L’actualité de la crise : LES ÉCONOMISTES, AVEC NOUS ! par François Leclerc

Billet invité

L’évaluation par les économistes distingués d’un simple coefficient commence à faire du bruit dans Landerneau ! Il est question du niveau du multiplicateur budgétaire, qui vise à déterminer l’incidence sur le produit intérieur brut (PIB) d’une modification budgétaire. Pour faire simple : plus ce coefficient est élevé, plus le PIB baisse à diminution du budget de l’État égale. La discussion n’est pas académique et soulève quelques émotions dans des cercles encore trop restreints, car cet indice permet de mesurer l’effet des politiques de réduction budgétaire actuelles sur la croissance économique.

C’est un article rédigé par Olivier Blanchard et Daniel Leigh, du FMI, qui a mis le feu aux poudres en mettant en évidence que le multiplicateur budgétaire était nettement plus élevé qu’il n’était prévu. Et que son extrapolation aux économies occidentales, non seulement de la zone euro mais aussi des États-Unis et du Royaume-Uni, démontrait que la politique d’austérité avait plus d’impact négatif qu’envisagé sur la croissance. Par voie de conséquence, poursuivre cette politique pourrait se révéler difficile dans les années à venir, en raison de l’effet des coupes budgétaires, qui sont de plus contrecarrées par la baisse des rentrées fiscales résultant du ralentissement de l’activité économique et de l’accroissement du chômage, qui lui-même implique une hausse des transferts sociaux.

Pour résumer : le coefficient était de 0,5 (ce qui signifiait qu’une restriction budgétaire équivalente à un point de PIB avait un impact négatif sur le produit intérieur brut de 0,5 point) et il pourrait bien se révéler oscillant dans une fourchette comprise entre 0,9 et 1,7, ce qui n’est pas du tout la même histoire ! Car il en résulterait une récession généralisée, si la politique actuelle était poursuivie, qui pourrait rendre encore plus problématique la réduction des déficits publics, sauf à imposer une rigueur dont il n’est pas garanti sur facture qu’elle sera acceptée… Le choix serait donc entre réduire moins le déficit… ou moins le réduire !

Ce qui est observé ces derniers temps, non seulement dans les pays du sud de l’Europe mais également au Royaume-Uni, semble confirmer ce pronostic pessimiste. De surcroît, les répercussions d’un tel processus sont immenses dans une économie mondialisée. On les observe déjà dans les pays émergents, ou bien au Japon, et d’une manière générale dans tous les pays dont la croissance repose sur les exportations. L’effet boule de neige est garanti, c’est le revers de la médaille.

Bien entendu, l’estimation du multiplicateur budgétaire ne procède pas de la science exacte. Mais les communications se sont ces derniers temps multipliées dans les universités américaines, rappelées par Gavyn Davies dans un article du Financial Times : notamment celle de Lawrence Summers (Harvard) et Bradford DeLong (Berkeley) ou bien celle de Alan J. Auerbach et Yuriy Gorodnichenko (Berkeley). Elles convergent, même si les premiers aboutissent à un coefficient de 1 et les seconds le chiffrent entre 1,5 et 2 pour les périodes de récession. Le débat reste ouvert, mais il semble se confirmer que le coefficient de 0,5 sur lequel repose comme sur une pointe d’épingle la politique actuelle de désendettement est carrément sous-estimé.

Si les économistes bien-pensants s’y mettent, ils sont foutus !

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112 réflexions sur « L’actualité de la crise : LES ÉCONOMISTES, AVEC NOUS ! par François Leclerc »

  1. ouaip, c’est un paramètre, qui n’a par essence que peu de signfication économique. Un peu comme en physique, où certains modèles sont « tunés », corrigés de cette façon. Ce sont les processus les plus incertains qui sont avant tout concernés, genre le coefficient de supersaturation dans les nuages quand on étudie les variations de la composition isotopique des précipitations, mais la plupart du temps, il existe un phénomène physique, dont l’impossible observation et l’incomplète compréhension ne permettent qu’une approche empirique.
    Il me semble que dans l’émission L’économie en question (et sans Pastré :)) du 13 octobre, un des invités vantait l’estimation précise de la croissance française, justement parce qu’au contraire du FMI ou du gouvernement (dont l’estimation est une grande farce), ils n’avaient pas eu besoin de varier cet effet multiplicateur.
    Sur quelles bases repose-t-il vraiment ? Si les économistes décident de perdre leur temps à l’estimer, c’est qu’ils sont dans une impasse (en ça je rejoins wildleech). Peut-être peuvent-ils en profiter pour changer leur angle de vue, pour rester poli.

  2. @tous bonsoir

    quezaco multiplicateur budgétaire? C’est le chemin du renoncement intellectuel!
    Et va s ‘y que j’ tourne la planche à billets! L’inflation c’est le salut: pompe à dette , pompe à merde!
    et merde pour les gens de peu qui en crèvent!

    « la finance » ayant bousculé , transgressé toutes les règles pour survivre reprend le dessus dans le débat et commence à théoriser la justesse du pourquoi de sa survie: propaganda staffel, mas y mas pognon!

