LE CRÉPUSCULE DE L’EMPIRE DU SOLEIL LEVANT, par Charles Sannat

Billet invité.

Un mensonge d’état en direct

Lorsque l’on raconte aux jeunes qu’en 1986 nous avions été assez naïfs pour croire les autorités qui nous avaient affirmé que le nuage radioactif s’était arrêté à la frontière française, l’on s’attire immanquablement et à juste titre quelques rires et sourires goguenards.

Lorsque j’affirme à ces jeunes étudiants qu’ils seront peut-être à leur tour dans 20 ans la risée de leur propres enfants, la surprise laisse vite place à l’incrédulité et à une certaine forme d’inquiétude.

Reprenons les faits. Les faits ont cette fâcheuse tendance à être difficilement transformables quoique…

Le 11 mars 2011 un tremblement de terre terrible ravage le Japon, suivi d’un Tsunami dévastateur. Parmi les zones touchées, celle de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi composée de 6 réacteurs désormais en difficultés. Tchernobyl n’a connu de problème que sur 1 réacteur. On peut donc résumer la situation par Russie 1, Japon 6.

Depuis le 14 mars l’information fournie par les autorités japonaises est très limitée, parfaitement contrôlée et n’a rien à envier aux méthodes de communication de l’ex URSS.

Souvenons nous de l’accident d’une centrale nucléaire suédoise en 2006. Les opérateurs ont failli perdre le réacteur nucléaire en moins de 30 minutes à cause d’une panne des circuits de refroidissement liée à une coupure électrique (ce qui est le comble pour une centrale nucléaire censée produire la dite électricité), elle même liée à des travaux de maintenance. Les systèmes de sécurité (pour faire simple les groupes électrogènes de secours) ne se sont simplement pas mis en marche. Catastrophe assurée en moins de 30 minutes; temps nécessaire au début de fusion du cœur du réacteur d’après les articles et les experts, unanimes à l’époque sur la gravité de cette incident. Depuis 15 jours, les cœurs des réacteurs nucléaires au japon ne sont plus vraiment refroidis…. mais cela ne pose bien sûr aucun problème.

De la fumée s’échappe quasi quotidiennement de l’un ou l’autre des réacteurs endommagés, mais cela ne pose bien sur pas de problème.

De l’eau potable à Tokyo est de temps en temps impropre à la consommation, mais lorsque le lendemain plus aucun magasin ne peut fournir d’eau minérale en bouteille et que l’ensemble de la population ne peut plus être approvisionnée… l’eau redevient potable. Triste alternative que de laisser boire de l’eau irradiée, ou de laisser sa population mourir de soif.

( Voir ici. )

Bref, cet accident qui met en jeux la « survie » de réacteurs nucléaires risque potentiellement d’être plus grave que l’accident de Tchernobyl. Comme l’a indiqué le premier ministre japonais: « la situation à Fukushima est imprévisible ».

Mais reprenons notre petite rétrospective. Chacun pourra vérifier soit en faisant appel à sa mémoire (vous verrez cela fonctionne bien) soit en recherchant sur internet tous les podcasts de cette période encore largement en ligne).

Le mardi 15 mars le commissaire européen à l’énergie déclarera que c’est « l’apocalypse ».

( Voir ici. )

Les marchés financiers partout à travers la planète chutent de manière vertigineuse. Le méga krach approche à grand pas, et risquerait de faire passer la crise des subprimes de 2008 pour de la roupie de sansonnet.

Le lendemain jeudi 17, grand changement dans la maitrise et la diffusion de l’information. Un hélicoptère décolle avec quelques seaux d’eau qu’il va déverser au dessus des réacteurs fumant « au petit bonheur la chance » (re-visionnez les vidéos : vous vous rendrez compte de la grande précision de l’affaire).

Grâce à ces belles images, la Presse unanime titre dès le jeudi « Lueurs d’espoir à Fukushima ». Les marchés repartent l’essentiel est sauf (notre argent).

Les Japonais peuvent continuer à se faire irradier tranquillement.

Vous pouvez consulter avec le lien suivant une dizaine de photos aériennes de très bonne définition des différents bâtiment de la centrale de Fukushima. Elles ne sont pas très rassurantes.

( Voir ici. )

Le vendredi 18, quelques camions citerne des pompiers de Tokyo arrivent pour arroser à leur tour les ruines fumantes qui, je vous le rappelle, n’ont officiellement pas explosé. En fait si, c’étaient des énormes explosions vues par la planète entière mais sans gravité. Evidemment. C’était juste des dégazages contrôlés (hydrogène) qui ont sauté, mais rien d’alarmant les réacteurs vont très bien Madame la Marquise. Grâce à cela, la Presse unanime va pouvoir titrer: « Fukushima des progrès encourageants »!

