POURQUOI LES PROGRESSISTES EGYPTIENS MARQUENT DES POINTS, par Paul Amar *

Billet invité. Traduction par Jeanne, avec l’aide de l’auteur.

Suleiman a tenté de s’allier les Frères musulmans pour casser la dynamique révolutionnaire mais les groupes organisés des femmes et des jeunes égyptiens ne pouvaient plus être arrêtés

Le 6 février 2011, Omar Suleiman, vice-président égyptien désigné à la hâte, a invité la vieille garde, ou ce qu’on pourrait appeler le « courant des businessmen » des Frères musulmans, à une réunion au sommet, dans le cabinet au décor de bois de rose du palais présidentiel de Moubarak. Le but de leur rendez-vous secret était de discuter d’un accord qui mettrait fin au soulèvement national et rétablirait la «normalité». Quand la nouvelle de ce rendez-vous éclata, la blogosphère fut parcourue d’expressions de joie et de terreur. Le scénario cauchemardesque des partis politiques de gauche comme de droite était-il sur le point de se réaliser? Suleiman, interlocuteur agréé par les Etats-Unis et Israël, allait-il faire fusionner son appareil militaire et policier avec la branche la plus conservatrice du vieux mouvement « social » islamiste? En entendant la nouvelle, le chef suprême de l’Iran adressa ses félicitations aux Egyptiens. Et aux États-Unis, Glenn Beck et John McCain se mirent à fantasmer sur une prochaine guerre mondiale et l’apparition inévitable d’un califat cosmique.

Le même jour, un officiel anonyme de la Maison Blanche déclarait à l’agence Associated Press que tout universitaire qui ne concentrait pas son analyse sur les Frères musulmans et ne les considérait pas comme un acteur principal de la situation « déconnait ». La Maison Blanche semblait croire que Suleiman, chef des services secrets égyptiens, était le genre d’esprit pénétrant sur lequel les Etats-Unis pourraient compter. On put se rendre compte du genre d’«intelligence»  que produisait Suleiman lors d’une interview le 3 février, où il attribuait la cause du soulèvement de l’Egypte à un complot qui pourrait avoir été coordonné par un front uni réunissant Israël, le Hamas, Al-Qaïda et Anderson Cooper de CNN. Après tout, peut-être que Suleiman a aussi un dossier sur le rôle sinistre joué dans le soulèvement par un personnage des « Simpsons », C. Montgomery Burns.

Une fraction d’une faction

En réalité, le rendez-vous secret de Suleiman et des Frères musulmans s’est révélée n’être rien d’autre qu’une tentative de manipulation orchestrée avec Nile TV, une chaîne câblée transformée cette dernière semaine en unité de propagande du type des médias Murdoch, avec aux commandes la garde présidentielle de Moubarak. Les images du  tête-à-tête Suleiman-Frères musulmans furent diffusées à un moment où la légitimité de Soliman et sa santé mentale apparaissaient de plus en plus fragiles et alors que ce sous-groupe des Frères (qui représente seulement une fraction d’une faction de l’opposition) essayait lui aussi de tenter un retour improbable.

Tandis que les journalistes étaient obsédés par la question de savoir lequel des Frères était assis aux côtés de Suleiman, ils continuaient d’ignorer l’importance constante et croissante des mouvements qui avaient initié le soulèvement. Beaucoup parmi les progressistes continuaient de penser que les États-Unis conspiraient avec Suleiman pour écraser tout espoir – comme si le misérable 1,5 milliard d’euros d’aide américaine (qui de toute façon est entièrement recyclé en achats auprès de fournisseurs de l’armée américaine) était ce qui dicte vraiment la politique d’un régime qui négocie des contrats de plusieurs milliards de dollars avec la Russie, la Chine et le Brésil chaque mois et qui a réussi à détourner quelques 40-70 milliards de dollars vers les comptes personnels du président Moubarak.

Faisant mentir Nile TV et les pessimistes, un million et demi de personnes se sont dirigées vers la place Tahrir le 7 février – la plus grande mobilisation depuis le début de ce soulèvement. Toute leur attention fixée sur les Frères, les commentateurs avaient complètement raté les vraies nouvelles des deux derniers jours : la direction du parti au pouvoir (NPD) s’était autodétruite. Dans un geste désespéré, afin de sauver son autorité devenue fantômatique, Moubarak avait jeté aux lions son fils Gamal et toute un groupe d’hommes d’affaires liés aux États-Unis, les forçant à démissionner et gelant leurs avoirs. Au même moment, le journal égyptien El-Masry El-Youm rapportait que les ailes « Jeunesse » et « Femmes » des Frères musulmans avaient décidé de quitter l’organisation principale pour se joindre à un mouvement de gauche, le mouvement du 6-avril. Ceux qui s’étaient assis avec Suleiman n’avaient plus grand-monde derrière eux.

Ci-dessous, on retrace l’histoire du déclin de cette aile « businessmen » des Frères musulmans et celle du pouvoir socio-politique ascendant d’une nouvelle coalition d’hommes d’affaires et d’entrepreneurs militaires impliqués dans le développement du pays. En face d’eux, la force décisive qui s’est levée est celle des micro-entreprises et des organisations de travailleurs, comprenant les femmes et les jeunes, et qui augure favorablement du futur de la démocratie et de l’inclusion socio-économique de l’Égypte.

Des bandes de « Frères »

Les Frères musulmans ne sont pas une force marginale en Egypte. Ils sont très bien organisés dans chaque ville – et on peut leur reconnaître le mérite de fournir des prestations de santé, d’éducation, une aide juridique et des secours, en cas de désastre, aux citoyens ignorés ou négligés par l’État. Comme Mona El-Ghobashy le décrit, dans les années 1990, abandonnant son goût du secret, et ses méthodes hiérarchique et focalisées sur la charia les Frères musulmans a connu une rupture définitive. Aujourd’hui, c’est  un parti politique bien organisé, officiellement interdit, mais parfois toléré. Au cours des vingt dernières années, ils ont fait des percées importantes au Parlement par le biais d’alliances avec d’autres partis et en présentant des candidats indépendants.

Les Frères soutiennent désormais pleinement le pluralisme politique, la participation des femmes dans la politique et le rôle des chrétiens et des communistes comme citoyens à part entière. Cependant, avec la montée en Egypte dans les années 2000 de mouvements concurrents (ouvriers, libéraux ou des droits de l’homme) ceux qu’on peut appeler «l’ancienne nouvelle garde » des Frères, qui ont émergé dans les années 1980, ont continué à garder le cap sur des politiques culturelles, morales et identitaires. Un conservatisme moral et culturel reste la caractéristique de ce groupe –ce que l’on a vu confirmé par la nomination de Muhammad Badeea, un partisan rigide du conservatisme sociale, comme leader en 2010.

Mais ce tournant a été rejeté par beaucoup des femmes et des jeunes du mouvement. « L’ancienne nouvelle garde », dans la ligne du paternalisme moralisateur du gouvernement Moubarak, se retrouve donc en porte-à-faux avec les tendances des nouveaux mouvements, ce qui peut conduire à de nouvelles possibilités de divisions dans l’organisation, ou encore à  une revitalisation et une réinvention passionnante des Frères, tandis que les ailes «  Jeunesse » et « Femmes » se rapprochent de la coalition du 6-avril.

L’aile traditionaliste de « l’ancienne nouvelle garde » est composée de dirigeants syndicaux professionnels et de riches hommes d’affaires. Durant les années 1950 à 1980, le mouvement rassemblait et représentait surtout les éléments frustrés de la bourgeoisie, mais cette classe fut assez largement emportée par les nouvelles opportunités économiques et nombreux sont ceux qui ont quitté l’organisation. L’aile « Business » des Frères a alors commencé à ressembler à un groupe de francs-maçons à la retraite, à ceci près qu’au Moyen-Orient, les francs-maçons ont cessé de porter le fez…

Dans les dix dernières années, cette force politique a été partiellement co-optée par le gouvernement Moubarak. Tout d’abord, les Frères furent autorisés à entrer au Parlement en tant que candidats indépendants et à participer au tout récent boom économique. Certains seniors parmi eux sont maintenant propriétaires de grandes entreprises de téléphones mobiles et de projets immobiliers. Ils ont été absorbés depuis des années dans la machine NDP et dans l’establishment de la classe moyenne-supérieure. Par ailleurs, le gouvernement s’est complètement approprié le discours moral des Frères.

C’est ainsi que depuis dix ou quinze ans, l’Etat policier de Moubarak a joué les provocateurs à plusieurs reprises en brandissait la bannière de l’Islam, en s’attaquant aux femmes qui souhaitent exercer un métier indépendant, aux homosexuels, aux utilisateurs de l’internet, aux  adorateurs du diable, aux éleveurs de porcs qui participent au recyclage des poubelles, aux squatters d’habitats à  loyers contrôlés, ainsi qu’aux Bahai, et aux minorités chrétiennes et chiites. Au cours de ses croisades morales, le gouvernement Moubarak a fait pilonner des livres, fait harceler des femmes, et excommunier des professeurs d’université. On pourrait donc presque dire que l’Egypte a déjà connu l’expérience d’un régime islamiste obscurantiste, celui de Moubarak. Les Egyptiens ont donc déjà connu ce régime et ils l’ont détesté.

Les travaux de Saba Mahmood et d’Asef Bayat publiés ces dernières années montrent que le peuple a été progressivement dégoûté par la politisation de l’islam entreprise par Moubarak. C’est en tant que projet d’auto-gouvernance, de piété éthique et de solidarité sociale que les Egyptiens ont commencé à se réapproprier l’islam. Une tendance qui rejette explicitement l’orientation politique des Frères.

L’armée comme classe moyenne populiste

Si les Frères musulmans représentaient au milieu des années 1980 les éléments frustrés et marginalisés de la classe moyenne, on trouve aujourd’hui un large éventail de groupes laïcs – sans être anti-religieux, qui représentent les modèles économiques que l’on voit émerger à travers le pays. En outre, ces groupes sont entraînés  par le tourbillon d’énergies politico-économiques qui leur arrivent des nouveaux acteurs mondiaux que sont la Russie, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, Israël, Dubaï, la Chine, la Turquie et le Brésil dont l’influence et les investissements en Egypte sont parfois anciens, parfois renouvelés – avec aussi les fonds rapatriés par les hommes d’affaires égyptiens qui s’étaient aventurés dans le boom immobilier des  Emirats.

