L’actualité de la crise : UN PAS EN AVANT ET DEUX EN ARRIÈRE, par François Leclerc

Billet invité

Il avait déjà été souligné que les ouvertures consenties par le gouvernement allemand étaient conditionnelles et renvoyaient de fait à la Saint-Glinglin. Elles supposent une union politique préalablement achevée tout en étant promise pour plus tard. D’autres informations sortent qui confirment que le dernier sommet était en trompe-l’œil et que les marchés ne s’y sont pas trompés.

Ils sont en train de perdre patience à propos du renflouement qui s’éternise des banques espagnoles et exercent une pression maximale : le taux espagnol à 10 ans a dépassé lundi matin le seuil de 7 %. Et il va pourtant falloir attendre la prochaine réunion de l’Eurogroupe du 20 juillet pour connaître les conditions qui vont accompagner le versement des fonds européens.

L’une des deux grandes décisions du dernier sommet a été de renflouer les banques sans passer par les États, afin de ne pas lier davantage leurs endettements. Une résolution présentée comme allant dénouer leurs dettes, mais se contentant en fait de ne pas les nouer davantage. D’après un haut fonctionnaire européen non identifié, cité par Reuters, les choses ne seraient pas si simples : le MES pourrait injecter directement de l’argent dans les banques, mais l’État concerné devrait apporter sa garantie…

Ce processus est par ailleurs devenu une course d’obstacle, puisqu’il suppose réalisé le nouveau dispositif de supervision des banques, première étape de l’union bancaire. Mais la bataille fait rage pour savoir quelles banques seront dans le périmètre de surveillance de la BCE. À l’exception du gouvernement français, qui voudrait l’élargir à toutes, les gouvernements cherchent à continuer de couver leurs banques malades pour les protéger. L’opération vérité n’est pas pour demain, alors que la BCE voudrait en précipiter une, à sa manière. Elle cherche à accélérer la mise en route de cette nouvelle mission – qui ne va pas être exercée dans le sens de la transparence – et claque par ailleurs la porte aux gouvernements en confirmant que les achats d’obligations sur le marché, c’est fini !

Cela ne fait pas l’affaire de Mario Monti, qui rend coupables les pays du Nord qui réclament des garanties en contrepartie de leur aide ou la Confindustria (l’organisation patronale italienne) qui agite en interne le chiffon rouge de l’austérité : il voudrait qu’un mécanisme, quel qu’il soit, contribue au plus vite à détendre le marché obligataire. Car le programme d’émission obligataire de l’année est loin d’être réalisé et le coût du service de la dette est en train de grimper. Sa quête est vaine. Son pays est pris en tenailles entre une croissance qui n’exerce pas sa magie et le coût d’une énorme dette qui continue d’augmenter.

La seconde grande décision du sommet, l’activation des achats obligataires par les fonds de soutien, reste elle aussi bloquée et repoussée à plus tard, son financement n’étant pas assuré.

L’attentisme qui prévaut a ses conséquences dans toute la zone euro. Le nouveau gouvernement grec voudrait brader tout ce qu’il possède afin de faire rentrer de l’argent. Tous va y passer, du moins s’il y a des preneurs. Il est reconnu que le deuxième plan de sauvetage a déraillé et qu’il va se révéler impossible de le remettre sur ses rails. La phase de liquidation a commencé, car il va falloir trouver une solution pour alimenter la trésorerie de l’État, si le blocage des versements des prêts se poursuit. Prochaine échéance : le 20 août, et c’est la BCE qui s’y colle car il s’agit du remboursement d’une tranche d’obligations qu’elle détient.

Mariano Rajoy va annoncer mercredi racler jusqu’à l’os les finances centrales et des régions, afin de montrer sa bonne volonté et d’anticiper sur les conditionnalités au soutien des banques espagnoles qui sont en cours de négociation à Bruxelles. Il préfère endosser de nouvelles mesures d’austérité plutôt que d’apparaître devoir s’y plier, n’ayant comme seul registre que d’agiter l’orgueil national. C’est à un autre jeu de la même famille que joue Passos Coelho, le premier ministre portugais. Il se refuse d’entamer la négociation d’une rallonge du calendrier afin de repousser à plus tard un impossible atterrissage prévu en 2013, tout en sachant qu’il n’y coupera pas. Les Grecs sont pris entre les mâchoires de tenailles, les Portugais entre les lames de ciseaux : leurs recettes fiscales diminuent, leurs dépenses sociales destinées à amortir le choc augmentent. Il n’y a pas de salut.

