RAPATRIER LE CAPITAL SOUS LA DEMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

François Leclerc nous restitue l’analyse que fait Philippe Legrain du mauvais diagnostic que les États de la zone euro font de la crise financière qui les frappe. La politique financière de la zone euro est engagée sur un contresens quant à la nature du capital, du crédit, de la monnaie portée par l’État de droit. Le contresens est construit par la dissociation internationale spéculative entre l’économie réelle et l’économie politique du Droit divisée entre ses nationalités souveraines. Le Droit est simplement rendu inapplicable par la circulation anarchique des capitaux libellés en dollar sur lesquels les États-Unis n’exercent aucune responsabilité d’un bien commun qu’ils réduisent à leur seul périmètre de souveraineté. « le dollar est notre devise et votre problème ». De ce désordre monétaire international, découlent les paradis fiscaux par lesquels les zones monétaires se disputent les capitaux financiers qui garantissent leur solvabilité domestique et internationale. Pour mettre fin à la destruction en cours de la civilisation par l’anarchie monétaire et à la prédation financière, il est nécessaire et suffisant que quelques vraies démocraties organisent un marché international d’option qui alloue le capital au crédit d’anticipation de la réalité vérifiable. Ce marché deviendrait l’étalon universel de toutes les monnaies et restaurerait la fiscalité du capital comme prix de l’État de droit.

Insolvabilité structurelle de la finance non régulée

Le système bancaire mondial, et plus particulièrement l’Européen et l’Étasunien, est devenu insolvable par l’accumulation de mauvaises créances. Des créances qui financent de faux actifs ou des actifs dont le prix réel est bien inférieur à la valeur comptable nette des crédits bancaires. Parmi les débiteurs défaillants des banques, figurent des personnes privées, des entreprises et des États. S’il est possible à une banque de conserver dans son bilan des créances au-dessus de leur valeur réelle, c’est qu’il n’existe pas de critère objectif absolu pour apprécier le niveau de défaillance d’un débiteur et la valeur réelle d’un actif. Même si la loi et les contrats financiers définissent des critères, ils ne sont pas applicables sans l’interprétation qu’en retient le créancier et sans le jeu du rapport de force entre les créanciers et les débiteurs. Entre les débiteurs et créanciers du système bancaire et monétaire prévaut actuellement un équilibre de destruction réciproque dont le résultat ne peut plus être un mouvement collectif de création de valeur mais la conquête d’un délai de survie plus long que celui de concurrents voués à la disparition.

Quand les débiteurs défaillants sont trop nombreux ou trop défaillants pour une même banque, le rapport de force s’inverse entre l’esprit d’objectivité de la valeur comptable bancaire et la subjectivité des intérêts particuliers réunis sous un bilan comptable de banque. Les conflits potentiels d’intérêt entre la banque et ses contreparties prêteuses et emprunteuses se déplacent à l’intérieur de la collectivité des débiteurs et à l’intérieur de la collectivité des créanciers. Les gros débiteurs ont par leur taille le pouvoir de faire disparaître la banque par leur propre insolvabilité. Ils tendent par conséquent à apparaître comme solvables et liquides par définition en dehors des normes appliquées aux petits emprunteurs. Au passif de la banque, les actionnaires entrent en conflit direct avec les déposants et créanciers sur la comptabilisation du prix des pertes latentes. Le réalisme financier exige normalement de faire peser sur les actionnaires le prix négatif des anticipations non réalisables comptabilisées dans les crédits. Le prix du capital bancaire est alors dévalué ce qui impose aux actionnaires d’apporter de nouvelles liquidités pour permettre à la banque de continuer à fonctionner en toute sûreté. Si les pertes sont niées ou dissimulées, elles sont portées par les déposants et créanciers de la banque à travers le risque que le marché financier retire sa confiance et cesse tout concours supplémentaire nécessaire à la liquidité des dépôts bancaires.

Capture financière de la responsabilité bancaire

Il existe donc des configurations de bilan bancaire où la valeur de la transformation des dettes bancaires en crédits est captée par les gros débiteurs indépendamment du prix réel de leurs emprunts. Ces mêmes débiteurs acquièrent la capacité de se retrouver actionnaires de fait sinon de droit de leur banque. Les gros débiteurs captent la responsabilité bancaire par la menace de leur propre défaut. Ils obtiennent par la banque des liquidités sans rapport avec leur production réelle de richesse. Ils n’ont pas à fournir toutes les informations qui rendent probable la réalité de leur solvabilité mesurée dans les crédits effectivement obtenus. Cette liquidité est réinvestie dans le capital de la banque pour contrôler sa direction et dans des garanties de crédit plus ou moins explicites qui maintiennent la liquidité bancaire sur le fil du rasoir. Les garanties de crédit présentent l’avantage spéculatif d’immobiliser peu de liquidité réelle pour une liquidité nominale évaluée dans un rapport de force qui supprime toute autonomie de jugement des dirigeants bancaires officiels. La chaîne de contrôle de la décision bancaire se construit en toute opacité dans des contrats financiers de gré à gré emboités les uns dans les autres par des intermédiaires dédiés domiciliés dans les paradis fiscaux.

Les primes réellement payées dans ces enchaînements d’option et les coûts en risque, les pertes potentielles non identifiées, qu’elles induisent sont invisibles et non qualifiables de manière à supprimer toute objectivité à l’évaluation finale du capital effectivement alloué à la banque. Nominalement tout est légal et contractualisé. Une situation de fait est créée où la multitude des déposants et créanciers bancaires est prise en otage par une minorité de gros débiteurs qui s’accaparent un capital comptable fictivement fabriqué par des contrats financiers. Ces gros débiteurs sont les sociétés multinationales et gros investisseurs implantés dans les paradis fiscaux. S’y ajoutent depuis 2007 les États eux-mêmes mis en faillite par la spéculation initiée à partir du capital accumulé dans les paradis fiscaux.

La mécanique subprime qui a provoqué la mise en faillite du système bancaire officiel et de leurs États garants a consisté à placer des actifs sur-valorisés dans le système bancaire dont la valeur en capital était implicitement négative. La prime d’option du capital implicitement détruit est détenue dans les paradis fiscaux. Les spéculateurs financiers extra-nationaux ont construit un puissant effet de levier entre les dettes nominales inscrites au passif des bilans bancaires et la réalité du capital investi dans les banques. La crise déclenchée à l’été 2007 a fait progressivement apparaître les pertes en capital bancaire qui ont fait flamber les primes d’option cachée détenues dans les paradis financiers. La contrepartie réelle de la valeur des options cachées de capital bancaire est la disparition complète de la confiance entre les banques elles-mêmes entre les incidents de liquidité sur les actifs subprime en 2007 et la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Financiarisation totale de la réalité objective et subjective

La captation par du capital non bancaire de la responsabilité dirigeante du crédit bancaire a initialement été cantonnée aux banques d’affaires et aux fonds d’investissement spéculatif. Les produits dérivés ont ensuite massivement contaminé de 2002 à 2007 tous les portefeuilles d’investissement des banques de crédit avec des actifs toxiques dont la valeur réelle est non objectivement calculable. La crise mondiale de liquidité bancaire a obligé les banques centrales des pays développés a contaminé leur propre bilan avec des actifs fictifs en collatéral de l’émission monétaire. Les États garants des banques centrales et de la solvabilité bancaire en dernier ressort ont accumulé des engagements de hors-bilan pour garantir les monnaies et les dépôts à vue dont le risque est porté par les systèmes bancaires. Engagement de hors-bilan signifie pour un État la promesse politique de prêter quoiqu’il arrive la valeur réelle qui pourrait manquer aux banques pour prouver qu’elles sont bien solvables et par conséquent liquides. Cette promesse a montré toutes ses implications financières réelles quand les États ont dû signer des garanties de crédit à leurs banques en pleine débâcle mondiale provoquée par la cessation de paiement de Lehman. L’étendue des garanties vendues étant non calculable, les actionnaires du système bancaire ont bénéficié de subsides publics gratuits égalant la perte toujours non calculée de capital bancaire.

Le monde financier a constaté que les États pouvaient vendre des garanties de crédit bancaire à des prix très inférieurs à la valeur réelle des risques de crédit encourus sur des dettes reconnues.  Les risques ne sont pas exhaustivement identifiables à cause de la dissimulation des risques réellement achetés par des centres de décision qui se dérobent à leurs engagements. Les États sont eux-mêmes garantis sans limite financière par leurs contribuables. Ils sont acheteurs des primes de risque sans prix que représente le prélèvement fiscal potentiel sur toute la valeur réelle. La menace non mesurable de faillite bancaire généralisée est un formidable levier pour capter toute la réalité sous-jacente aux États de droit. Le crédit public est capté par le crédit bancaire, lequel est déjà capté par du capital comptable aux mains d’intérêts privés dissimulés dans les paradis fiscaux à l’abri de tout contrôle public. Toute la valeur réelle financiarisée peut être captée par la production spéculative de prix nominaux achetés par du capital fictif issu du crédit forcé. Le phénomène est parfaitement intégré par les acteurs de la financiarisation de l’économie déréglementée. Toute règle d’évaluation peut s’acheter ou se vendre. Une régulation publique se vend en retirant des capitaux du marché où elle s’applique. La législation des critères de la liquidité et de la solvabilité s’achète par l’endettement international de l’autorité publique qui en est responsable.

Le travail asservi au capital financier par la dette

Les États entraînés dans le surendettement par le renflouement des banques sont capturés par le capital expatrié. Ils se mettent en situation de capture objective de la politique monétaire normalement autonome des banques centrales obligées de faire la liquidité de la dette publique. La puissance publique première débitrice du système financier capture la politique de risque de crédit du système bancaire. Il n’est plus aucune objectivité possible dans l’émission des crédits qui soit proportionnée à la valeur réelle anticipée. L’évaluation du capital effectivement alloué à la sûreté à terme des crédits n’est plus calculée par différence à la valeur réelle concrète à terme mais par rapport à la norme abstraite à respecter. Tout le système bancaire et financier mondial comptabilise des créances sur l’économie réelle non pas pour la financer mais pour produire comptablement le capital qui permette de prétendre qu’il n’est pas en faillite. Toute la réalité économique est intermédiée par le crédit non pas pour mesurer la rentabilité des investissements mais pour contrôler la répartition de la valeur ajoutée entre le travail et le capital.

La négociation entre offre et demande réelles de biens et services n’a plus pour but d’anticiper la valeur à terme ni de calculer le capital à investir pour transformer toute l’offre le travail disponible à la production. L’intermédiation financière inverse la finalité réelle du marché en définissant le capital financier investi par un taux de rentabilité arbitraire. Ce taux sans justification réelle détermine le crédit à mobiliser selon une évaluation arbitraire implicite du risque encouru. Le crédit détermine la dépense réelle et non le revenu réel distribuable aux salariés après garantie effective des anticipations économiques par le capital. La majoration financière du capital effectivement investi spolie les salariés de l’intégralité de la valeur ajoutée qu’ils produisent. L’insuffisante rémunération du travail est nominalement compensée par le crédit afin de soutenir la demande qui absorbe toute l’offre. Le crédit bancaire central stimule l’offre de capital au bénéfice du système bancaire par la liquidité quasiment gratuite. Le système bancaire stimule la demande de capital de l’économie réelle par la rareté artificielle des financements qu’il accorde. Il augmente la rentabilité de son propre capital en abaissant le coût effectif de sa propre capitalisation.

Crise de désintégration de la cause politique du crédit

La spoliation financière de l’économie réelle est produite par l’absence de marché transparent du capital. L’offre et la demande sont en asymétrie d’information au profit de l’intermédiaire financier qui dispose seul d’une capacité d’analyse des prix réels par les règlements qu’il effectue en monnaie. Comme premier débiteur du système bancaire et producteur de la réglementation bancaire, la puissance publique consomme du capital bancaire en ne réglant pas le coût réel du risque qu’elle représente pour l’économie réelle. Les États restituent nominalement le capital consommé en n’obligeant pas le système bancaire à comptabiliser la réalité de ses pertes et celles de ses actionnaires. La cause première de la crise financière est l’absence de règle effective d’appréciation objective du capital financier nécessaire à la couverture des risques du crédit bancaire. La spéculation s’est développée sur l’absence de limitation intrinsèque au système de la production nominale de crédit par les produits dérivés. Les dérivés de crédit substituent des engagements de hors-bilan à des crédits réels impliquant des flux monétaires explicitement comptabilisés. Le retournement, comme celui de l’immobilier étasunien, des secteurs de l’économie réelle sous-jacents à des volumes non consolidés de dérivés ont provoqué l’accumulation de pertes au-delà du capital réellement disponible dans le système financier.

La compétition financière internationale interdit qu’un crédit accordé soit objectivement garanti par un capital exposé à la perte latente de non-réalisation à terme de l’objet financé. Cette perte latente a une probabilité d’autant plus forte de se produire qu’elle est sous-estimée à l’origine du crédit par un emprunteur et un banquier implicitement protégés par le capital collectif de l’État de droit d’un pays évolué. L’aléa moral explicite n’est nullement encadré quand les pertes peuvent être discrètement imputées aux créanciers et déposants bancaires ou aux petits débiteurs par la liberté laissée au banquier d’évaluer lui-même le prix d’incertitude de ses anticipations. Les règles prudentielles de couverture des risques bancaires par un ratio fixe de capital sont purement formelles. L’unité notionnelle du risque à couvrir, calculée sous la responsabilité du seul banquier qui en est à l’origine, est de fait invisible et incontrôlable. Depuis l’entrée en vigueur en 1988 des normes internationales de Bâle, toutes les grandes faillites sont intervenues sur des opérateurs correctement capitalisés selon la règle. Lehman Brothers avait nominalement tout le capital nécessaire à la poursuite de ses activités au jour de sa cessation de paiement.

Virtualisation financière des obligations réelles du capital

Les réglementations financières sont inopérantes par la confusion sous les mêmes opérateurs des activités de crédit et des activités d’investissement. Le risque de la réalité économique concrète se confond avec le risque de la mesure abstraite du crédit. Les opérateurs financiers imputent le coût du risque et allouent le capital selon leurs intérêts prioritairement à celui de leurs contreparties. Le capital produit la plus-value avant que les crédits qu’il garantit soient intégralement remboursés. La monnaie adossée au crédit est de ce fait émise en abus de l’intérêt général à la couverture intégrale du risque. Les souverainetés nationales trop rigoureuses dans le contrôle de la création monétaire sont contournées par la circulation internationale des capitaux non juridiquement contrôlée. Le financement des investissements par des opérateurs étrangers échappant aux autorités nationales interdit une évaluation du risque économique distincte du risque de crédit. Les crédits qui en résultent peuvent être monétisés en n’importe quel lieu loin des autorités nationales légalement responsables de la liquidité juridique de la monnaie utilisée.

Enfin, la conversion d’une monnaie dans une autre est totalement libre sans information réelle des banques centrales engagées et des États qui les garantissent. Les États nationaux sont contraints de se combattre pour attirer des capitaux internationaux flottant que le système financier alloue aux offres de rentabilité nominale et non réelle les plus élevées. Ces capitaux financiers sont exemptés de fiscalité alors qu’ils bénéficient de la protection du capital réel sous-jacent. Le capital financier flottant n’est pas domicilié là où réside le capital humain et physique qui est la source véritable de la rentabilité financière. La rémunération fiscale de l’État de droit qui protège l’investissement réel du capital est artificiellement minimisée. Le prix de la valeur ajoutée distribuable en salaires supporte la charge fiscale nécessaire à la rentabilité du capital. La délocalisation du capital financier entraîne la délocalisation de la plus-value hors de l’espace juridique où le travail transforme le capital physique sous la protection effective du Droit.

Déflation par le risque, inflation par la monnaie

La faillite de Lehman Brothers a mis en lumière par l’accroissement des déficits et des dettes publiques des pays développés la distorsion financière de la localité du capital réel. Les pertes de crédit des investisseurs financiers dans les économies développées sont imputées aux finances publiques, aux salariés et aux industries non financiarisées et non délocalisables. La circulation des capitaux sans règles internationales partagées de couverture des engagements de crédit livre les monnaies aux intérêts financiers spéculatifs. Les prix de l’économie réelle sont volatilisés. La plus-value financière issue du calcul de la variation anticipée des prix est majorée par une volatilité délibérément produite pour détourner la plus-value réelle. Le résultat de l’investissement du capital humain de connaissance du physique est soustrait à ses bénéficiaires légitimes.

Le système monétaire et financier est actuellement en déséquilibre endogène explicite entre le crédit qu’il affiche comptablement et le capital réel qui soutient la valeur des anticipations financières et la masse monétaire en circulation. La dissimulation du capital financier dans les paradis fiscaux interdit l’affectation des pertes non calculables à des emprunteurs identifiés insolvables. Les créanciers du système bancaire menacés par la dévaluation réelle de leurs créances actives et l’instabilité des prix à terme réduisent leurs investissements au niveau de risque qu’ils peuvent réellement assumer sans compromette totalement des revenus réels futurs qu’ils perçoivent en baisse. Le chômage, la sous-activité et le pessimisme diffusent dans les pays développés dont la compétitivité relative n’est pas redressée par l’ajustement des parités monétaires avec les pays émergents excédentaires en réserves de change. La disproportion dans les zones monétaires de réserve entre la masse des crédits et la base économique réelle croît inexorablement. Le risque implicite non couvert par du capital grignote la valeur réelle des monnaies. La déflation par l’insuffisance de la demande réelle menace concomitamment à l’inflation issue de la dévalorisation des monnaies.

L’État de droit démantelé par le surendettement

Afin de dissimuler son insolvabilité croissante, le système financier se concentre afin d’internaliser l’évaluation des risques de crédit et en virtualiser le prix. La concentration financière accroît les asymétries d’information ; donc la production comptable de capital par la surévaluation du crédit réel. Les États sont obligés d’accepter la concentration juridique du capital pour accéder à la liquidité en dépit de l’insolvabilité qu’ils portent avec les banques. La pression sur les salaires s’accroît pour compenser l’évasion du capital financier dans les paradis fiscaux. Pour abaisser le volume des crédits distribués en monnaie créditrice, les revenus de la production passée sont dévalués par le retrait des services publics et de la solidarité sociale publique. Le revenu distribué du travail baisse afin de reconstituer rétroactivement la base de capital qui couvre les crédits en cours. Le raisonnement financier quantitatif inverse la réalité du temps en cherchant à adosser les crédits à une recomposition comptable du passé substituée à une appréciation de la valeur à venir réellement engagée et effectivement en cours de production. Le calcul financier de la réalité économique par les États et les banques masque la valeur actuelle de l’investissement et du travail pour lui substituer une reconstitution du partage passé de la valeur ajoutée entre le capital et le travail.

Le calcul financier rétroactif se substitue à l’examen de la réalité économique observable pour forcer la démonstration d’un crédit actuel dont le risque soit équilibré. La réalité économique du travail et de l’investissement se met à remonter virtuellement le temps. Les droits économiques sociaux financés par un niveau de fiscalité et de prélèvement inchangé sont remis en cause pendant que l’investissement réel fuit dans les pays créanciers du système financier où les droits sociaux sont moindres. La concentration financière sert à limiter les points de contact entre le calcul financier et la réalité économique humainement vérifiée. Tous les prix sont dictés par la certification du crédit en cours et de la monnaie en circulation et non par l’évaluation de l’équilibre économique entre l’offre et la demande des objets réels. L’équilibre général des prix entre les différents objets de valeur, entre les différents sujets de production et entre le présent et le futur est arbitré par des centres de décision propriétaires d’une rationalité économique invérifiable par la collectivité. L’économie mondiale est en voie de privatisation totalitaire. Un système de planification centralisée se met en place au nom d’une rationalité financière rendue inaccessible au citoyen.

