DÉCROISSANCE DE LA DÉMOCRATIE, par Jérôme Grynpas

Billet invité

De part et d’autre de l’Atlantique, on assiste à la même danse du ventre destinée à amadouer un monstre polycéphale prêt à tout dévorer : les marchés. Certes, n’étant pas économiste, je ne veux pas entrer dans une  polémique assez sotte pour expliquer, soit que les marchés ont tort de s’effrayer car nous faisons ce qu’il faut pour les apaiser ; soit que nous mettons en œuvre des « régulateurs » pour  maîtriser « l’exubérance des marchés » tout en faisant des efforts, toujours plus d’efforts, car « on ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens » ; soit que, portésr par une sorte de mécanisme pervers, les marchés et nous courrons droit dans  le mur.

Mais on peut encore penser sans se comporter en économiste-amateur discourant dans le système à propos du système. On peut, on doit s’interroger politiquement. Rétablir la pleine souveraineté du politique en tant qu’il est à l’opposé de l’oligarchique (la domination du petit nombre) que toutes les formes du pouvoir tentent d’imposer. Hier, c’était le féodalisme, l’institution religieuse, l’absolutisme monarchique, la bourgeoisie du XIX°s., les dérives bureaucratique du soviétisme… Aujourd’hui, c’est l’économie capitaliste dans son stade actuel : l’industrie financière-privée internationale, activité hors loi qui impose sa loi à tous. Le politique aujourd’hui consiste, donc, dans la  reprise de la marche-avant du progrès, toujours plus  intensément, toujours pour plus de femmes et d’hommes.

Ce qui doit focaliser notre attention et nous pousser à l’action ce sont trois aspects qui confirment ce déclin du politique.

Primo, c’est le statut qu’on reconnaît a priori aux marchés, tels qu’ils sont aujourd’hui inscrits dans  l’imaginaire des gouvernés et des gouvernants et rendus tout puissants par cette unanimité. Les marchés, pensés comme incontournables, se présentent à nous comme un phénomène de nature. On ne lutte pas contre cela, on fait avec. Mieux on accrédite l’idée que la politique n’a qu’un but : obtenir leur confiance. Même en se bouchant le nez, tous s’y emploient : nos hommes politiques, leurs experts assermentés et la presque totalité de la « classe des causeurs ». Quant au public, à force d’être chapitré, il ne peut qu’en convenir. Certes, on parle de les réguler, ou plus exactement leurs enfants trop turbulents : les spéculateurs, mais rien de très précis, rien de concret, car, Dieu nous garde, si une de ces mesures venait à déplaire aux marchés.

Secundo, l’attitude des responsables politiques montre qu’ils renoncent ouvertement à décider en fonction du mandat qu’ils ont reçu de leurs électeurs. Ils officient en deux temps : élaborer et faire appliquer les décisions réclamées par les marchés et, ensuite, les faire avaliser par leurs mandants, dûment avertis de l’aspect inexorable de ces exigences. Ce faisant, ils avouent que cette part de la fonction démocratique qui réside dans la capacité de modifier le présent par une action concertée des citoyens est une fable. Il ne reste plus que le rituel. A tout prendre, cela n’intéresse que ceux qui en vivent. Quant au public, il suit en spectateur désemparé un scénario qui reste inchangé même quand on change les acteurs qui se démènent sur la scène.

Tertio, l’esprit démocratique s’estompe. Il est, entre autres, dévoyé par un populisme qui pourrit sur pied la politique. Il ne parle pas de progrès, se contentant de désigner « l’ennemi ». Quant à la décroissance, dernière trouvaille d’une certaine gauche, elle fait pendant à l’austérité. Plus généralement, les grands débats actuels se limitent au sociétal. On présente sans rire le tri des déchets comme une valeur civique et on accorde une part de son temps, de son argent – et toute son admiration – aux « bonnes œuvres ». Sans compter une des formes les plus graves de ce déclin démocratique : la transformation de bon nombre de partis en machine à faire carrière comme dans  la banque, l’industrie, l’épicerie fine ou l’université.

Quelques exemples en vrac. L’effondrement de l’URSS devait permettre une envolée pacifique des idéaux démocratiques. En réalité, on assista à un accroissement prodigieux de la financiarisation de l’économie mondiale. Les Etats-Unis et ses alliés en combattant la dictature de Sadam Hussein en Irak et celle des Talibans afghans devaient permettre la naissance de nouvelles démocraties. Maintenant, on espère se tirer d’un mauvais pas en acceptant le retour des pouvoirs féodaux, claniques et religieux. Restructurer, « moderniser », privatiser… sont les maîtres mots de l’heure.  Autrement dit, on remet en question la consommation sociale : le seul vrai acquis de l’après-guerre. Il faut chercher l’argent là où il se trouve dit la vox populi. Nos dirigeants et la sphère médiatique approuvent bruyamment tout en nous mettant en garde : il faut répondre aux attentes du marché. Il est loin le temps ou De Gaulle proclamait : la politique de la France ne se fait pas  à la corbeille. Maintenant, elle se fait à l’échelle du monde. Obama, en 2009, a été largement élu dans  l’enthousiasme en promettant des avancées sociales. Actuellement, il reste candidat  à sa réélection… par défaut. Etc.

Faut-il s’étonner si, à part une  panique diffuse qui s’étend jour après jour, rien ne bouge vraiment ici comme ailleurs ? Certes, il ne suffit pas de lancer des projets comme bouteilles à la mer, il faut proposer un projet politique de progrès et s’interroger sur sa socialisation.

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235 réflexions sur « DÉCROISSANCE DE LA DÉMOCRATIE, par Jérôme Grynpas »

  1. Quelques lectures corrélatives :
    “Le Monstre Doux” de Raffaele Simone (2010), qui donne des visions diverses de la “pourriture sur pied” des démocraties, et le “cerveau disponible” revu d’une certaine façon (Tocquevillienne !).

    “La stratégie du choc” de Naomi Klein, pour l’emprise du néolibéralisme, son instillation au moment des désorientation.

    Raffaele tente un tant soit peu d’expliquer pourquoi nous avons si peu d’anticorps intellectuel à cette chose.

    Enfin, gloser ou moquer le tri des déchets et l’épicerie fine, j’entends le fonds, mais il y a un hic. Il faut bien ré-instituer un “système de soin” (à la Bernard Stiegler p ex) en commençant par quelque part. Le tri est une forme d’attention porté à l’ensemble de ce qu’on manipule, qui doit contre-réagir sur la façon de consommer, en augmentant la demande en produits dont le tri est plus simple et la recyclabilité meilleure, en favorisant une initiative du trieur au-dela du geste mécanique.
    L’épicerie fine est certes un luxe du bobo qui échappe au LIDL, mais élargir la palette d’épice de votre alimentation, par exemple, est une forme de soin qu’on peut rapprocher de l’aromathérapie, cette façon de parler au cerveau par le nez. Si on ne voit rien d’holistique dans la cardamome ou dans le (la ?) coriandre, c’est un peu dommage. L’accès à un espace plus complet d’épices et de nourriture que celui auquel McDo voudrait nous voir adhérer est-il un luxe ? Alors, bien sûr, si vous mettez un indicateur de diversité, McDo s’empressera d’acheter du perlimpinpin pour satisfaire ledit indicateur. Donc pour éviter cela les perlimpimpins doivent être reliés à votre expérience de vie dans son ensemble (tel café pris à l’est de la méditerranée, pour la cardamome). Soyons large : Une pensée aussi au pounti d’Auvergne et enfin, pour éviter la censure(?), à la choucroute.

