L’actualité de la crise : AU BORD DE LA PARALYSIE, par François Leclerc

Billet invité

Il y a des jours où la brièveté s’impose : des deux côtés de l’Atlantique, il y a blocage sévère ! Aux États-Unis et en Europe, la crise des dettes publique et privée confondues ne trouve aucune solution et menace de dégénérer. Tout donne le sentiment de pouvoir basculer.

Symboles de cette double situation d’impuissance, la Fed américaine vient de conclure deux jours de réunion en avouant ne pas comprendre ce qui se passe – et en restant l’arme au pied – tandis que les chefs d’État et de gouvernement européens se réunissent ce soir en sommet, ayant prévu… de ne rien décider de tangible à propos du sauvetage financier de la Grèce, en dépit des alarmes américaine et chinoise qui les pressent.

Qualifiée d’attentisme cette véritable paralysie n’a rien de surprenant, elle témoigne de l’incapacité des autorités en charge d’opérer les mises en cause qui seules leur permettraient d’agir.

Dans ce contexte pesant, un rapport du bureau du budget du Congrès américain vient de donner un éclairage, prévoyant une explosion de la dette publique, passée de 40 % du PIB en 2008 à 70 % cette année, les projections lui faisant atteindre le chiffre de 200 % vers 2035 si rien n’est fait. On conçoit qu’empêcher cette évolution demande de prendre des décisions radicales, mais lesquelles ? Cette fois-ci, c’est bien la fin du rêve américain qui est en tout état de cause enclenchée.

Il a fallu à la Fed deux jours de réunion de son comité de politique monétaire pour décider de ne pas bouger. Prise, comme sa collègue britannique qui vient également de tenir une réunion avec le même effet, entre des signes inflationnistes et une détérioration des prévisions de croissance et du chômage. Et pour cause : ni ses injections de liquidités ni le maintien de son taux directeur au plus bas n’y font quoi que ce soit. « Nous sommes préparés à prendre des mesures supplémentaires, manifestement, si les conditions le justifient » a été le seul commentaire un tant soi peu concret de Ben Bernanke, le président de la Fed, qui a reconnu « ne pas avoir de lecture précise des raisons pour lesquelles ce rythme ralenti de croissance persiste », une manière de reconnaître que ses outils conceptuels sont aussi inopérants que ne l’est sa panoplie d’outils.

Ce n’est pas plus brillant du côté européen, si l’on un croit un nouveau cri d’alarme de Jean-Claude Trichet. Tandis que les agences de notation annoncent qu’elles vont scruter à la loupe les conditions dans lesquelles les banques pourraient participer au sauvetage financier grec, afin de conclure un défaut sur la dette au plus petit soupçon, ces dernières font entendre un silence assourdissant, après avoir réclamé de généreuses compensations. L’initiative de Vienne dont se prévalent les dirigeants politiques tend à se réduire une fois de plus à des mots.

« La plus sérieuse menace qui pèse sur la stabilité financière dans l’Union européenne vient de l’interaction entre les vulnérabilités des finances publiques de certains États membres et le système bancaire, avec des effets de contagion potentiels dans l’Union et au-delà » a déclaré Jean-Claude Trichet, au nom du Comité des risques systémiques dont il est le président. L’inquiétude pointe après les menaces, l’amenant à entrer dans le vif du sujet de la situation des banques.

Tardivement mais non sans à-propos, le régulateur européen suprême des banques, l’EBA (European Banking Authority), vient de demander aux 90 banques pour lesquelles des stress tests sont en cours de remettre leur ouvrage sur le métier et d’inclure de manière impromptue dans leurs simulations l’éventualité d’une décote de 36% sur la dette grecque.

Devant l’imminence du danger, une réunion a été improvisée avant le sommet européen, regroupant outre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Trichet, George Papandréou, Jean-claude Juncker, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso. A part réaffirmer sous une forme dramatisée de grands principes dont toute la difficulté réside dans leur mise en musique, on ne voit pas très bien ce qu’ils vont pouvoir décider.

