COMMENTAIRE SUR « UN CODE DE LA ROUTE POUR LA FINANCE », par Pierre Sarton du Jonchay

Le Nouvel Observateur a publié aujourd’hui une Tribune de l’économiste François Rachline « Et si on créait un code de la route pour la finance », dans laquelle il évoque une proposition qui fait écho à celle de Paul Jorion dès 2007 d’une constitution pour l’économie. Pierre Sarton du Jonchay propose ici une analyse critique de l’article du NouvelObs.

Les radars ne font pas avancer les voitures. Mais ils sont au bord des routes en dehors desquelles les voitures n’avancent pas. Si les routes existent pour faire rouler les voitures, c’est par l’existence d’une collectivité qui construit et entretient les routes. Les automobiles financières circulent grâce aux marchés que les États fabriquent par des règles collectives de négociation.

D’où viennent alors les transactions OTC ? Les automobiles financières ne sont pas des objets physiques intégrés à la réalité physique par des routes physiques. Ce sont des représentations non localisées qui choisissent leurs règles d’existence. Avec la mondialisation et la libre circulation des capitaux, une automobile financière crée sa route où elle veut et y roule comme elle veut loin de tous les radars. La finance ne pourra pas être réintégrée dans une réalité régulée par les États sans la création d’une monnaie internationale qui remplisse le vide juridique entre des souverainetés distinctes.

Paul, j’ai découvert votre commentaire qui m’a conduit à votre billet sur la constitution de l’économie. Et j’y ai relu une vérité fondamentale : la constitution de l’économie, c’est la démocratie. Ni plus, ni moins : le pouvoir en acte de chaque citoyen à échanger à égalité de droit avec n’importe quel autre citoyen. La complexité constitutionnelle de l’économie est la complexité de la démocratie à se perpétuer comme démocratie malgré la liberté du citoyen. De la même façon que certains citoyens usent de la puissance de leur discours à capter l’équilibre des lois, les économiquement riches font masse sur le marché pour simuler subjectivement la grande valeur de ce qu’ils vendent afin de déséquilibrer en leur faveur les termes de l’échange. Les deux comportements sont en causalité réciproques dans une même réalité formellement politique et matériellement économique.

La vulnérabilité au comportement humain de la constitution démocratique de l’économie s’explique par cette notion de valeur propre à l’espèce humaine. Nous étions d’accord, mardi dernier durant notre conversation, que la valeur pouvait se définir comme l’intégrale de la fonction de prix d’un objet par un sujet. La valeur dépend donc d’une fonction qui lie le prix, l’objet et le sujet. Comme le sujet humain est libre, la valeur est une réalité discrète qui ne peut être la même pour deux sujets distincts. Deux sujets distincts définissent des fonctions de valeur distinctes pour un même prix d’un même objet.

Or l’objet est une réalité sociale du langage. L’objet qui supporte un prix met l’économie dans la dépendance de la politique. Le sujet manipule tout autant la valeur qu’il intègre sur lui-même par le prix ou par l’objet. Le sujet voué à la maximisation de sa plus-value sur le prix peut tout autant travailler la matérialité de l’objet que sa formalité. Travailler la formalité de l’objet, c’est capter la discussion démocratique qui établit l’équilibre humain des lois applicables à tout citoyen. Comme le suggère l’article du Nouvel Obs, capter l’équilibre démocratique des prix c’est interdire les lois qui rendent transparentes les transactions financières. C’est bloquer l’existence de marchés qui rendent auditable dans la démocratie l’argumentation des prix par des objets.

Ce que ne dit pas l’article du Nouvel Obs, c’est que l’efficacité d’un marché dans un Etat de droit impose l’alignement des périmètres. Il faut que les radars soient au bord des routes. Or la finance et le droit sont des réalités conceptuelles qui sont synthétisées par le capital. Le capital est le prix de la relation incertaine entre la finance et le droit d’un même objet. S’il n’est pas possible d’imputer sur le propriétaire d’un capital le non respect du droit sous-jacent à un prix ou la non-conformité au droit d’un objet de prix, alors le marché des idées politiques se dissocie du marché des objets économiques. La finance joue l’un contre l’autre. La finance joue réciproquement l’économie contre la démocratie.

Un marché du bancor permettrait de doter tous les objets économiques d’un capital négocié dans des primes d’option internationales. Le marché du bancor formé par la société des démocraties rendrait les sociétés solidaires du régime d’égalité des droits par une compensation commune. Les monnaies nationales seraient cotées selon le même régime d’économie politique ajustant l’économie à la démocratie par la monnaie.

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32 réflexions sur « COMMENTAIRE SUR « UN CODE DE LA ROUTE POUR LA FINANCE », par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. La société des démocraties, n’est-ce pas une notion occidentale ? Un club qui se ferme de plus en plus ?