Je vous conseille de regarder le reportage « La bataille de Tchernobyl » qui éclaire d’un jour exhaustif les risques et défis que l’ex empire soviétique a du affronter pour limiter l’ampleur de cette catastrophe nucléaire. Il est important de noter que des centaines d’hélicoptères, des milliers de véhicules blindés et plus de 500 000 hommes ont été utilisés pour construire le sarcophage autour du réacteur endommagé. A Fukushima le problème est multiplié par 6. Comment va t-on faire?

( Voir ici. )

Il y a donc une certitude au moment où j’écris ces lignes. Nous sommes face à un mensonge d’Etat majeur, auquel nous assistons en direct et impuissant. Sauf que, sauf que internet existe aujourd’hui et que nous avons plus de possibilité de nous informer. Nous vivons un vrai Tchernobyl 2.0 !!

De multiples conséquences économiques sous estimées

N’y a t-il plus d’espoir ? Sans doute pas, et étant un optimiste de nature je veux croire que des solutions pourront être trouvées. Néanmoins la pollution radioactive officielle s’étale désormais sur plus de 100 km. La capitale Tokyo est située à moins de 250 km de la centrale de Fukushima. Tout le nord du japon a été fortement endommagé sans oublier toutes les zones qui ont été littéralement rasées de la carte par le double effet du tremblement de terre et du tsunami.

Je vous conseille la lecture instructive du dernier communiqué de la CRIIRAD

( Voir ici. )

Le gouvernement français vient d’activer une cellule spéciale afin d’anticiper au mieux les pénuries de composants qui ne manqueront pas de toucher la France dès le mois d’avril entrainant sans doute certains arrêts de production et vraisemblablement des mesures de chômage technique dans certaines industries.

( Voir ici. )

Au delà des pertes en vie humaine, le coût de cette double catastrophe (naturelle et nucléaire) est très loin d’être établi et certainement à ce jour fortement minoré. Le dernier bilan évoque le nombre de plus de 28 000 morts et disparus. Il y a plus de 350 000 sans abris dans le nord-est du Japon, 70 000 personnes ont été évacuées dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Entre 20 et 30 km 136 000 autres personnes attendent d’être évacuées à leur tour puisqu’elles sont depuis plus de 15 jours confinées dans leur domicile.

Le Japon qui est la deuxième économie mondiale (ou la troisième en fonction de la façon dont on classe la Chine) est un maillon essentiel de la mondialisation. Le Japon est fortement touché et fait face à plusieurs défis majeurs :

– Une catastrophe nucléaire absolument pas maitrisée et qui peut éventuellement déboucher sur une drame en cas d’aggravation de la situation sur l’un des 6 réacteurs touchés.

– Un endettement de plus de 200% du PIB (pour comparaison l’endettement de la France est d’environ 80% et celui de la Grèce en « faillite » de 120% du PIB). Lors du tremblement de terre de Kobe l’endettement de l’état japonais n’était que de 85% du PIB environ (c’était en 1995). L’effort de reconstruction risque d’entrainer une augmentation insupportable de la dette de ce pays le précipitant vers des difficultés économiques sans précédent. Dès le 15 mai 2010 la sonnette d’alarme est tirée aussi bien par le FMI que par les agences de notation sur l’insoutenabilité de la dette japonaise à court terme voir l’article ci dessous du figaro à ce sujet.

( Voir ici. )

– Une industrie quasi à l’arrêt. Les Japonais sont les inventeurs des méthodes de flux tendus et de juste à temps qui, si elles ont convaincu le monde entier, montrent leurs limites en cas de catastrophe. L’absence totale de stocks a pour conséquence l’arrêt de nombreuses activités de production ainsi que des pénuries massives dans les rayons des supermarchés toujours vides à l’heure actuelle. Plus d’eau, moins ou pas de nourriture, coupures importantes d’électricité ne permettant plus de gérer des stocks de produits frais ou surgelés.

Concernant les grandes multinationales l’exemple du constructeur aéronautique Boeing est frappant, les industriels nippons construisant 35% de certains modèles d’avions.

