GRANDE CRISE : PASSER DE L’INDIGNATION À LA RECONSTRUCTION, par le Yéti

Billet invité. En ligne également sur Rue89.

Quelle rentrée, mes amis ! Mais il ne suffit plus désormais de constater le commencement de la fin d’un système moribond. Au point de délabrement où celui-ci se trouve, il semble plus judicieux qu’à notre indignation succèdent enfin des préoccupations sérieuses de reconstruction.

Problème : quelles politiques alternatives quand la seule idéologie mondiale, même moribonde, reste aujourd’hui le capitalisme financier effréné ?

Fausses pistes

Écartons tout d’abord quelques fausses pistes qui relèvent de la facilité et d’une certaine soumission à la fatalité :

  • aucun miracle à espérer des élites et des dirigeants en place : émanations d’un système qui conditionne leur propre survie, ils n’auront de cesse d’essayer de le préserver en dépit de tout, s’obstinant dans les mêmes logiques navrantes de croissance et d’une société de plein-emploi illusoire qui n’existe plus depuis plus de quarante ans (cf. les pauvres interventions de Martine Aubry en août dans Libération et le Monde) ;
  • pas de solutions internationales type G truc, pas de nouveau Bretton Wood à attendre de ces gens-là ;
  • pas non plus de réforme possible du système actuel : « on n’aménage pas un système totalitaire, on ne cherche pas à l’améliorer par petites touches, on le combat frontalement jusqu’à ce qu’il s’effondre », déclarait déjà Bernard Langlois en novembre 2005 dans Politis.

Pistes stériles

Oublions également les issues de sorties qui seraient ouvertes par la seule vertu de nos révoltes et de nos indignations :

  • La violence des émeutes d’août en Grande-Bretagne s’explique très justement par la désintégration des ultimes protections sociales qui bouleverse ce pays, mais ces explosions de colère aveugle, sans conscience politique, ne peuvent aboutir qu’à l’impasse et au rejet ;
  • les révolutions des pays arabes, les indignations galopantes en Europe, pour séduisantes et salutaires qu’elles soient, balbutient aujourd’hui faute de structures politiques abouties et de leaders ; ah, que n’ont-elles un Mandela, un Martin Luther King à leurs côtés !

À quoi bon « les révoltes sans solution » ?

Pour un front de salut public

Faute de nouveaux Mandela ou Martin Luther King, faute de solutions par des instances institutionnelles à la ramasse, nous ne pouvons plus compter que sur nous-mêmes et sur les forces vives non compromises dans ce pénible naufrage. Celles-ci existent mais ne semblent pas avoir encore pris la mesure du cataclysme :

  • il est désolant de voir des personnalités politiques intéressantes (Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan …) continuer de mener leur petit train-train chacun dans leur coin comme si de rien n’était, chipoter sur des détails pour justifier leurs chemins séparés ; il n’est pas question ici de nier les différences droite/gauche, mais de parer au plus urgent en dressant un front de salut public citoyen sans tarder et sans s’éparpiller ;
  • les nouveaux intellectuels, les journalistes qui se respectent, les Paul Jorion, Frédéric Lordon, Emmanuel Todd, Edwy Plenel, Pierre Haski, les gens d’Attac Europe… ne peuvent plus se contenter d’un rôle d’observateurs ou d’analystes distants, aussi pertinents soient-ils. Ils doivent mouiller leurs chemises, se regrouper et s’engager activement en faisant fi de leurs différences et de leurs querelles de chapelles ;
  • nous-mêmes n’avons plus le droit de nous égarer en atermoiements résignés, de constats d’échec en “je vous l’avais bien dit”.

Les crises sont propices aux grandes avancées humaines

La tâche qui nous attend est immense. Elle ne peut se résumer à quelques mesures éparses de basse cuisine. On ne reconstruit pas un monde par une vague réforme de la fiscalité ou quelques saupoudrages réglementaires de circonstances. Nous devons nous appuyer sur une cohérence, une éthique, un souffle, une philosophie de l’existence à la hauteur de nos ambitions.

Faute de réactions à temps, nous laisserons libre cours aux forces obscures qui ne vont pas manquer de se déchaîner : les tentations régressives, le repli sur soi, le rejet de l’autre ou pire, les fuites en avant guerrières. Avez-vous remarqué combien la Grande crise a épargné les complexes militaro-industriels de l’Empire agonisant ?

L’enjeu : en imposer à un totalitarisme financier en train d’imploser, avant de subir les séquelles tragiques de sa chute.

Rappelons-nous, pour nous donner du cœur au ventre, que les périodes de crises graves ont toujours été propices aux grandes avancées humaines et sociales : Révolution française de 1789, Front populaire de 1936, ordonnances du Conseil national de la Résistance de 1945… À nous de jouer. Le reste n’est que verbiage.

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213 réflexions sur « GRANDE CRISE : PASSER DE L’INDIGNATION À LA RECONSTRUCTION, par le Yéti »

  1. Non, il faut faire très exactement le contraire, ne rien changer.
    Les nombreux acteurs que vous citez ne font que servir de soupape au système, le modifiant à la marge et prolongeant ainsi sa survie, ils ont donc toute leur utilité pour les principaux partis politiques en place. Regroupez leur action et vous verrez qu’ils perdront tout rayonnement et toute crédibilité face à la masse des intérêts et à la peur de les perdre.
    Tant que la grande majorité d’un peuple a de quoi se loger, manger, se faire un peu plaisir et quelques sous de côté, pourquoi voulez vous qu’il remette en cause le système ?
    Les Français ont en moyenne une épargne financière de plus de 15% de leurs revenus depuis très longtemps, les Leclercs et autres Carrefours sont noirs de monde tous les week-ends de l’année, nos plages sont surpeuplées en juillet et en août de bienheureux salariés en congés, les écrans plats, les paraboles, les portables, les marques pullulent et vous imaginez que la masse va adhérer à un projet qui pourrait la faire plonger dans l’inconnu.
    Il faudrait, chez la majorité des gens, la prise de conscience qu’ils vont tout perdre et ça ne sera jamais le cas. Ils préfèreront prendre le risque de perdre un peu en prolongeant et en modifiant l’ancien système que de prendre le risque de tout perdre lors d’un changement total de système. Non, nos salariés ne sont plus des prolétaires comme le pense Mr Jorion, cad des gens sans maison, ni capital, ils ont bien au contraire beaucoup à perdre par rapport au prolétaire, qui lui, n’avait rien, sauf sa dignité. Certes les revenus ne progressent plus, le chômage monte mais on est encore loin du compte, il n’y a qu’à voir l’évolution des prix de l’immobilier en France.
    C’est trop tôt. Tant que l’instinct grégaire primera sur l’instinct de survie, tant que le désastre maintenant imminent ne nous pètera pas à la gueule, il ne faut pas bouger, ou alors, il faut qu’un dieu même le bal, mais pour l’instant, je n’en vois pas.

    1. A combien de % chiffrez-vous cette proportion de Français capables d’épargner? Il me semblait que c’est plutôt la carte de crédit qui fonctionne aux Leclercs et Carrefours.Et comment se répartit cette moyenne capable d’épargner?

      De l’usage des statistiques.Et du fait qu’il faut être en position précise pour apercevoir le fond des choses.

      C’est un fait qu’être bousculé sur la plage à St Tropez ne donne pas une idée exacte de l’inquiétude de ceux qui ne partent plus en vacances au Cap Gris Nez.