Dans le cadre de cette nouvelle mondialisation multi-dimensionnelle, où la division Est/Ouest est déterminante et les modèles post-coloniaux radicalement redessinés, l’armée devient l’un des médiateurs économiques et un modèle de réussite. L’armée égyptienne est en effet l’un des acteurs économiques les plus intéressants et les plus mal compris du pays. Ses intérêts économiques sont répartis de manière particulière. Puisque la guerre lui est interdite par les accords de Camp David, elle a utilisé sa souveraineté sur d’immenses étendues de désert et de bandes où elle a créé des centres commerciaux, des lotissements sécurisés et des stations balnéaires – fournissant approvisionnement et services aux riches et aux moins riches Egyptiens, aux consommateurs locaux et internationaux, et aux touristes. Sa position par rapport à l’insurrection est donc compliquée.

Les militaires haïssaient la clique de capitalistes prédateurs qui entourait Gamal Moubarak, et vendait les terres, les actifs et les ressources du pays aux entreprises américaines et européennes. Cependant, l’armée a néanmoins besoin de touristes, de consommateurs et d’investisseurs dans ces lieux touristiques et autres stations balnéaires où elle a elle-même investi plusieurs milliards de dollars. Considérée comme la représentante et la protectrice du «peuple», elle souhaite que les gens rentrent chez eux et cessent de faire fuir les touristes. Elle va sans doute continuer à jouer ce jeu médian de manière intéressante dans les années à venir.

Les services secrets que dirige Suleiman font nominalement partie de l’armée – mais ils en sont institutionnellement tout à fait distincts. Dépendent de financements étrangers, proches surtout d’Israël et des Etats-Unis, les services secrets n’ont pas bonne presse auprès des Egyptiens. Tandis que l’armée de l’Air et l’armée de terre sont bien implantées dans le tissu des intérêts économiques et sociaux du territoire national. L’armée a eu un rôle crucial lorsqu’elle a sauvé la dynamique insurrectionnelle du soulèvement en contrant le goût de Suleiman pour la répression.

Le 4 février, jour de brutalités policières terrifiantes place Tahrir, les commentateurs furent nombreux à remarquer que les militaires tentaient d’arrêter les attaques des voyous, sans toutefois se montrer trop agressifs. Était-ce le signe que les militaires voulaient vraiment que les manifestants soient écrasés? Depuis lors, on a appris que les militaires présents n’avaient pas de munitions, le régime les ayant confisquées de peur qu’ils ne se rangent du côté des manifestants.

Avec ou sans munitions,  les militaires ont repoussé la police en civil qui s’étaient transformée en bandes organisées venues semer la terreur. Si la sécurité des espaces publics du Caire était assurée par les militaires, dans les quartiers résidentiels, on a assisté au retour d’une version XXIe siècle des groupes de futuwwa, qui comme l’a décrit Wilson Jacob, était au XIXe siècle une icône de l’identité nationale de la classe ouvrière et de la solidarité communautaire en Egypte prolongeant ainsi une pratique multiséculaire de groupes organisés qui défendaient les guildes d’artisans et les quartiers ouvriers du Caire. Mais la futuwwa réincarnée du  1er février 2011 s’est auto-désignée ‘Comités du peuple’ et elle comprend des hommes de toutes classes et de tous âges, ainsi que quelques femmes armée de couteaux de boucher !  Positionnés à chaque coin de rue, ces comités se tiennent prêts à intervenir contre la police ou les bandes payées par l’Etat qui tentent d’intimider les habitants ou de se livrer à des pillages. Le redéploiement du pouvoir sécuritaire et militaire durant le soulèvement n’est pas étranger aux risques de violences physiques sexuelles, dont la police de Moubarak et ses voyous sont coutumiers. Dès les premiers jours du soulèvement, on a pu voir qu’un très grand nombre de femmes participaient à la révolte.

Comme on pouvait s’y attendre, les policiers et les voyous ont commencé à s’en prendre aux femmes: molestation, viols. Une fois la police repoussée, les militaires et la groupes futuwwa ont pris la relève en considérant que « protéger » les gens impliquait d’inciter les femmes et les enfants à rester en dehors de Tahrir et donc de les exclure de l’espace public. Mais les femmes s’y sont refusées, insistant sur le fait qu’elles n’étaient pas des victimes, mais bien au contraire le noyau directeur du mouvement. Le 7 février, les groupes de femmes – y compris le mouvement de gauche ouvrier du 6-avril, ainsi que les groupes anti-harcèlement, les groupes de droits civils et l’aile « Femmes » des Frères musulmans sont réapparus en force, par centaines de milliers, dans le centre-ville du Caire.

Disloquer la « mondialisation version Gamal »

Le 28 janvier, le siège du Parti national démocratique de Moubarak fut brûlé – et avec lui, l’autorité substantielle de Moubarak fut réduite en cendres. Les intérêts naissants des militaires et du capital de l’Etat crachèrent finalement sur ces cendres le 5 février. Ce jour-là, ils obtinrent la démission de Gamal Moubarak chef du bureau politique du NPD, remplacé par le Dr Hossam Badrawi, nommé nouveau secrétaire général du parti.

Le choix de Badrawi reflète la direction vers laquelle le vent souffle désormais. Badrawi a l’honneur ambigu d’être l’homme qui a fondé en 1989 la première mutuelle de santé égyptienne privée. Alors que tous les Egyptiens avaient la garantie constitutionnelle d’un accès gratuit aux soins de santé, Moubarak, sous la pression du FMI, procéda à des coupures drastiques dans les services de santé publique au début des années 1980. Badrawi défendit alors la privatisation des soins de santé et créa une industrie douée d’un capital important et d’une légitimité quasi-étatique. Cette industrie fut vite menacée par la concurrence mondiale, mais elle continua à se décrire dans des termes nationalistes et paternalistes. Gamal Moubarak, quant à lui, servait de vecteur pour les investissements étrangers et il représenta bientôt une menace pour les hommes d’affaires comme Badrawi. Ce dernier avait servi aussi par le passé comme directeur d’une organisation de défense des droits humains affiliée au NPD, un poste qui présentait quelques contradictions fondamentales, en pleine période de répression de masse et de tortures.

Nagib Sawiris, qui s’est lui-même proposé comme président du Conseil de transition des sages, ressemble à certains égards à Badrawi. Sawiris est un homme d’affaires patriote et nationaliste qui a brillamment réussi. Il dirige l’entreprise la plus importante du secteur privé égyptien, Orascom, qui  a construit des chemins de fer, des stations balnéaires, des villes sécurisées, des autoroutes, des systèmes de télécommunications, des fermes éoliennes, des condominiums et des hôtels. C’est une figure majeure parmi les financiers du monde arabe et de la région méditerranéenne.

Il est également le porte-drapeau des acteurs les plus nationalistes du développement économique égyptien. Le 4 février, Sawiris a publié une déclaration dans laquelle il proposait qu’un Conseil des sages supervise Suleiman et la police – et dirigerait l’Egypte pendant la transition. Le conseil proposé serait un «neutre et technocratique » et il compterait outre Sawiris, quelques membres non dogmatiques de l’aile « business » des Frères musulmans, ainsi que certains experts en études stratégiques, ainsi qu’un prix Nobel. Ce prix Nobel serait-il Mohammed El Baradei, prix Nobel de la paix et chef d’un parti d’opposition? Non. Ils avaient trouvé un autre lauréat égyptien, prix Nobel de chimie organique, Ahmad Zuweil…

Les femmes, les micro-entreprises et les travailleurs

Dans le contexte décrit ci-dessus, nous pouvons comprendre pourquoi nous avons assisté, dans la première semaine de février, à l’émergence d’une coalition d’hommes d’affaires nationalistes alliés à l’armée – une armée qui agit aussi en hommes d’affaires nationalistes de la classe moyenne. Ce groupe, qui a éjecté la « clique globalisante » et les « barons de la privatisation » qui entouraient Gamal Moubarak, allait-il ensuite consolider son emprise sur le pouvoir et gouverner le pays avec Suleiman comme marteau? Non. D’autres forces sociales imposantes sont également en œuvre.Elles sont bien organisées. La légitimité, l’organisation, une nouvelle vision et le pouvoir économique sont entre leurs mains. Le nouveau bloc nationaliste des militaires et des businessmen ne peut pas compter sur le développement du pays sans leur participation et leur mobilisation.

Il est ici crucial de se rappeler que ce soulèvement n’a pas commencé par la volonté des Frères musulmans ou d’hommes d’affaires nationalistes. Cette révolte a commencé de façon graduelle par la convergence de deux forces parallèles: le mouvement, récemment ravivé, pour les droits des travailleurs, en particulier dans les villes industrielles et dans les minuscules sweatshops (ateliers de fabrication où les travailleurs sont généralement non déclarés) – et celui contre les brutalités policières et la torture qui a mobilisé toutes les communautés dans le pays, ces trois dernières années. Les deux mouvements ont pour caractéristique la participation massive de femmes de tous âges et de jeunes des deux sexes. Il y a des raisons structurelles à cela.

Tout d’abord, la passion des travailleurs qui ont commencé cette révolte n’émane pas de leur marginalisation ou de leur pauvreté ; plutôt, elle découle de leur rôle central dans les nouveaux processus et dynamiques de développement. Dans un passé assez récent, l’Egypte est apparue comme un pays de manufactures, celles-ci fonctionnant dans des conditions particulièrement stressantes pour les travailleurs. En effet, les ouvriers égyptiens  se sont mobilisés dans un contexte de flot continu d’investissement mondial, et de construction de nouvelles usines. Plusieurs zones de libre-échange et de nouvelles manufactures ont été ouvertes grâce aux Russes et la Chine a investi dans tous les domaines de l’économie égyptienne.