( Voir ici. )

( Voir ici. )

– Une valeur de la monnaie qui explose à la hausse. Les achats massifs de yen des Japonais et entreprises, qui liquident leurs actifs à l’étranger pour les rapatrier afin de pouvoir faire face à l’effort national de reconstruction, ont propulsé la valeur du Yen vers son plus haut historique. A ce phénomène « naturel » d’appréciation de la monnaie s’est ajouté une spéculation importante des marchés sur ces anticipations de rapatriements de fonds.

La conséquence est qu’un monnaie trop forte entraine une baisse significative des exportations, une augmentation brutale de la valeur d’une monnaie ne pouvant être rapidement compensée par une hausse de la productivité surtout dans un pays ravagé par une catastrophe naturelle de cette ampleur. Néanmoins sur le moyen terme et compte tenu d’une politique monétaire expansionniste le Yen devrait retrouver un cours plus acceptable. Voir ci-dessous l’analyse de Natixis à ce sujet.

( Voir ici. )

– Le Japon est un pays avec une très forte densité de population. Beaucoup de monde mais peu d’espaces habitables. Les prix de l’immobilier y sont en moyenne parmi les plus élevés au monde. Les banques possèdent donc des encours de crédits immobiliers particulièrement importants. Dans la région de Fukushima ce sont plus de 70 000 personnes qui ont déjà été évacuées. En Ukraine à côté de Tchernobyl la ville de Pripiat est toujours une ville fantôme 25 ans après l’explosion du réacteur. Les banques n’y avaient pas de crédit. Il n’y avait que 45 000 habitants. Qu’adviendra t-il des créances des banques dans ce cas là? comment les pertes (car elles seront importantes) seront gérées? Peut-on se retrouver à nouveau avec une crise bancaire internationale au fur et à mesure que l’ampleur de la catastrophe nucléaire de Fukushima apparaitra? Imaginez l’ampleur de l’impact sur les créances immobilières en cas d’évacuation de Tokyo qui abrite 35 millions de personnes…. une situation tout bonnement inenvisageable financièrement. Le système économique ne pourrait pas ou difficilement s’en relever. C’est peut-être pour cela que la situation à Fukushima n’est plus aussi alarmante à partir du 17 mars 2011.

– le Japon est un pays vieillissant, dont la population actuelle de 127 millions décroit depuis 2005 et devrait être divisée par deux d’ici à la fin du siècle pour atteindre 60 millions d’habitants.

Or comment rembourser des dettes sans croissance économique et démographique. Mécaniquement et mathématiquement moins le nombre d’habitants est important plus la dette totale par tête est importante.

( Voir ici. )

– L’accident nucléaire de Fukushima ravive la peur du nucléaire. Aux Etats-Unis aucun réacteur n’a été construit depuis l’accident de « Three Mile Island » en 1979. Après Tchernobyl aune nouvelle centrale n’a vue le jour en URSS, il en sera de même au Japon après Fukushima. En Allemagne déjà 7 réacteurs ont été arrêtés car jugés plus dangereux.

Les seules énergies de substitutions rapides et crédibles sur le très court terme sont le Gaz et bien sur le Pétrole dont les cours pourraient être propulsés vers des sommets dans les prochaines semaines. Or les économistes s’accordent pour dire qu’un baril de pétrole dont le prix dépasse les 120 dollars entraine l’économie mondiale en récession. Au 4 avril le prix du baril de pétrole monte toujours et semble s’établir durablement au dessus des 110 dollars.

Vers une accélération des changements déjà perceptibles

Il est donc à craindre que l’ensemble des facteurs évoqués cumulés fassent courir un risque systémique global à l’économie mondiale qui pourrait avoir du mal à se remettre de l’après Fukushima et de la lente agonie que ce cataclysme nucléaire fait vivre au Japon. Nous assistons peut-être à la disparition prématurée d’une nation, au lent crépuscule d’un Empire.

Vous avez voulu sauver l’argent sur le court terme au mépris de la vie des hommes, vous perdrez les hommes et vous perdrez l’argent, car il n’est pas de richesses sans hommes.

Au fait, mêmes les huîtres risquent de déserter nos tables de fêtes de fin d’année. Touchées et décimées par une mystérieuse maladie, nos producteurs avaient commandé des naissains d’huîtres au Japon à Sendai. Les producteurs japonais sont portés disparus nos huitres aussi.

