« REFONDER LE CAPITALISME » : LE MOMENT EST VENU !

Ce texte est un « article presslib’ » (*) En version anglaise, due à Frankly : It Is Time to Restructure Capitalism et sur mon blog en anglais.

Y a-t-il rien de plus affligeant que le spectacle des remèdes à la petite semaine mis en place ces jours-ci pour essayer de sauver le système capitaliste, sans se résoudre à mettre véritablement en place les moyens nécessaires ?

Voyez ce qui se passe en Grèce, où la Troïka (Union Européenne, Banque Centrale Européenne et Fonds Monétaire International) s’efforce d’imposer au gouvernement grec des mesures que chacun sait inapplicables. Et pour arriver encore à quoi en cas d’accord ? À une réduction de la dette souveraine du pays à 120 % de son PIB à l’horizon… 2020 !

(illustration par Sébastien Marcy)

Arriverait-on même à définir dans les jours qui viennent une formule de défaut partiel de la dette souveraine grecque qui soit supportable par le peuple grec, que le Portugal et l’Irlande s’engouffreraient dans la brèche et réclameraient aussitôt les mêmes avantages pour eux-mêmes, effort que la zone euro est bien incapable d’absorber, elle qui répète inlassablement que la solution visée en Grèce devra en tout cas demeurer une exception. Et comme nul ne l’ignore, la Grèce à elle seule déjà est « systémique », capable d’entraîner la zone euro dans son ensemble dans sa chute (ce n’était pas le cas à la première alerte au début de l’année 2010… mais à force de tergiverser !).

Le 2 août dernier, les États-Unis, ont rehaussé le plafond de leur dette souveraine au niveau de 14,3 milliers de milliards de dollars. Il n’est pas nécessaire de préciser que des billets d’un dollar empilés pour ce montant représentent X fois la distance de la Terre à la Lune pour savoir que le trou ne se comblera jamais de lui-même, quelle que soit l’embellie dans la situation économique du pays.

La quadrature de la « rilance », la relance combinée à la rigueur, n’est qu’un problème insoluble parmi les dizaines d’autres qui se posent aujourd’hui au sein du système capitaliste.

Quand, le 25 septembre 2008, dans son discours de Toulon, M. Sarkozy attire l’attention sur la nécessité de refonder le capitalisme, il est dommage que les moyens n’aient pas été aussitôt réunis pour s’atteler à cette tâche indispensable. Parce qu’il s’agit bien sûr d’un projet très ambitieux et il est léger d’en abandonner la réalisation, comme ce fut le cas, à l’initiative individuelle. Un conseil de personnalités – et pour bien faire, internationales – aurait dû être réuni aussitôt, et des moyens adéquats mis à sa disposition pour définir les mesures qui s’imposent.

Plus de trois ans se sont écoulés depuis le discours de Toulon et, à part les protestations un peu désordonnées des « indignés » en différents endroits de la planète, les initiatives individuelles de refondation du capitalisme n’ont pas répondu aux attentes. Un temps précieux a ainsi été perdu, mais il n’est pas trop tard, d’autant que les problèmes qui se posent ont partout gagné en gravité et se sont, du fait même, clarifiés.

Réclamons de nos dirigeants qu’un débat sur la refondation du capitalisme soit immédiatement lancé, que les autorités incontestées sur les questions financières, économiques et morales y soient conviées (plutôt que des « experts » économiques et financiers dont le parcours est aujourd’hui jonché d’une accumulation d’échecs navrants), et que leur soit confiée la tâche d’en déterminer les étapes (portant sur le niveau structurel et institutionnel bien entendu, plutôt que sur celui des tactiques à court terme ne visant qu’à gagner du temps face à un écroulement devenu inéluctable). Confions à ces personnalités la tâche de proposer les moyens de refonder le capitalisme et, devraient-elles conclure que la tâche est irréalisable, celle de décrire pour nous le système qui devrait venir à la place.

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P.S. Réflexion qui m’est venue à la lecture de vos premiers commentaires (8/2 12:30) :

Sujet à traiter par un “comité”, une “commission”, le nom importe peu :

Le système capitaliste peut-il être refondé ?
– Si oui, comment ?
– Si non, par quoi le remplacer ?

Une position majoritaire et une position minoritaire se dégageront. Chaque camp aura alors – comme à la Cour Suprême aux États-Unis – à justifier sa position. Et les noms seront communiqués de ceux qui considèrent que Oui, le système capitaliste peut être refondé – et expliqueront comment, et de ceux qui considèrent que Non, et diront ce qu’il faudrait mettre à la place.

Si cela vous semble une bonne initiative, il faut trouver des sponsors. Certains d’entre vous en connaissent sûrement : contactez-les et tenez-nous au courant.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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569 réflexions sur « « REFONDER LE CAPITALISME » : LE MOMENT EST VENU ! »

  1. C’est marrant, à La Fabrique du Futur nous nous posons exactement la question inverse: comment ruiner le capitalisme?
    Nous faisons même des “ateliers stratégies” à ce sujet:

    Chroniques d’un futur simple

    Au premier jour…
    Une grande action est organisée sur les terres de Monsanto ; 3000 personnes y participent : paysans du monde entier, associations et groupes luttant pour une autre agriculture, semenciers alternatifs, geeks et autres intéressées.
    Dans les jours qui suivent…
    Les médias n’en parlent quasiment pas. Sur place, l’organisation et la coordination s’établissent. L’occupation s’achève, les actions à mener sont définies.
    L’année qui suit…
    En fines stratèges, les personnes participantes ont regagné leur routine pour entamer une campagne contre le brevetage du vivant.
    L’information est continuellement diffusée sur les marchés, à l’occasion de soirées, conférences ou autres repas de famille.
    Le sabotage s’intensifie. Le site monsanto.com est la cible d’attaques répétées, la production et le transport de semences sont également touchés. Certaines personnes agissent clandestinement, d’autres à visage découvert.
    Le procès intenté par Monsanto trouve cette fois un relais médiatique. L’opinion publique, largement favorable, apporte un soutien décisif aux personnes inculpées.
    Un appel à boycotter les produits Monsanto est massivement diffusé puis suivi.
    La désobéissance civile est invoquée :
    -pour ne pas payer les quelques amendes distribuées lors du procès.
    -la diffusion de graines libres se répand.
    -d’autres luttes concernant la propriété intellectuelle s’engagent.
    Une offensive juridique de grande envergure est lancée dans tous les pays de l’UE puis du monde. L’autorisation de l’ONU de replanter ses propres graines, peu appliquée, demande une vigilance constante.
    La propriété intellectuelle devient un débat public.

    Un petit aperçu de notre effervescence utopique, celle-la même qui précède aux grandes métamorphoses…

    1. y a du boulot, …
      la privatisation est encore très très en vogue,
      la grande braderie de tout et n’importe quoi est encore dans les mesures imposées à la Grèce, à l’Espagne, à …..
      demain peut-être ???

      1. @Cécile

        demain peut-être

        Le bon moment pour planter un arbre, c’était il y a 20 ans ou aujourd’hui.

        @cyber, y’a d’la place dans les 3000 ? On peut être plus ?

      2. Certes, la privatisation des urgences hospitalières a même été tentée en Roumanie: avec le succès que l’on connaît. Quant à la Grèce, où quelques idiots pensent encore pouvoir vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, elle est plus une tentative désespérée de prorogation capitaliste qu’une vitrine (brisée) du futur européen…

  2. Mais qui a-t-il donc de plus comparable à notre si grande civilisation ?

    Tiens regardez plutôt les nouveaux jouets militaires du moment, c’est pas beau tout ça pour un plus grand dévergondage effréné de toutes ces choses. http://www.techyou.fr/2012/02/08/une-armee-de-robots-volants/

    Com pour mieux relancer partout et en concurrence le grand Complex-Militaro-Industriel sur toute la planète, pour mieux faire paraît-il tout le temps de meilleures oeuvres de paix et d’amour entre les peuples depuis la seconde. Tu parles on aurait mieux fait de prendre plus de précaution au niveau des consciences pour moins attraper de mycoses et de champignons et cela avant la prochaine dans la matière.

    Hélas, deux fois hélas ! Il est vrai que dans un telle civilisation de Marchands et de Politiciens à la solde des plus grands groupes privés de la planète, c’est bien plus en réalité les premiers trafiquants d’armes et d’ames de la terre qui font principalement bonne fortune, si c’était possible jusqu’à l’éradication ou l’esclavage total du genre humain dans les corps, oui elle est très recommandable notre bien raisonnable civilisation commerciale, et encore on ne vous montre pas tout à l’image, là c’est sur elle ferait déjà moins la première dans les têtes.

    Com j’ai tout le temps un très beau cul à montrer dans le confort, je serais donc en conséquence jamais veuve et plus conne de quoi que ce soit com dans le tout sadomasochisme terrestre de plus, pour ça qu’elle devient si désirable et prenante, répétons-nous bien encore les mêmes choses dans la chair à l’égard de notre si grande Reine, oh c’est si bon de vouloir se faire partout du mal dans les sociétés, c’est si bon le principal engrenage des corps.

    Et j’entendis de nouveau mon petit doigt mouillé me dire : ” Oui prophète de mes deux, tes jugements sont vrais et justes à son égard, elle sent bien de plus en plus fort à force “. Voilà pourquoi faut pas plus la recommander, ce n’est en fait qu’une grande fumeuse de première, oui méfiez-vous les enfants elle préfère bien vous encore vous mentir tout le temps dans les premières écoles de commerce de son monde.

