POURQUOI LES PROGRESSISTES EGYPTIENS MARQUENT DES POINTS, par Paul Amar *

Billet invité. Traduction par Jeanne, avec l’aide de l’auteur.

Suleiman a tenté de s’allier les Frères musulmans pour casser la dynamique révolutionnaire mais les groupes organisés des femmes et des jeunes égyptiens ne pouvaient plus être arrêtés

Le 6 février 2011, Omar Suleiman, vice-président égyptien désigné à la hâte, a invité la vieille garde, ou ce qu’on pourrait appeler le « courant des businessmen » des Frères musulmans, à une réunion au sommet, dans le cabinet au décor de bois de rose du palais présidentiel de Moubarak. Le but de leur rendez-vous secret était de discuter d’un accord qui mettrait fin au soulèvement national et rétablirait la «normalité». Quand la nouvelle de ce rendez-vous éclata, la blogosphère fut parcourue d’expressions de joie et de terreur. Le scénario cauchemardesque des partis politiques de gauche comme de droite était-il sur le point de se réaliser? Suleiman, interlocuteur agréé par les Etats-Unis et Israël, allait-il faire fusionner son appareil militaire et policier avec la branche la plus conservatrice du vieux mouvement « social » islamiste? En entendant la nouvelle, le chef suprême de l’Iran adressa ses félicitations aux Egyptiens. Et aux États-Unis, Glenn Beck et John McCain se mirent à fantasmer sur une prochaine guerre mondiale et l’apparition inévitable d’un califat cosmique.

Le même jour, un officiel anonyme de la Maison Blanche déclarait à l’agence Associated Press que tout universitaire qui ne concentrait pas son analyse sur les Frères musulmans et ne les considérait pas comme un acteur principal de la situation « déconnait ». La Maison Blanche semblait croire que Suleiman, chef des services secrets égyptiens, était le genre d’esprit pénétrant sur lequel les Etats-Unis pourraient compter. On put se rendre compte du genre d’«intelligence»  que produisait Suleiman lors d’une interview le 3 février, où il attribuait la cause du soulèvement de l’Egypte à un complot qui pourrait avoir été coordonné par un front uni réunissant Israël, le Hamas, Al-Qaïda et Anderson Cooper de CNN. Après tout, peut-être que Suleiman a aussi un dossier sur le rôle sinistre joué dans le soulèvement par un personnage des « Simpsons », C. Montgomery Burns.

Une fraction d’une faction

En réalité, le rendez-vous secret de Suleiman et des Frères musulmans s’est révélée n’être rien d’autre qu’une tentative de manipulation orchestrée avec Nile TV, une chaîne câblée transformée cette dernière semaine en unité de propagande du type des médias Murdoch, avec aux commandes la garde présidentielle de Moubarak. Les images du  tête-à-tête Suleiman-Frères musulmans furent diffusées à un moment où la légitimité de Soliman et sa santé mentale apparaissaient de plus en plus fragiles et alors que ce sous-groupe des Frères (qui représente seulement une fraction d’une faction de l’opposition) essayait lui aussi de tenter un retour improbable.

Tandis que les journalistes étaient obsédés par la question de savoir lequel des Frères était assis aux côtés de Suleiman, ils continuaient d’ignorer l’importance constante et croissante des mouvements qui avaient initié le soulèvement. Beaucoup parmi les progressistes continuaient de penser que les États-Unis conspiraient avec Suleiman pour écraser tout espoir – comme si le misérable 1,5 milliard d’euros d’aide américaine (qui de toute façon est entièrement recyclé en achats auprès de fournisseurs de l’armée américaine) était ce qui dicte vraiment la politique d’un régime qui négocie des contrats de plusieurs milliards de dollars avec la Russie, la Chine et le Brésil chaque mois et qui a réussi à détourner quelques 40-70 milliards de dollars vers les comptes personnels du président Moubarak.

Faisant mentir Nile TV et les pessimistes, un million et demi de personnes se sont dirigées vers la place Tahrir le 7 février – la plus grande mobilisation depuis le début de ce soulèvement. Toute leur attention fixée sur les Frères, les commentateurs avaient complètement raté les vraies nouvelles des deux derniers jours : la direction du parti au pouvoir (NPD) s’était autodétruite. Dans un geste désespéré, afin de sauver son autorité devenue fantômatique, Moubarak avait jeté aux lions son fils Gamal et toute un groupe d’hommes d’affaires liés aux États-Unis, les forçant à démissionner et gelant leurs avoirs. Au même moment, le journal égyptien El-Masry El-Youm rapportait que les ailes « Jeunesse » et « Femmes » des Frères musulmans avaient décidé de quitter l’organisation principale pour se joindre à un mouvement de gauche, le mouvement du 6-avril. Ceux qui s’étaient assis avec Suleiman n’avaient plus grand-monde derrière eux.

Ci-dessous, on retrace l’histoire du déclin de cette aile « businessmen » des Frères musulmans et celle du pouvoir socio-politique ascendant d’une nouvelle coalition d’hommes d’affaires et d’entrepreneurs militaires impliqués dans le développement du pays. En face d’eux, la force décisive qui s’est levée est celle des micro-entreprises et des organisations de travailleurs, comprenant les femmes et les jeunes, et qui augure favorablement du futur de la démocratie et de l’inclusion socio-économique de l’Égypte.

Des bandes de « Frères »

Les Frères musulmans ne sont pas une force marginale en Egypte. Ils sont très bien organisés dans chaque ville – et on peut leur reconnaître le mérite de fournir des prestations de santé, d’éducation, une aide juridique et des secours, en cas de désastre, aux citoyens ignorés ou négligés par l’État. Comme Mona El-Ghobashy le décrit, dans les années 1990, abandonnant son goût du secret, et ses méthodes hiérarchique et focalisées sur la charia les Frères musulmans a connu une rupture définitive. Aujourd’hui, c’est  un parti politique bien organisé, officiellement interdit, mais parfois toléré. Au cours des vingt dernières années, ils ont fait des percées importantes au Parlement par le biais d’alliances avec d’autres partis et en présentant des candidats indépendants.

Les Frères soutiennent désormais pleinement le pluralisme politique, la participation des femmes dans la politique et le rôle des chrétiens et des communistes comme citoyens à part entière. Cependant, avec la montée en Egypte dans les années 2000 de mouvements concurrents (ouvriers, libéraux ou des droits de l’homme) ceux qu’on peut appeler «l’ancienne nouvelle garde » des Frères, qui ont émergé dans les années 1980, ont continué à garder le cap sur des politiques culturelles, morales et identitaires. Un conservatisme moral et culturel reste la caractéristique de ce groupe –ce que l’on a vu confirmé par la nomination de Muhammad Badeea, un partisan rigide du conservatisme sociale, comme leader en 2010.

Mais ce tournant a été rejeté par beaucoup des femmes et des jeunes du mouvement. « L’ancienne nouvelle garde », dans la ligne du paternalisme moralisateur du gouvernement Moubarak, se retrouve donc en porte-à-faux avec les tendances des nouveaux mouvements, ce qui peut conduire à de nouvelles possibilités de divisions dans l’organisation, ou encore à  une revitalisation et une réinvention passionnante des Frères, tandis que les ailes «  Jeunesse » et « Femmes » se rapprochent de la coalition du 6-avril.

L’aile traditionaliste de « l’ancienne nouvelle garde » est composée de dirigeants syndicaux professionnels et de riches hommes d’affaires. Durant les années 1950 à 1980, le mouvement rassemblait et représentait surtout les éléments frustrés de la bourgeoisie, mais cette classe fut assez largement emportée par les nouvelles opportunités économiques et nombreux sont ceux qui ont quitté l’organisation. L’aile « Business » des Frères a alors commencé à ressembler à un groupe de francs-maçons à la retraite, à ceci près qu’au Moyen-Orient, les francs-maçons ont cessé de porter le fez…

Dans les dix dernières années, cette force politique a été partiellement co-optée par le gouvernement Moubarak. Tout d’abord, les Frères furent autorisés à entrer au Parlement en tant que candidats indépendants et à participer au tout récent boom économique. Certains seniors parmi eux sont maintenant propriétaires de grandes entreprises de téléphones mobiles et de projets immobiliers. Ils ont été absorbés depuis des années dans la machine NDP et dans l’establishment de la classe moyenne-supérieure. Par ailleurs, le gouvernement s’est complètement approprié le discours moral des Frères.

