L’actualité de la crise : LA DETTE, COMMENT S’EN DÉBARRASSER ? par François Leclerc

Billet invité.

Lentement mais surement les temps changent, même dans le monde traditionaliste des banques centrales. La Fed a dernièrement ouvert la danse en engageant un nouveau programme illimité dans le temps – et donc dans les montants – d’achats de titres obligataires ou hypothécaires. Faisant dire à certains que la Fed avait fait le choix de l’inflation pour résoudre le lancinant problème de la dette américaine, que les gouvernements repoussent en continuant à l’augmenter.

Apportant de l’eau à leur moulin, on vient de lire sous la plume de Mervyn King, le gouverneur de la banque d’Angleterre, qu’il est parfois nécessaire de mettre entre parenthèses la mission de base qui consiste à contenir l’inflation. Maintenir la stabilité financière passe-t-il toujours, s’interrogent d’ailleurs de nombreux économistes britanniques, par le maintien de la stabilité des prix ?

De son côté, le gouvernement japonais vient de renouveler ses pressions sur la Banque du Japon, afin qu’elle prenne de nouvelles mesures d’assouplissements, en envoyant l’un de ses ministres assister à son comité de politique monétaire. Il est confronté à la tâche impossible de réduire l’énorme dette du pays ainsi qu’à la poursuite de la déflation, la faiblesse orchestrée du dollar ayant pour effet de renforcer le yen et de pénaliser les exportations japonaises, atteignant une croissance dont la stagnation de poursuit (+0,2% entre avril et juin). La BoJ venait pourtant d’augmenter à nouveau son enveloppe destinée à l’achat d’actifs, qui est désormais de 800 milliards d’euros.

Enfin, la BCE s’est comme on sait engagée dans un nouveau programme – pour l’instant virtuel – qui ne fixe pas, à l’instar de la Fed, de limite à des achats de titres souverains, une forme déguisée d’assouplissement quantitatif et dans les faits une aide fiscale aux États indirecte bien que conditionnelle.

Les bilans des banques centrales enflent et une question s’impose : ne sont-elles pas en train de jouer avec le feu de l’inflation ? Certains le craignent, comme les dirigeants de la Buba (Bundesbank), et tentent de freiner les velléités de la BCE, d’autres mettent l’accent sur le danger de la déflation, faisant valoir qu’elle est aux portes. Ils s’inquiètent de la possibilité de voir d’autres pays tomber à la suite du Japon dans la trappe à liquidité, et jouent au jeu des similitudes avec ce pays pour le vérifier.

Celles-ci sont en effet nombreuses : l’existence d’une importante dette privée et publique; la chute des valeurs boursières qui résulte du désendettement privé; une stagnation économique, voire une récession, destinée à durer et due au long désendettement public; le soutien indéfectible des banques par la banque centrale; l’apparition de taux très faibles et même négatifs pour les titres obligataires de certains pays; un taux directeur nul ou proche de zéro des banques centrales (même pour la BCE, si l’on considère son taux net, hors inflation, celle-ci résultant pour l’essentiel de la hausse du prix de l’énergie).

La comparaison ne s’arrête pas là. La BCE a en effet mis en place un circuit identique à celui de la BoJ. Elle achète aux banques les titres de la dette publique – dont la valeur diminue quand leur taux monte – et prête en contrepartie des liquidités à bas prix. Puis elle emprunte aux banques à un taux plus élevé une partie importante de ces liquidités; l’autre partie leur sert à acheter des titres de la dette de leur pays à bas prix, qui sont utilisés comme collatéral auprès de la BCE. Si l’on poursuit l’analyse de ces flux, on enregistre que ces achats de titres ne bénéficient qu’à la marge à l’économie de ces pays mais servent à rembourser les créanciers, c’est dire les banques elles-mêmes ! L’aide aux États est une nouvelle forme d’aide à celles-ci, notamment les allemandes (qui sont aussi des importants clients des prêts de la BCE).

D’où provient cette appellation de trappe à liquidité ? De la prédiction par Keynes que lorsque les taux descendent sous un certain seuil, le détenteur de capital préférera conserver celui-ci sous sa forme d’argent liquide (immédiatement disponible pour un quelconque usage) plutôt que de le prêter, un phénomène qui a aujourd’hui pour effet que les liquidités déversées par les banques centrales dans le système financier ne sont pas investies dans l’économie. Elles lui sont finalement restituées par les banques, après avoir servi à des spéculations purement financières – nettement plus rentables – afin d’améliorer leur résultat et renforcer leurs fonds propres. Ce retour des liquidités permet à la BCE de prétendre qu’elle stérilise ses injections monétaires, afin qu’elles ne soient pas inflationnistes, mais réalité elle n’est pas de son fait.