  3. @Paul Jorion

    Je pense que la proposition a dérouté les lecteurs car vous n’êtes pas du genre “fleur bleue” et à agir sans savoir. De faire, écrire devient performatif en ce qui vous concerne. Le passage au réel (IRL!) interloque donc.

    De là à en conclure au rejet, j’ai bien lu tous les commentaires je ne pense pas qu’il y ait du rejet. Il y a simplement le passage au politique qui suppose d’agréger des lecteurs qui sont venus prendre ce qu’ils souhaitaient sur ce blog. Ils ont en commun de suivre la crise et de vouloir la comprendre… une vision “en négatif” en somme. La vision en positif se heurte aux limites inhérentes au débat démocratique (un homme, une voix? experts? représentants? etc)

    En bref, je suis très favorable à cette initiative mais elle ne se fera jamais dans l’assentiment !

  4. Avant de refonder, déboulonner, inventer, n’oubliez jamais que le capitalisme a généré une civilisation supérieure.

    1. “La civilisation est quelque chose d’imposé à une majorité récalcitrante par une minorité qui a compris comment s’approprier les moyens de puissance et de coercition” (Sigmund Freud)

      1. Cela ne me dit rien. Et ce n’est pas du tout dans la perspective freudienne pour qui riches et pauvres, sont dans exactement le même bâteau. C’est le “malaise dans la civilisation” pour tous.

      2. Source: l’une des réponses possible à un sondage du site http://www.lepoint.fr/

        Cela ne m’en dit pas plus, mais j’ai trouvé ça intéressant. Freud avait une vision individuelle de l’inconscient, grand différent avec Jung qui en avait une vision collective…

        Il y a une autre réponse possible, que je n’ai pas particulièrement appréciée, et qui m’a étonné, de la part de son auteur:

        “”Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures, car elles ont le devoir de les civiliser” (Jules Ferry)

    2. En ces jours troublés où certains revendiquent la soi-disant supériorité de la civilisation européenne il est salutaire de relire Race et Histoire de Levi-Strauss.

      Dans un style très simple et très clair il attaque le racisme au travers de complexe de supériorité de la civilisation occidentale. On croit souvent que la civilisation occidentale, malgré ses défauts, constitue le forme la plus avancée de progrès et que les autres civilisations (aborigènes, pré-colombiennes, asiatiques etc.) ne sont que des versions enfants ou adolescentes de la civilisation occidentale.

      L’auteur, grâce à des exemples clairs et frappants, démontre qu’il n’en est rien. Après une étude complète il en déduit que la civilisation européenne n’est très importante que par sa puissance et par le fait que ce soit la notre.

      Il démontre entre autres une théorie de la relativité des civilisations intéressante : une civilisation serait d’autant plus en progrès que l’on serait proche d’elle et il serait impossible à une personne extérieure de distinguer du progrès dans une civilisation où il n’aurait aucun repère.

      Une fois démontrés ces propositions, Claude Levi Strauss en conlut à l’absurdité du racisme de civilisation de la même façon que des biologistes démontrent l’absurdité du racisme “biologique”.

    3. Le communisme aussi !
      Dans combien de temps, pensez- vous, selon les critères de votre civilisation supérieures, la civilisation chinoise redépassera-t-elle la nôtre ?

      De plus, ce n’est pas le capitalisme qui a généré une civilisation supérieure mais l’accessibilité des connaissances à tous et pas seulement aux enfants de la classe exploitante.

  5. Bon, bon. Je vois que tout le monde s’empêtre. J’AI la solution. AH AH ou ha ha.
    Avant de vouloir sauver la finance, le capitalisme, il y a une question à se poser: quels sont les besoins humains à satisfaire. Et moi, j’ai ma petite idée sur la façon de définir de façon indubitable la nature de ces besoins. Interessés hein… Malheureusement ce n’est pas encore au point.

  6. C’est rigolo ça. C’est les gens fauchés et endettés qui veulent refonder le capitalisme. Les chinois comunistes à la base qui on accepté finalement de jouer la partie avec les règles des capitalistes sont plein de fric et ne veulent rien refonder du tout eux. Ne soyez pas mauvais joueurs, il va falloir bosser comme les Chinois et rembourser les dettes…. Quand ils bossaient pour un bol de riz, il y a 30 ans en asie, personne ici ne parlait de refonder le système. Même mon père en a pris sa part, il est parti en retraite comme beaucoup à 54 ans….

  7. “LA REFONDATION DU CAPITALISME” ?
    J’en connais un qui n’entend pas celà de la même manière:
    http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/
    Dans Actualité (17) du 18 Novembre 2010, billet sur l’article paru la veille dans Le Figaro, c’était très clair:
    « POURQUOI IL FAUT AUGMENTER LA TVA, par J. Peyrelevade

    Après une dénégation introductive du titre insuffisamment explicite « qui est le fait du journal, répétait-t-il, pas de l’auteur », ce dernier expliquait effectivement pourquoi, selon lui, la TVA doit être anti-sociale et non sociale:
    « Dire, comme on l’entend trop souvent, que par une sorte de magie le niveau des prix ne bougera pas, puisque la diminution des cotisations compensera exactement la hausse des taux de TVA, c’est rappeler du même coup qu’à prix constants les charges totales des entreprises demeureraient inchangées…
    La TVA est un impôt ambigu. On ne sait jamais trop qui le paye, des entreprises ou des ménages. Ce qui explique peut-être son attrait aux yeux des hommes politiques : le payeur est incertain. En l’occurrence, la vérité est brutale et s’appliquerait de même à toute autre forme d’imposition : sa hausse ne peut produire d’effets heureux pour notre système productif que si elle est payée par les ménages.
    Pour que sa hausse apporte des ressources nouvelles, pour que la diminution des charges des entreprises soit réelle, il faut que les consommateurs (donc les ménages) payent des prix majorés d’autant. »

    Voilà au moins qui a le mérite d’être clair sur une « erreur historique » de plus, de la part de Sarkozy:
    – la TVA sociale ? Pas assez douloureuse mon fils !

    De même, dans mon commentaire censuré d’un billet précédent, après l’appel de Hollande à combattre la finance, je reprenais l’extrait d’entretien promis à l’édition du Monde papier (mais passé, à son tour, à la trappe) :
    « Faire de la finance un adversaire ne saurait constituer un programme en soi… La frontière entre la bonne et la mauvaise finance passe à l’intérieur même de la banque de marchés. »
    Ça n’a pas raté: le programme finalement dévoilé par Hollande a suivi le parti des banquiers !
    Au journal télévisé du jour, iTV et BFM TV commentaient le sujet:
    « il n’y aura même pas de séparation entre les banques de dépôt et d’affaires »,
    « la séparation de ces activités devrait avoir lieu au sein même des banques »…!
    Chez Mélenchon l’appréciation générale était « filet d’eau chaude », et chez Marine Le Pen « tir de pistolet à bouchon ».
    Même l’UMP se fendait d’un communiqué; « des mesures gentillettes… » !

    Peut-être un jour Peyrelevade se vantera-t-il d’avoir fait mieux avec Hollande qu’avec Mitterrand:
    Ce sont en effet des hommes comme Peyrelevade (près Mauroy) et Lamy (près Delors) qui ont déjà fait échouer le projet socialiste, en 1982/83, avec ce cher “tournant de la rigueur”, en poussant dans le fossé les “fantaisies mitterrandiennes”, un fait d’armes évoqué avec gourmandise dans l’ouvrage de l’auteur Peyrelade en 2008.
    Cette fois, Peyrelevade n’aura même pas à batailler pour instiller ses vues conservatrices: abandonnant l’incantation du Bourget, Hollande les a déjà adoptées !

  8. Paul,je vous aime bien mais j’ai cru tomber de ma chaise en voyant que vous mentionniez Jacques Attali.Rassurez-moi,c’est une blague?

    1. Ne lui en voulez pas.
      Attali a favorisé la publication de “la crise du capitalisme américain” en 2007, alors que le manuscript aurait du trouver preneur avant !
      La gratitude est une qualité si rare…

      1. @ Hadrien

        Nous avoir permis de découvrir Paul est, à mes yeux, l’unique chose bien faite par ce monsieur.

        Il aurait pu en avoir fait deux s’il avait publié, dans une collection d’économie qu’il dirigeait à la fin des années 70, le livre de Nicholas Georgescu Roegen, “The Entropy law and the Economic Process”.

        M’enfin ! Mieux vaut tard que jamais. Merci donc à Attali pour Paul ; pour NGR je lui pardonne … un peu. Entièrement c’est pas possible !

    2. Non ce n’est pas une blague. Vous ignoriez la proximité entre Jacques Attali et notre hôte ?

      Je comprends que cela fasse un choc au premier abord.
      En approfondissant un peu la lecture du blog, et au vu de son credo, vous constaterez que finalement cette proximité est naturelle.

      1. @ Grandghana

        Non ce n’est pas une blague. Vous ignoriez la proximité entre Jacques Attali et notre hôte ?

        Je comprends que cela fasse un choc au premier abord.
        En approfondissant un peu la lecture du blog, et au vu de son credo, vous constaterez que finalement cette proximité est naturelle.

