GRANDEUR ET DÉCADENCE DU SERVICE PUBLIC, par Vicè

Billet invité.

Des coquards et des coquâtres

Autrefois, le titre de « secrétaire » était réservé à toute personne au service d’une autre, d’un rang hiérarchique supérieur, dont elle était chargée de rédiger et de transcrire les lettres et les dépêches officielles (c’était le titre de Jean-Jacques Rousseau, à Venise). De nos jours, dans un même contexte administratif, il désigne un agent de catégorie B de la Fonction publique d’État. De façon encore plus explicite (du moins pour qui la langue française vaut plus qu’une de ces chansonnettes de coquâtres[1], qui encombrent les ondes), le grade équivalent dans la Fonction publique Territoriale s’intitule « rédacteur ».

Saurait-il encore écrire – connaîtrait-il la syntaxe, l’orthographe et la grammaire – que le pauvre cadre B, aussi zélé fût-il, n’en aurait pas le temps. Cela vous étonne ?

Demandez donc leur avis aux « coquards » du service public, entrés en fonction autour de 1968 : profondément écœurés, comme leurs jeunes collègues, ils ont du moins cette consolation d’une retraite imminente. Ces Grognards qui, en leur temps, prirent la peine d’apprendre leur métier, tant sur le terrain qu’en amont, à l’école (du temps qu’elle enseignait encore le français), notent avec consternation l’évolution des services publics, depuis 2007 voire avant. Au sein du personnel, cette évolution concerne surtout les cadres A et B, les employés de catégorie C n’étant considérés que comme des « petites mains » décervelées. En effet, ces cadres (ou les « coquâtres » qui en tiennent lieu), ne connaissent rien d’autre que des techniques de management et de communication, qui, certes, en imposent lors des entretiens d’embauche. En effet, dans la Fonction Publique, ceux-ci tendent à se substituer à l’égalitaire et républicain « concours d’entrée ». C’est d’ailleurs la raison du peu de considération dont pâtissent les diplômés des facultés de lettres, que les recruteurs du privé, non sans condescendance, renvoient systématiquement à leur « pré carré » professoral et littéraire.

Le Diable qui se mord la queue

En cet an de grâce 2012, où par hasard (à moins que ce ne soit par nécessité, après tout), les élections présidentielles tombent en même temps que la commémoration aux États-Unis de la naissance du Fordisme (mise en pratique du Taylorisme), du travail à la chaîne et de la société de consommation, l’administration française, celle d’État, du moins, que je connais, a presque entièrement renoncé à son Idéal constitutif de « service public », avec ce qu’il implique de dévouement, de désintéressement (moral et pécuniaire) et de neutralité. Même s’ils sont encore protégés par leur statut (qui, par parenthèse, loin de constituer un « privilège », garantit leur neutralité vis-à-vis du pouvoir politique), les fonctionnaires sont dorénavant « managés » selon les méthodes du secteur privé. Les cadres passent l’essentiel de leur temps à mesurer leur productivité, non pas tant, malgré le caractère extrêmement pointilleux voire intrusif des outils statistiques, l’activité réelle dont on tirerait le bilan après-coup, mais l’activité prévisionnelle, qu’on quantifie en termes de flux différés et de projections de stocks, dans la plus pure optique communicationnelle. Il s’agit de fournir au Ministère de tutelle des chiffres qu’il puisse, s’ils lui conviennent, transmettre aux médias, dans le cas contraire, dont il puisse se prévaloir pour justifier les coupes budgétaires. D’où la pression exercée sur les cadres pour améliorer les chiffres, et celle exercée sur les agents par ceux-ci pour « optimiser » des moyens qui font de plus en plus défaut.

C’est le diable qui se mord la queue.

La désorganisation des services devient si dramatique qu’il est presque interdit à certains agents de tomber malade, tant les conséquences peuvent s’avérer désastreuses pour leurs collègues, sur qui l’on fait retomber la charge de travail supplémentaire, alors même qu’ils n’ont guère le temps de s’acquitter correctement de leurs tâches habituelles. La « polyvalence », ce pimpant concept choyé par les DRH qui cherchent à remotiver leurs troupes, en les gonflant d’estime de soi, n’est qu’un paravent visant à cacher la nudité d’un grand corps qui n’aura bientôt plus que des haillons à se mettre. Dans certaines préfectures, on voit ainsi des personnels techniques réaffectés, d’autorité, sans consultation, sur des postes administratifs, mais sans aucun des droits attachés au corps des personnels administratifs (salaire et congés). Il n’est pas rare également qu’on jongle avec les notions pourtant fondamentales d’ordonnateur et de comptable, quand on demande au régisseur de recettes de quitter son poste en cours de journée pour « donner un coup de main » au service des cartes grises. Si jamais le régisseur tombe malade, à son tour, qu’à cela ne tienne : on ouvre le coffre-fort, comme un gang de Rapetou, où l’on prélève toutes les formules vierges dont on a besoin pour atteindre les objectifs chiffrés du jour, et, le soir venu, une fois la curée finie, on laisse tout en plan : à charge au régisseur de tout remettre en ordre dès son « congé » maladie terminé.

