L’actualité de la crise : CHAUSSONS DE PLOMB, par François Leclerc

Billet invité

Le ballet a repris mais les danseurs sont chaussés de plomb. Angela Merkel, Mario Monti et Nicolas Sarkozy vont le 20 janvier prochain nous interpréter un nouveau tableau désormais élargi à trois, mais ils ne parviennent plus à masquer leurs pas désaccordés.

Ayant précédemment convenu avec Angela Merkel qu’il ne pouvait plus être fait ouvertement référence à la BCE – afin de préserver son indépendance (et de masquer les désaccords à propos de sa politique) – Nicolas Sarkozy a lancé un appel déguisé en déclarant que “pour faire face à cette crise de confiance, toutes les institutions européennes doivent prendre leurs responsabilités comme chaque État de la zone euro a été amené à le faire”.

Mais il a fort peu de chances d’être entendu par le conseil des gouverneurs de la banque centrale, qui se réunit jeudi prochain, tout à son affaire avec le sauvetage du système bancaire européen, qui continue à donner du fil à retordre et à présenter tous les signes durables d’une profonde crise de confiance. L’analyse des raisons de cette absence manque à l’appel, comme on pouvait s’y attendre, car il faudrait pour cela plonger les mains dans le cambouis et mettre au grand jour de petits mystères.

Romano Prodi, l’ancien président du conseil italien et ex-président de la Commission européenne, ne s’est pas privé pour se demander dans Il Messagero “pourquoi Paris a cessé d’être le ciment de l’Europe”, le devoir de la France étant selon lui de “recomposer l’unité européenne, pas de servir de roue de secours à l’Allemagne”. Pourquoi donc, aurait-il pu ajouter, le président français s’est-il engagé dans une opération de diversion à propos du projet de la taxe sur les transactions financières, prétendant aller résolument de l’avant en solitaire ? Ne serait-ce pas pour marquer sa détermination sur l’accessoire afin de masquer sa vacuité sur l’essentiel ? Quel aveu !

Mario Monti, l’actuel chef du gouvernement italien, a réclamé pour sa part que le renforcement de la discipline budgétaire s’inscrive “dans une approche durable de long terme”, car “il ne s’agit pas seulement de satisfaire la soif de discipline de court terme de certains pays”, mais aussi “d’aller plus loin vers des politiques communautaires communes pour la croissance”.

Mis bout à bout et accompagné du silence actuel du gouvernement allemand, tout cela fait de moins en moins une politique européenne. De nouveaux grands désordres s’annoncent, des reconsidérations sont inévitables.

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135 réflexions sur « L’actualité de la crise : CHAUSSONS DE PLOMB, par François Leclerc »

  1. Mr. Jorion vous dites que Say est un farfelu mais si c’est le cas alors le capitalisme est farfelu. Vous n’en tirez pas les conséquences.

    La loi des débouchés est l’alpha et l’oméga (3) de tout :

    Ou bien un produit crée son propre débouché, et alors le système est en équilibre et nous le saurions car nous croulerions sous la marchandise, ou bien ce n’est pas le cas et le système n’est pas en équilibre. Un informaticien comme devrait être frappé par cela.

    Pour Marx, dans le procès de la marchandise, le capital sert à acheter de la force de travail, il était donc évident que *tout* le capital retournait à l’investissement, et à l’économie. C’est sans doute pourquoi il ne s’est pas posé la question des débouchés, et de la demande en tout cas c’est Keynes qui l’affirme. Si le capital ne retourne pas entièrement à l’économie et pas dans 10 ans ou 50 ans c’est foutu, tout simplement.

    En économie, la vérité a été lapidée à coup de livres. Evidemment elle était toute petite, et tremblotante, et trop visible. La théorie de Marx est semblable à l’industrie de son époque, faite d’épouvantables masses d’engrenages et de locomotives surmontées de vapeur et de sifflements. Marx est un excellent philosophe, politique et sociologue et poète sans doute.

    Il faut absolument que les électeurs de 2012 comprennent surtout ceux du FN, UMP et PS…

    1. Pour Marx, dans le procès de la marchandise, le capital sert à acheter de la force de travail, il était donc évident que *tout* le capital retournait à l’investissement, et à l’économie. C’est sans doute pourquoi il ne s’est pas posé la question des débouchés

      C’est tout le contrair.
      Marx et les marxistes ont toujours insisté sur la réalisation,
      c’est à dire la vente sans laquelle le profit ne se réalise pas.
      D’où la théorie des crises de surproduction,
      sans laquelle il est impossible de comprendre les crises du capitalisme.

