L’actualité de la crise : À LA RECHERCHE DE PETITES MARGES DE MANOEUVRE, par François Leclerc

Billet invité

Croissance, le mot magique est revenu au premier plan de l’actualité : Mario Draghi l’a prononcé en évoquant un « pacte pour la croissance » inédit ; il a fait son entrée dans la campagne électorale française ; un dîner informel imprévu des chefs d’État et de gouvernement pourrait lui être consacré en juin prochain.

Herman Van Rompuy, le président de l’Union européenne, a pourtant douché les espoirs en s’en prenant aux « demandes schizophrènes » des marchés qui exigent simultanément rigueur et croissance, car les Européens n’ont « quasiment aucune marge de manœuvre pour faire de la relance ». En tirant comme conclusion que « les réformes structurelles feront la différence dans la durée » et que « il n’y a pas de formule magique ».

Pourtant, si débat à nouveau il y a, c’est que le sentiment se développe parmi les dirigeants européens qu’il faut faire quelque chose, mais quoi ? La décision de Standard & Poor’s de dégrader de deux crans la note de l’Espagne vient de sonner comme un nouvel avertissement. L’adoption à la va-vite par le parlement hollandais et par une majorité improvisée de nouvelles mesures d’austérité n’efface pas le choc qu’a créé la chute du gouvernement et, en général, la crainte occasionnée par la montée du « populisme » en Europe. Ni les inquiétudes relatives à la baisse de la croissance chinoise, hier présentée comme allant tirer celle du monde entier.

Quoi qu’en dise la BCE, qui a voulu rectifier le tir devant l’ampleur des réactions suscitées par la déclaration de Mario Draghi, celui-ci a créé une ouverture tout en réaffirmant le fond de son discours habituel : la croissance est indispensable mais il faut la trouver grâce à des réformes structurelles. Angela Merkel n’a pas manqué de le réaffirmer, ainsi que Mario Monti, qui voudrait bien y ajouter un petit quelque chose. Tout en répétant que « l’Europe doit continuer d’éviter des politiques qui donnent l’impression de relancer la croissance de manière éphémère », procurant des « résultats illusoires », il a appelé à des investissements dans les secteurs de l’énergie et dans les infrastructures, car les réformes structurelles « ne sont pas suffisantes en elles-mêmes ». José Manuel Barroso et Mario Monti tentent de trouver un compromis en publiant un communiqué commun dans lequel ils affirment que « la croissance doit se faire en se concentrant progressivement sur la compétitivité et non en augmentant les niveaux d’endettement » ajoutant que « la rigueur budgétaire devrait aller de pair avec des investissements ciblés, afin de stimuler la compétitivité et de favoriser la demande à court terme ». Des mots, à ce stade !

Michel Barnier, le Commissaire européen au marché intérieur, a de son côté estimé que « si nous voulons que cet agenda de régulation et de gouvernance réussisse [le traité en voie de ratification], il faut qu’il soit compris et soutenu par les peuples, donc on doit l’accompagner d’un agenda de croissance ». En excluant toute mesure de relance budgétaire et en rappelant que la Commission est favorable à la création de « project bonds » – des euro-obligations au nom masqué destinés à financer des infrastructures – ainsi qu’en faisant appel à l’initiative de la Banque européenne d’investissement. Se situant ainsi sur le même terrain que François Hollande et les principaux points de son projet de mémorandum.

Alain Lamassoure, le président de la commission budgétaire du parlement européen, ne s’y est pas trompé en s’exclamant à propos des mesures préconisées par François Hollande « Tout ça pour ça ? », au diapason des réactions de perplexité bruxelloises que celles-ci ont suscité, car elles ne font que reprendre les propositions connues de la Commission, comme l’a remarqué l’un de ses porte-parole.