C’est ainsi que depuis dix ou quinze ans, l’Etat policier de Moubarak a joué les provocateurs à plusieurs reprises en brandissait la bannière de l’Islam, en s’attaquant aux femmes qui souhaitent exercer un métier indépendant, aux homosexuels, aux utilisateurs de l’internet, aux  adorateurs du diable, aux éleveurs de porcs qui participent au recyclage des poubelles, aux squatters d’habitats à  loyers contrôlés, ainsi qu’aux Bahai, et aux minorités chrétiennes et chiites. Au cours de ses croisades morales, le gouvernement Moubarak a fait pilonner des livres, fait harceler des femmes, et excommunier des professeurs d’université. On pourrait donc presque dire que l’Egypte a déjà connu l’expérience d’un régime islamiste obscurantiste, celui de Moubarak. Les Egyptiens ont donc déjà connu ce régime et ils l’ont détesté.

Les travaux de Saba Mahmood et d’Asef Bayat publiés ces dernières années montrent que le peuple a été progressivement dégoûté par la politisation de l’islam entreprise par Moubarak. C’est en tant que projet d’auto-gouvernance, de piété éthique et de solidarité sociale que les Egyptiens ont commencé à se réapproprier l’islam. Une tendance qui rejette explicitement l’orientation politique des Frères.

L’armée comme classe moyenne populiste

Si les Frères musulmans représentaient au milieu des années 1980 les éléments frustrés et marginalisés de la classe moyenne, on trouve aujourd’hui un large éventail de groupes laïcs – sans être anti-religieux, qui représentent les modèles économiques que l’on voit émerger à travers le pays. En outre, ces groupes sont entraînés  par le tourbillon d’énergies politico-économiques qui leur arrivent des nouveaux acteurs mondiaux que sont la Russie, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, Israël, Dubaï, la Chine, la Turquie et le Brésil dont l’influence et les investissements en Egypte sont parfois anciens, parfois renouvelés – avec aussi les fonds rapatriés par les hommes d’affaires égyptiens qui s’étaient aventurés dans le boom immobilier des  Emirats.

Dans le cadre de cette nouvelle mondialisation multi-dimensionnelle, où la division Est/Ouest est déterminante et les modèles post-coloniaux radicalement redessinés, l’armée devient l’un des médiateurs économiques et un modèle de réussite. L’armée égyptienne est en effet l’un des acteurs économiques les plus intéressants et les plus mal compris du pays. Ses intérêts économiques sont répartis de manière particulière. Puisque la guerre lui est interdite par les accords de Camp David, elle a utilisé sa souveraineté sur d’immenses étendues de désert et de bandes où elle a créé des centres commerciaux, des lotissements sécurisés et des stations balnéaires – fournissant approvisionnement et services aux riches et aux moins riches Egyptiens, aux consommateurs locaux et internationaux, et aux touristes. Sa position par rapport à l’insurrection est donc compliquée.

Les militaires haïssaient la clique de capitalistes prédateurs qui entourait Gamal Moubarak, et vendait les terres, les actifs et les ressources du pays aux entreprises américaines et européennes. Cependant, l’armée a néanmoins besoin de touristes, de consommateurs et d’investisseurs dans ces lieux touristiques et autres stations balnéaires où elle a elle-même investi plusieurs milliards de dollars. Considérée comme la représentante et la protectrice du «peuple», elle souhaite que les gens rentrent chez eux et cessent de faire fuir les touristes. Elle va sans doute continuer à jouer ce jeu médian de manière intéressante dans les années à venir.

Les services secrets que dirige Suleiman font nominalement partie de l’armée – mais ils en sont institutionnellement tout à fait distincts. Dépendent de financements étrangers, proches surtout d’Israël et des Etats-Unis, les services secrets n’ont pas bonne presse auprès des Egyptiens. Tandis que l’armée de l’Air et l’armée de terre sont bien implantées dans le tissu des intérêts économiques et sociaux du territoire national. L’armée a eu un rôle crucial lorsqu’elle a sauvé la dynamique insurrectionnelle du soulèvement en contrant le goût de Suleiman pour la répression.

Le 4 février, jour de brutalités policières terrifiantes place Tahrir, les commentateurs furent nombreux à remarquer que les militaires tentaient d’arrêter les attaques des voyous, sans toutefois se montrer trop agressifs. Était-ce le signe que les militaires voulaient vraiment que les manifestants soient écrasés? Depuis lors, on a appris que les militaires présents n’avaient pas de munitions, le régime les ayant confisquées de peur qu’ils ne se rangent du côté des manifestants.

Avec ou sans munitions,  les militaires ont repoussé la police en civil qui s’étaient transformée en bandes organisées venues semer la terreur. Si la sécurité des espaces publics du Caire était assurée par les militaires, dans les quartiers résidentiels, on a assisté au retour d’une version XXIe siècle des groupes de futuwwa, qui comme l’a décrit Wilson Jacob, était au XIXe siècle une icône de l’identité nationale de la classe ouvrière et de la solidarité communautaire en Egypte prolongeant ainsi une pratique multiséculaire de groupes organisés qui défendaient les guildes d’artisans et les quartiers ouvriers du Caire. Mais la futuwwa réincarnée du  1er février 2011 s’est auto-désignée ‘Comités du peuple’ et elle comprend des hommes de toutes classes et de tous âges, ainsi que quelques femmes armée de couteaux de boucher !  Positionnés à chaque coin de rue, ces comités se tiennent prêts à intervenir contre la police ou les bandes payées par l’Etat qui tentent d’intimider les habitants ou de se livrer à des pillages. Le redéploiement du pouvoir sécuritaire et militaire durant le soulèvement n’est pas étranger aux risques de violences physiques sexuelles, dont la police de Moubarak et ses voyous sont coutumiers. Dès les premiers jours du soulèvement, on a pu voir qu’un très grand nombre de femmes participaient à la révolte.

Comme on pouvait s’y attendre, les policiers et les voyous ont commencé à s’en prendre aux femmes: molestation, viols. Une fois la police repoussée, les militaires et la groupes futuwwa ont pris la relève en considérant que « protéger » les gens impliquait d’inciter les femmes et les enfants à rester en dehors de Tahrir et donc de les exclure de l’espace public. Mais les femmes s’y sont refusées, insistant sur le fait qu’elles n’étaient pas des victimes, mais bien au contraire le noyau directeur du mouvement. Le 7 février, les groupes de femmes – y compris le mouvement de gauche ouvrier du 6-avril, ainsi que les groupes anti-harcèlement, les groupes de droits civils et l’aile « Femmes » des Frères musulmans sont réapparus en force, par centaines de milliers, dans le centre-ville du Caire.

Disloquer la « mondialisation version Gamal »

Le 28 janvier, le siège du Parti national démocratique de Moubarak fut brûlé – et avec lui, l’autorité substantielle de Moubarak fut réduite en cendres. Les intérêts naissants des militaires et du capital de l’Etat crachèrent finalement sur ces cendres le 5 février. Ce jour-là, ils obtinrent la démission de Gamal Moubarak chef du bureau politique du NPD, remplacé par le Dr Hossam Badrawi, nommé nouveau secrétaire général du parti.

