de jducac
      jducac

      @ Fab dit : 27 novembre 2010 à 08:18

      Vous avez un souci avec l’intelligence……un complexe de manque de culture

      A moins d’avoir la science infuse, la compréhension des phénomènes qui régissent la marche du monde, donc aussi celle des hommes, oblige à la réflexion, à la mise en action de ses neurones, à un travail de mise en relation, d’analyse, de déduction, d’ébauche d’hypothèses et de filtrage pour éliminer des causes possibles mais qui doivent être rejetées face aux preuves qui les condamnent.

      Au risque de paraître prétentieux, je ne vis pas le manque de culture comme un handicap fatal, comme un complexe à surmonter.
      Non, c’est assez souvent le contraire. Le fait de se sentir vierge de très nombreuses influences, est ressenti chez moi comme un avantage. C’est surtout vrai quand je vois des gens, pétris de culture, être prisonniers des théories bâties par des hommes (ou femmes illustres) et bien embarrassés pour les défendre lorsqu’on ose les mettre en doute.
      C’est probablement qu’ils se sont approprié les conceptions des autres sans les passer au filtre de la raison critique. Ils sont restés au stade de la séduction qui aveugle et n’ont pas toujours le courage et l’assurance pour se sortir des pièges dans lesquels ils se sont enfermés.

      En conclusion : nous sommes d’accord.

      Tant mieux, mais je crois que vous allez trop vite.

      Vous franchissez allègrement les signaux d’alerte que je vous lance, sans ménagement, avec mes histoires de sectes, avec ma relation et connexion au passé, avec mon attachement au travail, qu’il soit subordonné, salarié ou pas, avec ma défense du capital, avec Etc….

      En fait, ces signaux sont des appels au réalisme. Je sais, ils risquent de ternir un idéal trop éblouissant, trop charmeur et qui pourrait se révéler destructeur, s’il aboutit à une impasse.

      Si vous voulez nous voir d’accord, il vous faut me montrer comment vous prenez en compte les risques liés aux grandes ruptures qui touchent ces composantes de notre civilisation. Vous me semblez les enjamber trop facilement pour les avoir analysées dans toute leur complexité.

      Il ne suffit pas de me dire « tout est simple et vous verrez, ça marchera parce que nous avons envie que ça change ».
      Désolé de vous obliger au travail en ce dimanche.

    8. Avatar de Fab
      Fab

      jducac,

      Ne soyez pas désolé, j’ai attaqué de bonne heure !

      Vous me parlez de nouveau de risques, j’ai beau chercher, je n’en vois pas de plus grands que si l’on ne fait rien…avec la certitude que des milliards d’êtres humains, animaux, végétaux victimes des risques actuels préféreraient tenter « l’aventure » !

      « Quant au travail, une nouvelle fois, il s’agit du salariat et il ne s’agit pas d’ »appeler à cesser de travailler », sinon c’est retomber dans les croyances de l’actuelle civilisation, à savoir qu’un pastre qui s’adresse au troupeau c’est bien puisque c’est comme ça que ça a « toujours » été, mais de prendre le temps de s’interroger sur le bien que notre travail nous apporte, apporte à la société, à l’humanité, et à la planète ! Tout un programme… »

      Et puis les choses commencent à bouger : même les économistes les plus pointus pensent qu’il n’est pas bon d’imposer le travail !

    9. Avatar de juan nessy
      juan nessy

      @Jducac :

      J’imagine bien que la prudence ( prudentia) est une vertu cardinale que l’on ne peut que regretter amèrement d’oublier .

      Mas en fait le décor ( le sytème) n’est plus en équilibre positif . Si l’on s’en réfère à la démarche qualité qui vous a accompagné , il ne correspond plus aux besoins et à la demande du client . Il s’auto-alimente pour le bien être de la minorité et sa propre  » veau d’orisation  » narcissique .

      Ce n’est pas de la critique des logiques dont il s’agit , mais d’une modification de la commande par le groupe .

      Dès lors la recherche des nouveaux « ferments  » externes devient la nécessité vitale , car c’est la poursuite du  » système  » en l’état qui apporte les destructions . Changement de commande , changement de sytème , mais garder les vertus carinales ( entre autres ) .

      En 1914 , l’armée française était supérieure à l’armée allemande .

      Mais elle se battait avec des outils et des méthodes non remises en cause .

      Un certain Nivelle ne l’a jamais compris et a même refusé de reconnaître ses erreurs jusqu’à la mort .

      Paix à son âme .

    10. Avatar de jducac
      jducac

      @ Fab dit : 28 novembre 2010 à 17:22

      Et puis les choses commencent à bouger : même les économistes les plus pointus pensent qu’il n’est pas bon d’imposer le travail !

      Bien évidemment, il faut veiller à satisfaire, au moindre coût, le client final consommateur de la richesse crée par cette formidable machine à produire qu’est le couple capital-travail.
      Je le rêve fusionnel, pour qu’il se perpétue dans l’amour, la paix et l’harmonie, plutôt que dans la rivalité destructrice.
      La fiscalité à laquelle P. Jorion s’intéresse aujourd’hui, entre dans le coût des produits et services. Il convient donc ne pas la faire peser n’importe où et à n’importe quel niveau sans analyser les conséquences sur le consommateur final qu’il faut bien identifier, au bon niveau, au bon endroit, en tenant compte d’où il tire ses revenus.

      Vous m’avez bien suivi dans l’idée que je me fais du capital et quand je dis que, pour qu’un travailleur devienne peu à peu capitaliste, il doit travailler beaucoup et consommer peu. En procédant ainsi il peut, au fur et à mesure de l’augmentation de son capital, le transformer en moyen de production pour accroître sa productivité et ainsi mieux vivre, car moins accaparé qu’initialement par la part travail de son activité.
      Bien évidemment, au fur et à mesure que la part capital augmente, sa gestion représente une tâche, donc du travail, mais un travail à plus haute performance. C’est ce à quoi sont confrontés les artisans, les agriculteurs, les entrepreneurs débutants Etc… Les meilleurs sortent vainqueurs, les autres sont éliminés selon la loi implacable de sélection qui règne sur notre terre.

      Mais pour que ce type de réflexion concernant le couplage capital-travail, menée au niveau des individus, soit réellement profitable, il convient de l’appliquer à un niveau supérieur, par exemple au niveau d’une grosse entreprise, d’un pays, d’une nation, en l’imaginant comme un seul être vivant.
      On peut même l’appliquer au niveau d’une grande zone géographique ou même au-delà, à la planète entière. Il n’est pas indispensable de passer par une phase de collectivisation du capital, donc des moyens de production. Chacun de nous peut très bien parler de « nos entreprises », par exemple, sans en posséder la moindre part et tout en sachant qu’elles n’appartiennent pas à l’état mais à des particuliers, lesquels ne sont peut-être même pas résidants sur notre sol.
      C’est ce type de raisonnement que la Chine a dû faire. La sélection qui s’opère au niveau des entrepreneurs individuels, s’opère aussi au niveau des entreprises plus importantes et aux niveaux supérieurs.
      On a tout lieu de penser que l’évolution de l’humanité conduit à devoir raisonner, actuellement, au moins au niveau des nations voire même des grandes régions géographiques. Il en résulte que ceux qui en sont encore à réfléchir en termes de lutte entre capital et travail au niveau de ce qui se joue à l’intérieur des entreprises, ou des pays, sont en retard de plusieurs guerres, car tout se joue à un niveau bien supérieur.
      Si l’on en arrive à ne pas taxer le travail, il faut probablement ne pas taxer non plus le capital productif, ni ses revenus. Le mieux est de ne taxer que la consommation qui est ce qui épuise définitivement les richesses de notre planète. Cela conduit à réduire le plus possible les dépenses de l’Etat et à responsabiliser le plus possible les individus.

      C’est aller à l’inverse de ce qui s’est fait en Europe depuis la dernière guerre mondiale. Il y a un travail colossal à fournir pour faire comprendre cela à des populations qui ont été transformées en enfants gâtés grâce une énergie encore bon marché.

  2. […] This post was mentioned on Twitter by dominique, Entre midi. Entre midi said: Jorion : LES ORIGINES DE L’ART ET DE LA CULTURE : le rôle des individualités, par Paul Tréhin* http://tinyurl.com/27u8boh […]

  3. Avatar de Ordjoun

    Bonjour à tous :-),

    Votre article est passionnant…
    Je vais visiter votre site web ce soir certainement.

    En attendant pardon d’être un peu hors sujet,
    pour rappeler qu’aujourd’hui:

    C’est le 250ème anniversaire de la naissance de #Gracchus_BABEUF.
    Né le #23_novembre 1760 – Guillotiné le 27 mai 1797 (à l’âge de 36 ans)

    Babeuf est l’«inventeur» du premier système communiste, appelé le babouvisme, qui prévoyait la suppression de toutes les inégalités et l’abolition de la propriété individuelle.

    « Si le peuple est souverain, il doit exercer lui-même tout LE PLUS qu’il peut de souveraineté. »

     » Plus de propriété individuelle, la Terre n’est à personne, les fruits sont à tous le monde. »

     » La propriété est odieuse dans son principe et meurtrière dans ces effets. »

    Cordialement,
    Ordjoun

    1. Avatar de Paul TREHIN

      Pas de problème avec ce « hors sujet » tant que nous y sommes, je rappelle une citation de Blaise Pascal « Ce Chien est à moi disait l’enfant, de là toute injustice et toute iniqquité… »

      Paul

  4. Avatar de Gu Si Fang
    Gu Si Fang

    @ Paul Tréhin

    Très bel article, merci. Je retiens deux thèses aussi intéressante l’une que l’autre : 1) que des autistes sont peut-être les inventeurs de l’art préhistorique, et 2) que leur spécialisation extrême a pu être utile à la tribu. Sans doute connaissez-vous le livre de Tyler Cowen, Create your own economy ? En dépit de son titre, il parle principalement d’autisme, et de la place et de l’utilité de leurs compétences dans la société.

    @ Lisztfr

    Il y a sûrement de nombreuses théories sur l’évolution de la religion, et je ne connais pas le sujet. Mais j’ai lu quelque part qu’un des effets potentiellement « utile » des croyances et des superstitions est de nous faire adhérer aux règles. L’espèce humaine aurait évolué une capacité à secréter des règles de comportement, et une propension à y adhérer pour des raisons « divines » ou « cosmiques ». Une recherche sur Internet vous en dira beaucoup plus.

    A voir aussi, les travaux de Peter Leeson sur les Roms. Il émet l’hypothèse que les nombreuses croyances surnaturelles des Roms ont été un substitut à des institutions plus formelles pour assurer le maintien de la loi et de l’ordre dans les relations d’un peuple nomade et dispersé.
    http://www.peterleeson.com/Gypsies.pdf

    Cdt,
    GSF

    1. Avatar de Paul TREHIN

      Gu Si Fang dit :
      23 novembre 2010 à 08:23
      @ Paul Tréhin

      Très bel article, merci. Je retiens deux thèses aussi intéressante l’une que l’autre : 1) que des autistes sont peut-être les inventeurs de l’art préhistorique, et 2) que leur spécialisation extrême a pu être utile à la tribu. Sans doute connaissez-vous le livre de Tyler Cowen, Create your own economy ?

      Je ne connaissais pas le livre que vous citez… Je vais aller voir sil y a des analyses et me l’achèterai peut-être.

      Merci de votre aimable commentaire et de la référence à ce livre.

    2. Avatar de Gu Si Fang
      Gu Si Fang

      Toujours dans Create your own economy, Tyler Cowen écrit :

      Amanda Baggs, who cannot communicate effectively through normal talking but whose writings are sharper, smarter, and more piercing than most of what you read from Ph.D.s; search for her on YouTube for a startling lesson in the difference between spoken and written communication.

