PROPOSITIONS POUR L’EUROPE, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité.

Les débats actuels sur l’avenir de la zone euro sont extrêmement confus et empreints de non-dits. Une clarification est nécessaire.

1)    Aujourd’hui, la survie de la construction européenne implique nécessairement un pas important vers plus d’union. En l’absence d’un tel pas, la survie de la zone euro paraît impossible et les mesures prises au coup par coup ne font que retarder son éclatement.

2)    Contrairement à ce que l’on entend dire, les peuples de l’Europe – en particulier, le nôtre – ne sont pas opposés à une telle progression de l’Union, en d’autres termes à plus de fédéralisme, à l’image des structures qui charpentent les grandes unions de pays.

3)    Mais, il ne peut pas s’agir de n’importe quel fédéralisme et la conception qu’en ont l’actuelle Commission européenne et certains gouvernements, en particulier celui de l’Allemagne, ne permet pas d’envisager de fonder de façon satisfaisante un tel fédéralisme.

4)    Si le fédéralisme est la meilleure voie pour sauver la construction européenne, il reste à formuler quelles sont les bases correctes pour sa fondation et, face à la confusion des esprits et à la domination de l’idéologie néo-libérale, la France a un rôle capital à jouer. Encore faut-il qu’elle le joue.

1 L’Euro et, au-delà, la construction européenne, ne peuvent être sauvés que par un saut vers le fédéralisme.

De nombreuses analyses ont mis en évidence les vices originels de la zone euro. On ne reviendra pas là-dessus ? Dans sa configuration actuelle, la zone euro n’est pas viable et les mesures que l’on prend pour y remédier ne font que retarder son éclatement.

Mais il est non moins vrai que cet éclatement et le retour aux monnaies nationales que cela impliquerait, non seulement serait extrêmement coûteux pour les peuples (cela a été clairement démontré), mais ouvrirait une boîte de Pandore. L’abandon de l’euro, en permettant à chaque nation de dévaluer, aurait une probabilité élevée de conduire à une guerre économique entre les pays qui pourrait se transformer en guerre politique et serait contraire à l’esprit de la construction européenne et libérerait la voie pour un retour aux nationalismes. Ne nous faisons pas d’illusions : ce serait, très probablement, avec un impressionnant retour en arrière, la fin d’une grande aventure en laquelle l’Europe a mis ses espoirs.

Il n’y a donc pas d’autre solution satisfaisante qu’un saut en avant de l’Europe vers plus d’union, en un mot qu’il ne faut pas avoir peur de prononcer, de fédéralisme, mais pas de n’importe quel fédéralisme !

2 Contrairement à ce que l’on entend dire souvent, les peuples de l’Europe ne sont pas opposés au fédéralisme.

Certes, il y a les exceptions : celle de la Grande Bretagne qui n’a toujours conçu sa participation à l’aventure européenne que comme à un grand marché. Il y a aussi les excentricités d’un Vaclav Klaus. Mais sa présence à la tête de l’Etat Tchèque n’est pas éternelle et il est loin de représenter son peuple en la matière. Contrairement à ce que l’on entend dire parfois, les pays de l’Europe de l’Est ne sont pas majoritairement opposés à plus d’union : la Pologne qui est devenue une locomotive de la construction européenne le prouve ; les Pays Baltes, la Slovaquie et la Slovénie, en adhérant, ou en voulant adhérer, à la zone euro, aussi. Il y a tout lieu de penser que la grande majorité des peuples européens préfèrent la perspective d’un approfondissement de la construction européenne à l’incertitude apocalyptique que constituerait son démantèlement (et les Grecs malgré le traitement qu’ils endurent le démontrent) et seraient prêts à accepter un vrai système fédéral à la condition qu’il soit intelligent. Soulignons au passage que leurs réticences peuvent être expliquées, pour une part importante, par leur crainte de voir la protection sociale, qui reste dans le domaine des Etats et à laquelle ils sont très attachés, sérieusement écornée par un passage à un fédéralisme prôné par une Commission européenne dominée actuellement par une idéologie néo-libérale très prégnante.

