CNUCED : « Etouffer le messager … ou bâillonner le message … ou les deux ? »

Chers amis et collègues,
_________________

Extrait de wikipedia : 
La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement ou CNUCED est un organisme de l’ONU créé en 1964, et qui vise à intégrer les pays en développement dans l´économie mondiale de façon à favoriser leur essor.

La CNUCED cherche à affirmer la cohésion des pays du Sud autour d’une revendication majeure : des échanges commerciaux rééquilibrés (principale revendication de l’économiste argentin Raul Prebisch, à l’initiative et premier président de la CNUCED et dénonçant la « détérioration des termes de l’échange »), ce qui suppose l’accès des pays du Sud aux marchés du Nord et l’amélioration des termes de l’échange. En effet, les pays du Tiers Monde considéraient que les principes libéraux fixés par le GATT ne répondaient pas à leurs problèmes spécifiques.

_________________________________

Aujourd’hui ce rôle est remis en cause par les pays développés. Des orientations doivent être prises à la conférence de DOHA, qui débute le 21 avril 2012. D’anciens dirigeants de la CNUCED ont signé une déclaration alertant les gouvernements sur les dangers d’une remise en cause des objectifs fondamentaux de la CNUCED. Nous vous proposons de signer une déclaration de soutien à ces personnalités, qui sera transmise aux participants à la conférence de Doha le 21 avril.

Le texte des anciens de la CNUCED, et le texte que nous vous proposons de signer se trouvent ci-dessous.

Si vous êtes d’accord, veuillez envoyer votre nom et organisme ou fonction, à Tom Lines <tlines@globalnet.co.uk> et à moi-même <jeanpierreboutonnet@yahoo.fr> avant le 17 avril 19 HEURES (TU+2). Nous transmettrons la déclaration et la liste des signataires.

Bien cordialement,

Tom Lines

Jean-Pierre Boutonnet

 

Déclaration des anciens hauts fonctionnaires de la CNUCED

Genève, le 11 avril 2012

« Etouffer le messager … ou bâillonner le message … ou les deux ? »

 

Depuis sa création il y a presque 50 ans, et à l’instigation des pays en voie de développement, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a toujours été une source d’irritation pour les tenants de la théorie économique dominante. Ses analyses des problèmes macro-économiques globaux ont régulièrement donné une perspective différente de celle de la Banque Mondiale et du FMI dominés par les Occidentaux.

Mais, aujourd’hui, on tente de réduire cette voix au silence. Cela serait compréhensible si l’analyse cnucedienne faisait double emploi avec celles d’autres organisations, mais au contraire ! Quelques pays voudraient donc supprimer tout désaccord avec ce qui tient lieu d’orthodoxie économique.

Aucune organisation multilatérale n’est parfaite. Mais les analyses de la CNUCED et ses avertissements concernant les évolutions globales résistent certainement à la comparaison avec celles d’autres organisations. Ainsi que les détracteurs l’ont admis de temps à autre, la CNUCED a souvent eu une longueur d’avance en signalant l’emprise croissante de la finance sur l’économie réelle. L’organisation a prévu la crise mexicaine de 1995. Elle a anticipé la crise asiatique de 1997. Elle a régulièrement sonné l’alarme quant aux dangers de la dérégulation excessive des marchés financiers. Elle a souligné les risques qu’entrainerait une libéralisation trop rapide et non-réciproque des échanges commerciaux. Les économistes de la CNUCED n’ont jamais subi la « psychologie du déni » qui frappait d’autres organisations.

Pourquoi le point de vue de la CNUCED est-il donc malvenu ? Le fait que la CNUCED n’ait aucune responsabilité pour la gestion de l’économie mondiale et n’ait pas de ressources propres à distribuer confère une neutralité libre à ses analyses. Aucune organisation n’a prévu la crise actuelle et aucune organisation ne possède de bâton magique pour résoudre les difficultés actuelles, mais il est parfaitement clair que les origines de cette crise se trouvent dans les pays qui maintenant cherchent à étouffer le débat sur les politiques économiques globales, en dépit de leurs échecs évidents dans ce domaine.

Grâce à la crise, nous avons maintenant une meilleure explication des interrelations existant entre l’économie réelle et le monde de la finance. Ces explications sont maintenant beaucoup plus proches de ce que la CNUCED affirme depuis trente ans au sujet des dangers d’une mondialisation dominée par la finance. C’est précisément dans son analyse de ces relations que la CNUCED apporte une valeur ajoutée à la compréhension de l’impact du fonctionnement l’économie mondiale sur la majorité de la population du monde, celle qui habite les pays en voie de développement.

