Parti de Gauche : Colloque sur le coût du capital, le 23 novembre 2013

En novembre dernier, j’intervenais sur le coût du capital à l’invitation du Parti de Gauche. La vidéo se trouve ici.

Le Parti de Gauche a eu la bonne idée de vouloir faire un livre de toutes nos interventions. J’ai reçu du coup la transcription de la mienne, qui servira à rédiger un texte, plus proche de la forme écrite.

Une vidéo, c’est bien pour ceux qui ont la patience de passer 37m51s devant leur poste. Si vous préférez quelque chose à lire, le voici.

 

Le 23 novembre 2013

Merci, merci. Bien, je vais embrayer directement sur les questions qui ont été posées. Par exemple, sur le capital et la rémunération du capital : est-ce qu’elle doit être minimale ?

Il faut d’abord faire un retour en arrière : cette question-là est une question qui est centrale aux débats qui ont déchiré la Première Internationale (1864 – 1872 ; qui réunissait socialistes, anarchistes, et communistes marxistes), de savoir quels sont véritablement les facteurs qui sont impliqués dans la production et la distribution, et comment les rémunérer.

Et là, vous le savez sans doute, il y a deux options : il y a deux courants qui sont deux courants distincts et qui aboutissent à des conclusions différentes.

Je vais appeler le premier courant, le courant ricardien, c’est-à-dire le courant initié par David Ricardo (1772 – 1823), qui donne quelques bonnes idées à Karl Marx (1818 – 1883), bien qu’il soit essentiellement un banquier et un spéculateur, et qui introduit cette idée qu’il n’y a, en réalité, que du travail, et que le capital, c’est du travail condensé, et que par conséquent, il n’y a pas de nécessité de rémunérer le capital en tant que tel. Alors ça, c’est la vision que Marx va reprendre, et qui sera la représentation fondamentale je dirais, et sous-jacente à l’ensemble des courants marxistes.

Il y a aussi les autres courants : il y a des courants que j’appellerai de type socialiste-anarchiste – et puis, vous savez, au départ, il y en a encore d’autres qui s’appellent d’autres manières, comme collectiviste, solidariste… –, et ceux-là envisagent que le capital est un ensemble de ressources qui doivent être mobilisées, par exemple, dans la production.

Alors, le schéma fondateur, c’est le schéma du métayage. Il y a trois composants, je dirais, dans le métayage : il y a le propriétaire d’une terre qui ne va pas la travailler lui-même, il va la mettre à la disposition de celui qui sera prêt à partager une partie de la récolte qui sera faite avec lui – et c’est ça le contrat de métayage, qui est un contrat « à la part » : c’est-à-dire qu’une part sera donnée au propriétaire, une part sera donnée à celui qui aura véritablement travaillé la terre – et, dans la situation d’une métairie où il y a du travail à faire qui ne sera pas simplement celui du métayer à proprement parler, il va embaucher des journaliers, et ces journaliers, il va les payer uniquement à la journée, c’est-à-dire simplement en fonction du travail effectué, indépendamment de la ressource qui aura été créée, de la moisson. Dans la notion de métayage, il y a fondamentalement une notion de partage du risque. C’est-à-dire que, quand la moisson sera faible, si le contrat est un contrat fifty-fifty, eh bien il y aura la moitié pour le propriétaire et la moitié pour le métayer, qui s’arrangera lui à distribuer une partie de la richesse créée à des journaliers. De même, quand la moisson aura été exceptionnelle, il y aura un profit supplémentaire pour le propriétaire, parce que s’il y a partage du risque, il y a aussi partage de la ressource créée.

Donc, ça, c’est le cadre général. C’est un cadre qui existe encore : par exemple, c’est un cadre qu’on voit dans la pêche artisanale à peu près partout dans le monde. On va partager en fonction des ressources qui ont été avancées dans le processus de production. Et dans certaines situations que j’ai connues sur des plages africaines, par exemple au Sénégal, ou dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, on va avoir un partage très élaboré : il y aura une part pour le capitaine de bateau, des parts pour les membres d’équipage, une part pour le propriétaire du moteur, une part pour le propriétaire des filets, et ainsi de suite.