Tout travail mérite… bâton

La comparaison avec le secteur privé s’avère plus limitée qu’il n’y paraît : en effet, si l’on prétend, d’un côté, « responsabiliser » davantage les agents (pour légitimer les baisses d’effectifs – bien réelles – et leur contrepartie illusoire, les hausses de salaire), on décourage par tous les moyens possibles l’esprit d’initiative, en pervertissant au passage les valeurs humanistes censées fonder une administration née du Conseil National de la Résistance. Comme au carnaval, où tout est renversé, les qualités et les vertus des agents (pour ceux, bien éduqués, qui les ont apprises de leurs parents), telles que l’entraide, la charité ou la compassion, sont disqualifiées et réprimées au profit d’une mise en concurrence qui ne saurait être bénéfique, puisque précisément, le but n’est pas de faire du profit. En effet, il s’agit d’expédier le plus vite possible et à moindres frais des usagers qu’on considère de plus en plus comme un « mal nécessaire », et non pas comme la raison d’être de l’action publique. On en vient à percevoir le public, dans nombre d’administrations, comme ces « nuisibles » des écosystèmes sensibles. Nuisibles… mais pour qui ? Pour des écosystèmes déséquilibrés, dont on a supprimé les prédateurs naturels et qu’on surexploite en dépit du bon sens.

Du point de vue d’un agent de cadre C, sous tension permanente, à cause des remarques désobligeantes d’un petit chef zélé qui lui reproche sa lenteur, du manque d’effectifs qui le contraint à assumer le travail de trois ou quatre collègues, de la mauvaise humeur des usagers lassés d’attendre des heures au guichet, sans compter le salaire qui n’est pas terrible, pas étonnant que le public finisse par être perçu comme l’une de ces aimables bébêtes. Pour les cadres, l’usager n’est rien d’autre qu’un impondérable, qui risque constamment de fausser les statistiques et d’entraver le « bon fonctionnement » des services, c’est-à-dire de mettre en lumière l’extrême tension et l’absence totale de souplesse créées par les baisses de moyens et d’effectifs.

Cette mise en concurrence des agents entre eux se traduit également par l’attribution de la prime de fin d’année « au mérite », sur proposition du chef de service (à la tête du client, la plupart du temps) : plutôt que tous bénéficient de la même somme, un tiers ramasse mettons 500 euros, un autre tiers la moitié et les autres… Bernique !

Autrement dit, dans la Fonction publique, depuis les directeurs qui conçoivent ou contresignent à tour de bras des rapports de gestion, les cadres A et B, qui rédigent à leur attention des notes de synthèse et bataillent avec leurs fichiers « Excel » pour que leurs calculs multifactorielles tombent justes, jusqu’aux adjoints qui passent leur temps, à chaque fois qu’ils lèvent le petit doigt ou se grattent la tête, à tracer un bâton dans un tableau (par boisseaux de cinq), pour dire qu’ils l’ont fait (car cela prend un temps précieux, paraît-il, qui empiète sur le « vrai travail »), quand ils ne doivent pas se chronométrer au surplus, chacun passe ses journées à tenir des statistiques censées mesurer des tâches que nul, de toute façon, n’a plus le temps d’effectuer. Le comble est atteint quand on fait mine, en haut lieu, d’écouter les protestations des agents : avant d’y donner éventuellement droit, cependant, on leur demande d’étayer leur argumentaire d’indicateurs statistiques, en chronométrant le temps pris à remplir ces tableaux et à tracer ces bâtons. Nouveaux tableaux, donc, et nouveaux bâtons. Car il faut tout prouver, chiffres à l’appui, même le temps qu’on perd.

Dans l’administration où j’exerce (une préfecture), se pointa un beau jour un stagiaire de Sciences-Po, vite rebaptisé « costard-cravate » : on attendait de lui un point de vue extérieur sur le service, « neuf et impartial », ainsi qu’une « expertise ». Ce blanc-bec à l’air avantageux, prétendant éclairer des fonctionnaires en poste depuis 5 à 15 ans, qui connaissent leur métier sur le bout du doigt, ne pouvait se prévaloir que de cinq demi-journées de pratique, uniquement sur des dossiers basiques. Qu’importe ! L’une de ses suggestions, fort bien accueillie par la hiérarchie, en ce qu’elle devait permettre de supprimer des coûts (par la suppression des renvois postaux de dossiers), le fut beaucoup moins des agents qui, l’ayant testée des années auparavant sans succès, et qui avaient suffisamment de recul pour en prévoir l’échec, protestèrent énergiquement. Rien n’y fit.