        J’irais même beaucoup plus loin : avez-vous remarqué que dernièrement ils arborent tous deux une barbe blanche ? C’est le signe évident de la grande collusion décadente prémisse à la formation d’un gouvernement mondial des élites franc-maçonnes-bilderbergiennes-trilatéralisées-judéo-protestantes-illuminatisées, où je ne m’y connais pas !

  9. Rejoindre le peuple

    Le problème n’est pas le système capitaliste, le problème est dans la façon de se gouverner. La démocratie représentative ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné. J.J. Rousseau nous avait prévenu d’ailleurs.
    La seule façon d’exercer la démocratie sera avec la participation du peuple pour le peuple. Le citoyen a abandonné ses privilèges pour devenir con-sommateur. Pour sensibiliser ledit citoyen à reconquérir le pouvoir perdu, il faut l’intéresser à la chose politique. Comment? : COMMUNICATION.
    Ici sur le blog les participants savent très bien échanger des concepts politico-économique complexes. Il y a des échanges de haute voltige… Mais il ne faut perdre de vue que le citoyen lambda a le même poids démocratique que le docteur en science politique lorsque vient le temps de voter. Un citoyen = un vote = démocratie.
    Il faut informer, éduquer, communiquer de façon à rejoindre le plus de citoyens possible. On se doit d’être imaginatif, le mouvement «Occupons Wall Street » l’a bien compris (99%). Langage universel accessible à tous; Chinois, Américains, Français, Espagnols etc. tous ont compris le message même les illettrés (40% en Amérique).
    Démocratie participative accompagnée de référendum pour toutes décisions importantes concernant l’économie, la santé, l’éducation.
    Même si on change de système (capitalisme) et que l’on continue avec une politique démocratie représentative, on tourne en rond. Les représentants tôt ou tard succomberont à la pression des lobéistes.

  10. Les intellectuels ont pour la lourde charge d’éveiller le peuple et de convaincre les politiques du bien fondé de leur analyse.

    Vous avez raison, sans clarification idéologique préalable, leur voix sera inaudible…

    Mais sont-ils prêts à le faire? En ont-ils la volonté et le courage?

    1. Pour éveiller le peuple, il faut savoir communiquer audit peuple.
      Les politiques l’ont bien compris. Lorsque Bush s’est adressé à ses concitoyens et les a convaincus qu’il fallait combattre l’axe du Mal il savait très bien à qui il s’adressait et savait que la population le suivrait dans ce combat. Par le fait même il devenait leur Sauveur.
      Mon propos n’est pas de berner la population comme l’a fait Bush. Mais bien d’employer un langage qui rejoint le plus grand nombre possible. un citoyen = un vote
      Lorsque le message est inaudible les gens se méfient et ils ont bien raison.
      Par exemple lorsque M.Bernanke dévoile son pronostic à la presse, les analystes s’emploient à décortiquer chaque virgule en se contredisant les uns et les autres sur le contenu du message. Entourloupette du monde financier pour brouiller les pistes.
      Les intellos qui sauront communiquer au citoyen de façon claire et précise, ceux-là auront du succès.
      On se doit d’informer la population, le temps presse.
      Les gens qui consultent ce blog sont déjà sensibilisés politiquement, on a pas à les convaincre…
      Nous devons discuter avec nos proches, ne pas trop élaborer, juste provoquer un certain intérêt…et trouver d’autres moyen qu’Internet pour provoquer un éveil.

    2. J’ai fait la même lecture du billet que vous.
      Ceux qui disent que Jorion fait fi de la démocratie se font une conception de la démocratie plus “rouge” que “expert”. Le mot à considérer ici c’est le mot “rouge”, c’est important pour la deuxième partie de mon argumentation.
      Je m’explique. Je fais allusion ici au débat qui faisait rage en Chine pendant les années Mao.
      Mao incarnait le “rouge” c’est à dire la prééminence du politique sur les savoirs. Les experts c’était ceux prenaient en compte les réalités économiques, comme Liu ShaoQi ou Deng Xiaoping. Je précise que les dites réalités économiques dans le contexte chinois d’alors cela signifiait seulement la prise en considération du fait qu’il est des domaines de l’action pour lesquels la volonté politique n’a pas de prise directe. C’est tout simplement la prise en considération des contraintes physiques et anthropo-sociales.

      Qu’arriva-t-il ? A chaque fois que Mao voulut reprendre un pouvoir qu’il était en passe de perdre dans les instances du Parti, Il organisa, suscita, de vastes campagnes où il s’agissait d’exalter la volonté révolutionnaire des foules en s’appuyant sur une part plus ou moins grande de la population, ceci dans le but d’éliminer ses adversaires politiques, et de facto nombre d’intellectuels.

      Ainsi, pendant la fameuse campagne dite du Grand bond en avant, en 1957 (qui fit plus de victimes (mortes de famine) que la révolution culturelle.) il s’agit en quelques années d’atteindre des objectifs de doublement de la production, ceci en mobilisant les bonnes volontés au niveau local, sans aucun plan d’ensemble. Tout ce que le pays comptait d’ustensiles en métal furent fondus dans des fours improvisés qui produisirent des métaux inutilisables, idem pour les récoltes qu’on voulut accélérer… Bref, le Grand Bond en avant s’avéra être un fiasco. Mao lance alors dans la foulée le mouvement des Cent fleurs qui consista à libérer la parole pour officiellement critiquer la bureaucratie, mais en réalité pour très vite éliminer tous les éléments qui étaient allés trop loin dans la critique.

      La Révolution culturelle, en 1966, fut une manoeuvre du même genre toujours sous l’égide de Mao, mais cette fois avec l’appui de la jeunesse. C’est la deuxième vague d’éradication, plus radicale encore que la précédente, d’élimination des intellectuels.

      Si j’ai fait cette digression c’est pour signifier que la démocratie ce n’est ni le règne des rouges ni celui des experts, ici à la lumière de l’expérience chinoise où ces deux notions furent portées à leur paroxysme. Je précise encore tout de même qu’en Chine après la chute de la Bande des Quatre (dont la femme de Mao) en 1976 ce sont finalement les experts qui prirent le dessus. Deng Xiaoping après un exil intérieur revient sur le devant de la scène. Depuis, les experts sont toujours aux commandes, mais des juristes montent au créneau, ne se reconnaissant ni dans le rouge ni dans l’expert. Bref, ils font la tentative de sortir du cadre. Tout en se référant à certains dispositifs du cadre, en premier lieu la constitution chinoise qui garantit formellement un certain nombre de libertés.

      A cette aune, il me semble important de se prévaloir d’une conception de la démocratie où le savoir, les connaissances se constituent en domaine indépendant pour pouvoir justifier de la qualités de savoirs et connaissances authentiques et que ces savoirs et connaissances il n’appartient pas à la sphère délibérative de déterminer s’ils sont valides ou pas. Ce n’est pas au politique de décider de la validité de la formule E = MC2. Par contre c’est une action éminemment politique que celle de faire bouger les lignes du cadre.
      Ainsi il me semble tout à fait illusoire et démagogique de considérer que les assemblées d’une démocratie directe seraient à elles-même la solution à tous nos maux. Le rôle des assemblées, à quelque niveau que ce soit, le cas échéant, c’est de décider du choix des politiques, des institutions, pas de dire ce qu’il faut faire spontanément, comme si une inspiration citoyenne à l’image de l’inspiration divine pouvait produire quelque chose de significatif pour la collectivité.

      Selon cette perspective, je ne vois rien de choquant dans la proposition avancée dans ce billet, que soit réunie une sorte de commission rassemblant un certain nombre d’autorités indépendantes pour discuter ce qu’il en est du système existant, de son présent et de son avenir possible. Pour ma part, je ne donnerais pas un caractère cooptatif à la dite commission. Quiconque se considérerait comme autorité dans un domaine particulier pourrait prétendre y participer. Ainsi on évite le copinage et l’arbitraire. Le tri se fera de toutes façons. Ceux qui n’ont pas les savoirs et connaissances requis n’iront pas se confronter à leurs homologues plus au fait des rouages du système et/ou ayant réfléchi sérieusement à des questions qui touchent l’avenir commun.

      En conclusion, à partir du moment où le rôle de cette commission est seulement de clarifier un débat, et surtout les positions de chacun dans le paysage intellectuel et politique, elle me semble une excellente idée. Pour le reste, libre aux constituants, révoltés, indignés, politiques, voire révolutionnaires, d’en faire ce qu’ils veulent. Bref, ne mélangeons pas tout.
      Délibérer avec les égaux oui, mais de délibérer sans connaissance de causes, non.

      1. Il me semblait que les cahiers de doléances en 1789, expression démocratique s’il en est, avaient eu un rôle premier dans l’élaboration de la constitution. Donc, sauf si je fais un contresens historique, point d’experts, l’expression populaire et une constitution “universaliste” c’est à dire faite par le plus grand nombre pour le plus grand nombre.

      2. RV

        Les intellectuels ne font pas partie du “peuple” ?
        Au nom de quel principe devrait-on les empêcher de se réunir, de discuter puis publier les résultats de leur discussion ?

        A propos des cahiers de doléance :
        Dans la France de l’Ancien Régime, les cahiers de doléances sont des registres dans lesquels les assemblées notent vœux et demandes. Dans ces recueils sont consignées les représentations et protestations adressées au roi par les états généraux ou provinciaux.