Nos compatriotes eux-mêmes ne sont pas aussi opposés au fédéralisme qu’on veut parfois le dire. Le rappel du référendum sur le « Traité Constitutionnel », comme le dénigrement actuel du fédéralisme accusé de promouvoir l’abandon de souveraineté, sont bien souvent des prétextes qu’utilisent des responsables politiques pour asseoir leur pouvoir en flattant les (supposés) penchants nationalistes de nos concitoyens, ou, tout simplement, par paresse ou pusillanimité pour éviter d’avoir à mettre sur la table les vraies questions en débat. Il y a tout lieu de penser que beaucoup de nos compatriotes, si on leur expliquait clairement les enjeux, plutôt qu’au désordre dangereux qu’impliquerait l’éclatement de la zone euro, et, par voie de conséquence, de l’Europe, préféreraient le saut dans plus d’union, plus de fédéralisme, y compris, parmi eux, nombre de ceux qui ont voté non au référendum.

3 Mais il ne saurait s’agir de n’importe quel fédéralisme, en particulier de celui auquel pensent de nombreux responsables de la Commission européenne et certains gouvernements, en particulier celui de l’Allemagne.

Il y a, en effet, une mode à la Commission européenne (non, peut-être sans arrières pensées, parce que cela renforcerait le pouvoir des eurocrates) et au sein de la coalition au pouvoir en Allemagne pour préconiser un saut vers le fédéralisme ou, en d’autres termes, l’Union politique chère à Angela Merkel (sans que l’on sache bien de quelle union il s’agit).

Il y a là un grand danger et un gros risque d’imposture. Ceux qui poussent ces idées sont les victimes, conscientes ou involontaires, de l’idéologie néo-libérale.

C’est pourtant cette idéologie néo-libérale qui, en portant à l’extrême la dérégulation des marchés, a conduit aux excès de financiarisation, est responsable des désordres actuels de l’économie européenne et, au-delà, occidentale (n’oublions pas que ces désordres sont venus des Etats-Unis). Alors que l’on aurait pu penser que la crise des années 2008-2009 aurait ouvert les esprits à la conscience des excès du néo-libéralisme, au contraire, on assiste depuis deux ans au retour des méthodes libérales dans ce qu’elles ont de plus néfaste.

La menace du blocage en 2008-2009 de l’économie occidentale en raison des conséquences de la crise des subprimes aux Etats-Unis a d’abord produit le réflexe salutaire qui, avec le retour à des méthodes keynésiennes, a permis de sortir de la récession et remettre en marche la machine économique. On savait, à l’époque, que ceci, en accroissant mécaniquement la dette publique de tous les pays pour recapitaliser les banques et relancer l’économie, allait poser un problème majeur pour résorber cette dette. On a évoqué, alors, la hausse de la fiscalité ou l’inflation, mais beaucoup moins la doctrine qui allait refaire surface : celle de la réduction des dépenses publiques. En effet, les néo-libéraux, appuyés sur leur bras séculier qu’est le FMI, et comptant sur leurs supporters à la Commission européenne ou à la Bundesbank, ont imposé partout en Europe (mais pas aux Etats-Unis) le nouveau remède à la mode : l’austérité.

Ce faisant, ils faisaient d’une pierre deux coups : d’une part, ils étaient censés promouvoir le retour à l’équilibre des finances publiques des pays considérés, d’autre part, comme l’a rappelé Jean-Claude Guillebaud[1], ils pouvaient enfin s’attaquer, dans une réminiscence de la « Stratégie du Choc »[2], aux règlementations et contraintes sociales qui, selon eux, étaient des obstacles à l’expansion d’un capitalisme au souffle court. On a vu à ce moment ressurgir l’icône libérale qu’est demeurée Margaret Thatcher et préconiser ses méthodes. On a vu aussi préconiser le modèle allemand avec la réforme Hartz IV mise en œuvre sous l’égide du Chancelier Schröder, en oubliant que cette méthode n’était pas applicable telle quelle dans d’autres pays et, surtout, qu’en Allemagne même, elle avait eu l’inconvénient d’accroître (ou même créer) la pauvreté et la précarité dans les classes les plus modestes, ce que les succès économiques de l’Allemagne ont masqué. Ceci est de nature à fortement relativiser les propos de ceux qui se plaisent actuellement, en France, à agiter l’épouvantail du retard de compétitivité, entendu plus particulièrement comme dû au manque de flexibilité du marché du travail

On connaît aujourd’hui les résultats catastrophiques de ces positions : la généralisation des politiques d’austérité dans des pays fragiles a, non seulement, empêché de résorber les dettes (qui ont, en fait, augmenté sous l’impact des taux d’intérêt demandés par les prêteurs), mais aussi plongé les pays  les plus faibles dans la récession et menace de communiquer le mal à la zone euro tout entière avant de contaminer tout l’Occident. Ceci est maintenant avéré et reconnu par la majorité des économistes.