Le choix de Badrawi reflète la direction vers laquelle le vent souffle désormais. Badrawi a l’honneur ambigu d’être l’homme qui a fondé en 1989 la première mutuelle de santé égyptienne privée. Alors que tous les Egyptiens avaient la garantie constitutionnelle d’un accès gratuit aux soins de santé, Moubarak, sous la pression du FMI, procéda à des coupures drastiques dans les services de santé publique au début des années 1980. Badrawi défendit alors la privatisation des soins de santé et créa une industrie douée d’un capital important et d’une légitimité quasi-étatique. Cette industrie fut vite menacée par la concurrence mondiale, mais elle continua à se décrire dans des termes nationalistes et paternalistes. Gamal Moubarak, quant à lui, servait de vecteur pour les investissements étrangers et il représenta bientôt une menace pour les hommes d’affaires comme Badrawi. Ce dernier avait servi aussi par le passé comme directeur d’une organisation de défense des droits humains affiliée au NPD, un poste qui présentait quelques contradictions fondamentales, en pleine période de répression de masse et de tortures.

Nagib Sawiris, qui s’est lui-même proposé comme président du Conseil de transition des sages, ressemble à certains égards à Badrawi. Sawiris est un homme d’affaires patriote et nationaliste qui a brillamment réussi. Il dirige l’entreprise la plus importante du secteur privé égyptien, Orascom, qui  a construit des chemins de fer, des stations balnéaires, des villes sécurisées, des autoroutes, des systèmes de télécommunications, des fermes éoliennes, des condominiums et des hôtels. C’est une figure majeure parmi les financiers du monde arabe et de la région méditerranéenne.

Il est également le porte-drapeau des acteurs les plus nationalistes du développement économique égyptien. Le 4 février, Sawiris a publié une déclaration dans laquelle il proposait qu’un Conseil des sages supervise Suleiman et la police – et dirigerait l’Egypte pendant la transition. Le conseil proposé serait un «neutre et technocratique » et il compterait outre Sawiris, quelques membres non dogmatiques de l’aile « business » des Frères musulmans, ainsi que certains experts en études stratégiques, ainsi qu’un prix Nobel. Ce prix Nobel serait-il Mohammed El Baradei, prix Nobel de la paix et chef d’un parti d’opposition? Non. Ils avaient trouvé un autre lauréat égyptien, prix Nobel de chimie organique, Ahmad Zuweil…

Les femmes, les micro-entreprises et les travailleurs

Dans le contexte décrit ci-dessus, nous pouvons comprendre pourquoi nous avons assisté, dans la première semaine de février, à l’émergence d’une coalition d’hommes d’affaires nationalistes alliés à l’armée – une armée qui agit aussi en hommes d’affaires nationalistes de la classe moyenne. Ce groupe, qui a éjecté la « clique globalisante » et les « barons de la privatisation » qui entouraient Gamal Moubarak, allait-il ensuite consolider son emprise sur le pouvoir et gouverner le pays avec Suleiman comme marteau? Non. D’autres forces sociales imposantes sont également en œuvre.Elles sont bien organisées. La légitimité, l’organisation, une nouvelle vision et le pouvoir économique sont entre leurs mains. Le nouveau bloc nationaliste des militaires et des businessmen ne peut pas compter sur le développement du pays sans leur participation et leur mobilisation.

Il est ici crucial de se rappeler que ce soulèvement n’a pas commencé par la volonté des Frères musulmans ou d’hommes d’affaires nationalistes. Cette révolte a commencé de façon graduelle par la convergence de deux forces parallèles: le mouvement, récemment ravivé, pour les droits des travailleurs, en particulier dans les villes industrielles et dans les minuscules sweatshops (ateliers de fabrication où les travailleurs sont généralement non déclarés) – et celui contre les brutalités policières et la torture qui a mobilisé toutes les communautés dans le pays, ces trois dernières années. Les deux mouvements ont pour caractéristique la participation massive de femmes de tous âges et de jeunes des deux sexes. Il y a des raisons structurelles à cela.

Tout d’abord, la passion des travailleurs qui ont commencé cette révolte n’émane pas de leur marginalisation ou de leur pauvreté ; plutôt, elle découle de leur rôle central dans les nouveaux processus et dynamiques de développement. Dans un passé assez récent, l’Egypte est apparue comme un pays de manufactures, celles-ci fonctionnant dans des conditions particulièrement stressantes pour les travailleurs. En effet, les ouvriers égyptiens  se sont mobilisés dans un contexte de flot continu d’investissement mondial, et de construction de nouvelles usines. Plusieurs zones de libre-échange et de nouvelles manufactures ont été ouvertes grâce aux Russes et la Chine a investi dans tous les domaines de l’économie égyptienne.

Le Brésil, la Turquie, les républiques d’Asie centrale et les Emirats du Golfe diversifient leurs investissements, quittant ainsi le secteur pétrolier et l’immobilier pour se lancer dans les produits manufacturés, le marché des pièces détachées, l’informatique, l’infrastructure, etc. Dans toute l’Egypte, les usines ont été dépoussiérées et rouvertes, d’autres ont été construites. Tous ces centres commerciaux, ces villes sécurisées, ces autoroutes et ces stations balnéaires doivent bien être construites et mises en service par des travailleurs. Dans le Golfe, les agents du développement économique utilisent la main-d’œuvre expatriée du Bangladesh, des Philippines et d’ailleurs, tandis que l’Egypte utilise ses propres travailleurs. Dans les industries textiles égyptiennes récemment relancées et les ateliers de pièces détachées, un grand nombre d’entre eux sont des femmes.

Si vous parcourez les cages d’escaliers des barres d’immeubles où vit la classe ouvrière dans les banlieues du Caire, et si vous visitez les ateliers construits à la va-vite en ciment dans les villages, vous verrez des ateliers remplis de femmes, qui fabriquent des sacs à main et des chaussures – ou qui assemblent des jouets et des cartes pour ordinateurs, revendus en Europe, au Moyen-Orient et dans le Golfe. Ces petits travailleurs ont rejoint les ouvriers pour fonder le mouvement du 6-avril en 2008. Ce sont eux qui ont commencé à s’organiser et à se mobiliser, ce qui a abouti au soulèvement de 2011, dont l’éruption a été déclenchée par Asmaa Mahfouz qui mit en ligne sur YouTube une vidéo incendiaire et fit distribuer, dans les bidonvilles du Caire, des dizaines de milliers de tracts le 24 janvier 2011. Mme Mahfouz, qui possède un MBA (Masters en Business Administration) de l’Université américaine du Caire, appela les gens à protester le lendemain. La suite, tout le monde la connaît.

Le paysage économique des micro-entreprises égyptiennes s’est ainsi politisé et mobilisé, tous genres et toutes classes sociales confondus, de façon très dynamique, encore une fois avec une emphase sur le rôle des deux sexes. Depuis le début des années 1990, l’Egypte a réduit au minimum l’Etat-providence et les services sociaux accessibles à la classe ouvrière et à la classe moyenne inférieure. Au lieu de subventions alimentaires et d’emplois, on lui offrit des dettes et des micro-prêts, accordés avec la bénédiction enthousiaste du FMI et de la Banque mondiale – afin de stimuler l’esprit d’entreprise et l’autonomie. Ces prêts visaient le plus souvent les femmes et les jeunes. Comme les candidats, économiquement défavorisés, n’avaient pas de garanties à offrir pour le remboursement de ces prêts, celui-ci fut imposé le cas échéant par la loi pénale plutôt que selon le droit civil. Ce qui signifie que c’est votre corps qui sert de garantie. La police égyptienne s’est ainsi vue légalement autorisée à vous menacer si vous ne payez pas vos traites. C’est ainsi que la micro-entreprise s’est retrouvée sous la coupe d’un ensemble gigantesque de racket policier et de prêts léonins. Les abus sexuels pratiqué par la police égyptienne à l’encontre des jeunes et des femmes devenant un élément central dans l’économie des petites entreprises. Dans ces conditions, l’économie des micro-entreprises est un lieu où il est difficile d’évoluer. Il a pourtant formé des femmes et des jeunes capables d’être de véritables héros, et qui se voient comme une force organisée opposée à l’Etat policier. A ce prix-là, personne ne s’extasie plus sur les bienfaits de la main invisible du marché.