Le Brésil, la Turquie, les républiques d’Asie centrale et les Emirats du Golfe diversifient leurs investissements, quittant ainsi le secteur pétrolier et l’immobilier pour se lancer dans les produits manufacturés, le marché des pièces détachées, l’informatique, l’infrastructure, etc. Dans toute l’Egypte, les usines ont été dépoussiérées et rouvertes, d’autres ont été construites. Tous ces centres commerciaux, ces villes sécurisées, ces autoroutes et ces stations balnéaires doivent bien être construites et mises en service par des travailleurs. Dans le Golfe, les agents du développement économique utilisent la main-d’œuvre expatriée du Bangladesh, des Philippines et d’ailleurs, tandis que l’Egypte utilise ses propres travailleurs. Dans les industries textiles égyptiennes récemment relancées et les ateliers de pièces détachées, un grand nombre d’entre eux sont des femmes.

Si vous parcourez les cages d’escaliers des barres d’immeubles où vit la classe ouvrière dans les banlieues du Caire, et si vous visitez les ateliers construits à la va-vite en ciment dans les villages, vous verrez des ateliers remplis de femmes, qui fabriquent des sacs à main et des chaussures – ou qui assemblent des jouets et des cartes pour ordinateurs, revendus en Europe, au Moyen-Orient et dans le Golfe. Ces petits travailleurs ont rejoint les ouvriers pour fonder le mouvement du 6-avril en 2008. Ce sont eux qui ont commencé à s’organiser et à se mobiliser, ce qui a abouti au soulèvement de 2011, dont l’éruption a été déclenchée par Asmaa Mahfouz qui mit en ligne sur YouTube une vidéo incendiaire et fit distribuer, dans les bidonvilles du Caire, des dizaines de milliers de tracts le 24 janvier 2011. Mme Mahfouz, qui possède un MBA (Masters en Business Administration) de l’Université américaine du Caire, appela les gens à protester le lendemain. La suite, tout le monde la connaît.

Le paysage économique des micro-entreprises égyptiennes s’est ainsi politisé et mobilisé, tous genres et toutes classes sociales confondus, de façon très dynamique, encore une fois avec une emphase sur le rôle des deux sexes. Depuis le début des années 1990, l’Egypte a réduit au minimum l’Etat-providence et les services sociaux accessibles à la classe ouvrière et à la classe moyenne inférieure. Au lieu de subventions alimentaires et d’emplois, on lui offrit des dettes et des micro-prêts, accordés avec la bénédiction enthousiaste du FMI et de la Banque mondiale – afin de stimuler l’esprit d’entreprise et l’autonomie. Ces prêts visaient le plus souvent les femmes et les jeunes. Comme les candidats, économiquement défavorisés, n’avaient pas de garanties à offrir pour le remboursement de ces prêts, celui-ci fut imposé le cas échéant par la loi pénale plutôt que selon le droit civil. Ce qui signifie que c’est votre corps qui sert de garantie. La police égyptienne s’est ainsi vue légalement autorisée à vous menacer si vous ne payez pas vos traites. C’est ainsi que la micro-entreprise s’est retrouvée sous la coupe d’un ensemble gigantesque de racket policier et de prêts léonins. Les abus sexuels pratiqué par la police égyptienne à l’encontre des jeunes et des femmes devenant un élément central dans l’économie des petites entreprises. Dans ces conditions, l’économie des micro-entreprises est un lieu où il est difficile d’évoluer. Il a pourtant formé des femmes et des jeunes capables d’être de véritables héros, et qui se voient comme une force organisée opposée à l’Etat policier. A ce prix-là, personne ne s’extasie plus sur les bienfaits de la main invisible du marché.

Les intérêts économiques de cette classe de micro-entrepreneurs sont directement à la base du mouvement immense et passionné contre les brutalités policière. Ce n’est pas un hasard si le mouvement est devenu une force nationale il y a deux ans avec l’assassinat brutal d’un jeune homme Khaled Said, arrêté dans un petit café internet dont il était co-propriétaire. Les policiers exigèrent ses papiers d’identité et un pot-de-vin, et pour son refus, il fut battu à mort, le crâne écrasé devant des témoins horrifiés. [La photo de son visage déformé prise à la morgue a fait le tour d’internet et est disponible ici].

Le harcèlement des micro-entreprises, accompagné de demandes de pots-de-vin, brutalisant ceux qui refusent de se soumettre, est devenu une pratique courante en Egypte. Cafés internet, petits ateliers, centres d’appel téléphonique, cafés de jeux vidéo, microbus, laveries et pressings, petites salles de sport forment le paysage de micro-entreprises qui forment le socle des emplois et de l’activité sociale des classes moyennes inférieures égyptiennes. La soi-disant «révolution Facebook» ne consiste pas à mobiliser des gens dans l’espace virtuel, elle se produit dans les cyber-cafés égyptiens avec les jeunes et les femmes qu’ils représentent, dans des espaces sociaux et des communautés réelles, en utilisant les sites qu’ils ont développés pour servir leur révolte.

Le cas égyptien

Lors de la révolution iranienne des années 1970, les « marchands du bazar de Téhéran » – des commerces de taille moyenne – sont ceux qui ont apporté le vote déterminant qui a fait pencher la révolution iranienne de la gauche vers la droite, d’un soulèvement socialiste vers la fondation d’une république islamique. Dans le cas de l’Egypte, la force sociale et politique des femmes et des jeunes  micro-entrepreneurs conduit l’histoire dans la direction inverse. Ces groupes ont une vue élaborée et complexe de la posture morale de certains islamistes – et ils ont un programme socio-économique très clair, qui attire aussi l’aile « jeunesse » des Frères musulmans.

Les groupes progressistes ont un réseau d’entreprises, d’usines, d’identités et de passions reliées entre elles. Ils feront tout pour empêcher la réémergence des brutalités policières et de l’hypocrisie morale qui ont régné sur eux pendant toute une génération. Les femmes et les jeunes qui sont derrière ces micro-entreprises, et les travailleurs dans les nouvelles usines financées par les Russes, les Chinoises, les Brésiliens, le Golfe et l’Egypte semblent être unis. L’importance des mouvements qu’ils rassemblent augmente chaque jour.

Les micro-entrepreneurs et les groupes de nouveaux travailleurs qui s’organisent pour lutter contre les abus de la police ne partagent pas de toute évidence les mêmes positions que les Sawiris, Badrawi et autres riches du « Conseil des sages ». Néanmoins, on trouve des recoupements et des affinités importants entre les intérêts et les  politiques des groupes nationalistes orientés vers le développement, ceux des nouveaux affairistes militaires – et la vitalité des mouvements des mouvements sociaux qui réunissent les jeunes et les femmes. Cette confluence des dynamiques sociales, historiques et économiques devrait faire en sorte que ce soulèvement ne se réduise pas à une prestation télévisée montrant Suleiman et quelques-uns de ses amis.

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(*) Paul Amar est professeur associé de Global & International Studies à l’Université de Californie, Santa Barbara. Il est l’auteur de: Cairo Cosmopolitan ; The New Racial Missions of Policing ; Global South to the Rescue ; et prochainement  Security Archipelago: Human-Security States, Sexuality Politics and the End of Neoliberalism. Cet article a été publié pour la première fois dans Jadaliyya, le 8 février.

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145 réflexions sur « POURQUOI LES PROGRESSISTES EGYPTIENS MARQUENT DES POINTS, par Paul Amar * »

    1. Excellent rappel.
      En réalité le mouvement social en Egypte ne fait que se radicaliser sous forme de grèves et de mouvements revendicatifs depuis près de deux ans. Aujourd’hui, alors que la plupart des médias évoquent le Caire et la Place Tahir, l’ensemble du pays voit nâitre des grèves du nord au sud. Et ce mouvement n’affecte pas seulement les micro entreprises, dont les « micro-entrepreneurs » vivent par ailleurs dans des conditions souvent difficiles, mais de grandes sociétés.
      Quand les salaires mensuels sont en moyenne d’environ 200 euros, alors qu’un chef d’Etat avait accumulé lui et sa famille près de 70 milliards d’euros, à quoi peut-on s’attendre ?
      La question sociale va apparaitre crument.
      Désolé mais la lutte des classes existe aussi en Egypte.

    2. @anon: merci pour le lien. L’article est une sorte de plagiat de celui de Amar (des paragraphes entiers sont simplement recopiés) avec 3-4 phrases de l’auteur.

      @Nemo: oui, et chaque « chef censeur » (presse, syndicats, directions de la culture etc) qui touche dans les 100 000 euros par mois. Faire tomber Mubarak et donc la pompe à finance était le préalable nécessaire, mais beaucoup savent que ce n’est que le début, et que la partie sera difficile surtout en province.

  1. Magnifique, merci, enfin autre chose que les conneries médiatiques rituelles (Islam, immigration, pénurie, chaos, ….) !!!!
    De l’autre coté, la contre-révolution se met en ordre de marche, avec la « nouvelle orientation » de la diplomatie française (retournez bosser, braves gens) et l’expression étrange d’un représentant de Terra Nova (Think Tank Social Démocrate) qui dit : ‘Il faudra être plus exigeant dans le domaine des droits de l’homme avec les nouveaux régimes » … t’es qui toi, pour « exiger » quoi que ce soit à une démocratie ? Ridicule bataille d’arrière garde ou vraie menace pour le futur ?
    On peut aussi lire l’article de Naomi Klein qui décrit (en Anglais hélas, mais traduit dans son bouquin) la manière dont l’Afrique du Sud de Mandéla s’est fait confisquer le pouvoir économique par les « techniciens » néo-libéraux du FMI et de la banque mondiale (le même genre de conseillers « neutres et technocratiques » que ceux mentionnés dans cet article ?)… Le vrai danger n’est pas celui de l’émergence d’un pouvoir islamique, c’est plutôt que le plan néolibéral se mette en place : il y a eu des précédents et ils sont malins.
    Mais Paul Amar semble confiant quand aux fondements de la conscience politico-économique des Égyptiens … 🙂 ils sont conscients et informés.
    Naomi Klein : Democracy born in chains

  2. Certes, mais il y a émotion peu contrôlée, et parti pris, qui, je ne sais s’ils viennent de l’auteur ou de la traduction, mais font peser leur gros bémol, quant au fait de rapporter de l’info, qui soit plutôt « neutre », s’il vous plaît.

    Si si, c’est une critique à propos du style. De nos jours, même la propagande, quel que soit son bord, sait mélanger vérité connue, et mensonge en enfilade, pour convaincre et ramener à soi l’opinion, c’est à dire qu’on ne l’entend plus battre le tambour comme il y a 70 ans.