      Voici la vidéo :
      http://www.youtube.com/watch?v=JnylM1hI2jc

  5. Avatar de alain péré
    alain péré

    Les outils premiers n’avaient certes pas vocation à être parfaitement parfaits. Mais la loi de l’accélération technologique mise en évidence par Ray Kurzweil nous apprend que la découverte de nouveaux outils se fait en trois phases: invention et croissance rapide, puis croissance exponentielle et enfin la phase de plateau dans l’attente d’une nouvelle invention qui permettra de transcender la première. Je crois donc qu’on peut se passer du rôle central de l’intervention d’autistes savants pour expliquer l’explosion du paradigme technologique de la pierre taillée. Mais on ne peut nier leur rôle dans toutes les phase du paradigme technologique.

    S’il faut retenir un chiffre à propos de l’autisme, c’est que la proportion de gens intéressants du point de vue de la sensibilité humaine, qu’elle soit par ailleurs diagnostiquée au point de vue médical ou pas est de 1%. Parmi cette personne sur cent que nous croisons dans la rue une sur deux a la capacité de changer radicalement notre façon de voir le monde et de nous permettre de le changer de bonne manière. Malheureusement, le traitement que notre société réserve à ces gens exceptionnels et ce dès le plus jeune âge n’a rien à envier à ce que faisaient subir à leurs martyrs les pires régimes totalitaires de l’histoire. Exclusion, manque de reconnaissance, absence de soins adaptés (on soigne encore des autistes avec des traitements pour la schizophrénie)

    Car le pire des vertiges ne nous étreint il pas lorsqu’on contemple devant soi la possibilité de changer le monde?

    Je suis également frappé par la capacité qu’ont les NT (cette abréviation vaut pour la désignation par le terme de « neurotypiques » les non autistes et j’emploie cette circonvolution pour ne pas employer le terme « normal », mais oups, ça y est je l’ai fait) de s’émerveiller devant le talent miraculeux des autistes savants et de les oublier aussi vite, les abandonnant à leur éternelle et insoluble solitude. Jalousie? Peur irrationnelle? Honte d’être vu en société? L’humanité de chacun se nourrit de présence et de reconnaissance. L’autisme est un handicap de la relation avec autrui, et ça se soigne un peu en provoquant des occasions de se voir et de se parler.

    J’ai l’impression que l’apparition de l’art symbolique c’est peut être la transition entre enfance et âge adulte: l’apparition de préceptes religieux à cause de la vie en société dans les campagnes fertiles et relativement peuplées du néolithique.

    J’en conclus à nouveau, comme mon expérience me l’a appris, que si l’autisme pouvait se soigner l’humanité serait dans de beaux draps car il lui manquerait les gardiens des clefs de la partie essentielle de la percée technologique, l’invention. Même si le statut d’inventeur est valorisé dans nos sociétés, de nombreux inventeurs de génie ont malheureusement disparu dans la misère à cause de l’absence de reconnaissance de la part des contemporains.

    J’ai été témoin du parcours d’un ami autiste http://envoyedesanges.free.fr/chronologie.html capable d’être assez fort pour essayer de se soigner lui même en se faisant « dorloter », sorte de pis aller à ce que la science mettra au point, (peut être un traitement à base d’ocytocine dans un proche avenir?) http://envoyedesanges.free.fr/chronologie.html Je pense que le génie individuel est la seule manière de résoudre les problèmes d’une certaine complexité mais que la somme des hasards bienvenus, les rencontres entre les personnes qu’il faut au bon moment peuvent engendrer la découverte de nouveaux paradigmes. Point de vue tempéré par le rappel sinistre de Paul Jorion quand il parle de la mise en avant dangereuse des individualités qu’on constate en ces périodes de crise.

    1. Avatar de Paul TREHIN

      Alain, j’aime beaucoup vos commentaires et ils correspondent à mes sentiments peu de personnes prennent le temps d’essayer de comprendre et d’apprécier ces talents n’y voyant que des manifestations de l’ordre de l’extraordinaire au sens bizarreries des compétences , alors que les trouve extraordinaires dans le sens admirable de leur art et de leur personnalités. Je signale que grâce à la persévération de professionnels et de parents aptes à nourrir les compétences initiales de leurs enfants, nombreux sont celles et ceux qui ont pu trouver une place dans la société, trois des pianistes jouent comme musiciens dans des orchestres professionnels et vendent aussi leurs interprétations sur Internet d’autres vendent leurs tableaux aussi sur internet. A propos d’internet une personne atteinte d’autisme fort connue par les parents de personnes autistes et professionnels de l’autisme « Temple Grandin » a dit qu’internet avait été le plus beau cadeau fait aux personnes atteinte d’autisme ; en effet la communication y est visuelle (en général un point fort dans l’autisme) et n’exige pas une réponse du tac au tac, elle n’est pas intrusive comme peut l’être un coup de téléphone. De plus on choisi son moment pour aller voir ses e-mail ou un forum de discussion alors qu’un coup de téléphone est imprévisible… les personnes atteinte d’autisme n’aiment généralement pas ce qui est imprévisible.

      Vous dites: « que si l’autisme pouvait se soigner l’humanité serait dans de beaux draps car il lui manquerait les gardiens des clefs de la partie essentielle de la percée technologique, l’invention. »
      Il se trouve que Temple Grandin citée plus haut conclu souvent ses conférence en disant « Si on était arrivé à supprimer l’autisme à la préhistoire, les humains seraient encore en train de bavarder autour de feux de bois à l’entrée d’une caverne »…

      Temple Grandin est un des exemples du savoir faire des parents et des éducateurs qui ont su utiliser ses talents de contact avec les animaux et sont arrivés à la conduire jusqu’à un doctorat en psychologie animale. Elle est actuellement considérée comme une experte mondiale dans le domaine des installations pour le bétail… Bon ce n’est pas très joyeux car il s’agit d’installations d’abattages pour la boucherie, mais elle a pu avoir un travail à un très haut niveau de compétence. C’est par ailleurs une conférencière hors pair… Nous avons beaucoup parlé de mon hypothèse lors de diverses conférences…

      J’ai développé le thème de l’utilisation des compétences existantes dans un article très récent, aussi disponible sur mon site « Autisme et Créativité » j’y invite les professionnels à se transformer en « Sherlock Holmes » pour d’abord détecter ces talents, car ils sont souvent cachés par des comportements et des gestes répétitifs, cela même si ces talents ne sont pas exceptionnels, puis à apprendre à nourrir ces talents, dont le rôle au niveau de la socialisation est fondamental pour des enfants ayant très souvent étés en situation d’échec, car ils leurs permettent se sentir reconnus pour quelque chose qu’il font bien, ce qui est un facteur d’amélioration de l’estime de soi et même plus, de respect par les autres…

      Vous dites enfin : « assez fort pour essayer de se soigner lui même en se faisant « dorloter » « ,
      Temple grandin, encore elle, a inventé une machine à se faire dorloter, mais comme elle l’explique très bien ; il s’agit de pressions assez fortes mais sous son propre contrôle… Elle a appelé sa machine le « Squeeze machine ».

    2. Avatar de Paul TREHIN

      Vous dites: « Les outils premiers n’avaient certes pas vocation à être parfaitement parfaits. »

      C’est en effet exact, si on ne considère que la fonction, ça l’est un peu moins si l’on considère le détour de production que nécessite la fabrication d’un outil, il faut aller chercher, parfois très loin, un bloc de silex dont on va devoir extraire un nodule avant de pouvoir fabriquer un outil. Au cours de l’évolution des outils en pierre taillée, la longueur de tranchant obtenue à partir d’une même masse de silex a été multipliée par un facteur entre 100 et 1000, ce qui réduisait le détour de production en réduisant le nombre d’expéditions à la recherche de blocs de silex et la part du travail dédiée à la préparation du nodule dont on tire les outils…

      Autre considération pour créer des outils parfaits: dès les débuts de la fabrication de bifaces de style Acheuléens, on remarqué le soin apporté par le tailleur d’outil à donner au biface une symétrie ne semblant pas nécessaire à l’efficacité de l’outil, en particulier compte tenu de la durée nécessaire à l’obtention de cette symétrie… Michel Lorblanchet voit dans cette recherche de symétrie un début de recherche esthétique, cette dernière est confirmée par la découverte d’outils où le tailleur de pierre a recherché des silex ou des roches très colorées ou contenant des incrustations de coquillages fossilisés…(Michel Lorblanchet « La naissance de l’art », éditions Errance, Paris 1999.

  6. Avatar de Herrmiss
    Herrmiss

    Merci pour ce très intéressant article; dommage que l’économie et la politique ne fassent apparemment pas partie des domaines d’excellence de ces génies spécialisés, nous en aurions bien besoin actuellement !

    Quelques questions tout de même : quel est le taux de survenance de ces cas dans la population générale ? Que donne ce taux appliqué au nombre estimé des paléolithiques dans les divers continents ? Pourquoi les grottes ornées du paléolithique supérieur se trouvent-elles quasi exclusivement en France et Espagne ?

    1. Avatar de arkao
      arkao

      Les grottes ornées du paléolithique supérieur sont plus nombreuses dans le sud de la France et en Espagne pour deux raisons principales:
      1: A cause d’un épisode de glaciation qui a conduit les populations à se regrouper dans le sud de l’Europe aux conditions climatiques plus clémentes.
      2: Un contexte géologique propice à l’existence de cavités naturelles.

    2. Avatar de Paul TREHIN

      Le taux de prévalence de l’autisme en général est en l’état actuel des connaissances de l’ordre de 1/150 et les talents remarquables, sans être exceptionnels, sont présents dans environ 10% de ces cas de personnes autistes, La chercheuse Patricia Howlin grande spécialiste du domaine a donné une estimation plus forte environ 30% dans une étude assez récente en 2007 (de mémoire…). Les cas de talents réellement exceptionnels détectés sont de l’ordre de quelques centaines pour le monde entier aujourd’hui. Mais il ne s’agit que de ceux qui ont été détectée et à ma connaissance aucune étude statistique sérieuse n’a été faite.
      J’attribue à cette faible prévalence rapportée à des populations encore faibles au Paléolithique supérieur, la rareté des oeuvres retrouvées ainsi que leur espacement dans le temps, en effet compte tenu de cette rareté il pouvait se passer des générations entre les apparitions de cas de syndrome savant. On peut noter que l’art du Néolithique est beaucoup plus fréquent que celui du paléolithique, bien que plus souvent exposé aux intempéries ou exécutés sur des supports se conservant moins bien, comme un des commentaires me l’a fait remarquer. Cette plus grande fréquence pourrait s’expliquer par le style plus schématique plus à la portée de tous les dessinateurs même sans grand talents pour la représentation. Il s’agit par ailleurs d’un art narratif, représentant des cérémonies chamaniques ou des expéditions de chasses ou encore des scènes de labours… Le talent est ici beaucoup plus du domaine symbolique que dans les peintures et gravures du Paléolithique.

  7. Avatar de Pierre Oscar Lévy
    Pierre Oscar Lévy

    Votre texte est tout à fait passionnant, mais je voudrais à priori émettre une idée – je ne suis pas expert – à propos de l’art des origines. Il me semble – après avoir fréquenté les spécialistes, j’ai réalisé des documentaires pour ARTE à propos de la Grotte Chauvet – que les conditions de vie il y a 35 000 ans était probablement moins difficile que vous le dites: petits groupes sur d’immenses territoires avec une nourriture abondante. le nomadisme lié au passage des saumons, ou des grands troupeaux de ruminants. J’ai filmé une discussion en 98, où un des chercheurs comparaient l’art pariétal au travail de graffitis d’aujourd’hui. Tout le monde dessinait et gravait prétendait-il, parce qu’ils avaient beaucoup plus de loisir qu’aujourd’hui. Cela n’est évidemment pas la pensée dominante chez les Préhistoriens qui sont des gens prudents et peu bavards. Cela n’enlève rien à vos observations touchantes, sensibles d’aujourd’hui. Je crois à la suite d’un chercheur comme Frans de Waal que l’empathie est une qualité de tous les primates. L’horreur vient après avec le « progrès ».