Après une « phase de test » de deux semaines qui fit perdre beaucoup de temps aux agents et mit leurs nerfs à bout, pour un bilan lamentable et sans appel, je fus convoqué dans le bureau de mon supérieur hiérarchique. Il voulait connaître mon « feedback » de l’opération. La conversation qu’on eut alors, avec le recul, me paraît presque surréaliste :

« En effet, on s’est rendu compte que ça ne marche pas…
– Mais, on vous l’avait tous dit dès le début !
– Oui, mais vous savez que moi aussi, je dois rendre des comptes, et le Secrétaire général exige qu’on teste chaque proposition avant de prendre une décision.
– Si je comprends bien, il ne nous croit pas sur parole.
– Eh non ! Tout ce qu’on avance doit être étayé et recoupé par des indicateurs statistiques précis. Rien de plus normal, après tout…
– Cependant, si l’on nous avait cru[s], on aurait tous gagné un temps précieux.
– Peut-être, mais notre stagiaire, M. X***, affirmait que c’était efficace… Alors, qui croire ?
– Mais nous, bien sûr ! Enfin… ! Nous, qui sommes en poste depuis plusieurs années, j’espère ! Nous sommes adultes, vous savez : croyez-vous donc qu’on ne souhaite pas aussi que le fonctionnement du service s’améliore ? Seulement, cela fait des années qu’on se tue à vous dire qu’il s’agit d’un problème d’effectifs. Ce n’est pourtant pas sorcier. Tenez, c’est comme en cuisine : tant que vous vous obstinerez à vouloir faire lever votre pâte à gâteau sans ajouter de levure chimique, cela restera lamentablement plat.
– Vous, peut-être, vous êtes adulte, mais ce n’est pas le cas de tout le monde…
– Quoi ? ! »

Une administration moderne : le règne des « inspecteurs de travaux finis »

La déconsidération, la disqualification, la suspicion généralisée dont les agents de catégorie C font actuellement l’objet de la part de leur hiérarchie, soupçonnés qu’ils sont de vouloir tirer au flanc, défendre la pause-thé et freiner la « rationalisation du service public », atteignent un tel degré, que leur écœurement n’a plus d’égal que l’hypocrisie de ladite hiérarchie. Ce qu’on attend d’eux : pas plus, pas moins que de Charlot dans Les Temps modernes, c’est-à-dire qu’ils restent assis à leur place, sans broncher et sans bouger (sauf leurs dix doigts), huit heures par jour, à taper sans répit sur leur clavier. On voit venir le jour qu’ils introduiront une de ces mémorables « machines à manger » du film de 1936. À « temps modernes », administration nouvelle.

Exclues, donc, les discussions entre collègues, y compris strictement professionnelles (qui concernent habituellement plus des trois-quarts des échanges), la pause-thé bien sûr, la pause-pipi, qui doit être systématiquement signalée au supérieur hiérarchique. Pas d’objection, en revanche, contre la pause-cigarette. Pas question non plus de renseigner les usagers plus que de « raison », notamment au standard téléphonique, où la règle est de prendre le plus d’appels possible (en trois minutes), quitte à les laisser raccrocher Gros-Jean comme devant, sans même la moitié des informations nécessaires à la bonne constitution de leur dossier. La chasse est ouverte en préfecture : tout ce qui peut ralentir l’activité devient la cible des gestionnaires, qui tentent de faire des agents de catégorie C leurs rabatteurs. On décortique, au cours de réunions interminables et pointilleuses (sinon pointillistes), chaque « process » à l’œuvre en préfecture (de l’instruction d’un dossier de cartes grises au rechargement des bacs A4 des photocopieuses), pour ensuite en éliminer toutes les scories. J’ai ainsi participé à de mémorables débats, parfois houleux, en présence du directeur, dont un de vingt-cinq minutes top chrono, visant à déterminer si l’on devait agrafer les dossiers au début ou à la fin de l’instruction, et si l’on devait parapher le formulaire de demande à l’encre rouge, en haut à gauche, ou à l’encre verte, en bas à droite.

L’agent de catégorie C est véritablement traité comme une machine-outil, dont on dégraisserait les rouages, sauf qu’il n’en a pas l’insensibilité et qu’il n’a pas la capacité de se substituer, à lui seul, à vingt ou trente personnes. Je ne vois pas trop, en vérité, ce qui les retient encore de nous remplacer par des distributeurs à pièces de cartes grises, avec George Clooney tout sourire en façade, sauf de vagues scrupules légalistes, qui se justifient d’autant moins que plusieurs ministres, ces dernières années, se sont vus condamner en justice. Quitte à garder des fonctionnaires – le moins possible, tout de même – on s’ingénie donc à les presser comme des citrons.

Curieusement, dans le même temps qu’on supprime ces petites mains qui font tourner les services, on assiste à une floraison extraordinaire de cadres A, de chargés de mission, de stagiaires de grandes écoles et de contrôleurs de gestion, dont le nombre tend à dépasser celui des cadres C (vacataires compris), et qui n’ont d’autre fonction – quand ils en ont une clairement définie – que d’être des « inspecteurs de travaux finis ».

