GRANDE CRISE : PASSER DE L’INDIGNATION À LA RECONSTRUCTION, par le Yéti

Billet invité. En ligne également sur Rue89.

Quelle rentrée, mes amis ! Mais il ne suffit plus désormais de constater le commencement de la fin d’un système moribond. Au point de délabrement où celui-ci se trouve, il semble plus judicieux qu’à notre indignation succèdent enfin des préoccupations sérieuses de reconstruction.

Problème : quelles politiques alternatives quand la seule idéologie mondiale, même moribonde, reste aujourd’hui le capitalisme financier effréné ?

Fausses pistes

Écartons tout d’abord quelques fausses pistes qui relèvent de la facilité et d’une certaine soumission à la fatalité :

  • aucun miracle à espérer des élites et des dirigeants en place : émanations d’un système qui conditionne leur propre survie, ils n’auront de cesse d’essayer de le préserver en dépit de tout, s’obstinant dans les mêmes logiques navrantes de croissance et d’une société de plein-emploi illusoire qui n’existe plus depuis plus de quarante ans (cf. les pauvres interventions de Martine Aubry en août dans Libération et le Monde) ;
  • pas de solutions internationales type G truc, pas de nouveau Bretton Wood à attendre de ces gens-là ;
  • pas non plus de réforme possible du système actuel : « on n’aménage pas un système totalitaire, on ne cherche pas à l’améliorer par petites touches, on le combat frontalement jusqu’à ce qu’il s’effondre », déclarait déjà Bernard Langlois en novembre 2005 dans Politis.

Pistes stériles

Oublions également les issues de sorties qui seraient ouvertes par la seule vertu de nos révoltes et de nos indignations :

  • La violence des émeutes d’août en Grande-Bretagne s’explique très justement par la désintégration des ultimes protections sociales qui bouleverse ce pays, mais ces explosions de colère aveugle, sans conscience politique, ne peuvent aboutir qu’à l’impasse et au rejet ;
  • les révolutions des pays arabes, les indignations galopantes en Europe, pour séduisantes et salutaires qu’elles soient, balbutient aujourd’hui faute de structures politiques abouties et de leaders ; ah, que n’ont-elles un Mandela, un Martin Luther King à leurs côtés !

À quoi bon « les révoltes sans solution » ?

Pour un front de salut public

Faute de nouveaux Mandela ou Martin Luther King, faute de solutions par des instances institutionnelles à la ramasse, nous ne pouvons plus compter que sur nous-mêmes et sur les forces vives non compromises dans ce pénible naufrage. Celles-ci existent mais ne semblent pas avoir encore pris la mesure du cataclysme :

  • il est désolant de voir des personnalités politiques intéressantes (Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan …) continuer de mener leur petit train-train chacun dans leur coin comme si de rien n’était, chipoter sur des détails pour justifier leurs chemins séparés ; il n’est pas question ici de nier les différences droite/gauche, mais de parer au plus urgent en dressant un front de salut public citoyen sans tarder et sans s’éparpiller ;
  • les nouveaux intellectuels, les journalistes qui se respectent, les Paul Jorion, Frédéric Lordon, Emmanuel Todd, Edwy Plenel, Pierre Haski, les gens d’Attac Europe… ne peuvent plus se contenter d’un rôle d’observateurs ou d’analystes distants, aussi pertinents soient-ils. Ils doivent mouiller leurs chemises, se regrouper et s’engager activement en faisant fi de leurs différences et de leurs querelles de chapelles ;
  • nous-mêmes n’avons plus le droit de nous égarer en atermoiements résignés, de constats d’échec en “je vous l’avais bien dit”.

Les crises sont propices aux grandes avancées humaines

La tâche qui nous attend est immense. Elle ne peut se résumer à quelques mesures éparses de basse cuisine. On ne reconstruit pas un monde par une vague réforme de la fiscalité ou quelques saupoudrages réglementaires de circonstances. Nous devons nous appuyer sur une cohérence, une éthique, un souffle, une philosophie de l’existence à la hauteur de nos ambitions.

Faute de réactions à temps, nous laisserons libre cours aux forces obscures qui ne vont pas manquer de se déchaîner : les tentations régressives, le repli sur soi, le rejet de l’autre ou pire, les fuites en avant guerrières. Avez-vous remarqué combien la Grande crise a épargné les complexes militaro-industriels de l’Empire agonisant ?

L’enjeu : en imposer à un totalitarisme financier en train d’imploser, avant de subir les séquelles tragiques de sa chute.

Rappelons-nous, pour nous donner du cœur au ventre, que les périodes de crises graves ont toujours été propices aux grandes avancées humaines et sociales : Révolution française de 1789, Front populaire de 1936, ordonnances du Conseil national de la Résistance de 1945… À nous de jouer. Le reste n’est que verbiage.

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213 réflexions sur « GRANDE CRISE : PASSER DE L’INDIGNATION À LA RECONSTRUCTION, par le Yéti »

  1. La première chose est d’abord d’avoir le courage de ses convictions.

    Pour qu’une révolution réussisse, il faut deux conditions selon R. Aron.

    1: Que les souffrances engendré par la révolution soient supportables aux peuple.

    2: Que les leaders soient prêt à aller jusqu’au bout, dans le meilleur comme dans le pire.

    Nous sommes loin du compte. Je crois qu’il faille s’attendre à quelque chose d’inédit dans l’histoire. Quoi ? Je crois en notre espèce pour ses capacités à saisir l’opportunisme. Dans l’évolution de la vie sur cette planète, c’est sans doute cela notre capacité à survivre. L’opportunisme !

  2. Ce qui est à la portée du citoyen lambda, c’est le vote (à condition qu’il veuille dire encore quelque chose, en Grèce antique, les élus étaient tirés au sort) et l’information sur le net et les réseaux sociaux.. Les citoyens peuvent éclairer pas mal d’agissements sombres et les faire savoir sur le net, pour augmenter le niveau de conscience et en même temps éclairer les sombres en leur montrant que les citoyens ne sont plus dupes de leurs manipulations.. Et il faut surtout se tourner vers l’intérieur de soi même pour y goûter, le calme, l’universel et la sérénité loin du bruit médiatique, rouleau compresseur assommant.. Ménagez vous quelques minutes par jour pour faire une introspection. Mettez votre mental en stand by ..