    1. Avatar de arkao
      arkao

      Marshall Sahlins: Stone age economica, 1972
      Traduction française: Âge de pierre, âge d’abondance, Economie des sociétés primitives, Gallimard, 1976. préface de Pierre Clastre.

    2. Avatar de Paul TREHIN

      Merci de ce commentaire mais il me semble qu’il y a un écart assez important entre les graphitis actuels et la finesse des dessins et peintures du Paléolithique supérieur.

      L’hypothèse faite par les chercheurs dont vous parlez « Tout le monde dessinait et gravait prétendait-il, parce qu’ils avaient beaucoup plus de loisir qu’aujourd’hui. correspond en effet à une hypothèse abandonnée depuis assez longtemps liée à une représentation naïve des temps préhistoriques comme d’un paradis perdu, représentation inspirée des pensées de JJ Rousseau…

      Personnellement je ne pense pas que tout le monde dessinait , pas plus qu’aujourdh’ui, cela malgré les leçons de dessins pourtant reçues à l’école… Ce qui pourrait le plus se rapprocher des graphitis au Paléolithique seraient les représentations très simplifiées de sexes féminins que l’on trouve dans de très nombreuses grottes ornées, dessins et gravures à la portée de n’importe quel individu même peu talentueux,
      L’hypothèse que tout le mond dessinait est contredite par les longues périodes d’absence de peintures et de dessins parfois même dans une même grotte comme à Pech Merle ou à Cosquer: plus de 4000 ans sans dessins ni peintures, comment serait-ce possible si tout le monde dessinait; mon hypothèse explique ces absences par la rareté des cas qui pouvaient trèq bien n’apparaitre qu’une fois toutes les 10 ou 20 générations ou même moins.

      Paul

  8. Avatar de Runn
    Runn

    Bonjour,

    Vous dites :

    On retrouve souvent dans les deux groupes d’artistes des superpositions de dessins comme si l’acte de dessiner était plus important que le dessin lui-même.

    Dans ma démarche artistique, il est clair pour moi qu’il est plus important d’être dans l’action de créer que le résultat de la création elle-même, même si ce résultat est appréciable, je ressent un beaucoup de détachement très rapidement, pour en avoir discuté avec d’autres artistes, beaucoup ont la même réaction.
    Concernant la superposition, il ne faut pas négliger des contraintes « bêtements » pratiques : support rare, période de confinement (en hiver par exemple) où l’accès à d’autres supports n’étaient pas possible, … Le besoin de créer fait alors loi et peu importe si des oeuvres anciennes sont recouvertes, si je transpose mon ressenti à d’autre situation.

    Bonne continuation dans votre recherche !

    1. Avatar de Karluss

      surtout que les hivers étaient longs !

    2. Avatar de Paul TREHIN

      Merci du commentaire qui me permet à nouveau d’essayer d’affiner mon analyse.

      Votre analyse sur la rareté des supports est tout à fait pertinente et pourrait en partie expliquer le recouvrement d’oeuvres par d’autres. On retrouve également cette pratique de recouvrements quand il y a abondance relative de supports, il me semble que l’artiste est dans une pulsion de production et que le fait que le support ait déjà été utilisé importe peu.

      Par ailleurs, l’artiste retrouvera facilement les dessins successifs dans la mesure où, comme je l’ai signalé, les tests psychologiques ont montré de manière statistiquement significative que les personnes atteintes d’autisme arrivent à repérer plus facilement une figure cachée au milieu d’une ensemble de traits.

  9. Avatar de EOLE
    EOLE

    Révérence pour cet article de référence.

    Il soulève deux questions générale chez moi.
    Question 1: l’art peut-il être représentatif?
    Question 2: comment expliquer le passage d’une forme d’hyper-réalisme au symbolisme (nécessitant un fort degré d’abstraction)?

    1. Avatar de Eon
      Eon

      Bel article sur le corps et la métaphore:

      this-is-your-brain-on-metaphors

    2. Avatar de Runn
      Runn

      Je me permet de donner des réponses que l’auteur de l’article précisera s’il le juge nécessaire.

      Question 1 : le terme utilisé habituellement dans l’histoire de l’art contemporaine est de l’art figuratif, devient figurative toute représentation où un objet, animal, … réelle est reconnaissable, même si elle est très éloignée de la forme réelle du sujet, on parlera alors de forme stylisée. Les personnes représentées par Giacommeti n’existent pas vraiment, pourtant on reconnait sans hésiter des personnes.

      Question 2 : beaucoup plus proche de nous que la préhistoire, l’art a beaucoup changé entre 1800 et le début du 20ième, quand en 1800 seul le figuratif était visible, on a vu naitre toute une série d’autres façons de faire de la peinture avec l’abstraction contemporaire (Malevitch, Kandinsky, …). Poser la question de ce qui a permit à l’art abstrait de se développer à cette époque donne un éclairage qui n’a rien à voir avec l’intelligence ou l’évolution darwinienne, on retrouve plutot des facteurs économiques, sociaux et techniques. Je ne sais pas s’il est possible de faire un parallèle entre les deux époques où l’art abstrait est apparu, ceci seulement pour dire que l’époque où l’abstraction (ré-)apparait n’est pas la seule dans l’Histoire.

    3. Avatar de EOLE
      EOLE

      @ Runn

      Je ne parle pas d’art figuratif parce que son acception courante me parait bien trop vague, mais bien d’art représentatif. Si j’ai bien compris Paul Tréhin, la représentation qu’il décrit chez certains autistes est une juxtaposition extrèmement précise de parcelles les plus petites possibles d’un tout extrèmement structuré (la structure rassure). La représentation parfaite est exactement le but recherché par les artistes du mouvement hyper-réaliste.
      Tout artiste ou tout individu NT confronté à la technique de l’art pictural sait bien qu’il ne peut représenter le détail de la réalité perçue, ne serait-ce que parce que tant la réalité que la perception ne restent pas immuables.
      Le passage à l’abstraction, pour moi, n’est que la constatation généralisée de ce fait. Je ne peux représenter le détail du réel; alors je peux avoir la liberté de l’abstraire au niveau que je veux avec la technique que je veux employer. Pour moi, Kandinsky n’est pas « plus » abstrait que Poussin mais il exprime le niveau d’abstraction à un degré totalement perceptible alors que Poussin tente au contraire de le masquer au mieux, compensant cette « vanité » très probablement consciente par un recours systématique à des scènes/sujets purement mythologiques de manière à souligner le caractère non réaliste de son oeuvre. Comme si l’un avait l’ambition de peindre l’abstraction d’une réalité concrète et l’autre la réalité d’une abstraction.

    4. Avatar de Paul TREHIN

      L’art peut -il être représentatif? A mon avis si la représentativité n’est pas une condition nécessaire à l’art, je ne vois pas en quoi elle serait contraire à l’art. Pour moi même les représentations les plus fidèles des sujets sont par définition abstraites puisqu’il s’agit d’une projection d’une image vue en trois dimensions sur une surface en deux dimensions. Notons au passage que cette transformation d’une vision en 3D en une image en 2D comportant une représentation de la profondeur est loin d’être évidente… On ne la retrouvera que dans les représentations de Pompeï et plus tard à la renaissance avec la découverte de la perspective. A Myen âge les représentations deux dimensions de paysages ignorent le plus souvent l’aspect profondeur, les personnages étant le plus souvent représentés comme ayant la même taille qu’ils soient proches ou éloignés.

      Pour la question 2 c’est l’un des sujets sur lesquels j’essaie de trouver une explication et pour lequel il n’y a pas eu à ma connaissance d’étude publiées. Peut-être compte tenu de l’augmentation de la population au Néolithique et du changement d’activités, le besoin de raconter des événements s’est il fait plus général et que les individus se sont servi de techniques de dessins plus à la portée de dessinateurs moins experts. L’essentiel n’était plus de représenter un animal avec précision mais de raconter ce qui s’était passé, ce qui est aussi un art…

  10. Avatar de Karluss

    Le chaman serait une sorte d’usurpateur profitant de l’aubaine offerte par le don d’un plus faible pour asseoir son pouvoir sur la tribu, en même temps il faut reconnaître que le plus faible trouve ainsi sa place dans le groupe.
    D’après ce que vous dîtes, il semblerait que ce soit beaucoup plus au niveau de l’interprétation et du style que le « syndrome savant » se manifeste, non ?
    Nous sommes allés, avec mon frère, à Rouffignac fin octobre, le guide était passionnant. C’était intéressant de constater et de mesurer l’espace temporel séparant les œuvres de Lascaux à celles de Rouffignac et de rapporter cette dimension à notre présent. Comme vous le précisez, au fond de la grotte, les artistes dessinaient allongés sur le sol, sans vue d’ensemble de leur création. Faire sortir de la roche le gibier indispensable à la survie.
    Merci pour ce billet, une leçon d’empathie.

    1. Avatar de Paul TREHIN

      Vous dites : « il semblerait que ce soit beaucoup plus au niveau de l’interprétation et du style que le « syndrome savant » se manifeste, non ? »
      En fait ce qui est vraiment exceptionnel dans le Syndrome savant c’est une formidable capacité à mémoriser d’un côté mais aussi une capacité à reproduire ce qui a été mémorisé, que ce soit en dessin ou en musique et même dans certains cas en sculpture recherchez « Alonzo Clemons » sur Google, Alonzo reproduit des modelages d’une fidélité incroyable aux modèles qu’il a observés, or comme il s’agit de chevaux en mouvement il ne peut compter que sur sa mémoire d’un côté et sur l’habileté de ses mains de l’autre. Il fait son modelage sans hésitations et à la perfection du premier coup. J’ai connu un jeune homme autiste qui faisait de même avec de la pâte à modeler, on lui a tout de même fourni d’autres matériaux mais comme cela se passait il y a plus de 25 ans, les professionnels n’envisageaient pas le potentiel de tels talents pour une intégration sociale future. Comme la famille était d’un milieu très modeste ne pouvant pas rechercher d’aide pour leur fils ce talent na pas pu être utilisé pour favoriser la socialisation de cet enfant.

      Il existe de nombreux cas où les éducateurs pensent que le plus important c’est d’apprendre a attacher ses lacets de chaussures ou à savoir s’habiller, compétences certainement tout à fait indispensables (quoique,… En choisissant des chaussures avec du « scratch » et des habits mieux conçus on pourrait s’en passer…
      Tony Deblois, est un pianiste autiste au talent formidable, il était dans un centre de formation pour personnes autistes, son talent pour le piano avait été repéré par les parents, mais les éducateurs peu motivés et sans doute pas assez compétents en musique à ce niveau de virtuosité naturelle de Tony ne voyaient pas l’intérêt qu’il pouvait y avoir à encourager ce talent musical. Tony a été accepté au Boston Jazz Collège dont il est sorti avec les honneurs et travaille depuis comme musicien dans un orchestre professionnel.
      En dessin, Stephen Wiltshire peut enregistrer très rapidement les sensations visuelles et redessiner deux heures plus tard le paysage dans ses plus petits détails… Stephen est l’auteur de plusieurs livres : Cities, Floating Cities (Venice, Amsterdam, Leningrad – and Moscow), son talent pour le dessin a été encouragé et soutenu au niveau de la réalisation de livres. Une des vidéos de Stepnen est passée sur ARTE (Beautiful Minds: A Voyage Into the Brain) http://www.wisconsinmedicalsociety.org/savant_syndrome/savant_profiles/stephen_wiltshire

      Il se trouve que mon fils était aussi parmi les personnes filmées par cette équipe de tournage pour ARTE. D’autres cas sont présents dans la vidéo dont des musiciens comme Derek Paravicini.