C’est un très très vieux schéma, ce schéma du métayage, et c’est à partir de là qu’est venue, qu’a dérivé une grande partie des principes de redistribution de la richesse dans nos sociétés.

L’actionnaire a pris la part du propriétaire, qui fait des avances parmi plusieurs types d’avances. La confusion actuelle entre propriétaire et actionnaire, elle vient de là : elle vient du métayage, où il y avait – comment dire ? – identité, confusion entre deux fonctions : celle de propriétaire et celle de celui qui va recevoir une part sans avoir jamais apporté du travail.

Alors, deux conceptions : la conception marxiste qui est que le capital est du travail, du travail condensé, coagulé ; autre conception, qu’on va trouver essentiellement chez les socialistes et chez les anarchistes : il y a une part d’aubaine qui est la part qu’apporte la nature, comme pluie, comme vent, comme le fait que les grains poussent quand on les plante. Ça, c’est une part qui n’est pas du travail : c’est une part qui vient, spontanée, ce sont des aubaines, comme dit Proudhon, ce sont des choses qui nous sont offertes. Alors, dans ce cadre-là, la question va se poser de comment est-ce qu’on se partage les aubaines ?

Vous savez, aussi, dans le cadre marxiste typique, la fonction de direction de l’entreprise, l’entrepreneur n’est pas considéré comme faisant lui aussi une avance d’un type particulier : il n’y a que la part de son travail à proprement parler qui doit être rémunérée. Or Proudhon ajoute, dans cette logique d’aubaines, de choses qui nous viennent naturellement, un élément supplémentaire : c’est l’aubaine due au travail collectif. L’exemple que Proudhon donne, c’est celui d’ériger l’obélisque sur la place de la Concorde : deux cent zouaves érigent la colonne en une heure ; un zouave, payé pendant deux cent heures, serait incapable d’ériger la colonne. Cette part là, cette aubaine là, elle est confisquée par la direction, alors qu’en fait c’est une contribution de type collectif.

Alors, dans la logique des avances, et dans la logique du métayage, on voit bien que (si on met entre parenthèses la question de le légitimité ou non de la propriété privée) il y a en arrière-plan le fait, ou non, que la propriété privée soit légitime, qu’il y ait un propriétaire, qui va engager un métayer, qui recevra une rémunération pour ce qui est apporté là : si on regarde simplement le grain qui est mis en terre : il va pousser, il va y avoir un certain nombre de grains sur l’épi qui va être produit. Disons qu’il y ait vingt grains qui sont produits sur un épi, à partir d’un grain qui a été planté : il va y avoir remboursement de certaines de ces avances, il va y avoir, comme on l’a dit tout à l’heure, un surplus. Et ce surplus ne s’identifie pas au profit, comme effectivement ça a été dit : ce surplus, c’est un surplus qu’on va pouvoir se partager.  Et on va le partager de manière traditionnelle, en fonction des avances qui ont été faites.

C’est-à-dire qu’en fait, il y aura une partie qui viendra comme gain du capital, comme récompense du capital. Mais il faut bien voir que c’est une richesse supplémentaire. Et dans le cas du métayage, on voit bien que cette richesse supplémentaire n’a pas été produite uniquement par du travail, mais aussi par les aubaines – l’« ébullition de la nature », comme dit Georges Bataille : le fait que nous vivons dans un monde qui nous aide de ce point de vue-là –, que, d’une certaine manière, le grain va pousser tout seul, grâce à l’action de la pluie, du vent, du soleil, et ainsi de suite.

Alors, selon qu’on se place dans la perspective marxiste ou dans la perspective que j’appelle « socialiste-anarchiste », le problème se pose en des termes différents. Et on voit tout de suite que l’approche socialiste-anarchiste va pouvoir offrir, comme débouchés possibles, des schémas de type « participation » – comme là, dans la motion qui est proposée ce soir, que j’ai là – où, comme je viens de le réfuter en réalité, on fait d’une certaine manière du travailleur également un actionnaire de l’entreprise, c’est-à-dire qu’on ne remet pas en question véritablement la notion de propriété privée sous-jacente aux avances faites à l’entreprise sous forme d’achat d’actions, mais on permet au contraire aux travailleurs d’entrer dans ce monde-là.

