CHANGER DE PARADIGME : LA RESPONSABILITÉ UNIVERSELLE COMPENSÉE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La dégradation début août 2011 de la note de crédit public des États-Unis marque une rupture systémique. Le prix des dettes publiques n’est plus nulle part un étalon stable de la monnaie. Il n’existe plus de créance légalement sûre pour comptabiliser des anticipations financières rationnellement certaines. Les États garants de la loi sont en conflit sur leurs propres dettes. Le calcul économique des prix est universellement flottant ; susceptible d’être corrompu par n’importe qui, n’importe où, n’importe quand sur n’importe quoi.

La décision économique est désormais un acte totalement subjectif. Les critères objectifs du prix ne sont plus partageables hors l’accord bilatéral constamment renouvelé entre l’acheteur et le vendeur. L’inscription des accords de prix dans les bilans financiers n’offre plus de garantie sur la réalité. Le capital n’est indiscutable dans son existence qu’adossé à des actifs physiques.

Le système en défaut est celui du crédit nominal dans des prix non vérifiables par un arbitre impartial. Sans l’intermédiation du marché explicitement arbitré par le bien commun public, les échanges sont inéluctablement asymétriques. Les défauts des objets livrés et les défauts d’application du droit dans les prix sont portés par les contreparties les plus faibles.

Dans l’échange asymétrique, le travail de connaissance de l’acheteur final n’est pas rémunéré à hauteur de ce qu’il produit. A l’échelle du marché, la répartition du revenu dévalorise les besoins immédiats au profit de réserves financières employées sur des attentes non concrètement définies. Le surendettement généralisé signale une surestimation du prix du futur par rapport aux investissements réellement consentis au présent.

L’effondrement en cours du système financier révèle à l’échelle des personnes, des entreprises et des pays, des engagements de passif disproportionnés au capital effectivement investi dans la production réelle de contrepartie des prix. Le déséquilibre est insoluble sans une dévaluation des monnaies. Les dettes ne sont plus remboursables sans une réévaluation du travail dans les actifs réels et une dévaluation des actifs financiers.

L’économie politique en gestation va devoir restaurer le droit dans la monnaie. Toute transaction sera décomposée en prix nominal d’équivalence des droits entre l’acheteur et le vendeur ; en prix réel à terme d’un livrable vérifiable par le marché ; et en prime cotée de l’origine à l’échéance. Le prix nominal à terme et le prix réel sont réciproquement couverts par la propriété primaire des objets. L’équilibre général des prix nominaux, réels et primaires proviendra de la compensation.

La compensation implique des marchés constitués sur l’unicité du droit matériellement interprété par une même monnaie. Les lois différentes impliquent des monnaies différentes. La mondialisation financière a produit une indifférenciation internationale des prix nominaux, réels et primaires sous les monnaies hétérogènes en droit. Le crédit déconnecté du droit effectivement transformable par tout emprunteur est devenu purement spéculatif.

La reconstruction financière imposera la compensation généralisée. La ré-humanisation de la production et des échanges économiques requiert la restauration de l’initiative et de la responsabilité personnelles publiques et privées. A l’intérieur-même des entreprises jusqu’aux États et aux sociétés multinationales, l’anticipation des prix des services reposera sur des objets nominaux juridiquement engagés. D’un engagement objectif, crédible et réalisable résulte le capital effectivement disponible à la couverture du prix.

Le capital est l’objet mesurable de la subjectivité. La valorisation des actifs de production est le fait d’une chaine humaine de transformations de connaissances de la matière première à l’acheteur final. Le risque couvert par le capital ne sont pas les événements factuels aléatoires mais la connaissance mal anticipée, mal partagée et mal transformée de la demande humaine finale.

L’actuelle compensation en dollars des échanges internationaux simule dans les bilans financiers privés le capital nécessaire à la couverture des crédits. Mais le nominal masque le réel. Les États-Unis empruntent sans limite sur les marchés en contrepartie de quoi ils émettent des dollars dont le prix réel en capital est invérifiable. Les banques recyclent la liquidité fictive dans des titres de dette publique couvrant leurs propres emprunts de liquidité.

La ré-humanisation de l’échange implique d’interdiction concrète du crédit simulé par la création monétaire entre les États et les banques. La Loi ne peut plus être compromise par la finance. Les dettes publiques doivent être internationalement garanties par des crédits réels qui ne soient pas la liquidité du capital des banques. La compensation internationale équitable requiert une monnaie internationale émise à proportion des investissements délibérés de réserves de change dans les primes de crédit public ou dans le capital des banques ou dans les garanties de change.