    1. Enfin, gloser ou moquer le tri des déchets et l’épicerie fine, j’entends le fonds, mais il y a un hic. Il faut bien ré-instituer un « système de soin » (à la Bernard Stiegler p ex) en commençant par quelque part. Le tri est une forme d’attention porté à l’ensemble de ce qu’on manipule, qui doit contre-réagir sur la façon de consommer, en augmentant la demande en produits dont le tri est plus simple et la recyclabilité meilleure, en favorisant une initiative du trieur au-dela du geste mécanique.

      Je plussoie, bien sûr.

  2. Les marchés ne sont pas une création naturelle mais un mécanisme financier.

    Leur obéir tel à des dieux est pathétique. La démocratie est morte lorsque des politiques normalement mandatés par des électeurs ne mettent en œuvre que des lois visant à satisfaire le monstre “marché”.
    Le système est devenu fou. Va t’on vers la déflation (vu le montant astronomique des dettes) ? Vers l’hyperinflation (vu le montant pharaonique des liquidités en place) ? Vers la stagflation (vue la récession économique inéluctable) ? Vers la slumpflation (vue la dépression probable et l’inflation inexorable du fait de la raréfaction des ressources naturelles) ?

    Les politiques réguleront l’activité du marché lorsque les électeurs le décideront, c’est-à-dire lorsque les électeurs seront devenus indépendants du système financier actuel.

    Un seul mot d’ordre pour chacun d’entre nous : se libérer des banques jusqu’à ce que des banques de détail au service de l’économie réelle soient recréées.

    Cinquantenaires et plus, vous qui avez bien profité du système, comprenez que vous êtes “le système”. Remboursez vos dettes, libérez-vous des banques, prêtez vos bas de laines à la jeunesse avant que la monnaie ne valle plus un clou !!!!

    Etre cartésien, c’est être raisonnable dans un environnement connu et défini. Restons cartésiens, mais il est urgent de changer le cadre. Nous sommes formatés à des dogmes de pensée unique obsolètes : rigueur pour les retraites, rigueur pour la sécu, encore plus de caméras pour plus de sécurité, encore plus de productivité pour plus de compétitivité; la valeur financière de nos biens n’est que virtuelle….

    Certains jeunes refusent ces dogmes et ont des projets. Avec de l’aide, ils auront le temps de recréer un réel…et ensemble nous reconstruirons sans aucun doute un monde imparfait mais plus humain et plus solidaire.

    Une seule attitude vis-à-vis des banques dans le contexte actuel : ni avoir ni dette.

    Une seule attitude vis-à-vis de soi : réaliser pleinement que nous possédons suffisamment pour être, et être solidaire de ceux qui n’ont ni gîte ni couvert assurés; pas question d’assistanat, mais de l’entraide : des échanges de services contre gite et couvert. La pitié n’a jamais fait se relever un homme, l’exigence dans le respect peut tout reconstruire.

    Refusons la guerre sous toutes ses formes! Nous en avons encore le pouvoir.

    1. Leur obéir vous dites ????????

      Vous plaisantez ????

      je dirais plutôt de la SOUMISSION et de la CAPiTULATION !

      c’est ignoble ce qui se passe !!!!

  3. Il semble clair désormais que progrès scientifique et technologique, ne rime pas avec progrès des relations sociales et du fonctionnement de la société. Les socialistes qui devraient se focaliser sur cet aspect des choses ne le font pas ou plus, c’est bien là le drame…
    On peut en effet imaginer réorienter nos sociétés vers plus de sobriété sur le plan matériel, mais plus de bien-être sur le plan des relations entre individus.

    1. Oui, je suis d’accord, une sobriété materielle qui créerait un pont d’equlibre ET avec un relationnel entre individus plus riche !

      Equilbre entre être et avoir !
      serait ce enfin le retour du bon sens au sens noble ?????

  4. Le Minotaure de la mythologie grecque peut nous aider à mieux saisir la crise actuelle. Un petit jeu de rôles en liant Envie à Phasiphaé, le taureau blanc avec Capital, le Minotaure avec Crédits et taux d’intérêts, Dédale aux banques, le labyrinthe aux produits financiers, Ariane avec le blog Jorion…
    Manque Thésée
    On peut le voir sur la photo, terrassant le Minotaure.
    Quelque part, Virgile raconte que “tous ans les sept jeunes gens et sept jeunes filles étaient envoyés en sacrifice en Crète, en expiation du meurtre d’Androgée, fils de Minos, par Égée, roi d’Athènes”… pour satisfaire l’appétit du Minotaure.
    La jeunesse grecque a compris le message.

    1. Hhmm… Justin : un “peu” plus large…
      Celle de l’argent.
      Et là, l’habitude et la prise en otage sont tellement anciens que je sens qu’il pourrait y avoir quelques “petites” difficultés.
      Nous sommes tous syndromés du Stockholm.
      Précision, le stockholm n’a aucun rapport avec le stock-echange et encore moins avec le lot de pièces à conviction de chère loque holms.

      1. Le marché et l’argent ne sont pas synonymes ? L’un ne va pas sans l’autre. ..Le problème est comment pratiquer l’échange sans argent ? Par le troc ? Faut pas croire que le troc va résoudre les problèmes…Même avec le Troc le rique est grand pour qu’il y aie un voleur et un volé…

        J’avais un patron qui me disait “Dans la vie il n’y a que des voleurs et des volés et quand les deux sont satisfaits cela s’appelle le commerce mais cela ne m’empêche pas d’être toujours du côté des voleurs !” Cela résume assez bien les relations humaines vues par un patron et c’est sans doute aussi l’attitude des riches!

        Pour se procurer se qui lui manquait l’homme a inventé la production et le commerce. Malheureusement, il a aussi inventé le profit…Les choses ont commencé à mal tourner quand le profit est devenu un but en soi..

      2. Nous sommes d’accord, Justin.

        Pensons bien toujours qu’il y a juste aussi les autres. Comme nous. Honnêtes. Par milliards, mais présents.
        Et c’est bien ça qui les fait flipper, les méga-riches.

      3. Je ne suis pas d’accord, depuis quand accuse t on le marteau quand on ne sait pas s’en servir sans s’exploser les doigts !!!!!

        L’argent est un outil, utile et pratique, quand l’esprit de l’utilsateur n’est pas dévoyé………..
        cherchez l’erreur !!!!!!!!!

        Un outil sert a construire ou fabriquer quelque chose de beau ou d’utile voire les 2 mais il n’a pas le pouvoir, du moins à ma connaissance de se comporter encore en entité autonome aussi stupide que certains esprits corrrompus !

        mais j’aime bien Pixar quand m^me……..enfin plutot j’adore;;;;;;..lol

    2. Y’en a d’autres malheureusement , mais elle sera bien dans les dernières,
      et une des plus coriaces.
      La lutte fera rage de l’intérieur.