Une « nouvelle » recette de pâte brisée

Tout cela, messieurs-dames, a été théorisé et mis en application depuis plusieurs années déjà, sous forme d’une méthode pragmatique, dérivée du processus de production du constructeur automobile Toyota, qui a nom LEAN. Par un étrange scrupule francophone, on a même pris soin de décliner ce très-reconnaissable adjectif anglais, qui signifie « mince », entendez : « svelte », on dit « lean and mean » : en pleine forme et agressif, dans l’acronyme aussi laborieux que paradoxal : Leviers d’Efficacité pour une Administration Nouvelle. Abaisse-t-on, comme un pâtissier sa pâte brisée (préparée avec beaucoup de matières grasses), la masse rétive des fonctionnaires avec le rouleau des statistiques, ou cherche-t-on à la faire lever, au contraire ? Il faudrait savoir…

Or, comme vous l’avez sans doute compris, ce petit jeu de mots est significatif de l’hypocrisie qui règne parmi les cadres de la Fonction Publique (du cadre B jusqu’au corps préfectoral). Hypocrisie qui n’est pas le simple masque condescendant d’une hiérarchie qui veut faire passer les réformes (RGPP en tête) en sauvant les apparences, puisqu’elle se complique et qu’elle se double de pratiques « managériales » qui ressortissent au « double-bind » de Grégory Bateson [:] « Faire plus avec moins ». Admettre solennellement que les agents puissent être plus ou moins familiers avec l’outil informatique, donc plus ou moins rapides, tout en fixant à tous des objectifs chiffrés identiques ! Et les convoquer régulièrement pour leur reprocher de ne pas les tenir, alors même qu’on leur a prôné (autrement dit : imposé) une polyvalence qui n’est jamais, en fait, qu’une façon de gérer la pénurie, et qui les empêche de se consacrer pleinement au cœur de leur métier : remplir des tableaux… oups ! Pardon. Ma langue a fourchu : saisir des cartes grises. Ceci dit, on ne se prive pas de les accuser de ne pas avoir rempli leurs divers tableaux statistiques, quand ils ont précisément jugé bon, en toute bonne foi, de s’en dispenser afin de respecter leurs objectifs chiffrés.

Des « normes » et des valeurs

Ce raisonnement parfaitement absurde, digne d’un père Ubu ou d’un Stanley Laurel, quand il s’embrouille en reformulant quelque idée a priori lumineuse, serait comique s’il ne pouvait s’avérer, à terme, tragique : sans aller jusqu’à la tentation du suicide, il est patent que le stress, le désarroi, le découragement et la démotivation qui affectent les agents viennent du sentiment de perdre pied dans un système qui devient fou et auquel plus personne ne comprend rien. Certes, en haut lieu, on s’est entouré d’un bataillon de conseillers en « management » et en gestion, qui sont hyper-formés et tout gorgés d’expressions jargonnantes. Ce qui n’empêche pas leur méthode d’être d’une simplicité (pour ne pas dire, d’une brutalité) exemplaire. Elle tient en trois points : gérer les tâches et les effectifs à flux tendus (comme chez Toyota), planifier la pénurie, organiser et légitimer la mesquinerie.

Comme l’aurait dit Bertold Brecht, si vous trouvez que le public est trop nombreux et trop gênant, eh bien ! éliminez-le, vous aurez alors les coudées franches pour bâtir – ou modéliser – un service public à votre idée, efficace et bon marché, diligent et léger en moyens. Les agents ont tort de protester contre vos « process » novateurs ? Eh bien, changez-les ! Si vous n’êtes pas capable de comprendre que tout service rendu au public est forcément coûteux, prend forcément du temps, présente forcément des impondérables, alors… vous ne valez pas la peine qu’on s’esquinte la santé et le moral pour vous.

Un syndrome France Télécom ou Renault ou La Poste, ça suffit ! Au fait, ça fait déjà trois…



[1]           Coquâtre : Demi-chapon, poulet chaponné à moitié. On dit d’un homme qui chante mal, qu’il a une voix de coquâtre (Dictionnaire de la Langue Française, É. Littré, Librairie Hachette et Cie, tome 1er, 1873).

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63 réflexions sur « GRANDEUR ET DÉCADENCE DU SERVICE PUBLIC, par Vicè »

  1. Dans le domaine de la recherche publique, ces méthodes de management imbéciles ne produisent aucun effet sur les quelques individus qui dorment sur leurs lauriers et ne font que décourager et démotiver ceux qui ont encore la passion de leur métier. On finit par passer plus de temps à “justifier” son temps de travail qu’à travailler. “Contre-productif”, finalement.

      1. J’ajoute mes remerciements à ceux d’arkao. J’étais passé à côté de ce billet. Maxima culpa. C’est exactement ce que j’oppose aux obsédés de la bibliométrie qui invalident des thèses parce qu’elles n’évoquent pas le dernier prurit de cervelle du mandarin égrotant de la discipline, démultiplié en x occurrences. Le temps que le chercheur passe à se mettre constamment à jour, tâche à la fois vaine et vaniteuse, il ne le passe pas à diversifier son approche et à interroger l’objet même de sa recherche. Je me suis vu refuser des articles pour péremption référentielle (est périmé, aux yeux de ces messieurs, ce qui date du siècle dernier, pas ce qui aurait été dépassé) et crime de lèse-majesté mandarine (j’osais égratigner, même pas méchamment, un historien dont, par ailleurs, je reconnais l’apport décisif).