      Alors selon vous faut-il attendre paisiblement le premier suicide par le feu à la tunisienne ou les premières émeutes généralisées?

  2. la révolution violente, piste stérile. c’est un point de vue, peu fouillé. que l’on ne sache pas très bien ou l’on arrive est un fait, mais stérile certainement pas. si on peut en faire une pacifique, on la fera autrement on fera avec les moyens disponibles. annoncer, pour qui aspire à peser politiquement, un refus de la violence est une faute politique. je note par ailleurs qu’après avoir fait la thèse sur ce point, vous faites l’antithèse en magnifiant la révolution française, révolution ultra violente.
    concernant jean luc mélenchon, notez également qu’il est un des principal acteurs de la constitution du front de gauche, seule organisation politique unitaire, seule organisation politique radicale de gouvernement, qui appelle publiquement toutes les bonnes volontés, individus, organisations et partis politiques à rejoindre le front de gauche. le train train, c’est donc dans votre tête uniquement ainsi que les détails.

    1. Si tous les frères maçons du monde voulaient se donner la main……. 🙂

      En ce 15 Août , un « détail » l’ Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,17-37.

      ?

      …Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.
      Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi.
      Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
      Quand vous dites « oui », que ce soit un « oui », quand vous dites « non », que ce soit un « non ». Tout ce qui est en plus vient du Mauvais.

      Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

    2. la révolution violente, piste stérile

      Non, c’est la violence sans révolution qui est stérile. Je veux dire les explosions de colère et d’indignation qui ne sont pas structurées par une ligne directrice, un objectif.

      Qu’on le déplore ou non, la violence est parfois nécessaire pour réaliser un objectif (une révolution, une reconstruction). Mandela l’avait parfaitement compris. Mais aussi Gandhi qui déclarait :

      Entre la violence et la non-violence, je choisis la non-violence. Mais entre la violence et la lâcheté, je choisis la violence.

      Pour finir, je crains hélas que notre reconstruction ne s’épargnera pas des épisodes violents.

  3. CE N’EST PAS DE LEADERS DONT NOUS AVONS BESOIN,

    mais d’un « CATALYSEUR » humain, social, événementiel, qui fera se rassembler toutes les composantes, en un même mouvement, l’insurrection populaire pacifique et massive saura trouver les voies pour peu que soient débattues les solutions et les tâches pour les mettre en action.

    Nous commençons à avoir quelques idées sur la domination financière, sur l’inféodation des politiques, et certainement, sur ce que nous ne voulons plus, et, peut-être, sur ce que nous voulons.

    Échaudés
    *par le manque de perspectives politiques au mouvement de Mai-68,
    **par la récupération par la Droite des thèmes de Gauche pour les détourner dans la défense et promotion de la mondialisation néo libérale grâce à la ruse d’un politique prétendument passé de Droite à Gauche,
    ***et, plus récemment par l’épuisement du mouvement social contre les retraites,
    peut-être sommes nous très nombreux à avoir compris la faillite du Système, la nécessité d’autre chose, sans en avoir encore tous les outils.

    Réaliser la Démocratie, Construire la République, imaginer l’Europe Sociale et Fraternelle, abattre l’idéologie du Profit et l’Économie « Casino », et, pour cela mettre, un terme à la Monarchie de la V ième, réduire l’Oligocratie, désarmer l’Europe Néo Libérale, mobiliser les intelligences.

    NE SAURIONS-NOUS PAS QUE NOUS SOMMES TRÈS PUISSANTS ?

  4. Reconstruire? Comme ces tours de Babel breughéliennes, bourgeonnantes de terrasses et d’étages inédits , tandis que menacées de crouler sous leur poids, elles refont leurs piliers dont les briques pourriront à leur tour ?

    Assurément , Yeti, le totalitarisme financier n’est pas l’un des moindres piliers, il vaut que nous nous en occupions, au risque que pour chacun dans nos niches de cloportes, tant à l’Élysée qu’à Peckham ou Sarcelles, nos maigres plaisirs ne soient emportés dans l’effondrement général. Mais au fait, de quelles briques et avec quel corps de métier et pour quel maître d’œuvre voulons-nous l’édifier ce Front de Salut Public ?

    C’est une « peur raisonnée » qui nous fait parler ici, quels groupes accrocheront leurs forces aux propositions de ce blog, et pour quelle dynamique ? Vous écrivez, Yeti, que

    « Faute de réactions à temps, nous laisserons libre cours aux forces obscures qui ne vont pas manquer de se déchaîner »

    non seulement, je partage votre avis, mais j’assume entièrement votre appel à

    « … nous appuyer sur une cohérence, une éthique, un souffle, une philosophie de l’existence à la hauteur de nos ambitions. »

    ; j’ajouterais toutefois que pré-parer aux grands mouvements de foules qui viendront, demanderait que nous nous attachions à l’examen microscopique des motivations de chacun à agir, et d’abord, de comprendre pourquoi nous avons tous – tant laissé faire, à commencer par reconnaître la valeur réelle du faux semblant de conscience morale dont nous nous affublons chacun, afin de satisfaire aux types de plaisirs dans lesquels nos sociétés nous inscrivent. La tâche serait aisée, et il n’y a pas que le seul inconscient freudien qui puisse nous servir de « tourne vice ». Bien entendu, le sujet de l’histoire n’est pas l’individu, mais bien les groupes sociaux en action, et c’est je crois, notre point faible que de ne plus nous y reconnaître dans le fonctionnement de la mécanique sociale, voulez-vous un exemple ? Prenons l’écologie politique, avec la décroissance comme voie de sortie hors de l’ubris babélienne ; c’est paradoxalement une politique nécessaire mais qui se veut sans sujet historique. j’explique : Serge Latouche, reprenant Cornelius, Castoriadis s’interroge sur la disparition du supposé sujet historique susceptible de porter la nécessaire révolution écologique. A la question : quelles forces sociales portent actuellement une alternative ? Cornélius Castoriadis répond :

    « Cette idée est effectivement fausse, en tout cas pour le sociétés modernes. Il n’est plus question de dire le « prolétariat » est historiquement chargé de la transformation de la société(…). La transformation de la société exige aujourd’hui la participation de toute la population, et toute la population peut être rendue sensible à cette exigence- à part peut-être 3 à 5 % d’individus inconvertibles

    Cornélius Castoriadis, une société à la dérive (cité par Latouche)

    Castoriadis ajoutait en note :

    « il faut insister sur une autre idée fausse, profondément ancrée dans le mouvement « de gauche » : l’idée d’un privilège historique des pauvres C’est un héritage chrétien. La logique et l’expérience historique montrent que l’idée d’un tel privilège est absurde, que les vrais pauvres seraient plutôt enclins à courber l’échine devant les dominants »

    In, Serge Latouche, Vers une société d’abondance frugale, mille et une nuit, P.178.179, 5,5€

    La stratégie politique proposée par Latouche, après des décennies de combats, représente pourtant un courant décroissantiste éclairé ; à défaut de prolétariat, sa réponse est claire, le sujet historique devient « tout le monde » c’est-à-dire une somme d’individus chacun modifiant ses comportements en fonction de l’image qu’il se fait du destin de la terre. De cet individualisme politique généralisé devrait naître une somme de comportement nouveau qui s’organisera en une forme de société nouvelle. Quel sera le déclencheur, soit une image de repentance occidentale devant ( Panikar) soit quelque catastrophisme, qu’il soit ou non éclairé « catastrophisme éclairé » (Dupuis), un impératif absolu d’engagement pratique et de responsabilité surgissant des profondeurs philosophiques de la psyché, une pulsion de vie raisonnée, juste à temps : « tu dois changer ta vie » (Sloterdick) pour ne laisser sur terre qu’une emprunte légère …

    Latouche ne cherche pas à changer de géométrie dans l’utilisation des classes sociales, disons qu’il ne veut pas s’avancer, par peur du retour « grand soir », ou plus prosaïquement, parce que la formulation d’un schéma d’action politique déboucherait automatiquement sur de la politique politicienne. Lorsque Latouche prescrit « des modalités cycliques « en R », redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser… (chacun est laissé libre de remplir les coquilles selon son désir : les particularités garantiront l’équilibre par la « pluridiversité » des solutions) .