Dissociation spéculative de l’économie et du Droit

L’idéologie de la guerre économique substituée à un principe d’égalité réelle des droits économiques permet la dissociation de la mesure financière du capital d’avec sa réalité physique humaine et matérielle. Le capital peut circuler sans sa structure juridique démocratique. Le crédit est alloué sans obligation égalitaire de garantie. Les monnaies nationales sont émises hors de l’égalité des droits sous-jacente aux souverainetés politiques démocratiques. Le capital financiarisé par le calcul peut être représenté par un prix en crédit de monnaie sans que le travail et le droit humain par lequel il fructifie soient publiquement vérifiables. Les paradis fiscaux et le secret bancaire dispensent de fait les intermédiaires financiers de s’interroger sur l’origine conforme au bien commun des fonds qu’ils abritent. L’application du Droit est divisée entre des régimes de souveraineté juridique différents. La monnaie matérialise par nature la valeur de droits positifs échangés au fil du temps dans des objets entre des sujets de droit. S’il n’est pas possible de garantir la réalité à terme et actuelle du Droit sans un capital constitué à l’origine de toute promesse de prix, alors le capital reste suffisant pour combler un défaut objectif de réalité à terme du crédit promis dans le prix.

Le capital qui permet le crédit en monnaie d’un prix juste entre tout acheteur et tout vendeur ne peut pas être seulement de la matière physique ni seulement du droit nominal abstrait. Il doit représenter une réconciliation de la réalité abstraite jugée droite avec la réalité concrète physique objective. Cette réconciliation entre le concret économique et l’abstrait politique doit être possible non seulement pour le propriétaire du capital qui a droit à la plus-value, mais aussi pour l’emprunteur de la valeur. Tout emprunteur de quelque statut qu’il soit doit avoir droit au prix à terme économiquement juste de ce qu’il produit et à la réalité physique de son intégrité personnelle, intégrité qui s’applique à l’objet qu’il utilise actuellement pour produire à terme. La symétrie réelle des droits du prêteur sur le prix et de l’emprunteur sur la réalité est la condition et la conséquence de l’allocation du capital physique et juridique aux acteurs de la valeur. Bien évidemment, cette allocation détermine le partage des revenus entre le travail et le capital. L’intermédiation financière qui maîtrise la rationalité de la matière à sa valeur conceptuelle ne doit pas pouvoir dissocier le capital en droit du capital en matière concrète. C’est par ce moyen qu’elle s’attribue la richesse sans avoir à rendre compte de sa production effective de valeur.

Le capital finalisé par la certitude du crédit en monnaie

Le détournement financier de la valeur au profit d’une minorité ploutocratique résulte de la division de l’espace juridique en monnaies nationales non légalement convertibles entre elles. Cette division s’opère par des espaces de dissimulation du capital financier à ses obligations fiscales de légalité. Il est ainsi impossible d’aligner dans un même espace monétaire, tout le droit qui définit la comptabilité de la valeur, tout le capital qui garantit réellement la comptabilité de la valeur à terme et tout le pouvoir politique qui contrôle l’alignement de la réalité au Droit par le prix. Si la démocratie existe vraiment quelque part dans le monde, le saut cognitif est modeste qui redéfinit le capital comme prix de la valeur qui garantisse le prix de la réalité contractualisée par du crédit. Ce principe fonde un marché universel de la valeur qui n’est pas simplement comptable mais pleinement humaine. Un tel marché financier transnational ne serait pas la fiction idéologique qu’il est actuellement mais la réalisation effective de l’égalité des droits à la valeur et aux revenus concrets de la valeur effectivement produite. Si le capital est dans la réalité la prime librement négociée d’un crédit librement négocié d’un objet librement négocié sous une loi librement négociée, alors le capital appartient aux sujets humains qui travaillent effectivement à réduire dans la réalité l’incertitude de la valeur du futur.

Un marché transparent de l’information humaine des objets de la valeur nommément identifiés entre les mains de leurs auteurs véritables fait exister matériellement le capital réellement investi. La finalité du capital investi est de matérialiser l’effort humain de connaissance de la valeur à terme vendue par des prix en monnaie. L’ouverture d’un tel marché dans l’espace des démocraties réelles existantes instaure un système financier étalon. Ce système fabrique de l’objectivité financière par la responsabilité humaine qui sépare le risque du crédit par la réalité à terme. Ce système sépare le crédit de l’investissement par l’intermédiation de marché qui est dépositaire de l’information de réalité du capital, c’est à dire du capital effectivement mis en garantie de la réalité des prix engagés à terme. La séparation rationnelle du risque et du crédit par le prix d’un objet conforme au bien commun s’opère par la technique financière de l’option. L’option est négociable entre trois personnes : l’acheteur de l’objet réel, le vendeur du droit à l’objet et l’acheteur de la garantie du prix à terme de la valeur en droit de l’objet. L’option met en relation rationnelle les sujets de la réalité, de la valeur et du prix par la certitude réalisable du crédit dans le capital.

La monnaie sous-jacente à l’option de la réalité marchande

Un marché commun transnational d’option est transparent au droit s’il subordonne toute négociation de prix à l’élection explicite par toutes les parties d’une législation nationale définissant l’objet négociable en conformité avec une justice. Cette obligation de domiciliation juridique de tout objet financier annule l’effet matériel de la dissociation conceptuelle entre un objet et son prix. Cet effet de droit est obtenu par la domiciliation obligée de l’intermédiaire financier international dans une nationalité juridique. Cette obligation est créée par un étalon monétaire du prix défini comme unité de compte nominale sous-jacente à des options. Toute option négociée par un intermédiaire financier transnational inscrit dans un régime de souveraineté légale contrôlé par un État de droit national crée de la liquidité en puissance. Par l’unité de compte du prix négociée entre des parties de nationalité quelconque placées explicitement à égalité de droit par l’élection d’une même juridiction nationale, il est possible d’établir une monnaie multinationale en acte sous l’autorité d’États de droit nationaux qui s’engagent à appliquer leur droit à des non-résidents. La condition impérative à cette égalité universelle de droit indépendante de la nationalité des personnes est la négociation de la prime du prix nominal sur le marché commun transnational d’option ; afin de garantir l’objectivité du prix par le respect d’un même droit quelle qu’en soit la nationalité.

La matérialisation de l’existence impérative d’un droit commun par une monnaie sous-jacente à la comptabilité impérative d’un capital sous un droit national supprime le motif des paradis fiscaux. La fiscalité redevient dans l’espace international le moyen de financer la légalité des engagements de crédit par la propriété du capital investi dans la réalité. Dès lors qu’il existe une monnaie transnationale commune de comptabilité du capital impérativement soumis au coût d’une légalité nationale, les zones monétaires n’ont plus besoin d’accorder des exemptions fiscales au capital pour capter la garantie de la valeur réelle domestique et internationale de leur monnaie. La définition de l’étalon monétaire transnational comme valeur unitaire d’un prix à terme garanti par une prime d’option offre une sécurité parfaite aux créanciers internationaux. Les réserves de change peuvent être couvertes par la souscription de primes d’option du prix à terme des actifs sous-jacents quelle que soit leur nature. La sûreté du crédit n’est plus le résultat d’un calcul invérifiable d’un intermédiaire financier mais le capital explicitement investi par des sujets de droit dans la valeur à terme d’objets cotés en transparence sur un vrai marché. La démocratie garantit la valeur par l’égalité des droits humains même pour les ressortissants de régimes politiques non démocratiques.

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99 réflexions sur « RAPATRIER LE CAPITAL SOUS LA DEMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. PSDJ a un problème d’expression, les lecteurs ont donc naturellement une difficulté de compréhension. L’hermétisme n’est pas une vertu c’est plutôt une infirmité.
    i.e.
    « Il existe donc des configurations de bilan bancaire où la valeur de la transformation des dettes bancaires en crédits est captée par les gros débiteurs indépendamment du prix réel de leurs emprunts ».
    La formule gagnerait à être rasée par Occam !

    1. Je vais pas râler, c’est mieux je trouve, le besoin de précision reste, ou alors c’est juste la lecture des autres billets qui permettent de mieux comprendre.

    2. A PSDJ,
      Pour la plupart, on sent bien que vous êtes animé par une profonde réflexion et une forte envie de la communiquer. Poursuivez, on va s’y faire (certains, ce qui n’est pas mon cas, ont déjà appris votre « langue ») et vous ferez bien quelques progrès à parler la nôtre. Le sujet en vaut la peine.

    3. @ PSDJ
      On ne se refait pas et c’est très bien ainsi.
      La vulgate financière est commentée au Café du commerce

    4. Le style roman est épuré, le style baroque est alambiqué mais ce petit défaut dans la perle (barocco) fait tout son charme, non?
      Un style financiarisé pour mieux coller au sujet. Passage obligé pour le lecteur s’il juge que le fond vaut le détour.

    5. Sur le fond, c’est sans doute un des meilleurs billet que j’ai lu sur le blog.
      Sur la forme, je rejoins l’avis d’autres personnes surtout sur les derniers paragraphes que je trouve abscons.
      Ceci dit, peut être que c’est la fatigue ou le fait que je commence à apprendre votre langue comme certains semblent le penser.

    6. Rien qu’en lecture en diagonale c’est certainement un billet dont le contenu est majeur et qui, en ce qui me concerne, nécessite d’être imprimé (9 pages) et lu à l’aube. C’est l’âge sans doute, encore que.
      Suggestion : compléter en début (top/down) ou en fin, par une synthèse sous forme de langage procédural par exemple ou mieux par un croquis, je rêve sans doute.
      Mais c’est ainsi que le procède pour d’autres articles pour essayer de tirer la « substantifique moelle » et surtout permettre un rappel rapide de l’essentiel plus tard, quitte à redescendre ensuite à la cave.

    7. Merci pour le format PDF, la présentation est plus adéquate et en prime on dispose d’un document électronique que l’on peut également annoter et y effectuer des mises en évidence.

  2. je me suis arrête avant la fin ( on aura beau dire le grand air tout ça, mais la taille des pommiers n’aide pas à la concentration), mais y à une rigueur implacable et global, en lisant je me suis dit faut envoyer ça à tout les parties tous les députés (voir au niveau Européen), et pourquoi pas les enseignants en économies, même si un tiers seulement fait l’effort de le comprendre, à partir de là, je crois qu’on aura jamais une démocratie aussi consciente depuis des décennies.
    J’aime bien:
    « Toute règle d’évaluation peut s’acheter ou se vendre. Une régulation publique se vend en retirant des capitaux du marché où elle s’applique. La législation des critères de la liquidité et de la solvabilité s’achète par l’endettement international de l’autorité publique qui en est responsable. »

    l’ensemble (enfin j’en ai lu 2/3) est logique et a-politique (sans idéologie) mais cela met bien avant la république.

  3. « (…)Cette obligation de domiciliation juridique de tout objet financier annule l’effet matériel de la dissociation conceptuelle entre un objet et son prix. Cet effet de droit est obtenu par la domiciliation obligée de l’intermédiaire financier international dans une nationalité juridique. Cette obligation est créée par un étalon monétaire du prix défini comme unité de compte nominale sous-jacente à des options.

    Et vous comptez vous y prendre comment pour faire passer cette obligation de domiciliation juridique de tout objet financier et instaurer votre étalon?

    1. @Idle,
      Idéalement, il faudrait que les Allemands financièrement vertueux s’arrêtent de prêter à leurs partenaires européens. Les Allemands ou les pays en défaut sortiraient temporairement de l’euro en revenant aux anciennes monnaies. Le résultat devrait être de réévaluer la monnaie des Allemands par rapport à la monnaie des pays commercialement ou financièrement déficitaires. Comme l’Union doit demeurer, il faudrait alors négocier en accord de change pour stabiliser les nouvelles parités à un taux de change qui opère un partage des efforts : échange de compétitivité commerciale et financière contre perte de change des banques et épargnants allemands.

      Pour que cet accord de change fonctionne, il faut que les conditions du nouvel équilibre soient vérifiables et contrôlables par toutes les parties. Celui qui dévalue ne doit pas infliger de trop lourdes pertes de change à celui qui réévalue ni ne doit adopter une parité de change surévaluée par rapport à ses capacités réelles de redressement des échanges extérieurs. Il n’est qu’une seule possibilité de trouver et de maintenir un bon équilibre de change dans un partenariat coopératif, c’est de jouer la transparence réciproque de ses comptes. Cela signifie enregistrer ses principaux contrats dans une unité de compte neutre non manipulable par une partie aux dépens de l’autre.

      Le marché d’option multinational est une chambre de compensation des obligations financières qui ne peut pas fonctionner sans l’enregistrement des engagements à compenser. La sûreté de la compensation impose la négociation de prime sur toute engagement de crédit qui en garantisse le règlement à terme. Une fois établies les conditions et les règles de l’équité et de la transparence entre partenaires européens, il n’est aucune difficulté à ouvrir l’application et le bénéfice de ces règles au non-européens. La compensation des crédits et des risques est subordonnée aux seules règles européennes d’équité et de transparence qui utiles et justes pour les Européens peuvent l’être pour tout intérêt de n’importe quelle nationalité.

      La Chine qui achète des obligations européennes peut ainsi bénéficier d’une couverture de change et d’une couverture de crédit sur le marché européen multinational d’option. La Chine ou tout autre pays obtient par ce marché la mesure exacte des risques pris et des efforts financiers à accomplir pour protéger ses réserves de change et défendre sa parité nationale par rapport à un étalon monétaire de valeur réelle stable.

    2. @PSDJ :

      C’est un schema qui pourrait plaire à Jean Pierre Chevènement .

       » une fois établies les conditions et les règles de l’équité et de la transparence entre partenaires européens … » : établies ou acceptées, voire subies , par nécessité ?

      Ce  » on se dit tout , on se cache rien  » est-il imaginable au delà de deux partenaires ?

      Sur le fond et en supposant que le modèle séduise , n’y a-il pas un risque que la contractualisation initiale entre partenaires économiquement inégaux , ne soit en fait la contractualisation du maintien permanent de cette « avance de l’un des partenaires » , un peu comme la nature a favorisé la matière plutôt que l’anti-matière lors du big bang ?

      Dans quelle langue contractualise-t-on ?

    3. @juan-nessy,

      Le principe de l’option généralisée est de tout garantir non par des mots mais par des prix. Tout acheteur et tout vendeur est garanti par une personne acheteuse du risque de la bonne fin de la transaction. Ce qui est absolument transparent, c’est la livraison et le règlement finaux d’un objet visible de valeur attesté par le marché. Toutes les causes amont de la valeur se négocient entre l’acheteur et le vendeur de chaque objet intermédiaire sous l’arbitrage de l’acheteur de la prime. Le degré de transparence et de sincérité de la chose et du prix est le résultat de l’équilibre obligé entre trois. Si le vendeur cache ce qu’il vend, il s’expose à la réclamation de l’acheteur qui actionne immédiatement le garant qui se retourne sur le vendeur.

      Le garant acheteur de la prime à l’origine de la transaction a tout intérêt à obtenir tout ce qu’il peut obtenir sur la nature de son risque. Si le vendeur est cachotier, personne ne peut le garantir et il doit assumer tout le risque de sa vente jusqu’à son terme. La présence neutre de l’intermédiaire de marché dans la relation tri-partite entre l’acheteur, le vendeur et le garant de toute transaction est destinée à constater le plein accord entre les parties avant toute production de prix nominal à terme. L’intermédiaire de marché est dépositaire des termes du contrat. Il fait le départ entre l’information qui est propre aux parties et à leurs intérêts intimes et les informations générales qui sont nécessaires à l’établissement d’un prix de marché honnête pour toute contrepartie acheteuse. L’intermédiaire de marché s’interpose entre l’acheteur d’une part, le vendeur et son garant d’autre part pour garantir qu’un prix soit négociable et qu’il porte sur un objet vrai livrable à l’échéance déposée dans le marché.

      L’intermédiation de marché par une personne morale spécifique à ce rôle abolit la confrontation directe entre acteurs inégaux. Le capital d’un intermédiaire de marché transnational doit servir de provision à toute réparation d’un préjudice de marché. Si une partie s’estime manipulée par de fausses informations circulant par le marché ou lésée dans son achat par la dissimulation d’informations substantielles sur l’objet acquis, elle sollicite le juge judiciaire qui examine le processus de négociation et arbitre la réalité et le prix du préjudice. L’intermédiaire de marché règle immédiatement l’indemnité et se retourne sur les procédures qu’il applique ou vers les dissimulateurs qui se sont ménagé des avantages indus d’information à ses dépens. La justice démocratique garantit l’égalité des droits entre les faibles et les puissants sur un marché qui n’appartient à aucune nation ou intérêt particulier.

    4.  » …tout garantir , non par des mots mais par des prix …. »

      Il fut une époque où c’était la même chose , et « donner sa parole  » ou ‘ toper là  » était le signe de la garantie sinon la garantie elle même .

      Mais quand les mots prononcés ou écrits n’ont plus de prix , que mettre à la place ?

      Pour le coup je me suis replongé dans la signification originelle de  » garant » :

       » En 1080 , participe présent du verbe « garir » , issu de francique « warjan » : désigner quelquechose comme VRAI ( cf en allemand « wahr » = vrai ) , tiré d’une racine indo-européenne « wer » reprise par le latin « verus » ( vérité) . »

      Vérité , réalité , prix , garantie ….. On n’en sort pas !

      Mots et prix n’ont ils pas les mêmes forces et faiblesses , celles du symbole .

      Ce symbole (  » sumbolon » , ce tesson , objet coupé en deux ) qui prétend associer la réalité à la vérité humaine , instrument d’une recherche et d’un déchiffrement pour Paul Ricoeur , danger pour Oscar Wilde , illusion de réalité portée sous une forme « anémiée » par des mots à « l’agonie » selon Cioran .

      Mais l’humanité peut elle avancer autrement qu’à travers des symboles ?

    5. @juan nessy,
      Parfait cette vérification du sens de garant. Le garant manifeste que la vérité vient de l’engagement humain dans l’attestation de la parole d’un autre. L’engagement se symbolise non pas seulement par le prix mais par la personne qui garantit le prix de la réalité de l’objet garanti. Le symbole réunit l’objet et les sujets de la réalité dans la vérité qu’ils choisissent solidairement.

  4. Impeccablement exact! Techniquement, cela se matérialise par un serveur mondial abritant la base de données des options négociées enregistrées, résultat de la négociation de la prime du prix nominal et donc hôte du marché commun transnational d’option garantissant ainsi l’objectivité du prix par le respect d’un même droit quelle qu’en soit la nationalité.

  5. Tous les prix sont dictés par la certification du crédit en cours et de la monnaie en circulation et non par l’évaluation de l’équilibre économique entre l’offre et la demande des objets réels.

    La monnaie matérialise par nature la valeur de droits positifs échangés au fil du temps dans des objets entre des sujets de droit.

    Le capital qui permet le crédit en monnaie d’un prix juste entre tout acheteur et tout vendeur ne peut pas être seulement de la matière physique ni seulement du droit nominal abstrait. Il doit représenter une réconciliation de la réalité abstraite jugée droite avec la réalité concrète physique objective.

    La conservation de l’energie reste une constatation jamais mise en defaut pour l’instant. Elle se manifestera sous differentes formes, parfois accesibles a l’esprit humain, parfois impenetrables (les chemins de …). Just think’in.
    Je loue votre effort pour essayer de faire comprendre au quidam les rouages (roueries) du systeme financier actuel. C’est juste une folie parasitaire sur la putrefaction des monnaies fiduciaires devenues completement virtuelles moyennant intelligence « artificielle » (c’est le mot et le sens qu’il faut avoir a l’esprit). Ca me rappelle un documentaire « Life » ou des nematodes et autres opportunistes se ruent et proliferent pour extirper l’energie restante dans le cadavre (autre fois merveilleux specimen) gissant au fond de l’ocean. Ce qui est putrescible ne deviendra JAMAIS de l’ARGENT.
    Question a deux (trou de) balles: pourquoi on en est la? Ceux qui font le travail de Dieu (Blankfein et autre Blythe Masters) se rendent compte qu’ils sont juste des trou du c.. ? Ou etant donné le progres technologique et militaire (AI comprise) ces dieux modernes nous montrent leur colere car nous doutons de leur dieu « argent ». Ces specimens se considerent vraiment immortels (par procuration).