      1. Je l’ai lu chez Keynes et déjà posté ici…

        Keynes : la question de la demande a été effacée par Ricardo, et/mais elle a survécu à l’ombre de Marx.

        Si Marx s’était posé la question sérieusement on n’en serait pas là. Il avait vu des légions de chômeurs mais ça n’était pas grave. C’était la baisse tendancielle du taux de profit le plus grave.

        Locke avait interdit une seule chose, la thésaurisation… il avait pressenti le problème.

    2. Pour Marx, dans le procès de la marchandise, le capital sert à acheter de la force de travail, il était donc évident que *tout* le capital retournait à l’investissement, et à l’économie. C’est sans doute pourquoi il ne s’est pas posé la question des débouchés,

      En fait, c’est tout le contraire.
      Marx n’a cessé d’insister sur la réalisation,
      c’est à dire la nécessité de la vente sans laquelle le profit de se réalise pas.
      C’est d’ailleurs la seule explication de fond des crises,
      mise en évidence par Marx: la surproduction.

      1. En fait Marx croit dans une théorie de l’offre, c’est ce qu’exprime sa baisse tendancielle du taux de profit, – cela coûte cher au capitaliste, mais il arrivera à vendre sa camelote.

      2. http://www.citations-ses.net/index.php/?q=insuffisante

        John Meynard Keynes

        Posté dans Divers Economie

        “Dans l’Économie Ricardienne, qui est à la base de tout ce qui a été enseigné depuis plus d’un siècle, l’idée qu’on a le droit de négliger la fonction de la demande globale est fondamentale.

        A vrai dire, la thèse de Ricardo que la demande effective ne peut être insuffisante avait été vivement combattue par Malthus, mais sans succès. Car, faute d’expliquer (si ce n’est par les faits d’observation courante) comment et pourquoi la demande effective pouvait être insuffisante, Malthus n’est pas parvenu à fournir une thèse capable de remplacer celle qu’il attaquait ; et Ricardo conquit l’Angleterre aussi complètement que la Sainte Inquisition avait conquis l’Espagne. Non seulement sa théorie fut acceptée par la Cité, les hommes d’État et l’Université, mais toute controverse s’arrêta ; l’autre conception tomba dans l’oubli le plus complet et cessa même d’être discutée.

        La grande énigme de la demande effective, à laquelle Malthus s’était attaqué, disparut de la littérature économique. On ne la trouve même pas mentionnée une seule fois dans toute l’œuvre de Marshall, d’Edgeworth et du Professeur Pigou, qui ont donné à la théorie classique sa forme la plus accomplie. Elle n’a pu survivre qu’à la dérobée, sous le manteau et dans la pénombre de Karl Marx, de Silvio Gesell et du Major Douglas.”

        John Meynard Keynes – Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie

        De toute façon on est encore à écraser la vérité, presque muette, qui résulte de l’erreur de Say. Il y a cette erreur et à partir de là le reste est silence, ou prêt.

      3. @schizosophie :

        Merci pour le texte sur Kierk…

        Très bonne idée de réflexion… si vous voulez, si, il y a une alternative qui serait le crédit, et donc un facteur psychologique de croyance (plus ou moins) dans l’économie, mais cette alternative a été épuisée actuellement.

        Le crédit introduit un flou dans l’équation de Say et ajoute de l’huile, du baume, dans les rapports offres/demande. Mais au final il n’y a pas moyen d’en sortir; comme il n’y a pas moyen de sortir du darwinisme par exemple. C’est le fait de vendre qui implique l’existence d’une offre et d’une demande.

        Donc je propose que toute ville en France ait sa rue J.B. Say car sans la loi des débouchés, le système s’écroule. C’est le théoricien fou d’une folie, donc rendons-lui hommage au moins ! Soyons sérieux, assumons ! “J’assume”… il a tout faux mais nous “assumons”

        Il faut avoir la logique jusqu’au bout de l’enfer, comme Don Giovanni. Allons contre les moulins à vent aussi…

  2. Le dernier billet de Mr Santi :
    il y indique que tout finira par de l’hyper inflation, je l’ai connu meilleur dans l’analyse.