      Dans le talent de Stephen Wiltshire, outre la représentation sur une surface plane d’une vision e 3D, il y a une capacité complètement époustouflante : promené pendant 30 à 45 mn en hélicoptère au dessus de Rome une fois et de Manhattan une autre fois pour les besoins du reportage TV, après avoir vu sous des milliers d’angles différents et à des hauteurs différentes les immeubles de ces deux villes il arrive à en tirer une seule image sur une surface plane reproduisant parfaitement l’impression de 3D comme s’il n’avait fait qu’un vol stationnaire et que la représentation soit faite de ce seul point de vue/ Son dessin est rapide et précis jusque dans les moindres détails.

      Je partage votre passion pour la grotte de Rouffignac dont les dessins sont d’une finesse seulement égalée qu’à la grotte de Niaux, une autre grotte à voir absolument.

    2. Avatar de Karluss

      Votre billet permet de prendre du recul face à ce quotidien tumultueux qui nous embrouille, on oublie parfois l’essentiel. Merci pour votre réponse étoffée et riche d’enseignements, il ne me reste plus qu’à suivre vos pas jusqu’à Niaux.

  11. Avatar de pablo75
    pablo75

    @ Paul Tréhin

    Article passionnant… À quand un livre illustré sur cette hypothèse qui mériterait vraiment d’être vraie tellement elle est belle?

    Le plus célèbre syndrome d’Asperger (jouant – à sa façon – la sublime Sarabande de la 4e Partita de Bach):

    http://www.youtube.com/watch?v=buq-p8vSCLQ

    « Selon l’étude du psychiatre américain Peter Oswald reprise par S. Timothy Maloney, directeur de la division de la musique de la Bibliothèque nationale du Canada, Glenn Gould aurait été sujet d’une forme d’autisme appelée syndrome d’Asperger. Plusieurs points étayeraient cette thèse :
    * La disproportion des sens : hypersensibilité de l’ouïe, de la vue et du toucher doublée d’une insensibilité du goût et de l’odorat.
    * Routines vestimentaire, alimentaire et répétition de codes, de rituels tout au long de sa vie. Il regardait quarante fois le même film ou écoutait une suite de musiques pendant des mois. Par exemple, il trempait toujours ses bras dans l’eau très chaude avant un concert, et refusait l’idée même de se séparer de sa chaise. Il mangeait le même repas (œuf brouillé, pain grillé, salade et biscuit) chaque jour.
    * Comportement social très difficile, et refus de l’interaction humaine au point de préférer la compagnie des animaux.
    * Attitude physique et répétition de geste, typique de ce comportement.
    * Manque de discernement (on a parlé à son sujet de manque de courtoisie), doublé d’une incroyable faculté mémorielle.
    (Wikipedia)

    Un excellent documentaire sur les exploits du cerveau en général et ceux des autistes en particulier:

    Voyage au centre du cerveau:

    Partie 1
    http://www.youtube.com/watch?v=H3vu-cmsFS4&playnext=1&list=PL120478E97275C34D&index=1
    Partie 2
    http://www.youtube.com/watch?v=_KTiYjHM9qU&playnext=1&list=PL120478E97275C34D&index=2
    Partie 3
    http://www.youtube.com/watch?v=BPPoD9AZoOg&feature=&p=120478E97275C34D&index=0&playnext=1

    Et un autre sur l’un des autistes les plus impressionnants: The Musical Genius – Derek Paravicini

    Part 1
    http://www.youtube.com/watch?v=1kwjDLHX92w
    Part 2
    http://www.youtube.com/watch?v=bGOH1xzNCOU
    Part 3
    http://www.youtube.com/watch?v=n2p2g84h9U4
    Part 4
    http://www.youtube.com/watch?v=PKBbziuMTPY
    Part 5
    http://www.youtube.com/watch?v=q6iV8wGnJVM

    1. Avatar de Paul TREHIN

      pablo75 dit :
      23 novembre 2010 à 10:26
      « Article passionnant… À quand un livre illustré sur cette hypothèse qui mériterait vraiment d’être vraie tellement elle est belle? »

      Merci pour ce compliment qui me va droit au coeur… L’écriture du texte serait relativement aisée bien que demandant des vérification vis-à-vis de publications nouvelles qui auraient pu apporter de nouvelles données sur l’art préhistorique.
      La partie reproduction des dessins demanderait plus de travail pour une publication de livre destiné à être vendu car il y a des questions de « copyright » tant pour les oeuvres préhistoriques que pour les dessins de personnes autistes… Tant que je ne gagne pas d’argent en publiant quelque unes de ces images sur mon site web il y a une certaine tolérence sur ce point… Par ailleurs sur mon site web il me serait possible de simplement mettre des liens vers les sites webs ce qui dans ce cas n’est pas soumis à copyright. Je pourrais aussi rajouter des vidéos de musiciens pour élargir les sujet que j’ai déjà publié sur mon site web.

      Un grand merci d’avoit redonné les adresses de sites webs, cela permettra aux personnes intérésseés d’aller voir par elles mêmes.

      Cordialement.
      Paul

      « Le plus célèbre syndrome d’Asperger (jouant – à sa façon – la sublime Sarabande de la 4e Partita de Bach): »

  12. Avatar de Paul Stieglitz
    Paul Stieglitz

    Merci à Paul Jorion de nous avoir communiqué cet article passionnant.

    1. Avatar de Karluss

      je crois que c’est Julien qui est à l’origine de l’insertion de cet article, à tout seigneur…

  13. Avatar de VB
    VB

    Bonjour,

    Merci pour cet article en effet très intéressant. Je me demande quant à moi si la prise de conscience collective de ce genre de talent n’a pas, inconsciemment, orienté l’enseignement où tout est tellement parcellisé, spécialisé, éclaté, et même le mode de vie des gens etc…
    Il me semble que, d’un point de vue collectif, il importe maintenant de refaire des synthèses, ce qui passe par recréer du lien entre les connaissances et les matières. Comme il importe aujourd’hui de recréer du lien social, personnel, familial etc. bref, du lien interpersonnel et collectif.
    C’est juste une petite remarque, au passage, qui m’est venue à la lecture de votre texte.

    Bien cordialement,

    1. Avatar de timiota
      timiota

      Oui VB

      Il se peut qu’il y ait un effet de miroir, la technique qui biaise l’empathie, et permet un approfondissement qui vous autonomise et vous coupe des autres. Voir mon poste (un brin stieglerien option bas de plafond, comme à mon habitude) situé un peu plus bas..

    2. Avatar de Paul TREHIN

      En ce qui me concerne, j’aimerais bien que l’enseignement en général prenne conscience de l’existance de ces cas, ne serait-ce que pour montrer à quel point notre connaissance du fonctionnement du cerveau reste très élementaire…
      Vous avez tout à fait raison de parler de besoin de synthèse, Buckminster Fuller parle lui d’intégration, au sens mathémathique… En effet la spécialisation des enseignements dérivée des analyses mécanistes inspirées de Newton avait conduit à des dommaines de connaissance de plus en plus étroits et avec de moins en moins de communications horizontales…

      Je suis persuadé que la solution aux problèmes sociaux économiques actuels va demander la formation de personnes à la fois capables de comprendre très bien des domaines précis et capables d’en comprendre à un niveau suffisant d’autres leur ermettant d’avoir une compréhension généraliste des problèmes et non une compréhension spécialiste étroite d’un seul domaine. Cette vision de l’enseignement était encore assez bien adaptée dans un cadre mécaniste aboutissant aux méthodes tayloriennes et aux hierarchies verticales… Elle ne convient plus à un environnement qui doit inclure à la fois la thermodynamique et les réseaux…

  14. Avatar de arkao
    arkao

    « Cette évolution n’est que très peu étudiée par les spécialistes de l’art préhistorique. Je n’ai pas trouvé d’articles ou de livres qui expliqueraient les causes de la disparition de l’art représentatif réaliste du Paléolithique supérieur et l’apparition de l’art symbolique du Néolithique. »

    Notre connaissance des formes d’expression artistique des hommes du Mésolithique et du Néolithique est très lacunaire. Elle tient sans doute à un changement de pratiques en ce qui concerne les supports utilisés et par conséquent à leur faculté de se conserver dans le temps.
    Si l’art du paléolithique supérieur nous est si bien connu, c’est en raison des conditions de conservation spécifiques aux cavités naturelles.
    Des oeuvres réalisées sur du bois, des peaux tendues ou sur l’enduit des maisons néolithiques ont eu peu de chance de parvenir jusqu’à nous.
    Il y a là une frontière dans la connaissance des sociétés anciennes qui est difficilement franchissable et qui nous interdit de trop extrapoler sur les évolutions de l’art durant la préhistoire et la protohistoire.

    1. Avatar de Paul TREHIN

      Je partage assez votre analyse concernant la préservation des oeuvres, mais il se ttroue qu’n a découvert bien plus d’oeuvres du style néolithique que des autres or parmi ces dernières aucune n’a la finesse de représentation des oeuvres du Paléolithique supérieur. J’ai proposé un peu avant dans une autre de mes réponses l’idée que les besoins de communication accrus par l’apparition de l’agriculture, de l’élevage et des premières cités au Néolithique pouvaient avoir créé un désir de raconter des événements avec des représentations shématiques plus à la porté de tout le monde. Contrairement aux oeuvres du Paléolithique qu’on trouve surtout dans l’arc Franco Cantabrique (sud de la France et Nord de l’Espagne, plus un cas au Sud de l’Italie en Calabre, Grotte de Romito) on trouve des oeuvres du néolthique dans toute l’Europe et jusqu’en Sibérie avec des représentations fabuleuses de chasses aux rennes (M. Séfériadès, « La représentation de l’élan de la mer Baltique au lac Baïkal », Dossiers d’Archéologie n° 270, février 2002, pp 32-37)

      Mais ce point précis fait parti de mes recherches.
      Une autre explication de la disparition apparente de l’art représentatif achevé du paléolithique lors du Néolithique pourrait être que l’habitat avait changé de nature et éloignait les artistes potentiels de lieux propices à l’expression de leur art. Je rappelle que ces artistes éprouvaient le plus souvent le besoin de s’éloigner des lieux fréquentés par les autres membres du groupe en allant dessiner au fond d’une grotte dans des lieux cachés et peu accessibles en général sauf dans quelques grottes.

  15. Avatar de jean-luce morlie
    jean-luce morlie

    @pablo

    Concernant Glenn Gould, ne vous fixez pas sur la vidéo, lisez ses livres …c’était plutôt un « polymathe », pas du tout un « syndrome d’Asperger », Gould avait, de plus, énormément d’humour !!!

    1. Avatar de VB
      VB

      Glenn Gould était en effet un être tout à fait fascinant, un extraordinaire interprète de Bach (le Grand Bach), une personnalité hors norme, ce qui ne signifie pas nécessairement handicapée.
      Il faut quand même espérer que le talent n’est pas toujours lié au handicap.

      Cdt.,

    2. Avatar de Karluss

      je viens de voir la vidéo … quelqu’un peut-il m’aider à me relever … !