    Dans l’article, je dirais que c’est presque le contraire. On ne peut même plus voir la part du réel et celle de la conviction ( mais qui n’engage que les auteurs et leur qualité d’observation [ neutre, disions-nous ] ) clamée.

    C’est dommage, sinon cela pourrait être intéressant et instructif.

    1. Je suis assez d’accord sur votre remarque de fond et c’est un peu le défaut du style américain: pour tenir son lecteur, il faut un style qui l’attrape. J’ai essayé de vérifier les informations de l’article, et n’ai pas pu toutes les vérifier. Mais l’auteur a fait sa maîtrise et sa thèse sur ces sujets, et il a beaucoup écrit sur l’Egypte. Son cv est disponible sur internet et je pense qu’il garantit la qualité de son travail.
      Voici un lien vers des vidéos postés au fur et un mesure par quelqu’un qui participe à ces manifestations de travailleurs au Caire ces jours-ci:
      http://bambuser.com/channel/3arabawy/broadcast/1415037
      et qui partage l’information en direct sur internet, via les vidéos mais aussi via Twitter et le tag #Egyworkers.
      http://twitter.com/#!/search?q=%23egyworkers

    2. Ce ne sont pas les partis pris que j’ai cherché à élucider: tout le monde en a, mais les informations pures et simples: l’interview de O Suleiman (il ne mentionne pas texto CNN alJazeera, etc. mais il fait des allusions qui peuvent facilement être comprises en ce sens, et au même moment sur les chaînes gouvernementales on donnait ces noms-là dans des émissions « affiliées » au régime: les journalistes de CNN, ABC, BBC ainsi qu’une équipe suédoise et un journaliste belge ont été violemment attaqués ces jours-là à cause du climat ainsi créé, certains ont témoignés live avec des bandages sur la tête, un autres a raconté la nuit d’horreur qu’ils ont passé à assister impuissant et les yeux bandés aux tortures que l’on faisait subir à ceux qui n’avait pas la chance d’avoir un passeport étranger; voir l’article dans le Guardian: http://www.guardian.co.uk/world/2011/feb/09/egypt-torture-machine-mubarak-security) la rencontre avec les Frères musulmans (qui a été rapportée ce jour-là mais est maintenant niée par leur chef…). J’ai vérifié les informations sur Badrawi, celles sur la mort de Khaled Said…
      Si vous connaissez le moyen-orient vous savez que la presse française est pleine d’inexactitude. Ici, au contraire, c’est le travail d’un chercheur qui connaît extrêmement bien le terrain. Si j’ai décidé de traduire ce texte c’est justement parce qu’il correspond à ce que je sais de l’Egypte, bien que je n’ai pas enquêté dans les banlieues du Caire. En revanche toute personne qui a vécu en Egypte connaît les conditions de vie des jeunes qui tentent de concilier études et boulot (généralement deux boulots) et idem pour la classe moyenne, comme je l’ai vu aussi à Istanbul, il faut généralement 2 boulots. J’ai aussi pu constater de visu que le post-11 septembre (pour plaire à Bush?) a été fatale à la classe moyenne inférieure égyptienne, qui s’est appauvrie pour plusieurs raisons: dévaluation de la livre égyptienne (pour favoriser la consommation des touristes entre autre), coûts des médicaments, néo-libéralisation accrue de l’éducation, de la santé, hausse des prix (progressive depuis bien longtemps et pas seulement récemment) etc.

    3. @barbe-toute-bleue : « C’est dommage, sinon cela pourrait être intéressant et instructif. » : autrement dit, vous envoyez tout le contenu à la poubelle au motif de « trop d’émotions » ! Vous ne pensez pas qu’elles pourraient plus venir de vous-mêmes que du texte ?…

    4. Il y a dans « Le Monde » papier de Dimanche un article d’Olivier Roy (Chercheur au CNRS et autres références) un article qui reprend à peu près les mêmes informations que celles de Paul Amar sur les relations ténues entre Islam et les révolutions en marche, qu’il qualifie de « post-Islamistes ».
      Je n’ai pas retrouvé l’article en version en-ligne du monde, désolé.

      @Jeanne : merci beaucoup pour votre traduction, je trouve cet article fondamental pour lutter contre les clichés et la paresse des pseudos intellos.

    5. Paul Amar semble avoir une bonne connaissances du terrain ( j’avais suivi vos liens, Jeanne ), et ce n’est pas ceci directement qui est en cause, mais bien une émotion sous jasante dans l’analyse, qui supprime de l’objectivité.

      « parti pris », comme demande Ric, Ceci s’adresse à moi. Et je réponds que ce n’est pas dans les faits énumérés qu’on le détecte directement, mais dans le ton un brin persifleur, surtout dans les premières lignes, tentant de montrer l’infâme Moubarak et consort, bien qu’il le soit sûrement, mais on arrivera soi-même à la conclusion, sans qu’on ait besoin d’être tenu par la main..

      J’ai l’impression de lire un reportage d’un journaliste encarté au PC dans les années 70, et qui, étant allé voir du côté de l’armée Viêt-cong, ramènerait une sérénade.
      Idéologiquement, en droit de critiquer la machine américaine, mais le faisant en piétinant gaiement dans la marmelade.
      Mais ce type de présentation, c’est volontiers pratiqué côté US. Vous avez raison Jeanne.

      @Crapaud rouge, que se passe t-il ? Vous n’aimez pas ma critique sur la forme pour avoir pensé que je parlais du fond ? En fait, le contenu est intéressant et instructif ( si vous n’aviez pas compris l’ironie inversée ), et ce n’est pas la peine de raccrocher des guirlandes pour enjoliver une présentation de texte rapportant des faits, ou analysant une situation.

      La situation en Egypte va dépendre de l’orientation de la composante de l’armée qui va l’imposer, par négociation, ou par le pétard, au reste du corps. Si il n’y a pas de ‘Chavez », on aura du militaire bien à droite, or militaire de droite n’avait pas nécessairement à rester un pléonasme, lorsque l’armée ne parie plus sur l’expansion des territoires, pour exploitation sous tutelle musclée.

    6. Cet article est le premier dans lequel j’ai trouvé des informations qui rendent compte de la complexité de la société égyptienne (comme l’est toute société).
      Même si l’on sent l’auteur attentif à certaines classes sociales, on ne peut, à mon estime, pas dire que c »est une œuvre de propagande. L’article d’Olivier Roig m’est paru plus orienté, laissant entendre que le post-islamisme devait nécessairement déboucher sur une société d’individus autonomes à l’occidentale.
      Du rééquilibrage des forces et de la réorganisation actuels (sorte de point de divergence au sens quantique du terme) sortira sans doute quelques chose d’original et de non prévu.
      Je trouve que la conclusion de Barbe-bleue (La situation en Egypte va dépendre de l’orientation de la composante de l’armée qui va l’imposer, par négociation, ou par le pétard, au reste du corps) bien trop simpliste. Les semaines passées montrent que ce n’est pas aussi évident et que même la force armée doit tenir compte d’autres éléments).

    7. @Alain A

      On verra bien, mais les gentils militaires, ça existent aussi.

      Regardez en France, les gendarmes ne sont pas tous des têtes de cons. Ils ont été inventés comme un contre pouvoir garant de certaines libertés pour le peuple, ce qu’est beaucoup moins la police aux ordres du ministère de l’intérieur. Maintenant on dépend tous du ministère, oui, mais à l’origine…

      En attendant, si les militaires ne voulaient pas plier dans un bon sens, vous pensez qu’il va arriver quoi ? Que les femmes toutes réunies vont les chasser à coups de casseroles jusque dans le désert ?.

    8. @Barbe-Bleue
      Si les militaires décidaient de mettre en place une dictature militaire, c’est parce qu’ils auraient mesuré les avantages et les inconvénients de cette situation pour leurs portefeuilles, leurs cœurs, leurs avenirs, leur pays, leurs familles, leurs fois… Soit une pesée d’apothicaire bien difficile. S’ils optaient pour la manière forte, ils devrait aussi tenir compte des réactions internationales (depuis l’aide US jusqu’au tourisme de masse) et aussi de la fidélité des l’armée constituée des frères de celles et ceux qu’ils devraient mâter. C’est cela la complexité et c’est cela qui imposera probablement une solution aussi complexe que la réalité. Sauf s’ils utilisent le rasoir d’Ockham…

  3. Merci vraiment pour cet article de haut vol
    Dans un registre moins politique et sociologique l’interview de Emmanuel Todd sur les évolutions démographiques au moyen orient et donc l’avénement des changements que nous observons.
    (exposés dans un ouvrage intitulé « le rendez vous des civilisation »). Lui aussi se voulait assez positif sur l’évolution future de la révolution égyptienne.

  4. Passionnant papier, qui vient à point pour éclairer nos lanternes, conforter notre méfiance envers les idées toutes faites , aiguiser notre curiosité, notre désir de savoir en détail et en pratique comment les choses se passent ! Honte à l’Express et au Point pour leurs unes paresseuses, malhonnêtes et manipulatrices ! c’est passionnant et stimulant de voir comment la conjonction d’émotions et d’intérêts travaillant , éprouvant la société égyptienne, la jeunesse et les femmes en particulier, peuvent aboutir à une transformation idéologique, et à un début de subversion réussie.

    1. @Bibules : pas besoin de « de lire l’Express et le Point » pour connaître leurs unes qui s’affichent sur tous les kiosques… Cela dit juste pour signaler que, sous la pub légitime pour des magazines, se glisse une pub « clandestine » pour leurs idées.

    2. A propos des Unes : lire Révolution en Egypte : le meilleur du pire de l’information, une étude d’Acrimed, § : Le Point et L’Express, ou l’art de la une qui, l’air de rien, en dit long : édifiant ! Le Point : image d’une musulmane, l’air décidé, tenant un drapeau, titre : « le spectre islamiste ». L’Express : image d’une Israélienne, l’air décidé sous son casque de soldate, titre : « Israël face au réveil arabe » ! Le « spectre » s’est donc « réveillé », l’heure de tous les dangers a donc sonné, et Israël, toujours menacé mais jamais menaçant ni agressif, doit « faire face »…

    3. @Crapaud: merci à Acrimed et à vos remarques. D’où une nécessité: boycotter la presse francaise de ce genre (sauf le Canard), et ne lire le Monde qu’à toute petite dose !