    Tout au contraire, Bernier et MarchandNe soyons pas des écologistes benêts – fixent les esprits autour de propositions de rupture, taxe sur les importations, interdiction du dumping et fin des délocalisations, tout ça dans un climat d’Amap de banque coopérative : l’écologie radicale, vise la conquête politique de l’état comme la seule façon d‘imposer ses mesures à l’oligarchie, voilà qui fait solide !

    Placé chacun aux deux extrémités du continuum, ces deux attitudes ne font pas référence aux rapports de force entre classes sociales, nous avons d’un côté la stratégie du « allez les gars dégonflons les baudruches, faisons comme si l’oligarchie et les multinationales n’existaient pas » et, de l’autre côté, un viril « rassemblons-nous sous ce drapeau, on prend l’état, et on met l’oligarchie à genoux… « First we take … Berlin » (idiotisme canadien).

    Et vous, Yéti, sur quelle analyse de classes vous appuyez-vous ? Suffit-il d’attendre une limpide décantation pour considérer que les classes moyennes sont, pour quelque moment encore, du « prolétariat maquillé » ou bien faut-il que nous nous intéressions au devenir historique de la classe cachée des maquignons locaux, tout autant qu’à notre clientélisme inavoué ?

    Vale

    1. Castoriadis donnait une fausse définition du prolétaire et du même coup avait besoin d’une « participation de toute la population ».
      Mais si l’on conserve la définition marxienne du prolétaire, à savoir « celui qui n’a que sa force de travail à vendre », alors ce sont bien les prolétaires qui constituent la majorité de la population et il n’y a pas besoin de faire alliance avec les valets du capital, pour rester dans les termes de l’époque. Même si les capitalistes et leurs valets seront émancipés par la révolution prolétarienne… rien n’est simple avec Marx !

      1. @jeanNimes, bonjour.

        Oui, l’analyse des classes sociales paraît embrouillée et la situation s’est complexifiée : nous ne sommes plus seulement « prolétaires » et c’est la raison pour laquelle il nous est, comme vous nous l’avez souvent répété, si difficile « de tuer le capitalisme ». Je ne vise également qu’à ce but : en finir avec le capitalisme comme système de domination, tout en évitant avec circonspection d’aider à le remplacer par un autre mode de domination. C’est malheureusement, il me semble, ce à quoi nous assistons. Faute d’une analyse exacte des rapports entre classes sociales aujourd’hui, tout programme politique est par construction, une tromperie. Et c’est pourquoi l’idée que l’article premier de toute constitution pour l’économie énonce la volonté de ne pas transformer l’économie en mode de domination, même non capitaliste, est utile à toute fin.

        Pour revenir au point du débat, il me semble que dans les « démocraties modernes » à l’occidentale, à côté du rapport salarial par lequel se constitue et se définit le « prolétariat », sont venus s’ajouter d’autres rapports sociaux. Depuis Bismarck et Beveridge les groupes sociaux sont également structurés par les rapports particuliers que chaque sous-groupe entretient à l’ensemble des groupes au travers des rapports de redistribution (sécurité sociale logement aides sociales diverses) et selon les types de clientélisme établi entre les différents groupes de « redistributeurs » et de « redistribués ». Ces réseaux de relations ( de rapports de force) entre groupes et leur dissimulation sont à mon avis la clef de notre immobilisme; les analyser ferait naître des formes de consciences de classes aptes à modifier ses rapports en profondeurs. Au fil de ces années de participation au blog de Paul, je me suis appliqué à suivre cette position hétérodoxe autant pour la droite et la gauche, puisque pour l’essentiel des appareils, l’activité vitale est de s’attribuer les prébendes de la redistribution , dont l’attribution des marchés publics ! Cela se sait, mais ne doit pas se dire, et les groupes qui actionne les manettes du spectaculaire intégré ont pour but de brouiller les cartes (à ceci près, qu’à force de faire du vrai un moment du faux, tout sens stratégique s’est perdu et que les manette bougent presque toutes seules,il convient seulement de les suivre). Ce rapport social de clientélisme se négocie, non en échange de la force de travail, mais par le bulletin de vote, et par le silence devant les compromissions et passe-droits de toutes sortes.

        « Corruption » est le mot est aujourd’hui à l’affiche. Comme le montrait la Boétie déjà, la corruption constitue une ligne de commandement essentielle à l’ancien régime, mais nous l’utilisons activement en sous-main, même si Frédéric Lordon, comme beaucoup d’autres, prend soin de passer à côté ; il est, par ailleurs, politiquement correct de considérer que la corruption ne concerne que l’élite !

        Dans ce sens, la position Warren Buffet mise hier en avant plan du blog par Paul, me paraît éclairer singulièrement la nature du brouillage de cartes mis en œuvre par le spectaculaire intégré. Je vous renvoie à renvoie à ici et à deux de mes interventions dans lesquelles je tente de préciser la nature de cette opération spectaculaire .

        A+

  5. « Un front de salut public citoyen »
    Salut, Public ! Avé citoyen ! …. Et mon courroux coucou ! 🙂

    Je remarque que votre proposition d’ouverture d’un troisième front au delà du clivage gauche-droite, ce cantonne à des « personnalités politiques intéressantes (Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan …) », mais qui n’ont pour caractéristiques communes que de ne tenir leur légitimité que d’élections au niveau national et de n’exercer leur influence politique qu’au niveau national. ( Mélenchon avoue son inefficacité au niveau Européen…. Quant à Eva son expérience judiciaire s’arrête au porte du Luxembourg….)
    Je cède le bouton de « notre » force de frappe Gaullienne à Eva pour qu’elle volatilise Clear-Stream !!!! 🙂

    Un front « national » citoyen de salut public donc ?
    A moins que ce ne soit un front citoyen de salut du public national……. ?
    Publique citoyen, ou, citoyen publique ? « Nationalistes internationalistes », ou « Nationalistes mondialistes »?
    Il faudrait comme toujours s’entendre sur le sens et la place des mots….

    « La citoyenneté est le fait pour une personne, pour une famille ou pour un groupe, d’être reconnu comme membre d’une cité (aujourd’hui d’un État) nourrissant un projet commun auquel ils souhaitent prendre une part active. La citoyenneté comporte des droits civils et politiques et des devoirs civiques définissant le rôle du citoyen dans la cité et face aux institutions. Au sens juridique, c’est un principe de légitimité : un citoyen est un sujet de droit. Le mot nationalité – pris au sens politique du terme – est par ailleurs utilisé pour désigner la citoyenneté.
    De manière générale, un citoyen est une personne qui relève de l’autorité et de la protection d’un État et par suite jouit de droits politiques et a des devoirs envers cet État. Chaque citoyen exerce à sa façon la citoyenneté telle qu’elle est établie par les lois et intégrée dans l’ensemble des mœurs de la société à laquelle il appartient. »
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Citoyennet%C3%A9

    Dans le Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française de François Guizot (1822, page 19), il est indiqué : « un peuple est une multitude d’hommes, vivant dans le même pays et sous les mêmes lois. Une nation est une multitude d’hommes, ayant la même origine, vivant dans le même État et sous les mêmes lois[5] ». Deux notions différencient ainsi pour l’auteur la nation du peuple : l’État et l’origine.

