LE MONDE ECONOMIE, LUNDI 7 – MARDI 8 FEVRIER 2011

La mesure du risque de crédit doit être un service public

La commission mise sur pied aux Etats-Unis, en 2009, pour déterminer les causes de la crise financière, la Financial Crisis Inquiry Commission, a remis ses conclusions le 27 janvier. Ses dix membres n’ont pas pu se mettre d’accord : le rapport est signé des six démocrates, alors que les quatre républicains expriment leur dissidence dans deux déclarations distinctes.

Tous s’accordent cependant pour attribuer un rôle déterminant dans la crise aux agences de notation.

Pourtant, rien n’a été prévu aux Etats-Unis pour réformer leur mode de fonctionnement.

De son côté, la Commission de Bruxelles ne planche que sur des mesures à l’impact purement symbolique, comme l’exigence qu’un changement de notation de l’un des pays de l’Union européenne lui soit notifié avec un préavis de trois jours, ou qu’un changement de notation ne soit communiqué qu’après la clôture des marchés.

La notation du risque de crédit d’un instrument de dette ou d’un produit dérivé – que celui-ci soit émis par un organisme privé ou public – constitue en soi un service public.

Si, aux Etats-Unis, on a confié en 1975 cette notation à des compagnies privées, dotées du statut de nationally recognized statistical rating organization, ce fut dans un souci d’impartialité, parce qu’on exigeait d’institutions stratégiques – comme les compagnies d’assurances ou les fonds de pension – qu’elles n’investissent que dans des produits financiers -classés investment grade, c’est-à-dire dignes de confiance en tant qu’outils d’investissement. Si l’Etat évaluait le risque de crédit, il serait, avait-on dit alors, à la fois juge et partie.

Si l’on insiste depuis 2008 sur le conflit d’intérêts résultant du fait que l’émetteur d’un titre ou d’un produit dérivé rétribue les agences qui évaluent le risque de crédit de son produit, on est resté indifférent à une autre conséquence de leur statut privé : le fait que la concurrence commerciale entre elles les décourage d’admettre que le risque de crédit de certains produits financiers est tout simplement inconnaissable, parce que leur comportement n’est pas modélisable.

Cela vaut en particulier – mais pas exclusivement – pour des produits qui précipitèrent l’effondrement du système financier à l’automne 2008, tel le CDO (Collateralized Debt Obligation : un instrument de dette) ou le CDO synthétique (le produit dérivé d’un CDO).

J’ai eu l’occasion de soulever cette question dans ma fonction de vérificateur de modèles financiers au sein de banques américaines.

La réponse qui me fut faite par une des grandes entreprises d’audit était que l’absence de modélisation pour un produit financier ou le fait que sa modélisation était notoirement erronée, étant connus de tous, ce contexte constitue simplement la « norme industrielle » qui vaut pour ce produit.

Il y a là un malentendu grossier puisque la question qui se pose n’est pas celle de l’accès égal pour tous à l’information, mais la capacité à mesurer un risque. Les conséquences tragiques de ce malentendu sont désormais connues.

La notation du risque de crédit des produits financiers doit être confiée à un organisme international indépendant se substituant aux agences existantes.

Cet organisme doit être isolé statutairement de l’influence des groupes de pression. Il doit lui être possible, le cas échéant, d’affirmer que le risque de crédit associé à un produit financier n’est pas mesurable, faute d’une modélisation plausible de son comportement.

Tout modèle admis à titre provisoire doit être soumis à un contrôle dynamique de la qualité de ses prédictions (« analyse régressive »). Un produit financier dont le risque de crédit n’est pas mesurable, ou l’est insuffisamment, doit être prohibé. La maîtrise du risque systémique est à ce prix.

Partager :

56 réflexions sur « LE MONDE ECONOMIE, LUNDI 7 – MARDI 8 FEVRIER 2011 »

  1. Evidement, l’idée d’un service public comme contrôle de la finance au niveau mondial est une idée qui mériterait d’être débattue, mais aussi élargie à d’autres domaines, l’eau, la santé, la gestion des matières premières alimentaires, etc. Même si des organisations mondiales gèrent plus ou moins certains de ces domaines, un peu plus d’universalité et de réflexion à long terme serait indispensable.
    Avant que soit établi des consensus mondiaux sur ces thèmes, veillons déjà à préserver nos acquis en France, pays qui peut être considérée au niveau mondial comme un très bel exemple dans l’organisation de ses services publics.