Les intérêts économiques de cette classe de micro-entrepreneurs sont directement à la base du mouvement immense et passionné contre les brutalités policière. Ce n’est pas un hasard si le mouvement est devenu une force nationale il y a deux ans avec l’assassinat brutal d’un jeune homme Khaled Said, arrêté dans un petit café internet dont il était co-propriétaire. Les policiers exigèrent ses papiers d’identité et un pot-de-vin, et pour son refus, il fut battu à mort, le crâne écrasé devant des témoins horrifiés. [La photo de son visage déformé prise à la morgue a fait le tour d’internet et est disponible ici].

Le harcèlement des micro-entreprises, accompagné de demandes de pots-de-vin, brutalisant ceux qui refusent de se soumettre, est devenu une pratique courante en Egypte. Cafés internet, petits ateliers, centres d’appel téléphonique, cafés de jeux vidéo, microbus, laveries et pressings, petites salles de sport forment le paysage de micro-entreprises qui forment le socle des emplois et de l’activité sociale des classes moyennes inférieures égyptiennes. La soi-disant «révolution Facebook» ne consiste pas à mobiliser des gens dans l’espace virtuel, elle se produit dans les cyber-cafés égyptiens avec les jeunes et les femmes qu’ils représentent, dans des espaces sociaux et des communautés réelles, en utilisant les sites qu’ils ont développés pour servir leur révolte.

Le cas égyptien

Lors de la révolution iranienne des années 1970, les « marchands du bazar de Téhéran » – des commerces de taille moyenne – sont ceux qui ont apporté le vote déterminant qui a fait pencher la révolution iranienne de la gauche vers la droite, d’un soulèvement socialiste vers la fondation d’une république islamique. Dans le cas de l’Egypte, la force sociale et politique des femmes et des jeunes  micro-entrepreneurs conduit l’histoire dans la direction inverse. Ces groupes ont une vue élaborée et complexe de la posture morale de certains islamistes – et ils ont un programme socio-économique très clair, qui attire aussi l’aile « jeunesse » des Frères musulmans.

Les groupes progressistes ont un réseau d’entreprises, d’usines, d’identités et de passions reliées entre elles. Ils feront tout pour empêcher la réémergence des brutalités policières et de l’hypocrisie morale qui ont régné sur eux pendant toute une génération. Les femmes et les jeunes qui sont derrière ces micro-entreprises, et les travailleurs dans les nouvelles usines financées par les Russes, les Chinoises, les Brésiliens, le Golfe et l’Egypte semblent être unis. L’importance des mouvements qu’ils rassemblent augmente chaque jour.

Les micro-entrepreneurs et les groupes de nouveaux travailleurs qui s’organisent pour lutter contre les abus de la police ne partagent pas de toute évidence les mêmes positions que les Sawiris, Badrawi et autres riches du « Conseil des sages ». Néanmoins, on trouve des recoupements et des affinités importants entre les intérêts et les  politiques des groupes nationalistes orientés vers le développement, ceux des nouveaux affairistes militaires – et la vitalité des mouvements des mouvements sociaux qui réunissent les jeunes et les femmes. Cette confluence des dynamiques sociales, historiques et économiques devrait faire en sorte que ce soulèvement ne se réduise pas à une prestation télévisée montrant Suleiman et quelques-uns de ses amis.

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(*) Paul Amar est professeur associé de Global & International Studies à l’Université de Californie, Santa Barbara. Il est l’auteur de: Cairo Cosmopolitan ; The New Racial Missions of Policing ; Global South to the Rescue ; et prochainement  Security Archipelago: Human-Security States, Sexuality Politics and the End of Neoliberalism. Cet article a été publié pour la première fois dans Jadaliyya, le 8 février.

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145 réflexions sur « POURQUOI LES PROGRESSISTES EGYPTIENS MARQUENT DES POINTS, par Paul Amar * »

    1. Par contre, le Maroc injecterait des milliards pour avoir la paix :
      http://www.liberation.fr/monde/01012320149-maroc-1-4-milliard-d-euros-pour-compenser-la-hausse-des-prix
      «  »Le Maroc (…) s’est engagé depuis longtemps dans un processus irréversible de démocratie et d’ouverture de l’espace des libertés », avait déclaré le même jour le ministre marocain de la communication Khalid Naciri devant la presse. »

      Irréversible, peut-être.

      Mais lente, en tout cas aux yeux des pauvres, c’est sûr.

  1. Aujourd’hui, c’est au Bahrein et en Jordanie que ca se passe. Les manifs continuent au Bahrein (un manifestant tué d’une balle dans le dos hier)
    http://www.alarabiya.net/articles/2011/02/15/137730.html
    et semble-t-il des pressions pour que ca ne finisse pas en bain de sang. cet après-midi, selon les gens sur place qui envoie des messages sur twitter (google: twitter #Bahrain), la police s’est retiré de la place où sont les manifestants et on annonce la libération des prisonniers faits depuis le début des manifs.
    Tandis qu’en Jordanie, des pressions là aussi pour devenir un allié modèle et modéré. Sous peine sans doute d’annihilation…
    http://www.alarabiya.net/articles/2011/02/15/137730.html

    Obama veut-il récupérer l’idée du « grand moyen orient » de G. Bush, pour se refaire une image?

    1. Après des excuses de la part du roi et du ministre de l’intérieur, changement de cap et attaque surprise nocture, sans préavis, des manifestants qui campaient place Lulu (« la perle »)
      http://www.lepoint.fr/monde/bahrein-le-ministre-de-l-interieur-s-excuse-pour-la-mort-de-manifestants-16-02-2011-1295874_24.php
      http://fr.news.yahoo.com/4/20110217/tts-bahrein-2-tp-ca02f96.html

      On avait annoncé il y a deux jours la « venue de renforts saoudiens » pour réprimer les manifestations. (bien que l’info soit invérifiable puisque rapportée seulement par les médias iraniens). Pour mémoire, le royaume (superficie: 665 km2) est dirigé par une famille royale sunnite depuis son indépendance le 14 août 1971, mais la majorité des habitants sont shiites. A l’évidence, les Saoudiens ne sont pas prêts à accepter un royaume shiite trop près de chez eux.
      http://twitter.com/Takriz/status/37161222482698240
      http://www.nytimes.com/2011/02/17/opinion/17iht-edfuller17.html

    2. Bahrain: le déploiement saoudien semble être confirmé par ce Tweet de l’envoyé spécial du New York TImes (lauréat deux fois du prix Pulitzer):
      NickKristof Nicholas Kristof
      1 #Bahrain ambulance driver told me #Saudi army officer held gun to his head, said wld kill him if helped injured.

  2. Pour Yvan, une petite précision sémantique qui j’espère t’éclairera:
    en francais, révolution renvoie a un « Mouvement en courbe fermée autour d’un axe ou d’un point, réel ou fictif, dont le point de retour coïncide avec le point de départ » (TLF) donc effectivement, il y a peu de chance d’envisager aucun changement,
    tandis qu’en arabe, thawra vient de thawr, qui signifie le taureau. Cela désigne donc l’action que fait un taureau quand il fonce.

    En tout cas c’est tout ce qu’on leur souhaite !!

    1. Jeanne.
      Je n’ai rien contre toi. Saches-le et ne l’oublie jamais.

      JE (personnellement moi)(mots dont j’ai HORREUR) suis un scientifique option mécanicien qui s’éclate avec les chiffres, données et leur gestion comme d’autres ont des centres d’intérêt comme le tuning des voitures.

      Là, je vais être obligé de t’engueuler car tu me considères ignorant de ce qui s’est passé en France en 1789 ainsi que de la solidarité qui est née (presque bizarrement) de l’après-guerre de 1945 avec le CNR.

      Ainsi, Jeanne, évites maintenant de t’adresser à moi car que tu sois critique ne me déplait pas, au contraire, cela me permet de me rendre compte de mes défauts. Et j’en ai beaucoup.

      Mais lire tant de conneries de ta part révèle que tu n’es une référence en rien de façon définitive.