Il n’est pas encore tout à fait l’heure du bilan. Cela dit l’accident de Fukushima vient peut être de signer l’acte de décès de l’industrie nucléaire qui est une industrie dangereuse, et pour laquelle nous ne savons ni maitriser les démantèlements ni maitriser la gestion des déchets dont on ne prend pas en compte les coûts dans les prix d’exploitation de cette énergie bien plus couteuse que ce que l’on pense lorsque l’on intègre tous les coûts indirects. On ne parle même pas du prix à payer en cas de catastrophe tout bonnement insupportable aussi bien en termes financiers qu’en souffrances humaines. « L’hommo economicus  » va devoir réapprendre une certaine forme de sobriété.

Du Peak Oil à la raréfaction des matières premières, du défi agricole pour nourrir la planète au partage de l’eau (ressource en voie de disparition) le monde change.

Le cataclysme japonais va sans aucun doute hâter ces évolutions.

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154 réflexions sur « LE CRÉPUSCULE DE L’EMPIRE DU SOLEIL LEVANT, par Charles Sannat »

  1. « Vous avez voulu sauver l’argent sur le court terme au mépris de la vie des hommes, vous perdrez les hommes et vous perdrez l’argent, car il n’est pas de richesses sans hommes. »

    Jolie phrase qui illustre bien la teneur de ce billet. Les Mensonges d’Etat sont aussi les mensonges de l’Homme à lui même. Il n’est pas possible de se passer de l’électricité d’origine nucléaire et bien beaucoup de personnes au Japon vont nous prouver le contraire hélas pour elles dans des conditions dramatiques .

  2. Excellente synthèse et bonne vision des dégâts « collatéraux ».

    Pour juste ajouter à l’ambiance, les compagnies d’affrètement se refusent à mouiller dans les ports à moins de 250 Kms de la centrale (j’ai oublié les noms).
    Or, ces deux ports assuraient 30% des importations/exportations du pays.

    Et coté radio-activité, une pollution notable a été détectée en Corée du Sud et en Chine.
    Soit, à l’est et au nord, ce qui prouve que l’ensemble du Japon a été copieusement arrosé.

  3. Sur France info, c’est 11 500 litres d’eau faiblement radioactive qui a été déversé dans l’océan pacifique.

    1. ça va se diluer ………….

      d’ailleur qui se soucie de l’immense dépotoir de déchets plastiques en plein océan pacifique , loin face aux cotes des usa ?

      pas vu , pas de soucis !!

  4. Une question, Monsieur le chargé d’affaire BNP Paribas. Pensez vous que cette fois ci votre article sera lui aussi relayé par Fdesouche, comme celui célébrissime qui se finissait magistralement par « Vous avez aimé le film La Crise. Vous allez adorer La Crise II. Encore mieux, encore pire. » Je pense pas, mais allez savoir…
    fortune.fdesouche.com/30964-faudra-t-il-encore-sauver-les-banques#more-30964
    Bon avant y’avait eu le Yéti et Rue89, ok, mais dedieu ! difficile aujourd’hui de ne pas se faire récupérer par les sites-poubelles !
    Google est terrible pour ça. Entrez Charles Sannat… première page : Jorion, Yéti, Rue 89, objectiféco, bulleimmobilière, Fdesouche… Tain ! fait chier !

    1. On va le signaler Vigneron. C’était la même chose pour François. Ce n’est plus le cas après un rappel à l’ordre.

    2. Il y a quelque chose qui manque dans ce panorama catastrophiste : on reproche aux gouvernements de prendre les gens pour des crétins, mais on ne parle pas de l’expression des contre-pouvoirs, syndicats, partis d’opposition, il n’y a pas d’analyse politique. Les gens s’expriment, manifestent, qu’en est-il ?
      Je ne suis pas sûre de comprendre nettement ce que vous dites Vigneron bien que j’aie regardé qui est Charles Sannat chargé d’affaire BNP Parisbas, tombant sur le site fdesouche qui fait penser à une site d’extrême droite, avec un nom pareil. Dois-je comprendre que ce genre de site récupère systématiquement toutes les analyses radicales ? Ce qui veut dire qu’une radicalité ne se revendiquant pas explicitement d’un camp, risque de faire tourner le moulin d’adversaires, et des pires qu’on puisse imaginer ? François aussi a retrouvé ses billets dans l’autre camp ?

      1. C’est exactement cela Blandine, ce site d’extrême droite récupère les analyses partout sur le web sans le consentement de leurs auteurs.

  5. En effet, TEPCO a commencé à injecter de l’eau de mer dans le circuit primaire le 12 mars

    C’est forcément faux puisque techniquement impossible sur un REB !
    TEPCO a juste utilisé le circuit de secours, l’injection d’eau par la tubulure passive, c’est à dire dans l’enceinte de confinement : « la cavité sèche » !

