L’actualité de la crise : IL FAUT DES COUPABLES ! par François Leclerc

Billet invité

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Suivant un scénario sans surprise, le marché obligataire se retend. Le coût du service de la dette espagnole et italienne continue d’augmenter au fur et à mesure que leurs programmes de financement avancent à petits pas comptés. Il pèse davantage sur les budgets, contrariant les mesures destinées à réduire les déficits.

Les instituts de statistique Insee (France), Ifo (Allemagne) et Istat (Italie) sont tous d’accord : l’Europe s’enfonce dans une récession qualifiée de « technique » pour tenter de la rendre anodine, ce qui va dans le même sens. Voilà pourquoi la BCE vient également sans surprise de décider de diminuer son principal taux directeur.

Elle essaye une nouvelle fois d’inciter les banques à développer le crédit pour relancer l’économie, est-il expliqué. Le marché ayant anticipé la mesure, le résultat n’est pas garanti. Il l’est par contre pour l’Eurosystème dans son rôle de bad bank, le conseil des gouverneurs de la banque centrale abaissant encore la barre sous laquelle celle-ci refuse d’accepter des banques leurs actifs en collatéral afin de permettre l’opération. Son vrai sens masqué est encore une fois de soulager les banques.

« Le programme d’achat [des obligations souveraines] est en sommeil profond et va le rester », a asséné Klaas Knot, le président de la banque centrale néerlandaise, claquant la porte au nez des gouvernements qui doivent se débrouiller avec leurs propres moyens, car « le programme d’aide risquerait d’augmenter les risques liés au bilan de la banque centrale », croit-il pouvoir justifier. Comme si l’aide aux banques ne produisait pas le même effet ! La Banque d’Angleterre ne partage pas ce souci et relance à hauteur de 50 milliards de livres son programme d’assouplissement quantitatif et ses acquisitions de gilts, les obligations souveraines britanniques. La Fed pourrait suivre le mouvement. Considérée comme ayant seule la force de frappe financière permettant de détendre le marché obligataire, la BCE continue de son côté à se dérober sur le marché secondaire, en dépit des exhortations de Christine Lagarde au nom du FMI.

Le gouvernement espagnol tente à nouveau d’échapper au sort qui l’attend et prépare un nouveau programme pluriannuel de mesures d’austérité et de coupes budgétaires qui, selon Reuters, devraient être annoncées la semaine prochaine. Elles atteindront la TVA, les pensions de retraite, les salaires des fonctionnaires, institueront de nouveaux péages autoroutiers et procéderont à des coupes dans les budgets des ministères et des régions. La course est sans fin pour tenter de réduire un déficit qui file entre les doigts, accentué par la hausse du coût de la dette, la récession et la crise sociale.

Le gouvernement grec peaufine de son côté sa demande d’étalement du calendrier de son plan de sauvetage, n’ayant à proposer que la réalisation de son programme de privatisation de 50 milliards d’euros qui n’a pas avancé, et qui présente l’avantage – si l’on peut dire – d’un coût social moindre dans l’immédiat que toute autre mesure budgétaire. Le plan de sauvetage étant totalement sorti de ses rails, la question est de savoir si une faillite de l’État va pouvoir être évitée, si l’on en croit Anders Borg, le ministre suédois des finances. Afin de soulager les finances grecques, Tsipras propose de faire bénéficier les banques grecques des mesures destinées à renflouer les banques espagnoles.

Une réunion de l’Eurogroupe sera consacrée à étudier ces deux cas brûlants le 20 juillet prochain : les autorités européennes tiennent la situation du bout des doigts et s’en satisfont faute de mieux, mais ils vont devoir se faire violence pour éviter l’effondrement de la Grèce.

Aux yeux de l’opinion publique, il faut des coupables ! Démissionnaires, Bob Diamond et la direction de Barclays sont sur la sellette au Royaume-Uni, comme si le gouvernement devait donner des gages face à un ressentiment envers les banques que l’on devine s’approfondissant. En France, le parlementaire socialiste Henri Emmanuelli demande l’audition du gouverneur de la Banque de France, au cas où la manipulation du Libor et de l’Euribor ne se serait pas arrêtée aux frontières de l’hexagone.