Si la déflation n’est pas constatée sur les prix à la consommation, elle l’est sur les prix des actifs ! De la même manière, mais inversée, que l’inflation portait auparavant sur les actifs et non sur les prix à la consommation. S’il est impossible de prédire ce qui, de l’inflation ou de la déflation, va prévaloir dans le chaos financier actuel, on peut souligner la conjugaison des phénomènes qui pourraient faire du Japon non pas une exception mais un précurseur. En constatant également que la tendance générale est à la baisse continue des perspectives de croissance économique, la dernière prévision en date provenant des instituts de recherche allemands qui n’accordent plus que 1% de croissance au PIB allemand en 2013, au lieu des 2% précédents. Certes, la combinaison de la stagnation et de l’inflation – la stagflation – est aussi une option, mais toutes les conditions semblent réunies pour que les tendances déflationnistes se poursuivent.

La réponse qui sera apportée à cette question n’est pas sans importance : une montée brutale de l’inflation pourrait à un moment donné effacer le trop plein d’une dette que l’on ne parvient décidément pas à résorber, ce qui pourrait finalement être considéré comme un moindre mal, comparé à une restructuration de la dette. Mais si les tendances déflationnistes devaient perdurer et s’installer, l’exemple japonais est là pour montrer que nous entrerions nous aussi dans des « décennies perdues “. Empêchant, comme c’est le cas au Japon, la réduction d’une dette qui continuerait à grossir et approfondissant la crise sociale entamée.

Afin de tenter de réduire cette dette, le gouvernement japonais va finalement se décider à doubler la TVA (qui est actuellement de 5% seulement), mais le surcroît de recettes fiscales qui va en résulter sera consacrée à financer les programmes de santé destinés à une population vieillissante, tandis que la population active va diminuer, et les recettes fiscales d’autant. Conclusion : le déficit primaire sera réduit mais pas résorbé, la dette continuera d’augmenter, bien que plus lentement. Les taux obligataires japonais finiront par monter, la dette ne pouvant plus être exclusivement financée en interne, augmentant le déficit et créant une spirale descendante.

Comment se débarrasser de la dette est décidément une question sans réponse.

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119 réflexions sur « L’actualité de la crise : LA DETTE, COMMENT S’EN DÉBARRASSER ? par François Leclerc »

  1. Une question qui découle de ce que vous écrivez souvent sur le Japon : en raison de la longue période de déflation que connait l’archipel, y a-t-il crise sociale ?

  2. le problème des dettes ou de La dette c’est “Qui ne sera pas remboursé”

    et l’ennui c’est que ceux qui ont joué a en produire, ont fait des paris dessus voir ont totalement détourné des fonds à leur profit perso ceux là n’ont pas envie de rembourser ce qu’ils devraient.
    et j’entends sur les radios un bruit de fond qui monte comme quoi le consommateur voir le citoyen qui aurait voté (mal ) pour des incapables serait Le responsable( au niveau des états) de son incapacité de choix pertinent de décideurs politique de qualité et que donc il( Le consommateur citoyen ) serait responsable de l’incapacité des élus…
    et que donc il pourrait bien payer sa part.
    bref l’idiot ne sachant pas qu’il l’est doit néanmoins payer pour les conséquences de sa bêtise
    l’abusé devient abuseur, n’ayant rien fait pour cesser d’être stupide.
    et dans un pays à haut degré de prestations sociales en tout genre tout le monde serait coupable .
    plus simplement l’enchevêtrement des niveaux financiers est tel qu’il est impossible de tirer un fil sans faire des noeuds.

  3. pour ce qui est des pauvres grecs, ça continue de plus belle http://www.boursorama.com/actualites/grece-le-chomage-passe-la-barre-des-25-coca-cola-fuit-en-suisse-f63094d4ee3831a1ce7d9db0998b1db6
    pour nous cela ne saurait tarder Vallaud-Belkacem le dit 🙂
    Ne pas payer la dette, semble une bonne solution, Je serais cependant sérieusement curieux de connaitre le nom des créanciers, percepteurs de ces chers intérêts. Pour le plaisir. et quid des fonds de pensions après le défaut américain?
    Effectivement, Monsieur Leclerc, un article sur les conséquences d’un jubilé mondial écrit par vous serait un vrai plaisir.

  4. Avec le TSCG voté, la dette va exploser !!! Car nous allons entrer en récession dans toute l’Europe.

    Merci aux assemblées d’eunuques qui ont bradé ce qui restait de souveraineté des nations aux intérêts de la finance mondialisée.

