L’actualité de la crise : TU CAUSES… TU CAUSES…, par François Leclerc

Billet invité.

L’Europe a eu le privilège de s’engager en premier sur la voie du désendettement, le FMI conseillant dorénavant d’en ralentir le rythme afin de limiter ses effets et suscitant de vives réactions européennes. Le Japon, dont l’endettement est supérieur à 200% de son PIB, cherche aussi les moyens d’en arrêter la croissance et de la réduire. Un mécanisme différent qu’en Europe y est à l’œuvre : la part du financement de la dette japonaise sur le marché international, encore inférieure à 10% du montant total de celle-ci, ne cesse de croître, car son financement interne par la Banque du Japon (BoJ) via les banques atteint ses limites. Il va en découler la montée des taux obligataires japonais – très bas étant donné leur mode de financement – sur un marché international qui va être de plus en plus sollicité.

Le FMI n’arrête pas de sonner l’alarme et vient de le faire aussi à propos du Japon. Selon lui, les banques japonaises pourraient dans les 5 ans à venir posséder un tiers de la dette publique du pays si aucune consolidation fiscale n’intervient, ce qui les fragiliserait dangereusement si les taux de la dette japonaise venaient à monter (car cela diminuerait la valeur des titres qu’elles possèdent). Elles en possèdent actuellement le quart, un pourcentage largement supérieur à celui qui prévaut dans le monde occidental, selon le FMI.

Ce dernier en tire la conclusion que la hausse du taux de la TVA qui vient d’être décidée par le gouvernement ne sera pas suffisante pour enrayer ce processus et que d’autres réformes seront nécessaires. Par exemple, atteignant le coût de la santé publique, alors que la population japonaise est vieillissante et que sa consommation médicale augmente…

Ce scénario n’est pas sans rappeler quelque chose ! Le tour des États-Unis se rapproche également. La crise de la dette va s’affirmer pour ce qu’elle est, mondiale, et reléguer au magasin de farces et attrapes les visions eurocentristes qui prétendent la réduire au résultat d’une construction incomplète de l’Europe et qui prétendent trouver sa solution en la reprenant.

Les quatre principaux instituts économiques allemands ont mis les pieds dans le plat. Allant dans le sens du FMI, qui vient de réaffirmer qu’il fallait accorder deux années de délai supplémentaires à la Grèce pour revenir dans les clous. Ils viennent d’affirmer que « la Grèce ne pourra pas rembourser sa dette », ce qui implique qu’elle doit soit restructurer sa dette, soit se déclarer insolvable. Cette dernière hypothèse serait, selon eux, « un moyen approprié pour faire partager aux créanciers les coûts de la crise ». Ils avaient auparavant demandé la mise en place d’un cadre permettant d’organiser la faillite d’un État.

On tourne autour du pot. Les “sages” allemands, ce groupe d’économistes qui conseillent le gouvernement allemand, avaient déjà proposé, il y a maintenant presque un an, la création d’un “fonds de rédemption” de la dette. L’idée était de mutualiser les dettes dépassant 60% du PIB et d’alimenter ce fonds par des recettes fiscales provenant de chaque pays, au pro-rata du montant de leur dette qui y seraient versées. Celles-ci venant à échéance, le fonds emprunterait sur les marchés avec la garantie de tous pour les rembourser. Un mécanisme qui n’a pas été repris, auquel Herman Van Rompuy fait néanmoins référence dans son rapport sur le budget de la seule zone euro préparé pour le prochain sommet des 18 et 19 octobre, qu’il vient de rendre public. Il évoque la capacité à emprunter dans le cadre de ce budget ainsi que la création d’un fonds d’amortissement de la dette des États-membres, deux propositions irrecevables dans l’état actuel des choses par le gouvernement allemand.

Du côté du FMI, on n’en est pas là ! Christine Lagarde vient de déclarer devant l’assemblée plénière du FMI de Tokyo que la dette publique accumulée approche les niveaux atteints en temps de guerre. Elle est en moyenne de 110% du PIB dans les pays développés. Elle ne pourra selon elle être résorbée qu’en empruntant “un chemin étroit, probablement un long chemin, pour lequel il n’exerce pas de raccourci”. Le débat ne porte donc que sur les rythmes d’application de la stratégie retenue. Une approche qui proscrit la restructuration globale de la dette et la réserve pratiquement aux cas désespérés. Une politique décidée au cas par cas, quand tout a été en vain essayé, qui ne peut aboutir qu’à multiplier les désastres. C’est pour cela que la directrice générale du FMI a appelé les pays occidentaux à profiter de “l’élan” donné par les banques centrales, en reconnaissant que “parvenir à une reprise durable est une tâche de plus en plus complexe”.

À Tokyo, faute de mieux, elle a préconisé de donner du temps, et pas seulement à la Grèce, à l’Espagne et au Portugal, quand les situations deviennent intenables : “Au lieu d’une réduction frontale et massive, il est parfois préférable d’avoir un peu plus de temps étant donné que beaucoup de pays sont actuellement engagés dans des politiques de réduction des déficits”, a-t-elle déclaré, disant tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Pierre Moscovici a refusé de se laisser entraîner sur ce terrain, après les échanges tendus intervenus entre Christine Lagarde et Wolfgang Schäuble, réaffirmant que “la France ne demande pas de délai” et proposant d’ouvrir… un débat sur la relance de la croissance : “Rien dans ce que dit Mme Lagarde ne doit nous détourner, nous détourne des engagements que nous avons pris. Nous voulons réduire la dette publique, c’est une condition majeure pour retrouver de la croissance demain, pour retrouver de la compétitivité”. Cet alignement était-il absolument nécessaire ?