Pourquoi maintenant ? La CNUCED va se réunir pour sa prochaine conférence quadriennale à Doha, Qatar, le 21 avril. Les conférences de la CNUCED n’ont maintenant rien à voir avec les précédentes ; elles sont simplement une occasion de s’entendre sur le programme de travail du secrétariat pour les quatre années à venir. Mais c’est exactement ceci qui constitue l’enjeu.

A Genève, les pays en voie de développement sont obligés, encore une fois, de résister à la forte pression exercée par les pays de l’OCDE et de défendre l’organisation à laquelle ils sont liés de manière « ombilicale ». Ils ne rencontrent pas le succès nécessaire, en dépit du soutien des BRICS lors de leur récent sommet de New Delhi. Les pays développés ont donc sauté sur l’occasion d’étouffer la capacité de la CNUCED à mener des réflexions indépendantes. Il ne s’agit pas de faire des économies ou d’éliminer des double-emplois, comme certains le prétendent. Son budget pour la recherche reste minime. Or aujourd’hui plus que jamais il faut une diversité d’opinions en matière de politique économique afin que le monde puisse trouver une sortie durable de la crise actuelle. Non, c’est plutôt que s’il n’est pas possible de tuer le message, alors il faut tuer le messager.

Nous sommes tous d’anciens hauts fonctionnaires de la CNUCED. Individuellement, nous n’étions pas forcément d’accord avec ce que disait la CNUCED sur un sujet ou un autre. Nous n’avons aucun intérêt personnel dans cette affaire, mais nous tous croyons avec ferveur à la nécessité de sauvegarder une capacité indépendante de recherche qui contribue à alimenter un débat inter-gouvernemental sur les effets de l’économie mondiale sur les pays en voie de développement.

En ce moment, alors qu’enfin le pluralisme se discute, avec raison, dans le choix du Président de la Banque Mondiale, il est ironique que les pays de l’OCDE veuillent supprimer la liberté d’expression dans une autre organisation multilatérale.

Si ceux qui sont fiers d’avoir travaillé pour la CNUCED ne se manifestent pas maintenant, qui d’autre le fera ?

Contact: John Burley, Divonne-les-Bains, France, +33 (0)4 50 20 20 91 john.burley@wanadoo.fr

 

Déclaration internationale de soutien à la CNUCED

13 avril 2012

 

Les organisations et individus soussignés se déclarent terrifiés et consternés par le projet de retirer du mandat de la CNUCED les éléments qui sont au cœur de sa mission, que sont la recherche et le conseil concernant les relations des pays en développement avec l’économie internationale, en particulier dans les domaines du commerce et de la finance.

Nous apportons donc tout notre soutien à la déclaration des anciens dirigeants de la CNUCED, faite à Genève le 11 avril 2012, reproduite ci-dessus.

Nous appelons les Pays Membres de cette organisation à accepter dans leur totalité les recommandations de ces anciens dirigeants de la CNUCED ; à refuser lors de la XIIIe Conférence de la CNUCED à Doha toute proposition qui affaiblirait ce mandat traditionnel de la CNUCED ; et d’accepter le nouveau mandat originellement proposé dans le projet de résolution de la conférence de Doha.

 

Partager :

14 réflexions sur « CNUCED : « Etouffer le messager … ou bâillonner le message … ou les deux ? » »

  1. Bonne initiative,

    Mais si vous saviez comme la plupart des premiers dirigeants privés du globe s’en contre-fichent.

    Car s’il n’y a plus que l’économie qui règne follement en Maîtresse très folle sur toute la terre, si par exemple il n’y a plus qu’elle, qu’est-ce qui existe encore et qui tente tant bien que mal de nous le faire comprendre ? Qu’est-ce qui peut encore y échapper ? Le plus grand nombre dans le tout matériel terrestre ? Les gens du capitalisme, du communisme, du libéralisme et du socialisme à la fois ?

    Pourriez-vous alors leur transmettre mon petit message suivant, si bien sur cela ne leur cause aucun problème, le monde devient si craignoss. Hum pas vraiment ce que les gens veulent principalement s’échanger. Et si je n’existais pas plus en matière d’économisme global, sans doute qu’un autre ne rechercherait pas moins à le faire entendre à son prochain.

    Et puis si je ne suis pas un économiste de tel ou tel bord de penser, puis-je encore avoir le droit de leur faire un gros doigt ou je pense et cela avant le grand patatrac ? Je vous assure j’aimerais tellement parfois leur montrer mon petit doigt. Messager de mes deux, apprend d’abord à devenir aussi riches économiquement que nous, alors vous comprenez toutes ces choses passeront, mais pas du tout mon petit doigt à ce sujet.

    Pourquoi par exemple veulent-ils tous devenir des économistes d’un bord ou d’un autre dans les divers médias du globe, peut-être bien parce qu’ils pensent que seul tout ceci et cela sauvera principalement le monde de l’erreur, de l’illusion, de le mauvaise voie, de la grande perdition mondiale.