  2. bonsoir
    très bel article.. .. Surement , mais euh… je n’ai rien compris!! Or c’est important car:  » …j’y ai relu une vérité fondamentale : la constitution de l’économie, c’est la démocratie. Ni plus, ni moins… » Donc la démocratie est dans vos mots!!! Mais comme l’économie actuelle est incompréhensible à la majorité de l’espèce (exception faite des poissons volants… Audiard quand tu nous tiens!!!).. on se demande comment la démocratie (l’opinion d’une majorité, si je ne me trompe pas dans mes pré-requis anciens??) va se faire entendre et sur quels critères!!! Grâce aux médias?? Là on est mal puisqu’ils appartiennent , et donc sont au service des plus riches qui imposent ce que vous dénoncez!!! [Pas ce site, comme média, d’accord!!!]
    Vous proposez quoi aux poissons sans ailes, pour « faire », afin d’imposer le bancor puisque vous avez l’air d’avoir compris une vérité importante qui devrait permettre d’avancer!!
    Et je précise, il n’y a aucune agression de ma part à votre égard, simplement quelqu’un qui, même plutôt bon en math, ne comprend guère l’économie et qui est ravi qu’on ait un début de début de solution!!!
    Surtout, lorsqu’il regarde ce qui se passe aux USA actuellement avec le GOP et Ryan + Obama (via son responsable des finances Timothy Geithner).. .. On sent que le bancor est d’actualité et qu’il va apparaitre très vite!!! Car ce sont ces gens là qui dirigent l’économie mondiale – Sachs, Wall street and co donc…- NON??? Regardez ce qu’ils se préparent à imposer comme souffrances supplémentaires au peuple américain qui travaille, en dit excessivement long sur ce qui nous attend dans quelques mois ou dans 2 ou 3 ans!!! Comme la Grèce donc actuellement!! sans parler des autres états dans le monde en panique financière!!!
    Chris

    1. Evitez de vous appesantir trop sur les souffrances, vous n’y changerez rien. A part vous réjouir d’avoir
      de vous y être appesanti, ce qui ne représente pas un grand progrès.

      1. @fnur

        Evitez de vous appesantir trop sur les souffrances, vous n’y changerez rien. A part vous réjouir (d’avoir) de vous y être appesanti, ce qui ne représente pas un grand progrès.

        Et pourtant, c´est bien un point essentiel que l´économie se doit de traiter. Je fait le constat, avec presque tous sur ce blog que l´économie telle que pensée (je dirais plutôt subie) actuellement ne permet pas, et ne permettra pas de réguler correctement les affaires de l´Humanité. Il est plus qu´urgent de reprendre le flambeau de l´économie politique et de le porter haut.

        Pourquoi s´appesantir sur les souffrances humaines ?

        C´est presque un cas d´étude de la psychologie humaine, cela ressemble à un « cachez ce sein que je ne saurais voir ». Ce sein que l´on désire voir et même toucher, mais que nos passions et blocages divers nous font crier de la cacher.
        Bien évidemment que nous devons traiter en priorité de la misère et de la souffrance humaine.
        Pour de multiple raisons évidentes dont je livre quelques exemples ici :
        – nous sommes une espèce douée pour l´empathie (si, si je vous jure, relisez Paul Trehin)
        – les souffrances des autres nous renvoient à nos propres souffrances. À tel point que traiter la souffrance des autres nous est nécessaire et nous apaise.
        – Si nous étions en capacité de mesurer le désir des peuples à en finir avec les famines, les guerres (civiles, impérialistes, régionalistes, religieuses (en opposition à spirituelles), …), les injustices innombrables actuellement,.. je pense que le recours au vote serait superflus tant le consensus serait flagrant.

        Ce ne sont que de rapides exemples, mais il y a matière à développer au delà de l´intérêt dans un commentaire rapide.

        Face à ce constat d´une économie et d´une politique (prétendument séparées mais en réalité jouant les rôles popularisés sous l´expression « le gentil flic et le méchant flic ») actuelle qui faillit à traiter probablement l´aspect le plus important de l´Humanité.
        Oui, il est urgent de traiter d´économie politique et de lui fixer des buts par priorité de traitement.

        Cette économie politique doit construire la démocratie directe. La recherche de l´émancipation tant de fois tentée et tant de fois perdant la bataille ou s´égarant sur des voies erronées.
        Nous devons bâtir une véritable démocratie directe, mais en éliminant le côté gestion à l´opinion non éclairée et qui ne comprend pas et réagit par les affects plus que par la raison.
        Une démocratie populaire (réellement, pas un panonceau marketing pour vendre un système de capitalisme d´État à un peuple courbant l´échine).

        J´arrête là dans mes délires. Julien s´il vous plaît si mon commentaire est trop « barré », merci de le censurer.

        Fraternellement, Vincent.

      2. @ fnur
        la lecture du second article sur la satisfaction des salariés m´a fait penser au livre de Frédéric Lordon Capitalisme désir et servitude, ou comment réduire l´angle alpha à zéro. J´ai testé pour vous par expérience et je peux vous dire qu´on en revient amoché.
        Je ne sais si vous l´avez lu, mais je vous le conseille.

    2. @Francisco,
      Ce billet est elliptique car il renvoie au contenu de l’article du NouvelObs.com et des nombreux billets de ce Blog sur la constitution de l’économie. J’entends dans l’appel de Paul Jorion à constituer l’économie une contestation radicale de l’hypothèse actuellement dominante d’une rationalité intrinsèque à l’économie. Une rationalité qui s’imposerait à la politique et qui ne serait pas discutable. Constituer l’économie signifie au contraire que l’économie comme la politique sont des réalités constituées par la délibération humaine et ordonnées par un pouvoir constituant sans lesquelles elles disparaissent en tant qu’ordre humain de connaissance (lire Jean-Luc Morlie).