    1. « Ce qui est putrescible ne deviendra jamais de l’argent », mais peut devenir du pétrole rien ne se perd, tout se recycle ou presque.

      Comme le propose Mr Friot, rémunérons la qualification dans l’emploi, et non pas le travail fourni sur des critères quantitatifs.

      La force et le temps passé à faire ne sont plus des référentiels pour déterminer une valeur, la mécanisation et l’industrialisation des biens de consommations concourants à la productivité.

      Et si cette productivité aboutissait à ce ratio, tout gain de productivité est une perte d’humanité,contribuant à la soit disant virtualité de la monnaie. La monnaie ne peut être virtuelle 1 vaut 1 garantie dans son émission par l’état souverain. Seule la contre-partie objet accessible avec cette monnaie est virtuelle, par le nombre de billets échangés pour acquérir l’objet con – voi – té pas dans la merde. Mais cette quantité de 1 arrive toujours dans les mêmes poches, c’est donc un problème de répartition, la répartition il n’y a que çà de vrai pour nos humanités.

      Il faut juste changer ce référentiel de valeur

    2. Mon commentaire precedent se termine donc avec des propos peu honorables vu la qualité du raisonnement proposé par Pierre Sarton du Jonchay.

      Pendant la lecture du billet, je me suis donné du courage avec un rouge de bourgogne (experience que j’assimile aux voyage chamanique car on peut sentir une autre réalité par destructuration synaptique).
      J’ai du voyager un trou de ver trop loin (mur de réalité). N’empeche, les trous de balle ont deja fait beacoup de cadavres a travers le monde; d’ou mon irritation envers ces gouverneurs.

      Toute ecriture est un encodage de la perception qu’on se fait de la réalité. Les symboles (formes copiées de la réalité), precedant l’ecriture, c’etait une maniere de metre en forme la réalité perceptible. De nos jours on touche du doigt (0 ou 1 digital) a la dualité de Shakespeare.
      Je sens que je suis =/= je pense donc je suis.

      La perfection formelle n’a pas de sens. Si vous vous sentez exclu de la compréhension de ce texte, c’est qu’il est formellement imparfait. Le fait est que la forme tire le sens. Ne vous arrêtez-pas à la forme maladroite de ce texte pour que nous puissions en tirer du sens. Les choses sont plus simples quand nous ne nous laissons pas abuser par des apparences. La spéculation masque la matière de ses fins (finalité de la spéculation) avec des formes (mathématiques et littéraires). Elle nous fait croire que la forme est la fin et nous interdit par là de réaliser nos fins dans la matière (expropriation de la plus-value). Ainsi s’accapare-t-elle les effets en annulant le sens du langage (aliénation) qui forme notre matière par nos fins.

      C’est plus que brillant. Tout le texte est ainsi fait. Il faut faire l’effort de comprendre si non on ne peut que regarder a travers la réalité de quelq’un d’autre toute sa vie. Il ne faut pas adherer aux ecrits de PSDJ comme de n’importe quel autre personnage. Il faut asimiler cela a votre propre moyen de raisonner. Et ensemble nous formeront alors une societé plus sage. Ceux qui font des etudes sont parfois animées de cette interogation et contemplation. Mais beacoup se sacrifient sur l’autel d’un dogme ideologique par manque de perseverance et par defaut de raisonement. Chaq’un a sa petite pierre (PSDJ) unique a apporter a l’edifice de la raison et fin humaine. Le probleme c’est que aujourd’hui le discours dominant (1984) a une emprise quasi-totale sur la grande majorité des electeurs (les « electerons » se deplacent en fonction des potentiels appliques sur les reseaux informationnels, la masse servant juste de reservoir a potentiel inerte).

      Ce billet merite d’etre lu plusieurs fois car c’est comme aprendre une langue, on la connait jamais si on baigne pas dedans. Et au fur et a mesure on peut devenir croptologue.

  6. bonjour monsieur Pierre Sarton du Jonchay

    il me semble que vous vous voulez réparer le système actuel en vous attaquant au symptome monétaire.

    Cette crise actuelle n’est-elle que financière, politique ou monétaire.

    Ne s’agit-il pas aussi d’une crise économique liée probablement à une raréfaction des matières premières. C’est la raison pour laquelle il faut rechercher une réponse plus générale.
    Le système actuel fut adapté à des pays à vocation maritime, les pays émergents sont des pays continentaux.

    Il me semble que compte tenu de la raréfaction des matières premières il convient de leur accorder une grande valeur. La qualité des produits fabriqués ne doit-elle pas être favorisée. Faut-il une quantité d’objets pour vivre?

    Votre réponse intellectuelle à la crise monétaire repose sur des mots, des lois, des réglements. Or tout ceci peut être masqué par une abondance de mots de telle sorte que les principes sous jacents sont oubliés. On se perd dans le flux constant de mots. Je crois que l’esprit doit être bridé par le corps; les théories expérimentées. L’étude des conséquences physiques de ces expérimentations peut alors permettre une évolution des esprits. Les mots doivent retouver un sens concret.

    1. @François2,
      D’accord avec vous. Mon propos est justement de refonder la monnaie comme interface de limitation réciproque de l’esprit et du corps, du physique et du métaphysique. Comme vous le dites, il nous faut expérimenter cette hypothèse. Le marché commun multinational d’option est un concept en fait simple par rapport à la complexité financière que nous atteignons dans cette crise. Il n’est pas compliqué d’en expérimenter l’hypothèse. Au pire cela ne ferait que l’Xème plan de consolidation et de relance qui ne donnerait pas les résultats annoncés. Mais si ça marche, nous changeons de paradigme. Car nous retrouvons la possibilité d’interpréter les réalités physiques concrètes comme la raréfaction des matières premières mais plus encore la valeur de l’humain qui transforme la matière.

    2. Si vous admettez que la terre est ronde et qu’epsilon s’en échappe, les matières premières et recyclées sont inépuisables.
      Nous sommes alimentés en énergie par du nucléaire solaire gratuit que nous stockons gratuitement depuis des milliards d’année sous forme de vie et de jus de vie(pétrole).
      Nous récoltons cette énergie sous forme de gaz et d’huile.
      Nous pouvons récolter les algues à l’origine des huiles dans les chenaux de marées où elles prolifèrent, nous pouvons même les améliorer et les récupérer en continu par filtration en pompant sans relâche avec des pompes solaires. Nous les raffinerons pour en tirer les hydrocarbures dont nous avons besoin.
      Concentrons nous et réduisons les voitures et tout ira mieux.

  7. Entre les débiteurs et créanciers du système bancaire et monétaire prévaut actuellement un équilibre de destruction réciproque dont le résultat ne peut plus être un mouvement collectif de création de valeur mais la conquête d’un délai de survie plus long que celui de concurrents voués à la disparition

    J’adore cette phrase, et rien que pour celle là, j’apprécie vos interventions, sinon je suis comme beaucoup, je trouve vos billets un long et j’avoue que je n’ai pas tout lu, et pourtant je sens bien que votre esprit est clair et votre pensée enrichissante.

    Je me remémore en vous lisant une « leçon » que j’ai apprise à 30 ans, que j’ai toujours beaucoup de mal à mettre en oeuvre, car je suis (comme vous probablement) d’un esprit assez systémique et que j’ai le sens du détail.

    A la suite d’ une mission de diagnostic industriel dans une mine au Ghana, je préparais mon rapport en anglais (sur le site), mon collègue de l’époque (vieux routier de ce genre de mission) me regardait en rigolant m’échiner avec mon dictionnaire et mes tonnes de notes. Il me montra alors 3 feutres de couleurs (nous n’étions pas, à l’époque, prisonnier de power-point) et me dit,  » p’tit gars, te fatigues pas trop, c’est pour un directeur, si tu veux qu’il comprenne, 3 idées, pas plus, et de la couleur) ».

    Ceci dit, continuez comme vous le sentez.

    Cordialement

  8. Pierre Sarton du Jonchay

    Je vous comprends bien cependant mon opposition me semble etre plus fondamentale, je dirai plus vitale.

    Ainsi vous voulez reformer l’esprit par l’esprit. Il me semble que cela est une voie sans issue, une course effrénée pour aller dans le vide. L’être humain n’arrive pas à se satisfaire de son corps aussi va-t-il sportivement l’entrainer à se surpasser, hélas il ne fait que le martyriser et porte ensuite les stigmates de ses erreurs spirituelles.

    Il me semble que vous voulez ajouter des lois à des lois et encore des lois. Il faut-il pas plutôt redonner des reponsabilités aux hommes. Il me semble que la vie nous indique à être responsable de nos actes. Nos actes nécessitent la présence de corps.

    Le monde économique repose sur des hommes responsables corporellement. Il convient de reponsabiliser corporellement les représentants du peuple.
    Il me semble qu’il est possible de se cacher derrière des lois.

    N’est ce pas ce que signifie la nouvelle gnose d’Abellio ( avec un grand sourire ). Spiritualiser le corps pour corporaliser l’esprit et ensuite faire une spirale ascendante. Despiritualiser le corps entraine ensuite une décorporalisation de l’esprit dans une spirale descendante vers l’enfer du néant.

    Avec tous mes remerciements pour votre forum qui m’a permis de m’exprimer.

    1. Je suis assez d’accord avec tes messages, mais il y a une chose que tu oublies, nos politiques économistes ou autre ne comprennent pas tout les rouages et pense rarement à leurs potentiels de détournements pour des dominants, par conséquent rappeler la crise et démonter chacun de ces rouages pour en trouver les dysfonctionnements et les détournements ne peut nuire à la construction d’une nouvelle horloge, mais il est vrai que ce sont les humains qui s’organisent autour du temps (ou de l’horloge), il n’empêche si celle-ci fonctionne correctement, les hommes ont plus de chance d’arriver à votre objectif (corps esprit)

    2. La spirale descendante ne provient-elle pas d’une rupture radicale entre le corps et l’esprit ? La spirale ascendante n’est-elle pas la réconciliation du corps et de l’esprit ? Pourquoi un marché corporel transparent ne peut-il être le lieu de cette réconciliation individuelle et collective ? Pourquoi la monnaie en quoi sont fabriqués les prix ne peut-elle avoir pour condition la valeur du corps et de l’esprit réconciliés ? Pourquoi poserions-nous la monnaie comme l’appel du néant ? Si ce n’est pour laisser quelques-uns s’emparer de notre réalité.

    3. François2

      C’est ne pas ainsi que je vois la démarche de PSDJ.
      Il me semble que vous associez au projet de PSdJ une conception formaliste du droit ou purement légiste de la société.

      Ici la démarche est clairement politique puisqu’il s’agit de faire revenir le capital dans le giron de la démocratie. Le politique précède le droit. Et la connaissance précède le politique. Et c’est un corps-esprit, celui de Pierre Sarton du Jonchay, qui éprouve en lui-même la nécessité de penser l’économie politique. Nous-mêmes, en nous sentant concernés par ses propositions pouvons exercer nos sens des responsabilités. Comment pourrait-on responsabiliser les hommes si il n’y a aucune substance, aucun projet pour lequel nous puissions nous sentier responsables ?
      La responsabilité reste un voeux pieux si elle n’a pas d’objet, ici le bien commun.

      On pourra critiquer les limites de l’exercice sur le strict plan de la philosophie politique, considérer que le capital est une notion antinomique de la démocratie, mais somme toute ce qui est proposé est un réel un progrès par rapport à l’existant, rien que pour cela les propositions de PSDJ méritent d’être soutenues.

      Le droit n’est que le moyen que se donne le politique pour transformer la société, pour la rendre viable et plus juste à un moment où la civilisation est en péril. Or ceux qui font le droit sont des êtres en chair et en os, ce sont des corps.
      Nous ne sommes plus à l’époque du droit divin. Le droit est l’affaire des hommes, dans la Cité et dans l’histoire.

      La spiritualisation des corps n’est pas à chercher dans un quelconque ordre ou mouvement spirituel. Elle se trouve déjà dans le mouvement qui nous conduit à penser le monde, celui dans lequel nous vivons tous.

  9. Nominalement tout est légal et contractualisé

    La prise d’otage est avérée
    Le solution pour en sortir est ellt-meme tout aussi claire : saisie
    Cf. F. Lordon

  10. @Pierre Sarton du Jonchay

    Cher Monsieur, je suis admiratif de la profondeur de votre réflexion. Cependant, en tant que « Formateur et Pédagogue », et sans oublier la finalité de ce blog qui se veut à finalité pédagogique, vous me permettrez de vous faire quelques suggestions simples.

    Vos écris sont d’une remarquable profondeur qui méritent par fois de clarifier la signification de certaines expression que vous employez afin que le lecteur puisse accrocher le véritable sens que vous donnez à votre expression.

    Ensuite, il serait salutaire, pour le public non initié qui vous lis, de rédiger des phrases un peu plus courtes et parfois d’illustrer vos propos avec d’exemples permettant d’illustrer les liens qui s’opèrent en rapport avec l’idée que vous développez.

    Enfin, il serait peut-être opportun, de délivrer vos réflexions en déclinant vos articles en 2,3 ou plusieurs partis afin de permettre au lecteur « non avertis » la possibilité de s’approprier au fur et à mesure la substance de votre analyse et propositions.

    Adopter un style un peu plus « journalistique » je pense que ne pourra que bénéficier au contenu remarquable de vos analyses.

    Voilà quelques suggestion en toute amitié et fort reconnaissant du travail que vous nous proposez en partage..

  11. Sur le fond,je ne puis me prononcer ,je n’ai pas tout compris ,je suis congénitalement,en difficulté avec les abstractions qu’elles soient mathématiques ou littéraires .Sur la forme, il y a chez vous un désir de perfection formelle qui pousse la coquetterie jusqu’à vous débarrasser d’une grande partie de votre lectorat.Je me souviens avoir rédigé une très modeste thèse et avoir été profondément mortifié des coupes et modifications demandées par mon superviseur.Le fait est qu’en France, une grande partie d’entre nous sommes restés très attachés à la forme,tout particulièrement aux vertus de notre propre prose.

    1. Piotr,
      La perfection formelle n’a pas de sens. Si vous vous sentez exclu de la compréhension de ce texte, c’est qu’il est formellement imparfait. Le fait est que la forme tire le sens. Ne vous arrêtez-pas à la forme maladroite de ce texte pour que nous puissions en tirer du sens. Les choses sont plus simples quand nous ne nous laissons pas abuser par des apparences. La spéculation masque la matière de ses fins (finalité de la spéculation) avec des formes (mathématiques et littéraires). Elle nous fait croire que la forme est la fin et nous interdit par là de réaliser nos fins dans la matière (expropriation de la plus-value). Ainsi s’accapare-t-elle les effets en annulant le sens du langage (aliénation) qui forme notre matière par nos fins.

  12. Bonjour,

    Vos idées sont vraiment intéressantes, et méritent d’être comprises, débattues et diffusées. Mais pour ce faire, comme l’ont déjà mentionné plusieurs personnes ici, il faut rendre votre travail accessible au « plus grand nombre ». Je crois dur comme fer au principe des « niveaux de lecture »:
    – Vous écrivez d’abord comme d’habitude votre texte, aussi complet et détaillé que vous le souhaitez.
    – Puis vous séparez le texte en « paragraphes ». Chaque paragraphe porte alors un gros titre, bien visible en gras et grosses lettres: bravo, c’est ce que vous avez déjà fait ci-dessus.
    – Enfin, en gras mais en caractères plus petit, sous le titre, vous devriez mettre le résumé du paragraphe. Un résumé très très succint, simplifié, abordable par n’importe qui. Une ou deux phrases, forcément incomplètes et approximatives, mais incarnant le « coeur » de ce que vous voulez que les gens retiennent.

    Ainsi les lecteurs qui survolent les articles verront les « gros titres », si quelque chose leur parle ils liront le petit résumé, et s’ils veulent la démonstration de ce que vous avancez ils pourront lire le texte lui même. Ce faisant, beaucoup plus de gens seront incités à lire l’article entier au final. Et la compréhension de vos textes sera facilitée par le résumé préalable…

    Les bonnes idées méritent d’être lues, et donc d’être abordables pour le maximum de gens!

    1. Manquer de temps, cela se comprend. A vous de décider s’il vaut mieux prendre le temps d’écrire un article sur de multiples sujets (et ne pas avoir le temps de le « résumer »), ou s’il vaut mieux limiter la taille de l’article (et faire les « résumés » que je mentionnais).
      Etre synthétique, ce n’est pas tant un talent qu’un effort douloureux mais salutaire. Rassurez vous, beaucoup de gens (moi y compris) ont beaucoup de mal à le faire. Pensez aux bénéfices: nous sommes en démocratie, plus vous parviendrez à convaincre de lecteurs, meilleures sont les chances qu’ils « voteront avec discernement »

      Souhaiter que certains lecteurs « résument » pour vous aider certains passages comporte deux risques majeurs: les erreurs d’interprétations et la mise en valeur d’autre chose que le « coeur » de l’idée que vous vouliez communiquer. Voici un exemple de ce que les « résumés » en tête de paragraphe pourraient donner, pour votre article (vous verrez ce que je veux dire par « risques d’interprétation »)

      => Insolvabilité structurelle de la finance non régulée
      -> L’insolvabilité du système bancaire mondial est devenu une lutte à mort entre débiteurs et créanciers, dont les armes sont l’opacité du système et les rapports de force.
      Lorsqu’une banque fait défaut, il y a discorde entre les intérêts des différentes parties: gros débiteurs contre petits débiteurs, déposants et créanciers contre actionnaires, etc.

      =>Capture financière de la responsabilité bancaire
      -> Les gros débiteurs utilisent une forme de chantage (chantage de faire couler la banque en faisant défaut) pour obtenir non seulement des fonds, mais aussi renforcer leur pouvoir sur la banque. Ils accaparent ainsi le capital des banques en créant au passage un système totalement opaque. Les Subprime aux USA ont illustré comment les spéculateurs financiers ont tiré partie de cette situation

      =>Financiarisation totale de la réalité objective et subjective.
      -> Les produits dérivés toxiques se sont répandus partout dans le système bancaire. La Crise a alors obligé les Etats, pour éviter l’effondrement total du système, à prendre sur eux la garantie des actifs toxiques. Les grands gagnants ont été les financiers et les actionnaires: les Etats se sont endettés pour sauver le système, mais cette même dette les rend désormais esclaves du système financier. Toute tentative de régulation est punie par la fuite des capitaux hors du pays. L’Etat de Droit a les mains liées.

      => Le travail asservi au capital financier par la dette
      -> Les Etats endettés perdent leur capacité à décider réellement des politiques monétaires et économiques. Pour obtenir des rentabilités insoutenables normalement, le Capital désormais seul maitre à bord spolie les salariés, et masque l’insolvabilité générale pour que le jeu continue.

      => Crise de désintégration de la cause politique du crédit
      -> Il n’existe aucune mesure ou loi internationale efficace pour gérer le Risque bancaire. Ce risque est sous-évalué par les acteurs financiers eux-même, car ils spéculent en le sous-estimant. Toute règle prudencielle a été sacrifiée à l’autel de la compétition financière internationale.

      =>Virtualisation financière des obligations réelles du capital
      -> L’absence de vraie réglementation financière, alliée à la libre circulation des capitaux, aboutit à un système inique ou le Capital a tout le pouvoir au détriment des individus productifs. La mise en concurrence financière des pays les uns contre les autres aboutit à un jeu de dupe: le risque sur le Capital est couvert par les Etats, mais les Etats ne sont plus rémunérés correctement pour couvrir ce risque.

      => Déflation par le risque, inflation par la monnaie
      -> la Crise a récemment montré que le Capital, ayant tout pouvoir sur les Etats, peut désormais faire endosser les pertes aux Etats, et vampiriser les fruits du travail. Les petits épargnants, voyant leur niveau de vie grignoté inexorablement; adoptent une attitude pessimiste (déflationniste), alors même que les monnaies se dévalorisent (inflation).