        Fonctionnement des cahiers de doléances : Les cahiers de doléances sont utilisés par le tiers état, ils lui permettent de savoir ce qu’il a fait. Ils sont aussi utilisés par certains membres de la noblesse, et parfois du clergé.
        (Wikipédia)

        Les cahiers de doléance, pourquoi pas, sauf que nous ne sommes plus au XVIII ème siècle. De plus il n’avaient rien d’une création spontanée du peuple. Le “peuple” s’en est seulement servi pour exprimer son mécontentement, son exaspération.

        A l’heure d’Internet les pouvoirs constitués peuvent consulter les blogs, les nombreux commentaires émanant du “peuple”. Nos représentants aujourd’hui savent donc parfaitement ce que les gens pensent de leur politique. Ce qui leur manque le plus, comme dans la période pré-révolutionnaire de 89, c’est la capacité de se représenter correctement le cadre actuel, et la capacité et la volonté d’en sortir, du cadre. Cette commission n’a me semble-t-il pas d’autre but que d’alimenter le débat public sur cette question du cadre justement, qui en effet est l’affaire de tous. La démocratie, et donc bien sûr tout processus constituant ne peut se passer de débats publics. Considérons donc la mise en place de cette commission comme une, étape, une façon d’introduire le thème du capitalisme dans le débat public. Le fait est qu’aujourd’hui ce débat n’a pas lieu.

      3. @ Pierre-Yves D. 9 février 2012 à 00:35

        Délibérer avec les égaux oui, mais de délibérer sans connaissance de causes, non

        Voulez-vous dire qu’il y a dans la population des gens qui sont plus égaux que d’autres ?

        Attention, si vous entrez dans cet ordre de mesure, vous introduisez les notions d’inférieur et de supérieur et là vous ouvrez un conflit. Si vous différenciez par le revenu ou la richesse, très vite vous opposez capitalisme et anticapitalisme, une guerre ouverte en Europe il y a plus de deux siècles et dont nous souffrons toujours, en France, alors qu’ailleurs dans le monde, les autres ont su la dépasser.

        Ce fut même le cas en Chine communiste qui, grâce à Deng Xiaoping avec son message « ENRICHISSEZ-VOUS » a su faire renaître son pays, alors que les « rouges » de chez-nous sont en train de pousser à son élimination accélérée. Pour s’enrichir il n’y a pas d’autre solution que de “travailler beaucoup et bien tout en consommant le moins possible”. C’était bien connu de la majorité des gens dans les générations précédentes, mais ignoré des intellectuels de gauche d’hier comme d’aujourd’hui. Plus guidés par le cœur et la passion, que par le raisonnement et la raison,les intellectuels “rouges” préfèrent pousser vers le suicide plutôt que d’en appeler à l’effort et au sursaut salutaire.

        L’avenir de la France, de l’Europe et de l’humanité entière, passe dans les temps présents, par la réduction de la consommation et certainement pas par l’octroi de possibilités de consommer davantage à ceux qui en ce moment consomment le moins. Prendre aux plus riches qui, proportionnellement à ce qu’ils gagnent, ne consomment pas beaucoup, afin de le donner aux plus pauvres de chez-nous pour qu’ils consomment davantage, c’est accélérer notre extinction.

        Si c’est votre choix il faut l’annoncer haut, fort et explicitement, surtout aux jeunes.

      4. Jducac

        Je crains que vous ne soyez du coté des “experts”, manière chinoise.
        Très peu pour moi. J’étais en Chine en septembre 1989, pour un séjour d’étude, soit juste après les évènements de la Place Tian’anmen. J’ai parlé avec un certain nombre de chinois, tous condamnaient à mots plus ou moins couverts la façon dont se sont terminées les manifestations, y compris ceux qui étaient acquis à la politique dite d’ouverture et de modernisation du timonier Deng Xiaoping. Il faut préciser aussi que parmi les “experts” s’exprimaient certaines divergences. Certains pensaient nécessaire une cinquième modernisation, par l’introduction d’une dose de démocratie dans le régime communiste chinois. C’était le cas de Hu Yaobang, qui fut secrétaire général du parti communiste jusqu’en 1986, année où il fut démissionné après son soutien aux manifestations pro-démocratiques étudiantes, gardant .toutefois son poste au Comité politique permanent (instance dirigeante collégiale suprême), et appuyant les revendications étudiantes lors des évènements de Tian’an Men. Sa ligne comme l’on sait dut s’incliner face à celle de Li Peng alors premier ministre qui avait le soutien de Deng Xiaoping. Depuis il demeure un personnage historique encombrant de la vie politique chinoise, le silence donc sur sa personne et surtout son “oeuvre”.

        Le slogan officiel ce fut dès le début des années 80 les quatre modernisations. Entre parenthèses, si l’on prend un peu de hauteur, ce slogan était similaire à celui qui avait cours chez lors de la même période. Toujours cet économisme, cette fausse vision de la modernité de part et d’autre du continent euro-asiatique. Après Tian’an men une chappe de plomb idéologique s’est abattue sur cette évènement tout comme d’ailleurs cela avait été le cas pour la Révolution Cuturelle. Voilà le prix que doivent payer les chinois pour se moderniser : le prix de l’ignorance.
        Fort heureusement l’internet parvient tout de même à briser ce mur du silence même si c’est toujours prendre de grands risques que de critiquer la ligne officielle, y compris comme je l’évoquais dans le précédent commentaire, en se référant à certains articles de la constitution chinoise.

        Quant à ce qui se passe chez nous, ceux qui ont fait et font toujours le plus de dégâts ce sont les experts et non pas ceux qui, tout “rouge” qu’ils soient, essaient tout de même de faire bouger le cadre, même maladroitement. Ce ne sont pas mes adversaires, seulement je leur rappelle certain épisode historique qui montre bien les limites du tout politique.

        Pour répondre maintenant à votre question initiale, je ne distingue pas des gens qui seraient plus égaux que d’autres par principe et en droit. L’ordre des grandeurs dans mon raisonnement concerne celui des discours, il se situe donc au niveau des vérités. IL y a effectivement des discours qui au regard de la vérité — celle que l’on établit par le raisonnement — valent plus que d’autres. Or ce fait, qui est lui-même une vérité, revêt une grand importance dans tout processus démocratique, car le raisonnement est justement la procédure qui permet de trouver un terrain d’entente, certes toujours provisoire, mais parfois sur des durées beaucoup plus longues lorsqu’un nouveau cadre s’est imposé, après que se furent manifestées les opinions contradictoires.

        Par contre, oui il y a bien des gens qui sont plus inégaux que d’autres, c’est le moins que l’on puisse dire, et ce dans des proportions que l’on avait pas vues depuis les années 20.
        Si les riches comme vous dites ne consomment pas beaucoup, c’est à l’évidence comme vous le dites vous-même en proportion de ce qu’ils gagnent. D’autre part, si d’autres, ensemble, consomment globalement beaucoup c’est encore l’évidence, c’est du fait de leur nombre. La question n’est donc pas là. La question c’est de savoir si ceux qui dépensent peu en proportion de ce qu’ils gagnent ne le font pas dans un système qui pris dans sa globalité structurelle induit mécaniquement une hyper consommation et si l’inégale répartition des richesses ne joue pas un rôle dans le processus. Ma réponse à cette question, vous la connaissez.

      5. @Pierre-Yves D. 9 février 2012 à 00:35

        Staline puis Khrouchtchev ont beaucoup regretté que Mao n’ait pas fait d’école du Parti, contrairement à Deng Xiaoping qui après Paris et sa formation au marxisme chez Renault avait passé un an à Moscou quand l’enseignement ne devait pas y être fossilisé. Votre opposition Rouge/Experts n’est pas tenable puisqu’il y a toujours eu et il demeure des débats entre rouges qui ne manquent pas d’experts, comme il en existe entre « libéraux » qui ne manquent pas d’experts non plus. Il n’empêche que dans ces matières humaines, contrairement aux sciences dures qui se contrefoutent des opinions politiques du chercheur, celles-ci fonctionnent comme a priori de méthode dans l’analyse des problèmes et des solutions à inventer, et celui qui a une weltanschauung où le capitalisme n’est qu’un moment d’organisation dans l’histoire de l’humanité ne saurait avoir les mêmes buts et moyens d’analyse que celui pour lequel il est le stade suprême des organisations humaines. Ces réserves ne m’empêchent pas de partager votre vision du grand bond à moduler dans ses rapports avec le premier bond, les cents fleurs, la brève NEP qui a suivie, et ce qui se passait chez le grand frère modèle et concurrent. J’entendais hier soir qu’une maitresse de JFK l’aurait entendu dire en pleine crise de Cuba qu’il préférerait ses enfants rouges que morts. Mao poussait les soviets au feu nucléaire pendant ce temps là, et Cuba n’a pas été envahi parce que la parole donnée fut respectée. Les experts rouges n’étaient pas tous du même bord.

      6. Rosebud1871

        Certes, il faut nuancer, ce que j’ai fait dans ma réponse à jducac dans le commentaire précédent.
        Dans mon analyse je faisais référence à la terminologie utilisée par Mao et les maoistes, une terminologie qui traduisait bien une certaine conception de l’action politique avec des conséquences bien réelles.
        Concernant la période plus récente dite d’ouverture (au monde) et de la modernisation, le fait est que le courant dominant est tout de même celui de l’expertise dans le sens où il s’agit de justifier une politique, un ordre social en se référant d’abord à des considérations d’ordre technique et utilitariste le tout enrobé dans un discours sur la cohésion du peuple chinois et son progrès dans l’histoire. Le mot d’ordre “enrichissez-vous” de Deng Xiaoping en 1992 s’inscrivait dans cette perspective.