  3. A tous, veuillez commencer par sortir de votre anonymat comme je le fais ici et sur Agoravox.Rejoignez-moi dans un
    e Grande Alliance pour concourir utilement en 2012.Nous offrons le Futur,alors imaginez ce que sera demain.Les propositions de Yeti. Irri, Jorion,Leclerc,Sarton du Jonchay sont remarquables.Agissez avec moi des septembre en prenant contact avec moi sur bouchardrenaud@gmail.com
    Cordialement, Renaud Bouchard

  4. Et de quelles avancées parlez-vous puisque nous en sommes arrivé là de tout ceux là.
    Pensez vous qu’il y a erreur, et qu’il faudra corriger ces contes ou comptes.
    Il y aurait-il une inversion des sens?
    On peut à nouveau rectifier les tirs, se dire qu’on est dans l’erreur.
    Nous ne pouvons accepter notre proposition, rectifions l’angle de tire, tirons-en quelque jouissance
    L’inflation qu’elle soit humaine ou monétaire est la mise en évidence par grossissement d’un non respect des termes. La reproduction………………..CoCo
    L’anthropophagie en est une méthode

  5. Comme à son habitude le Yéti, blogueur accrédité sur Rue89, nous sert sa solution d’unité nationale. Il ne perçoit dans la lutte des classes qui s’exprime ici et là que désordre sans perspective. Quelque soient ses prières, ce ne sont guère les politiciens et les penseurs qu’il nous énumère qui inventerons l’ alternative. C’est l’action du peuple, qui a déjà rejeté les bourgeois et petits-bourgeois cités ici, qui seule peut transformer la donne et ouvrir des perspectives comme cela peut encore l’être en Afrique du nord et au Moyen-Orient où les révoltes sont loin d’être éteintes. Le Yéti, comme Paul Jorion, ont ceci de commun: le refus de prendre en compte l’action populaire.

  6. Intéressante, la dernière réaction de M. Jorion.
    Comme j’ai vu la référence du Yéti à Attac-France, je voulais signaler que j’avais, voici trois ans, participé régulièrement à des réunions d’Attac-Belgique (plus précisément Bruxelles-Nord) et que j’avais retiré mes billes après une série de discussions dont les conclusions impliquaient des positions qui auraient difficilement été acceptables par les organisations syndicales, qui sont évidemment des acteurs incontournables sur la scène belge, mais dont le caractère progressiste est parfois un peu léger. J’en ai donc tiré la conclusion qu’Attac n’était pas un acteur sérieux puisque porté à sacrifier les élaborations de son intellectuel collectif au profit de ses intérêts d’appareil : il ne s’agissait pas dans l’esprit des responsables d’un repli tactique mais d’une démarche axiologique.
    Toutefois, ayant également été militant syndical (et mandataire syndical) pendant plus de dix ans, ainsi que militant politique, en réaction à la remarque de M. Jorion, je voudrais réaffirmer ici que l’action sociale collective ne peut prétendre à l’efficace que si elle se dote d’une structure. L’histoire montre que cela implique des risques, je suis bien d’accord. Et que ce n’est pas une garantie de succès, je sais. Et qu’il n’y a rien de bien engageant aujourd’hui sur le marché de la militance politique organisée, c’est évident. Mais il faudra bien y passer pour transformer les foules en mouvement.

  7. Vous avez mille fois raison, cher Paul Jorion, de ne pas souscrire aux demandes quelque peu naïves comme celle consistant à “mouiller votre chemise” à l’instar de certains personnages de la comedia politicomédiatique cités en exemple…

    En réalité, vous êtes déjà bien présent dans des actions menées au quotidien, plus peut-être que vous ne l’imaginez. Comme cofondateur d’un Sel (système d’échange local) consistant à pratiquer, au sein d’un groupe s’élargissant chaque mois, des échanges multilatéraux de services, savoirs, savoir-faire et biens basés sur une monnaie locale non convertible en euros, d’une part, et comme acteur d’un réseau local de “villes en transition”, d’autre part, je puis vous assurer que vous suscitez et nourrissez depuis le début de votre blog ces actions concrètes.

    Bien davantage que les gesticulations des petits chefs de clans auxquels une part croissante de gens normaux dénient toute crédibilité, votre décryptage permanent (et celui de François Leclerc, entre autres participants à votre blog) donne finalement du sens aux actions de terrain.

    Il n’est pas exclu de penser qu’un phénomène de capillarité puisse finir par non seulement ouvrir les yeux et éveiller les (prises de) conscience(s), mais contribuer à nourrir les révoltes à venir, qui seront peut-être non violentes (mais loin d’être pour autant inefficaces à court ou moyen terme).

  8. J’ai fait parvenir le texte suivant au PG (à un membre de la commission économique). J’ai reçu une réponse courtoise où l’on m’expliquait que ce que j’avançais était tout à fait en phase avec la ligne défendue par le front de gauche. A ce jour, il ne me semble pas que le contenu ait véritablement été exploité. A vous d’en juger (je tiens à signaler que je ne suis adhérent d’aucun parti politique, ma démarche étant seulement guidée par un profond désir de changemement) :