  5. En somme, l’armée et les branches idoines des Frères votent « social-démocrate » !

    C’est un peu de provoc’ pas cher par rapport au billet fort bien tourné de PJ sur l’avis du médecin légiste sur ladite sociale démocratie.

    Y a t il eu greffes d’organes post-mortem place Tahrir ?

  6. Un grand merci !! disais-je, avant que de subir une micro-coupure (argh …).
    J’écrivais en substance que ce texte montre à voir une alliance de fait contre le régime et les conservateurs que sont les Frères musulmans les néo-nationalistes’ : armée ‘de ligne’ (vs police et services), entrepreneurs (dont les intérêts se sont confrontés aux intérêts d’une caste ‘mondialisée’) et salariés et micro-entrepreneurs (contre la corruption, le racket et l’injustice).
    Cela pourrait faire une base commune pour l’état de droit, contre la libéralisation de l’économie (privatisations) et la mondialisation libérale (‘renationalisation’ des intérêts), droits sociaux, …
    Et bien que tous ces acteurs ne soient pas ‘laïques’, ils ont fait pression pour faire capoter l’accord Souleiman/Frères musulmans.
    Ceci dit, les différents acteurs ont des intérêts parfois divergents voir conflictuels (exemple : armée contre les salariés dans les complexes touristiques qu’elle contrôle, etc.).
    Il leur faudra répartir les bénéfices éventuels.
    D’autre part, leur laissera-t-on l’occasion ?
    En 2008, la dette publique de l’Egypte se montait à 29 milliards de dollars.
    Le FMI, encore.

    1. Et c’est là où je replace ‘l’absence d’idées’ que Paul Jorion avait pu évoqué, que je partage sur le plan économique et financier : quels orientations prendront ces ‘nouveaux acteurs’ sur ces plans là ? En dehors du rejet d’une certaine mondialisation (libérale, mais non de la mondialisation), quelles peuvent être leurs approches communes ?
      En gros, le modèle d’économie de marché ‘ouverte’ (nécessité pour recevoir les IDE, investissements direct étrangers), au sens de libéralisation tel que vécu jusqu’à maintenant, sera-t-il remis en cause ? Quid de la répartition de cette ‘croissance’ tant vantée ?
      Si des gains importants peuvent être pris sur la gangrène de l’ancien régime, jusqu’où pourra aller le reformatage en la matière ?

      Il est clair que l’on ne peut pas leur émettre un reproche en la matière, sans quoi, aucune révolte/révolution ne verrait jamais le jour.
      Pour autant, ces questions vont très rapidement se poser, entre ces acteurs ‘néo-nationalistes’, alliés de circonstances.

      Et le FMI ne manquera pas, évidemment, de la leur poser.
      Mais les dynamiques en cours ne sont pas écrites.

    2. Hhmm… Zébu.

      J’hésite encore à dire si je me suis trompé dans ma partie de tarot avec l’Islam qui allait s’allier avec le plus fort joueur.

      Les US semblent bien en retrait dans cet article… Et les Israéliens aussi.

    3. @Yvan: la couleur de l’Islam, c’est le vert, paraît-il, et c’est un peu comme les verts francais: autant de courants que de participants. Certains Frères musulmans veulent interdire la musique tandis que d’autre prône une plus grande souplesse dans la pratique du « mariage temporaire » ! Et vu le score de leur (ex-?) principal bailleur de fonds, l’Arabie saoudite, en matière de soutien aux politiques US et trahisons répétées de la cause palestinienne, ils ne la ramènent pas trop. On a vu en Egypte qu’ils ont raté la marche du début du mouvement en Egypte, qu’ils n’ont maintenant aucunes propositions claires ni ordre de marche.
      Ceux parmi les Frères qui sont parfaitement organisés sont par ex. les médecins, les avocats. Mais finalement il semble que c’est la structure corporative qui leur donne cette capacité. Et ils se reconnaissent assez peu dans le Frère de province qu’on appelle pour faire le coup de force et jeter des pavés avec les jeunes place Tahrir (un équivalent lointain de la CGT ?)

    4. @ Yvan :
      Tu n’as pas forcément tort d’hésiter. Les Frères se sont trompés de partenaires : dans un jeu à 4 (ou plutôt à 6), ils ont choisi le partenaire le plus ‘faible’ en fait, à savoir le régime (Souleiman) et ses (ex) ‘alliés’, soit les US et Israël.

      Mauvais appel !
      Pas le bon ‘Roi’ appelé : aucuns atouts, que des points à donner et pour couronner le tout, l’allié principal (les US) qui tournent casaque au mauvais moment (répression) et n’assure pas la sortie du ‘1’ (Moubarak).
      Le ‘petit’ s’est ainsi fait bouffer, malgré une tentative désespérée (car solitaire) de contre-chasse aux atouts.
      Surtout, les Frères ont été obligé de lâcher le partenaire pressenti, sous la pression du peuple égyptien, quand il a appris qu’un ‘accord’ (annoncé trop vite par Souleiman) était en cours, accord vite ‘dénoncé’ par les Frères.
      En tarot, on pourrait dire que quand les partenaires opposés ont appris que le ‘preneur’ avait fait sa coupe dans le roi appelé, ils ont ‘réorganisé’ la distribution des cartes entre eux pour permettre une coupe sur la couleur du Roi appelé, de sorte que le Roi n’est finalement pas entré dans le jeu du preneur (régime, Moubarak, Souleiman).
      Les US, le sachant et anticipant le prise du ‘petit’, ont souhaité alors préserver leurs propres points.
      Pour la prochaine partie …
      Sauf que celle-ci ne se joue plus qu’à 5 : US/Israël, armée, Frères, peuple, Frères.
      L’armée a le 21.
      Le peuple l’excuse.
      Les US/Israël quelques atouts (les plus gros mais pas les plus nombreux).
      Et les Frères … le ‘1’.

      L’armée est preneuse.
      Quel Roi appellera-t-elle ?
      Logiquement, celui qui a l’excuse et des atouts. Pour faire la chasse au ‘1’.
      Mais en Tarot, on fait ce qu’on veut, aussi.

      Est-ce plus clair ?
      🙂

    5. Correction :
      « Sauf que celle-ci ne se joue plus qu’à 5 : US/Israël, armée, Frères, peuple, Frères. »
      US, Israël (qui joue sa propre partie maintenant que les US se sont ‘distingués’ de leurs positions), Armée, Frères, Peuple.

    6. @zébu
      Je ne crois pas que les US ait soutenu Mubarak jusqu’à la répression.
      Il y a avait à Washington une réunion de militaires US et Egyptiens le 25, et Sami Anan, dont on dit qu’il représente les « jeunes » de l’armée, plus opposés à la vieille garde comme Tantawi et au sérail.
      http://www.tdg.ch/depeches/monde/retour-egypte-chef-etat-major-source-aeroportuaire-caire
      Le premier discours de Mubarak, le 29 janvier, sur Nile TV, une chaîne privée,a suivi de peu une annonce sur la chaîne nationale égyptienne que le président du parlement, Fathi Surur, allait faire une annonce importance. Et selon la constitution alors en vigueur, c’est Fathi Surur qui devait hériter du pouvoir en cas de décès ou de défaut du président et dans l’absence d’un vice-président (Mubarak n’avait pas encore à cette date nommé de VP, c’était semble-t-il une superstition chez lui). Pendant ce temps-là les Saoudiens faisaient pression sur Obama.
      http://www.theaustralian.com.au/news/world/back-off-hosni-mubarak-saudi-king-abdullah-warns-barack-obama/story-e6frg6so-1226003947985

    7. @ Jeanne :
      C’est possible.
      Pour ma part, il me semble que les américains avaient quand même pris conscience de l’aspect plus que vermoulu du régime (cf. cables révélés par wikileaks) et en ont pris acte (2008 ?).
      Les émeutes de Malhalla en mai 2008 ont dû y aider …
      Je crois qu’ils devaient avoir un plan, celui d’une transition ‘en douceur’, par les élections présidentielles de septembre 2011 et qu’ils ont été pris de vitesse par les évènements. La succession par Gamal Moubarak devait être évitée (forte opposition de l’armée) et Souleiman, leur homme-lige, devait remplacer Moubarak aux élections présidentielles.
      D’ailleurs, fin 2010 (décembre je crois), des affiches ont été placardées au titre très clair : ‘Souleiman, l’homme qu’il nous faut’. Ces affiches ont été retirées bien vite mais le message a été délivré.
      La prise de pouvoir par Souleiman aurait permis de gérer une transition, nécessaire, en recherchant ce qu’il a essayé, vainement, de mettre en place en tant que Vice-Président : une alliance avec les Frères. Une alliance ‘conservatrice’, permettant à la fois d’intégrer les Frères dans le jeu politique du pouvoir, de ‘libéraliser’ un poil le système politique, tout en sauvegardant l’essentiel : le régime policier en place.
      Le peuple égyptien en a décidé autrement. Alors que les manifestations ont commencé le 25/01 et comme le mouvement tourne en insurrection le 28, le 29/01 Souleiman est nommé vice-président, afin d’appliquer le ‘plan’ US mais le pouvoir n’a pas pris la véritable mesure de ces évènements. La place Tharir est occupée.
      Les sbires sont ensuite envoyés le 01/02 sur la place Tahrir, sans succès.
      Le 06/02, des négociations sont entamées entre le pouvoir (représenté par Souleiman) et l’opposition (coalition nationale pour le changement), dont les Frères Musulmans.
      Souleiman prétend publiquement avoir un accord pour une transition pacifique, annonce dénoncée publiquement par la coalition, forçant les Frères à en faire de même.
      La suite est connue.
      Selon moi, les US, conscients du mouvement en cours, ont essayé d’imposer à Moubarak leur ‘plan’ (Souleiman + accord Frères) mais dans l’urgence et sous la contrainte des évènements, cette mise en oeuvre n’a pas pu être possible. Ils ont ensuite essayé de forcer la main à Moubarak, qui s’est ‘rebellé’ lors de sa seconde intervention télévisée du 10/02, pour imposer un départ au raïs et un remplacement par Souleiman, mais ceci se fait de manière partielle (certains pouvoirs) et Moubarak refuse de partir.
      Obama, le 10/02 au soir, convoque le CNS (Conseil National de Sécurité) :
      « De même source, le président américain, qui a multiplié les appels depuis deux semaines à une transition politique en Égypte, a convoqué son équipe de sécurité nationale à la Maison Blanche, au moment où les dizaines de milliers de manifestants réunis sur la place Tahrir du Caire laissaient éclater leur colère. »
      La ‘solution’ Tantaoui (armée) est alors ‘choisie’, en lieu et place du ‘plan’ initial.