S’agirait-il donc de l’une de ces écumes politiques qui se payent de mots ? D’une tentative de trouver des points d’appui pour négocier des marges de manœuvre dans un contexte qui n’en dispense pas ? Difficile de nier qu’il y a de cela, mais faut-il s’en tenir à cette seule clé d’analyse ? La « schizophrénie » dont font preuve les investisseurs et que déplore Herman Van Rompuy n’en est pas moins établie. En voulant tout et son contraire, ceux-ci n’apportent aucune solution à l’échec patent de la stratégie qui est poursuivie mais n’en expriment pas moins la nécessité.

Alors que se prépare le sauvetage des banques espagnoles, Mario Draghi réclamant la constitution d’un organisme européen dédié à cette mission, les analystes financiers s’interrogent à propos des fonds de la BCE restant disponibles – sur les mille milliards d’euros injectés – qui permettraient aux banques de continuer à soutenir les émissions espagnoles et italiennes dont les taux montent à nouveau. Selon leurs pointages, il semble que l’État italien, dont le programme de refinancement de la dette est le moins avancé et les besoins les plus importants, ne soit pas dans la meilleure posture. Mario Draghi ne pouvant pas si rapidement remettre le couvert avec un troisième round massif de prêt, une autre solution doit donc être dégagée, reposant sur un financement public. Une perspective que le porte-parole d’Angela Merkel, Steffen Seibert, vient de repousser en niant tout projet, groupe de travail européen ou négociation à cet égard.

Comment briser ce cercle vicieux, qui veut que les banques et les États en s’aidant mutuellement ne font que s’enfoncer ? Par la croissance ? Comment la financer alors qu’il se confirme que les banques restreignent le crédit, toutes préoccupées par la diminution de la taille de leur bilan, l’accroissement de leurs fonds propres et la satisfaction de leurs besoins de refinancement ?

On est pourtant loin de la reconsidération stratégique qui s’imposerait. Celle qui a été adoptée conduit irrésistiblement à une récession de longue durée, considérée comme un mal regrettable mais nécessaire par ceux qui se drapent dans le réalisme. Comment espèrent-ils sortir de ce tunnel ? Grâce à une nouvelle compétitivité résultant de la diminution du coût du travail, cette terrible expression à qui il ne manque que l’ajout du qualificatif « vrai », qui est venue rejoindre celle de la fatalité de la destruction des emplois.

L’invocation de la croissance est un geste de plus et de trop. En ce sens que, prétendant définir une stratégie alternative, elle n’est pas plus réaliste que l’actuelle. D’un certain point de vue, les dirigeants allemands n’ont pas tort en mettant l’accent sur la contraction prioritaire de la dette, mais ils sont dans l’erreur à propos des moyens qu’il faut employer et dans le déni quand ils ne parlent que de la dette publique. Car ils sont les premiers à financièrement soutenir leurs banques, comme vient de le mettre en évidence Eurostat.

Ce n’est pas seulement le financement de la croissance qui est en question, c’est sa nature. Mais les deux sont liés, car reposant sur une redistribution de la richesse. Celle-ci devrait prioritairement résulter d’une réforme de la fiscalité, touchant notamment aux revenus financiers, ainsi qu’à des mesures interdisant aux entreprises et établissements financiers l’accès aux paradis fiscaux afin qu’ils n’échappent pas à l’impôt. En créant du pouvoir d’achat et en le dirigeant vers la satisfaction de besoins criants, on soulagerait d’autant les finances publiques tout en garantissant un modèle social devenu variable d’ajustement.

Fin mars, l’Espagne connaissait un taux de chômage de 24,44 % et de 52 % chez les jeunes. Ce matin, les taux obligataires espagnols et italiens grimpaient tandis que celui de l’Allemagne baissait, signe également de crise montante. Le gouvernement allemand vient d’assurer l’Espagne de « sa confiance et son respect »…

Partager :

165 réflexions sur « L’actualité de la crise : À LA RECHERCHE DE PETITES MARGES DE MANOEUVRE, par François Leclerc »

  1. Vendredi 27 avril 2012 :

    Un appel franco-allemand d’économistes pour une sortie paisible de l’euro.

