L’actualité de la crise : UN RECUL DANS L’ORDRE… DES CHOSES, par François Leclerc

Billet invité.

Hier présenté comme la seconde étape de la solution assurée à la crise, le projet d’« union bancaire » bat de l’aile sous les assauts répétés du gouvernement et des représentants des banques allemandes. Le rôle central de la BCE dans la supervision du système bancaire européen est certes formellement maintenu au fil des interventions publiques, mais il est en réalité dénaturé, au prétexte d’une coordination avec les superviseurs nationaux dont l’articulation fait tout le sel.

Selon la dernière version disponible du document la décrivant – en provenance de la présidence chypriote de l’Union européenne – la BCE ne garderait sous sa supervision directe que quelques grandes banques nationales ainsi que celles ayant reçu une aide financière du MES. Dans cette même logique, il serait question de modifier le nom du dispositif, qui deviendrait « Système européen de supervision bancaire » au lieu de « Mécanisme unique de supervision »…

Mais le recul ne s’arrête pas là. S’adressant à une assemblée de banquiers mutualistes allemands, Mario Draghi vient de leur déclarer que « l’union financière n’impliquera pas la mise en commun des mécanismes de garantie des dépôts, une question qui est comme je le sais une préoccupation dans ce pays. Leur organisation et financement restera sous responsabilité nationale, selon des modalités comparables. » Gerhard Hofmann, l’un des responsables de l’organisation qui regroupe ces 1.100 banques mutualistes, lui a plaisamment répondu : « je suis d’accord avec M. Draghi que nous ne nous pouvons actuellement avoir pour objectif de créer un programme européen de garantie des dépôts », ajoutant qu’il était très important « d’intégrer les superviseurs nationaux dans le système de supervision de l’eurozone ».

Cet abandon des intentions initiales a comme importante incidence de supprimer l’obstacle qui devait empêcher le renouvellement des sorties massives de capitaux, notamment leur refuge en Allemagne !

Quelle surprise ! les deux dispositifs destinés à contenir la crise de la dette européenne – pacte budgétaire et union bancaire – ne sont pas soumis exactement au même régime de surveillance et d’intervention, selon qu’il s’agit de la dette publique ou privée. Dans ce dernier cas, les autorités nationales gardent dans la pratique la haute main sur la supervision de leurs banques et s’assurent que celles-ci n’auront pas à mettre la main à la poche pour créer un fonds de garantie européen.

Quand au deuxième volet de ce fonds européen, le renflouement des banques qui devait être financé par leurs soins, on n’en parle même plus ! Il est vrai que le principe d’aides directes aux banques du MES – c’est à dire par les Etats – a été adopté, quand bien même son application est repoussée à on ne sait quand. Même le très modeste projet de la Commission qui consiste à coordonner (et non pas harmoniser) les modalités des fonds nationaux de garantie des dépôts et à faciliter les prêts entre des dispositifs nationaux d’intervention n’avance pas.

Le projet de relance de l’intégration européenne est mal parti. Prochains épisodes à suivre : la transposition européenne de la réglementation Bâle III et les avatars du projet de séparation des activités de marché et de dépôt des banques, une fois qu’il aura été passé à la moulinette. Le projet français sera présenté au conseil des ministres le 19 décembre prochain.

Heureusement, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles à annoncer. « La guerre est finie, on repart de l’avant, on croît » s’est hier exclamé Lars Machenil, le directeur financier de BNP Paribas, au cours d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers tenue sur le thème « Nous sommes totalement de retour aux affaires ! ». Le cours de l’action a immédiatement grimpé.

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19 réflexions sur « L’actualité de la crise : UN RECUL DANS L’ORDRE… DES CHOSES, par François Leclerc »

  1. http://www.youtube.com/watch?v=ERzNIzrEnLg

    Rumer – Aretha

    Vous remarquerez que sous la bannière d’un individualisme frelaté, on on inflige des pactes, des chocs et de efforts collectifs à faire, donc on nage en plein paradoxe. Il se trouve que la crise est un boomerang du retour à un esprit collectiviste (ou comment l’appeler) qui écrase les individus, au point où l’individu ne peut plus créer, ni aimer, si ce n’est pour se révolter. La poésie ne peut pas fleurir en ce moment. Tout élan vers le sublime se heurte à la triste réalité qui n’est que maintenue artificiellement et absurdement.

    On en appelle à l’esprit de sacrifice pour sauver le système individualiste. Il faut être conscient du fait qu’on n’a que 2 choses à faire, accepter ou se révolter… tout geste et toute pensée deviennent plus ou moins politiques, ce en quoi il reste peu de place pour l’individu et c’est ce que je ressens, de façon écrasante….

  2. La bonne nouvelle, ce sont des grèves générales coordonnées
    le 14 novembre (mercredi prochain) dans plusieurs pays d’Europe.