    De toute façon, même si tel avait pu être le cas, ça n’aurait servi à rien. La plus optimiste des modélisations montre que le coeur d’un chargement de 95 tonnes fond à 50% en 12 heures et à 70% (donc total) en moins de 16 heures, en supposant un défaut de pressurisation !
    Une modélisation d’un arrêt total des dispositifs de refroidissement n’est pas modélisée (donc perte totale d’eau) : On n’a toujours estimé que ça ne pouvait pas arriver car on n’a jamais supposé qu’une centrale pouvait se retrouver sans aucune source d’énergie et « livrée à elle même », sans aucun opérateur pour prendre des décisions et des mesures techniques !

    Depuis, des ingénieurs ont fait des estimations. On estime aujourd’hui que les coeurs des réacteurs de Fukushima ont été « à l’air » moins de 40 minutes après le Tsunami et ont commencé à fondre dans l’heure.
    Il est probable que la « fusion critique » (qui correspond à un volume > 50%) a été atteinte dans les quelques heures qui ont suivi.

    Ensuite, le refroidissement de la cuve (par la cavité sèche) a permis de maintenir la température et donc l’intégrité des cuves quelques jours (repère ; les fumées noires).

    Il est probable que des essais de refroidissement par le bas (noyade de l’enceinte) aient été tentés sur le réacteur 2 avec les risques que l’on connait … et qui se sont concrétisés : explosion de la chambre de supression !

    1. Pourtant, les points IRSN du 13 et 15 mars sont sans ambiguïté:

      « De l’eau est injectée dans le coeur du réacteur. »

      « Selon l’exploitant, 70% du coeur du réacteur serait endommagé. L’injection d’eau de mer dans la cuve serait maintenue afin d’assurer le refroidissement du coeur qui reste cependant partiellement dénoyé. L’eau contenue dans la cuve se décharge dans l’enceinte de confinement via une soupape. »

      J’avoue que je ne sais pas, je connais peu les REB. Je suis curieux de votre retour sur ce qui est dit.

      Par contre, vous avez tort sur un fait: en accident grave, on prend bien sur en compte la perte totale des alimentations électriques, y compris des diesels de secours (Scénario H3 suivant la terminologie française). C’est d’ailleurs un contributeur important (50%) au risque de fusion coeur dans les analyses probabilistes.

    2. Oui, vous pourriez commenter, Gouwy, en référence aux transparents d’Areva,
      donnés par le site du nouvel obs de D. Leglu pour le 27 mars, il y a 33 slides, on voit à peu près qui est passé où quand.
      Je suis surpris que cette infographie n’ait pas été reprise ailleurs plus clairement.

      C’est sûr qu’on peut ajouter des p’tit gribouillis pour mettre un peu de grumeaux de la « sauce corium » dans le fond du réacteur.

      Le mécanisme des barres de contrôle SOUS la cuve est d’ailleurs un grand absent de cette infographie, …qu’on ne me dise pas que tout s’y est passé pour le mieux dans le meilleur des mondes iodés !

  6. Article alarmiste, ignorant les ordres de grandeur en jeu pour la radioactivité effectivement mesuréeet la dimension géographique, et approchant l’infâme lorsqu’il compare l’effort de transparence japonais avec l’opacité soviétique.
    A défaut de pouvoir lire la presse japonaise qui reprend de manière didactique les éléments publiés, et non de manière alarmiste en jouant avec de mauvaises traductions comme la presse française (le nouvel obs avait traduit eau dans un sous sol de la centrale par eau de nappe phréatique…) vous pouvez vous renseigner directement de la manière suivante
    Tepco publie plusieurs fois par jours des infos sur l’évolution sur place :
    http://www.tepco.co.jp/en/index-e.html
    De plus le site de l’agence nucléaire japonaise fait un effort pédagogique supplémentaire en anglais mais avec environ 24h de retard, mais en se pressant, cela se ressent à la qualité de l’anglais publié :http://www.nisa.meti.go.jp/english/

    Et bien sur l’iaea publie très régulièrement des mise à jour sur la question :http://www.iaea.org/newscenter/news/tsunamiupdate01.html

    Si vous ne liez pas l’anglais, le site de l’asn est en français: http://www.asn.fr/

    La vraie question sur le nucléaire est s’il est compatible avec la démocratie. Ce billet le prouve encore. Dans le meilleur des cas, une énergie totalement décarbonnée aura encore besoin de 25 à 30% de nucléaire.