    Pour le Petit Robert, une nation est « un groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini (…) et personnifiée par une autorité souveraine ».

    Pour le Dictionnaire de la langue française, la nation est un « Ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politique
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Nation

    En sociologie, le public désigne l’ensemble des personnes qui s’intéressent à une œuvre intellectuelle, littéraire, artistique, par exemple.
    Définitions du public[modifier]

    Ce sont donc les lecteurs d’un livre ou d’un journal, les spectateurs d’une pièce de théâtre ou d’un film, les téléspectateurs d’une émission de télévision, les internautes qui surfent sur internet. On parle aussi dans ce cas d’assistance ou d’auditoire. Le terme « public » rend ce sens-là dès la fin du XVIIe siècle.

    Selon Yves Citton, le public est une « collection d’individus apparemment autonomes et indépendants, qui ne se connaissent et ne se voient pas (contrairement à une foule), mais qui tendent malgré cette séparation spatiale à penser et à agir de la même façon, parce qu’ils « se retrouvent » circulairement dans les média qui informent leur sensibilité et leur idéologie, selon une logique qui relève des lois du marché davantage que d’un contrôle politique direct.[1] »

    Le public, c’est également l’ensemble des gens qui fréquentent les commerces, les administrations, les transports publics, etc., en général les services qui, précisément, sont ouverts au public. On parle aussi dans ce cas de clientèle ou d’usagers.

    C’est plus généralement l’ensemble des habitants d’une région, d’un pays, voire du monde. On parle alors de grand public, par opposition aux publics spécialisés qui sont intéressés ou attirés par tel ou tel média, plus ou moins spécialisé.

    Le public est donc une masse de gens non structurée, mais qui permet de déceler des tendances dans l’opinion, les idées, la mode, etc. Pour connaître ces courants d’idées, on recourt aux sondages d’opinion, qui permettent de préciser les tendances de l’opinion publique.

    Le public désigne aussi souvent le secteur public, c’est-à-dire l’ensemble des administrations et entreprises gérées, directement ou indirectement par l’État et les collectivités locales, par opposition au privé (le secteur privé).
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Public

    « Nous devons nous appuyer sur une cohérence, une éthique, un souffle, une philosophie de l’existence à la hauteur de nos ambitions. »
    Pour cela, il est impératif de clarifier notre rapport intime et profond à la nation, à ses maux et à ses mots.
    Et avant tout de retirer cette notion fondatrice des griffes de l’extrême droite.
    L’international est le genre humain…….
    La mondialisation globalisante sa fin.
    De ce passé faisons table rase.
    Les nations naissent et vivent libres et égales en droit.
    Des mots, toujours des mots…… Je n’aime pas le mot Front.
    Croire. Je sais pas si je l’aime celui là.
    Mieux vaut savoir croire que croire savoir……

    1. Si vous reprochez à ces

      « personnalités politiques intéressantes (Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan …) », mais qui n’ont pour caractéristiques communes que de ne tenir leur légitimité que d’élections au niveau national et de n’exercer leur influence politique qu’au niveau national

      cela signifie-t-il que vous souhaitez l’action violente ou pensez-vous pouvoir renverser la vapeur au niveau européen (les referendums, la BCE) et mondial ?

      A quel niveau faut-il agir en priorité? Et que signifie encore pour vous la notion de pouvoir ou représentation légitime?

      1. Je ne reproche rien, je constate les limites de leur pouvoir et du notre.
        A quel niveau faut-il agir en priorité?
        Retrouver un sens commun aux mots de notre langue commune, ce pourquoi s’est battu l’abbé Grégoire.
        Reconsidérer nos peurs et nos incompréhensions à leur égard.
        « Au début fut le verbe »……
        La violence, c’est l’absence de mots.

  6. NE POURRIONS PAS RAPPELER, PLUS SOUVENT,
    comme un « jingle » [ritournelle publicitaire],

    que la devise de la République est :
    « Liberté, Égalité, Fraternité »

    et non pas :
    « Tricherie, Mensonge, Corruption(s)*, Cynisme et …Bonne Conscience ».

    * la Corruption pouvant être matérielle, mais aussi : idéologique, culturelle, intellectuelle, politique, etc…

  7. Du fond de ma campagne….

    Il a fallut le choc de la deuxième guerre mondiale pour susciter le CNR, et suffit d’une génération et demi pour l’oublier.

    Loin de moi l’idée de souhaiter une bonne guerre. Mais je persiste à croire qu’on réfléchit avec ce que l’on a vécu, et pas avec ce que l’on sait. (JM Jancovici dit  » Nous ne croyons pas ce que nous savons »)

    Par conséquent l’union sacrée que vous appelez de vos voeux viendra à mon avis, quand nous aurons atteint un niveau d’écoeurement, moral et physique, bien supérieur à ce qu’il est aujourd’hui.

    L’unanimité n’est pas encore assez grande pour nous empêcher d’aller vers de très mauvaises directions (à l’occasion, comme disent certains, de tel ou tel catalyseur).

    1. Mais si ce système de m…. pouvait s’effondrer rapidement et laisser ses agents sans voix !

      Le choc kleinien à l’envers !

      Vous voyez ça ?

      La bourse qui se met à dévisser sans frein , les banques et les grosses compagnies sur le flan , muettes devant le précipice qui s’ouvre devant elles !

      Parce que c’est gentil de nous promettre du sang et des larmes , de la rigueur et du chômage , mais au point où l’on se trouve je doute que cela permette au système , qui crève d’indigestion financière , de s’en tirer !

      Qui sauvera le système et ses ouailles du prochain krack ?

      Y’ a plus plus rien , comme disait ce brave Léo !

      Ah , le yéti qui fait un stage chez tonton Jorion ça va déménager !

      Passqu’il va falloir s’accrocher aux branches ,ostie de tabernacle de purée de verbiage !

      C’est plus une tempête qui menace mais un p. de cyclone !!!!

      Vont avoir une drôle de surprise les aoûtiens !

      Bn.

      1. au Boson avisé

        Le choc kleinien à l’envers !

        c’est exactement aussi mon intuition, sinon mon espoir.
        Mais même comme ça il y aura des victimes innocentes. Plus ou moins que lors d’une révolution? Nous risquons de le savoir bientôt.

      2. Il ne me semble pas vraiment que le « système » soit en train de se faire dessus, pour parler poliment.

        Il faut seulement admettre que les états ne sont plus au sommet dudit « système » et que ce à quoi nous assistons ressemble plus au combat entre elles des mégas-institutions financières, combat dans lequel les dettes des états ne sont que de vulgaires munitions : on attaque la dette souveraine de tel ou tel non pour des raisons liées aux tant vantés « grands équilibres » mais parce qu’affaiblir ces états c’est affaiblir les institutions ennemies qui détiennent cette dette.

        Comme tout combat, le déroulé est un peu désordonné, surtout vu d’en-bas, pour ceux qui servent de munition.