    1. autant dire que dès le départ, avant l’heure(slurrrrrrp…), ou aux prochaines élections, de « qui nous savons », et de ses acolytes, il n’y aura plus qu’à tout reconstruire !
      déjà, en premier lieu, « déposer » les lois indignes, et, ou malencontreuses, édictées en vitesse, et passées au forcing ! et, que l’on ne nous dise pas qu’il faut s’aligner sur l’UE; si c’est pour dégringoler la pente, pas la peine : il faudra faire jouer la clause machin-chose !
      Ce serait à poser dans les questionnements aux candidats putatifs ( et, à écrire en toute lettre, dans les programmes ) =) l’histoire du mage de Pierre Dac ne marchant plus ( je dis cela pour les ceusses qui ont élu « qui nous savons ».

  2. @ Paul Jorion

    refuser toute notation

    Pourquoi toujours obliger ou interdire, toujours les monopoles publics ? On pourrait déjà commencer par ne plus rendre obligatoire l’utilisation des notations de trois agences oligopolistiques, ce serait bien plus prudent que d’interdire totalement certains outils mathématiques et de créer un monopole. Jusqu’aux années 70, quand les notations ont commencé à intéresser les pouvoirs publics, elles étaient de simples analyses journalistiques qui n’engageaient que ceux qui les croyaient. Elles étaient produites par plusieurs journaux, l’entrée dans le marché était facile et non réglementée, et l’usage des mathématiques était facultatif.

    A l’inverse, la seule motivation concevable d’un « service public (mondial ou européen) de notation financière » serait de forcer les investisseurs institutionnels à acheter de la dette publique, pour permettre aux pouvoirs publics de mettre la main sur notre épargne et décider de son utilisation. Il y a un pays qui fait cela à grande échelle : la Chine. L’expression consacrée est « répression financière ». Pour plus de précisions, voici un article et une conférence de Nicholas Lardy à la LSE à ce sujet :
    http://tinyurl.com/473y9jt
    http://tinyurl.com/4ccx363

    Cdt,
    GSF

    1. @GSF : « Pourquoi toujours obliger ou interdire » ? Parce qu’on n’arrête pas le progrès ! Jadis, les moyens à la disposition des humains étaient réduits, il suffit de penser aux Pigmés dans la jungle équatoriale, ou aux Inuits perdus dans l’immensité des glaces polaires. Aujourd’hui, il n’y a guère que la bombe atomique qui n’a pas été « démocratisée », on ne la trouve nulle part en rayons. Et comme tout un chacun fait plus ou moins n’importe quoi avec ce qu’il trouve sur les marchés, il faut réglementer, sinon c’est le souk.

    2. Merci Gu Si Fang de continuer de condescendre à nous soumettre régulièrement vos lumineuses et disgressives autant que subversives contributions. Rares sont les occurrences authentiquement divertissantes en ces temps et en ce lieu. Et – je gage que vous en conviendrez avec moi – aucune agence de notation, privée, publique, monopolistique, oligopolistique, nationale, internationale, universelle, mathématico-normalisée ou « à bisté dé nase-isée » iso 999991 ne pourra jamais estimer de façon correcte l’utilité, la valeur d’échange ou d’usage, bref le prix de la bonne marrade dominicale et vespèrale dont votre générosité et vos légendaires sens conjoints du don et de l’humour ont fait de moi à l’instant le néo-jovial bénèficiaire, tout plein de gratitude, ça va sans dire; mais c’est mieux en le disant.

    3. @ CR & Vigneron

      Et sur ça

      un service public, au niveau mondial, sans contact avec les lobbys

      vous n’avez rien à dire ? Ah ! Le sens critique se perd…

    4. Vigneron, en parlant de cela.

      Les Chinois se sont-ils trompés en injectant un tombereau de liquidités dans leur économie en fin 2008 ou 2009..??
      Car là, les gars, ils viennent d’obliger leurs banques à monter à 19,5% de fonds propres.
      Soit, ils craignent un effondrement.