    En France, le mariage de la majorité avec le MEDEF aurait du mériter
    une réplique à la hauteur des confédérations syndicales.
    Les dirigeants syndicaux et politiciens de gauche
    ne veulent toujours pas s’opposer clairement au gouvernement bourgeois.
    Ils préfèrent négocier des sinécures, en ce moment muncipales…
    Plus fortement que jamais, ils finiront, dans la crise en cours, par se faire déborder…
    En attendant:
    14 novembre : Journée européenne contre l’austérité
    http://www.npa2009.org/content/14-novembre%E2%80%89-journ%C3%A9e-europ%C3%A9enne-contre-l%E2%80%99aust%C3%A9rit%C3%A9

    1. @Charles.A
      Medef représentativité 25% des entreprise France métropolitaine
      Ts Syndicats confondus 7% des salariés
      Il me semble qu’il manque quelques gens pour cet affrontement d’un autre age , remarqué c’est pour s’opposer au gouvernement bourgeois qui a été élu avec moins de 39% des inscrits .Y a pas un problème ?

    2. A charla….
      Le NPA n’a d’autre ambition que d’être un hyper syndicat à la place de ceux existants; que par ailleurs vous critiquez à longueur d’expression; et qui appelle tous les matins à la grève générale depuis les fenêtres des ses bureaux parisiens ; sans succès et sans perspective.

      1. @ Tur

        Restez sur le sujet.
        Etes-vous contre l’appel à une action europénne le 14 ? Pourquoi ?
        Etes-vous contre les acquis de la grève générale de 36 ou contre celle de 68 ?
        Vous ne pensez pas que la grève générale aurait évité une défaite
        face à Sarko à l’automne 2010 ?

  3. En Belgique, ça fait des semaines que l’on cherche à récolter 4 milliards sur le dos des « pauvres » pour « sauver » le pays. Mais, hier, pour « sauver » Dexia, qui n’est même plus une banque (puisque pas Belfius) on emprunte 2,9 milliards (à rembourser par les citoyens) en une seule soirée.
    Faut « sauver » les riches avec l’argent (du travail) des pauvres

  4. Le vote, dans la nuit de mercredi à jeudi, par le parlement grec d’un nouveau plan d’économie suffira-t-il ? Non, à en croire le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble. Alors qu’Athènes fait tout pour voter cette semaine un nouveau plan d’économie et un budget 2013 d’austérité pour rentrer dans les clous de la cure d’austérité imposée par la Troïka (UE, BCE et FMI), et ainsi débloquer une nouvelle tranche d’aide, Wolfgang Schäuble douche ses espoirs. «Je ne vois pas pour le moment de décisions être prises (…) dans les semaines qui viennent» concernant cette nouvelle tranche d’aide, a-t-il déclaré au cours d’une conférence économique à Hambourg.
    Les ministres des Finances de la zone euro se réunissent lundi à Bruxelles pour discuter de la situation financière de la Grèce, qui a besoin d’urgence d’une nouvelle tranche d’aide de 31,2 milliards d’euros pour lui permettre notamment d’honorer un remboursement d’emprunt le 16 novembre et ne pas être en défaut de paiement. Dans la nuit, le parlement grec a voté d’extrême justesse une loi prévoyant 18,1 milliards d’économies d’ici à 2016.

  5. Il faudra des decénnies pour s’en remettre. La table de correspondance des valeurs a été brouillée. En fait les lois économiques qui attribuent une valeur ne sont pas les lois humaines, ce qui fait que la notion de valeur elle-même se brouille. Le prix du travail ne doit pas dépendre du prix du marché, mais de normes sociales, car elles seules sont légitimes. On confond une usurpation de la valeur par le marché avec la valeur « réelle », attribuée par la société, non fluctuante et intriquée dans un tissu de normes formant un tout.

  6. Afin de rire un peu (les occasions manquent en ce moment) je conseille la lecture de ce billet dans lequel les têtes à claques néo-cons à la française se laissent emporter par leur amour envers Mitt Romney.

    http://www.liberation.fr/monde/2012/10/18/pourquoi-romney-doit-gagner_854230

    Ce que je trouve hilarant c’est lorsqu’ils raillent le bilan d’Obama (pour qui je n’ai pas la moindre sympathie d’ailleurs) avec des arguments qu’ils oublient d’appliquer lorsqu’ils parlent de celui de Sarkosy, se faisant ainsi les champions toutes catégories de l’argumentation à géométrie variable. digne du « Parti Libéral Démocrate » auquel ils se vantent d’appartenir.

    1. En 1980, Ronald Reagan est arrivé et l’Amérique a redémarré, son économie s’est renforcée et l’URSS s’est effondrée.

      « Je vais me enfler,je vais souffler, et la maison va s’effondrer ! »

      http://www.youtube.com/watch?v=_VBFxFxB-Mw

      Paroles d’Obama pendant la campagne :

      « Oh…J’ai cru voir un Rom(i)ney…….Ma oui, ma oui…J’ai bien vu un Rom(i)ney ! »

    2. On en reparle dans 4 ans et demi pour faire le bilan de F. Hollande, d’accord ? Enfin, s’il n’a pas été raccourci entre-temps par une jacquerie.

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