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96 réflexions sur « L’actualité de la crise : TU CAUSES… TU CAUSES…, par François Leclerc »

  1. Une question (encore, amis c’est la faute à François avec le site OBLIGINVEST)
    j’ai lu sur ce site que les entreprises faisaient de plus en plus appel à des emprunts sous forme d’obligations (pardon si la terminologie n’est pas exacte) pour compenser leur difficultés à obtenir des prêts classiques auprès des banques.
    Mais une obligation, pour l’investisseur s’achète à un prix N (autant qui profite à l’entreprise) et l’entreprise verse un intérêt annuel en fonction du prix de celle ci.
    Ces obligations ont un terme défini,
    à l’échéance, l’entreprise après avoir payé des intérêts tous les ans sur ces obligations, doit au terme rembourser le montant initial de l’obligation (alors que dans un emprunt auprès d’une banque, chaque année elle rembourse une partie du capital et verse une partie d’intérêts)
    comment vont-elles trouver l’argent?
    en espérant que ça aille mieux, et que les banques se remettent à préter?
    en réémettant des obligations pour rembourser les premières?
    cela ressemble à une attitude suicidaire
    ou je n’ai rien compris

    1. Bonjour Tchoo,
      C’est une modification de la structure du financement de l’économie. On se rapproche du modèle américain pour une probable union transatlantique. Les entreprises devront passer par les marchés (obligations et actions) pour se financer. Une obligation est un emprunt sur le marché (mise en relation des besoins et des capacités de financement) et non à la banque, le principe est le même. Il n’y a pas que les banques qui ont des capacités de financement (hedge fund, épargne des ménages par l’intermédiaire d’établissements financiers, opcvm,…). Les banques se séparent alors du risque qu’occasionne le financement d’un investissement, c’est pratique. Elles pourront spéculer davantage sur le marché des matières premières par exemple ! Leur rôle de financement de l’économie va s’orienter différemment. Elles vont se concentrer sur la partie spéculative (notamment sur les marchés) et sur la vente de produits financiers. C’est la conséquences d’un choix géopolitique et d’une conception de l’économie : le libéralisme.
      Je pense que la dernière étape consistera de gré ou de force à nous imposer une monnaie commune transatlantique. Notre modèle social (santé, retraite, chômage, et même enseignement,…) est vraiment en danger ! Les retraites pourraient faire l’objet par exemple d’une modification progressive vers la capitalisation (fonds de pensions notamment) et remplacer le modèle actuel par répartition. Regarder le résultat avec Goldman sach. Le chacun pour soi montre le bout de son nez….
      ps : le compte à rebours est lancé.

      1. Surrealistic Sixtyniner ! Amazing Olivette !
        La désintermédiation bancaires des grandes entreprises françaises ? Le signe avancé indubitable :
        – que les banques préfèrent se ruer sur les activités « moins risquées » de pure spéculation…
        – que d’obscurs décideurs de niveau « géopolitique » veulent nous imposer une « monnaie transatlantique » d’essence ultra libérale…
        – et, last but not least, que nos retraites et toute notre protection sociale publique sont condamnées par Goldman Sachs….
        La recette de notre Olivette dénoyautée, désintermédiée et passablement débraguetée pour mettre fin à cette menace, à ce scandale tragique qui se fait jour à travers la poussée des corporate bonds à la française ? Pas dur Arthur : « messieurs-dames CACquarantistes, redevenez de bons PDG à la française, empruntez français à des banques françaises ! Messieurs les PDG de Bnp, SG, Casa, Cdc, Bpce et cie, redevenez de bons banquiers à la française, prêtez français à des entreprises CAVquarantistes françaises ! Sauvez la Sécu ! Sauvez le Franc ! Sauvez La France ! Sauvez Moi ! Amen. »

      2. Naturalistic vini, EU “rot” “pet”, c’est gazeux mais réalistic (avec un “t” sur la langue).
        Vous allez bientôt nous dire que c’est la nature et non des choix politiques ? Votre bordeaux est made in Europe ou made in US ? Pour sûr, ce n’est pas un VDP….
        Bien Monti, Draghi et toute la clique sont des produits de Goldman. C’est le fruit du hasard ? Vous auriez du regarder “noire finance” pour ne citer qu’un reportage.
        Les banques ne jouent-elles pas avec les matières premières (cf jp morgan). Il n’y a pas manipulations des cours ? Pas d’amendes ? Pas de scandales ? Tout va bien mr le marquis !
        Les financiers ne sont donc pas sur le marché des matières premières (et même alimentaires) et il n’y a pas de marché financier agricole avec des nouveaux intervenants spéculateurs ?
        http://www.terraeco.net/Speculer-sur-le-ble-un-business,45579.html
        http://www.lvn.asso.fr/spip.php?article1573

        Messieurs-dames les salariés, petits patrons, petits épargnants, intellectuels, artistes, techniciens, ouvriers, citoyens fictifs devenez des vrais pigeons à l’américaine. Faites-vous asservir et sauver le modèle économique libéral ! Sauvez vigneron ! Sauver les financiers et banquiers ! Sauvez le PDG de Bnp, SG, Casa, Cdc, Bpce et cie ! Vive les vrais métiers de spéculateurs invisibles !
        L’odeur de l’Europe sans l’Europe ?
        Alléluia !

        ps : nous n’avons vraiment pas la même conception de l'”Europe” (sans “t” et non santé, la protection sociale et non des lettres !).

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