      Donc la démocratie est dans vos mots !!!

      Oui et non. La démocratie est dans les mots mais pas les miens. Sinon ce n’est plus la démocratie. C’est le problème que nous affrontons de l’économie non constituée. Vous constatez que nous ne connaissons plus l’économie, qu’elle nous a échappée : la science économique qui s’applique aujourd’hui est une gnose construite pour échapper à l’entendement du commun des mortels. La science économique récupérée dans l’activité financière a été érigée en théorie de l’anti-démocratie. Le savoir dénommé jusqu’au XIXème « économie politique » est devenu « économie » sans référencement à sa conceptualité politique.

      La finance moderne grâce à l’ultime coup de pouce de la déréglementation des années 80 a pu s’emparer totalement de l’objet économique totalement dissocié de son contexte politique. La spéculation est libre : politique et économie sont mises sur le même plan de matérialité par le nominalisme (formalisme) mathématique et juridique. La causalité finale qui humanise la politique par l’économie et l’économie par la politique est sortie de nos écrans radar. La politique n’a plus de substance et l’économie détruit l’homme par la raison du prix purement spéculatif. Politique et économie sont supplantées par le quantitativisme monétaire. La monnaie est la valeur en soi produite par le seul calcul politique et financier hors de toute économie… morale.

      Vous avez raison de vous inquiéter et de vous insurger. Nous tombons dans une trappe de liquidité qui n’a pas de fond. Ni économique, ni financier, ni politique. La trappe n’a pas de fond si nous restons dans l’anti-démocratie de l’économie non politique. Comme la finance a attiré et l’économie et la politique dans la trappe, la situation de la démocratie est périlleuse. Périlleuse si la seule mesure de la démocratie est le prix en voix de tout ce qu’elle peut décider. La démocratie est spéculative, donc sans consistance, si elle se limite à compter des voix recueillies par des bavardages sans constitution. La constitution de l’économie de la démocratie est le bien commun. Le bien est un objet moral et le commun est la démocratie : la discussion universelle, permanente et constituée de l’objet économique du bien commun.

      Ce qui vous plonge dans le désarroi, comme nous tous sur ce Blog, c’est l’invisibilité financière du bien commun. Invisibilité qui vient de la non-régulation de la finance par la démocratie ; et de l’incapacité de la science économique à constituer la monnaie par la démocratie. L’économie ne comprend plus la monnaie depuis qu’elle n’est plus politique. C’est dommage parce que la monnaie est la matérialisation économique du bien commun de la démocratie. La monnaie matérialise l’économie du bien qui résulte des finalités que l’homme s’échange dans la démocratie. Les économistes politiques du XVIII et XIXème siècle ont été tout proches de l’expliquer comme Keynes. Mais ils ont été émasculés (comme le dit Steve) par la cupidité politique et financière qui consiste justement à agir comme s’il n’existait pas de morale de la démocratie.

      Pourquoi le bancor (ou l’unitas) est la solution ? Parce qu’une monnaie internationale issue d’un marché commun des démocraties met la représentation monétaire de la mesure économique du bien commun au-dessus des intérêts particuliers de la politique, de la finance et des différentes écoles d’économie. Une monnaie mondiale issue d’un marché d’option ne fixe pas le bien commun dans une définition constitutionnelle et juridique unique ni dans une répartition statique et immuable du capital. Le bancor sous-jacent à une compensation financière régulée par le principe démocratique rend discutable par le prix, que tout être humain perçoit intuitivement, tous les biens possibles que l’humanité est capable de produire.

      Nous sommes dans une configuration géo-politique tout à fait intéressante. La ploutocratie s’est tirée une balle dans la tête avec la crise des subprimes. Elle s’effondre sur elle-même en emportant les démocraties qu’elle emprisonne par la guerre des monnaies. Tout le monde se voit mourir en même temps sans pouvoir rétablir un ordre démocratique par sa monnaie. De G20 en G20, les ploutocraties se combattent en niant la représentation matérielle des démocraties par la monnaie. Il va donc falloir que quelqu’un suggère le rétablissement d’une possibilité commune de démocratie par un étalon monétaire géré en commun.

      Ce ne sont pas les pouvoirs politiques et financiers en place qui vont passer à l’acte. Ils sont tenus par le régime de la ploutocratie. La révolution va s’opérer par la démocratie ; en l’occurrence par les élections dans les pays où elles peuvent encore se dérouler à peu près librement. Pour que cette révolution s’opère dans la démocratie, il faut se replacer dans une perspective constitutionnelle : non pas échanger des idées dont le sens est figé mais discuter du sens que chacun veut donner aux idées qu’il échange. Forger des concepts constitutionnels qui ne sont pas seulement ceux du Droit mais aussi ceux de l’économie d’option, de la logique du choix humain dans un univers matériellement limité.

      En discutant dès à présent de ce que sera l’étalon monétaire international de la démocratie, on focalise le débat politique sur les conditions économiques de la survie des démocraties. En hurlant le bancor, les démocrates obligent les candidats aux élections de 2012 à prendre position sur la condition-même d’existence de la démocratie du bien commun. La restauration de l’économie de la démocratie devient alors probable et possible.