        L’autonomisation de l’économie (son « désencastrement ») aura mené aux guerres du XXéme et au bref répit de l’après-guerre (encore faudrait-il relativiser, peut-être ; qu’auraient été les « trente glorieuses » sans l’exploitation du tiers-monde ?). L’autonomisation de la finance ne fait que commencer.

        Le monde industriel était inconcevable (dans toutes ses dimensions) à l’homme du XVIème siècle ; ces « dark satanic mills » ne pouvaient que s’effondrer sous le poids de leur méchanceté et de leur violence, aucune société n’allait pouvoir résister à la destruction des liens sociaux provoquée par l’industrialisation.

        Le monde que construit l’autonomisation de la finance nous est tout aussi étranger. Ce qui signe « en vérité » l’apocalypse pour le monde tel que nous le connaissons et le comprenons, c’est précisément qu’il n’y aura pas d’apocalypse. Voir Michel Surya, « De l’argent, la ruine de la politique » (Rivages), d’une part et Francesco Masci, « Entertainment », d’autre part, pour un aperçu des deux mâchoires du piège.

  8. Je suis complètement d’accord, d’autant que

    les nouveaux intellectuels, les journalistes qui se respectent (…) ne peuvent plus se contenter d’un rôle d’observateurs ou d’analystes distants, aussi pertinents soient-ils. Ils doivent mouiller leurs chemises, se regrouper et s’engager activement en faisant fi de leurs différences et de leurs querelles de chapelles ;

    Sans quoi, chacun est renvoyé à lui-même, à son impuissance. Être éclairé fait une belle jambe, si c’est pour être déprimé.

    Reste la question de la méthode, à la fois d’un point de vue pragmatique (dans la suite de cet article, j’espère…) mais aussi philosophique. J’avais envie de demander à J Grympas de nous faire réfléchir sur les conditions d’émergence d’une idéologie. Notamment la verticalité est-elle essentielle, en d’autres termes : faut-il une figure sur laquelle transférer? Ou, les modalités de construction que l’on voit à l’oeuvre notamment sur le net (des projets menés parfois sans leadership) peuvent-ils susciter de nouvelles conditions d’émergence?

  9. Pourquoi donner à ce blog la forme d’un défouloir ?
    N’est-ce pas plus pertinent et efficace de démontrer chaque jour avec une audience renforcée que l’on est attentif aux évènements, que l’on fait des analyses performantes dans la durée, que l’on ne se laisse pas manipuler par les grands médias?

    C’est à mon sens très décevant pour ce blog de sombrer dans ce type de débat. Je ne critique pas le « fond » ; cela a déjà été fait.

  10. Depuis 2007 , la mobilisation est ratée.
    Normal, le Nord de l’Europe est extraordinairement riche.
    Cette richesse est assez bien répartie. A côté des viandards
    qui font l’info, il y a des millions de titulaires d’assurance-vie
    retraites privées etc… qui par l’intermédiaire des taux garantis
    ou bonifiés se trouvent déchargés , ou remboursés, de leur contributions
    fiscales.
    Ceux-là approuvent de tout coeur l’agitation des réformateurs/révolutionnaires.
    Mais leur cadre de vie est immuable et ils ne feront rien.
    Attendre leur a toujours été bénéfique.

    On voit où se trouve un moyen d’action, ou plutôt le déclencheur.
    Espérons que le bon sens les incitera à un sursaut.
    Reconstruire sur des ruines , c’est pas de la tarte pour ceux
    qui l’ auront reçu en pleine poire.

  11. Apres l’indignation, l’incantation.

    La Revolution de 17 s’est faite dans un climat de guerre, de défaite, de famine ; les premières grèves étaient pour demander du pain.
    La Revolution cubaine s’est faite contre une dictature, dans un climat idéologiquement favorable, à l’époque des décolonisations et de l’internationale socialiste, et pendant la guerre froide.

    Celle qui viendra peut-etre (sauf si les gouvernants sont contraints de prendre les décisions nécessaires) n’a pas besoin de prophètes, surtout quand ceux-ci font si peu de cas des émeutes et de la violence des quartiers pauvres (des « pistes stériles », dites-vous…). C’est la pénurie qui provoquera le changement ; on y arrivera bien vite, surtout avec des mégalopoles de millions d’habitants approvisionnées en flux tendus. Il suffit d’attendre…

    Quant à ce qui viendra après… on tirera surement les leçons de la crise, et on refera d’autres erreurs. La seule véritable chance de rompre avec la malédiction politique, c’est de rajouter à la problématique politique actuelle la crise écologique… je n’ai pas de boule de cristal.

    En attendant, il y a des elections, régulièrement, dans toutes les démocraties. On peut espérer que des gouvernements de gauche écologique reprennent la main alors que le monde est largement dominé par les droites libérales. Le seul combat possible, c’est celui de l’intelligence et de la conscience.

    Bref, ce billet est fort joli, mais il ne fait pas avancer le shmilblik.

  12. Au-delà d’un rassemblement d’idées, un mouvement, ça se construit. Ça n’est pas, ça n’est jamais spontané, sinon ça ne donne strictement rien. Pour construire, il faut être sur le terrain, près de monsieur et madame toutlemonde. Les gens ne vont pas casser le rythme immuables de leurs existences noyées par la société de consommation qui nous étouffe juste parce que des gens seront venus à la TV, à la radio, sur fesse de bouc, ou ont fait des trilles et des gazouillis de moins de 140 caractères – fussent-ils unis dans leurs constats et les alternatives qu’ils ont à proposer.

    Je conseille à tous ceux qui lisent Shakespeare dans le texte le papier de David S. Meyer publié dans le Washington Post du 12 août : « Les américains sont en colère. Pourquoi ne protestent-ils pas ? »

    Quelques extraits traduits :

    […] Aujourd’hui, la coupe de la colère est pleine aux États-Unis : colère contre le chômage à travers la nation, contre les restrictions des services publics dans les états, contre les minervals toujours plus élevés pour accéder à nos universités, contre les inégalités économique et politique qui semblent toujours croître, et contre un gouvernement qui semble impuissant face à tout ça. Alors où sont les gens qui devraient être descendus dans la rue ?

    […] C’est principalement parce que, bien que des mouvements peuvent porter la colère, la colère ne suffit pas à faire le mouvement – ce sont les organisateurs qui le font. La colère peut aider, bien sûr, c’est une ressource que les organisateurs peuvent attiser, canaliser et exploiter.

    Bien que les saints et les psychopathes prennent de grands risques au service de leurs croyances, la plupart des gens sont un peu plus calculateurs. Les gens protestent quand ils pensent que quelque chose ne va pas, qu’il pourrait en être autrement, et que leurs efforts sont non seulement nécessaires, mais aussi potentiellement porteurs d’un succès.

    Ils font rarement ces calculs eux-mêmes. Ils répondent plutôt à ceux qui les entourent. Les éruptions de protestations politiques ostensiblement spontanées sont le reflet du travail acharné et de l’investissement d’organisateurs qui cultivent l’activisme de terrain. Les organisateurs mettent en exergue les provocations du gouvernement, se concentrant sur les problèmes dont ils jugent qu’ils pourront déclencher l’action. Ils prennent soin de la vertu morale et du sentiment qu’il est en fait possible de faire quelque chose – deux éléments essentiels pour une action qui dure. Et, sans doute le plus important, ils mettent en exergue ceux qui sont déjà actifs, indiquant aux nouvelles recrues qu’ils ne sont pas seuls et que, ensemble, ils peuvent faire la différence.