    1. Sauf que Tepco, tout comme l’ensemble de la filière nucléaire, a un lourd passé d’opacité et pire, de désinformation.

      1. Non, Reiichido.

        Mais j’ai toujours dit que les centrales nucléaires françaises mériteraient d’être visitées.
        Et juste après la visite, tu passes un film de l’intérieur d’une centrale russe.

        Mais bon. Ca tuerait un peu définitivement leur tourisme…

  7. Même si je ne comprends strictement rien à l’économie, du moins à celle que les hommes ont voulu instaurer sur la planète, j’ai toujours pensé que ce système était un serpent qui se mord la queue. Il en est juste au point de s’avoir auto-avalé complètement, tellement bête, qu’il n’a effectivement pas compris son ineptie.

    Quant à déverser dans la mer des tonnes de radioactivité, ce n’est que la résultante du reste… des adolescents attardés qui veulent palier une catastrophe par une autre. Or la prévention, ce n’est pas remplacer une catastrophe par une autre, c’est faire en sorte que l’on n’utilise pas des éléments que l’on est incapable de maîtriser. Cela signifie est responsable. Mais comment un adolescent pourrait-il être responsable ?

    Ils ne savent même pas que la mer est source de toute vie sur la planète, ni même que toutes les mers se rejoignent, ni même que l’on n’arrête pas l’eau, ni ses habitants.

    C’est juste… consternant, nous sommes gouvernés par des enfants qui veulent absolument avoir le dernier joujou à la mode et le sauvegarder aux prix de la vie de l’humanité.

    A Genève, nous utilisons 0% d’énergie nucléaire pour l’électricité, répartie entre 85% d’hydraulique et 15% d’eco-énergie verte. C’est la preuve que c’est possible, si la volonté politique est là. Le reste de la Suisse utilise 45 % d’énergie nucléaire, dont une centrale : Muhleberg, l’une des plus anciennes de la Terre, qui elle, malgré les fissures, a été reconduite pour une utilisation de 20 ans supplémentaire contre l’avis des locaux qui n’étaient interrogés que pour avis… qui ne comptait pas. Le pays de la démocratie on dit…

    Hélas, nous avons aussi le CERN à Genève, qui se veut ville propre, une autre ineptie infantile, qui consiste à vouloir comprendre l’origine de la vie au lieu… de la vivre et de se connaître soi-même. A la première expérimentation, tous les physiciens étaient morts de peur quant à ce qui pouvait se passer. Mais les scientifiques sont comme des chats, la curiosité dépassera toujours la peur.

    Et cela pourrait être bien plus dangereux encore que toutes les centrales de la planète réunie. Juste… par curiosité.

    Honnêtement, la survie de la planète et des humains en particulier, je n’y crois plus. Le nucléraire n’est pas seul en cause, ce sont également tous ces 400 produits neuro-toxiques présents dans notre quotidien, qui altèrent le code génétique et sont responsables de toutes les maladies neuro-dégénératives. Et, bien évidememnt, personne ne veut prendre ses responsabilités par rapport à cela et reporte celle-ci sur les malades en les privant des seuls soins qui pourraient leur être utiles.

    Alors non, je n’y crois plus. Mais je crois aussi que même s’il ne restait à terme que 600’000 personnes sur Terre, celles-ci doivent avoir conscience de ces erreurs afin de ne pas les reproduire et que donc, l’information à ce sujet n’est pas vaine, tant que nous sommes en vie.

    1. @dequoijmemêle

      Ah ces suisses au dessus de tous soupçons ! tellement soucieux de la propreté de la planète ! tellement soucieux de déontologie, d’éthique et de morale ! tellement démocratiques !

      À plusieurs reprises, les Suisses se sont exprimés par votation populaire au sujet des centrales nucléaires:
      Le 23 septembre 1990, le peuple rejette l’initiative intitulée «Pour un abandon progressif de l’énergie atomique», avec 52,9 % de non. Le même jour la votation sur l’initiative populaire « Halte à la construction de centrales nucléaires (moratoire) » est acceptée avec 54,5 % de oui. Cette votation aboutit au gel des autorisations de construction de centrales nucléaires en Suisse, pour une durée de dix ans.
      La votation populaire du 18 mai 2003 a rejeté les projets Sortir du nucléaire (pour la désaffectation progressive des centrales nucléaires) et Moratoire-plus (pour la prolongation du moratoire) respectivement par 66,3 % et par 58,4 % de non.
      Le 15 novembre 2010, l’Inspection Fédérale de la Sécurité Nucléaire (IFSN) a déclaré «adéquats» les trois sites proposés (Mühleberg (BE), Beznau (AG) et Gösgen (SO)) pour la construction de trois nouvelles centrales nucléaires en Suisse, le type de réacteur reste à choisir.
      Suite aux accidents nucléaires de Fukushima de mars 2011, Doris Leuthard décide de suspendre les projets de renouvellement des centrales.