    3. Avatar de pablo75
      pablo75

      @ jean-luce

      J’ai lu ses Conversations avec Jonathan Cott, la biographie de Kevin Bazzana (presque 700 pages), ses lettres (souvent très drôles), le livre de Michel Schneider « G.Gould piano solo » (excellent), et pas mal d’articles sur lui dans des revues de musique. J’ai tous les documentaires de Bruno Monsaingeoin sur lui (que j’ai vu plusieurs fois) et tous ses disques que j’écoute depuis 25 ans (pas tous, certains sont inécoutables – comme ses sonates de Beethoven). Et en plus j’ai une amie « syndrome d’Asperger ».

      C’est dire si je connais « la musique »…

      Mais si vous trouvez que Gould était « normal » libre à vous de le penser.

      Par contre dire qu’il était « polymathe » (dans le sens du Littré: « personne qui a étudié beaucoup de sciences différentes ») c’est mal le connaître. Ses centres d’intérêt étaient très limités.

      @ VB

      Tout dépend de ce que vous entendez par « handicapé ». La plupart des grands artistes sont des « anormaux », des « inadaptés à la vie », des types à gros problèmes. Le Grand Art se paye très, très cher.

    4. Avatar de pablo75
      pablo75

      Cela dit, comme interprète de Bach je lui préfère Rosalyn Tureck (le seul pianiste que Gould admirait dans ce compositeur). Elle a la même clarté que Gould, l’émotion en plus. Son premier « Clavier bien tempéré » (elle en a gravé 2) est pour moi indépassable (c’est le disque – ou plutôt les disques, puisqu’il y en a quatre – que j’écoute le plus).

      La même Sarabande de la 4e Partita par elle (difficile de faire plus beau):

      http://www.youtube.com/watch?v=IgsC3egOxPY

    5. Avatar de Martine Mounier
      Martine Mounier

      C’est un playback !!!

      (Bon okay, je sors…)

    6. Avatar de yvan
      yvan

      Ecoutez ces trois versions différentes de la Toccata in D minor..
      http://www.youtube.com/watch?v=jZFSmE-RPAA&feature=related
      Cela apprend beaucoup sur la sensibilité de l’humain.

      Et dans la deuxième version, vous remarquerez les infrasons ainsi que les ultrasons qui feraient exploser les vitres et bibelots de mon salon… Mais aussi « impressionner » au sens large l’auditoire.
      Je vais encore dire dire qu’un bon outil fait un bon ouvrier et réciproquement…

      Je hais et adore les églises qui capturent les orgues qui devraient vivre en liberté avec une aussi bonne chambre acoustique.

    7. Avatar de yvan
      yvan

      Oui.. quand j’écris deux fois dire, vous dire dire comme j’affirme 😉

    8. Avatar de yvan
      yvan

      Mine de rien, le sujet a glissé vers l’art et surtout… la musique.

      Etonnant, non..??
      Non.

    9. Avatar de pablo75
      pablo75

      @ Martine

      Comme punition pour votre « playback », vous allez écouter sagement et jusqu’à la fin l’un de sommets de la stupidité humaine, le célèbre « 4′ 33 » de John Cage, dans la version époustouflante de virtuosité de Lawrence Foster (ça commence à 37  » – et attention à vos oreilles !!):

      http://www.youtube.com/watch?v=3fYvfEMUJl8&feature=related

    10. Avatar de JC
      JC

      @ pablo
      pourquoi dites vous que c’est un sommet de la stupidité? Il me semble que la partition de Cage est parfaitement reproduite par ce grand orchestre. En effet il y est noté Tacet: il se tait.
      est-ce que l’expérience du silence est si stupide que cela?

    11. Avatar de pablo75
      pablo75

      @ JC

      D’abord, c’est « l’oeuvre » de Cage qui est l’un de sommets de la stupidité humaine, pas son « interprétation » (le fait de prendre ça au sérieux et de la programmer démontre aussi à quel point d’imbécillité est arrivé notre civilisation).

      Ensuite, si je me dis architecte et je « construis » une cathédrale invisible, et je vous la « montre », vous allez trouver qu’elle est formidable? Vous aimez les sculptures composées uniquement d’air? Les tableaux faits avec de la peinture appliquée sur du vent? Face à « ça », vous allez me demander si l’expérience de l’invisible est si stupide que ça?

      Vous avez quelle idée de l’Art pour trouver normal qu’avec du vide uniquement on puisse faire une oeuvre, qu’avec de l’inexistant uniquement on puisse faire un acte de création? Depuis quand le rien est la matière prime de l’Art?

      Vous croyez que l’Art c’est un amusement pour des snobs avides de nouveautés imbéciles produites par des impuissants cyniques? Vous croyez que l’Art existe pour aider des complexés déguisés en poseurs prétentieux à cacher leur propre médiocrité inguérissable?

      (Pour tous ceux qui continuent à aimer avaler les couleuvres – vieilles de plus d’un siècle – du pompiérisme de l’Avant-garde la plus débile et qui donc prennent John Cage au sérieux, le « Portrait de l’avant gardiste » de Philippe Muray:
      http://duteurtre.free.fr/guppy/articles.php?lng=fr&pg=59 )

    12. Avatar de pablo75
      pablo75

      @ Yvan

      En musique, pour connaître une oeuvre il faut impérativement connaître plusieurs interprétations. Quand on commence à écouter de la musique on croit que tous les interprètes et chefs d’orchestre ont un niveau minimum et que, jouant tous les mêmes notes, toutes les interprétations se valent à peu-près. Avec l’expérience on apprend que très peu d’interprètes et chefs vont jusqu’au fond des oeuvres et que la plupart jouent de façon « neutre » parce qu’ils ne sont que des « fonctionnaires de la musique » occupés uniquement de faire carrière.

      Dans l’exemple que tu donnes, celui de la Toccata en re mineur (dont on discute depuis des années si elle est de Bach ou pas – je l’ai entendu encore récemment en direct sur le superbe orgue de Saint Eustache et pour moi il n’y a pas de doute: elle a à la fois la force retenue et la puissance inexorable de beaucoup d’oeuvres pour orgue de Bach), les interprétations sont à mon avis dans le bon ordre (Chorzempa, M.C.Alain, Bonizzoni). Mais il y a mieux comme choix. Par exemple:

      Helmut Walcha:
      http://www.youtube.com/watch?v=uRRwZZM08L8
      Karl Richter:
      http://www.youtube.com/watch?v=Zd_oIFy1mxM
      André Isoir:
      http://www.youtube.com/watch?v=V1sw_4q6QVI

      Mais l’oeuvre pour orgue la plus extraordinaire de Bach et qu’il ne faut jamais rater en concert tellement elle est impressionnante en direct (à Paris on a de la chance: avec une dizaine de concerts d’orgue gratuits chaque dimanche on peut l’entendre plusieurs fois par an) c’est sa monumentale Passacaille et fugue BWV 582:

      Sur Youtube on ne trouve que des versions coupées (et pas les meilleures – pour moi celles de H.Walcha, André Isoir ou Michel Chapuis):

      Jean-Paul Imbert: Passacaille
      http://www.youtube.com/watch?v=j9J6o8INB0Y
      Jean-Paul Imbert: Fugue
      http://www.youtube.com/watch?v=TqVjFMdpv7A&feature=related

      Hans-Andre Stamm: Passacaille
      http://www.youtube.com/watch?v=LRZ85756fwQ
      Hans-Andre Stamm: Fugue
      http://www.youtube.com/watch?v=opqlZxGvv1A&feature=related

  16. Avatar de Steve
    Steve

    Bonjour à tous

    Merci pour cet apport Paul & Paul
    Deux questions:
    1) Pourquoi ces artistes n’auraient ils pas été chamans eux même?

    2) Sur l’évolution, continue ou par sauts, force nous est de nous interroger sur l’émergence en des lieux divers dans des cultures diverses sur une période brève à l’échelle du temps des:
    « miracle grec » VI ème & Vème BC, Gautama Bouddha, Inde VIème BC, Maître Kong et le « Vieux Maître » – Confucius et Lao Zi, Chine VIème BC, Jésus Moyen Orient….BC(…)AC
    Voilà une percée majeure de la conscience et de l’intelligence humaine qui se produit presque partout en 500 ans à peine…
    (Ceci n’exclut pas pour autant des paliers de maturation à pante faible…)
    Rapportée à 100/150 000 ans d’histoire de sapiens, c’est un point remarquable!

    Cordialement.
    Steve

    1. Avatar de saule
      saule

      Jubilatoire, la vidéo!

      Quand à cet article passionnant ,il pose magnifiquement la question de la norme. Qui si elle est structurante constitue un handicap en ce sens ou elle nous paramètre. Donc elle nous limite, elle nous cadre. Dans l’espace infini des possibilités, elle constitue un « choix ». Sachant que choisir c’est aussi renoncer. Cela rappelle le conte de la petite sirène.

      De là ma conclusion que les personnes atteinte du « syndrome savant », sont hors de nos normes comme nous sommes hors de leur normes. Leurs aptitudes nous renvoient à nous percevoir comme handicapés nous mêmes puisque aveugles et sourds dans un monde auquel ils ont accès de manière fulgurante, ou ils évoluent avec une aisance naturelle qui nous laisse cois.

      Combien nous avons besoin les uns des autres. Pour ne pas être enfermés nous mêmes dans un monde sclérosant . Les pôles ne sont pas fait pour s’opposer mais pour créer des champs de possibles, de circulation de flux. Et permettre enfin la survenue de toutes sortes de choses.

      Cela renvoie également à l’article de Paul Jorion sur la conscience ,en quoi elle nous ouvre et en quoi elle nous limite. Einstein disait bien que nous n’utilisions qu’une faible partie de nos capacités mentales.

      Cela me renvoie également au conte du Petit Prince et de ses voyages de planètes en planètes avant d’échouer sur notre terre.

      Les contes nous apprennent autant que les sciences. Il nous donnent cette capacité d’ouvrir des portes vers des mondes invisibles pour nos yeux, de relier ces mondes pour les faire respirer ensemble .

      Certaines personnes « hors normes » sont autant de petits princes tombés dont on ne sait de quelle étoile , comme une oasis dans un désert afin de nous aider à résoudre nos pannes de moteurs . Nous amenant à faire une pause et à considérer les êtres,les choses,nous mêmes, le monde ,sous d’autres angles en nous sortant la tête du guidon.

      Ils éveillent le petit prince qui sommeille en nous. Ouvrant des brèches dans nos murs de certitudes vers d’autres possibles d’autres « réalités ».

      La vie semble parsemée de plein de pochettes surprises.

      Merci pour ce texte

    2. Avatar de Paul TREHIN

      1) Pourquoi ces artistes n’auraient ils pas été chamans eux même?
      Il y en a peut être eu il en va de l’art préhistorique comme de l’art de la renaissance: les évèques et les cardinaux n’ont pas peint les frasques magnifiques c’est Miche Ange ou Leonard de Vinci. Une des raisons est que le syndrome savant est très rare dans l’ensemble de la population et aurait eu très peu de chance d’apparaître dans le sous groupe des chamanes et ou des autorités religieuses.

      Autre raison plus liée aux compétences respectives des deux: le Chamane doit avoir avant tout une intelligence sociale, et souvent une capacité à déguiser les faits dans un but de persuasion sociale, compétences qui dans mon hypothèse serait assez incompatible avec les caractéristiques de l’autisme dont j’ai expliqué que plus de 50% des personnes ayant un syndrome savant le sont.