      C’est un bon laboratoire aussi, ces veaux.

    5. @ yvan

      Bien vu, mais ce ne sont pas les fonds propres mais les réserves que les Chinois augmentent. Autrement dit, ils impriment des billets, et ils obligent les banques à les leur acheter en échange de dollars qui atterrissent dans les coffres de la Peoples’ Bank of China (« stérilisation »). Pourquoi font-ils cela ? Certainement pas pour faire plaisir à leurs banques – qui sont aux ordres de Pékin – mais pour maintenir à peu près la parité de leur monnaie, afin de satisfaire leurs industriels exportateurs – qui sont très puissants, eux. On sait donc qui bénéficie de cette politique. La question qui subsiste est donc : qui paie ? Réponse : les ménages chinois, qui travaillent comme des dingues et n’ont pas d’autre choix que de mettre leurs économie à la banque, où le gouvernement les ponctionne par l’inflation. Le seigneuriage prélevé sur les dépôts et comptes bancaires des ménages chinois représente plusieurs fois le montant total de l’impôt sur le revenu. C’est ce qui donne tout son sens à l’expression « répression financière » (un peu ce qu’on avait jusque dans les années 70 avant la déréglementation).

      Cdt,
      GSF

    6. GSF dit: « les ménages chinois, qui travaillent comme des dingues et n’ont pas d’autre choix que de mettre leurs économie à la banque, où le gouvernement les ponctionne par l’inflation. Le seigneuriage prélevé sur les dépôts et comptes bancaires des ménages chinois représente plusieurs fois le montant total de l’impôt sur le revenu. « 
      Hé oui, la seule différence entre le capitalisme d’Etat subi en Chine et le capitalisme privé subi en Occident est que les seigneurs sont d’un côté les apparatchiks qui dirigent le pays et de l’autre les actionnaires privilégiés qui amassent des fortune privées en dormant. Les travailleurs sont dans les deux cas les dindons de la farce.
      Je crois que si on laisse ces deux systèmes vampires se faire la course, les vainqueurs seront les Chinois car enrichir l’Etat est certainement plus efficace que d’enrichir des nababs sans projet autre que le toujours plus.
      @Vigneron. Vous dites des contributions de GSF qu’elles sont « lumineuses et disgressives autant que subversives » . Peut-être mais surtout prévisibles ses contributions, tout droit sorties du bréviaire estampillé du néolibéralisme dogmatique. Je trouve personnellement qu’elles sont cependant utiles car elles permettent de voir jusqu’où peut aller l’aveuglement et la foi dans le crédo de l’école viennoise.

    7. Gu Si Fang, pourquoi continuez vous à utiliser le terme d' »outil » (mathématique ou non), puisque en l’occurence il n’en découle aucune prédiction valable ou mesure réelle de l’état du système.
      Les tarots ou la boule de cristal ne sont pas des « outils ».

    8. Je viens de regarder la vidéo « capitalisme financier, l’impunité, jusqu’où » des Etats généraux du renouveau, Grenoble, 2011
      http://www.liberation.fr/politiques/06013010-capitalisme-financier-l-impunite-jusqu-ou
      Il m’a été difficile de visionner la vidéo en entier
      (Ce fut laborieux, j’ai du m’y reprendre jusqu’à 5 fois, la pub d’Eurostart, la pub de LCI, … peuvent interrompre la vidéo … )

      Il y est beaucoup question de l’interdiction des CDS-nus, de l’hypocrisie constatée entre le dire et le faire – côté scène, côté coulisse- de notre président, mais pas seulement lui …

      mais GSF aurait certainement grandement satisfaction d’en faire l’écoute
      car cette question de notre « épargne » y est abordée, en fin de séance, avec les questions de la salle

  3. Ce sera la recherche d’une structure incorruptible, ne risquant aucun conflit d’intérêts.
    Une machine?
    Alimentée en données chiffrées fiables, crédibles issues de …machines?
    Tournant sur des logiciels pondus par sections distinctes et assemblées par..une machine.
    Peine de mort en cas de manquement avéré d’un personnel humain corrompu par…une machine.