  2. Au début des années 2000, l’un de mes amis a effectué sa formation par alternance chez FT.
    A son premier jour de travail il a reçu des missions. Lorsque deux jours plus tard il est revenu vers son supérieur avec son travail accompli, il s’est vu traité de fou car il avait abattu en deux jours le travail qui lui avait été confié pour une semaine…
    Je n’ai aucun doute qu’il y ait des fonctionnaires efficaces et consciencieux mais malheureusement nos structures sont beaucoup trop lourdes et les effectifs mal alloués.
    En découlent des comportements de glandouille organisée.
    Ceci dit le privé n’est pas en reste.

  3. Combien d’entre nous ont avalé et digéré le fait qu’un(e) salarié(e) coute de l’argent à l’entreprise (et alors un fonctionnaire qui ne produit rien)?
    Combien?
    ce concept est une aberration bien commode aux libéraux qui leur permet de faire des salariés une ressource

  4. Mon pere et ma fille sont “publics”. J’ai , de plus fait du controle technique aussi bien en privé qu’en public ….ce qui m’octroie des circonstances atténuées pour ma fonctionnophobie .
    Il n’empèche que ds les circonstances actuelles et surtout futures, je serais partisan de s’inspirer de MARCEL PAUL . La difference de cout entre un chomeur et un fonctionnaire (toutes charges confondues) , me semble peu importante et il est important de valoriser l’individu par une activité réelle .
    POur parler et juger du fonctionnariat il faut connaitre son histoire . Marcel Paul , apres guerre institua une embauche massive ds les fonctions publiques . Mais ces activités etaient rétribuées 2 a 3 fois moins cher que celles du privé ………Cette différence etait compensée par des services sociaux (soins , colonies de vacances ,dispensaires , aides diverses …) gratuits ou a faible couts , ainsi que par une quasi sécurité d’emploi.
    Les salaires ont rejoint ceux du privé sans perte des “acquis”….sauf ces derniers temps …Bénéficier a la fois des avantages d’un régime socialiste et du niveau de vie d’ un pays capitaliste ….a iinduit une sorte de situation enviée , jalousée .
    Ce que je reprocherait le plus (perso) a cette dynamique , c’est d”avoir salopé a la fois l’idée du socialisme et celle du syndicalisme en les ridiculisant …….Sur les chantiers que je controlais , l’ insulte suprème etait “fonctionnaire” .
    Il me semble qu’il ne faille pas jeter le bébé avec l’eau du bain …..l’enbauche ds la fonction publique est nécessaire qd le chomage dépasse ( par ex 6 ou 7 %) …En évitant les causes des dérives que l’on connait maintenant : pas de contrat d’éternité ( CDD de 2 ou 3 ans renouvelable par ex) , sans statut d’inviolabilité . Salaire assez fort pour ne pas préferer le chomage (50% au dessus du smig a l’embauche) …possibilités d’évolution (sans garantie) …Pas d”evolution systématique) ……….le salaire peut etre prévu plus bas si les soutiens sociaux sont de retours:
    colonies , centres de soins , camp de vacance etc ..)
    Ces activités sont toutes inductrices d’emplois .
    De plus le statut n’a pas besoin d’ etre public : le modèle de gestion des interrimaires en société de service peut etre envisagé .etc …

  5. En fait, j’ai la vague sensation que le problème dénoncé dans cet article est à rapprocher du problème du détournement de la richesse produite en entreprise par l’actionnariat. Dans le fond, la finalité de l’entreprise ou du service public n’est plus une “satisfaction du client/usager” (ou de ses besoins), mais la rentabilité, la distribution de dividendes, un montant positif dans la colonne recettes…

    Toute l’énergie d’encadrement vise, semble-t-il, à faire tourner la machine non pas pour ce qu’elle produit par rapport à une demande, mais pour s’auto-contrôler, de façon presque indépendante de l’extérieur. Cela me fait, accessoirement, bien marrer sur le concept d’adéquation de l’offre et de la demande (si tant est qu’un lecteur de se blog y croit encore).

    Comme solution, je ne peux m’empêcher de penser à cette inversion hiérarchique dont j’avais entendu parler il y a quelques années. le concept est que l’opérationnel, celui directement en relation avec le client, a toute autonomie dans son champ de responsabilité pour répondre aux besoins du client. Ce n’est que lorsqu’il y a un “problème” qu’il sollicite son supérieur hiérarchique, et ainsi jusqu’en haut de la pyramide, où le sommet retrouve la responsabilité ultime, et accessoirement le salaire qui va avec. Le corollaire de cela était que ce n’était plus le supérieur qui se cantonnait à une tâche d’évaluation de l’opérationnel qui a déjà à gérer son “vrai” travail sans en plus faire du reporting, mais l’opérationnel qui évaluait le “supérieur” sur sa capacité à répondre rapidement et de façon adéquate à un problème.

    Ce n’est certes pas applicable à toutes les professions, mais probablement à beaucoup d’entre elles.

