Billet invité
Le parlement grec a adopté dans la nuit les mesures d’austérité par 199 voix contre 74, 22 députés du Pasok et 21 députés de Nouvelle Démocratie votant contre et étant immédiatement exclus de leurs partis. Mais le sentiment général qui prévaut est que la Grèce fera tôt ou tard défaut, le nouveau plan n’étant pas plus réaliste que le précédent, allant rencontrer de nombreux obstacles dans son application. Une réflexion est d’ores et déjà engagée afin de trouver une issue.
Les incertitudes d’un défaut et d’une sortie de la Grèce de la zone euro ont été depuis le début un puissant facteur incitant le gouvernement allemand, qui mène le jeu, à vouloir l’éviter et à l’affirmer sans cesse. Devant l’évidence, la possibilité qu’un défaut du pays intervienne sans aboutir à l’abandon consécutif de l’euro est désormais envisagée.
Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, a résumé l’état d’esprit de la majorité des dirigeants allemands en déclarant devant le Bundestag : « si la Grèce fait défaut, il ne faut pas que ce soit à cause de l’Allemagne ». Dans l’immédiat, le jeu consiste à opposer les Portugais vertueux aux Grecs qui n’ont pas de parole, une manière comme une autre de se rassurer. A ceci près que les Portugais viennent de massivement manifester leur rejet des mesures qui leur sont imposées, augurant pour le gouvernement et l’opposition socialiste du pays de sérieuses difficultés, de même nature que pour les Grecs.
Toutes les tractations à propos des deux volets du second plan de sauvetage de la Grèce ont tourné autour de la nécessité de respecter un paramètre : faire baisser la dette du pays à 120% du PIB en 2020. En effet, la situation de l’Italie – dont le poids de la dette est identique – étant affirmée comme viable, un pourcentage inférieur ne pouvait pas être affiché ! Ce paramètre fétiche a donc une signification politique et non pas économique…. La question n’est pas de définir des seuils acceptables d’endettement mais de restructurer une dette où pèse de plus en plus le poids des intérêts cumulés.
On en revient à la même constatation, en plus affirmée: la stratégie suivie mène à une impasse. C’est le cas aujourd’hui en Grèce, ce le sera demain au Portugal et en Espagne – dont les sorts sont liés – et même en Italie. Y opposer la seule perspective d’une hypothétique relance économique favorisant le retour de la croissance est un peu court. Non seulement parce que cela revient à éluder toute action sur les causes de la crise, mais aussi parce que c’est illusoire si ce n’est accompagné de réformes structurelles qui ne sont pas celles qui sont exigées. Dans ces conditions, le long processus de désendettement au cœur duquel nous sommes s’accompagne nécessairement d’une récession prolongée.
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