        Li Peng que je citais est un ingénieur, a fait ses études en Union soviétique, c’est un de ceux qui ont été l’origine de la construction du barrage pharaonique des Trois gorges et du programme nucléaire chinois. L’idéologie dominante n’est plus celle, du volontarisme politique en guise de seul programme politique, ce temps est révolu. Pratiquement tous les autres dirigeants depuis sont des ingénieurs ou des technocrates, c’est en cela que je maintiens qu’ils sont des experts. Parmi eux il existe bien entendu toujours ce vieux réflexe maoiste ou tout simplement communiste chinois qui consiste à exploiter et manipuler les foules pour atteindre des objectifs de politique politicienne. Mais il n’y a plus de référence directe et explicite à la possibilité de transformer spontanément le cadre institutionnel, politique, économique par la mobilisation des masses, ce qui était l’intention affichée de Mao et aussi sa pratique.

        Tout de même, mais c’est très récent, il y a l’intervention remarquée de Wang Yang, secrétaire du parti communiste de la province du Guandong qui une fois n’est pas coutume pour une autorité d’échelon supérieur, accepte de considérer les revendications de la petite ville insurgée de Wukan (13000 habitants) en proie aux abus de pouvoir des autorités locales. L’homme brigue un poste au comité permanent l’instance de direction suprême faisant valoir sa ligne conciliante à l’heure où les mouvements de révolte et sociaux se multiplient dans le pays. Wang Yang avait d’ailleurs participé aux négociations lors des grèves dans la même province de Guandong. A suivre.

      7. « Prendre aux plus riches qui, proportionnellement à ce qu’ils gagnent, ne consomment pas beaucoup, afin de le donner aux plus pauvres de chez-nous pour qu’ils consomment davantage, c’est accélérer notre extinction. »

        @ La voix de son maître,
        Je vais appuyer là où ça fait mal : en plus, les pauvres, ils font beaucoup de petits (elle est pas belle la Vie ! 🙂 ). Souffrez donc accroché à votre posture idéologique brave petit homme réaliste et rêveur aussi ; si seulement ça pouvait vous faire travailler un peu. La vie maintient en permanence un équilibre fragile et précaire, mais elle maintient. Il n’y a que des gestes criminels insensés ou des actions politiques – forcément contre elle – pour vouloir briser un cercle initialement dénué de morale. Vous, bien entendu, vous ne faites pas de politique ? Demeure votre discours ultra-conservateur et réactionnaire. Le doute ne vous habite pas, et c’est tant pis pour le blog.

        …c’est accélérer notre extinction : précisez le fond de votre pensée ! Parce qu’avec vous on se demande c’est qui c’est quoi.

  11. “Y’a qu’a financer n’importe quoi.”
    Remarquez, c’est déjà le cas….!
    Cette sorte là, pourtant amène, ne paraîtra que si cette sorte se révèle subliminale, alors qu’elle s’aborde radicalement jamais neuve si s’en mêlent et s’y démêlent trop de politiciens.

    Le Grand Yaka, il aurait fait remarquer que bien que l’on finance n’importe quoi, on finance pas n’importe qui.

  12. Paul,

    vous envisagez une approche essentiellement “top/down” quand vous dîtes
    “que les autorités incontestées sur les questions financières, économiques et morales y soient conviées “, or je pense justement que c’est un des problèmes du système actuel que j’évoque dans Projet 2017 voir lien ci-après – http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/2017dec2011.pdf
    Les “élites” (ou en tout cas celles qui se définissent et continuent à être perçues comme telles) ne veulent pas de changement car le changement signifie la fin des positions acquises et elles pensent qu’elles réussiront tant bien que mal – ou en tout cas mal pour les autres – à s’en sortir. Il faut donc beaucoup de “courage” ou de lucidité pour accepter cette refondation quand vous êtes du “bon côté de la barrière”.
    Il faut donc plutôt une approche de type “bottom/up” – comme l’est ce blog d’une certaine façon – pour faire émerger des solutions
    Cdt,

    C Assayag

  13. bonjour à tous,
    je trouve les questions et les débats sur “qu’est ce que le capitalisme ?” (selon untel ou tel autre), “à quel moment a t il commencé ?”, etc. et même :

    Le système capitaliste peut-il être refondé ?
    – Si oui, comment ?
    – Si non, par quoi le remplacer ?

    sont inutiles et/ou ne vont pas suffisamment directement au but. Car nous n’avons pas à nous définir par rapport au capitalisme mais à définir ce que nous voulons. La crise nous donne justement l’opportunité de repenser (plus) librement car elle permet de remettre en cause les idées préconçues qui ont formaté les cerveaux. Les “écailles nous tombent des yeux” et il ne tient qu’à nous de regarder le monde avec un œil neuf.

    Pour moi, compte tenu de la situation du monde ACTUEL (ex. : 7 milliards de personnes ; une conscience de la limitation des ressources et une connaissance +/- fine de ces limites ; des développements technologiques existants -ex. : internet- ; etc.), qui est une situation sans précédent dans l’histoire humaine, il est nécessaire de tout repenser et donc les questions sont :
    1/ quels sont nos objectifs ? cad : sur quels grands principes devons-nous créer la nouvelle société ?
    2/ quelle organisation de la société permettra d’atteindre ces objectifs ?
    3/ comment faire pour que cette organisation prenne la place du système actuel.
    (sans alternative, le système perdurera, sous une forme ou une autre, quels que soient ses inconvénients)

    Par ailleurs, je suis étonné par la proposition de Paul Jorion de confier cette tâche à une commission. J’aurais plutôt proposé de faire appel au “cerveau collaboratif” que l’on voit à l’œuvre sur ce blog ou dans d’autre systèmes de type Wikipedia. Faire intervenir toutes les sommités citées me semble une excellente idée, mais leur confier la réflexion me semble faire appel aux pratiques du système actuel (qui a failli). Les prochaines étapes de l’évolution des sociétés devraient au contraire être collaboratives et ouvertes. Il ne s’agit pas simplement d’avoir la possibilité de s’exprimer, mais aussi de celles de participer et (surtout) de se former. Ne plus être consommateur ni aliéné.

    Cela pourrait notamment aboutir sur la fameuse constitution pour l’économie, c’est à dire un texte court, présentant les grands principes sur lesquels nous proposons de construire la société et exprimés en termes compréhensibles par tous.

    Parmi ces grands principes, seront abordés la question de la propriété et de son accumulation, de la monnaie, du marché, du droit et des limites à entreprendre, etc.

    Paul Jorion avait invité il y a quelques temps à travailler ainsi sur le site, hélas inutilisé, de ECCE :
    http://ecce-home.wikispaces.com/
    Je propose de nous y retrouver.

  14. Refonder le capitalisme?
    Et pourquoi faire?
    A-t-on refondé la monarchie?
    Le capitalisme ça peut se refondre comme l’or?
    Doit-on renflouer le Titanic?
    Doit-on refonder le stalinisme?
    Il y avait des principes devenus mauvais dans la monarchie.
    Il y a des principes devenus obsolètes et négatifs dans le capitalisme.
    Quand des systèmes deviennent des maladies…
    Guérir d’une maladie c’est l’éliminer.

    On n’aura plus besoin du capitalisme au XXIIieme siécle.
    Plus besoin de capitaux pour travailler, entreprendre, créer, fabriquer.
    Toute idée de s’enrichir, déja terme devenu totalement archaique, en faisant produire de l’argent par de l’argent sera devenu totalement inepte, comme essayer de devenir Marquis de Caraba de nos jours…
    Je dirai meme que le réve de Marx sera devenu réalité, s’enrichir grace au Capital sera devenu impossible. Soit illégal, soit sans aucun interet, l’argent ne présentant en lui meme rien d’autre que de l’eau dans les robinets. L’argent ne pouvant plus jamais produire de l’argent. Le pret sera gratuit et meme négatif. Pour se débarraser du trop plein il faudra payer l’emprunteur…
    C’est une question d’inversion de la morale: Ou on taxe l’économe qui donc n’en a pas besoin, pour en faire profiter le dépensier qui lui semble en avoir le besoin…
    On baisse les taux de la Gréce et on augmente ceux de l’Allemagne. Logique.
    Mais le bourgeois est illogique, il fait l’inverse: Il frappe le cheval au lieu de lui donner à manger. Il est bete et méchant.
    Le néolibéralisme est ultra bete et méchant.

    Notre morale bourgeoise est obsolète a réenforcement négatif, une machine infernale…
    Elle a réussi sont coup depuis 150 ans a concentrer à l’extreme les richesses, comme un malestrom infernal, créant la misère comme jamais dans toutes l’histoire de l’humanité. Depuis 150 ans l’argent a tué 100 milliards d’etres humains, par le sang, la maladie, la faim, le crime organisé, le crime d’état, les guerres mondiales…

    Alors comment le remplacer? Mais n’importe quoi d’autre ira…
    Pas de problèmes.

  15. @Julien Alexandre à propos de Lordon : “entre gens qui sont d’accord sur tout et ne tournent pas en rond en autarcie” : pas très malin de répondre avec ironie et sur ce terrain alors que je n’avais pas évoqué les pratiques du taulier, seulement ses idées.