  6. Cela fait bien longtemps que les gens réellement intelligents et a fortiori compétents, aussi bien dans les administrations publiques que dans les entreprises privées, ont déserté ce mode de “gestion humaine” complètement débile en prenant le large… chômage assumé, indépendants éclairés (il y en a). Conclusion, des imbéciles commandent d’autres imbéciles qui commandent d’autres imbéciles encore. Soit, la mise en place affirmée de la fameuse chaîne de Peter où les ânes envahissent les multiples espaces décisionnels… Rien de bien neuf. N’était-ce que cela s’aggrave de jour en jour… Je plains sincèrement les gens soumis aux diktats aberrants, tels ceux décrits dans cet excellent billet et qui en prennent conscience! (le subir est une chose, cibler les véritables responsables de cette situation en est une autre : pour preuve, le sinistre nabot à talonnettes a bien failli repasser, soutenu par, au bas mot, 40% de personnes qui pourtant, ont majoritairement été victimes de sa politique, où comment les pauvres votent contre leurs intérêts…) Pauvres de vous, les rares, informés, pour qui le service public a encore un sens, pour qui le travail bien fait en a tout autant!!

  7. Ce que vous décrivez est la destruction de l’intérieur des services publics.
    Accrochez-vous, n’en doutez pas : les services publics sont indispensables.

    Les refourguer au privé serait à terme une catastrophe:
    le privé n’est pas fait pour cela. La préoccupation du max
    de pognon pour les actionnaires et/ou dirigeants est incompatible
    avec le service au public, évidemment sans rentabilité immédiate.

    Les critiques sont hypocrites : le monde entier nous envie
    la Sécurité Sociale, la qualité du réseau routier ou l’ Education
    Nationale, par exemple.
    On voit bien que la dévolution au privé des autoroutes est hors de prix
    pour l’usager sans rapport avec le service rendu.
    Pour ce cas particulier, la prolongation est un petit scandale à base
    d’arrangements entre amis.
    Les critiques sont hypocrites parce que, ambiance libérale aidant,
    les usagers sont “convaincus” que le service rendu n’est pas à la hauteur
    des impôts. Qu’ils regardent le prix d’une scolarité dans une Université valable
    aux USA, par exemple. Ou la qualité des services médicaux privés,
    vu du payeur de l’assurance, dans ce même pays.
    (Nous, ici, ce n’est pas la même chose: nous sommes marxistes.
    C’est ce qui explique le très faible taux de mortalité infantlie,
    bref, nous trichons en vendant notre liberté…)

    Que des améliorations soient nécessaires ne fait pas de doute.
    Mais ces améliorations passent par un changement des hommes
    et de leur a-priori à la tête des services.
    L’ adoration du papier et la réunionite sont simplement des obstacles
    à tout progrès.
    La confiance est un bras de levier très efficace, il déçoit rarement
    et permet de discriminer rapidement les gens inadapté à un poste précis.
    Mais ils sont trop petits , trop peu confiants en eux-mêmes
    pour batir sur la confiance.
    La formation pratique à un poste précis et l’organisation sont essentiels.
    Par extraordinaire, il semble que ces deux mots soient devenus tabou.
    Il suffit de voir un jeune policier devant un accident routier:
    tout se passe comme s’il ne connaissait pas les gestes du code de la route.
    Encore heureux qu’il n’essait pas de régler la circulation,
    un main dans la poche, l’autre tenant le portable à l’oreille.
    ( je l’ai vu une fois…).
    Que l’on comprenne bien: les responsables sont les chefs, qui à tous les niveaux
    n’ont pas prévu ou ont accepté ces lacunes.

    Organiser et prévoir, surtout organiser et ordonnancer sont
    des “activités” mal vues, mal comprises et mal reçues.
    Comme si l’auto-organisation ou le chaos créateur étaient des idéaux
    indépassables. Incompréhensible.

    Par expérience des deux côtés ( services publics et société privée)
    il me semble que ce que vous décrivez soit général.
    Il ne faut pas y voir systématiquement une volonté de nuire , mais
    la dissémination sans réflexion de l’idéologie libérale.
    C’est à dire une mode pour décervelé.
    La volonté de détruire ou affaiblir certains services pour élargir
    la zone d’action du privé, existe bien mais au niveau politique,
    avec descente de l’échelle hiérarchique cependant.

    Malgré une ambiance contraire, il est rassurant de voir
    les fonctionnaires s’accrocher et garder confiance.
    Je pense, pour l’avoir expérimenté, aux postières et institutrices,
    des femmes admirables. ( Les hommes fuient, surtout à l’ Education Nationale).
    Il s’agit d’une observation limitée dans l’espace: la même école pour mes enfants, mais longue dans le temps, 12 ans…
    Prions pour qu’elles, et ils, continuent.
    Ils font la grandeur de nos services publics.
    Ils sont, je le crois, soutenus par l’opinion publique quand elle est consciente des enjeux.