Ils ne peuvent au mieux que boucher les trous financiers immédiats de la Grèce pour convaincre le FMI, qui se fait tirer l’oreille, de faire de même. Ils en sont là, à régler les problèmes à la petite semaine

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152 réflexions sur « L’actualité de la crise : AU BORD DE LA PARALYSIE, par François Leclerc »

  1. Une proposition de réponse qui n’en ai pas une, à François Leclerc.

    Nous pouvons évidement imaginer de bonnes solutions techniques, socialement réalisables.

    Mais force est de constater la volonté implacable de la coalition financière mondialisée, véritable empire, à ne rien lâcher qui puisse réduire un tant soit peu, ses gains et ses accumulations insensées de richesses. Cet empire s’oppose à toutes alternatives à sa domination.
    Au contraire, il considère les temps présent comme un opportuns à de nouvelles de conquêtes sur « les territoires immenses» de humanité plébéienne, aux ressources généreuse et corvéable à l’infini.
    Et comme tout empire créé après tant et tant de batailles et de saccages menés, il découvre que les « terres » conquises sont appauvrie de son fait au point de ne même plus se suffirent à elles mêmes.
    Alors perdant tout ce qui lui reste de raisons, il fuit dans le déni et croyant combattre toujours à son plus grand profit, il engage toutes ces forces, encore considérables, dans l’ultime bataille certain de la gagner avant l’hiver.
    Nous savons ce qu’il en est des empires. Leur fin est inscrite dans leur seule existence. Ils sont à eux-mêmes l’unique force capable de les détruire.
    Combien de semaines et de mois encore, à l’avancée des troupes en guenilles ?
    Pour le reste l’après empire est à construire et cela me rend à la fois optimiste et perplexe…
    J’ai idée que comme toujours c’est l’affaire de quelques personnalités hors du commun s’appuyant sur le plus grand nombre. Ainsi vont les peuples.

    PS. Je me demande souvent si je connaitrai la Grande révolution étasunienne, j’ai soixante et un ans.

    1. Sauf lorsque vous évoquez le rôle de ces « personnalités hors du commun », où je ne vous suis pas car ce qui compte ce sont les circonstances qui les produisent, je partage votre vision.

      Tant à propos des Empires qui s’écroulent que des saccages qu’ils laissent derrière eux et de ceux qu’ils ont l’intention de continuer à perpétrer sur leurs nouveaux terrains de jeu.

      Toutefois, s’ils contribuent par eux-mêmes à leurs propre fin avec une indéniable efficacité, nous en sommes témoins, cette condition est nécessaire mais pas toujours suffisante.

      1. « ce qui compte ce sont les circonstances qui les produisent »
        L’art de la guerre c’est de créer des circonstances.
        De quelle classe d’hommes « hors du commun » parlait Warren Buffet quand il nous annonçait que « sa » classe était en train de remporter la guerre ?
        Chant du cygne de la race des phoenixs ?
        Ils en ont l’age et sont condamnés à jouer « à la baisse ».
        Plus de 90 ans pour la plupart….. Tout un état d’esprit pour les « grands prêtres » de cette église.
        Khadafi les nomment « Croisés »……… Et il les combattra à ces dire « jusque dans l’au-delà ».
        Le décor est planté. Il manque encore un dernier tour de table pour boucler le budget de la production.

      2. @Pierre

        Bonjour,

        Il y a deux façons de rêver à la prolétarisation des classes moyennes

        Comment reçevez-vous cette idée? exprimée ici ?

        A+

  2. « La plus sérieuse menace qui pèse sur la stabilité financière dans l’Union européenne vient de l’interaction entre les vulnérabilités des finances publiques de certains États membres et le système bancaire, avec des effets de contagion potentiels dans l’Union et au-delà » a déclaré Jean-Claude Trichet… »

    Qui l’a convoquée, cette fameuse « menace » ?..Trichet et son petit monde de politiques, commissaires, banquiers et lobbyistes UE, tous décideurs de nos vies, tous pathologiques ultra-libéraux qui ont à toute force voulu privilégier le prêt aux banques, assécher les crédits publics de tous les États et les obliger – pour ceux qui oseraient penser encore que l’intérêt général s’incarne dans les services publics contrôlés par une collectivité nationale – à emprunter à des taux usuraires, tandis que les banques se recapitalisent à 1% auprès de la BCE ?…
    Qui a continuellement vanté le principe de subsidiarité ? Qui a hurlé pour qu’on ne fasse pas payer aux banques leur gloutonnerie ? Qui a oeuvré pour qu’on ne les nationalise nulle part ? Qui approuve avec d’hystériques tremblotements dans la voix le libre-échange et hurle au loup contre la moindre augmentation de salaire ?…

    Quand je vois ou je lis Trichet, comme cette clique de larbins du libre-échange et des USA, je n’ai pas réellement envie de passer les vacances avec eux.