    à l’attention du Parti de Gauche

    Le sarkozysme est un système qui repose sur la peur. Pour exister, il a besoin d’ennemis, de bouc-émissaires. Car sans cela, il ne pourrait dissimuler ses propres échecs, notamment en matière économique et devrait alors faire face à la fureur citoyenne. Les ennemis du sarkozysme (la plupart du temps virtuels) sont légion : il y a bien entendu les islamistes, les étrangers en situation irrégulière (on se souvient du triste épisode des Rom au cours de l’été 2010), les terroristes d’Al Qaïda ou même les fonctionnaires qui mettent en péril la note AAA de la France auprès des agences de notation. Le problème de cette rhétorique est qu’elle est politiquement efficace. Pour s’assurer une part importante des votes, il n’y a rien de mieux qu’effrayer la population, instaurer un climat d’insécurité ou monter les citoyens les uns comme les autres. Sommes-nous alors condamnés à demeurer impuissants devant cette rhétorique ou bien existe-t-il aujourd’hui un moyen de la concurrencer ? Je suis persuadé que le sarkozysme ne pourra être vaincu que par ses propres armes, c’est-à-dire la peur. Mais disposons-nous aujourd’hui d’arguments qui pourraient nous permettre de mener la bataille sur ce front ? Pour quelqu’un qui suit avec attention l’actualité de la crise, il est évident que le Parti de Gauche dispose d’arguments extraordinaires qui permettraient de concurrencer efficacement le discours libéral.

    1-Des banques insolvables

    Lorsque le 15 septembre 2008, la banque d’affaire américaine Lehman Brothers a fait faillite, les banques du monde entier étaient insolvables. Les établissements financiers étaient gavés de dérivés de crédits issus des subprimes, ces fameux prêts accordés à des ménages à faibles revenus. A la suite de l’explosion de la bulle immobilière, ces actifs ne valaient plus rien, ils étaient devenus toxiques, ils ne pouvaient plus être vendus ou échangés. Les pouvoirs publics sont donc intervenus pour éviter qu’un événement potentiellement dévastateur ne se produise : la faillite simultanée de toutes les banques. Il y a ainsi eu le plan Paulson, le plan de garantie européen, le TARP (troubled assets relief program) ; les sommes engagées furent colossales : de l’ordre de 3 à 4000 milliards de dollars. Les banques ont ensuite rapidement remboursé l’aide des états, mais sont-elles pour autant revenues en situation de solvabilité ? La réponse est bien entendu négative. Elles sont toujours dans une situation extrêmement fragile et ne doivent leur survie qu’à la volonté des gouvernements libéraux de les sauver à tout prix. Elles peuvent continuer à exercer leurs activités malgré les montagnes d’actifs pourris qu’elles détiennent pour les raisons qui suivent :
    Les banques centrales, notamment la BCE, prêtent aux banques des sommes colossales (plusieurs centaines de milliards d’euros) à un taux proche de 0%. Cet argent permet ensuite de prêter aux états et aux particuliers à des taux beaucoup plus élevés. Sans ces prêts, les banques s’effondreraient.
    Au cours de l’épisode des « Stress Tests » (tests de résistance des banques), les gouvernements ont autorisé les banques à inscrire leurs actifs toxiques hors bilan. Ainsi, la plupart des grandes banques européennes ont passé sans encombre ces tests. Deux d’entre elles, la Bank of Ireland et l’Allied Irish Bank ont pourtant fait faillite dans les mois qui ont suivi et ont du être renflouées par l’état irlandais. Ces tests, n’ayons pas peur de le dire, étaient bidons.
    En renflouant les états européens en difficulté comme la Grèce ou l’Irlande grâce au fond de stabilité financière européen (FESF), l’union européenne a en réalité une nouvelle fois évité des pertes importantes pour le secteur bancaire. En effet, si ces pays s’étaient retrouvés en situation de défaut de paiement, c’est tout le secteur bancaire qui aurait été touché et aurait enregistré des milliards de pertes. Avec ces « bailout » à l’européenne, le contribuable paie donc de sa poche le renflouement des banques alors que dans un même temps des plans de rigueur sont mis en place. En quelque sorte, le contribuable européen paie deux fois.

    Voici donc les mesures qui ont été mises en place par les pouvoirs publics pour le système ne s’effondre pas. Car banques sont toujours gavées de ces fameux actifs toxiques. Au moment de la chute de Lehman Brothers, on estimait à 60000 milliards de dollars le montant des dérivés de crédit à travers le monde, regroupés dans des produits complexes comme les CDOs. Une majorité de ces actifs étant toxiques, ils sont toujours dans le ventre des banques, car on n’éponge pas en seulement deux ans des pertes aussi colossales. Voici quelques chiffres qui illustrent mon propos :