      Le programme suite de “Big Brother aura mangé son chapeau” (Lisztfr) ?

  5. À ceci près que la décroissance n’est pas la chasse gardée de la gauche, j’en veux pour preuve une série de conférences sur le sujet s’étant tenues à l’université du MEDEF… de 2009!

    La démocratie? Le pire des systèmes à l’exception de tous les autres, une sorte de “TINA” avant gardiste, la justification ultime d’un philosophe mal coiffé fier d’être français pour bombarder un client retord et basané de Sa sublime talonnette, le bien nommé Nanoléon….

    L’atrophie de la démocrature, pourquoi ne pas s’en réjouir?

    1. Une des techniques préférées des puissants est de couper l’herbe sous le pied des changements qui les dérangent. Ils ont PARLE de la décroissance pour mieux la combattre. Tout comme aujourd’hui les riches disent vouloir contribuer aux recettes (un tout petit peu plus et pendant un temps très réduit) afin de lutter contre le vent de justice fiscale qu’ils sentent se lever. D’ailleurs, admirez la coordination : les 16 pleins aux as font une petite déclaration charitable et deux jours plus tard le gouvernement Sarkozy prend des mesurettes allant dans ce sens…
      Et certains ne se rendent pas encore compte qu’ils sont copains comme cochons.

      1. Les communicants ou l’art d’enfumer les peuples…………c’est fou ce que leur nombre a augmenté , c’est comme les puces sur le dos de Médor……….ça fourmille…….lors des propices saisons; donc avec les fluc tuations météorologiques c’est partout et du 365 jours par an !!!!

        Comme la mauvaise bière, beaucoup de mousse et imbuvable !

        enfin …..malheureusement pas encore pour tout le monde……..affaire de gout……..LOL

  6. Le capitalisme se casse la gueule … au meme moment que la démocratie …. dis donc dis donc…

    Ce serait pas la meme chose ?? Mais non annone ce blog !!!!

    Mais si, répond la plus grande démocratie (US) avec la plus grande armée du monde qui garantie
    son business. Mais si répond la ‘tite soeur (EU) qui est le plus grand marché du monde.

    Etonnant, comme ce dogme de la démocratie tient bien le choc. Faut dire qu’avec 200 ans de lavage de cerveaux les capitalistes-democrates-financiers-economistes-etc y ont mis le prix.

    L’investissement est rentable. Merci a vous tous démocrates pour que cela dure. (W. Buffet)

  7. C’est un scoop!
    Ce soir, sur TF1 ( tout un symbole ) notre unique et vénéré premier ministre va nous délivrer lors d’une causerie, les mesures destinées à rassurer les marchés financiers tout en nous jurant, la main sur le coeur ( c’est côté gauche, François, pas à droite, là c’est le portefeuille… ) qu’il a tenu à préserver le pouvoir d’achat des catégories les plus modestes ( remarquez, il n’y a plus grand chose à tondre)
    Donc, vous allez voir apparaître dans l’ordre,pour TF1, la ou le grand prêtre de la grand messe avec toutes ses bonnes questions déjà préparées, soumises à l’aval de Matignon, et qui sait du château, bref un animateur “passe plats” qui a judicieusement préparé le dialogue, avec juste ce qu’il faut de petites impertinences sans conséquences, histoire que l’autre puisse rebondir, sortir un bon mot et placer ses “éléments de langage” ( en bref, la Propaganda Staffel du bon vieux temps )
    Pour la forme, le maquillage très légèrement bronzé, mais pas trop, hein,même en vacances, il bosse chemise bleu ciel unie ( pas de liquette à la Trichet, svp, ce serait une faute de goût),peut être un léger travail sur le sourcil broussailleux ( ne pas lui faire le maillot, le sourcil ça accompagne le visage, voyez Brejnev) cravate discrètement rayée, costume bleu marine, donc la panoplie complète du notaire de province, qui connait bien des secrets, mais qui sait si bien gérer les affaires de famille! ( sauf que confondre un ménage et un état, ça peut plaire à la ménagère de plus de 50 piges, mais ça fait rigoler les traders ). Variante possible, pour le costar, un gris moyen à fines rayures ( soyons fous ) mais pas de chaussettes rouges, ça détonne avec le mocassin de chez Church.
    Le contenu étant forcément convenu, un peu comme lors d’un meeting avec l’Arlette travailleuses- travailleurs, etc ( ne vous y trompez pas, je l’aime bien, la mamy rouge) je ne m’étendrai pas là dessus, par contre, façon Canard, on peut parfaitement imaginer les p…de bonnes questions qui ne seront pas posées:
    – l’animateur qui a décidé de fusiller sa carrière et pointer chez Pôle Emploi ( ça ne rigole pas chez Bouïgues )
    -” Monsieur le premier ministre, ne pensez vous pas que les mesures d’austérité que vous allez soumettre au vote des députés sont en parfaite contradiction avec le discours de Toulon du Président de la République, et dans ce cas, est ce vous qui l’avez fait plier, ou bien le discours était du pipeau ?
    – Je sais que vous vous félicitez de l’appel des super riches à participer à l’effort collectif ( là, un grand couplet sur l’effort ne vaut que s’il est partagé par tous, tous ensemble, tous ensemble etc…), mais, première question, vu avez sans doute lu ,qu’ils exigent des contreparties “sans tabou pour les vaches sacrées” selon leur délicate expression; qu’avez vous donc à leur offrir en échange ( et du définitif , hein, pas du ponctuel, l’aumône c’est fait pour les pauvres, les réformes structurelles – y a du pognon à se faire et pour longtemps- c’est pour les riches)
    Là, réponse déjà préparée de François, et reprise de volée de l’animateur: parmi les 16 signataires de l’appel ,il n’y a ni les participants à la nuit du Fouquet’s et à priori notre bon patron de TF1…..Martin B…est ce un désaveu, un désamour, un chantage ?… ( PS le modo doit vérifier si tel est le cas je suis un peu à l’arrache, je dois aller faire un golf avec le DG d’une très grosse boite de luxe, fleuron du CAC et je compte bien lui mettre la pâtée )
    A ce moment là, l’oreillette du “journaliste” commence à chauffer…
    Je vous laisse imaginer toutes les questions qui ne seront pas posées ( on n’est pas au procès Dreyfus quand même!)
    A vous les studios!

  8. Les banques, hedge funds, assurances, etc, sont à l’origine des crises que l’on vit actuellement.
    Elles savent ce qu’elles font : elles ont donc un scénario et celui-ci a une fin, cela me parait clair : et c’est une fin adaptée à LEUR société, pas celles des peuples !

  9. Résumons le propos:

    Il ne peut pas y avoir de contestation efficace (*) du système qui lui soit interne, puisque l’hypothèse contraire reviendrait à considérer que le-dit système instaure volontairement le moyen de sa propre destruction. Le coup de bluff magistral du capitalisme moderne reste néanmoins d’avoir instauré une tolérance à une certaine dose de contestation, dont le seuil est précisément défini par la capacité que cette dernière comporte à le faire vaciller.