    Bruno Bandulet, Rolf Hasse, Wilhelm Nölling, Karl Albrecht Schachtschneider, Wolf Schäfer, Dieter Spethmann, Joachim Starbatty,

    Alain Cotta, Jean-Pierre Gérard, Roland Hureaux, Gérard Lafay, Philippe Murer, Michel Robatel, Jean-Jacques Rosa.

    http://www.marianne2.fr/Un-appel-franco-allemand-d-economistes-pour-une-sortie-paisible-de-l-euro_a217204.html

    1. « Je ne comprends pas ce que fait un libéral comme Wilhelm Nölling avec ces Français, plutôt portés sur le protectionnisme, s’étonnait le correspondant parisien d’un des principaux quotidiens allemands, le Frankfurter Allgemeine Zeitung… »

      …la présence parmi les signataires du projet de sortie de l’euro de Dieter Spethmann, l’ancien patron de Thyssen. Un peu comme si Serge Dassault s’était publiquement prononcé pour une sortie de la monnaie unique.

      Techniquement le projet […] ressemble comme deux gouttes d’eau à l’implémentation de la marche vers l’euro telle qu’elle fut menée à la fin des années 90 mais à l’envers.

      Voilà, c’est un paisible miracle. Ils ont trouvé la pierre philosophale contre l’irréversibilité de la flèche du temps. C’est par là la sortie, qu’ils disent, fins prêts au grand saut dans le vide.

  2. Toute politique inquiète du futur de nos enfants devrait être inspirée (très modestement et selon bibi), par les considérations suivantes:

    Soit nous avons envie que l’aventure humaine se prolonge encore – soyons vraiment fous – sur quelques millénaires, soit nous nous en foutons (c’est sans doute le sentiment le mieux partagé)

    Dans la deuxième hypothèse, on va l’appeler nihiliste (à l’instar de notre civilisation actuelle), nous continuons notre « business as usual ». Dans ce cas pas de problème, l’humanité ne durera pas plus de deux siècles. En tout cas elle sera en grand péril de ne pas survivre aux deux prochains siècles.

    Si par une folie sans pareil, il nous venait l’envie de vouloir survivre au delà des deux prochains siècles (Une envie de futur comme dirait Ségolène), alors il faudra tenir compte des considérations suivantes:

    Nous n’avons qu’une Terre, et sans doute pour toujours. Je rappelle que la recherche fondamentale en sciences, patine sévèrement depuis plus de 50 ans et que cela est dû à ce que la science a intégré dans son corpus, le fait qu’il y a des limites intrinsèques à ce que nous pouvons connaître (Théorème de Gödel, mécanique quantique, théorie du chaos, impossibilité ou en tout cas très grande difficulté à faire la synthèse des théories de l’infiniment petit et de l’infiniment grand)
    Que notre technique dont nous sommes si fiers, est en grande partie basée sur des théories déjà anciennes, comme celle de Newton (pour le moins en ce qui concerne les moyens de transport). Et qu’elle ne nous permet pas d’envisager de nous « évader » du système solaire.
    Que dans ce système solaire il n’y a pas d’autre planète habitable.
    Que nous sommes soumis aux lois de la thermodynamique, et en particulier à son fameux deuxième principe. Principe qui rend irréversible les transformations d’une forme d’énergie, en une autre. Pour être simple: on ne « brûle » qu’une fois un litre d’essence dans le moteur de notre voiture, pour le reste on augmente le désordre de l’environnement en produisant la forme la plus dégradée de l’énergie: la chaleur. D’où le réchauffement climatique, bien que dans ce cas là ce soit un peu plus compliqué, car c’est la production de gaz à effet de serre qui prédomine dans l’augmentation de la température globale de la planète.
    Notre intérêt bien compris, voudrait donc, si nous n’étions pas si inconscients, de prendre le plus grand soin de notre jardin terrestre.
    Or que faisons nous, comme des héritiers à la tête brûlée, nous dilapidons sans compter, le seul capital qui vaille, celui que mère nature nous a légué gratuitement en héritage.
    Il serait grand temps d’arrêter de se comporter comme si l’énergie était abondante et peu chère pour toujours. Inutile de rappeler que les énergies fossiles sur lesquelles nous avons fondé nos modes de vie actuels sont en quantité limitée et polluent.
    Il serait temps d’arrêter de penser que la science et la technique vont tout résoudre. La mise au point de la fusion nucléaire contrôlée, pose depuis 50 ans des problèmes scientifiques et techniques qui ne seront pas surmontés avant longtemps, si en étant optimistes, ils finissent par l’être. L’énergie nucléaire de fission, c’est régulièrement Tchernobyl ou Fukushima, pas très avenant…
    Il serait urgent de favoriser, l’émergence d’une conscience collective globale.
    Sans quoi, il sera difficile de ne pas considérer que nous aurons été une espèce particulièrement stupide et le mot est faible.
    Nous n’aurons même pas eu à subir l’impact d’une météorite pour disparaître, comme les dinosaures.
    Nous aurons nous mêmes, fabriqués « notre météorite ». Quelle summum dans l’échelle de l’évolution !!!
    Mais soyons humbles, ni la Terre, et encore moins le Cosmos ne nous pleureront.