    En janvier 2010, la Société Générale a rapatrié en France dans une structure spéciale baptisée Inter Conseil Europe 35 milliards d’actifs toxiques, hors produits dérivés ! (source : La Tribune, le Figaro). Si l’on ajoute les actifs toxiques issus des produits dérivés, on peut raisonnablement penser que l’on approche les 100 milliards.
    BPCE et sa filiale Natixis ont crée une structure appelée « Gestion Active des Portefeuilles Cantonnés » ou GAPC. GAPC détenait pour 31 milliards d’actifs pourris fin 2008, et pour environ 33,7 milliards d’euros en avril 2009.
    En Irlande, la banque National Asset Management Agency ou NAMA est créée pour purger les actifs toxiques des banques : au total, c’est 81 milliards d’euros qui seront purgés par le contribuable. Ce qui laisse encore plus perplexe, c’est que la BCE avait déjà prêté 136 milliards d’euros aux banques irlandaises, à titre de participation solidaire entre membres des pays de la zone euro. Comme la bulle immobilière avait éclaté et que cela ne suffisait pas, il a fallu une rallonge de 34,3 milliards (environ 32% du PIB) en novembre 2010 pour la seule Anglo-Irish Bank.
    Les cajas ou caisses d’épargne espagnoles sont actuellement durement touchées par l’explosion de la bulle immobilière et vont enregistrer plusieurs centaines de milliards de pertes. Comme si cela ne suffisait pas, les prêts accordés étant titrisés (c’est-à-dire transformés en titres de créance) et regroupés dans des produits financiers complexes tels que les CDOs, les banques européennes vont elles aussi essuyer des pertes.
    Le gouvernement allemand a dû intervenir pour sauver les banques du pays dont la banque Hypo Real Estate (HRE) menacée de faillite. La HRE a été nationalisée dans l’urgence après avoir pourtant bénéficié de 102 milliards d’euros de garanties au préalable.
    Fannie Mae et Freddie Mac, les deux principaux organismes de garantie du crédit hypothécaire ont déjà reçu 134 milliards de dollars lorsqu’ils ont été sauvés en 2008. L’agence de notation Standard & Poor’s a pourtant estimé en novembre 2010 que le prix du sauvetage serait finalement compris entre $280 et $685 milliards.
    Aux USA, les collectivités (villes, états) sont sur le point de se déclarer en faillite : les rentrées fiscales étant fortement réduites en raison de la forte hausse du chômage, elles sont au bord de la rupture. Une faillite simultanée de plusieurs états entraînerait bien évidemment un tsunami financier puisque le marché obligataire s’élève à $2.8 trillions !
    Les banques européennes vont également enregistrer des pertes colossales lorsque la Grèce ou le Portugal vont se retrouver en cessation de paiement.
    2-Des banques plus endettées que les états
    Il est également important de savoir que les banques sont plus endettées que les états. En 2010, la Société Générale, affiche un endettement record de 1.054 milliards d’euros, pour à peine 43 milliards d’euros de fonds propres. Le Crédit agricole ne va pas mieux, avec un endettement total de 1.620 milliards d’euros pour … 53 milliards de fonds propres. Quant à BNP Paribas, la banque qui passe pour la plus solide de France, elle enregistre 1.940 milliards d’euros de dettes (l’équivalent du PIB français) pour à peine 60 milliards de fonds propres. Ainsi, il suffirait que des créanciers ne remboursent pas 60 milliards d’euros à la BNP (par exemple le Portugal) pour qu’elle se retrouve en faillite. Le même phénomène est observable aux USA :

    2010 Q4 Bank of America JPMorgan Citigroup Total
    actions de préférence 16,6 7,8 0,3          24,7  
    total dettes réelles 2 053,2 1 949,3 1 749,0      5 751,6  
    capitaux propres réels 211,7 168,3 165,5         545,5