  3. « S’il n’est pas possible d’imputer sur le propriétaire d’un capital le non respect du droit sous-jacent à un prix ou la non-conformité au droit d’un objet de prix, alors le marché des idées politiques se dissocie du marché des objets économiques. »

    CQFD, c’est pas possible. Le dire plus simplement aurait été possible cependant.

    A défaut de radar, le panneau voie sans issue fait tout autant l’affaire, et pour moins cher.

    Le marché des idées politiques fera la dissociation, pas très nouveau comme constatation, et en quoi serait ce un problème ? Les idées politiques sont toujours en deçà du réel et courent après le train en marche quitte à faire des lois( sur le déficit ) ou envisager des constitutions inter galactiques.

    Ce ne sont pas les démiurges qui referont le monde.

  4. Les démocraties peuvent-elles être populaires? Autrement dit ne parlez- vous pas simplement du pouvoir? Existe-t-il encore un pouvoir autre que financier aux Etats Unis?
    Alors les radars semblent plutôt braqués sur les barbus de l’équipe Ben Laden.

  5. Dommage que nous n’apprenions pas du passé.
    Les règlementations sont faites pour être contournés et à ce jour c’est encore la cas.
    Nous avons besoin d’une métamorphose complète de la société et de son économie.
    Une économie  » ÉCOHÉRENTE  » d’abord,dont revoici la définitionAccueil»Explorer l’écohérence»Définition de l’écohérence
    Définition de l’écohérence
    Publié le 24 avril 2011 par Yves Lusignan http://ecoherence.ca/
    Explorer l’écohérence, Métamorphoses

    « L’écohérence , c’est une posture de changement en vue de réaliser un développement durable. Elle fait l’hypothèse de trois axes sur lesquels elle s’appuie pour imaginer le chemin vers un futur durable.»

    Axe-1 : Le travail le plus important à entreprendre, pour prendre le chemin vers le développement durable, c’est de changer le cadre de référence de la croissance comme facteur de succès à celui de l’efficience.

    Axe-2 : Le changement de perspective le plus important à entreprendre, pour prendre le chemin vers le développement durable, c’ est d’accepter que nous vivons dans un contexte de rareté des ressources et que l’abondance que nous percevons dans notre société de consommation est un leurre avec une seule planète, qu’elle est , en fait, le cancer de notre société contemporaine.

    Axe-3 : Le changement de conviction le plus important à entreprendre, pour prendre le chemin vers le développement durable, c’est de découvrir que le bonheur et le plaisir de vivre ne sont pas le résultat de la consommation et qu’en fait la recherche d’efficience sociale est susceptible de produire beaucoup plus de bonheur et de plaisir de vivre en comblant mieux nos besoins de l’échelle de Maslow, notamment ceux d’appartenance avec la biosphère, avec le reste de l’humanité et avec notre communauté, puis ceux d’estime car c’est travailler à assurer l’avenir de nos enfants ainsi qu’a effectuer un retour vers les valeurs d’éthique et d’équité sur lesquelles nous pouvons bâtir une estime de soi solide et confortable.

    L’écohérence, c’est introduire dans notre vie un objectif global de rendre l’économie cohérente avec l’écologie afin d’assurer notre survie.
    Une économie basé sur l’EFFICIENCE, en opposition à une économie basé sur la croissance ,pourrait facilement être démarré où initié justement par la base de la société, on aurait la plus belle expression de la démocratie. Il suffit qu ‘un groupe important de la société s’approprie le concept et décide collectivement de l’appliquer, parce que au delà du principe, la réalisation est d’une simplicité désarmante et très possible.
    Pour en avoir une petite idée retourné au billet du 6 avril, Retour sur…..(Paul Krug….) par J.P. Pagé, allez au commentaire no.6 de Yéti et à la réponse Alain Audet. J’attends vos commentaires.
    Merci

  6. « …que la valeur pouvait se définir comme l’intégrale de la fonction de prix d’un objet par un sujet. »

    L’accélération est la dérivée de la vitesse, et la vitesse est la dérivée de la distance, par rapport au temps.

    Est-ce qu’on peut intégrer par sujet ? Si l’on pouvait faire des sommes de sentiments, Roméo serait dépassé depuis longtemps….

    Je suis un peu sceptique sur le fait de savoir si le Bancor est le Deus ex machina attendu.

    1. Vous êtes certain ? J’avais en souvenir l’inverse : en dérivant l’accélération nous obtenons la vitesse …Et en intégrant la vitesse nous avons l’accélération…

      Mais peut être la mémoire me fait défaut …

      Bon, j’irai voit tout à l’heure si quelqu’un confirme ou infirme . Sinon j’irai rouvrir de vieux livres de physique…

      Pour l’instant je suis sous le choc de ce que je viens d’entendre sur Fr. Inter et de ceux qui vantent les bonnes réformes structurelles de N.S et d’un B.Maris qui semble bine consensuel là dedans …

      Amitiés à tous .

      Bs.