      J’aime bien votre seconde intérrogation:

      2) « Sur l’évolution, continue ou par sauts, force nous est de nous interroger sur l’émergence en des lieux divers dans des cultures diverses sur une période brève à l’échelle du temps des:
      « miracle grec » VI ème & Vème BC, Gautama Bouddha, Inde VIème BC, Maître Kong et le « Vieux Maître » – Confucius et Lao Zi, Chine VIème BC, Jésus Moyen Orient….BC(…)AC
      Voilà une percée majeure de la conscience et de l’intelligence humaine qui se produit presque partout en 500 ans à peine… »
      J’ai été passioné par Confucius et LaoTseu surtout entre 15 ans et 20 ans et j’avais aussi été frappé par ces convergences temporelles avec les philosophes grecs et les débuts de la pensée chrétienne. C’est d’autant plus difficile à comprendre que les moyens de communication et les voyages étaient très limités et les traductions et traducteurs sans doute fort rares…

      Pour ce qui est des talents des personnes autistes avec un syndrome savant c’est aussi surprenant de voir des dessins faits par des enfants ne se connaissant pas, n’ayant jamais vu leurs dessins auparavent employer des techniques semblables et choisir des sujets très similaires… Mon activité ssociative m’a conduit à rencontrer un bon nombre des ces cas où des dessinateurs avaient des sujets et des techniques de dessin presqu’identiques alors qui’s ignoraient bien sur l’existence de l’autre dessinateur et de ses dessins. Mon épouse aussi active dans l’association il y a quelques années s’est trouvée devant des grandes feuilles déssinées par Damien Eshbach et n’ayant pas vu la signature a demandé « Comment avez vous eu ces dessins de mon fils? » La ressemblance était tellement forte qu’en regardant l’ensemble des dessins ils semblaient être identiques. Or mon fils ne connaissait ni cet autre dessinateur ni ses dessins et vice versa.
      Cette ressemblance entre styles et sujets de dessins créés par des personnes ne se connaissant pas est un des éléments en faveur de mon hypothèse car on retrouve ce genre de ressemblances entre des dessins et peintures préhistoriques réalisées dans des lieux très éloignés et souvent créées à des périodes différentes.
      J’ai toute une série de dessins faits par des personnes autistes ne se connaissant pas et qui pourtant sont très semblables dans leur styles et leurs sujets…

  17. Avatar de Agnès
    Agnès

    Bonjour,

    Votre hypothèse est assez fascinante, et votre article passionnant. Merci. (Je n’ai pas encore lu tous les commentaires et m’en excuse auprès des intervenants, en cas de doublon).

    Quelques remarques, toutefois : en préhistoire, nos connaissances sont avant tout le reflet de … nos découvertes. Il nous parait que surgit brusquement, comme de nulle part, un art parfait d’emblée au Paléolithique supérieur, avant tout parce que cet art – pariétal et mobilier – nous est parvenu intact. Intact grâce à des conditions de conservations exceptionnelles (grottes) et à l’utilisation de matériaux pérennes (pierre, ivoire). Nous ne savons rien, évidemment, de ce qu’ont pu être d’éventuels essais, esquisses et ratés sur matériau périssable (peau, écorce, terre et sable).

    L’hypothèse que certaines de ces œuvres aient pu être tracées par des personnes autistes vaut la peine d’être retenue. Mais je n’irais pas jusqu’à affirmer que toutes les peintures et gravures du Paléolithique supérieur sont dans ce cas. Ne fut-ce que par la faible probabilité statistique : il existe des milliers de motifs peints, sur plusieurs dizaines de milliers d’années (Paléo sup : +/- 40.000 ou 38.000 jusque +/- 12.000 ou 10.000 avant notre ère), et sur un très large étendue territoriale. Par des personnes exceptionnellement douées pour la peinture et la gravure, certainement.

    L’argument selon lequel ces scènes ne représentent pas d’anecdotes, ne « racontent pas d’histoire », n’est pas pertinent en soi pour emporter l’adhésion. Comme vous le faites remarquer, cet art n’était pas destiné à l’exposition, il était caché, difficile d’accès, parfois difficile à déceler. Il n’était donc pas nécessairement destiné à la transmission d’une histoire, d’un mythe ou d’un évènement, et n’avait peut être pas à être narratif.

    Enfin, le rapprochement que vous faites entre syndrome d’Asperger et chamanisme me plait beaucoup. Il est exact que certaines qualités comme une vue et une ouïe particulièrement sensibles devaient être des atouts important aussi bien pour la personne qui en était pourvue, que pour le groupe auquel elle appartenait. Ici, j’ose même aller plus que vous : ces personnes n’ont pas nécessairement été utilisées par des chamanes, des n’ganga, des medicine-men, des sorciers retors, je pense qu’elles auraient pu le devenir elles-mêmes. Dans certaines cultures traditionnelles d’Asie septentrionale par exemple, il était admis que les chamanes sont des personnes « différentes », et un comportement qui serait considéré comme anormal ou excentrique chez n’importe quel autre membre du groupe, était non seulement accepté, mais attendu. Encore une fois, cela ne signifie pas que tous les chamanes aient été atteints d’une affection quelconque, ni que toutes les personnes déficientes aient pu devenir chamanes. Et s’agissant de sociétés tellement éloignées de nous, il ne peut bien entendu s’agir que d’une hypothèse invérifiable, en aucun cas d’une affirmation.

    Encore merci pour cet article

  18. Avatar de timiota
    timiota

    Grmbl

    Hypothèse Asperger/Autisme à lire en détail (plus tard)

    Mais attention à ne pas amalgamer « Asperger/Autiste » capacités géniales
    Le gros des Asperger n’a pas de capacité très remarquable, et surtout de la « cécité sociale ». Ils développent des spécialités parce qu’ils se concentrent naturellement sur un seul sujet, en général technique ou chiffrable, dont ils font à leur façon le tour.
    Leur perception originale est aussi un facteur important, mais il en transforme peu en artistes.

    D’un côté je suis bien content de voir « Asperger » mentionné sur ce site, car c’est une facette de l’humanité qui n’est pas à négliger,

    (il y a une relation lointaine avec notre « devenir prothétique » et notre « absence d’essence », notre « nature fondamentalement technique » de Stiegler , mais lui insiste sur le « milieu associé » où nous adoptons/apprivoisons les techniques et « hypomnémata » (supports de mémoire : langage, livres, médias,…, alors que pour un Asperger, l’association est minimale, repliée sur certains aspects, et c’est possible qu’alors, rarement, elle y atteigne au sublime. Il y a eu aussi une hypothèse « d’épidémie d’autisme » dans la Silicon valley liée à la reconnaissance des facteurs génétiques de l’autisme /syndrome d’Asperger, et à l’aspect favorable darwiniennement du milieu des ingés/programmeurs/geeks)

    De l’autre côté, je ne suis pas très content de voir « Asperger » associé à des talents hors norme, car ce n’est pas la question essentielle pour la grande majorité de ceux qui souffrent du syndrome.

    1. Avatar de timiota
      timiota

      Ca y est j’ai lu. Merci Paul (et Julien si je comprends bien)

      A froid, c’est bien équilibré, même si cela tire un tout petit peu du côté que je critiquais, le risque d’amalgame.

      Un point en passant, on attribue généralement aux philosophes la capacité de recul, d’interroger les choses en s’abstrayant de ce qui est trop évident.
      La fréquentation des Asperger & autistes oblige à faire soi-même un exercice au moins aussi difficile, relativiser tout ce qu’on croit évident dans la relation interpersonnelle parce que « câblé » dans les récepteurs d’empathie de notre cerveau, notre compréhension des regards et des gestes, des « hmmm » au téléphone, etc.
      Cela oblige aussi, par conséquent, à comprendre le type de société coopérative que nous voulons indépendamment de la variable « empathie ». Car le biais naturel est d’associer coopération à empathie. Alors que l’idéal pour la société est la coopération tout court, pour bien connaitre son environnement, ses ressources, les signaux qui sont envoyés par les hommes et par l’environnement en retour. On retrouve alors les différents significations du soin et de l’attention. Pour détecter les problèmes de valvulopathie du Médiator, il fallait une coopération formelle qui a fait défaut, pas plus d’empathie que ça. Mais le résultat probable de cette histoire est un fort capital d’empathie directe d’Irène Frachon, la vaillante pneumologue de Brest.
      Pour d’autres choses, comme la gestion de l’eau, la question est d’avoir accès aux
      signaux qui disent qu’on pollue alors qu’on laisse les eaux usées s’éloigner en aval de chez soi. Là aussi, cela demande attention, soin pour l’environnement, mais nulle empathie. Toutefois, le fait qu’un type que vous aimez bien vous dise, « va voir sous la mare à Antoine, si y a pas des batraciens un peu mal, après la pluie d’hier qui a emporté ton tas de pomme compostée », cela sera de l’empathie qui vous aidera à franchir le pas.
      On est bien une humanité à plusieurs étages, c’est à nous d’être nos propres chamanes. Cela passe à mon avis par un usage du cerveau qui réhabilite aussi la main (fut-ce à coup de Wii ? ca se discute), cette belle chose innervée qui tâte forme et matière. (Clin d’oeil au lecteur de Richard Sennett s’il s’en trouve).

    2. Avatar de Paul TREHIN

      Je suis bien d’accord avec vous il ne faut « pas amalgamer « Asperger/Autiste » capacités
      géniales. C’est à mon avis une déformation grave de la réalitédont j’ai blamé en personne plusieurs auteurs qui essaient de la propager.

      En revanche je suis moins d’accord avec l’autre idée « Le gros des Asperger n’a pas de capacité très remarquable, et surtout de la « cécité sociale  »

      Ces personnes ont des cacité remarquables même si elles ne sont pas extraordinaires comme celles trouvées dans le syndrome savant. J’ai d’ailleurs indique qu’on touve moins de personnes avec un syndrome d’Asperger que de personnes avec un syndrome autistique plus sévère dans les cas de syndrome savant.
      Par ailleurs les talents remarquables des personnes avec un syndrome d’Asperger sont souvent plus intellectuelles qu’artistiques, bien qu’il y en ait tout de même quelques unes avec des talents artistiques. Un des gros problèmes avec les personnes avec un syndrome d’Asperger c’est que les enseignants sont souvent déboussolés par des écarts cognitifs très surprenants. S’ils ne sont pas bien informés ils peuvent parfois prendre pour de la mauvaise volonté ce qui n’est dans un domaine particulier qu’une compétence moins forte que dans d’autres domaines
      L’hypothèse sur les facteurs de rapprochements génétiques de matheux , programmeurs eu informaticiens en Californie a été formulée par Simon Baron Cohen n’est pas complètement Aberrante mais pas non plus vraiment satisfaisante.
      Par ailleurs il fait partie des auteurs qui voient des autistes ou des personnes avec un Syndrome d’Asperger chez tous les scientifiques des sciences dures… Celui qui pousse le plus loin cette idée est le Dr Michael Fitgerald , qui refait à postériori des diagnostic de syndrome d’Asperger chez pratiquement tous les grands scientifiques , d’Archimède à Einstein en passant par Darwin, Mendel, Norber Wiener Gödel et bien d’autres. Je ne partage pas son analyse et le lui ai fait savoir…

      Ce qui manque aux personnes avac un syndrome d’asperger c’est un enseignment adapté par des éducateurs qui connaissent les forces et les limites de leurs élèves.
      Pensant à éviter les métaphores à moins de les expliquer, comprenant que le langage même très bon doit le plus souvent être interprété dans son sens littéral et que le langage des enseignants a aussi toute chance d’être interprété dans son sens litéral. Me trouvant un jour alité avec de grosses douleurs dans le dos il se trouve que quand le médecin est passé, le fils d’un de nos amis était dans le couloir de notre appartement quand le docteur m’a dit à voix haute de « rester cloué au lit » Le jeune homme s’est écrié avec un effroi sincère, « il faut pas clouer Paul au lit, il est gentil »
      Il faut aussi que les enseignant sachent qu’il n’y a pas de malice quand ces personnes disent ce qu’ils pensent être la vérité.