    L’histoire est riches d’américains se soulevant pour ce qu’ils veulent depuis, au moins, le Tea Party original à Boston en 1773. Ce Tea Party est devenu une révolution et a finalement produit un gouvernement qui ne fut pas simple à renverser. Le système politique américain est structuré de manière à canaliser la colère et le mécontentement via les institutions politiques. James Madison, le génie qui a conçu la Constitution, a imagine un système de gouvernement qui intégrerait la dissension et offrirait aux mécontents l’espoir, aussi lointain soit-il, qu’ils pourraient obtenir ce qu’ils veulent en travaillant à travers lui. Les protestataires qui commencent dans la rue se voient, ou tout au moins voient leurs causes, pénétrer les couloirs du pouvoir.

    Nous avons pu voir ce système à l’oeuvre récemment, dans une ville qui porte le nom de père fondateur – Madison, Wisconsin.

    […] Qu’est-ce qui fait descendre les gens dans la rue pour manifester ? Ce n’est pas un mécontentement général envers la politique, qu’elle concerne l’immigration ou la dette publique. Les mouvements sociaux sont le produit d’une organisation concentrée sur l’objectif. Même les icônes de l’activisme de l’histoire américaine ont utilisé leur influence à travers des groupes plus larges. Rosa Parks n’était pas qu’une couturière fatiguée en 1955, quand elle a refusé d’aller à l’arrière d’un bus de Montgomery, Alabama. Elle était une organisatrice au long cour, qui avait servi de secrétaire à la cellule locale du NAACP, qui a organisé un boycott des bus et une plainte en justice en réponse à son action. Plus tôt cette année là, elle avait assisté à un séminaire sur l’action non violente à un centre syndical, le Highlander Institute, où elle avait lu à propos de Gandhi et de la décision de la cour suprême dans le cas Bown contre le Conseil de l’Education qui supprimait la ségrégation dans les écoles publiques. Toutes ces actions spécifiques n’ont pas été parfaitement orchestrées, mais les activistes avaient passé des années à en construire l’infrastructure et à cultiver les idées qui ont rendu le boycott des bus possible.

    Sans de tels soutiens organisationnels, les actions individuelles peuvent avoir un côté dramatique et héroïque, mais les mouvements politiques efficaces sont un test d’endurance. Les organisations permettent de donner un sens aux efforts individuels, et de leur donner la force de tenir la distance.

    […] La plupart d’entre nous connaissent des femmes et des hommes d’âge mûr qui ont perdu leur emploi et craignent de ne plus jamais retrouver du travail. En tant que professeur, je rencontre régulièrement des diplômés de l’université sérieux et intelligents qui sont de plus en plus désespérés dans la recherche d’un emploi qui leur permettra de commencer à rembourser leur prêt étudiant, ou même de quitter la maison de leurs parents. Mais comme ils n’ont rien qui ressemble à un mouvement social, ils ne font que travailler à leurs CVs, à mettre à jour leurs réseaux de manière à ne pas demeurer parmi les millions de chômeurs. Pour avoir quelque chose de plus ambitieux que ça, il faut de l’organisation.

    Parfois, comme durant la Grande Dépression, les organisation syndicales prennent la parole pour les chômeurs aussi bien que pour ceux qui ont un emploi. Dans l’Amérique d’aujourd’hui, cependant, la plupart des organisations syndicales se sont concentrées sur la défense de leurs affiliés, y compris dans les efforts de rappel démocrates qui ont eu lieu dans le Wisconsin.

    […] La frustration et la déception buttent contre le pragmatisme politique. Exactement comme James Madison l’avait prévu.

    Bien sûr, le syndicalisme est différent – très différent – entre les USA et la France – entre la Belgique et la France. Mais cette force, c’est elle qui peut faire la différence, pour autant qu’elle se préoccupe à nouveau d’être sur le terrain, de parler aux gens, de les écouter, de leur donner la parole, et de leur rendre le pouvoir de décider de leurs vies. Qu’elle leur réapprenne que l’on peut se battre et gagner. En Belgique, les organisations syndicales, bien que perdant peu à peu de la force, représentent encore un nombre suffisant pour dépasser la masse critique nécessaire pour créer ce mouvement. Elles disposent de suffisamment de délégués sur le terrain dans les entreprises, et elles sont aux côtés des chômeurs (*), elles leur offrent des bureaux et des services pour les accompagner dans leurs démarches et les défendre. En France, je crois savoir que ce n’est pas du tout le cas, et que les organisations syndicales se sont repliées sur quelques prés carrés, qu’elle ont abandonné le terrain.

    Alors, si on veut avoir une chance, c’est par là qu’il faut commencer la reconquête : par le terrain des entreprises, par le terrain des bureaux de chômage. Et ça, ce n’est pas avec des émissions TV ou autre que l’on y arrivera.

    (*) elles ont eu l’intelligence de ne jamais accepter de ne plus s’occuper des chômeurs – après tout, le chômage c’est d’abord et avant tout l’assurance chômage, financée par les cotisations sociales et donc dont on peut réclamer la gestion paritaire, comme l’assurance maladie, etc. Les organisations syndicales belges prennent en charge le paiement des allocations de chômage, à côté d’une caisse de l’état, très peu utilisée.

    1. Hououji Fuu, vous avez tout à fait raison. Mais ce travail de terrain a une dynamique plus lente que ne l’exigent les événements. Pourquoi faut il attendre que « même les pauvres n’aient plus le droit de vivre » comme disait Mohamed Bouazizi?

  13. Un front de salut public ? L’idée est plaisante, rassurante et pleine d’espoir.
    Les peuples auraient donc le pouvoir de se libérer de la dictature du Capital, de leurs serviteurs gouvernementaux et de leurs myriades d’évangélisateurs apportant la « bonne parole » ? Ils pourraient combattre victorieusement les métastases capitalistiques qui se sont insérer dans les moindres anfractuosités de notre techno-société et de notre vie ? Ils pourraient enfin s’entendre dans leurs immenses diversités culturelles et sociologiques, pour imposer un welfare-state atteignant la masse critique à l’échelle européenne ?
    Bref, une société réellement démocratique et apparaissant de manière spontanée. Un scénario que j’appelle de tous mes vœux mais qui me semble fort peu crédible…
    Il semblerait que la vraie question soit celle de l’action de nos gouvernants lorsque le système implosera définitivement.
    Quelles sont nos chances, pour qu’au milieu de tous ces politiciens (au sens péjoratif du terme), apparaissent de véritables hommes et femmes d’État ayant l’intérêt commun et les valeurs démocratiques chevillées au corps ?
    Quelles sont nos chances pour qu’ils ou elles, puissent imposer leurs visions devant les forces de la peur et de l’obscurantisme qui ne manqueront pas de se lever au milieu de l’innommable chaos qui suivra immédiatement le « big crunch » ?
    Quelles sont nos chances d’échapper à un demi-dieu providentiel ?

    Il semblerait que du haut de notre piédestal technologique, nous en soyons réduits à observer le vol des oiseaux pour deviner l’avenir …
    Étonnant non ?

  14. @ l’abominable homme des neiges

    Je pense l’essentiel de ce que vous écrivez.