      1. Par rapport au temps, la vitesse est la dérivée de la distance, l’accélération est la dérivée de la vitesse.

        C’est le problème avec les formules qu’on apprend par coeur : on finit par tout mélanger. Élève Boson, vous allez maintenant étudier le raisonnement. Vous reviendrez quand vous pourrez répondre à la question : « Quel est le second moment de la distance ? »

      2. La remarque de Paul Jorion nous raméne aux fondations du calcul différentiel et à sa réciproque, l’intégral, aux suspects infinitésimaux de l’éveque Berkeley!

      3. « Kof kof kof, teuh teuh teuh »… tiens ! ça tousse dans cette tombe de Neustädter Hof- und Stadtkirche St. Johannis à Hanovre, celle de Leibniz…

  7. Bonsoir à tous
    Constitution, code de la route pour la finance …. pour voir le jour et être appliqué, un tel concept devrait être traduit en droit et voté.
    Nous avons vu comment la loi Dodd Frank a été cémasculée par le pouvoir financier pesant sur les entrepreneurs politiques étasuniens qu’il contrôle.
    C’est là qu’il y a problème: la conquête du territoire de la loi par l’économique et la finance: beaucoup de lois votées maintenant en france sont des obligations à consommer élaborées par des entreprises financières ou économiques et passées par leurs séides politiques.- tout simplement par ce que il est désormais bien plus économique et rentable de se créer une clientèle captive par le biais d’une contrainte exercée par l’état que d’inciter le consommateur à l’achat par la publicité. De même qu’on voit les marqueurs du territoire religieux chrétien – noël, etc… qui eux mêmes avaient supplantés d’anciens marqueurs « paîens »- conquis et supplantés par des marqueurs financiers et économiques qui disent bien jusqu’à quelle profondeur la société marchande à pris le pouvoir.

    Dès lors, par quel moyens inciter les nouveaux faiseurs de lois à s’autolimiter alors que tous leurs efforts depuis des décennies se sont appliqués justement à la dérégulation totale et que de ce fait les automobiles financières ne doivent obéir , par idéologie, qu’à leurs propres règles qu’elles créent et transforment en permanence au fur et à mesure des succès de la transgression de ces règles?

    Cordialement

    Cordialement.

  8. Qu’entendons-nous par « constitution » ?

    Suffit-il de constituer démocratiquement une Assemblée Constituante, pour obtenir, en fin de travaux, une « constitution ». Quelles sont les conditions d’une approche rationnelle d’une constitution pour l’économie. Pour préciser davantage cette question, la mesure d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix proposée par Paul Jorion, est , relativement à une constitution, une disposition réglementaire découlant de principes constitutionnels encore à définir. Comment réélaborer les principes de l’économie ? Si la démarche constituante est un moment nécessaire, elle présuppose diverses conditions, à vue de nez, voici celles que je crois les plus essentielles.

    Trois conditions préalables.

    La première est de – s’inscrire dans l’histoire –, de prolonger la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en la réélaborant par l’ajout d’une perspective économique permettant d’écarter les pièges dans lesquels nous sommes tombés .

    La seconde – au niveau des valeurs – est de s’inscrire dans une armature logique reprenant les principes d’Égalité de Liberté et de Fraternité , quitte à préciser les agencements aujourd’hui nécessaires entre ces trois notions.

    La troisième – au niveau des concepts –est de redéfinir les termes de bases, « propriété » « monnaie » etc. c’est-à-dire de disposer d’une refondation des outils permettant de penser l’économie. Tant que ces travaux ne seront pas achevés, nous ne produirons pas une constitution, mais un ensemble de textes réglementaires, qui s’il devait passer dans la loi, refléterait l’état actuel des rapports de forces.

    Discuter de ces conditions me semble être, un préalable nécessaire à une démarche constitutionnelle.

    (Accessoirement, la logique constitutionnelle suppose un retour à droit rationnel qui ne soit pas lui-même une collection de règlements disparates et contradictoires adoptés « had hoc » pour la défense d’intérêts particuliers. – que vaut une constitution sans un système effectif d’application du droit : un idéal à atteindre, une utopie structurante, c’est déjà ça !

    L’idée principale de Paul Jorion concernant une constitution pour l’économie est de nous sortir de l’état de nature; le travail est immense, mais pas plus que celui des encyclopédistes du 18e. Dès lors, une constitution pour l’économie est d’abord un travail d’éducation permanente . Par exemple, l’outil de présentation graphique de Olivier Berruyer est une amorce à saisir, bien charpentée, voivi, il me semble une réflexion qui doit devenir collective – apprendre à lire les données économiques – ce travail d’Olivier Berruyer serait donc à diffuser et élaborer, dans et avec, les collèges les lycées, les universités populaires et du troisième âge, les délégations syndicales, et l’ensemble du monde associatif.

    L’élaboration de ces trois « niveaux »,par différents groupes, peut et devrait, être menée et se répondre en parallèle; selon toutes les sensibilités, mais à la condition que la nécessité de chaque niveau soit, dans le dialogue, reconnue et explicitée par les diverses instances qui mèneront ce vaste projet. La démocratie radicale est , il me semble, à ce prix; sinon, que le plus fort gagne, avec cette fois, le risque que nous en crevions tous !

  9. Les radars nous manquent à tous les étages, que ce soit la finance, la médecine à deux vitesses ou encore l’éducation…Partout nous constatons amèrement les dégâts all over the world…Alors Merci Paul et toute son équipe (super bien choisis entre parenthèse) de nous proposer une autre direction et d’élaborer un maximum travail pour sortir de cette ornière séculaire.
    J’embrasse toute l’équipe et Régoris bien sûr.