    1. Dans Sciences&Vie de mai 2012 il y a un article sur les pénuries de 26 matières en voie de raréfaction (du cuivre au dysprosium en passant par le phosphore et l’hélium.) Chaque cas particulier est discutable (comme l’est celui du pétrole) parce que les marchés ne peuvent s’intéresser qu’aux ressources qui sont rentables à court terme, mais l’ensemble donne une bonne idée de la manière dont les choses se passent.

      Si vous n’avez aucune idée du coût en énergie des allers-retours entre la terre et l’espace vous pourrez ensuite tenter de reprendre espoir avec les solutions (a priori farfelues) auxquelles songent Space Adventures, Planetary Resources Inc., la NASA et des capitalistes aussi respectés que les « billionaire luminaries, including Google’s CEO Larry Page and executive chairman Eric Schmidt, former Microsoft chief architect Charles Simonyi, and Ross Perot Jr » (j’en passe): http://www.wired.com/wiredscience/tag/asteroid-mining/

  3. fred,

    … les sevices de contrôle font-ils leur travail? ils font ce qu’ils peuvent …

    De quels sévices parles-tu ? 😉

    Blague à part, tu m’as l’air remonté à bloc, ça fait plaisir.
    Peut-être que le temps où la machine infernale sera enfin démontée n’est plus si loin, moyennant quelques soubresauts, difficilement évitables bien entendu ….
    Le mode d’emploi du démontage de ladite machine existe, on le doit à un certain Jorion, grand spécialiste des cas difficiles. Manquent plus que les circonstances favorables et un peu de sens politique.

    Sentirais-tu venir des temps nouveaux ?

    1. @PY,

      c’est l’inconscient qui devait être aux manettes!
      Des temps nouveaux…il faudrait voir sur la durée. En tout cas, il semble que depuis 6 mois, a émergé une volonté de « durcir le ton » envers qui tu sais. A cause du calendrier électoral, en raison de contraintes budgétaires toujours plus fortes, ou bien peur de réactions populaires? Opération de communication? Un peu de tout ça, sans doute.
      Quelques orientations fiscales semblent faire sens (limitation de la déductibilité de certaines charges financières). Maintenant, c’est au citoyen-électeur de faire connaître ses doléances aux candidats en cette matière. Les services de contrôle ne peuvent qu’appliquer les textes dont ils disposent.
      Bien à toi

  4. Que pensent nos distingués amis PJ et FL de ce pavé dans la marre de l’euro ???????

    —————————————————————————- :

    Appel aux gouvernements d’un groupe d’experts économiques français et allemands réunis à Düsseldorf 27 avril 2012

    “Was die Stunde hat geschlagen, sollst du deinem Volke sagen“
    [Quand l’heure a sonné, tu dois avoir le courage de le dire à ton peuple]

    Heinrich Heine

    Treize ans après le lancement de l’euro, il est patent que non seulement cette expérience n’a tenu aucune de ses promesses, mais même que sa poursuite risque de déboucher sur le chaos.