On retrouve malheureusement là des phénomènes économiques qui se sont produits au cours des années 30 quand les gouvernements ont entrepris de restaurer les équilibres mis à mal par la crise de 1929. Comme quoi, malheureusement, les expériences de l’Histoire, par méconnaissance ou simple oubli, ne suffisent pas à prévenir la répétition des mêmes erreurs.

Le plus grave est que ceux qui ont initié ce processus pervers, loin d’en reconnaître les vices, persistent et signent en voulant fonder le passage vers le fédéralisme qu’ils mettent en avant pour sauver la zone euro sur une union budgétaire entendue comme une pérennisation et une accentuation de l’austérité imposée aux peuples ! Comme s’ils voulaient, a posteriori, donner raison à ceux qui ont voté non à l’Europe que proposait le Traité Constitutionnel !

4 Ce que pourrait être un fédéralisme intelligent.

L’Union européenne, dans ses dimensions économique, monétaire et sociale, reste une construction inachevée, bancale, ce dont la démonstration éloquente est faite aujourd’hui. Et les projets de fédération qui sont évoqués, à Bruxelles comme à Berlin, restent insatisfaisants car ils se limitent à une union budgétaire réduite à sa dimension disciplinaire et à des « réformes structurelles » censées tenir lieu de politique économique.

Pourtant, il ne s’en faudrait pas de beaucoup pour que l’ébauche actuelle prenne la forme d’une véritable et effective union fédérale.

C’est dans le domaine monétaire qu’elle est le plus avancée et les instruments permettant de la parachever sont déjà largement en place avec la Banque Centrale Européenne (BCE), le Mécanisme Européen de Stabilité et la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Il suffirait de faire un pas de plus en autorisant la BCE à racheter les dettes souveraines des Etats membres et le Mécanisme Européen de Stabilité, ou la BEI, à  émettre des eurobonds. Les dispositions déjà adoptées en ce qui concerne l’union budgétaire (voir ci-après) devraient suffire pour garantir que ces innovations ne soient pas utilisées dans un sens laxiste. Bien entendu, il est indispensable aussi que des progrès soient accomplis dans le domaine de la supervision des banques, afin d’éviter les mauvaises surprises que nous connaissons actuellement, compte tenu de la dimension des risques.

Certaines bases d’une union budgétaire ont, d’ores et déjà, fait l’objet d’un accord des pays-membres. Mais l’Union budgétaire, pour être opérationnelle, ne saurait se ramener aux seuls mécanismes disciplinaires assortis de sanctions qui ont été adoptés. Pour que cette union devienne complète et opérationnelle, il suffirait de la compléter de deux manières :

–       En premier lieu, en dotant l’Union européenne d’un budget fédéral digne de ce nom, au lieu de l‘avorton qui en tient lieu. Cela pourrait être amorcé par l’émission de nouvelles taxes (taxe sur les opérations financières, taxe « carbone »….), puis par le rapatriement progressif d’une partie des impôts prélevés au niveau national.

–       En second lieu, en instaurant un mécanisme permettant, comme dans toutes les grandes unions fédérales (Etats-Unis d’Amérique, Fédération de Russie, République Fédérale d’Allemagne), des transferts de ressources des parties les plus riches de l’Union vers les plus pauvres. Ce n’est qu’ainsi que l’aspect disciplinaire qui domine dans le montage actuel (en particulier, la « règle d’or ») pourra être accepté par les peuples. La mise en place d’un tel mécanisme, par exemple sous la forme d’un « Fonds de solidarité », est une condition indispensable pour que le « Pacte Budgétaire », actuellement en cours de ratification, puisse devenir effectif. Il faut bien prendre conscience de ce que la solidarité est le corollaire obligé de la rigueur dans l’exercice budgétaire.

Enfin, l’union économique ne saurait se limiter à l’adoption de réformes structurelles en vue d’accroître la concurrence et la compétitivité des économies des différentes parties de l’Union, comme c’est le cas actuellement. Une véritable union de pays doit pouvoir mener une politique économique d’ensemble, utilisant les moyens monétaires et budgétaires à sa disposition, en fonction de sa situation économique et du contexte extérieur à l’Union. Cette politique économique ne saurait se réduire à des normes, recommandations ou directives adressées à chacun des pays – ce qui semble beaucoup trop être la conception qu’en ont aujourd’hui les dirigeants de l’Europe –, mais devrait être définie globalement pour l’ensemble de l’Union, par exemple sous l’autorité d’un ministre de l’Economie (et pas seulement des Finances car l’économie ne se réduit pas aux finances), comme aux Etats-Unis. C’est, en ce sens, que l’Union européenne a un pressant besoin d’un gouvernement économique qui ne se réduise pas à des réunions périodiques, sous la présidence de l’un d’eux, des responsables économiques des pays-membres. Bien entendu, ces progrès dans le sens de l’union ne sauraient être accomplis sans un approfondissement en son sein de la démocratie en vue d’assurer un solide contrôle sur les dispositifs ainsi  créés.