    Cependant, le passage au concret ou la sortie du verbiage ne peux passer que par la structuration et l’organisation. Vous me direz que certains dont vous parlez le sont : Attac, Mélenchon, Dupont Aignant…

    Un noyau dur, excluant toute autre organisation préexistante doit être constituer uniquement autour de la lutte contre le terrorisme financier et la confiscation de la démocratie. Un nom, une couleur, une identité propre, transposable sur chaque continent.

    Il doit se constituer autour de personnalités intègres et indépendantes, je dirais « vierges ». Cela exclu de facto les politiques d’hier et d’aujourd’hui.

    Là sera le commencement.

    Ce noyau devra définir quelles actions seraient susceptibles d’atteindre le but défini dans les statuts constitutifs (possible d’enfin recycler les manifestes et autres chartes que certains se sont amusés à partager sur ce blog).

    L’éventail est large en ce qui concerne les moyens envisageables, c’est pourquoi une telle structure nécessite un tout aussi large éventail de compétences. Une telle organisation trouvera sans peine des alliés objectifs et devra rassembler et non exclure ou discriminer.

    A mon humble avis, beaucoup seraient prêt à mettre leurs compétences (au minimum) au service d’une telle cause.

  15. Preparez-vous donc a la decroissance…ca evitera la surprise quand elle s imposera…et je prie pour que ce ne soit pas a cause de la guerre…Solution connue pour le capitalisme de rebondir…

  16. Ma contribution immédiate, un Glass-Steagall-Act perso, puisqu’il ne sera jamais permis aux banques qu’elles y viennent :
    – Ouverture d’un compte NEF au Crédit Coopératif
    – Fermeture de mon Livret A, LEP et de mon Assurance Vie de mon ancienne banque.
    – Ouverture de livrets d’épargne solidaire à La NEF
    – Transfert de mon épargne sur ceux-ci en cédant une quote-part d’intérêt.
    Je suis ainsi sûr que mon épargne va dans l’économie réelle, créatrice de richesses et d’emplois et c’est bien mieux que l’appel de Cantona invitant à un bank run.

    Pour la sécurité :
    – Du liquide en cash.
    – Des métaux précieux (Argent & Or) juste ce qu’il faut (10 %), en prévision d’un éventuel « Coralito », et parce que c’est aussi un acte citoyen et contestataire.

    Quant à ce qui est dit sur le verbiage contre @Le Yéti, il y a pas mal d’egos en bataille en mal d’audience, c’est ainsi.
    Petit moment historique et cinématographique en hommage à Sidney Lumet, déjà relayé ici :
    http://www.youtube.com/watch?v=90ELleCQvew&feature=player_embedded.
    Bien et bon toujours à toutes et tous et que le meilleur soit.

  17. S’auto-proclamer nouvel intellectuels et/ou journaliste respectable ne va pas faire avancer le processus. Intéressante analyse à cette réserve près.

  18. Quand je vois les gens comment ils sont de 18 à 55 ans , pourchassés par leurs désirs , leurs crédits , leur maison impayée , leur divorce , leurs mensonges , leurs femmes , leurs maitresses , leurs petites combines et bassesses , leurs besoins et ceux de leurs enfants , les dettes qu’ils contractent.
    Je m’inquiète de leurs réactions lorsque l’état va devoir dès ce soir réduire ses dépenses de 50 milliards.
    Je crois que ce sera la terreur , comme durant la révolution de 1789.
    Les gens vont s’entretuer , se menacer , pour conserver leur statut social.
    La haine va déferler entre eux.
    Cessez de réver à un monde meilleur , le meilleur monde que vous aurez vécu sera celui du passé.
    Tout , je dis bien tout va s’écrouler et il faudra des années pour que les gens acceptent leur condition déchue.
    Impossible de s’entendre , sinon il n’y aurait pas la justice , la police , les gouvernements et les guerres.
    Salut.

    1. Il faut accepter la part d’ombre que ce système produit comme faisant partie de la nôtre.
      Il ne s’agit pas de juger les motivations qui animent les uns ou les autres.
      De crier haut et fort à la dénonciation, ce temps est terminé.
      Vient celui de re-sentir, comprendre et intégrer les résonnances que les abominations de ce système créent en chacun d’entre nous.

      Ce qu’il se passe actuellement n’est qu’un effet grossissant du consensus par lequel nous avons accepter d’en être les participants.
      Un effet miroir de notre perception du monde en quelque sorte qui, en final, nous renvoie à notre propre désespérance envers nous-même.

      Mais cela peut être une formidable énergie nous permettant de nous reconstruire.
      Être réellement et en toute clarté, force de propositions et d’actions, mérite cet effort.
      Avancer vers les bases conceptuelles d’un nouveau paradigme, chacun selon ses moyens et sa sphère d’influence.
      Là réside la véritable alchimie qu’opère la convergence de la lumière et de l’ombre.
      La voie du coeur, la seule qui vaille.

  19. COURAGE , FUYEZ !
    A la vue la complexité du système et de sa dynamique /inertie , chez nous et du peu d’importance que cette dynamique a sur le modèle global ……, il est évident qu’il n’y a pas d ‘action personnelle qui puisse en rien influencer sa course …..
    Votre seule solution est de choisir un modèle personnel qui puisse conjecturer au mieux un maximum de modèles potentiels …et d ‘ y vivre le mieux possible en tentant de convaincre vos enfants d’en faire autant et de ne pas entrer à HEC , mais de faire de la charpente ou de la plomberie …… Il n’est pas question de fuir le système mais de s’en préserver en adoptant une autonomie minimum et une certaines distances d’avec les émeutes potentielles .

  20. Il faut éclairer les ténèbres avec de gros projecteurs, afin qu’elles se dissipent ..
    On investit les banques, on réclame les noms et adresses des détenteurs de comptes permettant des transactions boursières.. On publie tout ça sur facebook, afin que les détenteurs soient connus de tous .. On saura qui aller voir en cas de pépin ..

  21. N’oublions pas que tout est à reconstruire, et pas seulement la finance !
    Je lis ici, souvent, de trés bons théoriciens, Paul en est un ! 🙂
    Vos plans sont bons, mais il est nécéssaire de les incorporer dans un schéma beaucoup plus vaste.
    Et puis, n’oubliez pas que le meilleur des architectes ne pourra jamais que réver son oeuvre si aucun maçon n’y met la main à la pàte.
    Voilà, vous savez réver, nous savons construire vos réves !

  22. C’est bien dit, mais la révolution n’aura pas lieu.
    Il y aura encore des révoltes éparses, exprimant le « ras-le-bol » des jeunes face au manque de perspectives, mais rien ne changera vraiment. Les structures du pouvoir sont bien cimentées, protégées par les lois, les rituels de la scène politique (élections, parade des personnalités politiques et publiques) sont bien rodés, ne l’oublions pas, un large partie de la population active a encore un travail, plus ou moins corréctement remunéré; elle est, sur ce plan, contentée. Le « ras-de-bol » s’exprimera probablement par une montée continue de la droite populaire.
    C’était le cas en Allemagne avant 1933: la République de Weimar était discréditée, la classe politique au pouvoir reputée de ne pas pouvoir résoudre les problèmes…….
    D’ailleurs, on observe en Europe une radicalisation des positions et orientations politiques et sociales. Dans une période de crises aigues, les gens demandent du noir ou du blanc, les nuances s’évanouissent.

  23. Pour changer de paradigme, déjà il faut que la majorité de la population sache ce que veut dire et ce que implique « changer de paradigme ». Une première étape serait peu être instruire, avec un outil plus puissant qu’un blog internet. Ainsi que vulgariser les differentes analyses. Une fois la majorité bien consciente de la situation, on pourrait espérer une mobilisation. Parce que là… Je voudrai pas être méchant, mais vous parlez chinois à beaucoup de gens.