    1. Non.

      Une transparence obligée. Sous peine de prison ou pire. Ce qui ne serait pas plus mal vu la situation actuelle de paraître.

    2. Une transparence obligée. Sous peine de prison ou pire. Ce qui ne serait pas plus mal vu la situation actuelle de paraître.

      une prison transparente pour simplifier

    3. La transparence obligera-t-elle d’interdire , ce dont……
      ou sera-t-elle décrèter à la grande convenance ploutocrate, pofitocrate …
      en sorte que pourvu que « transparente », soit à dire qu’il soit désormais permis de faire au grand jour ….

    1. Il faut dire qu’entre les grands discourts de notre président, (« oui, il faut changer … » côté cour) ….
      et les entraves, pour que rien ne se fasse, en contradiction de ses discours-mêmes, des mises en oeuvre, qui étaient ou sont possibles de la législation européenne, ..
      mais qui n’ont vu le jour, car sabordées aussi de la part de la France (« non, surtout, ne changer rien, continuer » côté coulisse) …
      les parlementaires européens n’en pensent pas moins et en ont effectivement beaucoup à dire, ….

  4. Très bien!

    Je suis pour parce que le mesure veut cadrer un excès existant.

    Mais ça reste une mesure qui joue dans les effets et il ne touche pas au « cause »!

    Alors comme étape je suis pour, même si cette éventuelle mesure donne encore plus de pouvoir aux contrôleurs et si on regarde de plus prêt ils ne contrôlent pas grand chose. Ce sont les dangers de croire aux logiciels ! 😉

    C’est un autre débat et une autre façon de voir !

  5. Sans contacts avec les lobbys, c’est un défi à ne pas leur lancer, s’ils ne peuvent pas rentrer par la porte ils entreront par la fenêtre, le soupirail ou la cheminée! C’est leur job.
    Le secteur de la santé est presque totalement corrompu par les labos, il serait difficile de créer un comité quelconque avec des gens n’ayant jamais eu de contacts rémunérés par un labo par manque de personnel…
    Les lobbyistes savent très bien influencer les décideurs parce qu’ils connaissent leurs faiblesses. Ils leurs présentent un intéressant rapport, avantageux pour leur commanditaire, avec l’autorisation d’y changer une virgule et de présenter la chose comme étant leur propre travail, ça marche aussi très bien avec les parlementaires, il y a de nombreux exemples de lois préparées par les lobbyistes votées presque telles quelles.
    Une agence de notation devrait être entièrement financé par les États, employer du personnel n’ayant jamais travaillé pour un organisme financier privé et s’engager à ne pas y travailler dans les 3 à 5 ans après leur sortie.

    1. Depuis que les citoyens irresponsables, les patients irresponsables, parents irresponsables, grévistes preneurs d’otages, jeunes …
      que reste-t-il sinon les lobbies, et les états ….
      (donc .. sans vouloir dire mais et les Ben Ali, et Moubarak, et des j’en passe …

  6. Moi je vote « pour » cette idée. Cependant nous le voyons bien actuellement l’indépendance de la notation est une difficulté (cf médicament agréé).

    1. Le  » ne jamais rien faire pour la première fois  » ou
       » Personne ne l’a fait, on va pas commencer  » ou
      « Ouh! ça va pas être coton!  »
      conserve un parfum irrésistible de bon sens.