    1-La re flation opéré par les banques centrales sert uniquement aux banques pour apurer les engagements de leurs bilans. Ces engagements ne sont pas remis en place : c’est deflationiste.
    2-Les salaires n’augmentent pas et avec l’austérité le pouvoir d’achat baisse : c’est deflationiste
    3-La spéculation sur les matières 1ere est limitée par la baisse du pouvoir d’achat.

    De plus, une sortie par l’hyper inflation n’est pas souhaitable, car comme le dit Mr Jorion , cela aurait comme effet de remplacer une aristocratie par une autre.
    La déflation casserait le systeme : quel intérêt de preter de l’argent contre une rémunération négative?

    http://www.gestionsuisse.com/2012/un-siecle-d%e2%80%99exces/#more-2755

  3. Lundi 9 janvier 2012 :

    Les banques de la zone euro ont déposé 463,565 milliards d’euros au cours du week-end auprès de la Banque centrale européenne (BCE), un nouveau record.

    Le précédent record remontait à la fin de semaine dernière : les banques avaient stocké pour 455 milliards d’euros auprès de la BCE entre jeudi et vendredi.

    Depuis fin décembre, ces dépôts au jour le jour volent de record en record alors qu’ils ne sont rémunérés qu’au taux de 0,25% par la BCE, soit un montant bien plus faible que ce que les banques pourraient en tirer si elles plaçaient cette somme sur les marchés.

    Mais ils évoluaient déjà à des niveaux très élevés depuis l’été, signe que les banques de la région ne se font plus suffisamment confiance entre elles pour se prêter l’argent dont elles ont besoin pour boucler chaque jour leurs opérations, comme elles le font en temps normal, et elles préfèrent ne pas prendre de risque en plaçant leurs excédents de liquidités auprès de la BCE.

    http://www.romandie.com/news/n/BCENouveau_record_des_depots_des_banques_a_46356_mrd_EUR_ce_week_end090120121001.asp

    1. J’ai un problème avec la formulation de la première phrase :

      ne devrait-on pas dire que les encours de dépôts des banques auprès de la BCE s’élèvent à 463,6 Md€ ?
      Parce que, tel que c’est formulé, on a l’impression que les 463,6 Md€ s’ajoutent aux 455 Md€ de la semaine dernière.

      1. Et que devient l’économie réelle supposée être développée et soutenue par les banques dont c’est la mission ??

        Pourquoi ensuite se plaindre des attaques de bijouteries et autres lieux d’entassement de richesses avec des kalachikovs en promo trouvées dans le 93 ??

  4. Merci à François Leclerc pour ses articles toujours bien documentés et clairs. Je suis un de ces citoyens exaspérés par la dissimulation des médias autorisés et les contre vérités qu’on nous assène par François de Closet interposé. (celui là m’énerve plus que les autres avec son ton de moraliste et son discours péremptoire)

    Je préfère, bien sûr, m’entendre dire des choses désagréable, plutôt que d’avoir le sentiment d’être mené à l’abattoir avec un bandeau sur les yeux. Et pour le coup ce dernier article semble dépeindre la paralysie des dirigeants d’un système qui s’effondre sous nos yeux. J’ai l’impression très nette que notre vieille Europe à l’agonie ne passera pas le trimestre.

    Monsieur Leclerc, quoique vous ne sembliez pas friand de constructions intellectuelles hasardeuses, pourriez-vous nous donner votre sentiment la-dessus?

    1. On passera toujours le trimestre et même le suivant et les autres…
      Reste par contre a voir dans quelles conditions.

      Le mensonge est le fond de commerce des hommes politiques.
      Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

      Lorsqu’ils ne mentent plus ca devient très inquiétant…..

  5. Lundi 9 janvier 2012 :

    Italie : la banque UniCredit sous pression au premier jour de sa recapitalisation.

    Le titre de la banque italienne UniCredit poursuivait sa chute lundi au premier jour de son augmentation de capital de 7,5 milliards d’euros, après s’être effondré la semaine dernière.

    L’action de la première banque de la péninsule lâchait 10,91 % à 2,33 euros vers 11H30 GMT. Très volatile, elle avait ouvert sur un rebond de plus de 3 % avant de plonger quelques minutes après.