La monnaie émise par le pouvoir irresponsable de la finance et de la politique disparaît. Elle ne peut être remplacée que par la compensation universelle des responsabilités de production, de crédit et de bien commun. Toute vente d’idée, de promesse ou de travail est assortie d’un objet concret de service livrable à une échéance. Toute vente nominale en droit est compensée par l’achat anticipé du prix en garantie du service à l’échéance.

La compensation est la discussion permanente du prix des biens en production au service de la demande des sujets personnels de droit. Elle opère quatre transformations entre la vente et l’achat d’un même objet. La volonté du vendeur est transformée en satisfaction de l’acheteur. La commande du travail est transformée en reconnaissance du droit. L’investissement du présent est transformé en crédit sur l’avenir. L’intelligence du réel est transformée en bien humain effectif.

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20 réflexions sur « CHANGER DE PARADIGME : LA RESPONSABILITÉ UNIVERSELLE COMPENSÉE, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. Texte fort intéressant !

    Sa mise en oeuvre, pour simplifier la complexité et démontrer la justesse des arguments présentés ici doit être réalisée par des citoyens conscients et responsables des enjeux et conséquences économiques, financières et sociales de la présente situation nationale et mondiale.

    Cela offrira une compréhension simple des mécanismes politiques, économiques et financiers en action, qui sont désormais reconnus comme des effets qui ne répondent pas aux besoins des peuples et de son environnement.

    Chaque citoyen, consommateur, payeur et professionnel doit être formé pour maîtriser les événements qui se présentent à lui et définir par son libre-arbitre les voies qui mènent à l’épanouissement de sa personne, de ses proches et de ses relations sociales comme professionnelles.

    La connaissance n’a de valeur que si elle est exploitée, disait Francis Bacon au 17ème siècle.

    Il revient en droit et en fait à chacune et chacun de vous d’agir pour créer la résilience à cette crise qui n’en finit plus (2018 étant l’horizon pour rétablir la sérenité du peuple américain à son devenir responsable pour calmer les ardeurs des impulsifs qui veulent dominer le monde et conserver une arrogance de pouvoir fictif sur le reste du mondel).

    En effet, nombre de dirigeants économiques et politiques oublient et occultent le fait que chaque être humain est soumis aux Lois Universelles de la Vie.
    Nous sommes donc tous, au sens étymologique du terme, des musulmans, des créatures soumis aux Lois de Dieu. Qu’on en ait conscience ou pas !

    Sénèque, il y a 2 000 ans, déclarait aux êtres humains de tous les temps de conformer son action aux lois divines et universelles.

    Jésus-Christ nous invitait à nous aimer les uns les autres, c’est-à-dire à nous respecter, à veiller sur notre bien-être et notre bien commun.

    Ces enseignements éternels sont la Voix que les êtres humains doivent suivre en économie, finance, vie personnelle et professionnelle s’ils veulent vivre avec bonheur, joie et sérénité.

    Appliquons-les !

      1. Nicks,

        Pour moi Dieu est mort. Pour Daniel Maniscalco peut-être pas. Chacun fait fait fait, c’qui lui plaît plaît plaît…l’précipice est au bout ! …tant qu’il n’emmerde pas l’autre.

        Le message des humanistes (religieux ou pas) me convient, c’est tout. “… nous aimer les uns les autres, c’est-à-dire à nous respecter, à veiller sur notre bien-être et notre bien commun” : ça ne vous convient pas non plus comme programme ? Vous le refusez sous prétexte qu’il a été prononcé (entre autres !!!) par un type que vous n’avez pas connu, et que les églises ont récupéré pour asseoir leur pouvoir !?

        Décidément vous me semblez être prisonnier des concepts, des catégories, de tout ce qui est établi et empêche d’avancer, de changer, de bouger : vous ne pouvez pas voir de révolution.

        Gandhi : « En réalité il existe autant de religions que d’individus. »

      2. Nicks,

        Merci.

        Sur le fond par contre vous n’apportez pas de réponse. Ne vous inquiétez pas : nous sommes suffisamment à être charitables pour accompagner les autres le temps qu’ils le redeviennent.

      3. @Fab

        Je n’apporte pas de réponse sur le fond quand le fond s’en réfère au religieux. En effet dans ce cas, on est dans le domaine du personnel, mais en aucun cas du social ou du politique.

        On est mal barré…

  2. Vient le Bancor qui a la cote
    C’est la course à l’échalotte
    Soit les droites gagnent avec répressions
    Vivent les polices et les armées
    Soit les gauches triomphent à l’unisson
    Vivent nos rêves tant désirés

    (un pote communiste)

  3. Seul le citoyen est la base universelle valide de toute émission monétaire respectant la liberté et la relativité de tout jugement sur ce qui est valeur ou pas.

    Seul un système monétaire à Dividende Universel est légitime comme base monétaire. Tout aute système exprime la volonté d’imposer ses vues sur ses semblables.