      Tant que tu ne te rendras pas compte de la différence qui existe entre une révolte et une révolution, tu resteras manipulée.

  3. On parle évidemment beaucoup des égyptiens, tunisiens, sujets de Bahrein etc. Mais pas trop des habitants du Wisconsin : ils ont pourtant eux aussi défilé, fort nombreux et fort remontés contre leur gouverneur. Il y a avait peut être de quoi : par exemple un couple d’enseignants voit soudain ses revenus mensuels amputés de 1200 dollars…A lire dans le New York Times

    http://www.nytimes.com/2011/02/17/us/17wisconsin.html?_r=1&hp.

    1. Souhaitons-leur de retrouver le courage de leurs ancêtres …et la mémoire des luttes …
      ce qui n’avait rien à voir avec l’american nightmare actuel !

      Bread and roses :
      http://www.youtube.com/watch?v=SgLP7GdlIHI&feature=related

      Souhaitons aussi à nos amis tunisiens et égyptiens, ayant dores et déjà marqué l’ Histoire de leurs Pays, de rester vigilants face aux capitalistes sans freins mondialisés …qui nous ont déjà pris dans leurs rêts, ici …
      toutes les ruses seront utilisées …

  4. Hier, 500 cables ont été publié sur un site dont j’ose à peine donner le nom… ca commence par un W et ca fini par un S. Ils émanent tous de l’ambassade US au Caire et confirment de nombreux détails décrits par Paul Amar dans l’article ci-dessus (pas besoin d’être encarté au PC donc…), en particulier les brutalités policières, les initimidations envers homosexuels. libres-penseurs, bloggeurs.
    Un exemple qui dit beaucoup:
    http://213.251.145.96/cable/2009/06/09CAIRO1182.html

    Je me demande si la raison du manque de couverture des événements récents dans la presse francophone tient à la réduction des budgets. Après tout, il faudrait beaucoup de monde pour lire tout ce qui est publié en ce moment, en anglais comme en arabe.

    1. Mille merci Jeanne ! Et merci Pougnard de nous montrer que ça bouge aussi aux US !

      @Yvan

      Pourquoi criser comme ça ?

      Se fâcher au nom d’une idée, d’une définition qui devrait à tout prix garder sa pureté au lieu de rester cordialement liés par la joie, quand deux peuples en quelques semaines font sauter deux chefs d’états policiers gangrenés par la corruption … et ce n’est pas fini…. voilà me semble-t-il le méfait d’un idéologisme outrancier.
      Ça me semble vraiment infécond de donner plus de prix à la pureté des concepts qu’à l’énergie libératrice des peuples en mouvement . Comme si la pureté glacée de l’idée empêchait de percevoir l’ampleur, le courage, la détermination de leurs mobilisations et leur portée politique sans précédent.
      On dirait que vous voulez à tout prix sauvegarder la croyance d’une puissance invincible du système, qui anéantirait par sa capacité manipulatrice tout mouvement à son encontre.
      Il y a cette école autrichienne, il y a eu en son temps le modèle Debré-Cohn-Bendit prôné par Alain Minc dans L’après-crise a commencé (1982) , où il disait que le capitalisme ne pouvant plus rémunérer davantage les salariés, il lui fallait désormais pour durer, lâcher sur les mœurs.
      Et plus tard le Tittytainement …
      Ces expédients , ces manipulations ne sont en rien de véritables solutions à long terme. L’action populaire et des couches moyennes sous toutes ses formes garde entièrement sa pertinence , sa nécessité, son efficacité, à condition de ne pas se laisser avoir par les manœuvres des tenants du système, qui elles, sont dangereuses. (cf la lutte des Goodyear d’Amiens contre les 4X8)

      Quant à 1789 Yvan : on pourrait presque considérer la fameuse Nuit du 4 août qui vit les privilégiés au comble de l’émotion renoncer d’eux mêmes à leurs privilèges comme une dramaturgie pacificatrice « manipulatrice » : elle visait explicitement à « faire tomber les armes des mains des paysans » , et ses effets concrets furent limités pour la paysannerie révoltée. Non seulement le rachat des droits féodaux fut appliqué par des décrets restrictifs, mais le roi traina un maximum pour les ratifier le plus tard possible, sous pression populaire physique, parisienne cette fois. Et quand on creuse un peu, on s’aperçoit que le plus lyrique et emphatique cette nuit-là, Gouy d’Arcy, avait des plantations à Saint-Domingue et s’opposa par la suite farouchement à l’abolition de l’esclavage dans le cadre de la Déclaration des Droits de l’homme !

      Dans la pratique, c’est presqu’uniquement la libéralisation du droit de chasse qui bénéficia réellement aux révoltés-ce n’était d’ailleurs pas rien car il y avait dans les campagnes un vrai problème alimentaire. Cependant cette dramaturgie eut aussi une efficience symbolique véritablement révolutionnaire non seulement pour les révoltés et les nouveaux acteurs politiques, mais aux yeux du monde abasourdi, stupéfait qu’une seule nuit défasse des siècles de féodalisme . De même la récupération de leur souveraineté par les peuples du Maghreb et bientôt ailleurs stupéfie le monde, et encourage tous ceux qui travaillent à une autre donne ou l’espèrent.

    2. De même la récupération de leur souveraineté par les peuples du Maghreb et bientôt ailleurs stupéfie le monde, et encourage tous ceux qui travaillent à une autre donne ou l’espèrent.

      oui,ici, nous avons procédé par avancées successives, suivies de retour en arrière, mais chaque lutte, même réprimée a laissé une braise dans la mémoire collective, et permis d’autres avancées par la suite…( voilà pourquoi une hypothétique – fortement propagandisée par la pensée unique – « fin de l’Histoire », arrangeait bien les tenants d’un libéralisme débridé, tout contrôle démocratique anihilé, et donc sans freins ; cette « fin de l’Histoire » produisant des zombies non pensants, puisqu’il n’y avait plus rien à penser, plus d’avancée possible, d’où la nécessité de « produire » à la chaîne, par tv interposée, junkfood ( mangée sans faim, pour remplir son vide ( non taoiste, celui-là !), des adulescents indifférenciés, donc non libres, sortes de robots « obèsifiés » ( USA, mais cela gagne partout : déjà plus de 10 ans qu’il y a des alertes en France, des soignants de terrain) devant des programmes décadents à la tv…[ programmes décadents étant les programmes tv « réalité-produite », et non réelle, voyeuristes, narcissiques, et invitant à la destruction de l’autre, et, ou à son humiliation, en se croyant « vainqueur » …alors qu’on n’est plus rien, càd que l’on a basculé, sans aucune conscience vers le pire de l’humain – qui est en nous…].
      Bref, tandis que d’autres Peuples se relèvent – c’est toujours une joie de voir la Vie être la plus forte – nous devons faire un effort considérable de prise de conscience de ce piège dans lequel nous sommes englués – y compris la classe moyenne haute, dont les enfants aussi sont bloqués dans ce processus mortifère : trop d’argent n’étant pas la solution à ce genre de problème – afin de nous redresser, et de redevenir vivant, càd « aimant » l’autre, en dépit de la politique paranoiaque ambiante ( laquelle est copié-collé à celle des USA neocon.)