Ce que je viens de dépeindre, c’est le cadre général. Dans ce cadre général, on le voit, le paiement d’intérêts ou le paiement de dividendes, dans une logique de propriété privée, ce n’est pas nécessairement une spoliation parce que c’est le partage d’une nouvelle ressource qui est apparue : c’est une richesse supplémentaire qui a été créée. Donc, dans cette logique-là, il n’y a pas nécessairement spoliation si le capital est rémunéré.

Quelques remarques à ce sujet-là. Vous connaissez peut-être l’expression – parce qu’on l’emploie souvent dans les journaux en ce moment – , la proposition de Keynes d’« euthanasier le rentier » ? La compréhension de cette notion a tout à fait été dévoyée. On vous dit : c’est l’équivalent de parler de l’inflation, une proposition faite en réalité beaucoup plus tard par Milton Friedman, qui était un adversaire farouche du keynésianisme. Or Keynes ne parle d’« euthanasier le rentier » qu’à un seul endroit : c’est dans le dernier chapitre de sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), là où il parle des conséquences de sa théorie. Il appelle ça, ce chapitre, « les conséquences sociales de certaines choses que j’ai exposées dans mon livre ». Ça veut dire une seule chose chez Keynes, c’est la chose suivante : c’est la manière d’opérer une transition vers le socialisme. Parce que, contrairement à ce qu’on nous répète aussi, que Keynes n’était pas socialiste… si, il était socialiste ! Il y a des tas d’anecdotes, des tas de choses allant dans ce sens-là… Par exemple : il est dans une réunion avec le premier Premier ministre labour, du parti travailliste, et il offense celui-ci en disant : « Il n’y a que moi de socialiste dans cette salle ! » – c’est une remarque qui sera rapportée par quelqu’un qui se trouvait là.

Qu’est ce qu’il propose ? Lui, ce qu’il propose, c’est de réduire au maximum le gain du capital, comme cette part dont je viens de parler, comme la part qui vient comme récompense de la ressource qu’est l’apport en capital.

Alors, quel est le moyen que Keynes propose pour faire diminuer, ou même disparaître de manière tangentielle, de manière asymptotique, ça ? C’est qu’il n’y ait plus de rareté du capital. C’est-à-dire que, ce capital – essentiellement l’argent qui manque pour une certaine tâche de production, de consommation ou de distribution – , qu’il cesse d’être rare, c’est-à-dire qu’il cesse de devoir être récompensé quand il est apporté.

Alors, quel est le moyen pour faire ça ? C’est une redistribution tout à fait égalitaire des ressources à l’intérieur de la population, qui fait que s’affaiblisse le rapport de force en faveur de celui qui apporte le capital. Si ce capital a cessé d’être rare, par conséquent, il cesse d’être rémunéré, ou est rémunéré de manière tout à fait résiduaire. Et il ne reste plus, à ce moment-là, dans le taux d’intérêt qui est réclamé, il ne reste plus qu’un seul élément : c’est la prime de risque. C’est le risque statistique que la personne, l’institution, qui aura emprunté ne soit pas en position de pouvoir rembourser la somme. C’est-à-dire que c’est une fonction purement résiduaire, de type assurance contre le risque dû aux aléas de la vie, ce que Keynes appelle les animal spirits, les esprits animaux – le fait que nos comportements et leurs conséquences ne sont pas entièrement prévisibles.

Alors, élément supplémentaire, qui est un élément adventice, annexe, qui n’a en fait aucune raison d’être associé à cela, mais qui est tout à fait présent dans nos sociétés, c’est l’élément spéculatif.

Moi, vous le savez peut-être, je propose de manière systématique qu’on revienne à la loi de 1885, en France, qui interdisait la spéculation. On me dit souvent : « La spéculation, ça a toujours existé ». Ce n’est absolument pas vrai : c’était interdit en France jusqu’en 1885.