      Selon moi, la politique US en la matière a été bouleversée par le calendrier : l’irruption du peuple 8 mois avant les élections. Ensuite, ils ont géré comme ils ont pu (réaction de Moubarak non prévue), en tentant néanmoins de mettre en oeuvre leur ‘plan’.
      Puis ont changé de cheval, tant qu’il en était encore temps.

      Mais bon. Ce n’est que de la politique-fiction.
      Personne ne connaît vraiment la position US en la matière.

  7. Il est bon de lire un article dans lequel n’est pas évoquée la main invisible de la CIA ou des Islamistes, ou qui ne se réduit pas à un mythique triptyque Armée-Peuple-Moubarak.

    On se doutait bien que l’Egypte, société de 80 millions de personnes, étaiet parcourue par des mouvements complexes, avec des recompositions rapides, des intérêts, des passions. Encore rares sont les articles cherchant à percer ces phénomènes profonds.

    On a beaucoup insisté ces derniers temps sur l’influence des réseaux sociaux dans ces mouvements. Rappelons celle d’Al Jazeera, passant en boucle de façon quasi-permanente sur les événements dans tous les cafés, hôtels, lieux publics, parfois bureaux, … dans les pays de la région. Les télévisions d’Etat sont, face à cela, inopérantes.

    1. Tout à fait d’accord.
      Et bien malin qui pourrait dire qui tire les ficelles ou s’il y a quelqu’un pour les tirer. 🙂
      Même un site (souvent fort bien documenté) tel que le réseau voltaire, pourtant prompt à voir la main des américains un peu partout, ne s’y aventure pas.

    2. J’ajoute aussi, sur Al Jazeera, qu’il s’agit d’un témoignage personnel, j’étais au Maroc la semaine dernière, pendant la chute : un grand moment… A noter aussi que tout le monde (officiels y compris!), engageait sans façon la discussion sur la politique, et ceci en tous lieux. Cela n’allait pas jusqu’à la critique ouverte du Roi, mais presque…).

  8. J’ai lu avec passion, et une émotion grandissante. Fantastique, le rôle des femmes ! Quand on pense que d’aucuns nous les dépeignent comme prises dans la gangue islamiste !… Et celui, original et inattendu, d’une armée qui « accueillent les envahisseurs » au lieu de les repousser ! Ceux-là débarquent en tongs et bermudas, soit, mais quand même…

    Le grand mérite de ce récit, dont il faut remercier l’auteur et sa traductrice, est de montrer que la révolution n’est pas tombée du ciel, qu’elle a été précédée d’une longue maturation, (ce qui nous manque encore), et qu’elle s’est payée de beaucoup de souffrances dans la population. C’est pourquoi une marche arrière est désormais fort peu probable.

    1. Pas de marche arrière: les businessmen en sont à l’autocritique en direct à la télé et les journalistes « officiels » qui ont transmis la propagande de la semaine dernière sont maintenant insultés (sans excès) par les téléspectateurs qui téléphonent en direct !!!

      L’armée a pris des mesures pour demander le gel des comptes de certaines figures de la corruption et a promis que tous ceux qui sont impliqués seront poursuivis. Ca va faire du monde.

  9. Et pendant ce temps, les shadoks de l’UMP pompaient :
    « Nous sommes confiants car on voit mal la gauche prendre la responsabilité d’un échec de cette réforme », a-t-il souligné. »
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/02/14/deficits-publics-le-gouvernement-souhaite-modifier-avant-l-ete-la-constitution_1480124_3234.html#xtor=RSS-3208

    Retenez bien que ce qui importe à notre ministre des relations avec Air Tunisie, c’est ça : ‘on va mettre la gauche au pied du mur (de Berlin), bordel !’

    C’est vrai que vu comme ça, ça prend de suite de l’altitude le projet.

    Ces animaux à la tête rayée de bandes blanches et noires …

    1. Pour Zébu,
      en France le blaireau est chassé et piégé. (rien à voir avec les blaireaux de Zébu qui pullulent)
      Le blaireau, en voie de disparition dans certaines régions, a un gros défaut, selon les chasseurs et agriculteurs qui le traquent à coup de gaz empoisonné, pièges, fusils… il faut qu’il mange.
      Chasseurs et agriculteurs s’unissent donc souvent pour lui mener la vie « dure », en oubliant qu’il est très utile dans la nature … Et oui, comme beaucoup de petits mustélidés (qui consomment des centaines de souris dites « nuisibles », des vers blancs « nuisibles » eux aussi),
      Les dommages aux cultures. sont peu importants.
      Les dégâts que le blaireau peut faire dans les cultures ne sont gênants que très localement et ils portent principalement sur le maïs, le blé, l’avoine et la vigne…
      Sa qualité principale
      Son hospitalité est connue de toute la forêt, et il n’est pas rare de le voir partager son terrier avec un renard, un chat sauvage, un putois…
      Il aime la vie de famille et les terriers sont souvent habités par plusieurs groupes familiaux ou clans.
      Les plus gros terriers sont l’aboutissement du travail de plusieurs générations, leur date de création peut remonter à plusieurs siècles.

    2. extrait de l’article proposé par zebu

      « …Cette modification de la Constitution s’inspirera des propositions d’un groupe de travail dirigé par l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Michel Camdessus pour réformer le pilotage des finances publiques françaises… »

      On s’enfonce ! …
      .. »L’homme qui a coulé l’Argentine
      Economiste français néo-libéral, Michel Camdessus est aujourd’hui consultant financier de l’Etat du Vatican. Mais il est surtout célèbre pour avoir présidé le Fonds monétaire international de 1987 à 2000 auquel il a donné une impulsion très libérale et brutale à l’égard des pays les plus pauvres. A coup de privatisations, de réductions des budgets sociaux et d’austérité monétaire, il a, partout où il est passé, fait trépasser les économies émergentes. Les effets de sa politique ont été tellement dévastateurs, que sa présence à la tête du FMI a fini par être une menace pour l’avenir de l’institution elle-même et qu’il a été contraint de démissionner en 2000, un an avant la fin de son mandat.

      Il faut dire qu’en 13 ans, sous sa direction, le FMI a aggravé ou même parfois directement déclenché plusieurs crises financières majeures : Mexique (1994), Asie du Sud Est (1997-1998), Russie (1998), Brésil (1999), Argentine (2000-2001). Fin 1998, il vantait ainsi au siège du FMI sa politique à l’égard de l’Argentine comme un véritable laboratoire : « L’Argentine a une histoire à raconter au monde : une histoire sur l’importance de la discipline fiscale, des changements structurels et une politique monétaire rigoureusement maintenue ». Au lieu de ça, l’Argentine offre quelques mois plus tard le spectacle d’une économie complètement ruinée par les recettes libérales et en particulier la politique de stabilité de la monnaie arrimée au dollar. Sous l’effet des mesures préconisées par le FMI, le taux de pauvreté va bondir de 25% à près de 70% de la population. De cette période de thérapie de choc libérale impulsée par le FMI, la Commission des Nations unies pour le développement conclura qu’elle a « provoqué le chaos en extrême orient et en Russie et neutralisé les progrès accomplis en Amérique latine ».
      http://www.lepartidegauche.fr/editos/arguments/2855-sarkozy-ressuscite-camdessus-le-l-frankenstein-r-du-fmi

      1. Bonsoir M.,

        Je n’avais pas vu votre commentaire avant mais il mériterait vraiment d’être réédité : en France, on ne change pas « une équipe qui gagne » : on l’exporte et elle nous revient en guise de recyclage ! Affligeant..

    3. @ Plouf :
      Oui. C’est pour cela que j’évite d’écrire le nom de l’animal, de crainte de lui porter par trop de tort.
      Qui fait un sacré bon boulot, dans nos campagnes (mugir ces féroces soldats).
      Rien à voir donc avec ceux dont l’expression populaire a emprunté le nom pour désigner de grosses tâches (pas lavable avec mir laine, même en se faisant des noeuds à la tête).

  10. Oui, avec cette analyse vous répondez sans le vouloir à la crise que traverse la presse d’information. Si les journaux faisaient correctement leur métier il produiraient des billets de ce type. Ici encore on comprend pourquoi les blogs et internet sont au coeur de l’information. Merci à vous.

    1. @ Hervey :
      Certains le font. Depuis des dizaines d’années.
      Le Monde Diplomatique par exemple.
      Mais c’est l’arbre qui cache le désert.
      😉

    2. C’est un bucheron canadien qui postule pour un boulot.

      Le patron lui dit : « Votre CV est absolument parfait, mais une chose me gène : vous dites avoir travaillé dans le Sahara. Hors, il n’y a pas d’arbre. »
      Le bucheron : « il n’y a PLUS d’arbre… »

    3. Le Monde Diplomatique avait fini par avoir un côté lassant pour moi.
      Il manquait le parfum de campanule ou de fermentation de bière (belge) qu’on sent ici….

  11. Si je résume.

    Cela consisterait-il à remplacer un système mafieux par un autre système mafieux…???

    Parce que cela donne tout à fait cette impression. Et le fait de dire que les femmes ont pris une importante certaine me parait bien incertain.
    Lorsqu’elles auront le droit de vote, on pourra discuter.

    1. ??? le droit de vote aux femmes ??? elles l’ont en Egypte depuis 1956. C’est en Arabie saoudite il me semble qu’elles ne l’ont pas (et pour le Koweit cela date de 2005).
      Il y a un peu de mauvaises fois dans vos propos. Si vous ouvriez les liens que je donne depuis 2 semaines vous verriez beaucoup de femmes dans les manifs.
      Voici le témoignage d’une égyptienne, médecin et professeur au Liban, qui est venu à Tahrir en pleine bataille pour aider les gens:
      http://www.bbc.co.uk/worldservice/programmes/2009/03/000000_outlook.shtml

    2. @ Yvan
      Jusque comme ça…
      Savez-vous que les Turques ont eu le droit de vote 11 ans avant les Françaises…?
      Et que les Afghanes purent voter avant les Suissesses?