    3. @M Pour aller dans votre sens, je cherche en vain dans les médias ces jours-ci des articles sur la vie réelle de ces gens, leurs salaires, combien de temps ils passent dans les transports en commun, quels sont les prix des denrées chez eux. Au lieu de ca, on nous fait le coup de leurs étiquettes politiques et du grand moyen orient. L’effet domino serait le meilleur moyen de confisquer aux Tunisiens et aux Egyptiens, qui sont les deux peuples arabes qui ont la plus grande expérience du syndicalisme, leurs révolutions.
      La presse occidentale depuis longtemps est une presse de petits bourgeois (ou grands bourgeois, on a le choix) écrite pour des petits bourgeois. Il en va de même avec les séries et les films que l’on vend au reste de la planète. Maintenant, ils sont dans la rue pour réclamer ce modèle petit bourgeois avec lesquels la télé les a éduqués, mais l’occident a besoin de les garder ouvrier du texile à 100 dollars par mois (tout en leur vendant des produits occidentaux à des prix trop élevés).
      Finalement c’est en lisant les Wikileaks que je trouve la rubrique « société » et les faits divers que je devrais lire dans la presse
      (pour les ouvriers du textile égyptien, voir ici:
      http://213.251.145.96/cable/2010/01/10CAIRO133.html
      http://213.251.145.96/cable/2010/02/10CAIRO195.html
      pour les faits divers, ici
      http://213.251.145.96/cable/2009/11/09CAIRO2164.html
      http://213.251.145.96/cable/2009/10/09CAIRO2064.html
      Il me semble que ce constat de l’omniprésence du modèle petit bourgeois était déjà fait par les cinéastes néo-réalistes et leurs successeurs, la Nouvelle Vague. Depuis on stagne. Et même Godard a raccroché. Son dernier film, Film Socialisme, montre un groupe de retraités en croisière en méditerranée, inconscients du monde qui les entoure.

  5. Chère Blandine,

    Nous sommes d’accord: ces révoltes sont le bruissement d’un mouvement de fond contre le patriarcat et le paternalisme.
    Pendant que Zébu s’occupe de lancer une commission de technocrates, voici que l’aile « femmes » du PJorionBlog est créée…

    1. …vous seriez pilier, moi demi d’ouverture, et Cécile ailier gauche ! OK pour dézinguer paternalisme et patriarcat, je crois cependant comme Pougnard qu’ils ne sont pas seuls en cause ! Je me demande quelles formes d’organisation se donne le mouvement du 6 avril par exemple. Ça doit être un sacré boulot pour les différentes forces décrites dans le papier d’ Amar des rester unies et responsable sans se faire rouler dans la farine des dominants restés en place et de leurs alliés, de garder le bénéfice d’un rapport de force assez longtemps pour engranger et rendre irréversibles les acquis.
      Vous avez parlé des syndicats égyptiens corrompus de l’ère Moubarak, comment les négociations salariales qui devront se mettre en route en dépit des conseils de modération de Ghonim vont-elles se passer ? Y a-t-il des « coordinations » ? Des AG par secteurs, par entreprises ?

    2. Justement, pour le moment ca bouillonne partout et les infos ne sont pas centralisés (il faut suivre peut-être http://www.almasryalyoum.com/en
      et sur Twitter #Egyworkers
      aux derniers Tweet que j’ai lus d’acteurs du mouvement sur place, il semblait que les autorités semblaient accéder aux demandes d’augmentation (par ex. pour la police qui manifestait il y a deux jours), mais certainement ca va prendre du temps et cela ne peut être fait simultanément partout. Certains des acteurs économiques vont devoir être poursuivis légalement (comme cela a commencé en Tunisie) et on vient d’annoncer l’inculpation de Ahmad Ezz (cf http://en.wikipedia.org/wiki/Ahmed_Ezz )
      Je suis comme vous, je voudrais savoir ce genre de choses, mais la presse ne s’intéresse qu’à l’argent, et aux figures charismatiques. (Voir la réponsé à M, ci-dessus). De la même manière, a-t-on appris quoi que ce soit sur les Ivoiriens ces derniers mois ? Que pense un Ouattarien ou un Gbagbien ? Ce qu’il se passe chez eux au nord et au sud ?
      Quant au Bahrein, il y a de quoi être triste: c’est une île donc ils ne peuvent même pas fuir, et il faut lire ici ce constat implacable pour comprendre le problème…
      http://edition.cnn.com/2011/US/02/17/us.bahrain.stakes/

      Le mieux serait d’aller en Tunisie et en Egypte et de rapporter sur le PJorionBlog ce qu’il s’y passe !!

  6. A Jeanne : mouvement de fond ? Les autocrates du Golfe Persique se réunissent en ce moment-meme pour apporter tout leur soutien à Bahrein. A ceux-là il n’estpas sur qu’on attribue une couleur ou une fleur, jasmin ,orange etc. Par ailleurs l’armée égyptienne appelle à faire cesser les grèves mais cela n’est guère entendu par la population. Le type de google qui a mené la révolte sur facebook, lui, demandait aux égyptiens de ne pas réclamer 30 dollars par mois d’augmentation, par patriotisme ! Le mouvement de fond sera peut etre bien plus large que prévu.

    1. Les journalistes US payeront le prix fort pour faire changer la politique de leur pays: une journaliste de ABC violée au Caire la semaine dernière, un journaliste de CBS attaqué en direct aujourd’hui: http://storyful.com/stories/gjdhrh
      Au Bahrein, une île, les manifestants ne peuvent même pas se réfugier dans un pays voisin. Le plus près des côtes, c’est l’Arabie saoudite. Mais ce serait un bon début que d’avoir un gouvernement de shiites modérés qui pourraient faire des affaires avec le clan des shiites modérés irakiens… un jour… peut-être…
      http://www.nytimes.com/2011/02/18/world/middleeast/18bahrain.html?hp

      1. Soit, en arrière-plan du Japon, la Lybie fait encore la une, et rien de rien ou presque sur les manifestants de Bahrein …donc de …
        (car la contre-révolution décomplexée semble bien .. et pas qu’à Barhein …)

        mais …
        (de mon point de vue à moi, perso,…
        et je sais bien que je suis un peu bête, je ne comprends pas tout …)
        cette contre-révolution (ex :Barhein) ou la révolution (ex : Lybie) en appelle à une intervention militaire étrangère ….
        (que ce soit la contre révolution de Barhein et son appel à l’armée del’Arabie Saoudite,
        ou la révolution de Lybie , son SOS à tout-va, la France, la Grande-Bretagne, les USA, le conseil de sécurité de l’ONU
        cela me déplait, il y a pour moi quelque chose ne va pas, appeler à une intervention miltaire étrangère, je n’aime pas, je ne sais pas, et surtout à notre époque, vraiment, honnêtement, sincèrement, après toutes ces guerres humanitaires dont nous savons, franchement, je ne le sens pas …

      2. Le Bahrain c’est la situation la plus compliquée. Un tout petit pays, une majorité chiite (et pas « théologiquement » proche de l’Iran, mais chiite quand même, avec des longues relations familiales et historiques avec l’Iran), et surtout, une des plus grandes bases américaines du Golfe, posée là justement pour surveiller la sortie du détroit d’Ormuz et le passage des bateaux « alliés » devant les côtes iraniennes (les Emirats, le Kuwait et le Bahrain sont à un jet de pierre du Bahrain, mais il n’y a que le Bahrain qui ait 70 pourcent de chiites, dominés par un pouvoir sans partage avec à sa tête le même gars depuis 40 ans). Il y a un mois, ce petit état qui emploie des émigrés pour l’armée et la police par manque de confiance dans le peuple, a déjà fait appel aux Saoudiens (il y a un pont entre l’île du Bahrain et l’Arabie saoudite) et des témoins (dont un qu’a rencontré Robert Fisk), disent que les cadavres ont été chargés dans des camions frigorifiques direction Arabie Saoudite pour cacher les traces. Invérifiable.
        Ce qui est déprimant, c’est que avec l’entrée des Saoudiens avant-hier au Bahrain, le prix à payer pour protéger les Libyens de ce fou de Kadhafi et de sa famille est devenu soudainement assez cher: laissez tomber les Bahrainites, car vous ne pouvez vous permettre une guerre avec l’Iran ou une décision saoudienne qui ferait monter les prix du pétrole.
        Kadhafi avait réussi grâce à son fils Saif al Islam à faire croire à une success story: transformer le pays en multinationale avec un fonds souverain de 600 milliards de dollars qui investissait partout (y compris dans la London School of Economics, dans le groupe qui édite le Financial Times, dans le secteur bancaire italien etc. Intouchables, quoi !!). Mais le nombre de gens parmi les diplomates et les militaires qui ont démissionné montre que le système ne tient qu’à un fil: les gardes rapprochées de mercenaires.
        http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/banque/20100917trib000550093/le-fonds-souverain-libyen-augmente-legerement-sa-participation-dans-unicredit.html
        http://www.bullfax.com/?q=node-uk-freezes-libyan-wealth-fund-assets
        Les Occidentaux savent qu’ils ont affaire à un psychopathe qui a déjà ordonné des attentats, financé en partie la plupart des guerres en Afrique. Ses discours et ceux de son fils (Sayf al Islam n’a pas de position officielle sinon celui de businessman, mais depuis 2 semaines il se montre le parfait clone de son père quant à la capacité à faire des discours délirants), les deux bataillons militaires dirigés par deux autres de ses fils, sont assez d’éléments pour prouver sa dangerosité (voir sur Youtube les discours ou en cherchant via Google). Bien sûr, s’il n’y avait pas de pétrole en Libye, peut-être que les Occidentaux s’en foutraient. Mais l’exode des travailleurs, des réfugiés, et pourquoi pas d’infiltrés et de mercenaires vers la Tunisie et l’Egypte, peuvent entraîner facilement la déstabilisation de ces pays qui sont précieux comme destinations de vacances du lumpen prolétariat européen. En quelques semaines on a vu des ministres anglais, français, américains, et pas des moindre, faire le voyage à Tunis et au Caire.
        Je ne suis pas militariste, certainement pas. Mais toute l’histoire est faite d’insurrection, de gouvernements en exil, et de résistance.
        Les deux pays dont on ne parle pas et qui connaissent aussi des manifs et des morts depuis un mois ce sont l’Irak et le Yémen. Au Yémen, cela commence à prendre une tournure « à la libyenne’ avec des démissions en série au plus haut niveau et des alliances de chefs politiques et tribaux.