      =>L’État de droit démantelé par le surendettement
      -> Pour survivre, le système financier presse les Etats à réduire les salaires, démanteler les services publiques, et arrêter les subventions sociales. L’argent ainsi « économisé » va alimenter les gros détenteurs de capitaux, installés dans les pays moins-disant socialement. L’économie mondiale est en voie de privatisation totalitaire, sans que les citoyens comprennent se qui se trame.

      =>Dissociation spéculative de l’économie et du Droit
      -> La Finance a réussi à faire pencher la balance en faveur du prêteur (rentier), au détriment de l’emprunteur (travailleur), et cela envers et contre toute notion juste du Droit et de la justice économique.

      =>Le capital finalisé par la certitude du crédit en monnaie
      -> Le détournement financier de la valeur au profit d’une minorité ploutocratique résulte des divergences internationelles entre les monnaies et les taxes, ainsi que la présence de paradis fiscaux. Un nouveau système basé sur une information économique transparente et non détournée par la Finance reste à bâtir.

      =>La monnaie sous-jacente à l’option de la réalité marchande
      -> ?????

    2. @un parmi tant :

      … Un pas si fréquent que ça !

      J’avais fait un peu le même exercice intellectuel que vous , et que je pratique parfois sur les bouquins que je consulte , en lisant d’abord la table des matières , pour vérifier que son seul énoncé et sa trame me sont compréhensibles et attrayants .

      D’instinct , même si ça n’était pas forcément l’expression réelle de ce que l’auteur avait voulu y mettre , je me sentais capable d’illustrer la plupart des têtes de chapitre de ce billet , et le plus souvent avec les traductions que vous avez assez brillament rédigées .

      Comme vous je suis resté avec l’illustration  » en l’air » quand on en arrive à « la monnaie sous jacente à l’option de la réalité marchande  » .

      Ce qui est ennuyeux , parce que c’est la proposition conclusive ( déjà abordée dans d’autres assez nombreux billets) , présentée comme la solution à des dérives et contradictions .

      Ma propre conclusion à ce stade : c’est bien ce dernier concept qu’il faut rendre plus explicite et matériellement causant , pour le faire comprendre et surtout montrer aux praticiens élus que leur propre réalité peut s’en emparer .

    3. @Un-parmi-tant,
      Chapeau bas !
      Je complète le dernier chapitre :
      =>La monnaie sous-jacente à l’option de la réalité marchande
      -> La monnaie est l’unité de compte du prix échangé sur un marché contre des biens et des services. Le capital est la valeur de ces biens et services avant qu’ils ne soient vendus sous leur matière finale. Un même marché doit enregistrer en transparence et conjointement les transactions sur l’objet final et sur le capital que l’objet représente avant d’être vendu. Au choix politique partagé de cette condition s’établit un lien rationnel garanti entre la valeur réelle, le prix et l’anticipation du prix dans le capital. La monnaie sous-jacente aux prix d’un tel marché est un étalon universel de prix.

    4. @Un parmi tant

      Vous êtes combien ?

      Je m´associe à PSJ pour le chapeau bas. Vous m´épargnez quelques heures de travail tout en me rendant plus accessible la compréhension de la pensée certes complexe mais non moins précieuse de PSJ.
      Il serait inconvenant de ne pas remercier également PSJ pour le partage de ses travaux et les efforts réels et sensibles dans la clarté.

    5. Comme vous l’avez mentionné, c’est P.S.J. qu’il faut remercier. Son billet est complexe, mais le contenu est vraiment très intéressant. On y voit expliquées en quelques chapitres les dérives de notre système économique et financier actuel… et les travers de la mondialisation. Il serait dommage que les lecteurs passent à coté!

      En parlant de « lecture facilitée », le .pdf que l’auteur a ajouté un peu plus bas est en effet plus clair que le texte original. Idée à garder pour les prochains billets?

    6. Un grand merci à Un-parmi-tant.

      @PSJ: Comment conciliez-vous le pouvoir des gros débiteurs sur les banques avec le rapport de forces en faveur des rentiers (prêteurs) face aux travailleurs-emprunteurs (petits débiteurs)? Les rentiers sont en même temps les gros débiteurs (ou derrière les gros débiteurs)? C’est juste pour voir si j’ai bien compris car je suis prêt à être d’accord avec ce constat si c’est là votre pensée. D’ailleurs, si c’est bien là votre pensée, il serait à mon sens opportun de l’expliciter parce que c’est pas évident : les gros emprunteurs sont aussi les prêteurs. Si votre pensée est autre, vous pouvez tenter une explication si l’envie vous en prend, je la comprendrais peut-être. 😉

      « un lien rationnel garanti entre la valeur réelle, le prix et l’anticipation du prix dans le capital »

      Concernant ceci, je suis en train de lire « Le Prix » de Paul et votre « valeur réelle » me laisse perplexe. Etes-vous bien sur une position théorique différente de celle de Paul ou quelque chose m’échappe?

    7. @Un parmi tant

      Vous auriez pu saisir la balle au bond.

      Sans minimiser votre contribution essentielle, je vais passer mon message d´espoir.

      Vous auriez pu répondre un truc du genre :

      Nous sommes environ 7 milliards, en augmentation

      J´ai la faiblesse de penser que nous avons tous une petite pierre à apporter à l´édifice de la vie, ensemble.
      Si toutefois, nous parvenions enfin à échanger sans dogmes ni à priori. Sans rechercher une quelconque domination des autres (trahissant nos peurs et manquements principalement du reste).

    8. @Moi,

      Comment conciliez-vous le pouvoir des gros débiteurs sur les banques avec le rapport de forces en faveur des rentiers (prêteurs) face aux travailleurs-emprunteurs (petits débiteurs)

      L’analyse des rapports de force pouvant exister entre une banque et ses contreparties prêteuses (déposants et créanciers) et emprunteuses (débiteurs) s’interprètent différemment des rapports de force entre prêteurs et emprunteurs du capital. Le prix est différent de l’objet concret du prix. Un prêt en argent n’est pas un prêt de l’objet réel. Une banque prête et emprunte des prix mais pas les objets réels que les prix mesurent. Le débiteur d’une banque emprunte le prix de ce qu’il produit pour rembourser son emprunt à terme. Un débiteur de banque ne peut emprunter que s’il a du capital pour couvrir l’incertitude du prix de la valeur empruntée. Un déposant bancaire prête le prix de ce qu’il a gagné et produit par lui-même pour différer à plus tard la transformation de son pouvoir d’achat en objet de valeur.

      Une créance en monnaie évite de subir la variabilité de la valeur dans le temps qui est le propre du capital. La notion de rente est liée au capital et non au crédit. Cela signifie qu’entre une banque et ses gros débiteurs, le rôle du rentier est tenu par celui qui détient du capital, c’est à dire le gros débiteur qui fait fructifier le capital qui permettra le remboursement des emprunts et le paiement des intérêts. Inversement, les petits déposants ont peu de capital par rapport à celui de la banque et ont une position de « vendeurs » de la rente.

      Notre vocabulaire est fallacieux parce qu’il ne différencie pas dans un même mot l’existence présente de l’essence intemporelle. Le capital est à la fois un objet physique au présent et la représentation en valeur de cet objet à n’importe quel instant du temps passé ou futur. Le capital qui a de la valeur dans le temps est nécessairement d’une manière ou d’une autre une existence physique au présent sous un sujet et un objet. Mais dès qu’on sort du présent par la pensée ou l’anticipation, le capital n’est qu’essence sans représentation objective. Toute la rationalité financière repose sur la différence entre l’existence au présent et l’essence qui s’affranchit du présent pour être valorisée dans le futur par l’intelligence prospective et anticipative.

      La notion de valeur est ce qui introduit l’existence subjective du temps dans le présent. Et la finance joue sur la confusion dans la notion de valeur entre l’essence et l’existence, entre le sujet et l’objet pour brouiller l’intelligibilité des prix entre le physique et le métaphysique, entre le présent et le futur. Paul récuse dans Le prix l’utilité de la valeur pour expliquer le prix car il connaît l’utilisation fallacieuse que la finance et la politique en font. Objectivement la valeur n’explique rien en finance parce que la notion contient à la fois le sujet et l’objet financier, le présent et le futur financier. Je me permets personnellement d’utiliser la notion de valeur à partir des analyses de Paul auxquelles je souscris pour analyser la notion de marché.

      J’associe le marché à la société et à la démocratie ce qui à mon sens permet de définir le concept de valeur et le concept de risque qui en découle. La valeur réelle est le bénéfice qui résulte de l’acceptation et du choix collectif d’un objet. Le lieu de manifestation de la valeur réelle est le marché où précisément se rencontrent les sujets de la valeur qui font société en étant solidaires par les mêmes objets qu’ils s’échangent. Le risque se définit à partir de la valeur comme valeur non réelle, c’est à dire comme valeur purement subjective que la société ne peut pas voir sur le marché. Le risque comme valeur cachée du marché est néanmoins une réalité financière du fait de l’écoulement du temps que la rationalité financière anticipe. Quand un prix est négocié à terme entre un acheteur et un vendeur intelligents, conscients et informés, le prix est essentiel et non existentiel.

      A l’échéance du prix, l’essence se réalise à un prix d’existence qui n’est pas celui de l’origine. Si le prix réalisé est supérieur au prix d’origine, il y a plus-value, réalisation positive du risque. Si le prix réalisé est inférieur au prix d’origine il y a moins-value et consommation de capital, c’est à dire réalisation négative du risque. Si le capital n’est pas disponible pour compenser la moins-value, il n’y a pas réalité du prix puisque l’objet sous-jacent au prix n’est pas produit et n’est pas livré tel qu’il a été décrit à l’origine. La valeur justifie l’existence du capital comme garantie du prix à terme différentiable de son objet. Si la valeur n’est pas identifiée comme cause finale du prix, alors il n’est pas possible d’analyser la différence réelle entre un prix comptant et un prix à terme. Il n’est pas possible d’expliquer ni la plus-value ni la moins-value par l’écoulement du temps. Il n’est pas non plus possible de reconnaître la valeur temps du capital et la justification de la certitude du crédit par le capital.

      Plus grave, sans la valeur, le capital se confond avec la seule matière ce qui ôte à l’homme toute capacité à anticiper, choisir et transformer le futur au présent. Cela explique que le capitalisme ploutocratique ait produit une idéologie de la confusion entre la matière, le capital et la valeur. Cette idéologie permet aux élus qui sont maîtres du pouvoir financier de capter toute la matière par le capital, tout le capital par la valeur, et toute la valeur par l’individu élu qui contrôle le pouvoir financier. Les choix de la finance produisent l’argent qui est le critère de la valeur. La valeur sans marché transparent fait disparaître la société qui n’est plus un motif de la valeur. Les individus s’installent dans la négation du bien commun et offrent aux plus malins le privilège de les dominer.

    9. @PSJ: Pas sûr de vous avoir compris, je vous demande donc de l’indulgence si je dis des bêtises, mais je vous livre ci-dessous mes réflexions et mes questions à la lecture de votre réponse.

      « Quand un prix est négocié à terme entre un acheteur et un vendeur intelligents, conscients et informés, le prix est essentiel et non existentiel. »

      Le prix à terme est essentiel, il est juste une valeur c’est-à-dire une idée. Il n’est bien entendu pas existentiel puisqu’il n’existera que dans le futur.
      Pour deux êtres omniscients, le prix à terme collera nécessairement à son essence. Pour eux, le prix à terme est essentiel et aussi déjà existentiel. L’opération n’a aucun intérêt, c’est un pari dont les deux connaissent le résultat et donc où il n’y aura ni gagnant ni perdant. Autrement dit, c’est comme une vente-achat au comptant.
      Quand vous dites « acheteur et vendeur conscients et informés », il faut donc au contraire entendre qu’au moins l’un des deux est « inconscient et mal informé » (ou du moins le croient-ils), sinon le prix est déjà existentiel.

      « A l’échéance du prix, l’essence se réalise à un prix d’existence qui n’est pas celui de l’origine. »

      Comment expliquez-vous cette évolution dans le temps?
      Est-ce à dire que le prix d’existence de l’origine ne correspondait pas à son essence ou que l’essence à évolué?
      Le deuxième cas me semble absurde, par définition.

      Une troisième possibilité est que l’objet sous-jacent n’est plus le même. Mais cela signifie que le prix à terme ne porte pas sur la même chose que le prix comptant. Et que les deux termes de l’opération s’entendent sur ce que sera cet objet sous-jacent, autrement dit ils parient sur un événement futur.

      « Si le prix réalisé est supérieur au prix d’origine, il y a plus-value, réalisation positive du risque. Si le prix réalisé est inférieur au prix d’origine il y a moins-value et consommation de capital, c’est à dire réalisation négative du risque. »

      Il y a plus-value pour l’un et moins-value pour l’autre. L’un perd et l’autre gagne. Il y a toujours plus-value ET moins-value lorsque le prix à terme arrive.
      Je ne comprends pas lorsque vous dites « il y a plus-value » comme si c’était quelque chose d’absolu et non de relatif. Un prix est un rapport entre deux termes, à la fois un prix de vente et un prix d’achat, pas un objet absolu.

      « Si la valeur n’est pas identifiée comme cause finale du prix, alors il n’est pas possible d’analyser la différence réelle entre un prix comptant et un prix à terme. »

      Si la valeur est identifiée comme cause finale du prix, trois possibilités:

      1. le prix comptant ne correspondait pas à la valeur. Comment expliquez-vous cela?
      2. la valeur a changé entre le prix comptant et le prix à terme. Comment expliquez-vous ce changement de la valeur?
      3. la valeur du prix comptant n’est pas la même que celle du prix à terme. Il n’y a pas de lien entre les deux valeurs.

      De manière générale, je ne comprends pas votre objectif. Est-ce supprimer le risque inhérent à une vente à terme? Quel est l’intérêt d’une vente à terme qui ne comprend aucun risque pour aucune des parties et donc qui est identique à une vente au comptant? J’arrive à comprendre l’intérêt du vendeur puisqu’il gagne du temps sur sa production et la garanti comme s’il prenait une assurance (cela compense la perte de sa plus-value éventuelle). Mais quel est l’intérêt de l’acheteur s’il ne peut espérer une plus-value? Pourquoi n’attend-il pas la production réelle et la réalisation du prix existentiel futur puisque cela revient au même pour lui?

    10. Plutôt qu’utiliser le vocable valeur pourquoi ne pas retenir celui de choix ?

      La valeur réelle est le bénéfice qui résulte de l’acceptation et du choix collectif d’un objet. Le lieu de manifestation de la valeur réelle est le marché où précisément se rencontrent les sujets de la valeur qui font société en étant solidaires par les mêmes objets qu’ils s’échangent. Le risque se définit à partir de la valeur comme valeur non réelle, c’est à dire comme valeur purement subjective que la société ne peut pas voir sur le marché. Le risque comme valeur cachée du marché est néanmoins une réalité financière du fait de l’écoulement du temps que la rationalité financière anticipe. Quand un prix est négocié à terme entre un acheteur et un vendeur intelligents, conscients et informés, le prix est essentiel et non existentiel.

      Le mot valeur et c’est ce qui rend difficile la compréhension de votre théorie, dénote quelque chose de statique, comme dans l’expression réserve de valeur, alors qu’il s’agit des choix qui sont faits par les agents économiques relativement à des objets. Ce qui au premier abord apparaît comme statique est en réalité relationnel. Dit autrement, dans votre système, la valeur est le résultat du choix, pas n’importe quel choix, le choix qui est le produit de l’accord entre les hommes, dans la société. D’où l’identification que vous faites alors entre démocratie et marché, le marché étant capable dans le meilleur des cas selon vous, dès lors qu’il serait bien régulé, socialisé si l’on peut dire, via le système des options, d’opérer des transactions se référant à des valeurs réelles, c’est à dire à des choix authentiques.

      Cette vision des choses me semble un progrès par rapport à l’hubris financière qui règne aujourd’hui, mais je ne peux m’empêcher d’y trouver une limite conceptuelle et idéologique en ce qu’elle produit une conception consensuelle de la démocratie, un peu à la Habermas avec sa théorie de l’agir communicationnel.
      Ces valeurs dont vous parlez et qui résultent de l’accord de tous à un moment donné de l’histoire humaine sont-elle réellement le produit d’un accord, ou plutôt si l’on suit Jorion et sa théorie des prix qui met en parallèle prix et vérité, le résultat d’un rapport de force ? Autrement dit la démocratie procède-t-elle d »abord du consensus ou de la mésentente auquel cas l’accord ne serait plus qu’un compromis, une transaction, l’institution qui permet de parvenir à certains accords au terme du processus de la confrontation des idées, des discours ? . La démocratie comme confrontation des vérités est-elle sans lien avec les statuts réciproques et inégaux des citoyens ? En identifiant comme vous le faites des valeurs réelles ne court-on pas le risque de donner une légitimité exorbitante aux « bons » prix qui résulteraient du système que vous préconisez ?

      La critique est aisée et l’art est difficile. Vous êtes indubitablement un homme de l’art, aussi ne prenez pas mes critiques récurrentes pour une négation en bloc de votre travail. Je n’ai évidemment pas vos compétences, cette capacité d’abstraction en matière économique. Seulement, comme d’autres, je m’interroge en ce qui concerne la forme que prend l’exposition de vos propositions car cette forme n’est pas anodine en tant que ces formes expriment une certaine philosophie politique.

    11. @Moi,
      Je constate avec bonheur que mon propos vous est aussi clair que possible, ce qui vous permet d’en pointer les limites avec précision. La limite de toute parole vraie est de simplifier la réalité, de la réduire et de révéler ce qui n’est jamais complètement dicible. Même quand l’homme dit la vérité, il est plus que lui-même et de ce qu’il dit du monde qu’il connaît.

      « Quand un prix est négocié à terme entre un acheteur et un vendeur intelligents, conscients et informés, le prix est essentiel et non existentiel. »
      Le prix à terme est essentiel, il est juste une valeur c’est-à-dire une idée. Il n’est bien entendu pas existentiel puisqu’il n’existera que dans le futur. Pour deux êtres omniscients, le prix à terme collera nécessairement à son essence. Pour eux, le prix à terme est essentiel et aussi déjà existentiel.

      Oui. Disons tout de suite que le prix négocié entre l’acheteur et le vendeur est existentiel pour eux mais pas pour la société dont ils vivent si la transaction n’est pas publique.

      L’opération n’a aucun intérêt, c’est un pari dont les deux connaissent le résultat et donc où il n’y aura ni gagnant ni perdant. Autrement dit, c’est comme une vente-achat au comptant.

      Tout dépend quand même de l’enjeu de la perte ou du gain. S’il s’agit d’échanger un objet réel contre de la monnaie qui représente de la valeur pour un plus tard après la transaction, alors il y a un double gain du vendeur dans la valeur en puissance du prix réglé en monnaie et de l’acheteur dans la valeur en acte de l’objet livré au prix convenu.

      Quand vous dites « acheteur et vendeur conscients et informés », il faut donc au contraire entendre qu’au moins l’un des deux est « inconscient et mal informé » (ou du moins le croient-ils), sinon le prix est déjà existentiel.

      Vous identifiez-là l’état actuel de la finance spéculative qui joue sur les asymétries d’information que l’économie libérale lui autorise. Dans le mode actuel de transaction, l’existence du prix est réservé à la partie financière. La partie non financière doit attendre comme le reste de la société l’échéance de la transaction pour vérifier à quel degré le prix existait pour elle. Entre l’origine et l’échéance d’une opération à terme, l’existence objective du prix est entre les seules mains de la partie financière,

      « A l’échéance du prix, l’essence se réalise à un prix d’existence qui n’est pas celui de l’origine. »
      Comment expliquez-vous cette évolution dans le temps ? Est-ce à dire que le prix d’existence de l’origine ne correspondait pas à son essence ou que l’essence à évolué ? Le deuxième cas me semble absurde, par définition.