Que l’on n’aille pas dire que tout ceci est hors de portée. Il suffit de vouloir commencer et il appartient à notre pays d’en prendre l’initiative en définissant une vision claire et à long terme du chemin à parcourir. Les mesures de relance ponctuelle en discussion sont nécessaires, mais l’Europe ne s’en sortira pas sans un saut institutionnel important. Notons en conclusion que, si ceci est de nature à sauver l’Europe, cela ne dispense pas de remettre en chantier les fondements d’une société sous l’emprise d’un capitalisme à la dérive. Mais il s’agit là d’une autre affaire.



[1] Dans le Nouvel Observateur du 26 avril 2012.

[2] Expression popularisée par Naomi Klein dans le cadre de son ouvrage de ce nom : « La Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre ». Traduction en français : Lemeac/Actes Sud, ed.



 

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219 réponses à “PROPOSITIONS POUR L’EUROPE, par Jean-Pierre Pagé”

  1. Avatar de Laurent S

    Ce n’est pas vrai qu’au début la construction européenne avait mis en place ou protégeait un modèle social européen. Monet, Schumann, Adenauer, De Gasperi, Spaak étaient des idolâtres de l’ordo-libéralisme et n’ont jamais conçu la communauté européenne que comme un moyen de démanteler toute avancée sociale. Et Pierre Mendès-France n’a jamais été dupe de cette vision et l’a dénoncé dès le début (voir le dossier du mensuel Fakir ainsi que les journaux de gauche des années 50).

    Je suis contre toute avancée du fédéralisme car il n’aboutit qu’à une plus grande concentration du pouvoir : tant qu’un pouvoir exécutif ou un législatif d’un pays de 60 millions de personnes sera plus noyauté par les lobbies que les mêmes pouvoirs dans un pays de 5 millions de personnes, alors tout fédéralisme notamment sur un continent de 400 millions de personnes sera le paradis des multinationales. Refaire les USA en Europe serait la pire des choses.

    Si certains problèmes, et notamment ceux que posent la monnaie unique réclament une solution fédérale, alors dans le contexte actuel, si on veut plus de démocratie, il faut les reformuler pour les résoudre en dehors de ce cadre. Faire de l’Euro une monnaie commune par exemple.

    Avant d’avancer dans le fédéralisme il faut d’abord avancer dans la démocratie au sein de nos propres États : imposer une presse indépendante sans publicité, éduquer tous les citoyens aux affaires publiques et leur donner le temps et les moyens de s’y intéresser et d’y participer, empêcher tout intérêt privé de pouvoir exercer une pression politique…

    Certes ce sera très long, mais vouloir le fédéralisme dans les conditions actuelles, c’est se jeter dans la gueule du loup, c’est justement ce que veut l’oligarchie pour être encore plus puissante. C’est faire preuve d’un angélisme criminel.

    Le fédéralisme européen et mondial est une belle utopie à laquelle je souscris mais elle passe d’abord impérativement par un approfondissement fondamental et révolutionnaire de nos démocraties. Sinon on ne construira jamais qu’un empire oligarchique.

    1. Avatar de Jean-Pierre Pagé

      Ce que vous dîtes des pères fondateurs de l’Europe n’engage que vous (même si vous avez la caution de « Fakir »). Permettez-moi de ne pas y souscrire. Je ne pense pas que Schuman et Adenauer, pour ne citer qu’eux deux, étaient des « idolâtres de l’ordo-libéralisme » !
      Je ne pense pas non plus que si l’on démantèle l’union économique et monétaire sous sa forme actuelle, on puisse maintenir une réelle union sous une autre forme (monnaie commune, par exemple). Personne n’aura plus la foi et chacun rentrera chez soi. Votre manière de concevoir une refondation de nos démocraties me paraît relever de l’utopie. Pourquoi ne pas le faire, tous ensemble ? Encore une fois, comme beaucoup d’autres, quand on parle d’un futur fédéralisme approfondi, vous ne parvenez pas à vous décoller de l’image qu’il donne aujourd’hui et qui, je vous le concède, est détestable.