    3-Flanquer au peuple « une sainte frousse » salutaire
    Après la lecture de ces chiffres effroyables, toute personne normalement constituée doit être prise d’une peur panique, d’une « sainte frousse » pour reprendre une expression de Frédéric Lordon. Le système étant à ce point fragilisé, on est en droit de s’attendre à ce qu’il s’effondre à tout instant. Les conséquences de cet effondrement seraient potentiellement aussi dévastatrices qu’une explosion atomique : faillite des banques, disparition de l’épargne, dépression économique, explosion du chômage à plus de 20%, non paiement des fonctionnaires, fin des prestations sociales… Ce tableau n’est absolument pas caricatural. Je rappelle qu’après la chute de Lehman Brothers, les banques étaient toutes en état de mort clinique. A quelques jours près et en l’absence de réaction des pouvoirs publics, les distributeurs se seraient arrêtés de fonctionner. Comme je viens de vous le montrer, cela peut se reproduire en raison de l’extrême fragilité du système financier.
    Il faut donc saisir l’occasion historique qui se présente et se servir de l’insolvabilité bancaire comme argument électoral. Je vous ai expliqué qu’à mon sens, le sarkozysme était un système qui reposait sur la peur et qui ne pourrait être vaincu que par la peur. Nous avons désormais les arguments suffisants pour le vaincre sur ce terrain. Car lorsque les électeurs auront pris connaissance des éléments que je viens de citer, l’équation sera alors relativement simple et pourra être déclinée en ces termes :
    Le Parti de Gauche ou la destruction de la république.
    Le Parti de Gauche ou la disparition de mon épargne.
    Le Parti de Gauche ou le chômage…
    Il faudra bien entendu prendre soin de se présenter comme le seul parti capable de mettre un terme à la crise et de protéger les citoyens. Pour cela, les solutions sont assez simples. On constate qu’aux USA et en Europe, la relance et l’austérité ne fonctionnent pas car on ne s’attaque pas à l’essentiel, c’est-à-dire le besoin gigantesque des banques en liquidité du fait de leur insolvabilité. Pour mettre un terme à cette crise de la solvabilité, il faut effectuer une relance de type keynésienne, tout en prenant soin de restructurer le secteur bancaire en créant des « good banks » et des « bad banks ». Les « good banks », structures nationalisées, seraient
    créées à partir de l’argent des déposants, les « bad banks » seraient créées à partir des actifs toxiques détenus par les actionnaires. Dans ce cas de figure, les actionnaires sont les grands perdants.
    4-Aller encore plus loin dans la révélation de l’ignoble
    Effrayer les électeurs risque de ne pas suffire. Il faut aller encore plus loin, il faut les encourager à s’indigner, à cultiver l’esprit de la résistance. Pour cela, il est nécessaire d’aller plus loin encore dans la révélation de l’ignoble. C’est ainsi que je désire revenir sur les 35 milliards d’actifs toxiques rapatriés en France par la Société Générale. Je tiens cette information de la Tribune et du Figaro. Les articles de ces quotidiens faisaient état de ces actifs toxiques mais également d’un dispositif particulier. Je cite la Tribune :
    « Hors produits dérivés, ces actifs risqués et illiquides présentent, selon nos informations, une valeur nominale de 45 milliards d’euros, pour une valeur comptable, après provisions, de 35 milliards (…) l’opération permettra en outre une intégration fiscale totale, alors que certains de ces actifs sont aujourd’hui localisés à New-York, Londres et même Sydney. En clair, Société Générale pourra ainsi défalquer les pertes liées aux actifs toxiques de son résultat imposable en France. »
    En clair, le dispositif permettra à la Société Générale d’éponger ces 35 milliards grâce à des déductions d’impôts, ce qui bien sûr manquera à l’état français et creusera encore plus la dette. Vous aurez également remarqué que ces actifs toxiques ne concernent pas les produits dérivés. Si l’on considère que les produits dérivés constituaient l’essentiel des transactions avant 2008, alors il y a fort à parier que la Société Générale détient aux environs de 100 milliards d’euros d’actifs toxiques. Selon la stratégie bien établie visant à socialiser les pertes, ce sont très certainement €100 milliards que le contribuable français devra éponger. Ainsi, que ce soit en France ou à l’étranger, nous vivons le plus grand transfert de l’humanité de la dette privée vers la dette publique. Cette situation intolérable et indigne d’une république et doit cesser.
    Mais cela n’est pas tout, comme je vous l’ai expliqué en préambule, la BCE inonde de liquidités les banques européennes. M. Trichet, gouverneur de la BCE, parlait ainsi « d’addiction des banques aux liquidités ». C’est ainsi plus de 1000 milliards d’euros qui ont été prêtés au secteur bancaire depuis 2009. Le schéma est alors le suivant : la BCE prête à des taux proches de 0% aux banques qui prêtent ensuite aux états à des taux souvent prohibitifs, ce qui place certains pays comme la Grèce ou l’Irlande dans des situations intenables. Il faut savoir que la BCE n’a pas le droit de prêter directement aux états. Cette clause constitutionnelle appauvrit donc les états qui doivent emprunter à des taux exorbitants. En clair, l’Europe de Lisbonne protège de façon sacrilège les établissements bancaires et laisse mourir les états.
    On terminera cette rubrique en parlant de la dette des états et des pressions exercées par les agences de notation pour que les états conservent leur note « AAA » permettant d’emprunter à bas taux sur les marchés. Le chantage est simple, il s’agit de dire austérité contre « AAA ». Les gouvernements, dont le gouvernement français, ont gentiment obtempéré. Il s’agit pourtant d’une ingérence ignoble d’une entité non souveraine dans les affaires de l’état, ce qui est contraire à la constitution :
    Article 3 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »
    En ce sens, l’obéissance aveugle aux oukases de la finance doit constituer un puissant moteur d’indignation et doit inciter le peuple à se réaccaparer la question économique.
    5-Une nouvelle rhétorique
    L’état des banques est déplorable et représente une menace pour la société. Tout d’abord parce que leur possible effondrement risque de détruire le corps social et les structures de la république, mais également parce qu’elles n’ont aujourd’hui aucune fonction sociale. En raison de leur extrême fragilité, le crédit est rare et particuliers et entreprises ne peuvent y accéder facilement. Ainsi, les banques privées sont la négation même de l’esprit d’entreprise, de la créativité, de l’innovation. En ce sens, pour séduire le maximum d’électeurs, il faut expliquer que les banques représentent aujourd’hui l’ennemi de l’entrepreneur (on fera remarquer à cette occasion que la mauvaise gestion du Crédit Lyonnais n’a jamais mis en péril l’économie française comme à l’heure actuelle).
    Il ne faudra pas non plus hésiter à dénoncer les ravages de la politique libérale en faveur de la finance et des banques. En étant inondées de liquidités par la BCE en Europe ou par la Fed aux USA (grâce à l’assouplissement quantitatif), les banques spéculent plutôt que de financer l’économie. Cela a pour conséquence la hausse du cours des matières premières et des denrées alimentaires. La première représente un danger important pour une économie en plein marasme, la deuxième, celle des denrées alimentaires, est proprement inqualifiable et devrait être interdite. Ainsi toute personne pratiquant la spéculation ou soutenant le système qui lui permet de se développer doit être considérée comme responsable d’un crime contre l’humanité. Et c’est sur ce point que je souhaite insister : pour faire une percée, le PG ne doit pas hésiter à adopter une rhétorique très dure, assimilant systématiquement le système ultralibéral aux systèmes totalitaires. En ce sens, on pourra qualifier le gouvernement qui soutient les spéculateurs de génocidaire ; il faudrait également signaler aux électeurs que voter pour un des partis soutenant la libre circulation des capitaux, c’est condamner quelqu’un à la faim.
    Autre exemple de la rhétorique nouvelle qui pourrait être employé : on pourrait comparer le démantèlement de l’état actuel au démantèlement des états d’Amérique du Sud dans les années 70 et 80 lorsque les juntes sont arrivées au pouvoir au Chili ou en Argentine. Car le gouvernement actuel n’a qu’un but : l’enrichissement d’un nouveau type d’aristocratie et la planification de la misère pour les autres, comme au Chili et en Argentine. On pourra ainsi qualifier le gouvernement de « junte libérale ».
    Conclusion
    La politique du pire qui vise à soutenir la finance par tous les moyens et à demander au peuple tous les sacrifices a vécu. Les arguments que je viens de mettre en avant, notamment l’insolvabilité des banques, doivent être utilisés pour gagner la bataille des idées et rendre le parti de gauche incontournable. Mais il faut agir vite. La situation internationale se dégrade à très vive allure et il faut exploiter au plus vite la situation. Si un des PIGS se déclare en cessation de paiement –et tous les experts s’accordent à dire que cela va arriver- ou si la bulle immobilière espagnole explose, les banques vont se retrouver dans une situation critique et le tsunami financier tant redouté va arriver. Si l’opinion publique n’est pas préparée à cela, c’est L’UMP qui en retirera les bénéfices et qui imposera le démantèlement sauvage de l’état. Car c’est toujours ce qui se passe en cas de crise, comme l’explique Naomi Klein dans son livre La stratégie du choc : lorsqu’il y a une catastrophe, qu’elle soit naturelle ou économique, les ultra-libéraux imposent toujours une thérapie de choc visant à brader les actifs publics. Il faut donc dès maintenant faire campagne sur le thème de l’insolvabilité des banques pour montrer aux électeurs que le Parti de Gauche est le seul parti crédible, le seul capable de former un gouvernement qui mettra un terme à la crise. L’insolvabilité des banques est en outre un puissant motif d’indignation, capable de ressusciter l’esprit de la résistance, pour reprendre l’expression de Stéphane Hessel. Je vous demande donc de transmettre mes suggestions à la direction du Parti de Gauche. Il en va à mon sens de l’avenir de notre démocratie.