  10. Monsieur du Jonchay,

    Quelques divagations sur les intégrales et dérivées m’ont incité à essayer de transcrire votre vision de la valeur sous une forme qui pourrait être mathématique. Je trouve le résultat surprenant. Ce n’est qu’un tout premier jet sans la moindre prétention, mais votre idée sur la question pourrait tenir dans un modèle mathématique.

    L’idée est là :

    valeur = intégrale prix(objet(matérialité, formalité (discussion démocratique))) dsujet

    intégrale est prise au sens d’une somme de produits (prix par dsujet)
    dsujet désigne ici la mesure de la valeur en fonction du sujet. Elle change de sujet à sujet.

    Prix est fonction de l’objet, qui est fonction de sa matérialité et de sa formalité, qui est fonction de la discussion démocratique. L’économie de la discussion démocratique permet à la finance d’éliminer une variable implicite voireet de contrôler la variable de formalité, donc d’influencer le prix à sa guise

    L’addition d’objets dont la mesure change de sujet à sujet pose problème. Cette addition est confiée à l’état pour sa définition.

    Il faut noter l’indépendance du prix et du sujet est implicite dans le calcul intégral.
    Des sujets très puissants peuvent influencer ce calcul de façon vraiment déterminante et peser extrêmement lourd sur ce résultat.

    La toute grosse faiblesse de cette idée est que le sujet doit avoir une influence infinitésimale ou la valeur devient gigantesque. L’autre faiblesse énorme de ce « modèle » est d’arriver à ce que les mesures données par chaque sujet soient compatibles entre elles.

    Malgré ces limites sévères, je suis surpris par la facilité que j’ai eu à définir cette intégrale et ses fonctions implicites.

    Vous ne seriez pas un peu mathématicien ?

  11. @Pierre

    Tout d´abord, content d´avoir eu l´occasion de vous rencontrer (en fait être présentés), très brièvement au musée du Quai Branly. J´espère que nous aurons l´occasion de converser une prochaine fois.

    Avec votre défense du Bancor, et de ce que j´ai pu en comprendre grâce à vos travaux, vous tenez là une brique importante d´un possible futur système (je n´aime pas ce mot, j´utiliserai désormais organisation) d´économie politique.
    Cependant, au fil de vos précédents billets, quelques questions me poursuivais. Je n´arrivais pas à vous exprimer clairement ce qui me gênais dans votre approche.
    C´est ce que je disais lorsque je plaçais le bancor comme une brique dans l´édifice mais à ne surtout pas poser en premier et seule.
    Ce qu´il nous faut auparavant construire, c´est la démocratie.
    Le bancor qui semble venir sur les tablettes des gouvernants n´est pas celui que nous désirons. Il ne doit pas être confié à des intérêts privés (fut- ce sous le maquillage marketing d´un organisme international). Il doit être sous le contrôle transparent des peuples.
    Nous devons passer par cette étape avant de donner encore davantage de pouvoir à l´économie anti-politique actuelle.

    Fraternellement, Vincent.

    1. « Le bancor qui semble venir sur les tablettes des gouvernants n´est pas celui que nous désirons. Il ne doit pas être confié à des intérêts privés (fut- ce sous le maquillage marketing d´un organisme international). Il doit être sous le contrôle transparent des peuples. »…Merci de le préciser nous le valons bien!…Valons Wallon.(°!°)

  12. En quoi votre proposition diffère-t’elle de la vision des fondateurs de l’Europe qui ont voulu substituer l’économie à la politique, avec la réussite que l’on sait ? Le bancor peut résulter d’une prise de conscience politique et de l’application de mesures économiques liées à une représentation politique de la société. Je dois certainement être incapable de dépasser mon côté platonicien, mais c’est précisément la faiblesse de votre postulat, à savoir que pour mettre en place votre système et qu’il fonctionne sur la durée, il faut un Homme nouveau. Ca me rappelle quelque chose…

    1. @Nicks,
      Aristote est disciple de Platon. Penser Aristote, c’est penser avec Platon. Et le bancor est par nature un dépassement de l’euro ; le projet du bancor par nature un accomplissement du projet de l’Europe. Vous parlez à juste titre d’homme nouveau. Mais pour être nouveau, il suffit juste de voir la différence que le temps introduit en nous du passé au présent. Le seul fait de remarquer que le présent est différent du passé nous place devant une option : accepter cette différence pour la transformer dans un renouvellement que nous pensons et comprenons ou essayer d’abolir cette différence pour retenir le passé dans un présent incompréhensible. Quel choix faites-vous ?

    2. @Vincent,
      Content aussi de vous avoir entrevu et tout à fait disponible pour vous rencontrer et discuter de vive voix.

      Vous mettez la démocratie en premier. Je crois que nous partageons une même finalité. Mais si c’est une finalité, nous souhaitons qu’elle soit dicible pour être effective dans un monde où nous ne sommes heureusement pas seuls. Pour que la démocratie advienne, il faut que nous puissions parler de ses conditions. Sinon la démocratie reste une abstraction, une belle parole pour beaucoup de monde mais sans réalisation concrète. La démocratie peut être un radar au milieu des champs ; ou une route où aucune voiture ne circule ; ou une voiture qui n’avance pas. Elle peut aussi être un radar au bord d’une route où les voitures circulent à la bonne vitesse pour aller quelque part.