      Wiki.

      Quant aux physiciens du CERN qui auraient joué Casse-Noisettes avec leurs fondements tout en édulcorant généreusement les garriguettes au démarrage du LHC, voilà bien la preuve absolue que cet instrument de recherche était bien nécessaire et qu’il est d’ores et déjà rentabilisé. On connait désormais la nature de la matière « grise-noire », c’est la bêtise infinie, ainsi que celle de l’énergie « grise-noire », l’obscurantisme.
      Hé ! arrêtez moi si j’me trompe,, mais 600 000 survivants pour votre inéluctable désastre, soit moins d’un dix-millième de cette espèce honnie, ça nous ferait à peu près la population du canton de Genève… plus les 150 000 de ses meilleurs clients étrangers pour ses institutions financières, tellement inoffensives, tellement propres, tellement soucieuses de l’environnement, tellement sécurisées, tellement sécurisantes, tellement neutres.

      1. Quand les êtres supposés intelligents et se considérant comme tels auront conscience que leurs préjugés les poussent parfois à des raisonnements de faibles qualités, la terre ira mieux .
        Et si la terre va mieux, les plantes qui y poussent et ceux qui les consomment vont mieux …

        Les Suisses ont un petit pays , ce qui les poussent à penser autrement qu’en terme d’arrogance .
        Ce qui n’est votre cas.

    2. A Genève, nous utilisons 0% d’énergie nucléaire pour l’électricité, répartie entre 85% d’hydraulique et 15% d’eco-énergie verte. C’est la preuve que c’est possible, si la volonté politique est là. Le reste de la Suisse utilise 45 % d’énergie nucléaire

      Là, vous me faites doucement rigoler. A moins d’être connecté à un réseau local détaché de la distribution commerciale, vous utilisez nécessairement de l’électricité nucléaire. Sauf s’il n’y a pas d’interconnexion, vous ne pouvez pas dire que l’électricité produite à Genève est consommée à Genève : l’ensemble des moyens de production alimente l’ensemble des consommateurs. Ce raisonnement doit également être appliqué au niveau européen : l’Italie, qui a fermé ses centrales nucléaires après Tchernobyl, ne se prive pas d’importer de la bonne électricité atomique made in france…

      Par ailleurs, je me bidonne en pensant que l’ordinateur sur lequel vous avez tapé ces lignes contient moult composants fabriqués en Chine, donc avec de l’électricité produite au charbon, qui n’est clairement pas de l' »éco-énergie verte ».

      Et, comble de l’ironie, vous roulez peut-être dans une voiture japonaise fabriquée avec de l’électricité produite par Fukushima (et même si vous avez une allemande, une française ou une italienne, vous pouvez être sûr qu’une partie des pièces vient d’une usine japonaise).

  8. je faisais un parallèle en vous lisant cher Charles:
    c’est vrai qu’il est aussi stupide et dangereux de construire une centrale sur une faille que d’avoir misé autant sur un pays, le 2em du monde économique, voué a un big one. En plus, on le savait, tout comme Tchernobyl qui aurait du être l’Avertissement. Pareil pour la Californie du reste ,vouée elle aussi à une dévastation majeur. Je pensait avoir du temps pour anticiper les grands changements, mais non, ils arrivent plus vite que prévu. 2012 est en avance cette année…
    Je pense que pour notre civilisation, telle qu’on la connaît, il n’y aura plus de pièces de rechange, et ce très rapidement. Ce n’est peut-être pas plus mal, les gens un peu lucides pressentaient l’impasse.
    Prenons ça comme un entrainement au grand changement climatique. Mais lui, il a l’élégance de prendre quand même son temps.. Cordialement

    1. Les retards de glissement sur les failles sont connues suivant les statistiques, et l’écart type dans le temps.
      Ce n’est donc pas toute la Caliufornie, puisque la faille de San-Andreas s’est déjà détendue à San Francisco. Pas sur LA

      On attend aussi des seismes majeurs sur Tokyo ( 1 siècle déjà à un endroit où 3 plaques se rejoignent ) Ankara, la suite en Indonésie sur Java, … Pour parler de places à fortes populations. Ailleurs ? Suivez les zones de subduction ( failles glissantes ou en affrontement à manifestation montagneuse aussi ), et reporter-vous à la fréquence statistique des séismes, ainsi qu’à la date du dernier conséquent enregistré.
      Notez toutefois que Kobe était en avance sur les prévisions.