C’est en Espagne que les choses vont le plus loin. Rodrigo Rato, ancien ministre de l’économie, ex-directeur général du FMI et président démissionnaire de Bankia se voit reproché par l’Audience Nationale (la plus haute juridiction du pays) les délits d’escroquerie, de détournement de fonds, de falsification des comptes annuels, d’administration frauduleuse et déloyale et de manipulation des prix. Excusez du peu ! Le juge étend l’enquête aux autres dirigeants de la banque – le plus souvent membres ou proches du Partido Popular au pouvoir – ainsi qu’à leurs familles, pour déterminer s’ils n’auraient pas été les heureux bénéficiaires de prêts ou de garanties… Les auditions à grand spectacle débuteront le 23 juillet prochain.

L’Insee vient d’apporter un nouvel éclairage en annonçant mettre au point un nouvel outil statistique. L’objectif est de pouvoir mieux cerner l’évolution du niveau de vie – et non des revenus ou salaires – de la « population intermédiaire » (ceux qui ne sont ni pauvres ni riches), qui représente 80 % de l’ensemble. Prévoyant, l’institut cherche à se donner les moyens de mesurer le délitement du statut des classes moyennes, en évitant d’utiliser cette notion fourre-tout qui ne distingue pas les évolutions pourtant entamées.

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122 réflexions sur « L’actualité de la crise : IL FAUT DES COUPABLES ! par François Leclerc »

  1. Pas encore d’émules de Hitler, Mussolini et Franco dans les starting-blocks ?

    Alors ce n’est pas encore si grave que dans les années 30. Nous restons globalement assez riches pour déflater à l’aise un peu de temps. Mais sitôt que quelque colonel pointera le museau de son tank en Grèce, qui devrait craquer la première, ce sera l’alerte rouge, la planche à billets ou la mort !

  2. Quelle joie de lire votre billet, deux jours seulement après avoir savouré le ridicule accompli d’énièmes séances d’autocongratulations (la crise est finie) diffusées sur BFM.

    Quelqu’unE aurait l’envie de réaliser une compilation? Sur de la musique répétitive? Qui couvrirait la période 2008-20…18?

  3. « la « population intermédiaire » (ceux qui ne sont ni pauvres ni riches), qui représente 80 % de l’ensemble. »

    Quel gros milieu ! Proportionnellement si peu de riches et si peu de pauvres c’est rassurant pour l’Etat. A faire accroire que ce serait parce qu’il y a si peu de pauvres que si peu travaillent, et non parce que le travail se dilue, sans disparaître.

    comment faire travailler les pauvres, là où l’illusion a déçu, et où la force s’est défaite ?

  4. Allez vous rester esclaves de la dette longtemps?
    Mobilisez vous mondialement pour la répudiation de la dette états banques.
    Rien n’est plus important.

    1. Surtout qu’ il me semble qu’elle viole le paragraphe 1 de la Constitution… puisque le prêteur s’il s’enrichit, et c’est son but, fait peser sur l’ensemble de la nation un poids qui nécessite l’ajout d’un paragraphe du genre : Tout homme nait criblé de dettes, et doit s’astreindre à une corvée au profit de son banquier. Il faut aussi rayer « Les hommes naissent libres ». Puisqu’au contraire ils naissent accablés d’une obligation de remboursement.

      L’exception existe à condition que l’intérêt du prêt soit moins élevé que la croissance qu’il engendre, mais je soupçonne que ce n’est pas le cas puisque les taux sont fixés à la louche.

      Chaque nation n’est qu’un pion sur l’échiquier des créanciers, qui favoriseront celles qui leurs procurent la plus grosse rente, et menacent les autres d’assèchement. C’est une tutelle de fait.

  5. Espagne: L’euphorie des marchés n’aura pas duré une semaine…
    Ce n’est pas avec des rustines que l’on s’en sortira. C’est avec une réforme profonde du fonctionnement de ce club. Le problème c’est que les fameuses réformes structurelles que les ploutocrates veulent nous appliquer vont réformer dans le sens d’une Europe du tout libéral, et de la mise à mort de l’Etat-Providence.
    Aucun débat sur le type d’Europe que souhaiteraient les populations ne sera permis, mais plutôt c’est la « Stratégie du choc » décrite par Naomi Klein que les ploutocrates s’apprêtent à mettre en oeuvre dans toute l’Europe, comme ils ont commencé à le faire en Grèce.
    La crise dite de la dette publique, qui plonge ses racines dans la crise des subprimes US de 2008, et qui s’est propagée aux finances publiques particulièrement en Europe – vu les faiblesses de conception de l’édifice européen – est en train de servir de prétexte à porter un coup décisif et fatal à ce qui reste d’Etat-Providence sur ce continent.
    Les socialistes français, en authentiques libéraux, sont en train de prêter leur concours actif à ce dynamitage. Tout comme l’avaient fait Papandréou en Grèce, Zapatero en Espagne, ils finiront rejetés par les électeurs comme l’ont été leurs collègues grecs et espagnols, mais ils le feront tant les convictions libérales imprègnent totalement leurs esprits.