  12. Merci pour ce texte, pour la traduction.

    Quand je lis des textes de ce type (information un tant soit peu complexe au sens de fine et en dehors du manichéisme fantasmatique), je me demande ce que j’ai encore à partager avec une bonne partie de mes concitoyen(ne)s (suisses).

    Comment discuter avec une majorité qui pense qu’on a bien fait d’interdire les minarets vu que les « musulmans » (entendre ennemis) persécutent les chrétiens en Egypte. Qu’on fait bien d’autoriser de garder les armes de guerre à la maison, parce que « avec tous ces noirs à la gare », on ne se sent pas en sécurité. Et que si les femmes faisaient plus leur boulot au lieu d’aller bosser pour un salaire, ben tout irait mieux. Et que… etc., etc. Déprimant.

    Pour autant, entre autre grâce à ce blog, il est possible et souhaitable de ne pas céder au découragement, bien au contraire! Merci! 🙂

    1. J’ai découvert hier que la croix et le croissant était l’un des drapeaux utilisé lors de la révolte contre les Anglais en 1919.
      http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-12407793
      http://www.courrierinternational.com/article/2011/01/06/moi-journaliste-egyptien-j-accuse
      http://en.wikipedia.org/wiki/Egyptian_Revolution_of_1919
      Certains Chrétiens joueront toujours la partition « nous sommes persécutés » alors qu’il faut admettre que tout le monde (sauf les touristes et les milieux d’affaires) subit la persécution. En Irak et en Syrie ils ont soutenu à fond le régime. Ce qui se passe ici et là (fuite des chrétiens au moyen orient) est le même problème que ce qui a poussé les Juifs d’Afrique du nord vers l’exil lors des indépendances: plus éduqués et minoritaires, ils avaient travaillé avec les colons. Ils l’ont payé cher.

    2. Peut-être qu’aussi ces « juifs » et ses « chrétiens » face face aux incertitudes de l’avenir ont-ils saisit l’occasion de rejoindre, eux aussi, l’eldorado occidental,, comme les tunisiens qui débarquent actuellement en Italie.
      La révolution c’est beau chez les autres mais à écouter les télés françaises et Eric Besson on assiste à un florilège de propos dont on affuble en général plutôt Lepen et l’on sent l’inquiétude poindre de devoir demain accueillir la « misère du monde ». celle des tunisiens ou des egyptiens qui ont fait vibrer hier le téléspectateur gaumois.
      Faut-il souligner que la démocratie c’est aussi la libre circulation des biens et des personnes dont on ne prive d’ailleurs pas nos concitoyenl et il est inadmissible que des français puissent aller en vacances en Tunisie et que les tunisiens ne puissent faire de même.

  13. Sur l’Égypte, voici un article qui tranche par sa qualité, la quantités et la portée des éléments rapportés. Foin de la littérature rance et les clichés qui lassent d’un Occident qui n’est plus le « moteur » principal du monde et qui commence à être à la traine, et même court après les événements, de l’histoire et de l’actualité.
    Une chose reste en suspens, voire, à redouter, c’est la perception qu’auront et qu’ont déjà les nouvelles générations musulmannes égyptiennes, du Proche et du Moyen Orient sur le rôle que les États-Unis et Israël ont fait jouer à leur pays (c’est à dire ces mêmes pays arabes du Proche et du Moyen-Orient) auxquels les Occidentaux avaient imposés les régimes qu’ils ont subis pendant tant d’années, tels étaient leurs anciens régimes corrompus des potentats arabes compromis jusqu’au cou avec les États-Unis, Israël et l’ « Europe » « suiveuse ».
    Il est dificile d’imaginer que les sociétés arabes, qui viennent de déverminer leurs tapis, vont, par leurs gouvernements interposés et encore à se former, continuer à satisfaire les États-Unis, Israël et l’ « Europe ». Si ça devait être le cas, Israël resterait tout seul avec ses silots de bombes nucléaires…
    Gageons que les services spécialisés étatsuniens et israëliens (hum, on dirait pas) vont à présent s’acharner davantage, si possible de l’intérieur, sur l’Iran pour mettre en échec un des principaux pilier de l’Islam et faire ainsi, d’une manière ou d’une autre, le maximum de diversion en cherchant à identifier le régime iranien aux régimes des potentats arabes dernièrement déchus?
    En attendant, voici, ci-après, une profonde matière à réflexion sur ce sujet brûlant d’actualité mais touchant l’histoire et vue par la pensée classique. Cette pensée devenue si rare car elle ne se laisse pas corrompre jusque dans son entendement par le mercantilisme omniprésent et tous les travestissements idéologiques en « ismes » et autres idolâtries des époques qui se suivent. Voici l’anti- confusion:

    http://www.dieguez-philosophe.com/

  14. Des « jeunes » et des « femmes », très abondamment cités, comme une incantation, acceptons en l’augure.

  15. Leçon d’économie.
    J’ai acheté 20 € d’essence , ils sont partis en fumée pour visiter deux prospects idiots qui n’avaient pas d’argent.
    J’ai acheté 90 € de fer et je construis une machine qui va me produire 2000 € par jour d’une matière révolutionnaire.
    Lorsque vous voyez un état investir dans les infrastructures de déplacement , embaucher du personnel , faire du crédit révolver , tuez le , sinon il vous ruinera.
    L’investissement de production et de connaissance voila la seule façon de sortir le monde de la misère.
    Une graine bien entretenue vous nourrira.
    La spéculation c’est la ruine , comme la course au trésor.

  16. Il me parait prématuré d’anticiper ce qui résultera, dans quelques mois, de cette révolution.
    L’armée seule force stable et cohérente en ce début de processus, « représentée » par un « conseil suprême » ne le sait probablement pas elle même. C’est d’ailleurs certainement là qu’est la véritable chance de l’Egypte.
    Ce « conseil » va prendre le temps d’évaluer les forces en présence, de les jauger, de délimiter leurs forces et leurs faiblesses ainsi que celles de leur élaboration de programmes ou de plateformes politiques. il va délimiter ses propres marges de manoeuvre par rapport à la situation de fait nouvellement apparue. Il va mesurer les risques et les opportunités pour l’Egypte des différentes possibilités qui vont s’ouvrir.
    Nul doute que ce qui en ressortira sera à la fois dans l’intérêt du pays et dans celui de son armée, compte tenu des circonstances (comme aurait dit CDG).

    1. L’armée doit surtout penser: que faire des grabataires de l’autre côté de la mer rouge. Un journaliste d’al Arabiya a promis il y a quelques jours de faire une émission sur les implications de la révolution égyptienne pour l’Arabie saoudite. Comme il l’avait lui-même prévu, il a été licencié deux jours après.
      « Mr. El-Mirazi is fired for criticizing Al-Arabiya’s coverage of the Egyptian uprising. Mr. El-Mirazi promised the viewers of his popular show “Studio Cairo” to discuss the impact of the Egyptian revolution on Saudi Arabia. Knowing he will be let go because of the subject matter, at the end of his last taping he told his audience: “If you do not see me next week, farewell to you my dear viewers”. Shortly after his challenge to Al-Arabiya’s editorial chief, the Egyptian born TV host was fired. Al-Arabiya management chastised Mr. El-Mirazi few times before his sacking for on the air remarks critical of Saudi Arabia positions toward the Egyptian protesters. »
      http://www.moroccoboard.com/viewpoint/68/5079

  17. Il ne faut peut être pas exagérer les lacunes de la presse française ! Sans nier des comportements « paresseux », j’ai entendu beaucoup de choses très intéressantes sur I-Télé, France 2 et France Q venant de Gilles Kepel et Robert Solé. Il me semble que l’article de Paul Amar est un développé de ce que j’ai entendu.

  18. Magnifique article.

    La révolution Egyptienne, si elle réussit, pourrait être la première d’une longue série de révolutions contre le néolibéralisme et la mondialisation.

    Petit quiz :
    1. Quel pays fut le premier investisseur étranger en Egypte en 2009/2010 ?
    2. Quel pays est le premier créancier de la dette extérieure Egyptienne actuellement?

    1. Le Royaume Uni ($3,5 Mrd de flux annuel), très loin devant les Etats Unis ($1 Mrd + 0,5 de « dons ») puis la Belgique ($0,7 Mrd)
    2. La France (12,1%), juste devant le Japon (11,8%), puis l’Allemagne (11,4%)

    Comme quoi, les intérêts financiers des pays de l’Union Européenne en Egypte sont à peu près 5 fois supérieurs à ceux des Etats Unis.

    Source : banque centrale Egyptienne

    1. Merci pour ces infos de première main. On comprend mieux l’embarras européen et la tristesse du groupe Accor.
      V’la maintenant que Egypte et Tunisie demandent une aide économique en nous menaçant avec leurs boat-people ! Salauds d’pauvres… peuvent pas s’laisser piller comme les autres ?!

  19. Et s’il n’était plus vraiment possible de vivre avec un esprit plus différent de nos jours, comme sur un autre poste de travail ou de bureau, cela pourrait expliquer pourquoi les choses, les révolutions, les partis et tout ce qui s’ensuit avec, nous amène souvent à faire ce même constat des choses aussi bien en Egypte comme partout ailleurs, rien ne change vraiment en fait.

    Il est vrai que les premiers fils de Cain sur terre semblent de plus en plus exceller chacun dans leur propre domaine de prédilection, malheureusement j’ai bien peur que le monde ne court tout droit à la catastrophe, non pas parce que je prends de plus en plus plaisir et goût à voir plus de catastrophes climatiques et sociales se produire en plus à l’antenne, comme pour m’en donner davantage raison, mais parce que le monde ne semble plus guère prendre conscience d’autre chose, sans doute à cause du ryhtme de vie de plus en plus endiablé
    des premières marques commerciales de ce monde,

    Faut surtout devenir des Bêtes et des Démons de l’argent dans notre temps mais pas du tout des Anges, apparemment ce n’est pas la seule volonté de changement qui manque de nos jours, mais souvent bien plus une plus grande volonté de changement déjà dans la tranquillité et la paix à travers notre propre niveau,

    J’aimerais tant que les gens de l’Egypte, comme pour tant d’autres pays ne se laissent pas davantage conduire à l’abattoir.