Tout à leurs jeux et à leurs préséances, les dirigeants européens sont pris à leur propre piège et tentent de s’en sortir à l’esbroufe. Incapables d’enrayer la dynamique à laquelle ils ont contribué, eux ou leurs prédécesseurs. La seule logique qu’ils poursuivent, ou dont ils tentent d’arrondir les angles, s’alimente de recettes néo-libérales auxquelles ils se raccrochent. Elles ne font qu’aggraver le mal : pauvres d’eux et pauvres de nous !

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119 réflexions sur « L’actualité de la crise : UN PAS EN AVANT ET DEUX EN ARRIÈRE, par François Leclerc »

  1. L’Europe devient un peu la Belgique: qui paie n’a rien à y dire, affirme B. De Wever.

    “L’idée que l’Europe devient un peu un modèle belge en plus grand prend de l’ampleur. Personne ne peut reprocher aux Allemands de ne pas avoir envie de devenir les Flamands de l’Europe”, a affirmé lundi soir le président de la N-VA, Bart De Wever, dans une allocution prononcée avant l’heure à l’occasion de la Fête de la Communauté flamande.Pour Bart De Wever, celui qui paie doit avoir son mot à dire, et ce n’est ni le cas en Europe, ni en Belgique. Le président de la N-VA a par ailleurs redit que 2014 devait constituer une nouvelle étape déterminante vers un modèle confédéral en Belgique..

    http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_l-europe-devient-un-peu-la-belgique-qui-paie-n-a-rien-a-y-dire-affirme-b-de-wever?id=7802162

  2. Quelqu’un peut m’expliquer l’intérêt pour un préteur de prêter a un état a un taux négatif?

    1. De façon schématique, on peut assimiler ce taux négatif à une prime d’assurance : les investisseurs sont prêts à la payer car ils estiment que les bons du trésor sont des placements sûrs en cas d’effondrement, pour la bonne et simple raison que contrairement aux acteurs privés, les Etats eux ne font pas faillite. C’est le même argument qui préside aux placements sur les comptes de dépôt de la BCE par les banques commerciales. Jusqu’à présent, cela rapportait peu (0,25 %), bien en déça des conditions offertes sur le marche interbancaire ou évidemment les prêts aux particuliers ou entreprises. Mais désormais, la BCE ne rémunère même plus ces comptes. Et pourtant, mon petit doigt me dit que de la même façon, si la BCE venait à faire payer les banques pour qu’elles disposent de comptes de dépôt, celles-ci le feraient sans rechigner. Les chiffres de dépôt à la BCE ont battu tous les records ces derniers mois.

      1. Ouais Julien mais tu sais, imagine toi, tout banquier d’la City ou ponte de la Loyd’s que tu aurais pu être, ton fauteuil club et ton décor cosy plus ton cognac Napoléon – et une ou deux poules, quand les Junkers de la Luftwaffe déboulaient en 40, ben tu les quittais fissa et direct au sous-sol qu’t’allais. C’est Capital là.
        A chaque fois que je vois ces taux j’entends une vieille rengaine de Southside Johnny… Ça causait pas d’banquiers ou d’zinzins mais de gent féminine et d’amour precautionneux…

        She’ll need a piece of the rock
        If you decide to roll
        The girls got insurance that she can consult.

        All she wants is S-E-C-U-R-I-T and a Y, and a Y…

      2. les Etats eux ne font pas faillite

        Heureux de vous l’entendre dire, les investisseurs eux le savent.

        Par contre “on” nous rebat sur les ondes les oreilles avec des discours du style:

        “La France est en faillite”, “Il faut gérer un Etat comme un bon père de famille”, etc …

        Mais, effectivement un Etat n’est pas mortel comme une entreprise ou un particulier, et il peut lever l’impôt.

        Par contre il peut décider de ne pas rembourser ses créanciers en tout ou partie, c’est un attribut de sa souveraineté.

  3. Je comprend,on paie un petit pourcentage pour le mettre dans un coffre, mais rien ne dit que l’état,comme les banques, vont vraiment rembourser un jour,sinon avec des billets de monopoly si il y a inflation. Donc est-ce vraiment la raison? Y-a-t il un intérêt financier,comme paiement de moins d’impôts par exemple?

    1. atanguy,

      Donc est-ce vraiment la raison? Y-a-t il un intérêt financier,comme paiement de moins d’impôts par exemple?

      Directement bien sûr que non, indirectement ou plutôt de façon directement politique, c’à.d dans le rapport État / banque ou zinzin (nationaux ou europeens surtout), éventuellement.

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