    Afin d’être sûre d’attirer les investisseurs dans un contexte de marché très difficile, la banque italienne a été contrainte de brader à 1,943 euro les nouvelles actions qui seront émises dans le cadre de cette opération, soit une décote de 43 % par rapport au cours de mardi dernier une fois détachés les droits préférentiels de souscription (ou “theoretical ex-right price”).

    L’annonce des conditions de cette opération, qui s’achèvera le 27 janvier, avait provoqué un écroulement de l’action en Bourse qui s’était ainsi effondrée d’environ 14 % mercredi, 17 % jeudi, et 11 % vendredi.

    La capitalisation boursière d’UniCredit n’est donc plus désormais que d’environ 7,6 milliards d’euros, soit à peine plus que le montant de son augmentation de capital.

    (Dépêche AFP)

  6. Riou rené

    “Pas passer le trimestre” c’est quoi, exactement ?

    Guerre thermonucléaire, baisse du cac 40 à 500 points, votre boulangerie préférée va fermer ?

    Faudrait préciser la question….

    1. @Thomas

      votre boulangerie préférée va fermer ?

      Vous me prenez pour un bobo. J’achète mon pain 1° prix, au supermarché, comme tout le monde.

      « Pas passer le trimestre » c’est quoi, exactement ?

      Il faut que je prenne l’habitude d’être un peu plus précis même si j’arrive à me faire comprendre par François Leclerc et Alphonse qui sont suffisamment armés intellectuellement pour saisir l’essentiel de mes questions imprécises.

      Concernant:

      1 – L’éventualité d’une guerre thermonucléaire il me parait difficile de s’avancer. Notons cependant que les arsenaux sont disponibles en quantité et en qualité. Notons également que les US ne sont jamais à court d’arguments lorsqu’il s’agit de prendre le contrôle d’un pays et de ses ressources par la force.

      2 – La baisse du CAC 40 à 500 points n’est pas envisageable dans un premier temps.
      Je le vois plutôt à 2000 points si on prend en compte le fait que son évolution de ces dernières années ne reflète aucune création de richesse et très peu d’investissements productifs à l’inverse des US qui ont capitalisé sur le développement des technologies de l’information ou bien des allemands qui savent valoriser leur potentiel humain.

      3 – Concernant les bouleversements à venir je vous renvoie fermement aux articles de Paul Jorion et François Leclerc parus sur ce blog et en librairie. Mais puisque vous me posez personnellement la question, je vais me hasarder un peu. Je vois, comme tout le monde, la mort de l’euro, et un éclatement de l’Europe dû a sa structure bancale. Je vois des risques d’émeutes sanglantes chez tous les laissés pour compte qui commencent à être nombreux et bien armés. Je vois des actes désespérés dans toutes les couches de la population car cela a déjà commencé. Je vois une France en proie à la folie et à la division et prête, de ce fait, à accepter toute les solutions car il en découlera une aspiration unanime des français à une remise en ordre du pays et de l’économie au besoin par la violence. N’oubliez pas que lorsque tout va mal les choses peuvent encore empirer.

      En conclusion je tiens à préciser que tous les systèmes instables reviennent à leur point d’équilibre d’autant plus brutalement qu’on essaie dans un premier temps de contrarier leur mouvement naturel. Vous voudrez bien m’accorder que, pour cette fois, j’ai fourni un réel effort de précision

      1. @Riou :
        //// En conclusion je tiens à préciser que tous les systèmes instables reviennent à leur point d’équilibre d’autant plus brutalement qu’on essaie dans un premier temps de contrarier leur mouvement naturel.////
        Sauf si l’instabilité est créée par un manque progressif d’énergie …. auquel cas le point d’équilibre risque d’etre plus bas qu’on ne le croit.

      2. @Kercoz

        Je répond pour le plaisir à votre remarque qui n’est pas si sotte. Je vois bien à quoi vous faites allusion. Vous retenez l’hypothèse d’une dégradation générale et uniforme et je ne souhaite pas vous contrarier d’autant que les lois de la thermodynamique vont dans votre sens. A condition qu’elle s’appliquent à un ensemble homogène. Et c’est la réponse prévisible de notre corps social hétérogène face à l’impact de cette crise qui me donne des sueurs froides .

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