On dit : « C’est très difficile de définir la spéculation ». Ce n’est pas vrai non plus : il y avait cinq ou six articles en tout, dans la loi, pour interdire la spéculation.

Je vous le dis, ce qu’il faut faire pour interdire la spéculation : il faut simplement dire, au pénal : les paris sur les fluctuations de prix, à la hausse ou à la baisse, sur les titres financiers, sont interdits ; et mettre, au civil, une loi qui est ce qu’on appelle l’exception de jeu, et qui date, en France, de François 1er. L’exception de jeu dit : la personne qui s’estime lésée à la suite d’un pari ne peut pas se tourner vers la loi pour demander restitution. Voilà, c’est très simple.

Alors, qu’est ce qui s’est passé ? Comment est-ce qu’on a changé ça ? On a dit : si un pari peut être redéfini comme étant en réalité une opération financière, il ne tombe plus sous l’exception de jeu. C’est-à-dire : on change la définition du pari pour en exclure l’opération financière.

On me dit : « Oui, mais le système ne peut pas marcher en réalité sans la spéculation, parce que ça apporte la liquidité ! » Alors je dis : dans la période qui a conduit – je ne sais pas… – de 1800 à 1885, est ce que vous croyez véritablement que le capitalisme ne pouvait pas fonctionner ? Non. D’une certaine manière, c’était l’âge d’or du capitalisme. Le capitalisme n’avait pas besoin de la spéculation, absolument pas, il n’en avait pas besoin. Pourquoi est-ce qu’elle est venue ? Par du lobbying, comme on dirait maintenant, du lobbying sur un très grand nombre d’années, sur des dizaines d’années.

Les lois sur la spéculation ont été abrogées. La spéculation est passée relativement inaperçue : pourquoi ? Parce que  nous nous lancions, à cette époque-là, la même année : 1885, dans la colonisation, dans l’exploitation de l’Amérique du Sud, de l’Amérique du Nord – qui était pratiquement vide et dont on a chassé les habitants qui se trouvaient là –, de l’Afrique, de l’Asie, et cætera, dans ce que Lénine appelait « le stade ultime du capitalisme : l’impérialisme ». Donc, cet impérialisme, cette exploitation éhontée du tiers-monde, a fait que la spéculation est passée relativement inaperçue.

Dans le monde dans lequel nous sommes maintenant, où les ressources sont épuisées, la spéculation tue la bête : elle est trop importante – appelez ça la financiarisation, c’est la même chose. En 2006, vous le savez peut-être, la part de la finance dans le PIB, aux États-Unis, représentait 40 % du total.

Chose, donc, absolument nécessaire, à mon sens : revenir à l’interdiction de la spéculation.

On parle maintenant de séparation des banques, de type Glass-Steagall Act aux États-Unis – loi votée en 1933, abolie en 1999. Il n’y a, à mon sens, aucune raison de simplement séparer les établissements financiers qui font de la spéculation de ceux qui n’en font pas. Ils ne seront pas moins nocifs pour cela. Ils ne pourront plus utiliser l’argent qui est sur les dépôts, sur les comptes-courant, comme ça a été fait de manière très scandaleuse en 1929, mais c’est tout. Mais c’est tout ! Il faut revenir à l’interdiction de la spéculation.

Alors, quand on dit ça, il faut savoir que, comme cet argent de la spéculation peut représenter jusqu’à 40 % des crédits accordés, il ne suffit pas de l’interdire, parce qu’il y aurait des ressources en quantités extraordinaires qui seraient réinjectées dans l’économie et comme on le sait, elles iraient se placer dans l’immobilier, multiplieraient le prix des maisons par dix, et des choses de cet ordre-là. Il ne faut envisager une mesure de ce type-là que si on a abrité, si on a protégé, des secteurs entiers pour empêcher, par exemple, que le logement soit affecté.

Alors, dernier point que je voudrais mentionner : Sismondi.