    Nous sommes vraiment dépouillés, car de souveraineté européenne il n’y en a point, et il n’est pas près d’y en avoir.

    Encore un grand merci !!! Pour eux, ceux de Goldman Sachs et leurs semblables.

    Mesdames et messieurs les “socialistes” vous serez balayés lors des prochaines élections, c’est beau l’esprit de sacrifice pour le monde de l’argent quant on prétend être de gauche.

    1. et pendant ce temps, d’autres moins agiles, défilent dans les rues contre les 0,15% de csg en criant l’injustice, les tours s’effondrent en emportant nos certitudes d’un monde meilleur. Mais, l’argent ne fait pas le bonheur, n’est-il pas ?

      1. Eh oui, mais 0,15% par ci, 0,20% par là, à force en cumulant ça finit par être conséquent mon cher monsieur.

    2. assemblées d’eunuques

      je ne sais pas qui les a opérés, mais en plus, ils chantent faux ! c’était bien la peine …

  5. Eh bien bien non! Il n’y aura pas l’inflation qui sauverait les dettes. L’exemple japonais est là pour le montrer.
    Tout simplement parce que le phénomène est devenu mondial, personne ne pourra “fuir” une monnaie pour la précipiter ainsi dans l’inflation.
    Tous les surplus de liquidités disparaîtront inévitablement dans la trappe aux liquidités.
    dès à présent, et selon les évaluations mêmes des banques centrales, 90% de la monnaie liquide est déjà dans la trappe aux liquidités, et cela se poursuivra ainsi indéfiniment.
    Il est donc exact que nous sommes au début d’un “siècle perdu” quant à une nouvelle croissance. Les banques centrales pourront tout juste, comme au Japon, éviter le basculement dans une déflation violente en maintenant tout juste les prix autour de zéro avec des injections de monnaie nouvelle.
    Il est exact aussi que la crise sociale ne peut que s’accentuer ainsi.
    Le paradigme est décidément nouveau, l’excès de liquidités n’est pas inflationniste à cause de la trappe grand ouverte.
    Autrement dit, on émet une monnaie destinée à ne pas servir le citoyen. C’est comme construire des routes interdites à la circulation!
    Les geselliens sont sans doute les seuls à pouvoir comprendre ce phénomène, ou alors quelques keynesiens, s’il y en avait qui seraient intelligents!
    La seule sortie possible: le SMT!

    1. “La trappe aux liquidités” qu’est-ce que cette connerie ?
      Il n’y a pas d’inflation en zone € car la BCE n’émet pas de monnaie, point !.

  6. le japon est un pays de paradoxes
    ils ont fait de tels pas en avant en agronomie , en physique et dans de très nombreux domaines que leur élan novateur les a porté plus loin que le reste du monde ou de la communauté scientifique ne peut aller dans l’acceptation de la remise en cause et en forme de l’ensemble des données actuelles
    le seul comportement humain, social des japonais est une dimension surréaliste mais réalisée d’un niveau de l’humanité nulle part ailleurs possible à observer. ( et donc mesurer avec des critères appropriés)
    s’il existe une crise au japon , ce pays est aussi le vivier de multiples axes de solutions.
    la solitude du coureur de fond en première ligne ne permet pas de mettre en réseau les avancées japonaises à leur juste mesure.
    ( sauf en ce qui concerne les ” avancées” négatives)

  7. Concernant le Japon,j ai eu la chance d’y aller regulierement….alors,oui….la question est la suivante….ou sont les 20 ans perdus dans la deflation a la japonaise ? l’horreur,la souffrance ? ou ?
    Essayez de voir des trains ou des lignes de métro en retard,en mauvais état,des banlieues a l’agonie,une société déchirée,une délinquance ominipresente et violente,des traffics de drogue et d armes,des reglements de compte a l’AK47 …
    Bien sur,la mondialisation a cree aussi des chocs sociaux,des laisses pour compte…comme partout….le pays ou le monde est heureux et réussit,faut chercher du cote de la litterature…
    Eux aussi sont emmènes par des banquiers banquiers fous et hors de controle vers l’ultra-dette…Par peur et par mentalité,ils épargnent par précaution….
    A titre personnel,je rigole quand j’entends parler de déflation en Europe ou aux USA…En Europe,il nous manque “shadow stats”,qui compile l’inflation réelle aux USA comparee a l’inflation trafiquee des chiffres officiels….on est entre 7 et 9% par an aux USA…qui pense qu’on est a 1% en France ?? le prix des logements a quasi triplé en 15 ans…l’essence,l’alimentaire…1,70 euro un ticket de métro ) …on voit l’effondrement du niveau de vie des retraités et des classes moyennes/populaires avec les revenus alignés sur l’inflation officielle
    Dernier point,plein de gens que je rencontre n’ont que faire de l’inflation,de la BCE….Ils ont simplement peur des états en faillite,de l’effondrement de la monnaie…Personne ne veut investir ou prendre des risques dans ce contexte ….pourtant,Hollande continue a 100M de deficit par an ,comme Sarkozy avant lui…COMMENT AVOIR CONFIANCE ??
    La rigueur, pour moi, levera le risque de la faillite….et redonnera confiance…..tout le monde en France pense que le pays va dans le mur….
    Si vous esperez 0 souffrance dans ce contexte (comment echapper au probleme sans souffrir semble etre une question existentielle…) …va falloir aller chez “Alice au pays des merveilles”