    PS : Comme l’explique le yéti, ces arguments auraient des chances d’être entendus s’il étaient portés par quelqu’un comme Paul Jorion.

    1. Le Parti de Gauche ou la disparition de mon épargne.

      (Sic)…
      J’va m’coucher té ! vaut mieux…

    2. “Le sarkozysme est un système qui repose sur la peur.”

      Le “sarkozysme” n’est pas un système. Un “système” quel qu’il soit repose sur des idées ou des principes, et s’inscrit toujours dans la durée. Le capitalisme pour ne citer que lui est un système.
      Sarkozy n’est qu’un pantin. Il est éphémère. Nul besoin pour lui de susciter la peur, il n’est pas un dictateur (d’ailleurs se cherche-t-il rassurant au contraire) Il n’est au pouvoir que “mandaté” par un système qui cherche à sauvegarder voire renforcer son pouvoir et ses privilèges.
      Pour que le “sarkozysme” existe encore faudrait-il que Sarkozy ait des idées….
      La peur s’entretient toute seule. Elle n’est que le résultat de la perte des idéologies et donc de buts. Enlève toute perspective d’avenir radieux ou du moins rassurant, et tu mettras devant les yeux de l’humain le spectre de sa propre mort. D’où la peur.
      Il a bien tenté de donner de “l’espoir” non ? Un semblant tout du moins ! Pour les dupes (“gagner plus” ah!!!!)

  9. Tout ceci est bel et bon, je suis d’accord avec Yeti aussi bien qu’avec les commentateurs qui lui reprochent d’être un journaliste révolutionnaire de salon.
    Depuis le début de la crise en 2008, et en lisant ce blog, je me demande:
    Au fond, QUE VOULONS_NOUS?
    N’est-ce pas le moment de se poser la question, plutôt que celle de savoir si Machin serait un meilleur candidat que Truc en 2012 parce que Machin-y-dit-que blablabla alors que Truc-y-dit-que? De Truc de Machin comme de Tartempion, on s’en bat les rognons! Laissons-les jouer à colin-tampon ou à qui veut gagner des millions..
    Et revenons à nos moutons: que veut-on? Je veux dire, collectivement, qu’est-ce qu’on veut?
    Quelle vie voulons-nous? D’accord, on est tous d’accord pour dire que ça, on n’en veut plus, de ce capitalisme, de ces destructions. Oui, mais concrètement, là, maintenant que voulons-nous?
    Comment voulons-nous vivre? C’est quoi une bonne vie?
    Alors on pourrait faire des listes. Une liste d’indignations, c’est un début, d’accord, comme des cahiers de doléances.
    Et puis une liste de ce que nous voulons. Ce n’est pas une utopie: notre volonté est ici et maintenant.
    Pour commencer, une liste écrite par des enfants de neuf-dix ans:

    NOUS VOULONS
    NOUS VOULONS DESSINER L’AMOUR
    NOUS VOULONS ÉMERVEILLER LES PLANTES
    JOUER AVEC LE FEU
    DÉCOUVRIR LA LIBERTÉ
    NOUS VOULONS APPRENDRE À LIRE À UN CHIEN
    NOUS VOULONS VOYAGER À BORA – BORA
    NOUS VOULONS AIMER LES ANIMAUX DE LA FORÊT D’HABERT
    NOUS VOULONS DANSER AVEC LES VACHES
    NOUS VOULONS BRISER LA GLACE
    RESPECTER LA VIE
    NOUS VOULONS FLOTTER DANS L’OCEAN PACIFIQUE
    GRAVER UNE GROSSE FORÊT
    ENSOLEILLER LE COQ ÉPAIS
    SAUTER DANS UN BAIN DE ROMANTISME
    COURIR LE MATIN À OUAGADOUGOU
    NOUS VOULONS MÉTAMORPHOSER LE VILLAGE
    NOUS VOULONS FLEURIR LE SPÉCTACULAIRE
    NOUS VOULONS CREUSER LA CAMPAGNE
    NOUS VOULONS BRISER L’EAU
    NOUS VOULONS FAIRE LES ARTISTES MIGNONS
    NOUS VOULONS MANGER POUR LE PLAISIR
    NOUS IMAGINONS L’ARGENTINE SUR LE TOIT
    NOUS SOMMES TOUS DES GENS
    NOUS SOMMES TOUS DES MAMMIFÈRES
    DES COUSINS DES PARENTS DES ENFANTS
    NOUS SOMMES TOUS DES ANIMAUX
    DES PETITS RIGOLOS VIVANTS INTELLIGENTS
    EXTRAORDINAIRES COMME DES CASQUES
    JOYEUX COMME DES BATEAUX À L’ORÉE DU BOIS
    RONDS COMME DES PAPILLONS CHINOIS
    BONS COMME DES ANGUILLES

  10. @ Le yeti
    Merci pour cet article; je cherchais à écrire quelque chose de semblable , mais je n’ai pas le talent nécessaire ;
    @ paul jorion
    Pierre-igor a raison ; je lis les billets ainsi que les commentaires publiés dans ce blog depuis peu et j’atteste que vous avez réuni des personnes d’une rare qualité, une véritable élite ; de nombreuses idées très intéressantes ont été émises à la suite de différents billets. Le présent billet est de loin le plus important car il prône une action qui est la suite logique du blog. J’ai rarement vu sur un blog autant de personnes détentrices, à l’évidence, de plusieurs expertises, et surtout, sincères et désintéressées ; cher paul , vous êtes au pied du mur ; il faut agir ; si vous souhaitez vous ménager vous pouvez être l’âme d’un mouvement et confier à d’autres l’action opérationnelle;
    j’ai constaté qu ‘il y a parmi vous de grands costauds, intellectuellement s’entend. Il faut vous organiser et porter votre voix là ou elle doit être entendue ; ceux qui nous gouvernent ne lisent pas les blogs et leurs aides n’aiment pas les déranger; Je suis sur que vous et vos amis du blog vous êtes capables de faire de grandes choses