    Sur 0hedge: la dérive fasciste des us: les disciples de Leo Strauss disciple de Carl Schmitt…

    Cordiales OAT x 0.5

  3. Cette histoire de coefficient défraie la chronique depuis peu, mais elle est racontée ici bien mieux que partout ailleurs. Il me semble y trouver une discrète mais presque jubilatoire ironie. Ce n’est peut-être qu’une fausse impression personnelle, mais qu’importe : c’est très réussi !

  4. Tremblement de terre Aquila : les « experts » condamnés à 6 ans de prison :

    On leur avait demandé d’étudier le risque d’un séïsme grave, ils l’ont fait, leurs conclusions : « pas de panique », le séïsme se produit et tue 300 personnes… Leur système de défense : « un séïsme ne peut pas se prévoir, c’est pas de notre faute  » ….!! Leurs avocats :  » Si la peine est confirmée, les experts réfléchiront beaucoup avant de donner leur avis … »
    Ben oui, vaut mieux réfléchir avant qu’après et des fois , réfléchir avant et se déclarer incompétent est la meilleure chose à faire .
    Ethique etc : coût de la leçon : 300 morts .
    Misère ….

    1. Pauvre « justice » italienne. Avec des jugements pareils y’aura plus que des « experts » du genre d’Allègre, du genre qui fait très connement évacuer toute l’île de Basse-Terre contre l’avis d’un Tazieff… Marvelous.

      1. c’est ça la difference entre le terrain et la modélisation …

        tazieff allait voir directement les trous qui fument pendant qu’allègre faisait tourner des (super)calculateurs… l’un faisait des relevés topo l’autre revenait constater le matin que ses ordianteurs avaient planté …

      2. Primo, c’est pas « toute » Basse-Terre qui a été évacuée , deuzio, faire évacuer à tort est-il pis que de ne pas faire évacuer, à tort aussi, troizio si les « experts » italiens avaient dit franchement l’impossibilité de prévoir le tremblement de terre, certains habitants auraient pu décider de partir ..

      3. De toutes façons mon ami, si ces gens-là sont véritablement condamnés, je ne vois pas vraiment qui va être assez fou pour les remplacer… Et puis, les habitants, on ne leur a pas dit que les tremblements de terre étaient imprévisibles ? Qui ? Les « experts » ? Aller, tous les sismologues en taule, on ne s’en portera que mieux ! A quoi servent-ils de toutes façons, puisque les tremblements de terre sont imprévisibles ! Et aucun ne l’a dit aux habitants de L’Aquila !

        Et si on mettait en taule aussi les sismologues qui ont dit que le Japon est un archipel sismique, mais pas au point de ne pas pouvoir y construire des centrales nucléaires ? Ce ne serait pas une idée, ça ? C’est intéressant de voir qu’à ce stade, personne ne semble y avoir pensé…

      4. Tu racontes n’importe quoi pasdefil. La ville de Basse-Terre, particulièrement, a été totalement évacuée sur décision administrative allègrienne. 78 000 habitants. Pour rien. La ville ne s’en est jamais relevée, 12 000 habitants seulement sur la commune et 37 000 pour l’agglomération aujourd’hui. Un désastre digne des camps de déplacement pendant la guerre d’Algérie.
        Wiki :
        « En 1976, 73 600 habitants de la commune furent évacués (15 août-18 novembre 1976) en raison de la forte activité de la Soufrière. Certains évacués ne revinrent pas. Ces événements malheureux eurent de fâcheuses conséquences sur l’économie du chef-lieu. Ainsi en 1979, le port est liquidé et toute son activité est transférée à Jarry. Depuis 20 ans, le centre-ville se dépeuple au profit de zones péri-urbaines ou des communes limitrophes telles Baillif, Saint-Claude et Gourbeyre, malgré les tentatives de renouveau. »
        Je connais quelques personnes en Guadeloupe qui t’en parleraient mieux que moi du zig. En tout cas je crois pouvoir dire qu’il y a encore en Guadeloupe beaucoup plus de figurines à monosourcil, lunettes, coupe en brosse et fort embompoint percées d’épingles que de poupées de volcanologue russo-belgo-français.

      5. Vigneron, relis-toi, tu avais parlé de l’évacuation de toute  » l’île » de Basse-Terre et pas seulement de la commune, mais bref …

        Olivier, arrétons le délire, je ne dis pas qu’il faut mettre tous les sismologues en taule, d’autant plus qu’ il semblerait, d’après les articles parus, que c’est le patron de la commission, de Bernardinis, qui aurait soit-disant déformé les conclusions de ladite commission : il ne s’est pas contenté de dire « on ne sait pas » , au contraire il a affirmé qu’il n’y avait pas de danger !!! Ca fait quand même une grosse différence, non ???
        Et puis m… alors, après cette annonce -mensongère d’après leurs dires- les « experts » ont-ils réagi ? Non.