      J’ai eu la chance d’être accepté comme membre d’un forum ouvert par et pour des personnes autistes sachant lire et écrire dont beaucoup ayant un syndrome d’Asperger. Ils m’avaient appelé « Autistic friendly » « Ami des autistes » pour information ces personnes n’aiment pas l’expression « avec autisme » et lui préfèrent de loin l’expression « autiste » considérant que l’autisme fait partie d’eux même et que dire avec autisme semble dire qu’on pourrait retirer l’autisme et cela ne leur semble pas acceptable.
      L’expression « avec autisme » a été inventée par les parents américains « With Autism » selon une tendence politiquement correcte mais qui ne correspond pas aux attentes des personnes autistes elles mêmes du moins celles qui arrivent à s’exprimer par écrit ou oralement. Il y a d’ailleurs des tiraillements entre certaines associations de parents et certaines associations de persones autistes…
      J’ai moi même eu quelques discussions difficiles dans les associations de parents pour demander une représenation directe des personnes autistes dans les conseils d’administration mais c’est maintenant un acquis dans plusieurs associations nationales et à Autisme Europe dont j’ai été vice président.

    3. Avatar de timiota
      timiota

      Merci

      On est en gros d’accord, ça devient sémantique entre « très remarquable » et « remarquable ». Votre expérience est irremplaçable, et précieuse pour les autres.
      A votre façon, vous la sublimez.

      Dernier clin d’oeil lié à de vieux souvenir du Danubien dans l’Yonne, qui ont été ravivés récemment : l’autre jour, près d’ Arcy, j’ai revu en photo une des peintures de la grotte, dans le café du village d’à côté qui a servi de repaires aux fanas de ce lieu, non loin de la N6 (D1006). Le texte sous la photo de la peinture explique que la peinture,se fondant assez dans la roche, n’a été reconnue comme telle que il y a quelques années( 1996 ?), alors que Leroi-Gourhan lui-même et d’autres archéologues y sont passés devant pendant je ne sais combien de temps.
      Il s’en est fallu de quelques années qu’il ne la voie de son vivant….

      IL faudra aussi que j’aille voir en quoi Leroi-Gourhan avait tort selon ce que vous rapportez …

  19. Avatar de Papillon
    Papillon

    Avec un ami SDF (qui travaille et qui vote) -vous savez les « nouveaux pauvres »- on a décidé de laisser un message pour les générations futures: on va taguer sur un mur d’une banque ! Cela va représenter un gigantesque barbecue plein de billets qui brûlent avec une grille et des brochettes d’humains qui cuisent dessus. On a même trouvé qui se gave du festin ! On va dessiner la Terre, une grande bouche ouverte, avec deux immenses bras en forme d’arbres !
    Mais comme on n’a pas assez d’argent on va commencer par faire la manche…

  20. Avatar de desmond maurice
    desmond maurice

    je connais des gens incapables de dessiner au crayon et qui pourtant dessinent très bien avec cet outil antiergonomique qu’est la souris !

    les aptitudes artistiques et techniques de chacun ne dépendent pas des technologies passées présentes ou futures mais de l’individu et ce independemment de toutes considérations évolutives -c’etait vital de savoir tailler un biface pour découper le mammouth mais seul certains savaient le faire :

    un papou ,un amérindien ,un aborigène « vivants comme au néolithique » sauront très bien faire fonctionner une grue ou lancer une fusée après enseignement .

    la question des « idiots savants » pose la question du filtre de l’inconscient : tout geste parfait est dû au dépouillement de la conscience :

    une fois maitrisée la technique ne sert plus ,la réflexion devient réflexe !

    certains schizophrénes et autistes ont instantanément cette capacité de puiser dans leur mémoire (hyppocampe ?) sans inhibition de la conscience ;ils peuvent donc jouer du piano virtuose ,dessiner une ligne d’horizon ala newyork ou ala strasbourg sans que des décisions conscientes n’en parasitent l’execution .

    l’individu moyen de base lambda devra lui au prix d’entrainements acharnés (voir les kata d’art martiaux) , de méditation (zen,chant grégorien) ou , de réalité « amputée » ( circuit d’asservissement optoelectronique pour corriger les trajectoires de vol des avions de chasse, tout systeme informatique temps réel en fait ) ou de réalité « augmentée » (stress, plantes chamaniques ,transes) lever sa conscience sur ses capacités artistiques singulieres .

    et si on réflechit bien , les peintures rupestres (lascaux) ,un récit en summérien (gilgamesh) ou le dernier film en 3D surround (avatar) doivent etre équivalent en terme de puissance évocatrice :

    au fur et à mesure de la sophistication de la teknê , l’humanité exige toujours plus d’artifices pour le m^me résultat , en gros que ce soit pour de la comptabilité ou pour du divertissement ,les structures humaines évoluent pareillement s’eloignant de la simplicité et s’enferrant dans un système toujours plus complexe .

    est ce un progrès ? pourquoi cela semble inèluctable ?

    1. Avatar de timiota
      timiota

      Pas sûr que la distinction conscient/inconscient soit pertinente pour la « cécité sociale » qui est la base des syndromes du spectre autistique. (Sûr que non, mais je ne veux pas polémiquer, la notion de conscient étant élastique)
      Pour le lien avec les autres syndromes, et les validations/discussion d’une « théorie de l’esprit », le livre d’Uta Frith « l’énigme de l’autisme » (Ed. Odile Jacob) contient pas mal de ficelles, ficelles qui , je l’espère, feront évoluer votre point de vue.

  21. Avatar de Calimero
    Calimero

    Enfin quelqu’un qui comprend quelque chose à l’économie.
    Bravo Monsieur Jorion: je suis tout à fait d’accord avec votre point de vue sur la problématique de la concentration du capital. J’avais moi aussi prédit fin 2005 la crise bancaire qui allait surgir quelques années plus tard (première onde de choc).
    Je n’arrive pas à comprendre comment si peu d’individus n’ont pas senti la crise venir à cette époque. Tous les phénomènes de bulle finissent toujours par être corrigés.
    Les pays occidentaux sont aujourd’hui face à une grave crise structurelle.
    Y-a t’il aujourd’hui des chefs d’Etat capable de taper dans la fourmilière et de sacrifier leur image vis-à-vis de l’opinion publique par la même occasion?

  22. Avatar de Plouf!
    Plouf!

    Merci pour ce très beau billet
    J’imagine que notre conscience est née de l’empathie.
    Je pense aussi que notre civilisation se trompe dans sa bifurcation en sélectionnant le plus fort au détriment du plus faible.

  23. Avatar de Paul TREHIN

    Merci à tous pour vos commentaires, je vais prendre le temps nécessaire pour les lire en détail y répondre avec attention et sérieux. Ce sujet continue de me passionner Vos remarques et questions m’apportent énormémént.

    A bientôt pour des compléments d’informations qui essaieront de répondre à vos attentes.

    Cordialement.

    Paul

  24. Avatar de yvan
    yvan

    Hé hé.. Génial.
    Cela conforte mon point de vue sur les personnes reconnues comme « génie » dans l’antiquité.
    Et dont on cite encore les oeuvres et paroles qui reviennent de façon « subite » face à l’actualité.
    Passéiste… non, réaliste.
    Le cerveau humain est une machine merveilleuse qui demande, tout comme le climat, une absence totale de contrôle.
    Anarchiste, non. Diversité.
    Lorsque nous contrôlerons l’un ou l’autre, nous serons proches de l’extinction.
    Vouloir le contrôle total est juste un manque de confiance en soi.

    Aloteur : votre combat est juste. Et vous alimentez mon admiration pour des personnes dont un sens est ou est devenu inactif.
    La plasticité du cerveau se révèle de façon spontanée.
    Mais pour que l’humanité ne rejette pas des personnes différentes, il va falloir qu’elle devienne adulte.
    Et là, non seulement ce n’est pas pour tout de suite, mais…
    On s’ennuierait, non..??

  25. Avatar de Mike
    Mike

    Bonjour,

    Ah, ça nous change de ces comptes d’apothicaires…

    Quelques remarques :

    – les musiciens capables de jouer « dans le style de » sont plus nombreux que vous croyez… cela s’apprend.
    – la notion de génie est tout à fait subjective… d’ailleurs on parle plus volontiers de nos jours de « talent » ce qui nous ramène à la monnaie…
    – les études sur les groupes ( rats, fourmis, hommes, etc. ) montrent que dès que les conditions d’existence deviennent différentes – rendant généralement la vie plus difficile -, le collectif devient créatif. Cette créativité est conditionnée par la diversité des membres, on pourrait parler ainsi de l’ouverture du groupe. Ainsi un véritable système social idéal devra être à même de préserver ses minorités et surtout, de créer des difficultés « extérieures », susceptibles de renforcer la combativité et la créativité en son sein. Machiavel l’a déjà bien expliqué. Peut-être même est-ce là déjà un mode de fonctionnement banal du pouvoir. Mais pourrait-il le faire sans un secret absolu ?… je crois que oui, pour deux raisons. Primo parce qu’un tel mécanisme apparaît toujours comme trop complexe à la majorité des individus et qu’ainsi – deuxio – il est facile à désinformer. (cf m gaichel)
    – la diversité expliquée dans le paragraphe précédent explicite à mon sens le besoin d’ouverture, donc d’artistes au niveau social… mais pas au sens de singes savants ou de plagiaires de l’existant. Mais de vrais créateurs comme Vinci, Cervantes, Newton ou Edison… qui sont plutôt des continuateurs tatonneurs…
    – j’aime bien l’idée d’une mutation en cours… l’homme de demain se présentant sous la forme autistique, mongolienne, synesthésiste…. je crois fermement que, comme disait je ne me rappelle plus qui, le chaînon manquant entre le singe et l’homme, c’est nous.

    Merci pour l’article

    1. Avatar de Pierre
      Pierre

      Mike, NicolasTesla cet allumé total plutôt que cet escroc mercantile d’Edison…. Merci pour lui.

    2. Avatar de Mike
      Mike

      Je voudrai ajouter qu’un défaut de « fabrication » engendre toujours une compensation comme chacun sait… Bref comme l’a depuis longtemps démontré Piaget, il y a quasi toujours une marche vers l’équilibre.. Qui hélas se cassera tôt ou tard, pauvre condition humaine.

      Il y a cependant ce mystère : les gens talentueux qui bossent, ils sont très rares parce qu’ils réalisent plus aisément ce que les autres font en y mettant des heures de boulôt… et n’ont donc pas grand chose à prouver.

      Mais il y en a….. je pense à Roger Federer….

    3. Avatar de Mike
      Mike

      Ok Pierre, il me va aussi… joli exemple d’expatrié sorti de nulle part

    4. Avatar de pablo75
      pablo75

      @ Mike

      « ce mystère : les gens talentueux qui bossent »

      Mais le talent c’est ça: l’aptitude à un travail acharné.

      Idem pour le génie: vous en connaissez un qui n’ait pas travaillé comme un dingue?

      « J’ai beaucoup travaillé. Quiconque travaillera de la même façon arrivera au même résultat », disait Bach à la fin de sa vie.

  26. Avatar de juan nessy
    juan nessy

    Au delà de l’hymne à l’amour de la différence quelle qu’en soit la nature , et de la charge émotive qui vous est propre en écrivant ce billet , deux citations d’Oscar Wilde , si différent , parfois si con , si comme nous , quoi !

     » La beauté révèle tout parce qu’elle n’exprime rien ».