Simonde de Sismondi (1773 – 1842), un Suisse, un des inspirateurs de ce que Marx appellera ensuite le socialisme utopique. Il écrit dans les années 1800-1810 ; c’est l’époque du grand progrès de la machinisation. Il voit des ouvriers remplacés par des machines. Il voit les luddites, qui vont casser les machines quand on veut les introduire dans leur entreprise… Que disent les luddites ? « Nous n’en bénéficierons pas, de cette introduction de la machine. » Et ils ont raison : l’introduction de la machine représente la disparition du travail.

Que dit Sismondi ? « Toute personne, tout travailleur, qui est remplacé partiellement ou totalement par une machine, doit recevoir à vie une rente sur l’argent qui est produit par la machine ». En termes modernes, on appellerait ça la redistribution des gains de productivité.

Or, qu’est ce qui se passe, maintenant ? On le sait : un ouvrier est remplacé par une machine, par un robot, par une machine-outil, et cætera… On le fout dehors et on lui dit d’aller se pointer au Pôle Emploi, et on le culpabilise parce qu’il a été remplacé par une machine, en lui disant que c’est son problème.

Alors, un mot pour les petites et moyennes entreprises : on les culpabilise, elles aussi, parce qu’il faudrait qu’elles créent des emplois… On leur confie, à elles aussi, de résoudre ce problème, qui est un problème général de société, qui est le fait que nous avons voulu nous remplacer nous-mêmes par des machines – pour de bonnes raisons : parce qu’il y avait du travail extrêmement dangereux, parce qu’il y avait du travail avilissant, parce qu’il y avait du travail abrutissant. Mais la question n’a pas été résolue.

Quand j’étais gosse, on parlait de l’an 2000 – on était en 1950… On parlait d’un an 2000 où nous serions remplacés par les machines, et nous travaillerions moins : nous irions à la pêche, nous nous occuperions de nos petits-enfants… Or ce n’est pas ça qui s’est passé : le principe que proposait Sismondi a été ignoré : ces gains de productivité extraordinaires, ils ont été distribués en dividendes démultipliés et en multiplication des salaires les mieux payés à l’intérieur des entreprises. Un chiffre que vous connaissez sans doute : monsieur Henry Ford, dans les années 1910, dit : « Je gagne quarante fois autant que l’employée de mon entreprise la moins payée ». Maintenant, à l’échelle des entreprises mondiales – je ne sais pas, les cinq cent premières –, le chiffre est le suivant : le mieux payé de l’entreprise est payé quatre cent cinquante fois mieux, non pas que le moins bien payé, mais que le salaire moyen dans l’entreprise !

Est-ce que c’est une simple curiosité, l’évolution qui a eu lieu là ? Bien sûr que non. Ça coûte très cher ! On dit : « Oui, mais si on distribuait ça parmi les employés, ça ne ferait aucune différence ». Absolument pas. Il faut faire le calcul : ça ferait une énorme différence, parce que ces disparités se répercutent à tous les échelons de la hiérarchie.

Alors, au lieu d’avoir laissé ces gains de productivité être confisqués par les actionnaires, sous forme de dividendes, et par les dirigeants des entreprises, sous forme de rémunérations extraordinaires, ces gains de productivité devraient être redistribués, soit dans une logique où il n’y a que du travail, y compris quand c’est sous la forme de capital, soit dans une logique où le travail est la donnée fondamentale à l’intérieur d’une entreprise mais où les aubaines jouent elles aussi un rôle essentiel, même si ce travail est maintenant effectué par une machine. Et dans ce cas-là il faut qu’il y ait, si vous voulez, la trace de ce travail qui avait été fait par un travailleur, et qui est maintenant effectué par la machine qui a remplacé le travailleur.

Alors, je vais m’arrêter là. De là, on pourrait déboucher encore sur un tout autre type d’approche en disant : il faut déconnecter entièrement la question des revenus du travail et passer à une allocation universelle, distribuée à l’ensemble de la population, etc. Mais là, on sortirait véritablement de la question du capital et donc je ne voudrais pas me lancer là-dedans aujourd’hui.

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