    Au lieu de la prospérité, un ralentissement de la croissance dans tous les pays de la zone, avec un important volant de chômage.

    Au lieu de la rigueur, dix années d’augmentation irresponsable des dépenses publiques et des dettes souveraines, qu’une génération de sacrifices ne suffirait pas à apurer.

    Au lieu d’une meilleure intégration économique, des déséquilibres entre les pays qui s’aggravent chaque jour. Les pays d’Europe du Sud, Grèce, mais aussi Portugal, Espagne, Italie, et même France voient leur compétitivité se dégrader depuis dix ans de manière continue. Asséchant le pouvoir d’achat des uns, cette situation fait obstacle à la croissance des autres et donc au développement du marché unique.

    Au lieu d’un rapprochement des peuples, une animosité croissante entre créanciers et débiteurs.

    Au lieu d’un progrès de la démocratie, des décisions venues de haut imposées à des peuples qui les refusent.

    Les plans successifs destinés à « sauver l ‘euro » sont vains car ils ne s’attaquent, d’ailleurs avec peu d’effet, qu’aux seuls déficits publics et non à ce qui est racine du mal : la propension différente des pays à l’inflation. La seule solution serait la déflation des prix dans les pays déficitaires : or une telle opération n’a jamais réussi nulle part (ex : l’Allemagne de 1930, la France de 1934).

    Poursuivant un objectif qu’elle n’atteindra de toutes façons pas, l’Europe est entraînée dans une spirale de récession qui, s’agissant du premier marché mondial, inquiète la planète toute entière.

    À cette récession s’ajoute le risque d’inflation, d’autant qu’en violation de ses statuts, la Banque Centrale Européenne ne voit d’autre issue, pour prolonger l’euro, qu’un recours massif à la création monétaire au bénéfice des banques, trop heureuses de l’aubaine.

    Il est tout aussi illusoire d’espérer organiser une « Europe des transferts », qui exigerait le transfert durable de centaines de milliards d’euros vers les pays en difficulté, revenant à une collectivisation des déficits publics. Solution refusée par les peuples que l’on voudrait mettre à contribution tout en n’offrant aucun espoir de redressement aux plus mal en point.

    Cet acharnement thérapeutique, qui ne vise que le court terme, ne pourra éviter l’accélération des secousses qui touchent non seulement la sphère financière mais aussi l’économie réelle.

    S’il n’y est pas rapidement mis fin, l’expérience de la monnaie unique se terminera de la manière la plus dramatique : détérioration de la situation économique, explosion du chômage, désordres sociaux, montée des extrémismes, résurgence d’anciens conflits, destruction de l’État de droit : les pays de l’Europe deviendraient ingouvernables.

    L’Union européenne ne saurait demeurer la marionnette des oligarchies financières qui visent la destruction de la base même de nos existences. N’est-il pas honteux de les voir soumettre les pouvoir politique et économique au gré de leurs intérêts ?

    Il est clair que seules des dévaluations et réévaluations réelles, adaptées à la situation de chaque pays, pourront mettre fin aux déséquilibres entre eux et, par-là, rétablir la croissance. L’histoire nous offre de nombreux exemples de ruptures d’unions monétaires : il en ressort que non seulement il est possible de les gérer de manière ordonnée sur les plans politique et économique, mais aussi qu’elles se sont révélées bénéfiques, et cela au bout de quelques mois seulement.