      La basse finance nous ment, elle nous enfume,
      elle nous pilonne d’une idéologie vérolée,
      elle détruit nos sociétés, elle siphonne les comptes
      publics ( elle nous prend notre argent ), elle augmente
      le prix de tout ce qui lui fait ventre,
      elle salit culture, art, nature, intelligence et imagination,
      elle met tout à son service, elle corrompt les Hommes
      et en fait des larbins ou des complices,
      elle se croit au-dessus des lois et hors du bien commun,
      mais il y a une « difficulté ».
      Sans doute ce mot « difficulté » veut dire que la basse finance
      ne va pas aimer.
      Cependant nous sommes tous d’accord: cette idée est bonne.
      Et bonne sans doute tant qu’une réalisation (implémentation, pour les gens bien)
      de cette idée ne menace pas.
      Mais qu’on se rassure, le bon sens anglo-américain veille.
      Obama dira, comme toutes les fois, que le sujet n’est pas
      à l’ordre du jour. (agenda, pour les gens bien)

      Il y a ceux qui réforment et il y a les réformés, nous,
      ringards, passéistes et populistes.

    2. Dans ma logique à moi, il serait plus démocratique de voter pour des actes, plutôt que pour des noms propres ….
      lorsque j’y réfléchis, je pense que nous pourrions voter les budgets …
      (sauf que c’est toute une éducation à refaire, …

  7. à Mr Vigneron
    ben ca alors noter les Paradis fiscaux c’est cela qu’il veut dire l’ami Gu Si Fang..
    ok je sort
    hé bien vus la Vigne.

  8. me suis gourer c’est pour répondre au POST 2
    c’est pas un nouveau post juste une réponse..
    hholalal
    excusez moi svo
    rego

  9. Monsieur Jorion,
    je vous trouve fortement sympathique, j’apprécie votre sensibilité sociale et on ne peut que saluer vos précieuses interventions pédagogiques ici et ailleurs, mais proposer ce que vous proposez, c’est franchement naif.
    Les implication des agences de notation sont multiples, aussi bien lobbyistes que politiques.
    Mais essayez, il ne faut jamais cesser de lutter pour un meilleur monde. L’espoir fait vivre.

  10. ben ca alors
    démarre super gentil et on termine par Naïf..
    Bravo pote Germanicus ,vous avez lus Carnégie,comment se faire des amis?

  11. Les nouvelles positives sont si rares que je ne peux m’empêcher de signaler (ou de simplement rappeler) la victoire juridique de Denis Robert contre Clearstream par trois arrêts de la Cour de Cassation (plus de détails sur Rue89). Si vous allez sur son blog et que vous écoutez sa dernière vidéo vous réaliserez ce qu’est l’état des libertés en France…Mais apparemment trop c’était trop !
    Cela étant cette histoire est assez terrible pour notre démocratie contre la haute finance car il a fallu qu’il aille au plus degré d’appel ; les ‘gardiens’ ont été vigilants dans les procédures judiciaires initiales! Il a eu le courage de refuser de transiger et a fait appel. Ses livres vont être à nouveau autorisés.

    1. Je suis très d’accord avec la traçabilité préconisée (puisqu’elle est possible, vu qu’effectivement celui qui traffique évidemmment paperasse … )
      par Denis Robert
      je n’ai peut-être pas tout compris, mais j’interprête de son message, que la transparence n’est opaque que parce que les politiques
      (qui mine de rien sont ou restent sous influence)
      le veulent bien

  12. Je vais peut-être poser une question idiote, mais elle me brûle les lèvres.

    Quelle est l’utilité d’une évaluation a posteriori (puisqu’il y a admission provisoire) quand il y a impossibilité matérielle d’une annulation rétroactive des opérations intervenues ?

    1. Il s’agit d’estimer le risque (comprendre : à partir de maintenant jusqu’au terme), il n’est pas question d’annulation. Ceux qui ont acheté le produit peuvent s’en débarrasser quitte à valider une perte immédiate, ou le conserver moyennant un déclassement de sa qualité d’investissement.

      Je m’interroge sur l’objectivité d’un organisme étatique, forcément soumit aux pressions politiques. Même dans un cadre européen indépendant des chefs d’Etats, l’agence de notation qui diminuerait une banque ou un emprunt d’état se ferait taper sur les doigts via son organisme européen de tutelle, dirigé par un politique sensible aux pressions et promesses, et qui décide de son budget de fonctionnement. Il faudrait une sorte de cour des comptes européenne, avec un statut et des moyens bétonnés.