      La démocratie est un système au sens où elle décrit une certaine réalité concrète mue par la finalité du pouvoir politique au service du peuple en chacun de ses membres citoyens égaux en droit. Mais comme vous le dites, un système est sans réalité s’il n’est organisé ; s’il n’est mu par des organes qui produisent la valeur concrète de sa finalité dans le temps. Les organes de la démocratie sont les citoyens associés dans différents pouvoirs, législatifs, exécutifs, judiciaires et économiques. Quatre pouvoirs qui effectuent en système la transformation réciproque de la vie des citoyens.

      Vous notez que j’introduis un quatrième pouvoir politique dans la théorie classique des conditions de la démocratie. L’économie est politique parce qu’elle est une condition de fonctionnement de la démocratie. Jusqu’au XIXème siècle et à l’avènement du libéralisme politique, cela était une évidence peu discutée. Mais quand la démocratie est devenue une discussion explicite du régime de la liberté des citoyens, la liberté d’entreprendre est devenue une problématique autonome de la Loi, du pouvoir souverain et de la justice. Le capitalisme s’est progressivement affranchi de la démocratie en créant sa propre rationalité indépendante des conditions de la démocratie.

      Nous sommes désormais au sommet de cette évolution avec le capitalisme financier mondialisé. L’accumulation infinie du capital est devenue une réalité et une logique totalement autonome de la démocratie grâce à la délocalisation de la finance hors des territoires de la démocratie. Le sommet de l’économisme, abstrait de la réalité démocratique, signifie que le système s’effondre désormais sur lui-même. Il n’existe plus aucun feed-back négatif. La finalité du capitalisme financier est la plus-value calculée sur la valeur de la démocratie. Mais la démocratie n’ayant plus aucune capacité d’imposer ses propres règles de valeur, la ploutocratie fabrique les lois politiques. La ploutocratie produit les règles qui rendent la plus-value (la valeur probable du futur au-dessus de la valeur du présent) mathématiquement certaine.

      La mécanique de la plus-value financière absolument certaine est maintenant parfaitement visible puisqu’elle polarise la production politique des lois. Elle passe par la monnaie, par le crédit et l’internationalité financière du capital. L’émission monétaire requiert des titres de dette qui doivent être couverts par du capital afin d’absorber les incertitudes d’anticipation de l’avenir. La monnaie est nécessaire à la comptabilité des échanges en droit de la démocratie. Sans monnaie, il n’est plus que des droits virtuels qui ne se réalisent plus. Le capitalisme financier s’est donc mis en faillite en 2008 pour menacer de faire disparaître les dépôts monétaires.

      Les États de droit ont été obligés d’emprunter la non-faillite du système pour empêcher la disparition du stock de monnaie. Ils ont fabriqué du crédit couvert par le capital financier délocalisé dans les paradis fiscaux. La monnaie est désormais la propriété privée du capital international qui garantit les dettes des démocraties. Si les démocraties ne votent pas les lois et les budgets qui rendent les plus-values certaines, elles sont immédiatement mises en thrombose économique par la fuite des capitaux ; par l’incapacité à représenter la liquidité de la valeur des échanges humains. La démocratie est obligée de se nier pour rester liquide.

      L’appropriation de la démocratie par le capital est un phénomène de système. Elle provient de l’intelligence humaine qui produit la réalité par sa capacité à s’abstraire de la réalité. Le langage qui exprime l’intelligence humaine est l’outil de systémisation de la réalité par ses causes ; des causes qui organisent le réel par des intentions, par la logique et par la science. Le capital est une cause intentionnelle de la réalité. Le capital conforme la réalité à la plus-value. Mais le capital exprime ses intentions par sa cause logique qu’est la démocratie et par sa cause concrète qu’est la monnaie. Comme les trois causalités d’intention, de logique et de matérialité sont libres les unes par rapport aux autres, il n’est pas difficile pour le capital de s’extraire de la logique de la démocratie en s’installant en Chine et dans les paradis fiscaux pour capter la monnaie et vider la démocratie de son sang monétaire.

      Le capitalisme financier est un système formellement auto-stable : la finalité de la plus-value peut monopoliser l’intentionnalité des lois exclusivement exprimée en comptabilité monétaire. Mais ce système ne peut pas se réaliser en dehors de la démocratie : la réduction des lois et du langage par la monnaie détruit la vie humaine qui n’est pas seulement un concept. Si la démocratie fait vivre l’homme, ce n’est pas seulement parce qu’il y échange librement des biens matériels mais parce qu’il parle librement de ses intentions qui précèdent toute production matérielle de réalité. Or la liberté de la parole et de l’intention disparaît quand le langage et la loi sont achetés par la plus-value. Le capitalisme disparaît avec la démocratie qu’il achète.