      1. Avatar de François

        Vous voulez une Europe fédérale :

        Les capitaux ont bien le droit d’aller librement en europe là ou les conditions sont les plus favorables pour eux. Faites la même chose pour la protection sociale (que les gens puissent choir dans l’europe les conditions sociales les plus favorables pour eux).

        Vous aurez 380 millions de supporters pour votre europe fédérale.

      2. Avatar de olivier69

        Jean-pierre Pagé,
        La monnaie n’est pas le commerce. Les accords commerciaux ne nécessitent pas forcement une monnaie commune. L’Europe sociale est sans doute une utopie car les cultures nationales sont différentes, cela n’engage que moi. Comment définir une Europe saine ? Là est la question…..
        D’ailleurs, vous remarquez que les manuels d’Histoire ont sorti des passages entiers sur nos racines. Vous pensez que les nations (les peuples) se font la guerre ? Non, ce sont les intérêts capitalistiques. A croire que les codes de demain seront oligopolistiques et non plus nationaux (une erreur pour l’identité). C’est le retour assuré au féodalisme. Ensuite, nous savons que les US ne tiendront probablement pas longtemps (faillites bancaires) alors prenons les devants. Parce que si nous croyons qu’en cas de défaillance du système US, l’Europe ne sera pas emportée (le chaos), alors nous sommes des doux rêveurs. Et si nous croyons que le système US tiendra alors nous sommes optimistes (c’est croire au modèle économique). C’est le choix difficile d’une sortie compliquée ou d’une faillite programmée. Car même nos acquis sociaux ne suffiront pas à nos tenanciers. Les enjeux dépassent l’Europe, c’est l’anticipation de la rareté des ressources qu’il faut gérer (problème de la croissance illimitée).
        Enfin, l’attention que vous nous portez me rassure. Je souhaite pourtant bien du courage à Mr Hollande dans la tache qui l’attend. Il y a une guerre des monnaies (US vs BRICS) et nous pourrions en sortir vainqueur (les US, la GB et l’Allemagne le savent). C’est l’empreinte de la richesse (actifs réels et humains) et de la diplomatie française (nous sommes dans toutes les organisations mondiales). En fonction des évènements dans les 5 ans à suivre, il marquera probablement son nom dans l’histoire : soit comme un échec (ruine de la France) ou comme un stratège (attention aux garanties).
        Pensez « aux droits de l’homme » car ils sont le plus beau message que l’on a pu adresser au monde.
        Bon courage et bonne chance….

    2. Avatar de Pierre-Yves D.

      On peut faire un autre raisonnement : l’introduction de plus de fédéralisme mettrait à nu les logiques économico-financières prises comme option puisque la source de légitimité de toutes les politiques qui seront appliquées sera bien identifiée au niveau des instances démocratiques européennes.

      Si ce fédéralisme ne comporte pas de levier puissant pour des avancées sociales, pour garantir de nouvelles libertés collectives, l’intégration économique sous l’égide du néo-libéralisme montrera en pleine lumière tout son pouvoir de nuisance. Les peuples pourraient alors rejeter ce modèle, en pleine conscience.

      Autant dire qu’un fédéralisme qui tiendrait la route ne pourra pas faire l’économie d’un changement de cap. S’il ne le faisait pas, il ne ferait qu’accélérer la chute du système. Je ne vois pas pourquoi ce qui ne marche pas aujourd’hui avec une petite dose de fédéralisme fonctionnerait mieux avec une grande dose s’agissant de poursuivre dans la voie du néo-libéralisme.

      1. Avatar de olivier69

        Pierre Yves D,
        En attendant, je pense qu’ils auront eu le temps de piller les peuples. Ils pourraient même provoquer un conflit mondial entre blocs. Très inquiétant…….

  2. Avatar de Plouf!

    Dans cette cacophonie pendant que nous étripons peuples contre peuples, partis contre partis, la voie des exploités, fragmentée, dispatchée, dispersée se répand en petits ruisseaux qui en fin de compte vient gonfler le fleuve du libéralisme économique

  3. Avatar de olivier69

    Jean pierre Pagé,
    Je ne suis pas complètement contre l’Europe malgré les apparences mais elle me fait peur (dans sa conception). La conjoncture accentue en partie mes inquiétudes légitimes. Si mes interventions paraissent maladroites ou déconcertantes, veuillez m’en excuser. La force de l’argumentation ne doit pas être un problème, bien au contraire. Et votre détermination vous honore. Peut-être que trop d’Europe, tue l’Europe…..
    Merci pour votre compréhension.

