L’actualité de demain : NOUVEAU DÉCOR, MÊME SCÉNARIO, par François Leclerc

Billet invité

Avec l’émergence de désaccords publics au sein de la Troïka, cet assemblage de circonstance, ainsi qu’entre le gouvernement allemand et la Commission européenne, le fond du prochain décor est mis en place. D’un côté le FMI prend de plus en plus ses distances avec la stratégie de désendettement poursuivie – et l’on apprend par Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, qu’il ne participerait pas à de nouveaux plans de sauvetage – de l’autre la Commission tente sans succès d’imposer une vision de l’union bancaire mutualisant le financement des futurs renflouements bancaires (et la plaçant au centre du dispositif) rejetée par le gouvernement allemand.

Le FMI a utilisé l’exemple de la Grèce pour préconiser une nouvelle restructuration de sa dette, après avoir évalué sa solvabilité et conclu qu’un remboursement n’était pas réaliste. Mais cette même analyse ne serait-elle pas également valable pour le Portugal ? Si les chiffres portugais de la dette publique donnent moins le vertige que ceux de la Grèce, ils illustrent cependant la même impasse financière. Les épisodes en cours de la crise politique portugaise anticipent d’ailleurs le retour sur le marché du pays au printemps prochain en conduisant le président de la République à appeler par précaution à des élections anticipées dès le lendemain et à la constitution d’un gouvernement de salut national. Toutefois, dans les deux cas, la même solution se profile qui va éluder toute remise de peine sur la dette et privilégier un allongement du calendrier de son remboursement à la faveur d’une restructuration qui ne dira pas son nom (bien que cela en soit une également). Cela ne fera qu’allonger la durée de la peine pour ne pas trancher, selon un schéma si l’on peut dire éprouvé, et s’inscrira naturellement dans ce qui a été déjà annoncé : au doigt mouillé, une décennie de désendettement et de récession plus ou moins larvée pour l’Europe.

Le commissaire européen au marché intérieur Michel Barnier vient d’activer le débat sur l’union bancaire avec des propositions de « conseil de la résolution » et de « fonds de résolution ». La BCE ayant en charge la surpervision des banques (avec les autorités nationales), un mécanisme de renflouement ayant été dans ses grandes lignes décidé, il s’agit maintenant de définir qui va prendre les décisions et comment elles seront financées, une fois les actionnaires et certains créanciers mis à contribution (formule du bail-in). Après avoir disparu, un fonds européen réapparaît ! Il serait destiné à réunir en dix ans 60 milliards d’euros environ grâce aux cotisations des banques, et est susceptible en attendant d’emprunter sur le marché avec la garantie d’actifs des banques ou de leurs cotisations à venir. Cette proposition heurte le gouvernement allemand qui veut que le processus reste national et s’oppose à ce que ses banques participent au renflouement des autres, au prétexte contesté que cela impliquerait un très long processus de changement de traité.

Avec le refus de toute décote de la dette et de la mutualisation transnationale du renflouement des banques, tous les éléments de la poursuite de la crise sont réunis. Les États ne peuvent voir leur endettement allégé et risquent au contraire de le voir augmenté, afin de financer leurs banques nationales si besoin. Car c’est à cela que risque pratiquement de revenir la position défendue par le gouvernement allemand, si l’on considère dans ses subtilités les principes du mécanisme de renflouement des banques qui doit encore être adopté par le Parlement européen. Il y a bien une alternative : elle consiste à continuer de masquer l’état du système bancaire, mais elle aura également comme conséquence de faire durer la crise dans sa dimension économique !

Il est toujours réconfortant d’entendre un banquier central. C’est le cas de Benoît Cœuré, qui a aujourd’hui confirmé, d’abord à l’intention des marchés, que les taux de la BCE vont rester très bas « pour une période prolongée », puis à celle des États, que les réformes « ne peuvent pas être étalées sur une longue période », afin dit-il « d’élargir les opportunités d’investissement ». Car avec tout cela, la promesse de la relance ne doit pas être oubliée…

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