  13. Bonjour M. Jorion,

    Pour une fois je ne suis pas tout à fait d’accord avec une partie de votre conclusion : « Un produit financier dont le risque de crédit n’est pas mesurable ou l’est insuffisamment, doit être prohibé. »
    J’ai peut-être une vision un peu trop « romantique » des choses mais la course du monde contient en partie un « risque » qui « n’est pas mesurable ». Il me semble que se priver d’une part de risque non mesurable risque de nous fermer des portes sur des possibilités d’avenir. Un exemple, Christophe Colomb, lorsqu’il est parti plein Ouest, a sans doute pris un « risque » qui n’était « pas mesurable » ou pas entièrement mesurable à l’époque. Aurions-nous dû lui interdire de partir car il prenait un risque non mesurable.
    Pour ma part, je verrais un système où on signalerait aux financiers voulant lancer un produit dont le risque ne serait pas mesurable, que son produit à une part d’inconnu. On le signalerait aux personnes qui voudraient y souscrire que ce produit a un risque non mesurable. Et surtout, que si ca plante, personne et surtout pas les pouvoirs publics, ne viendrait les sauver. En contrepartie, si cela marche, personne ne viendra leur demander quoique ce soit.
    Ceci dit le risque avec mon petit raisonnement, c’est que les financiers auraient tendance à mettre tout en « risque non mesurable » et à s’en mettre plein les poches et ceux sans risques réels.
    Je vous livre ici mon petit raisonnement sans doute un peu bancale, mais c’est ma petite participation à la réflexion commune de ce blog.

    1. Vous réinventez l’« exception de jeu ». Comme vous le savez, je suis pour.

      P.S. Votre exemple n’est pas très convaincant : Christophe Colomb a introduit un risque systémique considérable.

    2. Il y a une différence essentielle entre la prise d’un risque quasi individuel dans un monde inconnu et ouvert, comme celui de Christophe Colomb, et un risque collectif, subi du fait d’initiatives individuelles, dans le monde fini qui est le nôtre.

    3. Thomas,
      les processus et produits financiers « non mesurables » ont montré leur parfaite nocivité en amenant à la faillite de tout le système, vous les interdisez; Point barre.
      Des passagers vont prendre un avion, les moteurs sont défectueux, vous le savez le pilote et les passagers aussi. Quelle est votre responsabilité vu de l’extérieur? Qu’allez vous dire à cette petite troupe?
      Et quand en plus le pilote a un parachute et pas les passagers?

    4. Je ne suis pas très érudit, ni …
      mais il me semble que dans l’esprit du site, le principe est de travailler pour interdire les produits financiers dont la nuisance, l’escroquerie… et j’en passe , …. est mesurable

    5. à Paul Jorion,

      « Christophe Colomb a introduit un risque systémique considérable :  » surtout pour les amérindiens, premiers occupants !

    6. L’influence exacte de Christophe Colomb a été beaucoup exagérée. En fait, c’était un homme qui
      vivait dans une maison de retraite et qui a déclaré : « cette nuit, je me suis découvert incontinent ».

  14. La réponse qui me fut faite par une des grandes entreprises d’audit était que l’absence de modélisation pour un produit financier ou le fait que sa modélisation était notoirement erronée, étant connus de tous, ce contexte constitue simplement la « norme industrielle » qui vaut pour ce produit.

    Il y a là un malentendu grossier puisque la question qui se pose n’est pas celle de l’accès égal pour tous à l’information, mais la capacité à mesurer un risque. Les conséquences tragiques de ce malentendu sont désormais connues.

    Donc, l’erreur est connue, mais on continue. Aujourd’hui, dans le quotidien helvétique Le Courrier, un petit article étonnant [fond de la page sur la gauche] sur une technique de management le « Crew Ressource Management » ou CRM appliqué en général dans le cadre de l’aviation qui a pour but d’encourager à reconnaître rapidement son erreur afin de pouvoir modifier son comportement et ne pas s’enfoncer plus dans la même attitude. Appuyé par le témoignage du fameux pilote qui avait posé son avion sur l’Hudson à New-York (celui-là même que l’on voit dans le film de Michael Moore).
    Ce qui étonne, c’est que cet aperçu a été donné à Davos. Ce devait être vu comme une espèce de pause, de divertissement.
    Aller, la crise est finie, on a besoin de dérégulation, de réduction des salaires, de baisses d’impôts pour ceux qui n’en paient pas, d’augmentation de TVA pour les petits revenus, d’amaigrissements budgétaires… et de transparence, bien entendu !