    1. Tout à fait d’accord sur le plan de l’inflation. Par contre, pas du tout sur la solution. Je pense que les gens sont prêts à souffrir, mais pour une bonne raison, pas pour soutenir le système en place. Ca revient à souffrir pour souffrir plus encore. Faut arrêter de croire que ce sont les riches qui créent les emplois, Avec plus de confiance, on empruntera à taux plus faibles. Génial.

  8. http://www.boursorama.com/actualites/lagarde-la-dette-des-pays-riches-proche-des-niveaux-de-temps-de-guerre-4043c58ca2d880036fc4a70a2080e7fa

    La patronne du Fonds a par ailleurs de nouveau appelé à réformer un système financier qui “n’est toujours pas plus sûr” qu’au moment de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008, qui a déclenché la crise financière.

    “Les excès continus et les scandales montrent que la culture (de la finance, ndlr) n’a pas réellement changé”, a déclaré Mme Lagarde.

    Le système “est encore beaucoup trop complexe, les activités sont encore trop concentrées dans de grands établissements”, a-t-elle précisé, ajoutant que le spectre de banques “trop grandes pour faire faillite” (+too big to fail+) continuaient à “hanter” le secteur.

  9. Découvrir avec 4 années d’errance que l’inflation est la solution au problème de la dette serait affligeant. Mais tel n’est pas le cas.
    Bien sûr tous les experts le savent ! mais les puissances d’obstruction ne sont pas encore vaincues.

  10. La mondialisation qui est en réalité l’ouverture des marchés pour les multinationales, afin d’exploiter de la main d’oeuvre à très faible coût, dans le but d’obtenir des marges bénéficiaires, que la compétitivité nationale ne pourra pas concurrencer.

    Ce dumping fait que les écarts sont tellement élevés que même des baisses très importante au niveau national, ne pourront concurrencer les productions comme en Chine ou en Inde. Les marges bénéficiaires des multinationales sont calculées avec un très faible coût du travail, pas de revendications quelconque possible et sans coût pour la protection sociale.

    Le discours sur la compétitivité vise à accentuer un nivellement vers le bas, sur les salaires, la protection sociale ou les revenus fiscaux. Comme les marchés financiers et les multinationales refusent que leurs profits, sur l’exploitation de la pauvreté et le vide législatif des pays importateurs (Union Européenne, Etats-Unis,…) et exportateurs (Chine, Inde,…), baissent à court-terme, il ne reste qu’à s’aligner sur le modèle asiatique pour concurrencer sur ses marchés.

    Ce modèle n’est pas possible, il y aurait un effondrement de la demande, les prix et les salaires ne seraient pas compatibles pour un circuit de consommation. Les délocalisations ont un impact sur ce circuit, et appauvrissent les populations et les recettes publics, pendant que les multinationales et les marchés financiers (dont les banques) s’enrichissent.

    La situation des dettes actuelle permets de légitimer le discours sur la compétivité, afin de faire accepter qu’il faut produire des richesses pour rembourser les dettes. Seulement l’ouverture des marchés va dans le sens contraire, et les dettes sont contractés à partir d’emprunts et de taux d’intérêts exorbitants sans l’avis des citoyens (comme le référendum en Islande), impossible mathématiquement à rembourser et concernant les Etats-Unis, l’ Union Européenne, l’ Inde ou encore la Chine.

    Le marché très rentable des dettes entraîne une servitude pour dettes, qui consiste à endetter monétairement une personne ou un Etat afin qu’il effectue un travail pour les rembourser.

    1. les USA savent trés bien faire du protectionnisme, quand ça les arrange !

      seule l’UE est une passoire ouverte aux quatre vents du ciel ! …

      pourquoi ?

      à qui profite le crime ?

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