    Jorion a commis à mon endroit deux fautes impardonnables : 1) Il a piétiné ma bonne foi alors que j’ai toujours été un naïf, c’est-à-dire incapable de mensonges et de combines pour obtenir un intérêt quelconque. Je ne cherchais rien d’autre qu’une occupation intelligente et n’avais aucune raison de commettre la moindre entourloupe. 2) Il m’a terriblement déçu avec cette histoire de prime : je ne comprends toujours pas comment un “penseur” tel que lui peut croire que faire participer la classe laborieuse aux profits pourrait changer la face du capitalisme. (Et d’un capitalisme à l’agonie, qui plus est, aller comprendre…) Lordon, aussi critiquable soit-il, a au moins le mérite de ne pas sortir des énormités pareilles.

    Jorion ne va pas au bout de ses idées, et ne cherche pas la cohérence de ses thèses. L’Argent mode d’emploi, en particulier, ne va pas au fond des choses. Dire des comptes bancaires qu’ils ne sont pas du vrai argent mais des dettes, ok, mais ce statut, plus juridique qu’économique, n’explique pas pourquoi la monnaie scripturale, hors cas particuliers, fonctionne comme du vrai fric. S’il avait creusé un peu, il aurait découvert que l’argent, tel qu’on le pratique depuis la nuit des temps, est incompatible avec la fin du capitalisme car ce dernier consiste, à travers son unique loi bien connue, à maintenir l’argent dans sa nature, à savoir : être un enjeu universel et continuel. La fin du capitalisme entraînerait fatalement la fin de l’argent. Comment pourrait-on « refonder le capitalisme » sans avoir compris ça ?

    Note : cette réponse avait sa place sur un autre fil, mais sa conclusion justifie de la poster ici.

    1. “Il m’a terriblement déçu avec cette histoire de prime : je ne comprends toujours pas comment un « penseur » tel que lui peut croire que faire participer la classe laborieuse aux profits pourrait changer la face du capitalisme”

      Je n’ai jamais été précédé dans cette voie que par Sismondi, Saint-Simon et Proudhon.

      Il est vrai que Marx et Engels dans la classification qu’ils proposent dans le Manifeste communiste (1848) appellent Sismondi : “socialiste petit-bourgeois”, Saint-Simon : “socialiste ou communiste utopique” (à l’époque, c’était une injure), Proudhon : “socialiste conservateur ou bourgeois”. Quant à eux-mêmes, où se classent-ils ? Parmi les “socialistes vrais”. On n’est jamais si bien servi que par soi-même !

      1. Jorion, avec cette réplique, j’ai le sentiment que tu me prends pour un idiot. L’idée générale, “faire participer la classe laborieuse aux profits”, est loin d’être neuve, et est déjà mise en pratique sous diverses formes. Ce n’est pas donc pas en soi une “énormité”, et ce n’était donc pas la peine de sortir l’artillerie lourde du XIXième.

        Mais la même idée devient une absurdité quand elle est balancée sans crier gare et sans justification sur un site où l’on prétend refaire le monde (“refonder le capitalisme”), et en réaction épidermique et entêtée à un fumeux coup politique de droite, cette prime sur les dividendes dont la portée théorique était aussi nulle que la portée pratique.

        Et puis, quand on pense au système de retraites par capitalisation, un système où les salariés confient leur épargne aux requins de la finance, et sur des décennies alors que les valeurs financières sont encore moins prédictibles que la météo, on se dit qu’on a là un bel exemple de participation, à grande échelle, et que le capitalisme ne s’en trouve pas pour autant amélioré.

        Enfin, ta photo… Changement catastrophique qui confirme mes pronostics. La précédente montrait ta bonhommie, maintenant tu t’affiches avec une gueule de pasteur. C’est pour plaire aux Allemands ?

    2. Faire participer la classe laborieuse aux profits, voilà déjà un bout de temps que les cadres surmenés, sortes d’hybrides n+1/salarié aussi souvent actionnaire/prolo se font pigeonner à donf; ces petits chefs de projet ou auto-entrepreneurs ne sont pas les seuls à s’entendre dire enrichissez-vous puis indignez-vous , tout englués qu’ils sont dans un optimum de Pareto légitimant les vieilles castes.

      Depuis le temps, nous devrions le savoir: tant qu’il y aura de l’argent, il n’y en aura pas assez pour tout le monde. Ainsi sur le dos de qui s’engraisserait cette classe laborieuse? Sur une classe laborieuse+++? Comment? Ça existe déjà à l’orient?

    3. Faire participer la classe laborieuse aux profits

      C’est de la redistribution, pas du partage! La redistribution est le cache-sexe de l’iniquité, de l’injustice primitive, cette pratique vise à rendre un peu plus acceptable ce qui ne l’est en rien.

    4. @Cyberpipas
      Qui vous a dit que cela devait se limiter aux profits et non pas aussi aux prises de décisions, à l’organisation du travail, une démocratisation de l’entreprise ? Et pas une démocratisation pour rire, mais pour de vrai.

  16. La crise : par où la sortie ? – RTBF

    La crise financière figure parmi les grandes préoccupations des citoyens européens. Et ils n’ont pas vraiment de quoi être rassurés. A peine un problème semble-t-il résolu que les dirigeants européens doivent s’attaquer à un autre. Une crise sans fin ? Elle ressemble en tout cas à un labyrinthe. Alors, comment les citoyens vivent-ils la crise et comment entrevoient-ils la sortie?

    Une émission de 55′ présentée par Isabelle Huysen (RTBF) et Paul Germain (TV5MONDE) depuis le Parlamentarium, le nouveau centre des visiteurs du Parlement européen à Bruxelles.

    Avec des reportages tournés au sein des 27, et des invités en plateau, notamment:

    – José Bové, député européen français, membre du groupe des Verts
    – Alexandra Thein, députée européenne allemande, membre du groupe libéral
    – Riccardo Petrella, économiste non conformiste
    – Blue, une jeune “indignée” franco-espagnole

    Rédaction en chef: Christian Dupont – Une émission réalisée par Vincent Vedel

      1. Idem avec le lien mp4 fujisan, idem.
        A l’image de ce monde où l’ensemble des valeurs est inversé et où la captation de tout est la règle.
        Merci quand même pour les tentatives

  17. Personne ne veut sortir du cadre M. Jorion !
    Tant que nous serons persuadés qu’il faut produire de la “richesse” pour vivre nous n’en sortirons pas.
    Il y a un jducac qui sommeille en chacun de nous !
    Même moi qui suis pourtant prête à jeter le capitalisme avec l’eau du bain j’ai parfois du mal, c’est pourquoi je ne suis pas encore capable de voir une nouvelle organisation de la société.

    1. Il n’y a aucune raison de croire, plus exactement: nous avons toutes les raisons de ne pas croire, que ce qui pourrait succéder au capitalisme soit concevable par un cerveau 1) individuel, et 2) aujourd’hui…

      Vous me comprenez? (J’ai l’impression de ne pas être à mon sommet d’intelligibilité, là…)

      Les consciences individuelles d’aujourd’hui n’ont donc pas cette obligation, constatation qui est d’un grand réconfort, vous ne trouvez pas ?

      Voilà un défi, que nos adversaires nous posent, qui tombe à terre.

      Laissons à ce mystérieux processus historique ce qui lui appartient, et contentons-nous de poser les bonnes questions !

    2. @ louise 9 février 2012 à 10:53

      Tant que nous serons persuadés qu’il faut produire de la « richesse » pour vivre nous n’en sortirons pas.

      Bonjour louise sans majuscule. Oui c’est bien vous que j’évoquais hier sur une autre file.

      Notre grand problème vient du fait qu’avec notre langue française, derrière le même mot on peut, selon l’imagination de chacun, mettre des significations différentes. Il en est ainsi des mots, capital, richesse, cadre et beaucoup d’autres. C’est ce qui fait la richesse et donc la puissance de notre langue dont il faut savoir se servir et pas seulement avec des SMS. Le blog, pour celui qui a le temps s’y prête bien mieux.

      Depuis 3 ans que je m’exprime sur le blog de Paul Jorion, je me suis employé, sans y parvenir autant qu’il me semblerait bon de le faire, à réhabiliter le mot capital qui déclenche chez certains un fort rejet, alors que ça n’a jamais été le cas pour moi parce que, dans ma famille pourtant pauvre, on ne m’a pas conditionné pour le haïr. Ce faisant, on m’a donné l’occasion de ne pas être malheureux face au capital des autres qui peut d’ailleurs s’exprimer sous diverses formes.

      A capital, on peut associer divers mots ce qui donne à chaque fois un sens particulier lequel se fond au sein d’ une sorte dénominateur commun qui évoque le pouvoir, la capacité d’agir etc… Capital génétique, capital social, capital culturel, capital de connaissances, capital de confiance, capital de séduction, capital investissement etc…

      Il est de même avec le mot cadre qui est suffisamment vague et indéfini pour que chacun mette derrière ce mot ce qu’il veut. Derrière ce mot qui délimite un domaine, un espace, une frontière entre 2 espaces de nature différente, on peut mettre un peu ce que l’on veut. Certains, à l’évocation de ce mot peuvent se dire que PJ évoque ce qui sépare le capitalisme de l’anticapitalisme et pour eux c’est sortir du capitalisme.

      Mais cela pourrait très bien pour d’autres, vouloir dire sortir du cadre matérialiste pour entrer dans celui de l’immatériel, du spirituel (allusion au Royaume de Dieu http://www.pauljorion.com/blog/?p=30393)
      D’autres peuvent voir le cadre se confondre avec les limites de la planète terre et des richesses qu’elle recèle, lesquelles sont forcément limitées, en oubliant que nous appartenons au système solaire et à l’univers ce qui reporte le cadre assez loin.