      Une opération financière vise à attribuer une fin à une matière formée à terme futur. Entre l’origine et l’échéance d’une opération financière, le déterminisme de la matière suit une loi qui lui est propre indépendamment de la décision d’intelligence financière (les économistes et les financiers miment dans leurs modèles la réalité matérielle future qu’ils ignorent puisqu’elle n’existe qu’au présent). Non, l’essence n’évolue pas entre l’origine et l’échéance. C’est bien l’existence qui évolue. Précisément, c’est le temps qui est le même pour toute les parties qui leur apporte l’information qu’elles n’ont pas de la réalité différente entre l’origine et l’échéance.

      La réalité physique à terme reste inconnue aux parties tant que l’objet de la transaction n’est pas effectivement livré et réglé en monnaie. La réalité formelle est connue inégalement entre les parties au fil du temps selon les informations qu’elles échangent. Le principe de l’organisation financière actuelle du monde est celui de l’asymétrie d’information considérée comme naturelle que la partie financière exploite de fait librement.

      L’intérêt final de cette asymétrie libre est de ne pas avoir d’obligation de partager des fins communes entre les parties financières entre l’origine et l’échéance d’une opération. La partie la plus puissante réserve ses fins jusqu’à l’échéance : ainsi maîtrise-t-elle la réalisation du contrat par la liberté unilatérale d’en interpréter la fin (les parties ne se prêtent pas la même chose) en fonction de l’évolution de la réalité physique. Plus fort, la partie financière agit sur le prix de l’objet à terme pour produire des informations rendues publiques qui orientent l’action collective dans le sens de ses intérêts. La partie en infériorité financière subit la réalité qui lui est soustraite.

      Une troisième possibilité est que l’objet sous-jacent n’est plus le même. Mais cela signifie que le prix à terme ne porte pas sur la même chose que le prix comptant. Et que les deux termes de l’opération s’entendent sur ce que sera cet objet sous-jacent, autrement dit ils parient sur un événement futur.

      Vous avez bien compris. Mais le pari financier n’intervient qu’entre des parties en asymétrie d’information dissimulée.

      « Si le prix réalisé est supérieur au prix d’origine, il y a plus-value, réalisation positive du risque. Si le prix réalisé est inférieur au prix d’origine il y a moins-value et consommation de capital, c’est à dire réalisation négative du risque. » Il y a plus-value pour l’un et moins-value pour l’autre. L’un perd et l’autre gagne. Il y a toujours plus-value ET moins-value lorsque le prix à terme arrive.

      Oui, mais dans une transaction financière vraie, c’est à dire portant sur l’intégralité de la réalité, la réalisation ne se matérialise pas uniquement par le règlement du prix de la plus-value. Il doit aussi y avoir livraison d’un objet réel de valeur contre le prix nominal sous-jacent à la plus-value. Si la partie financière réalise une plus-value, il doit y avoir en contrepartie un échange de valeur réelle entre l’acheteur et le vendeur de l’objet sous-jacent à la plus-value. L’acheteur du nominal de la plus-value aura réglé le prix nominal en monnaie contre livraison de l’objet réel visible.

      Une vraie transaction financière est une option de la réalité intègre. S’il y a plus ou moins-value, il y a préalablement valeur d’une réalité concrète à un prix nominal anticipé dans le passé. Une option de la réalité anticipée est nécessairement un ensemble de trois transactions coordonnées entre quatre personnes autonome dans leur jugement :
      1) l’acheteur et le vendeur du nominal sont d’accord sur la chose, sur le prix et sur le terme
      2) le propriétaire de la plus ou moins-value de l’objet est d’accord avec le vendeur de l’objet sur sa définition à terme et sur l’incertitude de sa réalisation
      3) le propriétaire de la plus ou moins-value du prix à terme est d’accord avec l’acheteur de l’objet sur sa liquidité à terme et avec le propriétaire de la plus ou moins-value de l’objet sur sa capacité réelle à garantir la réalité de l’objet à terme ou à régler la moins-value correspondante du prix.
      Si j’ai bien compris ce que Paul Jorion nous annonce dans son prochain livre, il nous racontera le choix du capitalisme financier au XIXème siècle de ne pas travailler dans la réalité intègre. Nous savons aujourd’hui que ce choix était destiné à livrer à la ploutocratie le pouvoir de détourner la réalité de la valeur.

      Je ne comprends pas lorsque vous dites « il y a plus-value » comme si c’était quelque chose d’absolu et non de relatif. Un prix est un rapport entre deux termes, à la fois un prix de vente et un prix d’achat, pas un objet absolu.

      Exact. Mais la plus-value est « absolue » dans la réalité pas dans le calcul financier. La finance compare des prix entre le présent et le futur. Toutes les plus ou moins-values qu’elle calcule sont d’existence relative. Si la finance agissait dans la réalité humaine intègre, elle aurait un absolu qui serait la nécessaire réalité physique de l’objet final, c’est à dire la satisfaction de l’acheteur final enrichi d’un objet concret visible.

      « Si la valeur n’est pas identifiée comme cause finale du prix, alors il n’est pas possible d’analyser la différence réelle entre un prix comptant et un prix à terme. »
      Si la valeur est identifiée comme cause finale du prix, trois possibilités:
      1. le prix comptant ne correspondait pas à la valeur. Comment expliquez-vous cela ?

      Parce que le prix comptant est adossé à la réalité présente visible. La valeur englobe le passé, le présent et le futur de l’objet, du sujet et de la société qui fait le sujet et l’objet.

      2. la valeur a changé entre le prix comptant et le prix à terme. Comment expliquez-vous ce changement de la valeur ?

      Par la réalité physique concrète présente. A terme cette réalité n’existe pas physiquement jusqu’à la transformation du terme en instant présent.

      3. la valeur du prix comptant n’est pas la même que celle du prix à terme. Il n’y a pas de lien entre les deux valeurs.

      Ça, c’est notre choix actuel de civilisation. Si nous choisissions la démocratie de marché, alors la valeur du prix comptant serait reliée à la valeur du prix à terme par le choix vérifiable par la société de l’engagement d’un vendeur à terme de livrer un objet identique entre l’origine et l’échéance contre le règlement du prix par l’acheteur. La valeur du prix ne changerait pas entre l’origine et l’échéance par l’engagement de la société de proportionner l’émission monétaire à la valeur effectivement engagée sur un marché transparent d’égalité de droit.

      De manière générale, je ne comprends pas votre objectif. Est-ce supprimer le risque inhérent à une vente à terme ? Quel est l’intérêt d’une vente à terme qui ne comprend aucun risque pour aucune des parties et donc qui est identique à une vente au comptant ? J’arrive à comprendre l’intérêt du vendeur puisqu’il gagne du temps sur sa production et la garantit comme s’il prenait une assurance (cela compense la perte de sa plus-value éventuelle). Mais quel est l’intérêt de l’acheteur s’il ne peut espérer une plus-value ? Pourquoi n’attend-il pas la production réelle et la réalisation du prix existentiel futur puisque cela revient au même pour lui ?

      C’est n’est pas mon objectif que vous ne comprenez pas mais la réalité de votre subjectif privé du concept de la réalité humaine intègre. En tant qu’acheteur concret de la réalité, vous n’enfermez pas vos décisions dans le raisonnement spéculatif. Ce n’est pas le prix seul qui vous intéresse mais votre réalité concrète sous-jacente au prix. Cette réalité concrète (la réalité humaine qui peut être intègre) est que vous attendez la livraison d’un objet concret au terme de vos achats. Si le prix a été correctement négocié par une information vraie de ce que vous achetez, alors vous avez bien une plus-value à la livraison de l’objet qui est l’utilité satisfaisante que vous avez effectivement de l’objet. Cette utilité de satisfaction n’existe pas dans le prix financier de quelque chose qui n’est pas réalisé.

      Avant la livraison de l’objet qui vous en apporte l’utilité, vous acquerrez une réalité métaphysique très concrète qu’est la certitude de la vie dans le temps. En achetant quelque chose à terme, l’homme pose concrètement son existence dans le futur. Il en anticipe la réalité qu’il va transformer par sa présence active dans le temps. Et très fondamentalement il relie son existence présente à la réalité humaine d’un vendeur et à la réalité humaine d’une société qui lui fournit la monnaie de ses achats futurs. La plus-value de réalité humaine que la ploutocratie moderne dissimule, c’est tout simplement la vie humaine de relation qui donne accès à la valeur de la matière transformée. La crise actuelle est le siphonnage financier excessivement efficace de la réalité humaine des échanges dans le temps.

    12. @Pierre-Yves D.
      Rien à redire sur votre commentaire que j’admets totalement, spécialement quant à vos préventions sur la valeur. Nous entrons effectivement dans la philosophie politique que j’ai tendance à assimiler à la philosophie du langage. C’est pourquoi je choisis la démocratie comme paradigme de la philosophie politique pour produire une philosophie de la valeur. Il s’agit bien d’un choix personnel que je ne peux imposer à quiconque. Je le pose simplement pour respecter la démocratie. Le retient ou le rejette qui veut. Je pose donc la démocratie comme le régime de la personne absolue. Évidemment pas la personne conceptuelle mais la personne réelle qui contient la collectivité dans chaque individu physique par la relation du langage de la communication produite par la collectivité. Dans ma démocratie à moi qui est probablement aussi la vôtre et celle de beaucoup, vous êtes vous, je suis moi, les autres sont les autres et nous communiquons ce que nous choisissons de pouvoir communiquer. Et nous espérons que cela ait la plus grande valeur possible pour l’autre et pour soi.

    13. @PSJ: « Je constate avec bonheur que mon propos vous est aussi clair que possible, ce qui vous permet d’en pointer les limites avec précision. »

      Eh ben alors je suis le monsieur Jourdain du « sartonisme ». 🙂

      « Disons tout de suite que le prix négocié entre l’acheteur et le vendeur est existentiel pour eux mais pas pour la société dont ils vivent si la transaction n’est pas publique. »

      Si je comprends bien, dans votre système tout échange privé engagerait la société entière? Autrement dit, il n’y aurait plus de gré à gré véritable.

      « Si nous choisissions la démocratie de marché, alors la valeur du prix comptant serait reliée à la valeur du prix à terme par le choix vérifiable par la société de l’engagement d’un vendeur à terme de livrer un objet identique entre l’origine et l’échéance contre le règlement du prix par l’acheteur. La valeur du prix ne changerait pas entre l’origine et l’échéance par l’engagement de la société de proportionner l’émission monétaire à la valeur effectivement engagée sur un marché transparent d’égalité de droit. »

      Si je comprends bien, l’émission monétaire ferait en sorte de toujours être en phase avec non seulement la production existante mais aussi celle qui a été convenue dans les marchés à terme. Concrètement, cela se passe comment? On émet de l’argent quand un marché à terme est conclu pour l’équivalent de la valeur du sous-jacent (comme si la production de celui-ci était déjà réelle)? Et si la production du sous-jacent n’a pas lieu à terme, on retire de l’argent de la circulation?

  13. Monsieur Sarton du Jonchay,
    Je voudrais formuler un voeux au nom de tous ceux (comme moi) qui n’ont pas beaucoup de temps pour lire un texte qui est à la fois long et differencié: plus court et surtout plus synthétique, ce serait bienvenu.

  14. Pour mettre fin à la destruction en cours de la civilisation par l’anarchie monétaire et à la prédation financière, il est nécessaire et suffisant que quelques vraies démocraties organisent un marché international d’option qui alloue le capital au crédit d’anticipation de la réalité vérifiable

    Serait-ce trahir votre pensée que de supprimer le verbiage qui me parait inutile?

    « Pour mettre fin à la destruction en cours de la civilisation par l’anarchie monétaire et à la prédation financière, il est nécessaire et suffisant que quelques* démocraties organisent un marché international d’option(s) qui alloue le capital** à l’anticipation de la réalité***. »

    *(vraies démocraties) : ce sont ou non des démocraties;
    **(au crédit d’anticipation) : une tautologie?
    ***(réalité vérifiable): une autre tautologie?

    Là j’arrive à lire du premier coup… même si la phrase dépasse quelques mots tous abstraits et comprend plusieurs métaphores!… et vous soulèverez quelques contradicteurs sur le réalisme de l’anticipation de la réalité.

    Bien cordialement.

    1. @Eole,

      Vos remarques pertinentes montrent que vous avez compris ce que je voulais dire sous ma formulation chargée. En même temps, vous mettez le doigt sur la nature verbale de la crise financière. Une démocratie est effectivement vraie ou elle n’est pas. Le crédit anticipe ou n’est pas. Et la réalité non vérifiable n’est pas réelle. Or que voyons-nous ? Plus on parle de démocratie, plus elle est virtuelle et impalpable. Plus on comptabilise des crédits dans les banques et moins ils sont crédibles. Plus on affirme la réalité, plus on doute qu’elle soit vraie.

      Nous sommes bien dans la crise de la tautologie financière. Comme les fins humaines n’existent plus, il faut juste produire des effets avec des paroles dont la vérité n’est pas discutable, c’est à dire qui n’appellent aucune approbation de quiconque. Il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Et la parole de ceux qui savent est tautologiquement vraie puisque la parole de ceux qui ne savent pas n’est même pas audible par ceux qui savent. Nul ne peut contredire la parole financière par une autre réalité que celle des sachant financiers qui sont la représentation de toute réalité.

      C’est vrai que ma formulation est pesante et tautologique. Je n’ai pas d’autre solution pour rétablir la réalité sous-jacente aux mots vidés de leur sens par la spéculation. J’ajoute des adjectifs et des compléments du nom. Je bégaie par trop de mots la signification que les mots auraient dû conserver. L’alternative au verbeux, c’est la poésie. Beaucoup sur ce Blog ont ce talent.


    2. si vous croyez qu’on est dans une Démocratie? (voyez le dictionnaire svp)
      VLAN
      —————————————————
      Serait-ce trahir votre pensée que de supprimer le verbiage qui me parait inutile?

      « Pour mettre fin à la destruction en cours de la civilisation par l’anarchie monétaire et à la prédation financière, il est nécessaire et suffisant que quelques* démocraties organisent un marché international d’option(s) qui alloue le capital** à l’anticipation de la réalité***. »
      —————————————————-

      Mal barré ,Marx est la démocratie des riches et la totologie n’y change rien .
      L’harmonie angélique qui condamne MADOF et pas les autres..
      MADOF a volé les riches ,quand on volent les pauvres c’est la Légion d’honneur….

    1. Revenir sur un texte déjà lu, doit faciliter mais sa relecture en version pdf améliore grandement la lisibilité et par conséquence son assimilation.Merci

    2. mr PSJ
      je vous situe amicalement..

      Pour alléger la peine de ceux qui font l’effort de lire ce billet

      Comme vous dites ,soyez simple pour éviter cet effort que vous vous donner.
      merci

  15. Bonsoir,

    Merci beaucoup pour le pdf et pour les quelques efforts apportés; la lisibilité en est amélioré.

  16. « Je préfère la négociation et le contrat plutôt que la loi » disait Copé ce soir à propos des 35 h, à un bref moment où je suis passé devant une télé. J’ignore ce qu’il disait avant et ce qu’il a dit après.

    Cette opposition entre négociation-contrat / loi a du mérite, mais lequel ?

    La loi au sens des textes juridiques se négocie contradictoirement au temps de son établissement par les représentants du peuple, mais une fois promulguée, elle n’est ni objet de négociation ni de contrat.
    Elle est appliquée donc avec sanction ou elle n’est pas appliquée donc sans sanction.

    La loi suppose une définition de l’entité juridique dans laquelle elle opère.

    Cette entité est relativement claire quand il s’agit de nation-états, plus confuse pour l’Union Européenne comme association d’États, association fonctionnant à des niveaux divers, fédératifs, confédératifs, supra-nationaux , inter-nationaux.

    Mais je ne distingue aucune entité politique susceptible de promouvoir « un marché international d’option qui alloue le capital au crédit d’anticipation de la réalité vérifiable ».
    Je ne distingue pas plus ce qu’est une « vraie démocratie » mais PSDJ saura peut-être m’en désigner une du doigt ? Surtout qu’il ajoute qu’elle « est effectivement vraie ou qu’elle n’est pas »…

    Je lis souvent sur ce blog l’aspiration à LA démocratie, avec des significations manifestes divergentes selon les auteurs, et l’histoire du terme a montré qu’il ne saurait en être autrement, – géographiquement, historiquement, et selon chaque langue et son à-peu-près dans l’épreuve d’être traduite comme pour tout terme – qu’une foire d’empoigne, un jeu de sens, un rapport de forces.
    Il existe au totalisant de l’universalité, une limite inhérente au langage humain.
    Ce qui n’empêche pas pour autant d’utiliser l’universelle comme proposition logique mais l’expérience montre vite des embarras quand à son application totalisatrice à l’objet humain.

    Sur le chemin de l’univers, un réseau transnational, je vois ce que c’est.
    Qu’il soit câblé, ferré, électrique, gazier : c’est clair.

    L’utilisation du terme « transnationale » est abondante chez PSDJ :

    « Un marché d’options ouvert à l’égalité transnationale des droits financiers sous la protection d’États de droit nationaux. »
    « une monnaie transnationale issue d’un marché transnational commun délimité comme tel ».
    « La monnaie transnationale existe déjà matériellement dans les banques internationales travaillant en dollar, yen, euro, livre ou franc suisse. »
    « Tout État national utilise l’unitas pour servir l’État de droit de la personne transnationalisée, de la personne reconnue dans ses droits quels que soit la nationalité de ses intérêts. »
    « Le sujet transnational de la valeur est une personne physique garantie par une société politique qui répond sans limite de la matière dont il vend l’option de prix. »

    Et le petit dernier du jour :

    « La définition de l’étalon monétaire transnational comme valeur unitaire d’un prix à terme garanti par une prime d’option offre une sécurité parfaite aux créanciers internationaux. »

    Le dépassement du nationalisme m’a intéressé sous la forme de l’internationalisme visant à s’opposer aux possédés du nationalisme comme aux possédants nationalistes.
    Depuis les possédants sont devenus multinationalistes.

    Il faut du droit pour fabriquer un apatride, un sans patrie, sans nationalité.

    Et puisque que PSDJ parle de « rapatrier le capital », j’en déduis que le capital ( ?) est sans doute expatrié mais pas apatride pour autant.
    Qu’il s’agisse de la liste de l’OCDE, du FMI ou d’ATTAC les Paradis fiscaux, ne manquent pas de nationalités.

    Mais pour ce qui est du transnational, du transnationalisme, non vraiment je ne parviens pas à imaginer aujourd’hui, à partir de quelles entités symboliques, une telle forme imaginaire pourrait fabriquer cette nouvelle réalité transnationale.
    D’autant qu’une brève recherche sur ce terme, m’expatrie vite en territoire de langue anglaise.

    1. @Rosebud 1871 :

      L’antagonisme Loi / Contrat est effectivement un antagonisme latent et permanent entre des conceptions « continentales » ou anglo-saxonnes des rapports sociaux .

      Il est clair que le capitalisme financier héritier du capitalisme indutriel né en Angleterre , donne ses faveurs au contrat , dans la négociation duquel il est en rapport de force .

      De grands esprits y compris réputés de gauche tel Jacques Attali ont souvent marqué leur attrait pour le contrat au détriment de la loi . A mon niveau d’esprit , je pense que ce n’est pas un fait du hasard si ces deux concepts se disputent la primauté . La loi partout , c’est l’illisibilité , les risques d’effets pervers , les raideurs contreproductives . Le contrat partout , c’est le loup dans la bergerie ,la pression permanente sur les plus faibles , les dérives obsolescentes , le communautarisme et l’égoïsme roi .