    Ainsi, la contestation est par construction admise tant qu’elle n’a pas d’effet sensible, et ne l’est bien entendu plus du tout lorsqu’elle menace d’obtenir des résultats. Tout ceci offre au système un formidable outil de légitimation, ce que Franck Lepage appelle fort justement “de la liberté d’expression à bon compte”. Voir, entre autres choses, les résultats de l’action syndicale sur les grands sujets du moment, par exemple.

    Dans ces conditions, pour pouvoir atteindre le seuil d’efficacité de la contestation du système, il faut commencer par en sortir, sous peine de s’enfermer dans le rôle de Don Quichotte.

    (*) contestation efficace: qui soit susceptible de le faire disparaître.

    1. Merci à cette dissonance pour la distorsion d’après….. Nos moulins sont d’avant.
      Art money ou harmonie du monde ?……

    2. Comme la chèvre de monsieur Seguin,
      elle a une longue corde mais son espace est restreint,
      suffisamment longue pour qu’elle puisse brouter,
      suffisamment courte pour qu’elle ne puisse pas se casser
      Karpatt

  10. Je ne comprendrais jamais les contempteurs des concepts de décroissance et apparentés :
    La lecture d’un livre “le discours sur la servitude volontaire” :
    http://fr.wikisource.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire/Français_moderne
    , leur serait à tous d’un très grand profit, et le profit qu’ils tireraient de cette lecture serait encore plus grand pour le reste de l’humanité, (et surtout leur propres enfants/patrie) qu’ils éviteront ainsi de réduire en esclavage.

    Comme disait Maine de Biran :”les philosophes du XVIII n’ont pas connu l’homme”., rien ne vous oblige de les singer, et encore moins de les cannibaliser.

    “Que l’évèque qui condamne Jeanne D’arc se nomme Cauchon, que le gendarme qui brise la machoire de Robespierre s’appelle Merda, se sont les clins d’oeil que l’histoire fait aux écoliers”.
    Gilbert Cebron.
    Renvoyez moi tout ces “dé-croissant-istes” sur les banc de l’école, au lieu de les laisser se gaver de “pas de pitier pour les croissants” du club dorothée.

  11. Je pense qu’on se trompe d’ojectif et qu’on se focalise beaucoup trop sur la toute puissance des marchés, l’économie est déjà aujourd’hui en grande partie démonétisée.
    http://www.noetique.eu/livres/economie-demonetisee
    Si nous voulons progresser, il nous faut lacher prise en pensant autrement et laisser les marchés de côté.
    Si nous nous engageons pleinement dans cette démonétisation avec des exemples concrets, nous arriverons je pense à stimuler un élan citoyen qui permettra de mettre l’homme à sa place non plus d’exécutant mais de créateur.
    Et je pense qu’à ce moment, c’est le savoir pris dans son ensemble qui deviendra le pouvoir.

    1. Comment parler de “société post-démocratique” alors que certains pays ne l’ont jamais pratiquée et y aspirent.
      En ce qui concerne l’U.E. c’est une condition d’entrée impérative.
      Dans nos pays de tradition démocratique il existe une frustation relative au système démocratique. L’on est devenu anti-démocratique de gauche ou anti-démocratique de droite ou d’extrême droite. Ces derniers s’activent et le populisme cache un discours d’une nouvelle intelligentsia manipulatrice. J’ai fait un petit trip sidérant dans la blogosphère et découvert des théorisations si bien élaborées qu’on à peine à distinguer la bête tapie dans son antre.

      Après la patrie en danger, voici le temps de la démocratie en danger. Pour la sauver, il faut la perfectionner.

  12. Le problème est que les gens veulent une classe politique capable d’influencer positivement leur vie quotidienne, pour qu’ils puissent faire des plans pour l’avenir, d’avoir une vie professionnelle qui soit en peu plus prévisible. Il fut un temps en France où les personnalités politiques étaient un modèle pour les écoliers. La mondialisation, et surtout le primat de la finance a tranformé la classe politique en acteurs soucieux de leur carrière personnelle, en gens qui pensent à la présidence en se rasant.
    Napoléon III, Benjamin Disraeli (premier ministre de la reine Victoria) ou Bismarck ont fait de la réelle Politique; la classe politique actuelle ne fait que gérer, appliquer des directives venant des organisations supra-nationales, obéir aux pressions de plus en plus fortes. Ce qui donne l’impression que les politiques sont médiocres, ou des incapables…………..
    Ce qui est curieux, c’est que le publique semble acquiescer cette réalité, comme une fatalité.

  13. si ce blog n’était pas modéré, on pourrait raisonnablement dire que mr Grynpas est un clandestin, une taupe du camp adverse. je continue donc de m’interroger.

    Tertio, l’esprit démocratique s’estompe. Il est, entre autres, dévoyé par un populisme qui pourrit sur pied la politique. Il ne parle pas de progrès, se contentant de désigner « l’ennemi ». Quant à la décroissance, dernière trouvaille d’une certaine gauche, elle fait pendant à l’austérité.

    on aurait aimé quelques précisions sur le populisme, ce qu’il signifie, qui le pratique etc.. dans un billet sur la démocratie, comment peut-on passer à cette vitesse sur ce mot ?

    ensuite la décroissance. un peu de matière dans vos réflexions, s’il vous plaît. déjà cette phrase me semble dépourvue de sens, ou d’un sens si abscons que c’est tout comme, sauf à vouloir signifier que ce concept ne vaut pas une phrase sensée. les décroissants sont à l’avant-garde, sachez-le et tentez d’approcher leur pensée divergente. la décroissance matérielle nous sera imposée tôt ou tard, probablement plutôt tôt que tard. lisez, lisez, pas les éditorailistes ni les économistes. il y a donc lieu d’y réfléchir activement pour que la transition se fasse le mieux possible, car ce pourrait-être un véritable film d’horreur. et si les propositions actuelles de la décroissance ne vous conviennent pas, il faut en trouver d’autres autour de ce concept.
    j’en profite pour commenter Paul qui n’accroche pas encore bien sur ce concept, en doutant du modèle des multiples petites villes par exemple, se questionnant sur l’avenir de los angeles dans un tel contexte. c’est assez simple me semble-t-il. cette ville disparaîtra, à la manière de Detroit pour commencer puis finira cité abandonnée.

    mr grynpas, il faut travailler vos sujets. vous faites dramatiquement baisser la qualité des interventions. et puis vous nous faites une proposition, petite si vous voulez, un de ces jours. la phase constat est terminée.

    1. @ avionnette

      mr grynpas, il faut travailler vos sujets. vous faites dramatiquement baisser la qualité des interventions. et puis vous nous faites une proposition, petite si vous voulez, un de ces jours. la phase constat est terminée.

      Je considère pour ma part que Jérôme fait grimper le niveau des interventions, en mettant les concepts en perspective et en interrogeant à un niveau fondamental. Je vous rappelle que Jérôme Grynpas est philosophe, pas économiste ou homme politique. Chacun son rôle.