  3. La situation en Grèce est insoluble, je ne vois pas ce que l’on pourrait sauver: paupérisation galopante de la population active, ceux qui peuvent quittent le pays, d’autres s’exilent à la campagne et projettent une nouvelle carrière dans le domaine agricole………
    Paupérisation, exode, corruption, népotisme à une très grande échelle, ce sont des indicateurs d’une maladie qui risque durer fort longtemps; le peuple grec n’a plus d’espoir. En même temps, on leur demande de faire des économies…… Le problème: l’adhésion à l’UE et à plus forte raison l’adoption de l’euro ont provoqué une destructuration du tissu économique du pays qui a été caractérisé, jusque là, par des PME et PME familiales. L’euro a crée des bulles, mais il n’a rien apporté au pays – sauf des dettes.

    1. Ils ont réussi le tour de force de faire détester la construction européenne.
      Quel gâchi !!!
      Qui ramasse la mise? : les partis xénophobes et racistes.
      Pour un réussite, c’est une réussite!!!
      Quelle arnaque de la part des sociaux-démocrates qui nous
      avaient vendu l’Europe sociale!
      Quel cynisme de la part des partis conservateurs qui profitent de la situation pour casser tous les acquis sociaux de l’après-guerre!
      Quel naufrage de la démocratie!

  4. Hontable et lamenteus
    que d’incompétence réunies!
    et dire que le tirage au sort serait susceptible de nommer des incompétents parmi nos représentants, mais nous y sommes déjà!

  5. Je vous alerte sur ce qui semble être un contre-feu identique à la Grèce coté financier, et qui justifierait un contrôle du net pour cause de « méchants hackers » kss kss…
    http://www.lepoint.fr/monde/les-pirates-internet-de-lulzsec-attaquent-un-site-de-la-police-de-l-arizona-24-06-2011-1345778_24.php

    Ces bons « hackers » se font une pub d’enfer en étant anti-racistes…

    Sachant que je connais un noir et un asiatique hacker, tu parles comme ils s’en foutent grave, voire, tranquille…

    Ca pue le commercial à narines fermées, cette affaire.

  6. L’impression de stagner.
    Il est fréquent d’entendre que le ralentissement actuel de l’économie américaine et des pays développés n’est qu’un incident provoqué par des chocs comme la catastrophe japonaise et les évènements du « printemps arabe ». Mais en considérant la faiblesse des économies des pays avancés, cet argument ressemble plutôt à un vœu pieux.

    Malgré la série d’évènements à faible probabilité et impact élevé qui ont frappé l’économie globale en 2011, les marchés financiers ont continué à croître joyeusement jusqu’il y a un peu près un mois.

    L’année a débuté avec une augmentation des prix de la nourriture, du pétrole et autres matières premières, faisant apparaître le spectre d’une inflation élevée.

    Ensuite, des troubles gigantesques ont éclaté au Moyen-Orient, poussant encore à la hausse les prix pétroliers.

    Après cela est survenu le terrible tremblement de terre japonais, qui a causé de graves dégâts à l’économie du pays ainsi qu’aux chaines d’approvisionnement globales.

    Enfin, la Grèce, l’Irlande et le Portugal ont perdu l’accès aux marchés financiers, et ont eu besoin de plans de sauvetage du Fonds Monétaire International et de l’Union Européenne.

    Pourtant, ce n’était pas encore la fin. Bien que la Grèce ait été renflouée il y a un an, il est à présent clair que le Plan A a échoué. La Grèce aura besoin d’un nouveau sauvetage officiel – ou par les créanciers privés-, une possibilité qui génère actuellement de fortes tensions entre les décideurs politiques européens.

    Dernièrement, des doutes concernant les déficits budgétaires insoutenables des Etats-Unis ont également provoqué leur lot de querelles politiques, menant pratiquement à une crise de gouvernement.