      Clairement je donne la primauté à la Loi . Mais qui dit primauté doit faire l’effort citoyen de réfléchir aux actes essentiels de la vie commune actuelle et future , et de le définir : ça s’appelle une constitution . On ne peut donc que renvoyer les intégristes du contrat ou de la loi , devant la Constitution actuelle ou à venir , dont je ne répèterai jamais assez combien il est sacré qu’elle ne soit établie ou modifiée que par assemblée constituante suivie d’un referendum .

      Incidemment , je réagis ici à l’exposé de PSDJ sur  » l’intermédiaire neutre de marché  » , qui sait tout , pèse tout :

      d’où sort il ? Quelle démocratie l’a fait » roi « ? qui juge de ses compétences ? qui maîtrise les garanties qu’il apporte ?

      C’est lui le « trannational » ?

    2. Complément :

      Mêmes questionnements vis à vis du  » juge judiciare » évoqué :

      d’où sort il ? qui l’a adoubé ? Comment est foutue sa balance ?

    3. @juan nessy 21 janvier 2011 à 10:55

      Le principe dans un régime de liberté, c’est la liberté d’abord et n’encadrer avec des règles que ce qui s’avère inévitable à régler…
      Que l’idée de liberté face aux déterminismes voilés de tous poils soit une illusion, j’en conviens sans pour autant renoncer au prédicat.
      L’antagonisme comme vous dites tient à la supposée égalité de droit au regard de la loi, quand cette supposée égalité via le consentement au contrat ne tient pas du tout la route à y regarder de plus près via les considérables inégalités de puissance économique et donc de pouvoir.
      Chacun est libre de s’engager pour un contrat de travail ou un contrat de location…ben voyons…

      Jorion :

      Y a-t-il moyen de faire autrement ? Oui, si l’on remet en question des choses jugées fondamentales quant au statut de la propriété privée.

      Dès le départ de la fabrique de la « personne » (pour faire vite) Freud parle de jugement d’existence et de jugement d’attribution. Il est de gros attributs et de plus petits. À renégocier….

    4. Un point essentiel qu´il convient d´étudier.

      S´il semble bien que les éléments d´organisation que propose PSJ pour réguler les échanges internationaux. Il convient de nous mettre au clair sur les aspects de « gouvernance » (je n´aime vraiment pas ce mot), ou plus précisément de contrôle des dérives dans un souci de justice et de progrès humain.

      Je ne crois pas à des organisations auto-régulatrices, je les trouve dangereuses et présentant des risques totalitaires. Si j´honnie le nationalisme, et suis internationaliste, je ne suis pas à la recherche d´une organisation de contrôle unifiée de la société hors de contrôle des affaires humaines et des divergences culturelles.

      PSJ comment voyez-vous les contrôles de tout cela par les populations dans toute leur diversité ?
      Peut-être n´avez-vous pas creusé cette question, mais c´est pourtant bien un aspect essentiel.

    5. @Rosebud1871,
      Comme souvent, vous poussez la discussion sur le contexte sémantique qui doit être éclairé pour révéler pleinement le sens de ce qu’on dit. Vous essayez par exemple de me situer entre la loi et le contrat dont vous suggérez qu’ils s’opposent comme le laisse penser les positions de JF Copé sur les 35h. Cette opposition est à mon avis pernicieuse car elle oblige à renoncer à l’un ou à l’autre. En privilégiant la loi on soumet l’individu à la collectivité et en privilégiant le contrat on efface la collectivité derrière les relations bilatérales individuelles. Ainsi Juan Nessy est-il amené à se positionner du coté de la Loi. Je vois un piège dans cette opposition : celui de neutraliser réciproquement les deux notions afin de faire disparaître la problématique du bien commun qui est la synthèse réciproque des intérêts particuliers dans l’intérêt général. La logique spéculative néo-libérale est de tuer la Loi par le contrat afin d’éluder toute discussion du bien commun.

      Le bien commun est justement la substance de la nationalité. S’il existe des nationalités juridiques différentes, c’est d’abord parce que les cultures et les langues sont différentes qui définissent le bien commun différemment par des lois différentes. Il est possible d’en déduire que le bien commun est totalement réduit par la Loi et que des lois différentes sont le signe d’une relativité absolue du bien commun entre les nations et à l’intérieur des nations. Le contractualisme peut alors se penser sans référence à aucune loi d’un bien commun qui n’a pas de réalité. La cupidité devient alors parfaitement saine et nécessaire du moment qu’un contrat est signé en dehors de tout questionnement de légalité en relation avec un bien commun.

      Opposer la Loi au contrat est donc le moyen le plus commode de nier la réalité du bien commun dans la relation effective et réciproque de la Loi au contrat. La négation du bien commun par l’opposition de la loi et du contrat permet de conclure des contrats internationaux hors d’un même référentiel de loi. La communauté de bien entre les contractants n’est plus vérifiable par une même loi. Les rapports de force sont totalement libres dans le champ international par la mise en concurrence des lois nationales. L’égalité des droits qui est la raison d’être de la Loi peut alors devenir la justification formelle d’une réalité matérielle d’inégalité non dicible. La transnationalité est par conséquent le concept de la communauté possible des biens communs nationaux dans l’internationalité.

      La transnationalité passe du concept à la réalité objective par le marché commun d’option. Si la Loi est la formation du bien commun par la discussion entre citoyens parlant les mêmes langues dans une même nationalité, la loi doit rester nationale pour refléter une communauté humaine réelle de formes. En revanche la communauté humaine de matière, en l’occurrence l’économie, n’est pas nécessairement divisée par les différences humaines culturelles et linguistiques. Matériellement il n’est pas absurde de poser l’hypothèse d’un bien commun transnational que traduisent les échanges internationaux. La transnationalité peut se matérialiser dans un marché commun où toutes les lois nationales sont applicables donc élues à l’origine des transactions et non récusables avant l’échéance des obligations contractées.

      La transnationalité de marché s’applique à la matière du bien commun mais passe par ses formes nationales à travers l’application des lois nationales sous des autorités politiques nationales. Aucune institution internationale régie par une quelconque loi supranationale soustraite au contrôle des nationalités. La réponse à l’interrogation de juan nessy sur la légitimité démocratique de l’intermédiaire de marché transnational découle de la différence des ordres entre la matérialité marchande et la formalité légale. La loi nationale s’applique à la matière transnationale par la nationalité de l’intermédiaire de marché. L’intermédiaire de marché n’intervient que dans la production et la légalité du prix en totale soumission à la loi de sa nationalité.

      L’objet du prix est soumis au contrôle de légalité de l’intermédiaire. Mais le prix est calculé dans une monnaie transnationale qui traduit l’application d’une loi nationale à une matière internationale sur quoi toute nationalité est en égalité de droit hors de tout rapport de force matériel. Afin que l’application de la Loi soit matériellement garantie hors de tout intérêt particulier, l’intermédiaire de marché est couvert par son capital souscrit par la communauté transnationale de marché dont la finalité est la liquidité du prix sous une quelconque loi et non la suprématie d’une loi nationale sur les autres. Le marché transnational instaure la démocratie des démocraties par la monnaie sous-jacente à des options. Options par lesquelles la communauté transnationale de marché achète le risque des lois nationales dans des primes de change, le risque de financement des justices nationales dans des primes de dette publique et le risque bancaire de transnationalité dans des primes de capital bancaire.

      La philosophie d’un tel système est comme le dit Idle de transcender les nationalités, les calculs individuels et l’existence présente.

    6. Je ne sais pas si Dieu reconnaitra tous ses nationaux et transnationaux , et je vais prendre le temps de relire ( ou de demander une synthèse à Un parmi tant ) , mais sur mon choix de la Loi :

      – vous m’accorderez que je n’excluais pas le contrat
      – la Loi définit ce qui est réservé ou interdit , le reste peut être sinon libre tout du moins contractuel
      – la Loi est restrictive . Elle peut l’être , ou le devenir, trop . Mais tous les psychiatres vous confirmeront que l’on se remet plus facilement d’une éducation trop stricte ( pourvu qu’on quitte ses parents ) que d’une éducation trop permissive certains diraient libérale .Même Jducac est d’accord d’ailleurs . La Loi doit être amendable par le peuple qui l’a votée .

      C’est la démocratie , quitte à rabâcher , qui définit et écrit ce dont le groupe a besoin et accepte ( en majorité , d’où mon acharnement à la sanctuarisation du droit de vote …. secret ) ., et en tout premier lieu par la Constitution , la mère des lois ( j’espère pas trop maternelle et libérale !) .

    7. @Pierre Sarton du Jonchay 21 janvier 2011 à 15:59

      Comme souvent, vous poussez la discussion sur le contexte sémantique qui doit être éclairé pour révéler pleinement le sens de ce qu’on dit.

      Après 150 pages de « billets » sur ce blog vous m’accorderez qu’avec la lecture des réactions à ce billet-ci, c’est pas gagné pour vous dans le genre « révélation du sens ». La « vision tragique du réel » pointée sur un autre fil comme but du blog a plus mes faveurs que la révélation… lumineuse… ?

      Vous essayez par exemple de me situer entre la loi et le contrat dont vous suggérez qu’ils s’opposent comme le laisse penser les positions de JF Copé sur les 35h.
      Au sens où vous devez entendre « contrat » soit un consentement partagé sur une proposition, avec appel à tiers en cas de plainte d’une des parties pour défaut estimé de non respect des termes du consentement, je crains qu’il n’existe rien entre loi et contrat, puisque pour que contrat existe il faut qu’existe loi en tiers.

      Il fut un temps où ce qui faisait loi en tiers n’était rien d’autre que la loi de la parole, un oui n’est pas un nom, une parole engage et on continue à bassiner les petits d’homme très vite avec ce genre de considérations. « Verba volant, scripta manent. Avez-vous réfléchi qu’une lettre, c’est justement une parole qui vole ? S’il peut y avoir une lettre volée, c’est qu’une lettre est une feuille volante. Ce sont les scripta qui volant, alors que les paroles, hélas, restent. Elles restent même quand personne ne s’en souvient plus ». Lacan.
      Alors non je ne « vous » situe pas entre loi et contrat mais je situe votre propos comme penché à blinder le contrat avec un point aveugle sur la perpétuation de l’accumulation, l’accaparement acquis à qui ?

      Cette opposition est à mon avis pernicieuse car elle oblige à renoncer à l’un ou à l’autre. En privilégiant la loi on soumet l’individu à la collectivité et en privilégiant le contrat on efface la collectivité derrière les relations bilatérales individuelles. Ainsi Juan Nessy est-il amené à se positionner du coté de la Loi. Je vois un piège dans cette opposition : celui de neutraliser réciproquement les deux notions afin de faire disparaître la problématique du bien commun qui est la synthèse réciproque des intérêts particuliers dans l’intérêt général. La logique spéculative néo-libérale est de tuer la Loi par le contrat afin d’éluder toute discussion du bien commun.

      Comme j’ai pris le train en marche de la lutte des classes, vu de la locomotive ou du wagon, vous comprendrez que mon paysage est différent de celui que vous offre votre promontoire. Pire à ajouter mes mauvaises fréquentations de Freud et Lacan (en évitant l’ornière du freudo-marxisme) je ne saurais emboiter vos pas. L’individu n’est pas soumis à la collectivité mais aux lois issues – dans notre système politique de pourparlers et de vote – de représentants du peuple dans sa multitude mais dénombrable par recensement pourtant, peuple synonyme de « collectivité nationale ». Y a-t-il une objection de votre part à ce que l’individu ne soit pas soumis aux lois en vigueur ? Non, dans un cadre national le contrat n’efface pas le droit national (puisque c’est je suppose ce que sous-tend votre usage de « collectivité ») il en dépend.
      Les relations bilatérales…écrivez-vous : là ça se complique vraiment. Si vous évoquez par là, les relations de personnes physiques, c’est ce qu’on dénomme aussi intersubjectivité : or le phénomène du transfert est inéliminable dans le rapport à quelqu’un à qui on parle. Le transfert est l’échec d’une relation bilatérale pensée comme individu à individu. Je ne développe pas mais c’est dit. Si par relations bilatérales vous évoquez les relations de personnes morales, c’est un peu différent puisque celles là sont limitées à des contrats, Traités etc entre représentants de collectivités nationales dans le cas de Traités, mais tout représentant qu’il soit, le représentant reste par ailleurs une personne en relation avec d’autre représentants-personnes et là nous retombons dans le cas où les affaires de transfert existent. Pensez-donc à la façon dont la presse rapporte des signes de démêlés sentimentaux entre dirigeants lors de sommets ! Ensuite contrairement à vous, je ne saurais faire de synthèse de plus réciproque ? des intérêts particuliers pour définir bien commun (au sens anglais) ou intérêt général (au sens français).Il sont antagonistes, en lutte dialectique selon l’analyse (et pas la synthèse) de la vulgate marxiste. À défaut de mieux, pourquoi ne pas distinguer dans la collectivité nationale voire mondiale l’intérêt du plus grand nombre (général) de l’intérêt du plus petit nombre (particulier). La logique neo-libérale ne peut pas tuer les lois puisqu’elle en a besoin pour ses contrats. Elle les promeut en s’insinuant parmi les politiques, ou les détourne avec leur complicité vénale ou naïve.

      Le bien commun est justement la substance de la nationalité. S’il existe des nationalités juridiques différentes, c’est d’abord parce que les cultures et les langues sont différentes qui définissent le bien commun différemment par des lois différentes. Il est possible d’en déduire que le bien commun est totalement réduit par la Loi et que des lois différentes sont le signe d’une relativité absolue du bien commun entre les nations et à l’intérieur des nations. Le contractualisme peut alors se penser sans référence à aucune loi d’un bien commun qui n’a pas de réalité. La cupidité devient alors parfaitement saine et nécessaire du moment qu’un contrat est signé en dehors de tout questionnement de légalité en relation avec un bien commun.

      Non les nations ne se sont pas constituées à partir d’une substance de « bien commun ». Le droit européen s’est imposé partout – position de force oblige – dans les contrats internationaux. L’intérêt général n’a d’autres expression contraignante que formalisé juridiquement. Oui des philosophies, des traditions, des religions produisent des interprétations différentes de l’intérêt général et d’autant plus que cette notion exportée est datée géographiquement et historiquement ce qui comme d’autres la laïcité ou la lutte des classes n’a pas empêché qu’elle se répande à la surface du globe et pèse via les consciences son poids de réalité.

      Opposer la Loi au contrat est donc le moyen le plus commode de nier la réalité du bien commun dans la relation effective et réciproque de la Loi au contrat. La négation du bien commun par l’opposition de la loi et du contrat permet de conclure des contrats internationaux hors d’un même référentiel de loi. La communauté de bien entre les contractants n’est plus vérifiable par une même loi. Les rapports de force sont totalement libres dans le champ international par la mise en concurrence des lois nationales. L’égalité des droits qui est la raison d’être de la Loi peut alors devenir la justification formelle d’une réalité matérielle d’inégalité non dicible. La transnationalité est par conséquent le concept de la communauté possible des biens communs nationaux dans l’internationalité.

      Non, l’égalité des droits n’est pas la raison d’être de la loi. C’est très nouveau vous savez cette idée folle d’égalité ! Mais soyons fous…jusqu’au bout de cette folie alors ! Vous parlez de contrats internationaux hors loi commune. Mais GATT puis OMC c’est quoi alors ? Oui les rapports de forces sont libres à l’internationale, guerre militaire, économique, juridique, religieuse, bien sûr mais pour défendre ou attaquer quels intérêts ? Ceux des Nations ? Mais Jaurès est mort de quoi ? La transnationalité comme concept ? J’entendais Stéphane Nadaud, auteur d’un bouquin sur le concept déclarer qu’il n’existait pas de concept de concept et que la notion de concept se heurtait au signifiant des langues dans les tentatives de traduction. Déjà que je vous interpellais sur le sens en français du terme…

      La transnationalité passe du concept à la réalité objective par le marché commun d’option. Si la Loi est la formation du bien commun par la discussion entre citoyens parlant les mêmes langues dans une même nationalité, la loi doit rester nationale pour refléter une communauté humaine réelle de formes. En revanche la communauté humaine de matière, en l’occurrence l’économie, n’est pas nécessairement divisée par les différences humaines culturelles et linguistiques. Matériellement il n’est pas absurde de poser l’hypothèse d’un bien commun transnational que traduisent les échanges internationaux. La transnationalité peut se matérialiser dans un marché commun où toutes les lois nationales sont applicables donc élues à l’origine des transactions et non récusables avant l’échéance des obligations contractées.

      Je vais continuer à user « d’intérêt général » où vous usez de « bien commun ». Dites-moi ce qui a empêché l’ONU d’organiser ce marché commun d’options que vous appelez de vos vœux, clef de la pacification des relations économiques ?

      La transnationalité de marché s’applique à la matière du bien commun mais passe par ses formes nationales à travers l’application des lois nationales sous des autorités politiques nationales. Aucune institution internationale régie par une quelconque loi supranationale soustraite au contrôle des nationalités. La réponse à l’interrogation de juan nessy sur la légitimité démocratique de l’intermédiaire de marché transnational découle de la différence des ordres entre la matérialité marchande et la formalité légale. La loi nationale s’applique à la matière transnationale par la nationalité de l’intermédiaire de marché. L’intermédiaire de marché n’intervient que dans la production et la légalité du prix en totale soumission à la loi de sa nationalité.

      Ça ne me cause pas

      L’objet du prix est soumis au contrôle de légalité de l’intermédiaire. Mais le prix est calculé dans une monnaie transnationale qui traduit l’application d’une loi nationale à une matière internationale sur quoi toute nationalité est en égalité de droit hors de tout rapport de force matériel. Afin que l’application de la Loi soit matériellement garantie hors de tout intérêt particulier, l’intermédiaire de marché est couvert par son capital souscrit par la communauté transnationale de marché dont la finalité est la liquidité du prix sous une quelconque loi et non la suprématie d’une loi nationale sur les autres. Le marché transnational instaure la démocratie des démocraties par la monnaie sous-jacente à des options. Options par lesquelles la communauté transnationale de marché achète le risque des lois nationales dans des primes de change, le risque de financement des justices nationales dans des primes de dette publique et le risque bancaire de transnationalité dans des primes de capital bancaire.
      La philosophie d’un tel système est comme le dit Idle de transcender les nationalités, les calculs individuels et l’existence présente.

      Je n’ai pas trouvé où Idle parle de transcender les nationalités sur ce fil. Mais de quoi sont faites les nationalités ? À regarder les cartes qui colorent la représentation des territoires on s’aperçoit très vite que beaucoup d’États-Nations parmi les 192 représentés à l’ONU sont des créations récentes issues des siècles passés de colonisation. Les frontières sont tracées au méridien et au parallèle, à la zone tampon des empires d’alors, à l’espace tribal assis sur un gisement de pétrole, aux limites passées des zones d’occupation des empires etc Les langues communes ne suffisent pas à former une Nation demandez aux Kurdes. Plusieurs langues ne suffisent pas à empêcher une Nation, demandez aux belges. Bien des espaces nationaux ne sont que bricolages de circonstances issus des rapports de forces des grands états à l’assise historique plus établie. Il est notoire qu’on s’inquiète en Californie de ce que produira dans 30 ans la démographie hispanique alliée au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Je peux multiplier les exemples d’instabilité foncière à terme. Ajoutez la prévarication des possédants et des politiques à leur service. Dépasser ces patchworks pour l’intérêt général est d’intérêt général, mondial, mais ça ne peut que nuire aux intérêts particuliers (nationaux inclus) qui ne sont pas solubles dans l’intérêt général. La transnationalité ? vraiment je ne vois pas.

      Au fait j’attends toujours que vous me désigniez du doigt ce qu’est une « vraie démocratie ».

    8. @ Pierre sarton du Jonchay

      je vous cite « L’égalité des droits qui est la raison d’être de la Loi peut alors devenir la justification formelle d’une réalité matérielle d’inégalité non dicible »

      je ne crois pas dans votre raison d’être de la loi. La loi ne sert pas à l’association de deux forts afin de devenir plus fort mais à protéger le faible contre le fort.