    C’est pourquoi les économistes allemands et français signataires, réunis à Lyon en octobre 2011 et à Düsseldorf en avril 2012, appellent leurs gouvernements respectifs à convenir et à proposer aux autres États membres de l’Union européenne, de mettre fin à l’expérience de la monnaie unique et, à cet effet, de prendre sans délai les mesures suivantes :

    – remplacer l’euro par de nouvelles monnaies nationales disposant de l’ensemble de leurs prérogatives dans chacun des États, sachant que certains pays pourront passer des accords bilatéraux ou multilatéraux pour mettre en commun leur monnaie ;

    – créer un nouveau système monétaire européen, comportant une unité de compte européenne, égale à la moyenne pondérée des unités monétaires nationales ;

    – afficher d’emblée les parités souhaitables des monnaies nationales vis-à-vis de cette unité de compte européenne, calculées de façon à limiter la spéculation, restaurer la compétitivité de tous les États, assurer des échanges équilibrés entre eux et résorber du chômage ;

    – veiller, en s’appuyant sur un Institut monétaire européen, à ce que les taux de change réels des monnaies nationales soient ensuite stabilisés, à l’intérieur d’une marge de fluctuation à déterminer ;

    – convertir dans chaque pays l’ensemble des prix et salaires intérieurs ainsi que les avoirs bancaires sur la base de un euro pour chaque unité de monnaie nationale ;

    – convertir, selon la même règle, les dettes publiques de tous les pays de l’euro en leur nouvelle monnaie nationale ;

    – convertir les créances et dettes privées internationales dans l’unité de compte européenne.

    Le règlement des dettes publiques et privées pourra faire l’objet de négociations bilatérales, entre créanciers et débiteurs, à partir des deux règles de base énoncées dans les deux précédents alinéas.

    Dans ce contexte, une même priorité doit être donnée aux politiques nationales, celle de développer et d’adapter toutes les forces productives, afin d’accroître la productivité de l’ensemble de l’Europe.

    La coopération des institutions responsables doit permettre de réussir une transition en bon ordre.

    Cette transition doit être la plus courte possible : elle ne pose pas de problèmes techniques majeurs. Les nouvelles règles doivent être affichées clairement. Il sera demandé aux États de veiller, en s’appuyant sur leurs Banques centrales nationales, désormais autonomes, à ce que la transition décidée n’entraîne aucune déstabilisation du système financier européen et lui donne même les moyens de contribuer activement au retour de la croissance.

    En lançant cet appel, les économistes allemands et français signataires souhaitent ardemment contribuer, par leur expertise et leur engagement, à la relance de la construction européenne sur des bases rénovées et réalistes, en même temps qu’au redressement économique de l’Europe.

    Le 27 Avril 2012.

    Bruno Bandulet, Rolf Hasse, Wilhelm Nölling, Karl Albrecht Schachtschneider, Wolf Schäfer, Dieter Spethmann, Joachim Starbatty,

    Alain Cotta, Jean-Pierre Gérard, Roland Hureaux, Gérard Lafay, Philippe Murer, Michel Robatel, Jean-Jacques Rosa.

    1. Je ne suis pas un distingué économiste ce qui me permet de penser que le libéralisme allemand essaye de se mettre un certain souverainisme français dans la poche alors que le vent tourne en Allemagne.

    1. Comment faire pour caser ensemble l’Europa et la parcellisation/stratification des sociétés, en réponse à la mondialisation, que vous sembliez réclamer ?

      La création de l’Europa n’est d’ailleurs qu’une mise en application partielle du programme fédériste de Joseph Archer dont Besson s’est fait le propagandiste, programme qui prévoit entre autres la création des « États Fédérés d’Europe » et la suppression des barrières douanières et qui se termine par cette phrase : La France, ainsi, ayant résolu tous ces problèmes nationaux, ayant un idéal international, pourra être véritablement la reine de la paix.

      1. @ Mor
        Euro, Europa, fédérisme, fédéralisme. Juste pour dire qu’il a eu de tout temps des utopistes.

Les commentaires sont fermés.