     » Le passé , c’est ce que l’homme n’aurait pas dû être , le présent , c’est ce que l’homme ne devrait pas être, l’avenir , c’est ce que les artistes doivent être . »

    Je crois qu’il y a environ un cas d’autisme plus ou moins prononcé pour 120 naissances en France.

    On est toujours l’autiste ( l’artiste ) de quelqu’un .

  27. Avatar de Pierre
    Pierre

    ce qui suppose que les autres membres du clan ou de la tribu avaient pris soin de la personne blessée suffisamment longtemps pour que les os se ressoudent,

    Non, pas forcément.
    Je vous cite le cas de la « Mémé Philo » la grand mère de ma femme. Les médecins n’en revenaient pas :
    En lui faisant à 80 ans une radio du coude, ils se sont aperçus, stupéfaits, qu’elle s’était fabriqué une nouvelle articulation du coude sous l’ancienne suite à l’ossification de celle-ci due à une méchante fracture à 25 ans !
    Elle était blanchisseuse, et elle avait continué à travailler comme si de rien était…..
    « On était « dures » à l’époque » leur avait-elle répondu.
    Son coude était un peu anguleux, mais parfaitement fonctionnel.
    Nos ressources sont insoupçonnable….

    1. Avatar de Génissel Samuel
      Génissel Samuel

      Je te crois, mais l’analyse des styles de dessins restent et les os ne peuvent témoigner d’autres handicaps.
      Ce n’est pas une démonstration mais lors de la perte d’un sens; le cerveau ce reconfigure pour que ceux qui étaient attribué à ce sens soit utiliser pour d’autres, cette capacité humaine peut avoir revalorisé le handicap, grâce à des personnes ayant de bonnes places dans le clan qui ayant été blessés (la vu, c’est le plus prédominant) on développé l’analyse d’autres sens (ouïe odorat) et mis en valeur le handicap (c’est un peu froid niveau empathie mais …)

    2. Avatar de Pierre
      Pierre

      Je n’ai pas été trop clair. C’est sa fracture qui lui servait d’articulation …… Alors que celle d’origine s’était calcifiée.
      Il est à remarquer que sa petite fille avait les coudes anormalement souple en rétroflexion.
      Un héritage « génétique »?

  28. Avatar de Germanicus
    Germanicus

    Je trouve votre texte fort intéressant, mais quel rapport avec l’économie?
    Il m’est arrivé de rencontrer des individus porteurs d’un talent exceptionnel (tels que vous décrivez; j’étais, dans ma première vie professionnelle médecin-psychaitre). Au cours de cette expérience professionnelle, j’ai rencontré, par exemple, un peintre exceptionnellement doué qui s’est spécialisé en la peinture des animaux domestiques – mais pour le reste il était cliniquement débile. Ou tel mathématicien doté d’un talent éblouissant, mais incapable de mener une vie civile normale (ce qui fait penser à l’albatros dans « Les Fleurs du Mal de Beaudelaire), et cétera. Je pense qu’il s’agit « d’anomalies » localisables dans le néo-cortex; la neuro-science nous donnera peut-être un jour la réponse.
    Mais en ce qui concerne l’art, elle avait toujours un rapport étroit avec le culte et cela depuis les temps les plus reculés. Cela a bien changé, aujourd’hui lart c’est avant tout du commerce, c’est devenu un affaire vénale, une évolution qui a été prédite à la fin du 19e siècle par le sociologue autrichien Simmel.
    Je pense que devrions retrouver cette notion du culte dans l’art (pas nécessairement liée à une réligion, ca peut être aussi le culte du beau et de sa voie d’expression) – nous l’avons perdu.

    1. Avatar de Paul TREHIN

      Ce texte n’est pas rangé dans le chapitre économie du blog de Paul Jorion mais dans le chapitre art ou anthropologie. C’est une des caractéristiques du bog de Paul Jorion d’être ouvert à de nombreux aspects de l’humanité…

      Je pense que bien des caractéristiques considérées comme peu favorables dans l’autisme peuvent engendrer des facilités artistiques qui bien sur doivent être encouragées et nourries.

      Par exemple, ce qu’on appelle le déficit de la théorie de l’esprit, c’est à dire la difficulté qu’ont la plupart des personnes autistes à percevoir ce que peut bien penser l’autre, capacité qui apparait chez l’enfant non autiste aux environs de 3 à 4 ans (de nombreuses études ont été faites à ce sujet et les publication abondent. Cela pose un problème dans la relation sociale mais dans l’art cela permet une indépendance vis-à-vis de l’opinion des autres… En groc cet art est créatif parce que a-conformiste bien au delà du non-conformisme ou de l’anti conformisme. L’anti conformisme se réfèrant tout de même à une norme sociale même si c’est pour s’y opposer. En étant a-conformiste l’art des personnes autistes peut être réellement créateur. Permettez moin de citer Margaret Boden, une philosophe des sciences qui a beaucoup réfléchi sur la créativité et sur la possibilité d’une créativité dans ce qu’on appelle l’intelligence artificielle:

      [La créativité forte, c’est quand] “le monde a évolué de manière différente non seulement de la manière dont nous pensions qu’il le ferait, mais même de la manière dont nous pensions qu’il le pourrait.”
      Margaret Boden

      Hard Creativity
      [It is when] “the world has turned out differently not just from the way we thought it would, but even from the way we thought it could”

      M. A. Boden, « The Creative Mind, Myths and Mechanisms », Basic Book, 1992

      Comme je le disais plus haut l’anti conformiste reste d’une certaine manière assez prévisible en s’opposant à l’existant, l’a-conformiste lui, va où il veut ignorant les conventions sociales…

      L’aspect répétitif de certains dessins ou exercices musicaux n’arrête pas outre mesure les efforts des personnes autistes… Oui, comme pour les autres artistes le talent est insuffisant, il faut beaucoup travailler pour arriver à donner une impression de facilité.

      Bien d’autres caractéristiques de l’autisme qui sont généralement considérées comme défavorables pourraient être au contraire utilisées de manière à faciliter certains apprentissages. C’est le thème de ma plus récente intervention en conférence et de mon plus récent article publié dans les actes du Congrès international d’Autisme Europe à Oslo en 2007. Disponible sur mon site. Me contacter si vous n’arrivez pas à vous connectez à mon site web, j’ai quelques problèmes techniques car il est hébergé sur un vieux PC qui me sert de serveur à la maison… paul.trehin@orange.fr

    2. Avatar de Pierre
      Pierre

      L’intelligence artificielle n’est-elle pas actuellement autiste ?
      Elle se moque de ce que l’on peut penser d’elle, et aurait « évolué de manière différente non seulement de la manière dont nous pensions qu’elle le ferait, mais même de la manière dont nous pensions qu’elle le pourrait.” dans l’espace temps biologique et intellectuel qui est le notre…..

      Je connais bien « les artistes ». Ils sont infréquentables au quotidien……… 🙂

    3. Avatar de Jérémie
      Jérémie

      Je trouve votre texte fort intéressant, mais quel rapport avec l’économie?

      Pourquoi vouloir souvent ramener tout à l’économie ? Personnellement j’avancerais que le tout économie sur terre ne rend pas moins les êtres autistes de l’autre surtout à partir d’un certain standing de vie, voir le bon exemple de conduite de nos élus divers,

      Quand on aime et glorifie plus que l’économie, on aime plus rien d’autre et c’est alors le monde des affaires, le monde de la finance, de la gestion bancaire, de la politique prend alors toute la place dans l’esprit des êtres,

      En plus dans un tel monde d’autistes, de dirigeants comment voulez alors mieux faire accepter la différence, c’est l’information, la suggestion, le conditionnement de plus en plus grand des êtres, peut-être bien qu’au coeur le plus refoulé de nos sociétés se trouve la réelle réponse à nos problèmes de changement,

      C’est peut-être aussi un peu de cela, ce que l’auteur à voulu nous dire à travers sa propre histoire personnelle et l’autre aspect de son billet,

      J’aime bien la soupe que vous me servez aujourd’hui c’est vrai que ça change un peu de l’ordinaire, ça nous ramène un peu plus à l’homme, mais je préfère quand même pour le bien de la ruche, la cuisine me permettant davantage de me nourrir et de bien m’alimenter question d’économie surtout,

      L’économie c’est devenu tellement devenu si vital de nos jours à l’antenne, aux informations, dans nos têtes, nos coeurs, on se demande d’ailleurs comment les êtres sur terre pourraient réellement perdurer sans elle, la bien folle fausse sagesse du monde qui ne rend d’ailleurs pas moins les êtres autistes et cela à des degrés plus ou moins divers,

    4. Avatar de Jérémie
      Jérémie

      @ Pierre

      Je connais bien « les artistes ». Ils sont infréquentables au quotidien………

      Et certains bons programmeurs n'en parlons même pas, surtout que tout le monde ne maîtrise pas le langage cobol et autres …

      A quand alors une meilleure interface de liaison entre le monde d'en haut et le monde d'en bas l'écart devient si grand de nos jours, faisons surtout bien plus attention à sauvegarder nos précieuses en premier,

    5. Avatar de Germanicus
      Germanicus

      A Paul Trehin:
      Meci pour vos précisions. Le phénomène de l’autisme est peu connu, donc on ne peut que saluer vos contributions.
      En tant que psychiatre, je faisais travailler les patients « internés »: dessin et écriture essentiellement. Puis je me suis penché sur la psychologie de la création. La création, qu’elle soit artistique ou non, est un champ de refléxion passionnant. Il existe de nombreux travaux consacrés à ce thème.
      La création fait appel aux processus cognitifs complexes, elle est également exigeante quant aux structures de la personnalité, telles que la stabilité émotionnelle (« Ich-Stärke » en allemand, terme freudien) et la persévérance. Il n’est pas facile d’être créateur, on passe par des phases de doute sur soi-même et sur son oeuvre, de déstabilisations et de frustrations, parfois durables. Les créateurs sont aussi, selon mes observations, des hommes/femmes de syntèse, je veux dire: il faut avoir la capacité de réunir de nombreux éléments pour en former un nouveau  » tout « . JS Bach faisait la synthèse entre la musique italienne, francaise et allemande, Einstein profitait de son séjour en Suisse pour étudier des documents de recherche pour en extraire et formaliser des synthèses nouvelles……
      C’est donc dans ce cadre d’observations que vous recherches attirent mon attention.

    6. Avatar de Germanicus
      Germanicus

      Jérémie
      « Pourquoi vouloir ramener tout à l’économie2
      C’est la raison pour laquelle je me permets de participer de temps en temps à ce blog. Il offre une autre vision de l’économie, loin des sentiers battus. Et j’adore ca, les sentiers non-battus.

  29. Avatar de Jérémie
    Jérémie

    Mettons alors un peu plus d’autistes du marché à l’ouvrage !

  30. Avatar de Génissel Samuel
    Génissel Samuel

    je me disais petit, tout génie est une tare, c’est marrant je le formulais plus vis-à-vis d’un Einstein humaniste mais solitaire (et pas forcement un bon père) de tout ces inventeurs qui passent un peu à coté de leurs proches et qu’ils n’arrivent pas à corriger, mais c’est vrai que l’autisme est une forme plus exacerber de tare (social) qui doit s’accompagner de génie, l’autisme est un peu l’ermite d’un désert qui peut le rester en société et l’additionner à: l’humanisme est la place des plus faibles pour donner comme résultat une clef de notre évolution est surprenant mais très bien vu, le peu d’image, en souvenir, de ces grottes trouvent une signification (mais j’aurai toujours un faible pour ces mains de différentes couleurs ocres additionnés) .
    le rôle des différences où un handicap comme regard nouveau serait un sous-titre plus actuel, l’individualité devenant l’égo.
    Ce serait bien que cette article donne de la couleur à l’usure de ces parents d’autiste

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