      3. @Edith
        Il y a quatre pays arabes qui ont accepté de participer aux opérations dont 2 du Golfe.
        En gros, quand l’Empire est en crise, c’est la guerre.

      4. Erreur à corriger dans mon commentaire: ce n’est pas la Libye qui a un fonds souverain de 600 milliards mais Abu Dhabi. Pour la Libye je ne retrouve pas le chiffre.

      5. @Jeanne

        Mais l’exode des travailleurs, des réfugiés, et pourquoi pas d’infiltrés et de mercenaires vers la Tunisie et l’Egypte, peuvent entraîner facilement la déstabilisation de ces pays qui sont précieux comme destinations de vacances du lumpen prolétariat européen.

        Perso ya pas que le montant erroné du fond souverain libyen qui me dérange dans votre post.
        De quelle cuisse sortez-vous donc pour parler de « lumpen prolétariat » à propos des blaireaux de petits bourgeois qui vont se tremper le cul dans la Méditerranée ou la mer Rouge à Djerba, Hammamet, El Gouna ou Sinai Bay pour 1000 à 1500 Euros la semaine de merde par tête de veau, mini ?
        Ça vous choque pas plus, à la relecture, que les 600 mrds affectés par erreur ? Huh ? Moi si, et même gravement si…

      6. à Jeanne
        merci pour toutes ces explications sur Barhein
        (je comprends vraiment mieux,
        je reste à penser que
        le grand silence organisé du va-t-en guerre sécuritaire au Barhein,
        et tout le bruit fait le va-t-en guerre humanitaire en Lybie,
        sont l’endroit et l’envers d’une même volonté politique, dont les peuples n’ont rien gagné

      7. @Vigneron: Vous avez déjà pris des avions low-cost ? Moi si. Il y en a même pour le Moyen Orient. Je vois des anglais, des allemands, des français, qui ont payé une semaine avion compris 400 euros. Si je pense que c’est un lumpen prolétariat c’est parce que la seule personne que je connais qui allait en « vacances 400 euros tout compris » en Tunisie (donc j’imagine qu’elle représente aussi les gens que j’ai croisé dans ces avions pour l’Egypte par ex.) c’était une femme qui était exploitée dans un cabinet d’architectes et bossait largement plus que 40 heures par semaine. Elle partait avec sa fille car la mer pour les enfants c’est le pied. J’appelle lumpen prolétariat les gens qui payent de leur santé pour notre productivité délirante et inhumaine (supprimez leur la caféine et ils frimeront moins). Pour info, les fonctionnaires en Egypte (peut-être pas tous hein j’ai pas vérifié dans tous les corps) finissent à 14 h et si ils sont loin de leur domicile d’origine ils ont dix jours de vacances tous les deux mois, pour maintenir des liens familiaux normaux. Moi ca me tenterait bien… Il y a des low cost au départ de la France, de la Belgique, de l’Irlande, mais c’est surtout depuis l’Allemagne et les UK où il y a chaque fois plusieurs compagnies (de l’Allemagne en Egypte on a Tuifly, Condor, Air Berlin, German Wings…). C’est TOUJOURS plein. Vous imaginez les milliers de gens que cela représente ? Ajoutez à cela les « compagnies charter » qui affrètent un avion de vacanciers directement avec l’hôtel…

      8. @Jeanne

        Je répète, votre définition du lumpen prolétariat est fausse et votre réplique obscène, tant il est vrai que ce « bas peuple » là, comme on disait sous l’ancien régime et encore au XIXè, existe bel et bien et n’a rien -mais absolument rien ! à voir avec cette pauvre nouille tellement exploitée par ses bobos de patrons architectes qu’elle peut balancer au bas mot 1500 euros pour une semaine de rêve moisi chez Ben Ali-Trigano.
        Quant à moi, même 400€ ce serait encore très au-dessus de mes moyens et très en dessous de mes envies et je crois pourtant avoir l’heur et la prétention de ne pas me situer parmi cette classe que Marx nommait justement lumpen prolétariat. Lumpen prolétariat qui mérite plus que jamais d’être désigné avec précision tant persévérent nos sociétés dans leur effort à le faire croître et multiplier, qu’elles nomment ses représentants – ou les innomment plutôt – des beaux noms de précaires ou exclus ou misèreux ou sdf ou sans papiers ou travailleurs pauvres ou chômeurs longue durée ou nécessiteux ou assistés ou sous prolétariat ou délinquants ou moins que rien ou interdits bancaires ou clients non solvables, ou hors-jeu ou pauvres, pauvres hères… ma pôôvre petite Jeanne obligée de voyager vers le proche-orient sur Easy-Jet ou du genre (bravo au demeurant, ce sont des entreprises exemplaires quant à l’éthique sociale…) avec le lumpen prolétariat européen…
        J’étais un lecteur pour le moins dubitatif de votre prétentieuse prose experte et tellement bien « informée ». Rassurez vous, je ne douterai plus, ni ne vous lirai plus d’ailleurs.

      9. à Vigneron
        Pourriez vous nous éclairé sur ce concept marsien de lumpen prolétariat qui me semble très très obscure ? Serait il des consommateurs profitant de la pauvreté de gens qui ne le sont pas encore, d’après Jeanne ?

  7. @ M
    C’est vrai ce que vous dites, et les parents et les profs ont un vrai rôle à jouer pour que les ados rencontrent la Matière , je veux dire le sensible réel.
    J’étais prof de Lettres mais j’ai ressenti une intense satisfaction nullement littéraire un jour où refusant à mes élèves d’aller au Parc Astérix ou à Eurodysney pour la sortie de fin d’année, je les ai emmenés qu’ils le veuillent ou non au Parc de la Courneuve, un très grand parc où l’espace ouvert et libre a été pour eux une véritable découverte sensorielle. Ils vivaient tout près et ne le connaissaient pas, entièrement captifs des loisirs à écrans, informatiques ou télé ! A peine arrivés au Parc, complètement conquis par la sensation inédite, ils me suppliaient de rester toute la journée , alors que tout le chemin ils avaient râlé comme des poux d’avoir à marcher une demie-heure pour une sortie « toute pourrie » !
    C’était des 5°, en juin l’année suivante je n’étais plus dans ce collège. Leur prof principale m’a appelée pour me dire que ses 4° avaient décidé de faire la sortie au Parc, et demandaient que je vienne avec eux !
    Je veux dire par là que l’éducation n’est pas toujours un processus démocratique ! et qu’ imposer n’est pas manquer de respect, au contraire. Que résister à l’emprise de la marchandise sur nos enfants c’est cela les respecter réellement. Mais quel boulot ! Ils peuvent déployer des trésors de rhétorique culpabilisante pour continuer à consommer…faut pas se laisser impressionner !