      La loi c’est la puissance du fort en esprit contre la puissance du fort physiquement.

      la loi est un équilibre entre corps et esprit. Attention à Hegel et son idéalisme absolu: cela reduit la vie qu’à la représentation des choses extérieures qui sont alors niées comme inexistantes. rajouter une dose de Kant et de Nietzsche et vous avez la trinité que l’on recontre dans toutes les spiritualités humaines dont sont issues toutes les civilisations.

    9. @François2,
      Il me semble que nous sommes d’accord sur la loi équilibre entre le corps et l’esprit. Pour moi l’égalité des droits en est la conséquence. Cela signifie que l’accomplissement de la Loi dirige la vie humaine de la forme de l’égalité vers la matière de l’égalité. L’égalité des droits n’est pas l’égalitarisme matérialiste ni l’égalité virtuelle sans conséquence dans la réalité. L’égalité des droits est la vie du bien commun.

    10. @Rosebud1871,
      Vos analyses sont fines et instructives. Mais vous en choisissez les conclusions qui diffèrent des miennes. J’essaie de démontrer qu’une autre réalité que celle que nous observons est possible. Vous exprimez votre scepticisme avec raison. Et si nous inversons le jeu. Vous me parlez d’une autre réalité en laquelle vous croyez et je cherche à démontrer qu’il est possible qu’elle n’existe pas vraiment … 🙂

    11. À la longue depuis juin je constate que vous évitez à répétition de vous engager à préciser où vos propositions mènent concrètement (et sur d’autres « détails » comme la vraie démocratie ! ) Quelles instances, quelles entités pourraient avec efficacité les étudier et les promouvoir ? VB vous a beaucoup entrepris là-dessus sans vous lâcher.
      Du coté de la promotion d’une réforme du SMI la réponse US est claire. On ne scie pas une branche sur laquelle on domine.
      Il faudra d’autres rapports de forces que ceux qui perdurent aujourd’hui…

      Et si nous inversons le jeu.

      Bah vous avez eu le terrain
      terrain de jeu d’un commentaire sur mes hallucinations de « réalité ».

    12. Bonjour Monsieur Pierre Sarton du Jonchay.

      Je ne suis pas d’accord avec vous sur les causes de la crise.
      En essayant de regarder de plus loin à la fois dans le temps et l’espace, il me semble que cette crise était inéluctable.

      Toute civilisation repose sur une culture qui repose sur une confiance réciproque.

      Pour cela il convient de rappeller les sept vertus: trois théologales et quatre cardinales.
      Cela peut paraitre très bizarre de constater qu’une civilisation repose sur des vertus humaines. mais est-ce si étonnant de dire qu’une civilisation humaine repose sur des hommes et non sur une civlisation, est-il si surprenant de dire que l’homme est déja homme avant d’être civilisé?

      L’être humain est déja un être humain avant d’être un être humain socialisé. Le corps « parle » avant de dire des mots.

      revenons à ces vertus: trois vertus théologale: foi espérance charité. et quatre vertus cardinales ( prudence, tempérance, force et justice)

      foi espérance et charité. Voilà la base de toute culture. Une civilisation repose sur la foi dans un idéal commun. Vous dites un bien commun et donc une monnaie commune. Cependant votre monnaie me semble être purement intellectuelle. Où sont passés les êtres humains? Possèdent-ils les qualités requises, possèdent-ils ces trois vertus théologales? Quel est leur dieu?

      Les têtes pensantes, les clercs de la démocratie ont-ils ces trois vertus théologales dites catholiques qui je crois peuvent s’appliquer à chaque dieu personnel qui parle à l’intérieur de chacun de nous. En quoi croyons nous? dans le dieu footbal, dans la démocratie, dans les déesses maisons.

      Quels sont nos actes, nos rites en accord avec nos idéaux…

      Aucun rapport avec votre forum?????

      Est-il possible d’être athé dans la cité des hommes sans idéal?

    13. @François2,
      Définir un étalon monétaire comme subdivision unitaire du prix nominal d’un échange entre des hommes dont le réalisme est garanti par une troisième personne, n’est-ce pas poser que toute valeur est ordonnée au choix personnel d’une société de sujets humains ? N’est-ce pas poser que la foi, l’espérance et la charité soient les sources d’une réalité effectivement humaine vivante, corporelle et spirituelle ?

    14. @ Pierre Sarton du Jonchay

      Certes cela pourrait.Cependant le choix de l’arbitre, du troisième homme me semble primordial. Il me semble que sur lui repose tout l’édifice. Sur quels critères croyez vous qu’il puisse faire l’unanimité.

    15. @ Rosebud

      Amusant de voir que vous soutenez, au fond, une conception moderne/anglo-saxonne du rapport à la Loi (selon laquelle citoyen=sujet de droit « sans plus »), qui s’enracine dans certains traits particuliers de la philosophie politique moderne (ce qui n’est pas étonnant vu l’ancrage de Pierre dans la philosophie politique classique), et qui culmine avec la conception dite « procédurale » de la démocratie (par opposition à la conception dites « politique » de la démocratie) et une certaine conception du droit (qui n’est pas la même chose, dans son essence, selon le type de régime dans lequel il s’exerce).

      Ce n’est guerre étonnant au fond: marxisme et capitalisme sont farouchement hostiles au concept de « peuple », au concept de « citoyenneté », et même de « communauté politique », chacun pour des raisons qui leur sont propres. Il en découle le plus souvent une conception purement instrumentale ou fonctionnaliste du droit (sous couvert de description du monde social), et la pseudo-critique du positivisme formaliste kelsenien masque à peine cet accord de fond sur l’essentiel (le droit comme moyen et non comme fin, la confusion des niveaux normatifs et descriptifs, le repli de la « politeaia » sur la « constitutio », l’idée que la Loi s’adresse à la volonté plutôt qu’à l’intelligence, etc etc… »).

      Clairement, il y a là un désaccord total entre le néo-républicanisme (athénien ou romain) et la conception « marxiste » du gouvernement civil, aussi anti-démocratique que ne peut l’être la conception libérale (la « classe » et la « société civile », deux faces d’une même médaille). Le fait nouveau, c’est la colonisation de l’imaginaire des sympathisants marxistes par des schèmes de pensée issus de leur adversaire de toujours (enfin « adversaires », « adversaires », entre matérialistes on se comprend…).
      Encore un peu et Hayek s’exprimera par la bouche de Marx… La création d’un « extrême-centre » (qui serait tout sauf un mélange doucereux d’autres tendances), ne serait-ce que pour prendre en tenaille l’UMPS, apparaît de plus en plus nécessaire…).

      Coppé pense comme un anglo-saxon quand il parle comme ça, parce-qu’il considère le « contrat » et la « loi » comme deux dispositifs « techniques » en concurrence (qui s’adresseraient tous les deux à la volonté). J’ai presque ‘envie de dire qu’il en a une conception « juridique » (au sens de « professionnel du droit ». Mais le point de vue d’un Parlementaire sur le droit ne peut être celui d’un professionnel du droit sur ce même droit, sans quoi il ne s’y rapporte pas de la manière adéquate et viole les devoirs qui sont les siens en vertu de la dignité -et non pas « fonction »- qui est la sienne). Or « loi » et « contrat » ne sont pas deux dispositifs de régulation des conflits.
      Ce qui est intéressant, c’est qu’on voit bien ici comment la « sociale démocratie », le « libéralisme politique » et la « conception procédurale du Droit » s’accordent mutuellement (prenant le visage avenant d’une certaine « modernité », à côté de la sacro-sainte démocratie participative). Dans une démocratie, le peuple arbitre souverainement les conflits qui opposent les parties en présence, et ces dernières n’ont pas même le droit de plaider directement leur cause (ce qui implique le rejet et du « travailleur/prolétaire » et de la « société civile » comme instances d’arbitrage légitimes, et du lobbying bien entendu: c’est le citoyen dans le travailleur qui arbitre et la communauté politique dans la société civile qui tranche, ce qui a des conséquences majeures tant sur la forme de l’arbitrage, que sur le « cadre juridique » et le contenu des décisions, puisque le point de vue politico-moral à partir duquel l’arbitrage doit être rendu est ainsi prescrit aux citoyens et sert de surcroît de distingo entre ce qui peut relever du contrat ou des conventions collectives et ce qui peut relever de la Loi). Ce que Rousseau exprime en disant de l’empire de la souveraineté est absolu (absolu parce que simple, unitaire, et donc également sans limite autre que les valeurs qui fondent la communauté politique).

      En même temps, je me rend compte que ce rapport au droit est de plus en plus répandu, ne serait-ce que parce qu’il est implicite dans le monde de l’entreprise et que nous finissons par nous y conformer plus ou moins consciemment. La figure du « salop légaliste » y règne en maître d’ailleurs.

    16. @Killixs,
      Merci de ce décryptage idéologique qui pousse notre discussion collective loin en avant. Il faut que nous puissions remonter aux bifurcations philosophiques et politiques qui nous ont enfermés dans l’impasse d’aujourd’hui.

    17. @François2,
      Imaginez que la troisième personne arbitre par sa connaissance de la personne du vendeur de la réalité. L’acheteur de la prime de crédit du vendeur de l’objet réel produira de la plus-value par son évaluation de la capacité du vendeur à réaliser ce qu’il promet à l’acheteur. Ce n’est donc pas l’unanimité qui évalue le garant du prix mais la réalité visible d’une promesse tenue au prix annoncé par le vendeur emprunteur du crédit. L’unanimité est réalisée matériellement par le marché qui prête aux vendeurs garantis de la réalité déposée dans des objets de droit. Le droit est évalué par des options de change qui achètent ou vendent les crédits en monnaie nationale régis par les formulations nationales du Droit.

    18. @ Killixs 23 janvier 2011 à 15:24

      Amusant de voir que vous soutenez, au fond, une conception moderne/anglo-saxonne du rapport à la Loi (selon laquelle citoyen=sujet de droit « sans plus »), qui s’enracine dans certains traits particuliers de la philosophie politique moderne (ce qui n’est pas étonnant vu l’ancrage de Pierre dans la philosophie politique classique), et qui culmine avec la conception dite « procédurale » de la démocratie (par opposition à la conception dites « politique » de la démocratie) et une certaine conception du droit (qui n’est pas la même chose, dans son essence, selon le type de régime dans lequel il s’exerce).

      Merci de m’indiquer que je soutiens innocemment une conception anglo-saxonne du rapport à la loi. Ma curiosité pour le droit est récente (2006) et ne me permet pas de distinguer la signification du distinguo conception procédurale/politique. Je vais me renseigner…Bien sûr la conception du droit diffère selon le régime…

      Ce n’est guerre étonnant au fond: marxisme et capitalisme sont farouchement hostiles au concept de « peuple », au concept de « citoyenneté », et même de « communauté politique », chacun pour des raisons qui leur sont propres. Il en découle le plus souvent une conception purement instrumentale ou fonctionnaliste du droit (sous couvert de description du monde social), et la pseudo-critique du positivisme formaliste kelsenien masque à peine cet accord de fond sur l’essentiel (le droit comme moyen et non comme fin, la confusion des niveaux normatifs et descriptifs, le repli de la « politeaia » sur la « constitutio », l’idée que la Loi s’adresse à la volonté plutôt qu’à l’intelligence, etc etc… »).

      Marxisme et capitalisme dites-vous. Ce mélange de catégories ne se laisse pas articuler. Comparer un héritage exploité d’auteur et un mode de production économique… Vous auriez écrit Socialisme (en précisant quelle expérience) et Capitalisme (même remarque), c’était plus attrapable et articulable. Plutôt que vous répondre en dominateur d’une définition bien établie et du marxisme et du capitalisme, autant vous faire passer ma position singulière de dominé, traversé de discours. Peuple est un concept qui ne fonctionne pas tout seul dans une république démocratique mais avec État et Nation. Au moins puis-je vous faire remarquer que l’inspiration d’une certaine lecture de Marx et d’autres, a produit dans la constitution soviétique de 1936 (de mémoire ?) le passage énoncé de la dictature du prolétariat à l’état du peuple soviétique tout entier. J’entrevois non pas une hostilité mais une réserve à propos de « peuple » ou de « citoyenneté » à partir d’une conception marxiste de l’histoire, c’est que ces notions de peuple et de citoyen sont dépendants de la notion d’État, de Nation, et que ceux-ci sont le résultat d’un certain moment de l’histoire de la lutte des classes, qui a mis quelques siècles à les constituer et tout indique que ces découpages actuels ne sont pas éternels même si certaines zones sont plus consistantes que d’autres. J’entends partiellement ce que vous développez ensuite mais il me faudrait quelques pages pour en discuter. Je commence à soupçonner que le droit positif comme système à l’inconvénient d’entériner le droit « naturel » en bloquant toute mise en cause de son étiologie.

      Clairement, il y a là un désaccord total entre le néo-républicanisme (athénien ou romain) et la conception « marxiste » du gouvernement civil, aussi anti-démocratique que ne peut l’être la conception libérale (la « classe » et la « société civile », deux faces d’une même médaille). Le fait nouveau, c’est la colonisation de l’imaginaire des sympathisants marxistes par des schèmes de pensée issus de leur adversaire de toujours (enfin « adversaires », « adversaires », entre matérialistes on se comprend…).
      Encore un peu et Hayek s’exprimera par la bouche de Marx… La création d’un « extrême-centre » (qui serait tout sauf un mélange doucereux d’autres tendances), ne serait-ce que pour prendre en tenaille l’UMPS, apparaît de plus en plus nécessaire…).

      J’ignore ce que vous nommez conception marxiste de gouvernement (civil ?) et ce que vient faire Hayek dans l’histoire.

      Coppé pense comme un anglo-saxon quand il parle comme ça, parce-qu’il considère le « contrat » et la « loi » comme deux dispositifs « techniques » en concurrence (qui s’adresseraient tous les deux à la volonté). J’ai presque ‘envie de dire qu’il en a une conception « juridique » (au sens de « professionnel du droit ». Mais le point de vue d’un Parlementaire sur le droit ne peut être celui d’un professionnel du droit sur ce même droit, sans quoi il ne s’y rapporte pas de la manière adéquate et viole les devoirs qui sont les siens en vertu de la dignité -et non pas « fonction »- qui est la sienne). Or « loi » et « contrat » ne sont pas deux dispositifs de régulation des conflits.
      Ce qui est intéressant, c’est qu’on voit bien ici comment la « sociale démocratie », le « libéralisme politique » et la « conception procédurale du Droit » s’accordent mutuellement (prenant le visage avenant d’une certaine « modernité », à côté de la sacro-sainte démocratie participative). Dans une démocratie, le peuple arbitre souverainement les conflits qui opposent les parties en présence, et ces dernières n’ont pas même le droit de plaider directement leur cause (ce qui implique le rejet et du « travailleur/prolétaire » et de la « société civile » comme instances d’arbitrage légitimes, et du lobbying bien entendu: c’est le citoyen dans le travailleur qui arbitre et la communauté politique dans la société civile qui tranche, ce qui a des conséquences majeures tant sur la forme de l’arbitrage, que sur le « cadre juridique » et le contenu des décisions, puisque le point de vue politico-moral à partir duquel l’arbitrage doit être rendu est ainsi prescrit aux citoyens et sert de surcroît de distingo entre ce qui peut relever du contrat ou des conventions collectives et ce qui peut relever de la Loi). Ce que Rousseau exprime en disant de l’empire de la souveraineté est absolu (absolu parce que simple, unitaire, et donc également sans limite autre que les valeurs qui fondent la communauté politique).

      Pour les 35 heures l’avantage des négociations par branche et du contrat est de favoriser le patronat dans le rapport de forces. La loi ne donne pas cette faveur. Coppé le sait.
      S’il a bien quelque chose que je retiens à propos du droit, c’est effectivement qu’un juriste est incontournable pour se prononcer sur la matière juridique et que la disputatio est de règle. Je retiens aussi que le pouvoir juridique est dépendant du pouvoir politique en place. Voyez ce que montre « Section spéciale » de Costa-Gavras ou Conspiracy sur la Conférence de Wannsee où de nombreux participants étaient juristes et pour la plupart serves, ce qui n’est pas j’en conviens le propre du personnel juridique. Un contrat par définition suppose un accord qui oblige et donc n’est pas un dispositif de régulation des conflits. Mais changer d’avis et ne plus « s’obliger à » mène à la loi qui garantie en coulisse et juge en tiers. Chez le mafieux, le contrat, c’est la réplique bien connue I’ll make him an offer he can’t refuse et on bute le récalcitrant d’où le superflu de l’appel au juge. Ensuite je ne saisis pas tout du paragraphe qui s’ouvre avec votre « c’est intéressant »

      En même temps, je me rend compte que ce rapport au droit est de plus en plus répandu, ne serait-ce que parce qu’il est implicite dans le monde de l’entreprise et que nous finissons par nous y conformer plus ou moins consciemment. La figure du « salop légaliste » y règne en maître d’ailleurs.

      La figure du « salop légaliste » je ne sais pas ce que vous désignez par là. Ce qui est certain c’est que s’écarter des règles en vigueur expose à sanction. Il est des lois insatisfaisantes, iniques, dont la légitimité d’existence ne tient qu’aux rapports de forces politiques. Les lois ça se change au gré des changements des politiques. Voyez « Dans ses yeux » comment ça fonctionnait sous la dictature argentine chez les juges.

  17. RAPATRIER LE CAPITAL SOUS LA DEMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay…
    Bonsoir…Je constate que le titre du billet a changé…Je le trouve ravageur et très loin de votre style habituel…Personnellement je préfère le premier…
    Je tiens a vous remercier P.S.J. pour ce billet excellent et parfaitement élucidant.

    La réponse que vous m’avez donné concernant le comment s’y prendre pour instaurer cet étalon, me donne beaucoup d’espoirs…Le résultat le plus positif de la théorie des valeurs, c’est de démontrer la liaison de la valeur à la structure humaine. L’homme est un être qui se dépasse : il n’y a de valeur véritable sans invention sans dépassement.
    La théorie de la valeur témoigne que la philosophie actuelle ne peut définir la réalité humaine ni par un recours à des essences éternelles, ni par une réflexion sur le passé, ni par une utopie d’avenir, mais par le présent et l’actuel, considéré non comme un point dans une ligne mais comme étant à chaque instant le mouvement dont la ligne est la trace…Et, en cela votre « étalon », énoncé dans ce billet en est le maître d’oeuvre…Aussi nous faudra -t-il tout de même en découdre avec les politiques…Ce n’est pas une mince affaire… »Rapatrier le capital sous la démocratie », connote de façon radical une prise de position…Mais peut-être cela séduit-il davantage le lecteur…

  18. Bravo à l’effort de résumé synthétique de Un-parmi-les-autres (Primus ou Unus… inter pares ?)

    Extraordinaire PSDJ !

    Une élaboration de l’analyse de la crise du capital fictif qui sonne comme du Marx, celui du Livre III du Capital…
    et pourtant qui nous ramène avant Marx, dans le perfectionnement de l’économie politique classique de Smith et Ricardo.

    En effet, pour PSDJ, la plus-value (survaleur) extorquée au travail vivant n’existe pas : le capital est seulement l’avance, de bon aloi, en monnaie d’un prix de vente garanti dont on mesurera l’écart à la valeur « réelle » au moment de la livraison effective de la marchandise (écart couvert plus ou moins par une assurance sur ce risque).

    Or le capital est accumulation constante de la plus-value extorquée aux travailleurs au cours de la production et récupérée au moment de la vente dans le processus de circulation. Confondre en une même entité coûts de production + bénéfice et valeur de la marchandise est le fond même de l’erreur de l’économie politique pré-marxienne.