      1. juste pour savoir, est ce que l’auteur a connaissance de l’intégralité des commentaires comprenant aussi ce qui n’a pas été publié en ligne ? ou pas ?

        1. Réponse : non. Il y a déjà assez de commentaires à lire en ligne pour l’auteur du billet et auxquels il peut répondre sans charger en plus la barque avec les commentaires qui de toute façon ne présentaient pas d’intérêt ou tombaient sous le coup des règles de modération du blog.

    2. C’est vrai, avionnette. Pour comprendre la décroissance, M. Grynpas pourrait commencer par relire ses classiques, par exemple Epicure. Et puis continuer avec l’article de Olivier P. Gosselain sur la slow-science… “Plaisir et créativité”, c’est ça, la décroissance!

      1. @ renou 24 août 2011 à 23:49

        @JA, « Je vous rappelle que Jérôme Grynpas est philosophe… » La crise est vraiment totale…

        Bien d’accord. Il faudrait écrire : “Jérôme Grynpas se dit philosophe”. Un vrai philosophe ne se permet pas d’écrire toutes ces approximations, comme d’autres l’ont relevé ailleurs :
        http://www.le-ciel-et-la-terre.info/articles/reponse-a-larticle-de-mr-jerome-grynpas-philosophe
        et comme les réactions de ce blog l’ont montré.
        Il est des billets, rares certes, qui font baisser le niveau du blog à des discussions de comptoir. Vigilance, Alexandre.

        1. @ Alain V

          Vous m’excuserez, mais la critique venant d’un type – Alexandre Girardot en l’occurrence, sur le lien que vous pointez – qui est fasciné par la théorie de fluctuations quantiques de la métrique des frères Bogdanov, je prends son jugement sur ce qu’est la philosophie avec des pincettes d’une taille que la résolution du blog ne me permet pas d’afficher sans dépasser les bords de 3 m de chaque côté 😉

          Ce n’est pas parce que vous et plusieurs autres n’êtes pas d’accord avec la réflexion de Jérôme que cela fait de lui un “faux” philosophe ou que le niveau baisse. Il faut faire la part des choses.

      2. Quant à la décroissance, dernière trouvaille d’une certaine gauche, elle fait pendant à l’austérité. […] On présente sans rire le tri des déchets comme une valeur civique et on accorde une part de son temps, de son argent

        Le problème est que l’auteur du billet mélange réflexions et opinions. La différence entre les deux, c’est une argumentation.

    3. Si vous présentez la décroissance comme quelque chose de subit, vous n’arriverez à rien du tout.
      C’est en cela que réside le problème des décroissants et leur manque de crédibilité.
      Par contre si c’est présenté de manière créatrice, avec des réalisations à la clef, on a beaucoup plus de chance de développer une crédibilité.
      En tant que technicien qui s’occupe des questions énergétiques depuis trente ans, je peux vous certifier qu’il n’y a aucune difficulté technique de diminuer par dix la consommation d’énergie sans perdre de son bien être.
      Ce n’est qu’une question d’organisation sociale et pour cela nous avons besoin de philosophes

  14. Si on voulait être méchant on pourrait citer la tirade de Baudelaire sur le progrès dans fusées ou journal intime je sais plus

      1. M le président………….j ‘n irais pas à la guerre………LOL

        Gudule jamais ne se séparera de son frigocongélateur…………….LOL

  15. Je me souviens d’un livre de blagues belges, signé Van der Bout et Hen Train. Je ne me souviens d’aucune des blagues. Mais, je ne sais pas pourquoi, je préférais celles de Hen Train. Aucune n’était signée.

  16. @Jérôme Grynpas : “Autrement dit, on remet en question la consommation sociale : le seul vrai acquis de l’après-guerre.”

    C’est quoi “la consommation sociale”? La société de consommation? Si oui, pourquoi vous n’employez pas le vrai terme? Auriez-vous peur de dire “je défends la société de consommation”? Si non, pouvez-vous expliquer?
    Merci d’avance.

    1. J’avais pas lu tous les commentaires. L’auteur avait répondu plus haut à quelqu’un d’autre s’étant fait la même réflexion: “Par exemple, un des aspects les plus révulsifs du siècle de Louis XIV, c’est la consommation excessive pratiquée à la Cour quand la France laborieuse passait de famine en famine. Le progrès est avant tout un progrès matériel, donc un accroissement de la consommation.”

      Notre “philosophe” confond une consommation excessive relative (celle de Versailles, qui ne disposait pas même d’électricité, d’eau chaude, de sanitaires, etc) et une consommation excessive absolue (c’est-à-dire qui n’est pas tenable à l’échelle de notre planète et étant donné notre capacité actuelle à générer de l’énergie à partir des ressources limitées disponibles).
      Quand j’entends une phrase du genre “Le progrès est avant tout un progrès matériel, donc un accroissement de la consommation.”, j’ai envie de citer Stuart Mill: “Vaut-il mieux être Socrate mourant qu’un porc satisfait?”. La réponse est une question de goût, sans doute. En tous cas, ce blog montre de plus en plus qu’au niveau de la pensée, on est un peu resté calé à Keynes et aux trente glorieuses.

    2. “Consommation sociale” = part de la consommation globale d’une société prise en charge et rendue possible par la redistribution des revenus de cette société (santé, éducation bien sûr, etc), peut-être
      Ça vous dit rien monsieur Moyien ?

      1. Le vin, tu oublies le vin dans ta liste.

        Je vois bien la porte de sortie honorable que tu te cherches, mais quel rapport avec l’exemple Versaillais? On consommait un excès de médicaments et de livres à la cour de Versailles et c’est pour ça que le peuple a râlé?