      Puis, cherchez les centrales nucléaire.

  9. Oui, la désinformation est partout ! Même dans cet article.
    Le tremblement de terre et le tsunami ont eu lieu un vendredi, la date est donc bel et bien le 11 mars et non le 14.
    Heureusement, le reste de l’article est suffisamment pertinent pour ne pas inciter à la remise en question pure et simple…

  10. Le problème de l’histoire à chaud, c’est qu’elle est un excellent outil de propagande. Les historiens minutieux, épris de faits, ne sont pas encore passés par là, l’émotion suscitée et surjouée, surtout en France (et aux états-unis), reste par contre encore prégnante.

    On peut donc reprendre les faits, les assembler dans une présentation forcément partielle, et si facilement partiale, et de cette présentation comme preuve de réalité, en appeler sans en avoir l’air à l’émotion pour que les gens aient une opinion non pas réaliste, ou personnelle, mais sucitée par les peurs, le dégoût, en croisant les thèmes du complot, des élites corrompues, de la science prométhéenne, etc.

    Cela s’appelle de la manipulation. Cet article en est un très bel exemple, et ceux qui y ont succombés l’ont écrit. Cas d’école.

    On remarquera que ce genre d’articles émane rarement de personnes au fait (justement) de la réalité avec les connaissances appropriées, qu’elles soient médicales, scientifiques, biologiques : celles-ci sont éliminées de base car les technocrates sont dans le camp de l’ennemi. Et tout connaisseur est technocrate. Donc, les seuls capables de discerner la limite de l’hypothèse et de la réalité, et de montrer où la manipulation commence, sont discrédités dès le début. Les manipulateurs connaissent leurs ennemis.

    Pourtant l’énoncé est exact, et au surplus la thèse n’est pas mauvaise : l’accident n’est pas maitrisé, les solutions se succèdent sans en être vraiment, on s’enfonce dans la durée pour une zone dangereuse, insidieusement mortifère pour quelques-uns ou beaucoup; on ne sait pas encore. Mais par exemple, la manipulation de l’information dénoncée est juste ignorante de la perception des catastrophes par les japonais, incroyablement infatuée de la présentation occidento-catastrophique et sentimentale que nous en faisons; entre autres erreurs et subjectivités qui écroulent l’ensemble.

    Paul, si vous voulez que votre blog ne soit pas un endroit d’auto-persuasion mentale d’un petit groupe voué à la critique exclusivement, à laquelle votre notoriété et votre propre mesure donnent un crédit qu’ils ne méritent pas, vous devriez soit filtrer plus, soit laisser parfois la tribune à d’autres sons de cloche. Parce que votre message fondamental, sinon, va apparaitre sectaire et brouillé, ce que personellement, je regretterai.

    1. Paul, si vous voulez que votre blog ne soit pas un endroit d’auto-persuasion mentale d’un petit groupe voué à la critique exclusivement, à laquelle votre notoriété et votre propre mesure donnent un crédit qu’ils ne méritent pas, vous devriez soit filtrer plus, soit laisser parfois la tribune à d’autres sons de cloche. Parce que votre message fondamental, sinon, va apparaitre sectaire et brouillé, ce que personellement, je regretterai.

      Vous exagérez sur le caractère « monotone » du son de cloche du blog, aussi bien pour les billets (il y eut celui de Cavard) que pour les commentaires (vous par exemple).
      Mais globalement je plussoie et aimerait bien voir ici un billet d’un physicien comme Jacques Treiner par exemple – défenseur du nucléaire civil par fonction comme par philosophie et rationaliste en diable, comme le fut son ami Charpak – qui aurait quelques petites choses intéressantes à nous dire sur le nucléaire, sur les énergie renouvelables, sur ITER, sur les choix et le débat politiques concernant l’énergie, qu’il considère comme un bien commun de l’humanité qui ne peut être laissé dans les mains du marché, de politiques nationales ni même des seuls scientifiques. En tout cas un peu plus que notre ami Gouwy, le physicien et ingénieur nucléaire officieux du blog…

      1. Vigneron,

        Le nucléaire sans le capitalisme de marché (ou d’Etat) est-il seulement possible ?
        Quel est votre avis sur la question ? A quelles conditions un nucléaire civil serait-il envisageable comme option énergétique satisfaisante ?

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