  4. Avatar de Jean-Pierre Pagé

    A Denis Monod-Broca 23 juin : 7h57
    L’europe merveilleuse invention ?
    Oui, le monde nous envie cette invention. Car il faut voir ce qu’était l’Europe avant le début de l’aventure de la « Communauté européenne » (cela s’appelait ainsi) : un « nid de guêpes », un lieu où l’on se faisait la guerre. Le monde a beaucoup admiré comment deux pays qui avaient fait trois guerre en moins d’un siècle étaient parvenus à devenir amis au point de former un « couple » (je me rappelle les propos d’un ambassadeur hongrois à Paris au cours des années 2000). Et, de ce point de vue, on peut dire que l’ »Europe » a apporté paix et protection aux peuples qui se battaient et prospérité (au moins à l’époque des « Trente Glorieuses »).
    Depuis lors, l’Europe a dérivé, s’est dévoyée sous l’influence de l’idéologie néo-libérale, au point de perdre sa personnalité, son âme. Elle a commencé à renier son modèle social hérité du Conseil National de la Résistance. Mais elle existe encore ; elle peut renaître, revenir à ce qu’elle était (encore avec Jacques Delors).
    Et en sortir, pour quoi faire ? Effectivement….

    A olivier69 22juin 20h:28
    Ne vous inquiétez pas ! Cet échange de propos (avec beaucoup d’entre vous) a été parfois rude, mais franc et, je le crois, utile.

  5. Avatar de Boudzi

    Toujours la même rhétorique. Cela en est pénible. Des pseudo arguments à la sauce TINA.

    Résumons (…le début, j’ai des lectures autrement intéressantes):
    « La survie de la construction européenne implique[rait] (logiquement ?) nécessairement (? => des choses nécessaires, on ne discute pas ; on ne discute que des choses contingentes, à savoir qui peuvent être autres que ce qu’elles sont – Aristote) un pas important vers plus d’union » (=> c’est au mieux une hypothèse ou un souhait, au pire un désir, un fantasme ou un délire de bureaucrate).
    Or l’éclatement de l’Europe impliquerait (?) démonstrativement (! => «  cela a été clairement démontré » => Marx avait aussi très clairement démontré l’avènement nécessaire du socialisme…) un coût extrême pour les peuples (sachant qu’ils ont jusqu’à présent été les grands gagnants de cette construction : il n’y a jamais eu autant de pauvres en France depuis 40 ans), une guerre économique (de fait inexistante puisque c’est le principe du doux commerce qui prévaut et des échanges cordiaux et équitables), une guerre politique (?), une remise en cause de l’esprit (? => esprit es-tu là?) de la construction européenne et, pour faire bonne mesure, un retour aux « nationalismes » (=> la hantise et l’épouvantail de ceux dont l’esprit n’est ni « confus » ni « empreint de non-dits » : on peut relire le dernier chapitre sur la Religion civile dans le Contrat social de Rousseau ou le texte de Mauss sur la Nation).
    Par conséquent, « il n’y a (…) pas d’autre solution satisfaisante qu’un saut en avant de l’Europe vers plus d’union… »
    CQFD.

    Belle démonstration ! Chapeau l’artiste ! On peut même se demander si on a seulement le droit de n’être pas d’accord au vu de la nécessité implacable, au moins en apparence, de l’argumentaire et de tout ce qui s’en suivrait tout aussi nécessairement mais surtout réellement. Ici, ce n’est plus de la démonstration : c’est de la divination !

    Or il se trouve aussi, logiquement et réellement, que si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle. Mais ce raisonnement part d’une hypothèse fausse, comme celui qui prétend que « la survie de la construction européenne implique nécessairement un pas important vers plus d’union ». Elle ne l’implique pas puisqu’il n’y a aucun lien « logique » entre la souhaitable, nécessaire, préférable, etc. « survie » de l’Europe et ce qu’on appelle ici un « plus d’union », et dans un langage moins idéologique, une dépossession encore un peu plus affirmée et complète des peuples de leur souveraineté. Comme il n’y a aucun lien logique, l’hypothèse aurait tout aussi bien pu se formuler ainsi : « la survie de la construction européenne peut rendre nécessaire d’en revoir les bases, les orientations générales, voire d’en redéfinir l’esprit ».