      2. @Moi

        Le vin dans la “consommation sociale” ? Et bé alors on va dire que “ta consommation sociale” a sacrément un pet dans l’aile depuis les glorieuses, mon biquet. La consommation annuelle de vin exprimée en litres d’alcool pur par tête de pipe française de plus de 15 ans a été diminuée par 3 entre 1965 et 2010, passant de 21 litres d’alcool pur, soit grosso-merdo 180 litres de vin par an à 7 litres, soit 60 litres… Et même les consommations de spiritueux ou de bière ont diminué dans l’intervalle, moins certes, de l’ordre de 10 % pour chacune avec respectivement 2,7 et 2,2 litres d’alcool pur en 2010, mais bon, ta “consommation sociale” d’alcool est bien à la modération depuis 50 ans, pour le pinard c’est même la décroissance vertueuse radicale.
        Pour l’exemple versaillais, je n’avais pas lu encore la réponse de Grynpas, mais je constate qu’il corrobore ma remarque sur le sens de “consommation sociale” et que tu avais commis un lourd contresens en faisant l’amalgame avec la consommation globale de la société, avec sans doute, à moins de la plus parfaite sottise, un usage encore nettement immodéré de la plus parfaite mauvaise foi de la part de notre cher VRP Moyien…
        Et dans ta veine sophistique, en employant ta grille de lecture, devrais-je comprendre qu’à tout prendre tu trouverais préférable la sur-consommation “relative” versaillaise parallèle à la modération consumériste forcée du bon peuple à la “consommation sociale” effrénée inhérente à la modernité dont, que tu le veuilles ou non et conformément à ce qu’en dit ton concitoyen Grynpas, le progrès social fut essentiellement constitué de l’amélioration matérielle autorisée en grande partie par ce que j’ai défini comme l’auteur par la “consommation sociale” ?
        Et puisque pour censément renforcer ton “argumentaire” tu vas chercher bien ironiquement le secours du père de l’utilitarisme dans une citation extraite précisément de son texte sur “L’utilitarisme”, peut-être pas inutile de rappeler les termes exacts du cher John Stuart dans son contexte :
        C’est un fait indiscutable que ceux qui connaissent également deux manières de vivre et qui sont également capables de les apprécier et d’en jouir donnent une préférence marquée pour celle qui emploie leurs facultés supérieures. Peu de créatures humaines consentiraient à être transformées en l’un des animaux les plus vils parce qu’on leur promettrait de leur allouer les plaisirs des bêtes ; aucun être humain intelligent ne consentirait à devenir imbécile, aucune personne instruite à devenir ignorante, aucune personne de cœur ou de conscience à devenir égoïste et vile, même s’ils étaient convaincus que l’imbécile, l’ignorant et le vaurien sont plus satisfaits de leur lot qu’eux du leur. Ils ne voudraient pas renoncer pas à ce qu’ils possèdent de plus qu’eux pour la plus complète satisfaction de tous les désirs qu’ils ont en commun avec eux. Si jamais ils imaginent qu’ils le voudraient, c’est seulement dans les situations de malheur si extrêmes que, pour y échapper, ils échangeraient leur lot contre n’importe lequel, même s’il leur paraît indésirable. Un être qui a des capacités supérieures exige plus qu’un être d’un type inférieur pour être heureux, il est probablement capable de souffrir de façon plus aiguë et il est certainement vulnérable sur plus de points. Mais, en dépit de ce handicap, jamais il ne saurait réellement souhaiter tomber dans ce qu’il sent être un degré plus bas d’existence.

        Nous pouvons bien donner à cette réticence l’explication que nous voulons ; nous pouvons l’attribuer à l’orgueil, nom qui est donné sans distinction à certains des plus estimables sentiments – et des moins estimables – dont l’humanité est capable ; nous pouvons la ramener à l’amour de la liberté et de l’indépendance personnelle auquel les stoïciens faisaient appel comme à l’un des moyens les plus efficaces pour inculquer cette réticence ; à l’amour du pouvoir ou des sensations fortes (excitement) qui entrent tous les deux pour une part dans cette réticence ou y contribuent. Mais l’appellation la plus appropriée, c’est le sens de la dignité que tous les êtres humains possèdent sous une forme ou sous une autre et que certains possèdent – mais le rapport n’est pas toujours rigoureux – à proportion de leurs facultés supérieures, sens qui est une part si essentielle du bonheur chez ceux chez qui il est intense que rien de ce qui s’y oppose ne pourrait autrement que de façon momentanée être pour eux un objet de désir. Quiconque suppose que cette préférence est un sacrifice du bonheur, que l’être supérieur, dans des circonstances identiques, n’est pas plus heureux que l’être inférieur, confond deux idées très différentes, l’idée de bonheur (happiness) et l’idée de satisfaction (content). Indiscutablement, l’être dont les capacités de jouissance sont d’un niveau inférieur a les plus grandes chances de les voir pleinement satisfaites tandis qu’un être supérieurement doué sentira toujours que le bonheur qu’il recherche, vu la façon dont le monde est constitué, est imparfait. Mais il peut apprendre à supporter ces imperfections, pour peu qu’elles soient supportables et il ne sera pas jaloux d’un être qui, à vrai dire, est inconscient des imperfections parce qu’il ne sent pas tout le bien qu’elles donnent.Il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait, il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Et, si l’imbécile et le porc sont d’opinions différentes, c’est seulement parce qu’ils ne connaissent qu’un côté de la question. L’autre partie, pour la comparaison, connaît les deux côtés.
        John Stuart Mill, L’Utilitarisme (1871)

      3. vigneron,

        “je vous avoue que je ne partage pas votre allergie à propos de la « consommation ». Nous consommons tous des biens matériels et immatériels. Le problème n’est pas tant dans le « gaspillage » que dans celui d’une juste répartition.”

        Le problème est dans les deux, l’excès de consommation relative et absolue. Sinon, c’est l’antienne keynésienne que tu aimes tant…

      4. « Celui qui est un peu familier avec les mystères du mal (qu’on doit ignorer par le cœur, mais non par la tête), celui-là sait que la plus haute corruption est en même temps la plus spirituelle, qu’en elle à la fin disparaît tout ce qui est naturel, la sensualité, la volupté même, et que celle-ci se change en cruauté »

  17. Un hymne au consumérisme est un peu curieux venant d’ un philosophe .
    Il me semble qd meme que si un progres technologique apporte (parfois) un gain sur la pénibilité de certaines contraintes liées a la satisfaction de besoins essentiels (en restant ds le domaine du “nécessaire” , il me parait évident que ce “mieux etre” ne s’acquiere qu’au dépend d’ une perte d’ humanité ………. et que si ce sacrifice peut etre considéré comme indispensable ou simplement positif , il est bien d’en etre consient , lucide et de se poser certaines questions.
    L’exemple trivial du congélateur , grand “progres” s’il en est est caractéristique …c’est un outil de destruction massive des interactions sociétales .

    1. J’aimerais que vous explicitiez votre dernière proposition.
      J’estime que le congélateur est un produit positif dans la construction sociétale.
      Il permet aux femmes ( une moitié de la population) de gagner du temps grâce à la préparation préalable des repas pour la semaine; ainsi si elles désirent consacrer ce temps à la participation d’un comité de quartier, elle le peuvent. Un comité de quartier ce n’est pas un comité festif de commerçants. Il faut étudier les règlementation et en débattre, pour obliger ensuite les autorités ou les sociétés privées à respecter l’avis des citoyens-usagers de la démocratie. C’est le premier degré, utiliser l’arsenal légal pour empêcher les situations de fait et les abus de pouvoir et je témoigne que cette activité collective est chronophage. Vive le surgélateur.

      1. Ce que kercoz veut dire, c’est qu’il y a beaucoup d’autres manières de consever les aliments que ce foutu congel.
        Ces manières beaucoup plus naturelles de conserver les aliments tissaient des liens dans les sociétés agraires d’antan, ce qui ne veut pas dire qu’on va revenir à ces sociétés.
        Comment feront nos petits enfants lorsqu’il ne disposeront plus que de 40% du pétrole que nous disposons aujourd’hui?, ….sans congel!