    1. Mais à moins de choisir la décroissance et la simplicité volontaire, c’est une option qui n’est pas idiote, ils n’ont aucune alternative dans ce moule actuel. Et ça tout le monde le sait !

      1. Mais à moins de choisir la décroissance et la simplicité volontaire

        Mais la décroissance, on va l’avoir: le PIB de la Grèce a plongé de 7% en 2011. La simplicité on va l’avoir aussi, mais elle sera imposée, non volontaire.

        En fait les libéraux sont pour la décroissance des 99%, et pour la croissance des 1%.

        Ce sont eux les vrais écologistes.

      2. @ Macarel :

        pfffffffffffffffffffffff, une baisse du PIB de 7% dans ces conditions, ce n’est pas la décroissance, c’est la récession !!!

        La décroissance, ce n’est pas une question économique mais une question politique,c’est ne baisse du PIB voulue et organisée et non subie .

        Faut arrêter de véhiculer des fausses évidences qui ne rendent pas services à ceux qui essaient de penser autrement à moins que cela ne soit le but recherché, créer la confusion.

        Sinon, voila le lien wikipedia pour saoir de quoi il s’agit plus précisément : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9croissance_(%C3%A9conomie)

  6. Bonjour,

    Hors propos.
    Un ami, qui traduit en français un livre écrit, vers 1900, en yiddish par un révolutionnaire juif actif en Russie, me pose cette question:
    « Je suis confronté à un passage où il évoque la valeur travail chez Smith, Ricardo et Marx, et parle de eigen arbet, en yiddish, soit eigenarbeit en allemand. Comment traduire ceci en français ? Comment la littérature consacrée a-t-elle traduit eignearbeit ? Par travail propre ? »

    Qui peut répondre?

    Merci d’avance.

    1. Question ardue, Proz ne donne rien. La traduction directe ne donne rien non plus… Eigenarbeit s’oppose a Erwerbsarbeit & Lohnarbeit

      http://books.google.fr/books?id=UbydZNMZ8P8C&pg=PA123&lpg=PA123&dq=eigenarbeit+erkl%C3%A4rung&source=bl&ots=0crUOhutPX&sig=abc1t83NlKz9b2FT7IQCXkPoeLI&hl=fr&sa=X&ei=2MH2T7GJKoSBhQfcl7nHBg&ved=0CFcQ6AEwAw#v=onepage&q=eigenarbeit%20erkl%C3%A4rung&f=false

      Ceci est une piste…. (Illich) : « Eignearbeit ist aktiver Konsum- und Produktionsverzicht, motiviert aus aufgeklärtem Hedonismus (…) Eigenarbeit soll der Ersatzt von Ware durch eigene Tätigkeit heissen. »

      Ivan Illich, Vom Recht der Gemeinheit, 1982

      Ils l’opposent aussi au travail aliéné par le salaire, « Lohnarbeit »…

      Je n’ai pas la réponse du terme consacré. Voir comment Ivan Illich a été traduit :

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich

      Je dirais travail autonome, mais bon… c’est ce que je lis ici :

      http://www.raison-publique.fr/article478.html

      Parfois il n’y a pas de traduction parfaite.

    2. Littéralement oui , çà dépend du contexte , au moins de la phrase . Marx lui-méme a laissé une ambiguité entre propriété et possesion .
      Exemple Bob Diamond n’est pas le propriétaire de la Barclays . La Reine D’Angleterre en ce sens est beaucoup plus propriétaire que lui (de la Barclays) et aussi beaucoup plus propriétaire de foncier que lui (ce qui n’a pas apparemment de rapport ) .
      Par contre comme PDG , salarié/patron, ou domestique/patron , selon le regard , il fut , est , en possession de la Barclays . Il se peut qu’il se la soit appropriée , comme un ouvrier prend possession de SA machine ou de SES outils par là se les approprier se les faire à sa main , en tous les cas , ils ne sont pas sa propriété .
      Bob Diamond est littéralement un bastard , au point de vue classe , il n’a pas de classe , méme à l’avenir , il ne sera pas lord , au mieux un rentier parvenu .
      Méme en Français , sans probléme de traduction la langue récéle des ambiguités sémantiques .