      Dire que la démocratie est première, est nécessaire mais pas suffisant pour la sauver de la cupidité du capital. Il faut lui permettre d’exister économiquement hors du contrôle d’un capital que la démocratie ne contrôle pas. La démocratie n’existe actuellement que par des États nationaux qui pour rester démocratiques doivent garder leur souveraineté. La souveraineté est la possibilité de produire la réalité par une langue commune parlée entre tous ses acteurs. La réalité intentionnelle et la réalité logique sont inaccessibles sans passer par sa langue maternelle. Les lois du vivre ensemble ne peuvent être produites que par des démocraties nationales même si le vrai vivre ensemble n’est pas intentionnellement divisible entre des nationalités.

      Pour produire du vivre ensemble par des démocraties qui ne se combattent pas, il faut qu’elles aient une réalité commune. En l’occurrence la réalité matérielle de la démocratie est la monnaie contrôlable par la démocratie. Or toutes les monnaies actuelles sont la propriété du capital apatride puisqu’elles sont garanties par du capital délocalisé hors de la loi démocratique. Si les démocraties créent un marché financier commun contrôlable physiquement et verbalement par le juge indépendant dans la démocratie, elles se dotent d’un espace de légalité du capital. Un capital qui couvre l’incertitude de la valeur en droit de la monnaie.

      Le bancor est la monnaie commune des démocraties si tous les objets de prix sont contrôlables par un juge dépositaire de la justice de la valeur librement échangée. La valeur librement échangée est matérialisée par un objet réel visible. Elle est nommée et discutée dans la loi de la démocratie. Et les intentions de l’acheteur et du vendeur sont protégées par l’équilibre de la Loi qui définit le souhaitable à l’intérieur du concrètement possible. Du possible d’égale valeur pour tous les citoyens, d’égale réalité matérielle verbalisée par l’intention. DidierF montre que l’égalité de valeur des citoyens est une équation différentielle soluble par la discussion démocratique. L’égalité des droits à la valeur est donc une vue de l’esprit universellement monétisable à la condition d’un juge capable de combler le différentiel de subjectivité entre deux agents économiques en désaccord sur le juste prix.

      L’internationalité du bancor permet un jugement indépendant sur le prix des dettes publiques ; donc sur la valeur réelle des engagements publics sous-jacents aux lois. Les décisions publiques qui délimitent le marché du bancor dans le périmètre physique des démocraties sont librement évaluées par des intérêts indépendants des démocraties particulières. Le bancor dénationalise la démocratie par la liberté du citoyen de choisir la démocratie qui produit la meilleure justice de ses droits. Le marché du bancor est donc un périmètre multinational, unifié et réel où les sujets du prix sont identifiés, visibles et responsables. Physiquement responsables par leur personne et leur patrimoine appréhendables par un jugement judiciaire indépendant de tout autre pouvoir par la loi de la démocratie.

      Le marché financier commun des démocraties détruit la mystification de l’opposition capitaliste entre l’intérêt public et l’intérêt privé. Public et privé n’existent plus que par l’intérêt général à la responsabilité privé du bien commun public. Le marché enfermé dans la transparence démocratique supprime tout intérêt qui ne soit la responsabilité privée d’un bien public nécessairement commun. L’achat de la démocratie par le capital est possible parce que tout responsable public peut se faire rémunéré par un capital caché dans les paradis fiscaux hors des démocraties ; et parce que tout capital privé peut être soustrait au contrôle de la Loi par sa financiarisation, par sa titrisation au nom d’un propriétaire étranger anonyme.

      Le marché du bancor monétise la démocratie par une chambre de transparence de la valeur. Une valeur qui ne peut pas être simplement comptée sans révéler les intentions de son sujet dans une réalité contrôlée par la Loi. La compensation des prix en bancor s’opère pas des options : elle porte sur des objets nominaux soumis sans limite au jugement du juge judiciaire ; elle porte sur des prix nominaux qui forment le crédit ; et elle porte sur des primes qui forment le capital. Les compensations juridique, financière et primaire sont prises en charge par des intermédiaires distincts dont les intérêts sont disjoints en dehors de leur solidarité dans la démocratie.

      Le bancor monétise la démocratie comme représentation de l’intérêt général universel à la démocratie. En organisant le contrôle réel des débiteurs de la démocratie que sont les capitalistes, les politiciens et les scientifiques, le bancor garantit les créanciers de la démocratie que sont les citoyens, les travailleurs et les épargnants. Le marché international des options de prix nommés dans la démocratie n’élimine pas la cupidité, le cynisme et le nominalisme. Il les rend simplement visibles donc réellement optionnels. Celui qui veut la démocratie ne peut plus se faire berner par du néant verbal. Il achète la démocratie en plaçant le fruit de son travail et de son épargne dans une monnaie qui finance le contrôle effectif de sa valeur de citoyen.

      La crise de la mondialisation et de la numérisation du monde nous oblige à nous regarder tels que nous sommes pour nous choisir. Ou bien l’homme est son auto-analyse qui ne se conclut jamais dans l’unité de sa personne : il est alors à la merci de toutes les spéculations. Ou bien l’homme s’analyse par la démocratie et il peut se vivre dans l’unité de ses relations matérielles, formelles et finales. L’homme produit de son seul raisonnement est la matière du capitalisme. L’homme produit de la discussion du capital avec ses concitoyens investit sa liberté, sa réalité et sa valeur. Pour financer ses choix, il faut choisir l’autre.

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