    Ce capital accumulé est possédé par des capitalistes qui forment une classe sociologiquement identifiable (cf. travaux de Pinçon et Pinçon-Charlot) et cette classe n’est pas prête de son propre gré à ce qu’existe une quelconque transparence ou régulation sur quelque marché que ce soit. Cela révélerait que sa richesse vient d’une extorsion de fonds radicale, fondamentale, permanente : secret que les possédants et leurs affidés refusent à toute force que cela soit dit. Malheureusement des intellectuels cèdent devant leurs arguments (de force, sonnants et trébuchants, notoriété, conviction personnelle allant dans le sens confortable de l’idéologie dominante…) et acceptent de construire des théories qui contribuent à l’enfumage général (la caricature d’un Alain Minc ou d’un Jacques Attali, pour illustrer le propos).

    Au crédit de PSDJ, il dénonce la captation de la finance et en dénonce certains de ses mécanismes, mais n’allant pas à la racine du problème, les solutions proposées passent à côté de la cible.

    En effet, les solutions ne sont pas techniques (monétaires, économiques, juridiques…) mais politiques : il nous (nous, les citoyens) faut restreindre, contraindre, abolir, le pouvoir réel de nuire des capitalistes. L’exemple de la Tunisie doit être étudié : certains maintenant vont tenter de distinguer le capitalisme néolibéral du FMI (donc soutenu par lui et légitimé par les instances internationales de la finance) et la mafia en Tunisie.

    Je défie quiconque de pouvoir en faire le partage : ce capitalisme et la mafia fonctionnent sur les mêmes principes et sont intrinsèquement liés, en Tunisie, comme en Italie, comme en Russie et comme dans combien d’autres pays ? Y a-t-il même un seul pays qui échappe aujourd’hui à cette collusion ? Directement ou indirectement ? Les entreprises françaises qui sous-traitent leur production en Tunisie n’ont-elles pas « profité » massivement et frauduleusement du système béni par le FMI de DSK ? Elles devraient aussi avoir leurs comptes bloqués et être jugées pour recel et abus de biens sociaux tout autant que Ben Ali et sa bande.

    N’a-t-on pas eu l’exemple de Madoff : personne ne « pouvait », ne voulait, distinguer le vrai du faux ? Non ! Les principes en sont les mêmes foncièrement : extorsion de fonds par la force (contrat de travail dont la caractéristique est d’être léonin et déséquilibré entre le patron et le salarié, la loi servant parfois de garde-fou, mais on voit comment le MEDEF-UMP réduisent le champ d’application de la loi au profit du contrat…) ou la ruse, gruger le petit au profit du gros, détruire le concurrent après l’avoir acheté ou en le ruinant frauduleusement… tout ça se sont « les affaires » des affairistes (mafieux ou bons capitalistes ? vous pouvez faire la différence ?).

    Voilà ce qu’il faut voir et interdire en éradiquant la propriété privée lucrative des moyens de production pour la remettre entre les mains des citoyens et de la démocratie. La cible n’a pas changé, elle est toujours la même et les moyens aussi : prendre conscience de cette réalité, se rassembler et payer de sa personne dans la rue et ailleurs (dans les urnes, si elles ne sont pas à double fond) pour que la souveraineté citoyenne soit prise en compte dans tous les domaines, économique et financier, particulièrement. (Ceci n’a rien à voir avec le « populisme » ce mot mis à la mode pour discréditer toute tentative de révolte contre les classes dominantes !).

    Voilà à quoi peut nous servir la réflexion sur la situation en Tunisie, quel qu’en soit le devenir : le rapport des forces et son évolution ne sont pas écrits dans les astres mais dépendront de l’intelligence et de la volonté démocratiques des citoyens tunisiens et de tous les autres dans le monde.

    1. Merci !

      Mais constatons lucidement que personne n’a envie de continuer le débat de ce point de vue…
      Les néolibéraux et les socio-libéraux croient toujours qu’un peu d’austérité va suffire pour coller les morceaux de leur système !
      Or il manque, sans tenir compte du notionnel, encore 6.000 milliards de dollars pour solder les trous des banques. Nous n’avons pas fini de payer, comme si nos poches étaient des cornes d’abondance pour ceux qui ne savent pas où placer leur argent…

      Triste monde (non il ne faut pas le dire, parce qu’on serait populiste, vilain, très vilain).

    2. @JeanNimes 22 janvier 2011 à 19:21

      personne n’a envie de continuer le débat de ce point de vue…

      Le débat ? quel débat ?
      Si vous évoquez par « débat » l’incidence de la parole de Marx sur le devenir de la croute terrestre à partager, ce débat me paraît tranché. Il y a eu et il y a encore des nations qui ont éradiqué « la propriété privée lucrative des moyens de production » avec des effets divers pas aussi noirs que le mainstream les dépeints, en s’abstenant toujours d’une vision globale, mondiale des effets ravageant du capitalisme au profit d’îlots de prospérité insolente, eux-mêmes aussi gangrénés d’autres formes de misères. Le contrôle du pouvoir de produire n’est pas seulement nécessaire pour que quelques uns cessent d’accumuler la survaleur. Ce contrôle est nécessaire pour orienter autrement la définition comme le destin des objets produits, comme pour mettre fin à la concurrence, au profit, si j’ose dire, de la coopération. Ça se fait déjà dans des projets internationaux pour des domaines où les capitaux privés s’engagent peu à défaut d’horizon court ou moyen terme de ROI. Enfin ce contrôle devrait dépasser à terme le carcan nationaliste . D’une part c’est déjà le cas dans les structures matérielles diffuses des grandes entreprises mondiales autant que dans la répartition symbolique de leur capital. D’autre part les limites de ressources naturelles excluent de laisser plus longtemps leur gestion à l’emprise du pillage sans foi ni loi des mercenaires économiques du Capital. Parallèlement tout cela suppose que chacun se déprenne d’identités nationales trop étriquées pour ces perspectives. On en reparle dans quelques générations ? …
      Quant aux « 6000 milliards », en deçà de l’imaginaire attenant à pareil chiffre, c’est réductible à très exactement 13 signes typographiques que je viens de compter.

  19. Pierre-Yves D.
    22 janvier 2011 à 00:54

    Plutôt qu’utiliser le vocable valeur pourquoi ne pas retenir celui de choix ?

    La valeur de la société tient à ce quelle affranchit l’individu…Si les tendances humaines ne se manifestent jamais que dans les formes que la société leur a consenties, si les causes qui agissent le plus directement, le plus constamment et le plus profondément sur les esprits
    sont les causes sociales…Il faut donc dire que les individus civilisés ne sont tout entiers ce qu’ils sont que grâce à la société et par l’effet de son action: leur originalité ne tient pas au fond à eux-mêmes, mais essentiellement, à la multiplicité et à la diversité des influences auxquelles il sont soumis et des imitations qui s’offrent à leur choix.
    On ne saurait citer tous les textes où Tarde est revenu sur cette idée…Mais en voici un : « Son autonomie (de l’individu) s’alimente de leur diversité (des groupes sociaux dont il fait partie). Plus se diversifient ces suggestions qui souvent se contrarient, et plus s’accentue, avec la conscience de lui-même, l’importance du caractère individuel qui révèle son originalité par la nature de son choix entre tant de modèles offerts (valeurs) à la fois à son imitation ».

    1. Les Mêmes Yeux que Lost – éditions Leo Scheer. P. Thiellement

      Pense à une boîte.

      Un homme, c’est quelqu’un qui se trompe. Et il peut aussi bien être trompé par l’illusion de sa liberté que par l’attribution de ses décisions les plus intimes à une puissance étrangère officiant comme providence personnelle. Il peut aussi bien être trompé par l’idée de hasard que par l’idée de destin. Un homme, c’est quelqu’un qui sait rarement à quel ange se vouer. Pourtant, nous avons besoin de nous sentir autorisés pour agir. Nous sommes toujours fatigués à l’idée de devoir justifier nos actes, perpétrés dans la passion, la colère ou l’urgence. Nous sommes toujours fatigués de nous expliquer. Et c’est une assez longue histoire. En 2007, J.J. Abrams est à Monterey. Il vient faire une présentation de Lost, dont il est le producteur, au sein des séminaires transdisciplinaires organisées par TED, un acronyme pour Technology, Entertainment & Design. Dans sa conférence stand-up de vingt minutes, Jeffrey Jacob Abrams, co-créateur de la série avec Damon Lindelof, galvanise le public de cette initiative californienne par un tour aussi imagé que trompeur : il tisse le tapis de son explication autour du leurre de la boîte magique et mystérieuse.
      « Mon grand-père, Harry Kelvin, possédait une société en électronique. Enfant, il venait me voir avec des radios et des téléphones, et toutes sortes de choses qu’il ouvrait, qu’il fouillait, et dont il me révélait la mécanique interne. Et mon grand-père ne se contentait pas de déconstruire les mécanismes, il m’a intéressé à beaucoup d’autres choses comme par exemple aux techniques d’impression, à la sérigraphie, à la reliure, et la fabrication des boîtes. L’ingénierie du papier m’obsède : et comme j’adore le découpage, le pliage, l’impression et la colle, j’adore les boîtes. Mon grand-père s’amusait également de mon obsession pour la magie. Nous allions régulièrement dans un magasin à New York appelé Lou Tannen’s Magic. C’était dans un vilain petit immeuble en centre-ville, mais, une fois qu’on avait pris l’ascenseur, et une fois que l’ascenseur s’était arrêté à l’étage, il y avait ce petit magasin de magie… Et ce lieu était vraiment magique ! Une des choses que j’ai acheté dans ce magasin, c’est cette boîte : Tannen’s Mystery Magic Box. Je l’ai acheté il y a plusieurs décennies, et je ne l’ai jamais ouverte. Je l’ai depuis toujours, dans mon bureau, sur les rayonnages de la bibliothèque, avec ce grand point d’interrogation dessiné dessus. Je ne l’ai pas ouverte parce qu’elle représente quelque chose d’important pour moi : elle représente l’infini des possibilités. Elle représente l’espoir. Elle représente les potentialités. Quoique je fasse dans ce que je fais, je suis toujours attiré par les possibilités infinies. Je suis toujours attiré par les potentialités. Si je commence à penser à Lost, je me dis: mon dieu, les boîtes mystérieuses sont partout dans ce que je fais. Lors de la création de Lost, Damon Lindelof et moi, quand nous avons mis au point la série ensemble, nous avons dû tout faire dans un temps très court. Onze semaines et demi pour l’écrire, choisir les acteurs, former l’équipe, réaliser un épisode pilote d’une heure et demi. Il n’y avait pas beaucoup de temps. Mais il y avait ce sens des possibilités… »
      Cette histoire de boîte magique et mystérieuse va hanter Lost, mais pas nécessairement pour son meilleur. Et pas nécessairement pour filer l’aimable métaphore de J.J. Abrams non plus. La série Lost, Abrams l’abandonne, du reste, dès l’achèvement du pilote. Il n’y reviendra pas de toute la première année, trop occupé alors à tourner Mission Impossible III. Il se consacre ensuite à la production de Cloverfield (2008), de la série Fringe (2008) et à la réalisation de Star Trek XI (2009). On peut dire que, dès le second épisode, Lost ne lui appartient plus. Il le laisse alors entre les mains du jeune et peu expérimenté Damon Lindelof. Et le jeune Damon Lindelof ira chercher le vieux Carlton Cuse, plus roué aux techniques de récit, avec qui il avait brièvement travaillé sur Nash Bridges, pour l’aider à écrire et architecturer les six saisons de sa citadelle télévisuelle en suspens. Est-il besoin de préciser que le ressentiment contre un chef introuvable ou absent est une des dynamiques de Lost ? Bien sûr, le personnage de John Locke souffre le martyr dans une compagnie qui fabrique des boîtes. Et dans l’épisode The Man from Thallahassee, c’est le chef des « Autres », Ben Linus, qui joue sur les nerfs du héros avec la métaphore abramsienne pour lui parler de son île bien-aimée. « Pense à une boîte. Tu t’y connais en boîtes, pas vrai, John ? Et si je te disais que, quelque part sur cette île, il y a une très grande boîte… Et quoique tu imagines, quoi que tu veuilles y trouver, quand tu ouvres la boîte, cette chose y est. Qu’en dirais-tu, John ? » Ben aura beau préciser, quelques minutes plus tard, que la boîte est une métaphore, Locke n’en aura pas fini avec celle-ci. Comme la compagnie pour laquelle il travaillait, elle va se mettre à lui pourrir la vie. Elle va désorienter tout son parcours. Locke ne va pas cesser de se tromper. Et il sera aussi bien trompé par l’absurdité apparente des signes qu’il recevra, que par le caractère trop ouvertement symboliques des autres. À la fin de la quatrième saison, quand il pénètre sa dernière station DHARMA, The Orchid, Locke ne peut s’empêcher de demander, à un Ben hautain et blasé, n’attendant que la première occasion de répondre par la négative : « Est-ce que c’est ça, la boîte magique ? »
      Eh bien non : The Orchid ne contient aucune boîte magique. Pas plus que Lost, elle n’ouvre sur « tout ce qu’on veuille y trouver ». Et elle ne se caractérise ni par l’espoir ni par les potentialités. L’absence de boîte magique sur l’île sera bien le signe du démenti secret, par les scénaristes de la série, de la promesse initiale de son créateur. Seul un dieu absent peut vous promettre l’impossible. Seul un dieu absent peut vous dire que tout ce que vous voulez trouver dans ce monde y est. Dans la réalité, cela ne se passe pas comme ça. Vous croyiez être en face d’une « boîte magique et mystérieuse » mais, en réalité, vous êtes face à l’événement qui récuse impitoyablement tous les fantasmes et toutes les attentes liées à cette fameuse boîte. Vous croyiez être face aux potentialités ou à l’espoir, vous êtes en face du mystère de la connaissance, et singulièrement celle des règles, des limites, des contraintes, des Lois qui encadrent votre séjour sur la Terre. On vous a promis un récit d’île mystérieuse fonctionnant comme une boîte magique. Mais vous allez vous confronter, plutôt sèchement d’ailleurs, aux symboles de la vue, de la connaissance, de l’orientation et du dépôt de la tradition : une tapisserie, une caverne, un phare et une grotte. Vous n’aviez rien demandé à personne, mais c’est comme ça. Il faut quelqu’un pour se charger de tout cela, vous entendrez-vous dire, à plusieurs reprises, à la fin de la série. Il faut quelqu’un pour se charger de tout cela. On vous avait dit que vous aviez le choix, on vous avait dit que vous étiez libres, mais ce n’était pas vrai et vous n’avez jamais été libres. Il fallait quelqu’un, vous dit-on désormais, et ce quelqu’un, maintenant, c’est vous.

  20. De quoi tu causes, Pierre, du Bancor? Et tu crois qu’un truc pareil ferait disparaître les paradis fiscaux. On voit bien que t’es encore un jeune naïf. Tu veux parier que nos gros tiques vont bien trouver une combine pour continuer leur cirque.

    1. « Évidemment qu’il y aura toujours des paradis fiscaux »

      Ca, ça m’énerve.

      Et Cuba. Et la Corée du Nord. Et l’Irak. Et la Palestine. (je dois certainement oublier d’autres pays qui ont oser refuser de suivre le « grand frère américain »)

      Le blocus économique EXISTE !

      Et il peut être appliqué à n’importe quel paradis fiscal comme l’avait fait De Gaulle pour Monaco.

      Nous en revenons encore et toujours au fait de ne pas se voiler la face et PRENDRE des décisions politiques.
      Et le fait qu’elles soient extrêmes envers les mafias ne me dérange pas du tout.

    2. Tout à fait d’accord yvan. Si les gros voulaient en finir avec les paradis fiscaux, ça se ferait et assez facilement même. Il suffit de voir comment les USA se sont assis sur le secret bancaire suisse quand ça les a arrangé. Je dirais même que si les gros n’avaient pas voulu que les paradis fiscaux existent, il n’y en aurait pas.

    3. Yvan,
      Le bancor sous-jacent à un marché commun généralisé d’option est une arme logique contre les paradis fiscaux. Dès que le marché démocratique d’option sera lancé, les capitaux accumulés dans les paradis fiscaux seront dévalués par la réévaluation des États de droit démocratiques. Il faut démontrer que la démocratie est le régime politique le plus rentable pour que la bulle financière du capital apatride éclate définitivement.

  21. @Rosebud1871,

    Il faudra d’autres rapports de forces que ceux qui perdurent aujourd’hui…

    Certes. Alors comment voulez-vous renverser ces rapports de force ? Je propose la démocratie, telle qu’elle est définie et discutée depuis Aristote. Je propose que la discussion soit engagée dans la réalité matérielle par le marché formé dans la démocratie. Il me semble que si je suis logique et si je respecte votre opinion en vertu de la démocratie, je ne puisse aller plus avant dans la description d’un concret qui ne peut pas exister si nous ne l’avons décidé et d’institutions qui restent à créer. Si je vous décris un futur qui n’existe pas du fait que vous ne l’avez pas accepté, je bascule dans l’orgie spéculative actuelle qui consiste à parler du futur qu’on veut tout seul pour faire croire aux autres qu’ils n’ont pas à le choisir pour qu’il se réalise. Il me semble que vous n’appréciez pas cette façon de faire et que vous dénoncez la surdétermination de la réalité par le langage. Est-il raisonnable que je vous exonère de vos choix par des explications qui ne vous apprennent rien ?

    1. @Pierre Sarton du Jonchay 23 janvier 2011 à 14:13
      Les rapports de forces qui perdurent aujourd’hui sont installés depuis la WW2 à quelques replâtrages près.
      Vous conviendrez que l’actuel fonctionnement de l’ONU fait pâle figure face à un idéal démocratique, et qu’il est loin d’avoir muté au regard des bouleversements enregistrés depuis 65 ans. La réforme du SMI est repoussée autant que celle de l’ONU est repoussante ! Je me répète : l’arnaque entre 42 et 48 est d’avoir décidé à quelques uns des accords de BW puis ensuite seulement de créer une représentation internationale des Nations via l’ONU. Bref le marché d’abord, les États ensuite ; c’est le contraire qui est à réaliser pour trancher la question de qui commande. Et le bancor ne saurait se passer des politiques pour l’imposer.
      Comment ? La case « nation » reste incontournable or je ne vois ni dirigeants ni représentants ayant mandat ou même visions pour dépasser les antagonismes en cours, sans même parler du timing pour les faire partager.
      Les procédures inventées pour les accords Salt sont un embryon de ce qui pourrait permettre de moduler les rivalités et compétitions extrémistes et nocives à l’intérêt général autant que la méfiance sur la méchanceté supposée des intentions de l’autre.
      Non PSDJ la démocratie n’est pas le respect des opinions de l’autre, seulement le respect de la sanction d’un vote majoritaire (dans des conditions transparentes) et encore peut-on ajouter qu’une majorité a le droit de changer d’opinion entre deux votes et de le faire savoir …dans la rue. La démocratie c’est le droit, la liberté de batailler avec les opinions de l’autre, d’en questionner la consistance, la visée et réciproquement etc.
      Je n’accepte pas qu’un gouvernement puisse se faire élire avec un programme, puis changer de programme sous quelque motif que ce soit sans démissionner et retourner aux urnes.
      Je ne dénonce pas la surdétermination de la réalité par le langage. Quand je parle de surdétermination c’est pour couper court aux discours lyriques sur la liberté du sujet, et rappeler qu’existent des surdéterminations sociales, économiques, inconscientes etc. Que celles-ci ne puissent être transmises, expliquées, montrées, que par le champ du langage et de la parole, bien sûr, avec effet de réalité attenant bien évidemment.
      Si, si, vous m’apprenez comment vous faites l’impasse sur ce qui rend bruyants vos silences. Mais quelques soient les mutations du capitalisme pour remonter à ses débuts embryonnaires à la renaissance je n’y lis pas d’âme contrairement à vous.
      La démocratie est notamment le respect des effets du droit de vote majoritaire (dans des conditions transparentes) mais entre deux votes il ne saurait être question de respecter l’opinion de l’autre mais plutôt de batailler sur sa consistance, sa visée etc. pour lui permettre d’être éclairé dans la réciprocité, sur des choix qui engagent son futur.

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