    1. iGor milith dit ( de façon ironique) que :  » Allez, la crise est finie etc  »

      Ce matin, dans  » focus » déclaration d’un japonais, vice Pdt du FMI :
       » SchuldenkriseIWF fürchtet um Japans Stabilität
      Mittwoch 09.02.2011, 08:36

      Der Internationale Währungsfonds schlägt Alarm: Die Organisation warnt Japan vor einem Übergreifen der europäischen Schuldenkrise.
      Sollte die Weltwirtschaft wegen der Probleme in Europa an Schwung verlieren, werde dies Japan hart treffen, sagte IWF-Vize-Chef Naoyuki Shinohara am Mittwoch.
      Auch die hohe Schuldenlast des Staates sei langfristig nicht durchzuhalten, wenngleich Japan wegen der hohen Ersparnisse der heimischen Bevölkerung kaum für spekulative Angriffe auf den Anleihemärkten anfällig sei.

      „Es gibt eine Reihe von Risiken für das japanische Bankensystem“, erklärte Shinohara, „darunter eine mögliche Verlangsamung des weltweiten Wachstums durch die europäischen Schuldenprobleme.“ Shinohara nannte in diesem Zusammenhang zudem „eine potenzielle Umkehr des Immobilienbooms in Schwellenländern wie China“. Die Volksrepublik hat am Dienstag das zweite Mal binnen weniger Wochen die Leitzinsen erhöht, um den Immobilienmarkt zu zügeln.
      mbe/Reuters

      Ah je vois que c’est une dépêche REUTERS.
      Il met en garde sur le fait que : les Dettes européennes pourraient nuire au Japon entre autres

  15. Faut-il relancer le système où repenser le système?

    Relancer le système c’est règlementer, mettre des balises, organismes de surveillance etc. pour éventuellement être contourné, l’histoire se répètera
    .
    Relancer le système c’est s’enliser davantage
    .
    Repenser le système c’est repartir sur de nouvelles bases, contraire à celle qui guide l’économie actuelle.
    Dans quel camp vous situez vous? Que proposez-vous?
    Il faut que la nouvelle économie est comme base le retour à l’équilibre écologique de la planète sans cela il n’y aura plus d’économie du tout
    .
    La plupart de nos amis blogueurs sont des relanceurs de l’économie actuelle, quelques- uns émettent des idées nouvelles mais jamais elles ne sont discutées en profondeur, on peut constater une sidération, comme l’explique Patrick Viveret chez VIDEO | Ars Industrialis , Économie de la contribution et projet locaux de développement.

    Beaucoup veulent changer les choses mais sur les mêmes bases qui nous ont amené là où nous sommes, c’est un cul de sac.

    J’aimerais voir des propositions de société, nous devons faire un saut quantique, passez d’une réalité à complètement une autre. La première étant un contexte infini de disponibilité des ressources, la deuxième étant à l’opposée c.à.d. un contexte de discontinuité, de rareté et disparition des ressources, couplé à une dégradation du milieu de vie, air et eau, par la pollution et les changements climatiques.

    On ne peut plus penser en fonction du passé mais en fonction de ce qu’il y a devant. Nous devons imaginer un futur cohérent.
    J’attends et probablement que je ferai plus qu’être spectateur et lancerai quelque chose, d’ici là lancez-vous, dans du nouveau.