    1. Le collège est le problème dans notre éducation nationale ….
      et bizarement, comme par hasard on ne travaille des réformes que ce sur ce qui marche beaucoup mieux, soit et le primaire et le secondaire
      jamais le collège ..
      pourtant les profs de collège, mal formés, avec des élèves qu’ils ne peuvent pas en rapport à leur formation …
      mais bon, y a qu’à ..

      1. Le problème c’est aussi le primaire, dont les gamins sortent sans savoir lire.

        Au fait, pour revenir à l’Egypte. C’est dommage que nos journaux n’aient plus assez de journalistes (économie économie) pour ne pas pouvoir consacrer d’articles à ce pays, car samedi il y a un référendum sur la question des amendements constitutionnels. C’est un peu pour calmer les foules (toujours en grèves multiples) qui ont soif de participation ! Certains dénoncent en disant qu’il faut une nouvelle constitution et pas juste des amendements… etc.

      2. Le collège est le problème pour les enfants, les parents et la société.
        Pour le pouvoir c’est la solution : l’enseignement de l’ignorance.

        Vous pouvez lire le livre de J.C. Michéa qui porte le même titre (Editions Climats/Flammarion).

        Vous y apprendrez l’essentiel des causes et des conséquences et pourrez y découvrir les délices du tittytainment.

        Voilà que Marlowe parle comme un publiciste.

      3. à Jeanne

        Non, le problème de ces enfants-là,
        (il faut aussi regarder les tests pour comprendre ce que veut dire savoir lire)
        c’est aussi qu’ils ne peuvent pas rester en primaire, aussi une question d’âge
        ils sont tous envoyés au collège, et là,
        (à par en Segpa et quelques autres classes …)
        les professeurs ne s’en occupent pas, ne peuvent pas ou ne savent pas s’en occuper,
        ( voire même car la question peut aussi se poser : pour certains, ne veulent pas s’en occuper ..)

        Il faudrait former les enseignants de collège à gérer une classe avec plusieurs niveaux, pour que ces enfants qui ne suivent pas, poursuivent d’apprendre et progressent ….
        -il y a toujours eu des enfants plus lents, avant il y avait bien des fins d’étude, avec des élèves jusqu’à 14, 15 ans …. –
        mais non, ….
        -et cela d’autant plus que la politique du gouvernement ne vise qu’une seule optique, celle de brader les services publics, aussi bien l’école, que les retraites, la sécu, la poste …. –
        donc plutôt que de former les professeurs
        -et plus particulièrement ceux de collège à savoir s’occuper de tous leurs élèves, que tous leurs élèves, chacun à leur rythme, progressent …-
        la réforme actuelle légifère d’aligner la formation des instits sur celle des profs

        Dès demain, car c’est ce qui est en cours,
        les instits ne seront désormais plus formés, mais jetés directement dans les classes, exactement comme ce qu’il en est aujourd’hui pratiqué pour les professeurs

        J’appelle cela un véritable sabordage de l’école et j’en suis même très en colère
        ( mais bon, après tout, si les parents et les parents préfèrent tellement des intits jetés dans les classes sans formation, et bientôt -comme en Italie- carrément des vacataires pour apprendre à lire, écrire, et compter à leurs enfants ..
        finalement mais de quoi je me mêle ??? …. )

    2. Et si la question « quel monde allons-nous laisser à nos enfants » devait être accompagnée de la question « à quels enfants allons-nous laisser ce monde » ?

  8. Je découvre cet article après coup mais il m’éclaire vraiment sur la situation en Egypte, avant et pendant la révolution. Toutefois, un mois après plus aucune information sur le pays, l’actualité brûlante a effacé l’Egypte et son soi disant risque d’islamisation, brandi il y a que quelques semaines encore comme le nouveau danger du moyen Orient…

  9. Ça y est Sarko et BHL ont leur petite guerre pour l’axe du bien ! La France est en guerre avec la Lybie. Les mirages sont en train de décoller du sol français ou de la base française d’Abou Dabi, inaugurée… au mois d’aout dernier.

    1. Le prolétariat, fort de ses mirages antérieurs, exprime sa confiance Total en la parallaxe du Bien.

    2. Ce qui tendrait à prouver que les maîtres de la France, à défaut d’avoir du pétrôle, ont des idées, à propos du pétrôle…

    3. La France est bien le fer de lance de l’axe, cette fois, les temps changent….les sondages/images/mirages vont remonter, c’est notre révolution, allons enfants de l’amérique…..Radio Paris est américain.

      1. Si Radio Paris est américain, il va nous falloir changer d’heure et abandonner l’heure de Berlin, l’heure des vaincus.

  10. http://www.liberation.fr/monde/0101569416-a-abou-dhabi-une-base-francaise-en-premiere-ligne-face-a-l-iran

    ( mai 2009) Areva, Dassault étaient du voyage .
    Depuis, les caravanes ont passé ,les centrales fuité… Les chars ,eux,font aujourd’hui fuir les chameaux.
    Pourtant,las, pas vraiment goût au mot.
    Du lourd ?En veux tu? En terre ,la !
    Sur les chaines du câble! Du sale.A plus soif!L ivresse ou le désespoir ?L intransigeance du snobisme supplantera t elle le courage du style ?Caractère de l hébétude ?Le Monde dérouille !
    Et sous le sable,le visage du laid meurtrier.
    Ca fond dans le fond.Les gouffres sont avides, l agonie rime avec vitesse-avions a reaction.
    Aporie.

    L air de rien, l axe du bien a force d activité, d’vrait s méfier quand même, déja que l axe de la Terre s est déplacé de plusieurs mètres ; stupeur et tremblement – ici on largue de l eau- ailleurs -les bombes!
    Perils sur les ondes. Tout ceci est bien superficiel -circonstanciel!
    Vous avez aimé l opération « tempête du désert »?
    Alors, souvenez vous ?! Apres tout ,le coeur est un grand acteur. Combien de mirages sous le soleil de minuit ? ( et tout s accélère, s accélère…)

    1. @Rodolphe: C’est dans les moments difficiles que les talents émergent: si vous pouvez nous écrire des poèmes comme ça tous les jours, je signe les yeux fermés. Regardez les artistes du 19e et du 20e s., en France, en Russie; regardez les musiciens issus des pires banlieues anglaises. Ce ne sont pas les coqs en pâtes des trente glorieuse qui ont votre talent d’écriture!

      Je ne partage pas l’humeur apocalyptique du moment: tous les gens bien informés, ex-proches de Kadhafi qui ont joint l’opposition depuis un mois disent qu’il est très peu entouré. La plupart de ses avions sont de vieux coucous russes qui fonctionnent à peine. Tous les jours les pilotes qui ont l’ordre de bombarder tel ou tel endroit refuse l’ordre. Avant-hier à Tripoli des affrontements armés ont eu lieu à l’intérieur même de l’académie militaire. Quelques groupes de mercenaires proches de lui, et une toute petite clique au pouvoir. Il ne tient qu’à un fil. Il faut comprendre l’arabe pour savoir à quel point le gars et son fils sont cinglés. (Après le premier discours du fils, qui était considéré comme l’intellectuel -bien que businessman, SIC- de la famille, les gens ont tout de suite dit: « on le croyait un peu plus sérieux que la galerie de dingues que constitue sa famille mais on a vu qu’il était encore plus fou !! ce que certains opposants qui ont par le passé été proches du régime ont expliqué sur le plateaux d’al Jazeera en expliquant que Saif a bien sûr grandi dans un palais « où la violence était permanente ».)

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