      2. @Béotienne:
        Allons y pour le congélateur ….. Mon propos est entierement théorique et son but est de poser des questions .
        Avant le congélateur …..une bonne pèche , 2 douzaines de maquereaux , et la flemmede secher etc ….j’en file au voisin , je bois le coup avec lui …je fais 5 bornes pour visiter un cousin qui m’a prèter un cheval ……..on casse la croute , prend le temps d’avoir des nouvelles , RDV pour un repas et une partie de chasse etc …….
        1 mois plus tard le voisin a du bol : 3 lievres ..il m’en refile 1 ….
        J’ai donc échangé mes poissons contre d’autres biens et réactivé des interactions prioritaires …..
        3 ans plus tard , la ferme du voisin brule …je prends un de ses trois enfants at home en attendant qu’il s’en remette …….
        Version congélateur :
        Le voisin est assuré ,je détourne la tete , qu’il se démerde ….. de toutes les façons , nos rapports sont tendus (chiens bruyants etc …) et aucune interaction , interdépendance ne nous obligent a inhiber l’agressivité ….
        Pour le “comité de quartier ” , je me permets de pouffer …c’est juste une tentative de feed back qui tente de palier a un manque ressenti ….Mais sans les contraintes , ça me semble pipo …

        Attention , je ne dis pas qu’il ne faut pas de congélo …caverne et Moyen age ..etc …. c’est juste pour fixer le truc : CHAQUE GAIN DE PRODUCTIVITE EST UNE PERTE d’ HUMANITE ….Faut juste en etre lucide et conscient des dégats …dégats cumulatifs , collateraux etc …

      3. @ kercoz
        Pour un peu contrebalancer votre description idyllique… c’est aussi une perte de l’esprit de clocher, « entre-nous, on se comprend », mais l’étranger au village « celui qu’est pas comme nous, pas d’chez nous » par contre… Sans oublier les querelles entre voisins qui passent de génération en génération sans même savoir pourquoi. Cette humanité-là, merci bien.

        Et c’est toujours bien vivant. un mien cousin menuisier installé depuis plus de 30 ans dans un village de la France profonde, a beau partager, s’intégrer…, il reste toujours ce bon fond d’esprit de clocher. C’est «le belge» et quand on a besoin d’un menuisier, on préfère aller à la ville à 50 Km (du même département bien-sûr).

        T’ain, j’ai précédé Vigneron… 😉

      4. @Michel Lambotte :
        C’est un peu ça …mais ce n’est pas le coté “naturel” des modes de conservation que cet exemple voulait surligner ….c’est l’impact collateral , inconscient et involontaire d’un objet ou une methode , dont les AVANTAGES immédiats cachent des implications qui peuvent etre sournoises et parfois catastrophique …les exemples abondent et on est là ds la complexité et nos solutions linéaires destructrices :
        -les phoques boufent 1/3 des saumons ds certaines iles polaires …….on supprime la population de phoques …et il n’ y a plus que 10% de saumons ……..les phoques mangeaient aussi les alevins d’un prédateur majeur du saumon….
        -Autre ex que j’ai déja développé : limiter la population de façon pré-natale alors qu’ elle se limitait de façon post-natale peut etre vu comme un progres du point de vue sanitaire et humaniste , …mais il est assez facile de soutenir la thèse que c’est catastrophique du point de vue survie de l’ espece et surtout de la civilisation …bon , c’est pas Bisounours et a ne pas mettre ds ttes les mains , mais pour moi c’est carrément évident .

        @FUJISAN:
        C’est le problème de la sous -traitance /délocalisation des “fonctions régalienne”, dures a porter mais qui faisaient de l’individu un etre complet , obligé de responsabiliser ses actes …… remplacer le “flic ds la tete” par un car de CRS en bas de l’immeuble , …est ce vraiment un progres …Mous n’avons fait que changer d’aliénation et je ne suis pas sur que la nouvelle nous valorise en tant qu’individu . Le cliché de la vie de village infernale c’est un peu court et facile pour excuser la solitude de l’urbain en miette .

      5. @ Kerkos

        CHAQUE GAIN DE PRODUCTIVITE EST UNE PERTE d’ HUMANITE

        Oui j’approuve.
        Dans le cadre professionnel c’est indéniable.
        Cela ne doit pas nécessairement contaminer notre vie privée. Du temps gagné dans ce cercle peut être consacré à augmenter la convivialité ou notre engagement démocratique, réfléchir, agir, résister.

        Les comités de quartier ne font pas pouffer les autorités , communales en Belgique, et je suppose , municipales en France. Par expérience, je sais qu’elles essaient de les contrôler et de les noyauter; nous sommes ici à l’échelon de la démocratie locale.
        Bref pour le citoyen l’occasion d’affirmer ses exigences collectives à ce niveau.
        L’urbanisme est une matière hautement explosive dans différents domaines, intérêts privés aveugles, ( qui déterminent les décisions politiques locales au prétexte du développement économique), incompétence ou colluson des pouvoirs publics, pollution, donc santé, plans de mobilité, gestion de l’environnement: mesures appropriées aux changements climatiques – atteintes aux nappes phréatiques- suppression des haies et donc d’un instrument régulateur lors de fortes pluies, instaurer des espaces de convivialité en ville etc…

        Voilà le surgélateur par le gain de temps qu’il génère dans la vie privée permet une reconversion utile de ce temps dans l’intérêt collectif et si la volonté est de la partie, aussi dans la convialité, par exemple, organiser BBQ avec ses voisins pour faire connaissance.

        Ce qui me paraît donc important c’est d’empêcher les dérives productivistes de coloniser nos vies privées.
        Les moyens de résistances existent, utilisons les.

        Je vous invite à consulter cette vidéo très intéressante qui m’incite à écrire: il faut rendre une histoire à l’avenir .

        http://www.youtube.com/watch?v=IHODZz4c36w

      6. @Beotienne :
        ///////////Voilà le surgélateur par le gain de temps qu’il génère dans la vie privée permet une reconversion utile de ce temps dans l’intérêt collectif et si la volonté est de la partie, aussi dans la convialité, par exemple, organiser BBQ avec ses voisins pour faire connaissance.////////////

        La vraie question est de se demander pourquoi il est necessaire de faire connaissance avec des voisins ! Dans la vraie vie , les interelations avec des voisins sont nécessaires evidentes , obligatoire , positives ou négatives , négociées a chaque instant ….Gagner du temps pour organiser ces relations c’est vivre a l’envers . Nous avons cassé le groupe , puis nous avons dividé l’individu (sacrilège!) afin de “gagner”du temps ! …Le temps ne se gagne pas , on ne pêut que le perdre …c’est un truc d’entropie …les relations de voisinage se vivent et se subissent par nécessité et par besoin , pas par mauvaise conscience .
        Mes congélos sont p^leins et je distribue courgettes et concombres , ce qui me “prend du temps” ..mais c’est comme ça ! par obligation et par plaisir , le don est un plaisir frauduleux puisque le contre don sera un second bénéfice ….

    2. maIs bien sur, Ils auraient du s’en servIr pendant la guerre d’IRAK…………..

      si voulez jetez le votre commencez donc le premier ………dans les cavernes la viande faisandée c’est le top progrés pour les interactions sociétales létales……..!!

      que du bonheur ………..

      1. Comme pour les concepts économiques de croissance, il a la macro-décroissance et les micro-décroissances.
        Ce jour j’ai appliqué la micro-décroissance en installant une citerne pour récolter ce don gratuit du ciel: l’eau de pluie.
        C’est peu cher et mon intérêt y trouve son compte, + une goutte d’eau dans l’intérêt général, sauf que dans la durée, les gouttes s’accumulent..