    Si cette phase pédagogique est trop ardue, faut attendre les signes évidents de dégradation de vie pour tous. Là, les gens se mobiliseront. Il y a de la marge… 2,3,4 ans allez savoir. Et mon petit doigt me dit que notre oligarchie en est parfaitement consciente et que tout sera fait pour qu’une majorité continue de très bien vivre. Au détriment d’une certaine minorité bien sûr, mais connaissant la nature humaine, cela ne posera pas de problème.

    Dans tous les cas, sans la majorité, point de salut. Et quelles sont les souhaits de cette majorité ?

  24. Si les Occidentaux n’étaient pas aussi chlorophormés par la désinformation permanente et par leur gros confort matériel (leur faisant oublier leur misère morale), ils pourraient dès demain mettre en oeuvre la désobéissance civique et le boycott généralisé.

    Comme cela ne se produira pas avant longtemps, reste la violence ouverte des minorités les plus conscientes.

  25. Tout à fait d’accord, va falloir que Mr Jorion et Mr Leclerc mouillent leur chemise ….
    Regardez qu’on soit d’accord ou pas avec Nicolas Hulot, il n’empêche qu’il essaie de plus en plus de mouiller sa chemise et rien que le fait de parler de lui et tout ce qui va avec y compris les détracteurs font finalement avancer les idées d’une économie plus respectueuse de l’environnement et des individus.
    C’est la même chose pour Eva Joly qui a dû se dire que rester de côté à parler contre les paradis fiscaux et délinquants en cols blancs ne servait à rien, il fallait aller au combat !
    Alors Mrs Jorion et Leclerc, que faites vous ? quel parti ? un nouveau parti ? une super pétition à partir de votre blog, ou pourquoi pas la chasse aux signatures pour se présenter à la présidence ?

      1. Merci de résister à l’attrait du « Pouvoir » politique que votre force intellectuelle et votre maîtrise de plus en plus forte de l’élocution pourrait vous donner.

        Plus vous en resterez détaché, plus il y a une chance que votre influence grandissante (avec d’autres!) puisse aider à déboucher sur une refonte du système économique mondial vers la création d’une Chambre internationale de compensation, puis l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, puis la modification de la répartition de la VA (valeur ajoutée) » que vous citez dans cet ordre (http://www.pauljorion.com/blog/?p=27200) à travers, pour commencer, une conférence internationale post méga-crise (?).

        Bonne journée à toutes et tous :-

    1. @ Nader

      Lis un peu d’Histoire et tu verras que ce qui change le monde ce sont les idées, pas les partis politiques.

      1. Si on lit bien l’Histoire, on constate que les idées qui « changent le monde » sont nées de la frustration et du rêve d’avoir ce qui nous manque. La frustration , quand elle ne détruit pas, est créative.
        Meilleur moyen de tuer l’idée : Rendre simultanées et indissociables « la frustration » et « l’opulence » de sorte que la frustration ne soit plus créative et l’opulence soit soumission. Que fait la surconsommation ?
        Tant qu’on s’en gavera comme des oies, l’idée sera remplacée par des « remakes » . On ne peut plus créer ce qui pourrait « changer le monde », du moins le faire évoluer.

      2. J’ajoute que tu te contredis :
        Un parti politique est, en principe, une création (un organisme) fondée sur des idées.
        La question aujourd’hui est : y a-t-il un parti politique organisé (donc susceptible d’avoir un certain pouvoir, voire le pouvoir) qui a des idées ?

      3. @ Subias

        Je te parle de grandes idées qui ont changé le monde et toi tu me parles d’idées au ras des pâquerettes… Le Bouddha, Lao-Tseu, Socrates, Platon, Aristote, le Christ, Descartes, Rousseau, Marx, Nietzsche, Freud, Einstein… ça te dit quelque chose?

        « tu te contredis : un parti politique est, en principe, une création (un organisme) fondée sur des idées. »

        Tu blagues, j’espère… Ou alors ta naïveté est pathologique. Tu connais beaucoup de partis politiques qui ont changé le monde, toi? Tu crois vraiment qu’à la tête des partis politiques il y a des penseurs?

      4. @ Pablo75

        Tout à fait d’accord sur le principe que ce sont les idées qui changent le monde d’où la nécessité de réécrire ce que j’ai appelé – peut-être maladroitement – une « nouvelle bible » commençant par une nouvelle « Déclaration Universelle des Droits et Devoirs de l’Homme et du Citoyen » réactualisée (droit de propriété, primat de la construction sociale sur l’économique, juste répartition des richesses, solidarité et coopération internationale, respect des diversités, condamnation des paris sur les fluctuation de prix, etc…). Tout changement pour perdurer doit émerger d’une voix ou d’un texte à la puissance transcendante.

        Tu connais beaucoup de partis politiques qui ont changé le monde

        Il y en a eu au moins un, et ça a duré 70 ans en modifiant profondément les rapports de force internationaux : le Parti Bolchevique dont le programme s’appuyait, last but not least, sur la pensée marxiste, meilleur exemple confirmant notre opinion commune sur le rôle incontournable des idées.

      5. @ FOD

        On parle de vrais partis politiques, donc en démocratie. En Espagne aussi, sous Franco il y avait des « partis » (la Falange, par exemple) ou des « syndicats ». Ne jouons pas avec les mots, parce que à ce jeu-là on aurait pu dire que l’Allemagne de l’Est était une démocratie puisqu’elle s’appellait Deutsche Demokratische Republik.

      6. Pablo, tu cites des philosophes qui ont fondé des « doctrines philosophiques ». Moi j’ai répondu à ta remarque sur les idées (lesquelles peuvent aussi s’inscrire évidemment dans une doctrine philosophique) Ce n’est pas pareil. Quand je parle de l’idée, je ne parle pas évidemment (que) de celle du fil à couper le beurre…
        Pour moi, mais ce n’est qu’un point de vue, la philosophie s’inscrit dans la réflexion; l’idée (idée comme Idée) s’inscrit dans le pragmatisme et résulte de la réflexion. Et la politique est pragmatique parce qu’elle se doit (je pense) de concrétiser des « idées » (malheureusement actuellement trop souvent opportunistes)
        Quant aux partis politiques, je précise bien « en principe ». Mais l’interrogation qui suit n’est pas une question de dupe. En tout cas, s’il y a des « idées » dans les grands partis actuels, elles résultent selon moi d’avantage de la « réaction » (à l’actualité, à l’urgence, à la concurrence électorale …etc) que de la « réflexion ». Ce pourquoi elles ne sont qu’à court terme (le court terme est versatile) et ne peuvent évidemment pas changer le monde.
        Ce que je déplore et suis donc bien d’accord avec toi.

      7. FOD
        « Il y en a eu au moins un, et ça a duré 70 ans en modifiant profondément les rapports de force internationaux : le Parti Bolchevique »
        Il y en a eu un 2ème très important qui a changé le monde, le nazisme, fondé sur l’idéologie hégémonique de Mein Kampf s’inspirant des philosophes Hegel et Fichte. Et si le parti National Socialisme a duré moins longtemps, malheureusement ses « idées » hégémoniques et racistes persistent toujours insidieusement (et de plus en plus ouvertement en ce moment)
        En idéologie comme en démocratie, on trouve tout et son contraire….

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