    3. « vers 1900, en yiddish par un révolutionnaire juif actif en Russie »

      c’est un euphémisme, puisque le BUND constitué exclusivement de juifs publiait en yiddish. Ce livre est éventuellement lié à ce mouvement.

    4. Merci Lisztfr, moneyistime, Cjarles A, xas et Pignouf 1er,
      voici le résultat le plus fiable qui m’est arrivé:

      Eigenarbeit doit se traduire par travail propre incontestablement.
      Mais si tu veux mon avis, il n’a pas de sens conceptuel. Il n’appartient absolument pas au vocabulaire spécifique de Marx, encore moins de Smith et de Ricardo. Autrement dit – c’est une question de contexte -, le terme doit probablement signifier quelque chose comme le travail en propre de l’ouvrier, qui lui revient sous forme de salaire ou de valeur de la force de travail.
      Donc, en conclusion, ne te tracasse pas pour la traduction de ce terme.

  7. Au Moyen Âge, les marchands s’adonnant à des activités bancaires n’allaient pas le crier sur tous les toits et certains laissaient leurs livres de comptes incomplets à la case recettes, pour ne pas donner l’impression de s’être enrichis grâce au rendement de l’argent. Ils voulaient bien passer pour des prêteurs, mais pas pour des rentiers. Cet escamotage était l’expression d’un scrupule autant que d’une peur du qu’en-dira-t-on. Le Juge suprême n’étant pas dupe, il fallait du moins garantir ses arrières sur terre. Les Juifs et les Lombards fournissaient souvent la viande et le combustible en période de disette… La banque était donc une activité honteuse, vécue comme telle par la plupart de ses acteurs ; le banquier acceptait la possibilité de la banqueroute comme on accepte une vidange d’âme. Il n’y avait d’intermédiation louable que dans la sainteté. Aujourd’hui, le saint est honteux (pardonnez-moi, Seigneur, d’être désintéressé) et l’intermédiation bancaire sanctifiée (le banquier a inventé la mystique horizontale). Il suffit de voir les devantures des grandes banques et de leurs succursales pour mesurer après coup le danger qu’il y avait à faire cohabiter sur le forum les temples des dieux et les officines des marchands.

  8. J’entends à l’instant, sur la Sexta, que la ministre des finances de Finlande déclare que faute d’une solution rapide à la dette des nations en faillite, son pays quitterait l’euro SANS CONTRIBUER à un nouveau sauvetage d’aucune sorte…

    Cette déclaration semble confirmée ici :

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20120706trib000707774/pour-helsinki-plutot-sortir-de-l-euro-plutot-que-de-payer-les-dettes-des-autres.html

  9. Hier soir vers 0h30 il y avait une émission intéressante sur FR C;

    http://www.franceculture.fr/emission-l-eloge-du-savoir

    par Philippe Kourilsky, chaire « Immunologie moléculaire »
    (Collège de France).

    Ces cours du Collège de France sont particulièrement pénibles et vaseux, mais ça aide à s’endormir. Souvent présentés au tempo non legato, voire au pas de course, bref, d’une insipidité à la limite de l’abjecte car le savoir est segmenté en résumés poussiéreux dont la monstrueuse inutilité passe inaperçue aux yeux du public, que j’imagine octogénaire. On leur assène un denier bourrage de crâne pour la route.

    Bref, de quoi dégoûter de la science tout être curieux, mais de temps en temps..

    Hier il s’agissait entre autre de complexité. La complexité d’un ensemble fait d’éléments et de noeuds un peu comme un réseau. En mécanique, 10% de ces noeuds doivent être fonctionnels, dans le social 20% mais en biologie, 80%. Car en biologie si on tire sur un morceau c’est l’ensemble qui bouge… Il n’y a pas vraiment de modularité, – de modules autonomes comme une portière de voiture que l’on peut démonter sans nuire à l’ensemble…. en biologie les cascades de signes sont difficiles à limiter sur les côtés…

    Il semble qu’on croule sous les données mais qu’on en interprété que 3%.

    La lamproie a un système immunologique particulier….

    1. La différence entre quelque chose de compliqué et quelque chose de complexe?
      Le compliqué se simplifie en petites unités debrouillée d’un ensemble
      Le complexe est fait d’un ensemble d’éléments interdépendants

      La complexité admet l’existence smultannée d’un quelque chose et de son contraire. La question à poser: et pourquoi pas?

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