    De ce point de vue-là, la seule boîte de Pandore qu’on risque d’ouvrir, et qui est de fait depuis longtemps bien fermée, c’est celle de l’esprit critique, c’est-à-dire celui qui ne se contente pas de prendre, comme autant d’évidences, ses propres désirs pour la seule réalité souhaitable ou à venir.

    1. Avatar de Ivan

      +1
      Excellente analyse de texte 🙂

  6. Avatar de Boudzi

    « Ne nous faisons pas d’illusions : ce serait, très probablement, avec un impressionnant retour en arrière, la fin d’une grande aventure en laquelle l’Europe a mis ses espoirs. »

    On pourrait déjà se demander comment il est seulement possible de se faire autant d’illusions lorsqu’on lit cette phrase, alors même qu’on nous invite à ne pas s’en faire. Un « trop d’illusions » aurait été préférable, et beaucoup moins naïvement illusoire. Car notre auteur s’étant départi de nombres d’illusions qui semblent accabler tous ceux qui ne pensent pas comme lui – ce qui est la définition la plus grossièrement plate de l’aliénation – croit encore que l’histoire a un sens et nous met en garde contre un possible « retour en arrière », qualifié par lui d’ « impressionnant », qui frappe donc l’imagination, à défaut d’amener à user vaguement de sa raison…

    Apparemment, faut-il croire, l’Histoire aurait un sens, mais aurait en plus eu la bonne idée d’aller dans le bon. C’est de fait indéniable lorsqu’on jette le regard le plus superficiellement indifférent sur l’état général de la planète : à moins d’avoir fait le choix de la lobotomie, le constat qui s’impose est celui d’une désolation généralisée. Mais comme l’Histoire « doit » avoir un sens – au sens où elle est obligée de, ou, elle ne peut pas ne pas avoir un sens – , l’ « Europe » (?) en aurait un aussi, et ce serait mettre fin à une grande aventure (?), que de revenir en arrière…

    Ce que la formulation de l’auteur a de faussement paradoxal est que c’est l’Europe elle-même qui aurait mis ses espoirs dans cette grande aventure, c’est-à-dire cru en elle-même, et non les « européens ». Donc le gouvernement des « choses », des « principes », des « constructions », par elles-mêmes et non celui des hommes par eux-mêmes. D’où un enfoncement encore un peu plus prononcé dans les non-dits de notre époque, l’imaginaire de l’ « impersonnel », de l’ « objectif », du « on », qui est le premier des arguments d’autorité pour interdire à chacun de penser par lui-même.

  7. Avatar de Boudzi

    « Il y a tout lieu de penser que la grande majorité des peuples européens préfèrent la perspective d’un approfondissement de la construction européenne à l’incertitude apocalyptique que constituerait son démantèlement »

    Comme on dit, il vaudra toujours mieux lire des âneries plutôt qu’être aveugle. Mais l’ignorance serait parfois, et est encore, une qualité : elle dispense des raisons trop raisonnantes, c’est-à-dire d’une forme d’idéologie, au sens péjoratif, s’auto-justifiant plus que de raison.

    Il y aurait donc (?) tout lieu de penser – l’étape suivante sera de dire : il serait bienvenu de penser, et celle d’après, il faut penser que… – que la grande majorité – auto-posée – des peuples (peuples dont on redoute par ailleurs qu’ils s’affirment trop) préfèrent (question de goût?) la perspective (à la fin de l’Histoire ? Dit différemment, si le socialisme s’épuise ou se réduit au socialisme ayant réellement existé, l’Europe doit connaître le même destin : elle est ce qu’elle est et non ce qu’elle pourrait être) « d’un approfondissement de la construction européenne… »

    Je vais être désagréable, mais il n’y a aucune raison morale ou intellectuelle de partager un délire. « Approfondir » une « construction » « européenne », ça n’a pour moi aucun sens. Ce n’est pas même une métaphore. Ce sont des mots creux.

    Mais comme ce n’était apparemment pas suffisant pour « convaincre », il fallut opposer à ce « tableau », le propos nuancé qui convient à tous les débats qui ne sont pas « confus » : d’où « l’incertitude apocalyptique », à défaut du marasme inéluctable, du désastre évident, de la catastrophe irréfragable, et toute la litanie habituelle lorsqu’elle veut ignorer les « vrais » problèmes.