      Peu, importe ce qu’on met d’un côté ou de l’autre d’un cadre, l’essentiel est de s’interroger, de réfléchir si possible rationnellement, de trouver des causes possibles à ce qui nous empêche d’être heureux, d’éliminer celles qui ne sont pas validées par l’expérience, la nôtre, mais aussi celles qui nous sont délivrées par les autres, lesquels ont souvent payé cher pour apprendre.

      Nous amener à réfléchir et à échanger nos perceptions, pour mieux nous comprendre et si possible nous rapprocher et nous accepter, voila ce qui pour moi, cadre le mieux avec le blog de Paul Jorion.

  18. Comment le capitalisme néolibéral propage ses métastases dans les temples du savoir…

    La lettre de démission d’Annick Stevens, Docteur en philosophie,
    Chargée de cours à l’Université de Liège depuis 2001.

    Pourquoi je quitte l’université après dix ans d’enseignement.

    Plus que jamais il est nécessaire de réfléchir au rôle que doivent jouer les universités dans des sociétés en profond bouleversement, sommées de choisir dans l’urgence le type de civilisation dans lequel elles veulent engager l’humanité. L’université est, jusqu’à présent, la seule institution capable de préserver et de transmettre l’ensemble des savoirs humains de tous les temps et de tous les lieux, de produire de nouveaux savoirs en les inscrivant dans les acquis du passé, et de mettre à la disposition des sociétés cette synthèse d’expériences, de méthodes, de connaissances dans tous les domaines, pour les éclairer dans les choix de ce qu’elles veulent faire de la vie humaine. Qu’à chaque époque l’université ait manqué dans une certaine mesure à son projet fondateur, nous le lisons dans les critiques qui lui ont constamment été adressées à juste titre, et il ne s’agit pas de s’accrocher par nostalgie à l’une de ses formes anciennes. Mais jamais elle n’a été aussi complaisante envers la tendance dominante, jamais elle n’a renoncé à ce point à utiliser son potentiel intellectuel pour penser les valeurs et les orientations que cette tendance impose à l’ensemble des populations, y compris aux universités elles mêmes. D’abord contraintes par les autorités politiques, comme on l’a vu de manière exemplaire avec le processus de Bologne, il semble que ce soit volontairement maintenant que les directions universitaires (à quelques rares exceptions près) imposent la même fuite en avant, aveugle et irréfléchie, vers des savoirs étroitement utilitaristes dominés par l’économisme et le technologisme.

    Si ce phénomène repose très clairement sur l’adhésion idéologique de ceux qui exercent le pouvoir institutionnel, il ne se serait pas imposé à l’ensemble des acteurs universitaires si l’on n’avait pas instauré en même temps une série de contraintes destinées à paralyser toute opposition, par la menace de disparition des entités qui ne suivraient pas la course folle de la concurrence mondiale : il faut attirer le « client », le faire réussir quelles que soient ses capacités (« l’université de la réussite » !), lui donner un diplôme qui lui assure une bonne place bien rémunérée, former en le moins de temps possible des chercheurs qui seront hyper productifs selon les standards éditoriaux et entrepreneuriaux, excellents gestionnaires et toujours prêts à siéger dans les multiples commissions et conseils où se prennent les simulacres de décisions – simulacres, puisque tant les budgets que les critères d’attribution et de sélection sont décidés ailleurs. De qualité, de distance critique, de réflexion sur la civilisation, il n’est plus jamais question. La nouvelle notion d’« excellence » ne désigne en rien la meilleure qualité de l’enseignement et de la connaissance, mais la meilleure capacité à engranger de gros budgets, de grosses équipes de fonctionnaires de laboratoire, de gros titres dans des revues de plus en plus sensationnalistes et de moins en moins fiables. La frénésie d’évaluations qui se déploie à tous les niveaux, depuis les commissions internes jusqu’au classement de Shanghaï, ne fait que renforcer l’absurdité de ces critères.

    Il en résulte tout le contraire de ce qu’on prétend promouvoir : en une dizaine d’années d’enseignement, j’ai vu la majorité des meilleurs étudiants abandonner l’université avant, pendant ou juste après la thèse, lorsqu’ils ont pris conscience de l’attitude qu’il leur faudrait adopter pour continuer cette carrière ; j’ai vu les autres renoncer à leur profondeur et à leur véritable intérêt intellectuel pour s’adapter aux domaines et aux manières d’agir qui leur offriraient des perspectives. Et bien sûr j’ai vu arriver les arrivistes, à la pensée médiocre et à l’habileté productive, qui savent d’emblée où et avec qui il faut se placer, qui n’ont aucun mal à formater leur écriture pour répondre aux exigences éditoriales, qui peuvent faire vite puisqu’ils ne font rien d’exigeant. Hormis quelques exceptions, quelques personnes qui ont eu la chance d’arriver au bon moment avec la bonne qualification, ce sont ceux-là, les habiles médiocres, qui sont en train de s’installer – et la récente réforme du FNRS vient de supprimer les dernières chances des étudiants qui n’ont que leurs qualités intellectuelles à offrir, par la prépondérance que prend l’évaluation du service d’accueil sur celle de l’individu. Ces dérives présentent des variantes et des degrés divers selon les disciplines et les pays, mais partout des collègues confirment les tendances générales : concurrence fondée sur la seule quantité ; choix des thèmes de recherche déterminé par les organismes financeurs, eux-mêmes au service d’un modèle de société selon lequel le progrès humain se trouve exclusivement dans la croissance économique et dans le développement technique ; inflation des tâches administratives et managériales aux dépens du temps consacré à l’enseignement et à l’amélioration des connaissances. Pour l’illustrer par un exemple, un Darwin, un Einstein, un Kant n’auraient aucune chance d’être sélectionnés par l’application des critères actuels. Quelles conséquences pense-t-on que donnera une telle sélection sur la recherche et les enseignements futurs ? Pense-t-on pouvoir encore longtemps contenter le « client » en lui proposant des enseignants d’envergure aussi étroite ? Même par rapport à sa propre définition de l’excellence, la politique des autorités scientifiques et académiques est tout simplement suicidaire.

    Certains diront peut-être que j’exagère, qu’il est toujours possible de concilier quantité et qualité, de produire du bon travail tout en se soumettant aux impératifs de la concurrence. L’expérience dément cet optimisme. Je ne dis pas que tout est mauvais dans l’université actuelle, mais que ce qui s’y fait de bon vient plutôt de la résistance aux nouvelles mesures imposées que de leur application, résistance qui ne pourra que s’affaiblir avec le temps. On constate, en effet, que toutes les disciplines sont en train de s’appauvrir parce que les individus les plus « efficaces » qu’elles sélectionnent sont aussi les moins profonds, les plus étroitement spécialisés c’est-à-dire les plus ignorants, les plus incapables de comprendre les enjeux de leurs propres résultats. Même les disciplines à fort potentiel critique, comme la philosophie ou les sciences sociales, s’accommodent des exigences médiatiques et conservent toujours suffisamment de conformisme pour ne pas être exclues de la bataille productiviste, – sans compter leur incapacité à affronter l’incohérence entre leurs théories critiques et les pratiques que doivent individuellement adopter leurs représentants pour obtenir le poste d’où ils pourront se faire entendre.

    Je sais que beaucoup de collègues partagent ce jugement global et tentent héroïquement de sauver quelques meubles, sur un fond de résignation et d’impuissance. On pourrait par conséquent me reprocher de quitter l’université au moment où il faudrait lutter de l’intérieur pour inverser la tendance. Pour avoir fait quelques essais dans ce sens, et malgré mon estime pour ceux qui s’efforcent encore de limiter les dégâts, je pense que la lutte est vaine dans l’état actuel des choses, tant est puissante la convergence entre les intérêts individuels de certains et l’idéologie générale à laquelle adhère l’institution universitaire. Plutôt que de s’épuiser à nager contre le courant, il est temps d’en sortir pour créer autre chose, pour fonder une tout autre institution capable de reprendre le rôle crucial de transmettre la multiplicité des aspects des civilisations humaines et de stimuler la réflexion indispensable sur les savoirs et les actes qui font grandir
    l’humanité. Tout est à construire, mais il y a de par le monde de plus en plus de gens qui ont l’intelligence, la culture et la volonté pour le faire. En tous cas, il n’est plus temps de perdre ses forces à lutter contre la décadence annoncée d’une institution qui se saborde en se trompant d’excellence.

    Annick Stevens

    1. Merci pour cette lettre, je la fais tourner. La même chose en France, à l’université comme dans d’autres organisations…

    1. Pourquoi ? Parce que les Russes et les Chinois sont les derniers au Conseil de sécurité à faire prévaloir les faits sur la com, et le droit international sur le mensonge. Voilà pourquoi !

    2. il ne s’agit pas d’y croire, il faut surtout la faire.
      Et d’ailleurs la démocratie n’est pas en son principe une religion.
      C’est le jeu passionné — et passionnant — de la confrontation publique des raisons contradictoires pour faire émerger de nouvelles vérités en vue de l’institution de nouvelles règles.
      C’est pas maintenant que la crise s’approfondit, s’exacerbe, qu’il faut quitter son poste ___de citoyen.