    Humains du monde, méfiez-vous de tous les divers économistes de la terre, car plus vous les écoutez, et plus personne ne peut plus guerre y décrocher à temps. Vous voyez c’est pas plus compliqué à suivre au fil du temps, puis après le compte y sera presque.

    Quelle bande d’accrocs, c’est un peu comme … des années d’études obligatoires. Tu parles d’un monde de fous, de dévots, etc …

    Pourtant je regarde rarement la lune et les premières étoiles en or et en argent de l’univers. Pour ça que tout le monde n’en reviendra pas.

    Bref à la fin c’était partout cela.

  2. En résumé des hauts fonctionnaires bien rémunérés de la CNUCED vont perdre leur emploi. On compatit mais on se demande aussi pourquoi ces gens devraient être inamovible et échapper à toute restructuration ?

    Comme aimait le dire Clémenceau : les fonctionnaires sont comme les livres dans une bibliothèque : les plus hauts placés sont les moins utiles.

    Je crois honnêtement que le monde survivra à une restructuration de la CNUSED ! Si la CNUSED était indispensable on s’en serait aperçu de nous-mêmes ! Please défendons des causes plus sérieuses !

    1. Bonjour
      l’enjeu n’est-il tout autre ?
      Les organisations de l’ONU, tel que la CNUSED, sont les seules « représentatives » des Nations, donc les seules « légitimes », contrairement aux agences autoproclamées que sont le FMI, la Banque mondiale, l’OMC, les G7-8-20 etc.

      1. Les organisation de l’ONU sont surtout représentatives de 5 nations qui y disposent d’un droit de veto ! Les autres nations sont là à titre uniquement consultatif….Question « représentativité » il y a quand même quelques questions à se poser ?

        De plus quand on défend un organisme il faut se poser des questions sur son efficacité. Qui peut objectivement m’affirmer que la CNUSED est un organisme efficace et utile ? et sur quelle base ?

    2. Deux éléments consubstantiels : le support et le message. Détruisez le support, le message disparaitra. A ce niveau hiérarchique de la globalisation, détruire les moyens de la CNUCED c’est dissoudre le message… pour renforcer le cadre.
      Vous pouvez aussi discréditer les sentinelles, dérisoires selon vous. En ce cas, il ne restera que le cadre.

  3. Jérémie ne soyez pas si triste et relisez par exemple Le Petit Prince de Saint-Exupéry,

    Bon samedi à vous,
    Véronique

    1. L’ONU est organisme qui sert à défendre les intérêts géostratégiques des 5 nations qui y disposent d’un droit de veto en permettant de donner une légitimité internationale à certaines interventions militaires. Demandez aux Ivoiriens d’Abidjan qui ont combattu les casques bleus, ce qu’ils pensent de cet organisme. Derriere toute élection ou tout changement de régime dans le 1/3 monde il y a des intérêts étrangers à défendre d’où la « nécessité » de casques bleus. L’ONU n’est pas un organisme impartial: il s’agit d’un organe militaire au service du grand capital.

  4. En anglais seulement en-bas…

    Ce message exprime la reconnaissance des anciens fonctionnaires de la CNUCED pour l’appui qui vous avez fourni à cet organisme. Et on a gagné! La CNUCED peut continuer à faire les analyses économiques qu’elle avait toujours faites jusqu’à maintenant. Même l’ancien sécrétaire-général de la CNUCED, M. Rubens RICUPERO, a signalé sa reconnaissance de ce soutien déterminé de votre part.

    Cordialement / with all best wishes,
    Tom Lines

    Begin forwarded message:

    From: John Burley
    Date: 28 April 2012 10:03:00 GMT+01:00

    Subject: UNCTAD/CNUCED/Thank you et Merci !

    Tom et Jean-Pierre,

    This is a short message to thank you so very very much for being so quick on the ball a couple of weeks or so ago. The very rapid response from you and other NGOs/ONGs, following the statement from former staff members of UNCTAD, helped enormously to publicise the issue and to get the « snowball » really rolling down the slope, so to speak!

    Frankly, I was very pleasantly surprised at the reaction from NGOs. The former Secretary-General of UNCTAD, Rubens Ricupero and with whom I worked closely, has said to me how glad he was that our group statement brought forth the additional benefit of demonstrating much appreciation for UNCTAD’s work and thus much protest against the downsizing of UNCTAD’s mandate.

    As of course you now know, the end-result was most satisfactory. And hopefully UNCTAD will continue to produce relevant, high quality and influential reports.

    Thank you again, and with warm regards,

    John Burley

Les commentaires sont fermés.