    L’histoire du monde ce n’est pas non plus que le commerce et les seuls intérêts marchands ou de pouvoir en plus sur les êtres.

    Le monde ne se dirige-t-il surtout pas vers un plus grand épuisement de vouloir changer les choses ?

    Jusqu’au bout j’essaierai de faire quelque chose, d’alerter le monde avant bien sur que la technologie et la grande matrice commerciale d’un monde ne prenne le relais.

    Evidemment ce n’est pas non plus dans l’intérêt des premiers marchands d’armes sur terre,
    que les choses ne se passent autrement.

    Quel grand gachis d’énergie et de santé pour un monde déjà bien mal en point.

    1. Merci Jeanne.

      Cela rejoint donc ce que j’avais écrit : ce sont des révoltes, pas des révolutions.
      C’est, pour la Tunisie ainsi que l’Egypte, quitter une mafia pour une autre.

      Et je mets une majuscule à Mafia lorsque je ne parle QUE d’elle car la Mafia a au moins l’honnêteté de reconnaître qu’elle est malhonnête.

      La Démocratie n’existe toujours pas sur terre…

    2. @Yvan
      Relis tes classiques: on dit que Solon a inventé la démocratie en revenant d’une enquête en Egypte !
      Le pessimisme c’est mauvais pour la santé, fais gaffe !
      C’est marrant cette impatience… Pourquoi la démocratie devrait-elle être « 2.0 » comme une version de programme d’ordinateur ?
      Think positive !

    3. JEANNE.

      Le problème est que je n’ai pas de classique. Sauf l’observation des résultats d’un humain.

      Et là. Oui, LA, j’ai le résultat d’un pays qui aurait fait une « révolution » :
      http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-De-nouvelles-greves-seraient-desastreuses-pour-l-Egypte-selon-l-armee-_6346-1694482-fils-tous_filDMA.Htm
      « L’armée égyptienne a prévenu, ce mardi, que de nouvelles grèves en Egypte seraient «désastreuses» pour le pays, en pleine tourmente économique, selon l’agence officielle Mena. »

      Renseignes-toi sur l’ordolibéralisme de l’école économique autrichienne et essaie de ne pas pleurer quand tu auras découvert ce Machiavélisme.
      Car, sincèrement, j’en ai pleuré de cet esclavagisme bien feutré et d’autant plus manipulatoire.

    4. Merci pour l’article.

      On touche du doigt le socle ‘dur’ :
      « le joint-venture de communication avec Havas en Tunisie, qui gère le budget de communication de Tunisie Télécom »
      « Monsieur Marouan Mabrouk continu à gérer également ses affaires en
      Tunisie: Orange, Le Moteur (Mercedes et Fiat), la BIAT, la GAT, STIA, Géant et Monoprix, le Golf de Hammame avec son immobilier et tant d’autres. »
      « l’obtention de licence pour l’installation de Géant en Tunisie et d’une licence mobile 3G avec France Télécom. »
      « Plusieurs PDG, surtout de banques qui ont accordé au deux clan des crédits des taux préférentiels et avec peu ou pas de garanti, sont toujours en poste et sont chargé par la Banque Centrale de Tunisie, de surveiller les entreprises du clan. »
      « Concernant Orange appartenant au Groupe Mabrouk, c’est leur banque la BIAT dirigée par le frère Ismael qui est supposé surveillé Orange »

      « Les militaire qui ne sont pas au fait des affaires et du business en Tunisie ont laissé faire, avec la volonté de voir le calme revenir. »

      On voir bien toute la difficulté pour les Tunisiens maintenant de s’attaquer au socle dur du système : le système économique et financier.
      Pour rappel, j’avais écris un billet ‘Un système qui vacille’ qui décrivait combien le système tunisien était dépendant de la mondialisation libérale, économique et financière, notamment des IDE.
      Pour rappel :
      http://ambassade-tunisie.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=137&Itemid=127
      http://www.investir-en-tunisie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=8527
      http://www.africanmanager.com/articles/131598.html
      http://www.africanmanager.com/articles/131763.html

      Les tunisiens arrivent à la croisée des chemins (plus rapidement que je ne pensait).
      S’ils prennent conscience de ce système, ils seront conduits inévitablement à le remettre en cause.
      Ainsi que les intérêts économiques et financiers étrangers, en particulier français : 50% des IDE sont français.
      De TRES gros intérêts (cf. citations).

      D’où, à mon sens, ce que j’indiquais dans ma conclusion, la nécessité pour la révolution tunisienne d’être soutenue par le ‘coeur’ du système : nous.
      « Nous avons aujourd’hui besoin des médias pour nous aider à finaliser la mise en place du processus démocratique en Tunisie et ne pas laisser cette révolte finir en une révolution de palais avec la victoire d’un clan mafieux sur un autre clan mafieux. »

      La PREMIERE des choses à faire pour ces médias français seraient d’informer les français de ces intérêts en Tunisie, contraires aux intérêts du peuple tunisien.

      Qui peut relayer cet appel ?
      Est-ce que les réseaux sociaux en France peuvent le faire ?

    5. Cet article sur la Tunisie dont j’ai donné le lien a été sévèrement critiqué dans les commentaires qui l’ont suivi. Certaines personnes impliquées ont démenti et beaucoup parlent de calomnie et listent les inexactitudes. Je renvoie donc les lecteurs à la page de l’article et aux commentaires qui suivent s’ils veulent se faire une idée. Ne connaissant pas du tout la Tunisie je ne peux rien en dire.

  20. La malédiction Mubarak s’abat sur Berlusconi: sa défense dans l’affaire de cette jeune fille de 18 ans, Ruby, c’est qu’il a fait pression sur la police pour l’aider dans une affaire de vol car elle prétendait être la nièce de Mubarak et il l’a cru, et son procès est prévu pour le….. 6 avril !!
    http://www.france24.com/fr/20110126-mouvement-six-avril-mobilisation-jeunesse-egyptienne-toile-manifestation-egypte-moubarak-le-caire-ouvriers-coton

    Quelques photos de cette révolution populaire:
    http://www.flickr.com/photos/elhamalawy/sets/72157625821089247/
    http://www.flickr.com/photos/elhamalawy/sets/72157625947671262/

    1. si j’ai bonne mémoire disais-je, l’assemblée nationale issue des Etats Généraux de 1789 n’a pas été non plus élue pour écrire la constitution de 1791 : les députés avaient déjà été élus pour les Etats Généraux et ont juré serment de ne pas se séparer avant que d’avoir écris une constitution (serment du jeu de paume).
      Un processus donc différent mais qui s’explique par le fait que le ‘Raïs’ (Roi) a déjà fuit à Sharm El Sheikh (à Varennes).
      Une commission remplace donc l’assemblée nationale, elle-même suspendue puisque toute entière dévouée au régime. Puis un vote par référendum.
      Disposition importante supprimée : « L’article 189 stipule enfin que seuls le président de la République et le président du Parlement peuvent proposer des amendements constitutionnels. »
      http://www.liberation.fr/monde/01012320142-l-armee-egyptienne-donne-10-jours-a-une-commission-pour-reviser-la-constitution
      Ce qui laissera la voie ensuite à une réforme constitutionnelle par l’assemblée qui sera élue après l’élection présidentielle.
      Institutionnellement, les choses se tiennent, pour l’instant.

    1. C’était vrai et inquiétant il y a 24h, mais il semble surtout que ce soit un discours d’apaisement (pour les étrangers et pour les locaux inquiets) plus qu’une réalité sur le terrain. Au contraire, ils ont répondu favorablement à des demandes exprimées hier dans des manifs (faire tomber les têtes corrompues qui ont des salaires à 5 ou 6 chiffres) et ont remplacé déjà la quasi totalité des gouverneurs des régions.
      Peut-être que ce décret avait à voir avec le fait que les chefs « affiliés » ont fait attaquer par des voyous payés hier la manif pacifique devant l’EFTU, cf photos de Arabwi:
      http://www.arabawy.org/2011/02/15/jan25-photography-egyworkers-independent-trade-unionists-demonstrate-against-corrupt-state-backed-eftu-2/
      http://www.arabawy.org/2011/02/15/unions-9/
      Il semble que les militaires font tout pour transmettre le plus vite possible le pouvoir aux civils. C’est un boulot qu’ils ne connaissent pas et ils veulent passer à la suite. C’est en tout cas ce que pense le New York Times aujourd’hui. Le fait qu’on entende pas beaucoup ces jours-ci Amr Moussa, El Baradei etc montre qu’ils sont très occupés à mon avis. Le choix des membres du conseil de révision de la constitution est très large: des indépendants respectés, un ancien Frère musulman, un copte…
      http://www.nytimes.com/2011/02/16/world/middleeast/16egypt.html?ref=middleeast

      Rions un peu avec le Wall Street Journal grâce à cet article du Monde:
      http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/02/15/le-caire-vu-du-dow-jones_1480460_3234.html#ens_id=1470465&xtor=RSS-3208

    2. Pour faire davantage de croissance, d’argent et de richesse sur terre et donc finalement plus de sécurité en société, ils en finiront bien un jour par contraindre davantage les êtres à penser et se conduire comme tout le reste sinon couic, vous perdrez votre place, votre salaire et les moyens de subvenir plus longtemps matériellement envers vos proches, tout est quand même bien fait et bien verouillé partout, ils sembleraient même que la plupart des démocraties occidentales ne contribuent guère mieux à moins faire de tort moral et spirituel au genre humain.

      Sans doute que cela se fera par le nouveau moyen technologique à la mode, les gens se laissent parfois si facilement acheter et mener par le bout du nez comme ça de nos jours.

      Un jour vous verrez et vous vous direz et bien dis donc Jérémie était quand même vachement bien en avance sur son temps,

      Si ça se trouve le plus grand malheur de l’Egypte ce n’était pas seulement non plus qu’une seule personne contrairement à tant d’idées, mais déjà bien les personnes de son proche entourage,

      Mais comment se fait-il que les gens en veulent toujours qu’à une seule personne à la fois sur terre ?

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