  11. Les conditions politiques ne sont actuellement pas réuni pour que toutes vos idées voient un jour le jour. Il faut de toute urgence réinventer “le monde” pour que tout cela soit possible. Il faut réinventer la démocratie, multiplier les lieux de réflexions et de décisions. Les citoyens ne peuvent plus être prisonniers de rendez-vous électoraux qui leur donnent l’illusion qu’ils sont en démocratie. Ce n’est pas cela la démocratie. Il faut que les conditions soient enfin réunis pour que des personnes comme Paul Jorion ne soient pas limitées à un simple rôle de commentateur (aussi important soit-il) dans l’espoir d’être un jour entendu. Nous devons, aujourd’hui, nous donner les moyens de dépasser les institutions existantes y compris les partis politiques (PG, VERTS, ETC…). A quand une rencontre de tous ceux qui veulent ce saut vers l’inconnu ?
    Une source d’inspiration mais ce n’est pas la seule… http://www.in.com/videos/watchvideo-la-vraie-dmocratie-cornelius-castoriadis-7933775.html

  12. Il faut embaucher des VRP, pour porter la bonne parole du bon peuple mou.
    Partageons la misère
    Nous vous offrons la guerre

    1. – Le texte de yéti commence par un bel exemple de mauvaise foi: Lordon ne se contente pas de constater “le commencement de la fin”, mais propose aussi des solutions.
      – comparé à ces propositions (de Lordon, valables ou pas), yéti me semble se livrer à un exercice incantatoire, certes bourré de bonnes intentions, mais tout à fait stérile.

  13. Il y a quelques fausses pistes qu’il faut éviter.

    “L’horreur n’est pas économique, elle est politique”, titre d’un livre important de Jacques Généreux. Ce sont les gouvernements ultra-conservateurs(Reagan, Thatcher) puis sociaux-libéraux (Delors, Bérégovoy, Rocard en France) et conservateurs (Chirac Balladur,Kohl, Merkel, Berlusconi, Sarkozy… ) qui ont mis en place la Finance-économie ultra-inégalitaire.

    La table rase n’existe pas en politique. Keynes a contribué à révolutionner l’économie politique en influençant l’ensemble des décideurs. Les exemples de 1936 et 1945 en France indiquent que différents partis ont su alors se rénover et mettre en oeuvre un programme social-économique progressiste.

    Le capitalisme ne disparaitra pas spontanément. L’objectif est de passer de la Finance économie qui s’attaque progressivement à des pans de plus en plus importants de la société à la social-économie de type keynésien. “Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger”.
    La “décroissance” pronée par certains de ceux qui bénéficient d’un certain confort n’est pas ou ne sera pas acceptée par la majorité de ceux qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts et qui bénéficient d’un avenir incertain, le plus grand nombre

    Le régime actuel est à la fois démocratique (droit de vote) et semi-totalitaire du fait de la confiscation de la grande majorité des media par l’oligarchie financière et ses protégés politiques. Il faut s’appuyer sur l’immense majorité de ceux qui vivent de leur travail et qui sont ou vont être attaqués directement par l’oligarchie financière.

    L’apport de ce blog peut être important dans deux domaines notamment.
    Quelles sont les caractéristiques essentielles de la Finance-économie ultra-libéralisée et ultra-inégalitaire qu’il faut porter à la connaissance du plus grand nombre?
    Quelles sont les réformes anti-oligarchie financière qu’il faut préconiser?
    Une synthèse et mise en valeur sur ces deux points serait la bienvenue.

  14. “Gohar éleva la voix pour répondre.
    – Je n’ai jamais nié l’existence des salauds, mon fils !
    – Mais tu les acceptes. Tu ne fais rien pour les combattre.
    – Mon silence n’est pas une acceptation. Je les combats plus efficacement que toi.
    – De quelle manière ?
    – Par la non-coopération, dit Gohar. Je refuse tout simplement de collaborer à cette immense duperie.
    – Mais tout un peuple ne peut se permettre cette attitude négative. Ils sont obligés de travailler pour vivre. Comment peuvent-ils ne pas collaborer ?
    – Qu’ils deviennent tous des mendiants. Ne suis-je pas moi-même un mendiant ? Quand nous aurons un pays où le peuple sera uniquement composé de mendiants, tu verras ce que deviendra cette superbe domination. Elle tombera en poussière. Crois-moi.”

    Extrait de Mendiants et Orgueilleux d’Albert Cossery

  15. Epicure et son jardin . Il a écrit l’équivalent de plus de 300 volumes actuels . Il ne nous reste que quelques fragments . Il a été probablement le plus vilipendié , le plus décrié de tous . Il doit y avoir une raison forte ….Les Arabes ont traduits Platon , Plotin , un Aristote platonisé mais pas
    Epicure . Dans les cultures Chinoises et Indoues tout indique qu’il a probablement existé des
    penseurs de la méme trempe que les présocratiques et qu’Epicure mais comme les Empires y sont apparus plus tot il n’en reste pas de traces .( A mon avis) .
    Pour vivre ‘heureux’ ( plutot comprendre ataraxis , heureux c’est bétasse ) vivont ‘caché’ .
    Le consumérisme rationnel , le dédain du politicien , le jardin et les amitiés . Il se pourrait à la
    reflexion qu’il s’agisse de La stratégie politique , économique , culturelle , gagnante .
    La légion du Rhin , initiée par César tournait le dos à l’Empire , vivait sa vie autonome , au final
    c’est elle doublée de ses auxiliaires germains de l’autre coté du fleuve qui a eu le dernier mot .