  16.  » Pourquoi faut il interdire la spéculation sur les prix agricoles » ou « comment et pourquoi Laurent Pinsolle s’en prend à Madelin » ou « des origines et des causes du ralliement aux revendications de la Confédération Paysanne d’un blogueur gaulliste – et néanmoins talentueux et joriono-compatible. »
    En tout cas un plaidoyer limpide et de bon aloi :

    http://www.marianne2.fr/Non-a-la-speculation-sur-les-matieres-premieres_a202629.html

    1. « Joriono-compatible »…tu vas pas un peu fort là ?
      Pinsolle est un blogger de droite, supposé gauliste, et il le fait bien sentir dans la pluspart de ses billets, en particulier quand il aborde les questions financières et européennes. Sur tous ces plans je doute qu’il rallie la position jorionnesque…

      1. Je signale à l’intention des lecteurs récents qu’il existe une joriono-compatibilité faible du gaullisme social avec le jorionisme proprement dit, comme se sont plus à le souligner au fil des années certains commentateurs du blog se réclamant de Debout la République. 😉

    2. de fil en aiguille …

      http://www.rue89.com/entretien/2010/07/31/plutot-que-decroissance-il-faut-penser-bien-etre-et-democratie-160554

      « ...Si ce n’était que le colbertisme à la française, ce ne serait pas grave. A Bruxelles, les lobbies sont très organisés et très puissants face aux responsables politiques. Ces multinationales de la chimie ont un poids exagéré dans les décisions, en exerçant un chantage à l’emploi très efficace auprès des politiques.

      Les politiques ont-ils conscience de ce que vous expliquez là ?

      Je côtoie des politiques de tous les bords et j’observe quand on argumente, qu’ils n’ont pas d’incompréhension. Personne ne me dit : « Vous avez tort. » Tous répondent : « Il faut être pragmatique, tenir compte de l’opinion publique telle qu’elle est aujourd’hui. » Tous m’invitent à ne pas être radical dans les propositions.

      Je réponds qu’on n’échappera pas à une révision complète de la copie et que pour réussir ce virage, il nous faut l’adhésion de l’immense majorité des agriculteurs, des consommateurs et des citoyens soucieux de l’environnement. Il faut juste bien définir le cap et les progressions.

      C’est peut-être une question de moyens…

      On ne manque pas d’argent ! Tous les ans, il y a plus de dix milliards d’euros de subventions pour nos agriculteurs, soit l’équivalent du plan de sauvetage pour Haïti pour les cinq ans à venir. Si cet argent servait à financer des bonus à produire plus de légumineuses dans nos assolements, le bio pour les collectivités locales, les cantines des entreprises… pour rémunérer correctement les paysans.

      Je suis aussi favorable aux malus, en taxant très fortement tout ce qui est très consommateur d’énergie fossile. Evidemment, pour les plus pauvres, il faut que cette taxe carbone serve de compensation financière, il faut donc en priver les 15% les plus riches au bénéfice des autres 85%.

      C’est une sorte de bouclier fiscal à l’envers ?

      Exactement. Il faut un courage politique fort, contre tous les lobbies. L’échec de la taxe carbone, c’est d’abord la responsabilité des politiques de tout bord. … »

  17. On peu faire une comparaison avec la justice, même si ce n’est pas exactement la même chose.
    C’est comme si les justiciables avaient le droit de choisir leurs juges et les rétribuaient directement. Confier la notation des produits financiers à des organismes privés est aussi absurde que de privatiser la justice et de la soumettre à la loi de l’offre et de la demande.

    En ce moment on ne dirait pas que les choses changent. Mais une agence de notation européenne ou américaine pourrait voir le jour, éxistant à côté des agences de notation privées, qui n’en finissent pas de se discréditer: affaire Enron, subprimes, et maintenant crise de l’Euro, dégradation de la note tunisienne…..Mais si ça continue, ce sera peut-être un pays comme la Chine ou l’Inde qui lancera la première agence de notation publique.

    Reste un problème dans le cas d’agences publiques: outre le même problème d’indépendance vis à vis des lobbies, comme pour les privées, il y a l’indépendance vis à vis de l’état. Le risque serait de voir l’état faire pression pour l’apréciation de la note de ces propres bons du trésor, ou pour la dépreciation de la dette d’un pays hostile,entre autres..
    Mais on reconnait là un enjeu analogue à ceux bien connus de l’indépendace de la justice ou bien de la télé publique, par exemple.

Les commentaires sont fermés.