      1. @Pierre Yves.
        Ok avec l’idée que c’est un combat permanent, mais …

        Quand on voit comment nos élus s’assoient sur les valeurs de la démocratie pour faire la guerre au nom de la démocratie (soi-disant), c’est à se demander si les mots ont encore du sens pour nous, c’est à se demander si nous n’avons pas perdu quelque chose de précieux en chemin.

        Tout qui se bat pour la démocratie devrait commencer par s’opposer à toutes les formes d’impérialismes et particulièrement à celles dont les visées sont hégémoniques, car la démocratie ne peut pas survivre face à de telles forces. Or que constate-t-on ? Que le pays autoproclamé “garant de la démocratie” est paradoxalement le pays le plus impérialiste du monde et que ce pays est prêt à sacrifier la paix entre les hommes sur l’autel d’un niveau vie qu’ils en sont arrivés à considérer comme non négociable. La nausée.

    3. Il n’y a pas de honte à cela vous savez.

      Si ça se trouve on présente toujours ce mot, comprenant bien dix lettres comme la meilleure chose qui soit pondu pour le petit Larousse, alors que dans la réalité c’est bien plus le nouveau produit Marchand ou du nombre qui importe le plus dans les têtes. Demain peut-être on y verra plus clair dans un plus grand nombre de larmes.

      Pourquoi s’enfer graduellement, si ça se trouve les gens qui recherchent le plus à se faire élire aux yeux des opinions, ne sont peut-être pas toujours non plus automatiquement des êtres de meilleure qualité surtout lorsque cela en devient leur première finalité ou raison d’existence dans la vie, pour ça qu’à force ils ne sont pas toujours bien inspirés par autre chose de moins terre-à-terre pour le genre humain.

      Mais quand est-ce qu’il va moins nous casser les couilles celui-là, moi aussi vous savez je ne crois pas plus à la première marchande de fleurs, tout ce qui les intéresse en fait c’est de vouloir continuellement vous la faire, vous embobiner, vous bourrer la tête un peu comme moi voyez-vous en ce moment avec mes conneries, ou alors comme les premiers magiciens du monde, oui ils savent bien plus y faire que vous et moi. A vrai dire c’est le principal langage du monde faut pas plus être oiseau de meilleure augure en conséquence.

      Oui c’est parce que je pense de plus en plus mal que je ne crois pas plus en tout ça. Un jour peut-être mon Dieu l’humanité passera à autre chose de moins dramatique, et oui la grèce premier berceau de la démocratie, en attendant faut supporter et se coltiner partout le politique mondial. Oh bien sur il y aura toujours du choix c’est comme au supermarché, mais tu parles en vérité d’un meilleur choix de société proposé, pauvres premiers esclaves du monde il est vrai que c’est pas encore ça dans le tout clinquant terrestre.

      Pourtant je vous assure il suffirait parfois de pas grand chose pour mieux déjà se figurer un autre monde sans eux. Voulez-vous oui ou non que les êtres apprennent peu à peu à se passer de vous ? Tant pour le boire et le manger que pour le reste, un jour peut-être nous mériterons le droit d’être traité sun peu plus comme des hommes et non comme des inférieurs, des numéros, des objets ou d’autres marchandises jetés en fait sans cesse au rebus après usage.

      Je crois surtout que le politique mondial ressemble progressivement à une plus grande troupe de théatre, de comédiens, de gens bien habillés ou déformés, chacun jouant bien son premier rôle intéressé sur terre, à la radio, sur les ondes pas étonnant alors que le monde en finisse par y perdre son Ame, ses plumes.

      Mais fort heureusement et avant que l’inévitable se produise principalement sur la terre des marchands, il y aura toujours des êtres comme France Gall. http://www.youtube.com/watch?v=WgldGHu0WXA

  19. Je suis bien incapable de préciser ce qu’étaient exactement les préconisations de la commission Brandt.
    Je crois savoir que cette commission en était arrivée à la conclusion qu’une plus juste répartition des ressources de la planète entre les peuples était absolument nécessaire pour pondérer des écarts de niveau de vie entre les différentes régions du monde risquant de devenir explosifs.
    L’ex chancelier allemand semble avoir été une personnalité remarquable.
    Mais les recommandations de la commission qu’il présidait furent bien sûr rejetées par les nations les plus puissantes…

  20. Je ne sais pas si c’est ici qu’il faut placer les idées et répondre concrètement sur le choix fin ou subsistance du capitalisme.

    A vrai dire, je m’en fiche pas mal de savoir si le capitalisme est incontournable, a toujours existé sous différentes formes et continuera sous d’autre… Ce dont je suis sûr c’est que celui pratiqué actuellement à travers la mondialisation est si ce n’est criminel, criminogène et mortifère. Et le fait est que j’espère effectivement qu’on mettra fin à ce néoféodalisme sans frontière avant qu’il n’emporte tout dans son délire de puissance et d’avidité.
    Rapidement, je dirai qu’il y a des erreurs majeures à ne plus commettre qui datent d’une autre époque ou l’empire occidental écrasait tout de sa domination commerciale et politique. Celles du commerce débridé et de l’industrie stakanoviste ; en clair faudra pour survivre se débarrasser de concepts tels que “libre-échange”, “productivité”, “compétitivité” qui comme vous pouvez le voir sont encore dans l’idéologie de bc de nos candidats, et qui m’apparaissent aujourd’hui comme de véritables absurdités archaïques.
    L’avenir pour moi est à la relocalisation : ne pas acheter ailleurs ce qu’on peut produire sur place ; à la sobriété : taxer les produits par kilomètre de transport et taux d’emballage par exemple… et il y aurait bc à dire et à faire sur l’autonomie énergétique.
    Il me semble de plus en plus clair malheureusement qu’il faudra se couper d’un monde devenu prédateur pour mieux y exercer la politique au sens noble du terme. En effet je vois pas comment on peut gérer correctement une collectivité avec des impératifs inféodés à des intérêts privés et peu scrupuleux. Si l’ensemble de l’europe par exemple quelqu’en soit les conséquences pour sa population opte pour l’option Troika, ne serait-il pas sage de s’en séparer ? Se défaire de la tutelle du Fmi, de l’Omc et même de l’Onu ne serait-ce pas le meilleur moyen d’être libre et responsable ?

    1. Pour ma part j’appelle ce que vous appelez de vos voeux “en finir avec le dessaisissement” (ou la même chose, exprimé d’un autre point de vue : “en finir avec l’occultation du monde”). Mais c’est à une refondation de la modernité qu’il faut s’atteler alors, pas du capitalisme.

  21. Je ne sais pas si c’est ici qu’il faut placer les idées et répondre concrètement sur le choix : fin ou subsistance du capitalisme.

    A vrai dire, je m’en fiche pas mal de savoir si le capitalisme est incontournable, a toujours existé sous différentes formes et continuera sous d’autre… Ce dont je suis sûr c’est que celui pratiqué actuellement à travers la mondialisation est si ce n’est criminel, criminogène et mortifère. Et le fait est que j’espère effectivement qu’on mettra fin à ce néoféodalisme sans frontière avant qu’il n’emporte tout dans son délire de puissance et d’avidité.
    Rapidement, je dirai qu’il y a des erreurs majeures à ne plus commettre qui datent d’une autre époque où l’empire occidental écrasait tout de sa domination commerciale et politique. Celles du poids du commerce débridé et colonial et de l’industrie stakanoviste ; en clair faudra pour survivre se débarrasser de concepts tels que “libre-échange”, “productivité”, “compétitivité” qui comme vous pouvez le voir sont encore dans l’idéologie de bc de nos candidats, et qui m’apparaissent aujourd’hui comme de véritables absurdités archaïques lourdes de conséquences.
    L’avenir pour moi est à la relocalisation : ne pas acheter ailleurs ce qu’on peut produire sur place ; à la sobriété : taxer les produits par kilomètre de transport et taux d’emballage par exemple… et il y aurait bc à dire et à faire sur l’autonomie énergétique.
    Il me semble de plus en plus clair malheureusement qu’il faudra se couper d’un monde devenu prédateur pour mieux y exercer la politique au sens noble du terme. En effet je vois pas comment on peut gérer correctement une collectivité avec des impératifs inféodés à des intérêts privés et peu scrupuleux qui domine l’international.
    Si l’ensemble de l’europe par exemple quelqu’en soit les conséquences pour sa population opte pour l’option Troika, ne serait-il pas sage de s’en séparer ? Se défaire de la tutelle du Fmi, de l’Omc et même de l’Onu ne serait-ce pas le meilleur moyen d’être libre et responsable ?

    L’avenir, si avenir il nous reste ce serait dans la mise en place de collectivités à taille “humaine” dont les besoins essentiels seraient autoproduits, c’est-à-dire l’alimentation, le logement, la santé, l’énergie, le transport… Bref, l’utile et le nécessaire sans pourtant empêcher les loisirs tant que celui-ci ne dérive pas vers la domination de l’être et de son esprit. Utopie , Science fiction ? Exact. Mais ne nageons-nous aujourd’hui pas en pleine prédiction pessimiste de certains auteurs noirs et désabusés de roman dit d’anticipation ?

    En résumé, c’est le retour à la politique, en tant que gestion philanthrope de la “cité”, qui nous épargnerait du chaos carnassier de nos nouveaux seigneurs aussi influents d’irresponsables, quitte, et cela m’apparait indispensable, à couper les liens avec eux.

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