  16. Joan
    Je suis d’accord la course de vitesse est engagée entre les forces des ténèbres et celles de la lumière. Et le temps presse…

    vigneron
    @Yéti
    REconstruction ????
    Désolé, mais si c’est pour REfaire, ce sera sans moi.
    Le CNR ! Le CNR ! Le CNR ! 1789 ! 1789 ! 1789 ! Et puis quoi encore ???
    On est au bout de la séquence 1789, fini, terminée la révolution bourgeoise. Dans le mur, dans le néant politique du néo-libéralisme !
    1945 ! Bordel ! Mais 1945, c’est pas le CNR ! C’est Auschwitz qui éclabousse de sang et de merde la gueule de l’Occident libéral ! Fin du rêve. Agonie du capitalisme ? Pfff la belle affaire ! Agonie des Lumières oui ! Une autre Affaire…
    On aura pas la Révolution, les révolutions n’existent pas, juste la guerre… et les contre-révolutions. On aura la guerre et la contre-révolution.
    Le Politique, ça n’est pas qu’une Constitution ou le coefficient de Gini, ni même la propriété des moyens de production, c’est d’abord « pour quoi d’autre que ta gueule ou celle ton gnard t’es prêt à laisser ta peau ? ». C’est ça le « sous-jacent », la « valeur » du politique. Le nier, très « libéralement » – i.e très bourgeoisement – c’est être sûr de le laisser aux pires brutes, aux pires extrémistes, aux pires imposteurs et être certain de se faire péter les mains par le retour de manivelle. Le reste c’est conversation de salon, ou de blog, ça ne dure qu’un temps joli.

    Merci Vigneron de n’être pas un pur esprit …… et l’Epuration, un à un, les femmes tondues, une à une, méthode des otages des tortures et des exécutions personnelles reprise récemment par un norvégien : une justice personnelle née d’une situation ayant bafoué son bon sens, ses racines son histoire ses valeurs, ses victimes. Il se clame innocent, son indignation est morale son devoir de désobéissance légitime, modèle à suivre. Ses coupables à lui sont Les Rouges, Les Musulmans. VICTIMISATION. Boucs émissaires. Essentialisme. Hop ! Massacre auto-risé.
    Ses actions relèvent des forces de la lumière ou bien des forces des ténèbres ? De la lumière. La sienne.

    Les révolutionnaires : une justice de groupe née d’une situation ayant bafoué leur bon sens, leurs racines leur histoire leur valeurs, leurs victimes. Ils se clament innocents, leur indignation est morale leur devoir de désobéissance légitime, modèle à suivre. Leurs coupables à eux sont Les banksters, Les Traders, Les Politiques, Les Spéculateurs, Les Medias, Les Journalistes, Les Riches, .
    Leurs actions relèvent des forces de la lumière ou bien des forces des ténèbres ? De la lumière. La leur.

    Guerre = exécutions, tortures, crimes, viols, pillages, sang, larmes, exterminations, famines.
    Révolution = guerre civile = les mêmes en famille.

    Ma conclusion : une indignation c’est bien, deux indignations bonjour les dégâts !

    Hypothèse : si les ténèbres = kif kif, La lumière = pas kif kif, donc les lumières au pluriel sont (aussi) les monstres, les monstres légitimés qui jalonnent notre histoire

    Fréquemment j’ai lu ici « nous changeons d’ère (anthropocène)», «nous changeons de paradigme»,
    Ère, nom féminin
    Sens 1 Espace de temps commençant à un point déterminé. Synonyme : époque
    Sens 2 Époque marqué par un nouvel ordre des choses
    Sens 3 Division de l’Histoire de la terre en géologie. Synonyme : période
    Paradigme, nom, masculin. Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée). C’est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d’un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées.

    Ces deux changements puisque assimilés à une période planétaire impliquant une évolution de notre espèce, ne peuvent survenir ni à cause ni grâce à une violence légitimée qui utilisera ou rait une matrice disciplinaire, un modèle théorique ou courant de pensée nous condamnant à végéter (racines) dans l’Age précédent (en ce qui concerne le point 3, géologique, peut être que Fukushima marquera un point de non retour de l’anthropocène). Et si le point déterminé pour le changement d’époque était simplement (merci Paul) de renoncer à confondre l’énergie et la violence pour laisser poindre une évolution de notre espèce en s’interdisant la magie de la force de nos choses naturelles (légitimes) ? Nos sociétés vont manquer d’énergie. Nous (espèce) manquons dores et déjà d’énergie (impuissante léthargie). A notre habitude nous allons compenser ce manque par la violence en convoquant les monstres tout en beuglant “c’est normal, c’est la sélection naturelle, c’est nous, nous n’avons pas d’autres moyens” ?

    La lumière c’est qui c’est quoi de quoi est-elle faite comment ça marche ? Si La lumière est une, l’indignation une, est-il possible de l’apercevoir sans avoir aboli la guerre, pour évoluer ?

    « pour quoi d’autre que ta gueule ou celle ton gnard t’es prêt à laisser ta peau ? »

    Re merci Vigneron. Des femmes, là, sous nos yeux larmoyants, cheminent sur un couloir de morts, le seul possible, avec leurs enfants. Certaines, pas toutes, doivent choisir parmi leurs enfants d’abandonner le plus faible, le laisser mourir, pour garder le plus fort en vie, en luttant pour résister elles-mêmes et atteindre un CAMP. Elles, elles vivent la sélection naturelle, elles, elles appellent la bête en elles de toutes leurs forces vitales sous peine de laisser crever TOUS leurs petits.
    La bête, nécessité vitale, nous devons aller la chercher puis la trouver pour survivre.
    Les monstres, pas besoin d’aller les chercher. Suffit de les siffler.

    Si nous vivons un absolu, un essentiel, c’est-à-dire une alternative – ère – espèce- paradigme – évolution – je me permets de modifier votre titre Yeti
    Passer d’une indignation à la reconstruction
    ou
    Passer de l’indignation à la construction.

    PS j’ai peut être une piste : la lumière du soleil est gratuite.

  17. Ma conclusion de cet article et de tous les commentaires :

    Pour changer la politique de l’ Homme, il faut changer l’Homme.
    Et alors y n’y aura plus de “reconstruction” (remake consistant à RE construire ce qui existe)
    mais une “construction” (création).

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