    1. Il est vrai que la faillite généralisée du système est liée au refus des spéculateurs et du système qui a tourné autour d’eux de reconnaître la faillibilité de leur jugement, a fortiori lorsque tout sens du jugement a été écarté de certaines opérations. De la même façon, le système soviétique est peut-être tombé dans cet écueil qui consiste à nier sa propre faillibilité, et à la surcompenser par la violence (“surcompenser”, je sais pas si ce mot existe). L’Union européenne a également ce vice de faire croire à l’infaillibilité de ses politiques technocratiques.

      Alors oui, un système de compensation légal qui prenne en compte cette faillibilité universelle des pauvres humains que nous sommes serait un bon remède. L’idée est solide, parce qu’elle s’appuie sur la connaissance que nous avons de la faillibilité du jugement. Le système de compensation s’appuiera très certainement, en premier lieu, sur les tribunaux qui fixent déjà le prix de la douleur, de l’atteinte à l’honneur, de la culpabilité du jugé-coupable ou de la fraude.

      1. Il y a des “tribunaux d’exception” qui ont une appréciation assez étrange du pretium doloris .

        Bernard Tapie ne s’en plaint pas .

  4. La notion de compensation ( c’est d’ailleurs le préfixe com- qui est le plus important ….comme dans communisme ) est une notion forte ( et ancienne) qui a des échos dans divers aspects de notre agir , penser , ressentir :

    – équilibrage “mécanique” entre un + et un – . Egalisation , neutralisation d’effets contraires ( dont la loi de compensation ou loi des grands nombres .

    – “économie” : caisse de compensation (1930 répartition des charges sociales dont allocations familiales) , Bourse (cours de compensation ,chambre de compensation, contrat de compensation , clearing ).

    – et ” mécanisme psychique inconscient permettant de soulager une souffrance intime par la recherche d’une satisfaction supplétive ou par des efforts pour redresser la fonction déficitaire .”

    C’est un mécanisme qui anime d’ailleurs le mode ” paix ” des relations internationales ” ( style “je te donne , tu me donnes ” avec variante ” je te tiens , tu mes tiens par la barbichette”) . C’est le pain quotidien des ministres des affaires étrangères .

    La notion étant historique sinon préhistorique ( encore que ) se pose la question des obstacles pour en faire le fléau de la balance des rapports internationaux , dont financiers .

    Intuitivement, il me semble que cette balance restera suspecte et ne respectera pas la première des 4 qualités d’un instrument de mesure , à savoir la justesse ( les trois autres étant fidèlité , précision et sensibilité ) , tant que les droits et les lois seront trop disparates dans les 193 ( + 1 bientôt avec la Palestine ? ) états reconnus par l’ONU .

    Bref , tant que le fléau de la balance sera règlé par la loi du plus fort ou du plus totalitaire , plutôt que par les lois de la gravité .

    Ce qui n’empêche pas de conforter , améliorer , modifier , étendre ce qui existe et qui est en équilibre instable .

  5. PSdJ, il me semble que vous découvrez encore une fois la lune. Pensez-vous sérieusement que l’on puisse parler d’un “prix réel”? Le prix n’est qu’une négociation dans un échange ou une transaction, un peu un jeu, beaucoup une lutte où prévaut la loi du plus fort dans le contexte d’une idéologie dominante des valeurs. Les biens et les services ont une certaine réalité, pas leur prix en dehors de l’accord plus ou moins forcé, hinc et nunc, entre deux parties l’acheteur et le vendeur.

  6. Pas moyen de pénétrer ce texte, je dois avoir la grippe. Mais le style me rappelle la prose de Guy Debord dans “La société du spectacle”. Il ne manque que de numéroter les paragraphes.

    1. Ce texte est contrapuntique.
      L’exposition de la situation, entremêlée d’un plan idéal de remplacement.
      Point par point et explicités.

      Les différents commentateurs semblent sauter une ligne :

      Sans l’intermédiation du marché explicitement arbitré par le bien commun public, les échanges sont inéluctablement asymétriques.

      C’est vrai que la lecture n’en est pas simple pour un profane en économie, mais ce blog offre un glossaire dans son menu.
      Si on lit un texte de Droit sans être juriste, la difficulté est la même, cela demande un petit effort.
      Dans ce moment de crise, la compréhension des évènements mérite bien ce petit effort pour aborder un domaine de connaissance qu’on ne domine pas. Les termes sont précis ce qui les rend abordables.
      Monsieur SDJ, merci de continuer à nous tirer vers le haut.
      Ainsi nous seront prémunis contre les escrocs intellectuels qui camouflent leurs “solutions” sous une rhétorique dilatoire.

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