        Que ce soit au Japon , en Guadeloupe ou ailleurs, c’est encore l’intérêt, politique et/ou financier, qui a prévalu dans les décisions, et les pauvres clampins impuissants qui ont payé.

      6. @ pasdefil

        Que ce soit au Japon , en Guadeloupe ou ailleurs, c’est encore l’intérêt, politique et/ou financier, qui a prévalu dans les décisions, et les pauvres clampins impuissants qui ont payé.

        Vous parlez du séisme ? Parce que l’on peut faire un copier/coller pour l’économie .

  5. Et pendant ce temps, l’Argentine se remet de la crise qui l’avait frappée sous Menem lequel avait bradé tout le pays. L’Argentine a, depuis, rétablit les alloc, reconstruit des écoles etc.. Ah! au fait, comment ont-ils fait ? Ils ont dit aux créditeurs internationaux: « asseyez vous sur 60°/° de la dette, nous ne les paierons pas » . Puis Kirchner a rétablit (horreur absolue!!) des…droits de douanes!! Oui! Des droits de douanes!! Et comme disait un expert du FMI, nous sommes totalement contre leurs méthodes, mais il faut reconnaitre que ça marche….

  6. Coucou

    N’est ce pas, en termes compliqués, l’annonce du retour de l’inflation, tout simplement ?

    Un aveu d’echec, caché derriere un pseudo coefficient graal ?

    Non, çà doit etre beaucoup plus compliqué que cela.

    Bonne journée

    Stéphane

  7. Et si nous appliquions ce coefficient à l’économie américaine, on arriverait à quelle croissance supplémentaire vu l’accroissement du déficit ?
    J’ai donc des doutes sur l’intérêt de ce débat par rapport à la recherche des raisons qui expliquent ce que peut faire les USA et ne peut faire l’Europe.

  8. La notion de croissance économique est liée à la production, seulement un PIB bio-compatible serait une référence pour la situation des dettes écologiques, qui sont complètement oubliées du débat. C’est un frein au développement ou à la durabilité d’une (et des) espèces sur un territoire.

    La capacité des ressources naturelles a absorbé les quantités de production des activités humaines sont depuis longtemps dépassées, avec des disponibilités de ressources renouvelables qui diminuent de plus en plus, et qui sont obligatoire pour qu’une espèce puisse vivre et créer des démarches d’avenir (empiriquement). Les problèmes écologiques sont vitales dans une société, indissociable de son fonctionnement, et permets de créer les conditions pour organiser la production afin de les conserver.

    L’étude de l’économie ne repose pas que sur les industries ou la finance, ou le comportement des consommateurs, celà va concerne aussi l’environnement et le climat qui sont des données écologiques liées à la production (à court-moyen-long terme). Le fait qu’une situation économique soit en forte croissance, ne représente pas une idée globale de la situation de vie ou du niveau de vie sur la planète, qui se calcule aussi sur les ressources naturelles disponibles sur des projections futures, le climat avec le réchauffement qui aura une influence sur les récoltes alimentaires et les migrations de populations.

    L’ île de Pâques est un exemple de économique, de l’obligation de prise en compte des capacités renouvelables d’un territoire pour conserver ses capacités de production et de survivance, et cet indicateur est encore marginalisé (médiatiquement dans les indicateurs économiques) alors que la situation est alarmiste.

  9. Même un coefficient de 0.5 ne signifie-t-il pas déjà que toute politique d’austérité est inique ? Car il implique un accroissement du chômage et donc de la misère. Car on fait payer au plus pauvres aux plus innocents les erreurs des plus riches, des plus immoraux.

    pour moi, les gouvernements actuels ne font pas de politique d’austérité pour rembourser les dettes, mais dans une mentalité de revanche sociale, de destruction des avantages sociaux pour revenir à l’époque de Dickens où la pauvreté est une preuve de criminalité.

    P Jorion l’avait déjà dit, s’il faut vraiment rembourser les dettes, alors il faut faire payer les riches, imposer très fortement les profits et les fortunes. Je suis sûr que si on mène une politique d’austérité suivant ce principe alors on trouvera un coefficient inférieur à 0.5 et il sera certainement même négatif !

    1. Ha Ben tiens , larouturou vient de faire ses calculs , il tombe lui,aussi sur une hausse du chômage de plus d’un million fin 2013
      http://www.dailymotion.com/user/PartiSocialiste/subscriptions/2012-10-28/1:100?mode=playlist&from=email_subscriptiondigestusers&utm_source=Email&utm_medium=Email&utm_content=SubscriptionDigestUsers&utm_campaign=Alert-SubscriptionDigestUsers#video=xuneyt

      Si rien d’éfficace n’est fait dans les mois qui viennent …

  10. Et le Séraphin de passer pour un Lampiste ?
    La ZE Quouestion en ce bas monde, la seule qui vaille finalement, est : qui détestez-vous le plus entre Rastapopoulos, le général Tapioca, Carredas, la Castafiore ou Séraphin Lampion ?
    Moi qui n’aime ni les fâcheux ni les assureurs j’y ai répondu très tôt. Et je m’y tiens.

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