    1. Oui je micro décroisse aussi, mais en mode micro majeur seulement, en versant quotidiennement l’eau non consommée de mon berger aux plantes

  18. Je viens de lire les commentaires sur la décroissance: telle qu’elle semble être envisagée par ses promoteurs, elle nécessiterait une volonté de chacun de réduire sa consommation personnelle (au profit de tous).
    Mais que se passe-t-il si ne serait-ce que l’un d’entre nous ne veut pas jouer le jeu ? Que se passe-t-il si je souhaite posséder une plus grande maison que mon voisin ? Ou 2 voitures au lieu d’une ? Il suffirait qu’un seul individu fasse un choix de vie inverse pour que le système s’effondre. A moins d’un contrôle social très fort (interdiction de posséder 2 voitures / politique de l’enfant unique etc.). La décroissance implique donc la perte d’un certain nombre de libertés individuelles chèrement acquises au cours des siècles; à mon avis on arriverait assez rapidement à une décroissance de la démocratie…

    1. “La décroissance implique donc la perte d’un certain nombre de libertés individuelles chèrement acquises au cours des siècles”

      C’est exact. Encore faut-il considèrer qu’avoir 3 téléviseurs chez soi est une liberté individuelle imprescriptible. Si par exemple j’ai envie d’empoisonner l’eau potable de mon village en faisant des lessives massives avec des produits hyper-toxiques qui lavent plus blanc que blanc, c’est une liberté individuelle chèrement acquise au cours des siècles? Ou, si j’ai envie de fumer au milieu d’une crèche remplie d’enfants, j’ai le droit?
      La question est: l’acte de consommation tel qu’on le conçoit dans une société de consommation comme la nôtre est-il nuisible pour autrui ou pas? Si oui, on peut l’interdire. En économie, cela s’appelle “prendre en compte les externalités”. Et cela ne se fera pas avec le consentement satisfait de ceux qui bénéficient de leur oubli actuel (cela va du gros producteur au gros consommateur, c’est-à-dire toute la société de consommation, en tous cas moi cela me fera très mal).
      Je veux pas paraître ecolo-baba-cool, mais les peuples “primitifs” faisaient tous très attention à cela. Par exemple, on ne tue des bisons que pour manger, si on en tuait plus, cela nuirait à autrui (on sait ce qu’en ont fait les chasseurs de bison américains blancs avec leur liberté individuelle chèrement acquise).

      Au fait, cela rejoint ce que Paul veut appliquer à la finance: séparer le comportement socialement utile de celui qui est nuisible et interdire ce dernier. Bizarre qu’il oublie d’appliquer la règle à la société de consommation.

      1. La question est: l’acte de consommation tel qu’on le conçoit dans une société de consommation comme la nôtre est-il nuisible pour autrui ou pas? Si oui, on peut l’interdire. En économie, cela s’appelle « prendre en compte les externalités »

        En économie ça s’appelle plutôt la “tragédie des biens communs”, un classique “dilemme du prisonnier”. La question n’est pas tant de savoir si la société de consommation est nuisible pour autrui ou pas, mais de savoir qui décide ce qui est nuisible ou pas. Et il semble que la majorité n’est pas prête à changer de paradigme…

      2. à Sylvain :
        /////La question n’est pas tant de savoir si la société de consommation est nuisible pour autrui ou pas, mais de savoir qui décide ce qui est nuisible ou pas. Et il semble que la majorité n’est pas prête à changer de paradigme…/////

        Comme si nous allions “choisir” qq chose ! …C’est a coup de pied au fesses que nous allons changer de paradigme .
        La décroissance ne peut etre endogène , voulue …. (sauf pour ceux qui voudront individuellement “tomber” de moins haut) …elle est un fait déterminé , contraint , et déja en cours . La seule liberté du “JE” dans ces chaines, est d’optimiser les situations conjecturées comme inéluctables ….et ce ne peut , me semble t il, se faire qu’individuellement .

      3. Comme si nous allions « choisir » qq chose ! …C’est a coup de pied au fesses que nous allons changer de paradigme .

        Mouais pas convaincu. Certes des biens / services que nous consommons actuellement se raréfieront, leur prix augmentera petit à petit et les gens ne consommeront plus ces biens / services devenus trop cher. Ils consommeront autre chose voilà tout.

    2. La “décroissance” va se faire par nécessité. Elle est déjà en cours dans certains domaines : le logement en région parisienne (des ingénieurs logés comme jadis des employés), les vêtements (de piètre qualité)… Cela va s’accélérer, le prix de l’énergie et des matières premières augmentant plus vite que les salaires. L’ingénieur se mettra au vélo, s’habillera en friperie, cultivera son jardin pour manger… Nous n’aurons plus les moyens d’entretenir tout le réseau routier. Nous sommes entourés d’esclaves mécaniques et électriques qui vont disparaître. Comment se traduira-t-elle en termes de bien-être réel, ce n’est pas facile à dire.

  19. JE CITE :
    Je veux pas paraître ecolo-baba-cool, mais les peuples « primitifs » faisaient tous très attention à cela. Par exemple, on ne tue des bisons que pour manger, si on en tuait plus, cela nuirait à autrui (on sait ce qu’en ont fait les chasseurs de bison américains blancs avec leur liberté individuelle chèrement acquise).FIN

    Les peuples nomades ne gardent que le nécéssaire pour voyager léger……….., allez faire un tour chez les amérindiens actuels , ils sont parqués dans des villes zones et ont tous un frigo dans ce qu’on peut appeler un logis ou plutot un baraquement………….. enfn pour une grande majorité malheureusement !

    et effectivement ils tuaient un animal dont ils utilisaient la totalité de la dépouille, de plus la vie, chaque vie était sacrée donc quand ils otaient une vie cela était compensé par des actes de remerciements et des offrandes ou des comptes à rendre auprès du créateur de cette vie, donc pas de prédation Mais il y a eu comme chez tous les peuples AUSSI des comportements dévoyées……………

    Cela dit il s’agit bien d’une vision et d’un rapport au monde qui est empreint de respect car la vie est sacré; de ce fait cela me parait difficilement comparable avec notre vision occidentale bien arrogante par rapport à cette ètat d’être des amerindiens; ou alors effectivement il s’agit de RECONSIDERER notre RAPPORT au MONde et cela pourrait amener un REEL changement !

    C’est un ART de VIVRE dont il s’agit là !

  20. bah , la decoissance , le peak oil , le zero dette ce sont des réminiscences d’angoisse millénaristes !!!

    l’an 2001 est dépassé de 10 ans

    c’est comme le pot-au-feu , recuit c’est meilleur …

    burps ..

    l’être et le néant : existentialisme , la dette et le bilan : fiscalisme

  21. 7 € par foyer fiscal, c’est ce qu’on obtient en divisant les 200 millions d’euros qui résulteront en 2012 de la taxe sur les très hauts revenus par les 30 millions de foyers fiscaux dénombrés en France.

    La solennité avec laquelle cette mesure a été annoncée permet de constater que le président de la République et le premier ministre se moquent complètement de la démocratie.

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