  8. Puisqu’on me pousse au train pour laisser, à mon tour, un “commentaire de commentaire” – en réponse aux 50 et quelques déjà déposés; puisqu’on me gourmande de ne pas l’avoir fait dans les heures qui ont suivi le dépôt desdits “commentaires”, me revoici.
    D’abord, en relisant mon billet ce jour, en ligne, je le découvre amputé de parties qui pourtant, en avaient inspiré et même impulsé la rédaction, à propos du jargon des cadres actuels, qui, certes, n’a rien à voir avec de l’Audiard administratif (du Rabelais qui sentirait le renfermé, d’ailleurs), mais qui se gargarise ridiculement d’anglicismes vagues et barbares.
    Je le restitue donc ici, assez chagrin de me retrouver “coquâtre” malgré moi, comme ces cadres, précisément, que je raille :

    “LEAN, c’est un de ces « process » dont notre directeur « atteste de la montée en puissance progressive » (cela fait plus de trois mois déjà). En attendant, « au jour d’aujourd’hui », on est toujours en phase de « brain-storming » et de « tests », afin de mesurer à quel point la méthode risque « d’impacter » le fonctionnement « tant du front-office que du back-office ». Une fois cette phase terminée, il sera donc possible « d’acter » les mesures proposées par la « base » (car c’est une méthode qui se veut « participative »), de les faire « valider » par le préfet, avant de « dispatcher » entre les différents agents les nouvelles procédures mises en place, de « briefer » ceux-ci, auparavant, sans exclure des réunions régulières de « débriefing » pour voir quelles difficultés pourraient éventuellement surgir.
    “Entre guillemets, j’ai cité dans le texte les chargés de mission dépêchés par le préfet pour mettre en place la méthode. Le ridicule linguistique ne tue pas plus en préfecture qu’ailleurs : malheureusement, s’il ne manque pas de comédiens (cela se bouscule même au portillon), il manque de plus en plus de spectateurs au parterre. La télévision s’est déjà chargée de saper l’esprit critique du locuteur francophone.
    “Cela me fait penser aux coquâtres de la chanson française actuelle (comme Miossec, que j’ai entendu par hasard sur France-Inter, l’autre jour), qui chantent aussi faux que possible – qui n’ont pas même appris à chanter, et dont les alter ego, dans tous les pans de la société française, sont légion.
    “Moi, comme un gros balourd, je pensais que pour devenir chanteur, en sus d’un petit don de Mère-Nature, il fallait avant tout un solide apprentissage. Mutatis mutandis : pour devenir secrétaire, il ne serait donc pas nécessaire d’apprendre à écrire ? Non, certes ! Plus maintenant, en tout cas, puisque l’élaboration de tableaux statistiques sur tableur, constitue l’essentiel des tâches de secrétariat. Restent les titres de tableaux et les légendes, qui, malgré les correcteurs automatiques, fourmillent quand même de fautes. C’est ce rapport distendu à la langue (qu’on n’écrit plus guère et sur laquelle on ne s’interroge plus), qui fournit le meilleur indice de la bêtise profonde dans laquelle les cadres supérieurs semblent se complaire : l’emploi de mots-valises souvent dérivés, à mauvais escient, d’une forme bâtarde d’anglais, en est le plus sûr symptôme.
    “Ce n’est pas compliqué : quand vous ne savez pas précisément ce que vous voulez dire, vous usez du jargon franglais, dont chaque terme s’est substitué à tout un ensemble de synonymes français, en les recouvrant telle une bouse fraîche et luisante, lâchée sur un bouquet de fleurs des champs. Il n’est donc pas étonnant qu’on finisse par tout confondre : causes et conséquences (le public est-il la cause des difficultés du service public, entrave-t-il le fonctionnement de l’administration ?), moyens et finalités (le personnel est désormais affecté à la tenue des statistiques, au risque de n’avoir rien à y inscrire)…”