    Une bataille similaire gronde à présent à propos du « plafond sur la dette » américaine qui introduit le risque, si elle n’est pas résolue, d’un défaut « technique » sur la dette publique américaine. Jusqu’il y a peu, les marchés semblaient ne pas se soucier de ces chocs ; à l’exception de quelques jours durant lesquels la panique à propos du Japon ou du Moyen-Orient avait provoqué une correction, ils ont continué leur évolution à la hausse. Cependant, depuis la fin avril 2011, une correction plus persistante est en place sur les bourses mondiales, poussée par les craintes de ralentissement important de la croissance aux Etats-Unis et à travers le monde.

    Les chiffres venant des USA, du Royaume Uni, de la périphérie de la zone euro, du Japon et même des économies émergentes signalent qu’une partie de l’économie mondiale – particulièrement les économies avancées – est probablement en train de stagner, et même en train de tomber dans une seconde récession.

    L’aversion globale pour le risque a augmenté également, alors qu’il devient de moins en moins désirable de continuer à « prolonger et simuler ou « différer et prier » en Grèce et que le spectre d’une course au remboursement désordonnée des créditeurs devient de plus en plus probable.

    Les plus optimistes sont d’avis que l’économie mondiale connait seulement un moment passager de ralenti. Les entreprises et consommateurs ont réagi aux chocs de cette année en ralentissant « temporairement » leurs consommation, dépenses en capital et création d’emploi. Pour autant que les chocs ne s’aggravent pas (et quand certains auront diminué en importance), la confiance et la croissance reviendront dans le courant de la seconde moitié de l’année, et les bourses repartiront à la hausse.

    […]

    http://lecercle.lesechos.fr/node/36031

    1. Je suppose qu’on peut comparer le remboursement des dettes a un trou noir : il orbite, presque invisible, détruisant et avalant petit à petit tout ce qui s’en approche, prenant toujours plusse de puissance d’attraction, sans que rien n’en sorte jamais. Ce qui y rentre est perdu pour notre univers, ce qui n’empêche pas de subir l’attraction de sa masse.
      Tout le monde veut créer des fonds de secours, des systèmes de partage du risque, creuser la dette ici pour en rembourser une autre là quand un bout paraît trop exposé comme si c’était une solution, alors qu’on voit bien que ce n’est qu’un palliatif pour refuser de regarder le problème en face.
      Déplacer une dette d’ici à là dans le temps n’en diminue pas le volume, la puissance d’attraction du trou noir, au contraire.

      La seule façon de tuer un trou noir c’est de cesser de le nourrir, et d’attendre qu’il disparaisse par manque d’énergie. C’est un peu ce qu’avaient fait les ultra-lib avec l’état : réduire ses revenus pour l’épuiser (et faire profiter les rentiers de la dette publique). C’est certainement ce qu’il faut faire avec la dette publique et privée : refuser de payer les investisseurs financiers et les spéculateurs de dette pour les laisser crever.
      Laisser la Grèce faire faillite et laisser les dominos s’écrouler les uns après les autres sans y mettre la main. On ne s’en sortira évidemment pas en nourrissant la dette toujours plusse.
      Reste à faire comprendre la chose au public pour qu’il montre, avec énergie, aux politiques la direction à prendre.

      1. « Tout le monde veut créer des fonds de secours, des systèmes de partage du risque, creuser la dette ici pour en rembourser une autre là quand un bout paraît trop exposé comme si c’était une solution, alors qu’on voit bien que ce n’est qu’un palliatif pour refuser de regarder le problème en face. »

        Encore une fois, votre commentaire rappelle la radioactivité :
        Ce que l’on appelle décontaminer, n’est qu’un déplacement, concentration, ou dilution d’un problème qui reste lui, entier.

  7. Le processus de renflouement de la Grèce semble s’orienter vers un partage du fardeau avec les banques créancières; quelqu’un(e) a t-il des lumières sur le sujet, à savoir s’il s’agit d’un deal équitable, où bien d’un énième enfumage visant à masquer, avec de grands mouvements de menton et des trémolos dans la voie, un mix digne de la recette du pâté d’Alouette façon  » Canard Enchaîné »: le pâté d’Alouette:proportion: un cheval ( le peuple), une Alouette, ( les banques)…..

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