    Vous ne faites peur aux gens qu’autant qu’ils ont quelques raisons de croire qu’ils ont deux ou trois choses à perdre. Mais ça ne durera qu’autant qu’ils n’auront pas tout perdu. Ensuite, ils adoreront certainement d’autres idoles. Marine Lepen ? Vous serez bien avancé…

    1. Avatar de vigneron

      Beaucoup de bruit, Boudzi, quatre fois, de fureur, Boudzi, quatre fois itou; pour dire quoi ? Je résume vos longueurs :
      1) JP Pagé c’est un Ziouganov bruxellois qui veut sauver son URSS et son PCUS de l’éclatement par encore plus de stalinisme
      2) écouter un « con » (je vous cite post 68) comme JPP.c’est forcément embrumer l’encéphale du bon peuple du pays et du continent et le jeter dans les bras des Marine et Marinettes, une fois son postérieur excessivement endolori par les assauts des Marini bien sûr.
      On avance avec Boudzi. Arrêtez vous à quatre, ce sera mieux pour tout le monde.

      1. Avatar de Boudzi

        Vous n’êtes pas obligé de lire mes « longueurs », surtout pour les résumer ainsi. Vous pouviez même vous arrêter au premier commentaire, et vos conseils sur le nombre que je serais susceptible d’écrire pour le bien de « tout le monde », je m’en tamponne.
        « Bruxellois », « URSS, « PCUS », « stalinisme » : je n’ai pas employé un seul de ces mots et dites-moi la vague idée qui y renverrait.
        Je traite effectivement Jean-Pierre Pagé d’ « imbécile » parce que je n’apprécie pas trop qu’on s’autorise à parler au nom des autres sans leur demander leur avis ou à leur prêter des idées qu’ils n’ont sans doute pas, comme vous le faites à mon endroit. Je n’ai d’ailleurs jamais parlé de « bon peuple », ni de tout le reste.
        Au plaisir de vous lire.

  8. Avatar de Boudzi

    « Il y a tout lieu de penser que beaucoup de nos compatriotes, si on leur expliquait clairement les enjeux… »

    Je vais essayer de rester poli. Ça va me coûter. Il y a beaucoup de cons, j’en conviens. S’il fallait donner un nom, je ne vous cache pas que j’en ai un en tête qui n’est pas totalement étranger à ma colère présente, ni au contenu de cet article. La moindre intelligence serait, à mes yeux, de comprendre avant de juger. « Juger » signifie ici, avant de dire ce qu’il faudrait penser, essayer de comprendre pourquoi les gens pensent ceci plutôt que cela. Pour le dire platement, « expliquer les enjeux », c’est prendre les gens pour des cons. Quelle « explication » ? Quels « enjeux » ? Plus classiquement, d’où parlez-vous ? Cet article est consternant…

  9. Avatar de Eric L

    les nobles de tous pays, robes, ou épées, n’ont pas de problème d’Union . ils se demandent comment administrer les désunions, afin que tout se maintienne selon leur rang, leur sang , c’est à dire cet esprit de leur caste et qui fonda depuis des lustres et des lustres la civilisation planétaire, un état surnaturel .
    L’orchestration de la lutte , à tous les niveaux , seul motif d’évolution par le déséquilibre , mais qui n’est pas sans danger . ça c’est le moins qu’on puisse dire . mais aux sommets il y a consensus sur le différend. De la compassion pour les grands prédateurs … aimer cet ennemi ? pourquoi pas .
    Est-ce que les moutons sont capables d’aimer avec la même violence que les loups ?

  10. Avatar de Un lecteur

    Ok, le machin Européen qui marche sur la tête est bon pour la casse. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier.
    Un pays un peuple une culture. L’Europe des peuples ça sonne faux, un hymne européen à entonner dans les classes enfantines chaque matin en espéranto bof! Plus qu’une équipe de foot pour les mondiaux bofs! Tous taxés avec un formulaire standard en 35 langues de 200 pages, Yhee! L’eurovision de l’industrie des Majors, juste inaudible! On ne peut pas faire l’Europe avec l’existant, il faut inventer la recette de la colle.
    Je propose que le premier ingrédient du sang de cette Europe soit la bouffe. Elle sera écolo, bio vitaminée et locale. Bien manger et y contribuer avec nos métiers respectifs, ça fait sens ou bien. Réorganiser l’industrie du consommateur crétin autour de celle du gourmet. Un peu de sensualité dans ce monde de brutes, merde quoi!
    Ne dit-on pas « un esprit sain dans un corps sain ».

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