    Mais bon, moi, qui ne suis pas connecté à l’Internet, sans doute dois-je constater que c’est là le prix à payer au progrès : on ne maîtrise rien sur Internet, certes, en deux heures de temps, vous découvrez stupéfait que des dizaines de commentaires de toute espèce et de toute valeur sont déjà venus se greffer à votre “billet”, soigneusement rédigé, pendant quinze jours, remis plusieurs fois sur le métier.
    Tel Tartufe, également, je dois faire semblant de ne pas voir les énormes fautes d’orthographe, de grammaire, de conjugaison et j’en passe, qui émaillent ces commentaires, bien dignes en cela des courriers rédigés (à l’aide du correcteur automatique de l’ordinateur, qui, le pauvre, ne dispose pas de cervelle pour faire ce qu’on appelait autrefois, une “analyse grammaticale”) par les cadres B et A voire par les stagiaires des grandes écoles, de la Fonction publique. Vous me direz, en tant que guichetier qui, au jour le jour, comme au service militaire, voit passer devant lui un échantillon à-peu-près complet de la société française, je devrais être habitué. Mais entre demander à brûle-pourpoint à un paysan fraîchement descendu de ses pâtures de rédiger une attestation quelconque, et laisser, depuis chez-soi, un commentaire sur Internet, rien de comparable. Cela me fait penser à ces gens qui se permettent d’envoyer des lettres de réclamation à l’attention du Préfet, pleines d’indignation et d’appels aux valeurs de la République – courriers rédigés au dos de bout de papiers froissés, au crayon à papier, d’une écriture presque illisible, le tout truffé de fautes d’orthographe. Une question de respect, de savoir-vivre, voilà ce dont il s’agit. Tout-venant du guichet des cartes grises ou blogueurs frénétiques sur le Web, même combat?
    (Mince, alors, à peine fais-je mon entrée dans ce grand fourre-tout qu’est Internet, que me voilà déjà “coquâtre” et Tartufe… cela donne à réflechir, mais en aurai-je le temps? Car, avant cinq minutes, je suppose que j’aurai eu à répondre à vingt commentaires… et pour y mettre quoi?)
    Le public des cartes grises a la fâcheuse tendance, sous prétexte d’avoir attendu souvent longtemps dans la salle, de vouloir qu’on lui fasse tout, tout de suite, au mépris même de la réglementation, qui parfois empêche qu’on accède à sa demande, puisque précisément, “il a attendu”. La bonne raison! Les principes, le droit, l’égalité de traitement entre les usagers… Tout ça, on s’en fiche, ou plutôt, on en convient volontiers une fois rentré chez soi. De même que nombre de Français se prononcent pour la réduction du nombre de fonctionnaires depuis le canapé de leur salon, devant la TV, mais surtout pas quand ils sont en préfecture…
    Bref, je ne répondrai pas individuellement à chaque commentaire, même si je les ai parcourus globalement, et que je remercie quand même leurs auteurs de la peine qu’ils ont prise de me lire.
    … Avant de me faire “gourmander”, je m’apprêtais à partir m’aérer et méditer en montagne, seul avec mon bâton de randonnée et ma gourde de thé, des heures durant, loin de ma préfecture et plus encore de l’agitation frénétique d’Internet. Quoique jeune encore, je suis un adepte des livres “papier” (car il faut désormais préciser, je crois…), qu’on prend du temps à écrire, et qu’on laisse pousser leurs petites racines dans le terreau du lectorat : qu’on laisse vivre leur vie, comme un enfant.
    Ce billet, c’est un peu l’enfant de ma plume (de mon clavier, mettons), et d’un état d’esprit particulier, déjà décrit dans mon billet. Laissons-le vivre sa vie si’il vous plaît… Ce que j’espérais, en le proposant à l’éditeur de ce blog, n’était pas de créer un “buzz” (beûuuu… je m’écorche la langue rien qu’à le dire), mais de semer une petite graine de réflexion dans l’esprit des lecteurs – “réflexion” : non pas tant de susciter des flopées de commentaires à chaud, certes parfois pertinents, truffés souvent de fautes, que de contribuer à la méditation desdits lecteurs, sans forcément – tel un “éperon à boire” virtuel – provoquer leur logorrhée…
    Pour finir, je ne suis pas mécontent d’avoir laissé ce billet, malgré tout, et je vous prie de croire qu’il n’est que la partie “publique”, quoique anonymée, d’un (modeste) combat mené quotidiennement sur le terrain. C’est une expérience que j’aurai connue. Je méditerai un peu plus à l’avenir avant de m’y prêter de nouveau…
    Vicè (avec l’accent GRAVE, s’il vous plaît)

    1. Pour les fote d’auretografes, je praifaire le fon à la forme .
      pardon : “inappropriée” “d’asphyxier” ….contre pour vous, “réflechir”, “si’il” à 4 hrs du mat en 2 mn par ex.
      Et encore, je ne connais pas le langage sms.
      Il y a plus grave….Néanmoins, je confirme avoir eu un réel plaisir à vous lire.
      15 jours, je comprends le soin du style et de la rigueur.
      Un vrai bonheur pour nous, lecteurs !
      L’indifférence ou l’excellence? c’est peut-etre un des problèmes d’aujourd’hui.
      Restons unis…

  9. Merci pour cette description detaillée, à quelques détails près, de mon quotidien.

    Je suis Médecin de hôpitaux et je reconnais mon hôpital devenu “entreprise” avec la diffusion du management libéral dans un univers porté par d’autres valeurs. Même novlangue, même sacralisation du chiffre, même process toujours en cours et in fine, même dégradation du service rendu et même impression que le patient (il faut dire client) devient un “nuisible”

    Ma question est : comment on resiste ? Le rouleau compresseur est puissant et dans ce domaine, rien à attendre d’ un parti socialiste convertit au libéralisme. Bien sûr, il faut rester vivant, être toujours en avance sur leurs évaluations pour préserver des espaces d’humanité, mais la peau de chagrin se reduit et à moins de 10 mn par consultations, les questions deviennent de plus en plus fermées et “efficientes”

    Médecin, j’ai la liberté de pouvoir partir de ce qui devient un enfer. Refaire la médecine que j’aime, celle du temps, de l’humain, celle qui n’est pas tout à fait une science . Bref revenir à l’artisanal, au singulier, au vivant. Mais terrible impression d’abandonner la bataille.

      1. Juste un clin d’oeil. Par contre la schizosophie pourrait être une solution interressante.

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