Écosse : Un concentré de contradictions, par Michel Leis

Billet invité.

Le référendum sur l’Écosse se termine sur une sensation d’inachevé, il laisse une sensation mitigée entre le regret de ne pas avoir vu les lignes bouger et le soulagement de ne pas avoir à donner du grain à moudre aux revendications nationalistes de tout poil.

Inachevée, cette défaite du « oui » face à un « non » qui portait haut toutes les certitudes du « TINA ». Certes, le score du « oui » est honorable, bien supérieur à celui que lui donnaient les sondages il y a encore 3 mois. Il n’empêche, les électeurs ont encore une fois illustré cette peur de l’avenir qui constituait la trame d’une polémique ancienne sur ce blog entre Al et moi : « Craintifs invétérés vs Créatifs vertébrés». Pour rester dans cette discussion, il me semble que le flou qui régnait sur une partie du programme des indépendantistes écossais n’a pas aidé à construire une alternative crédible, indispensable pour obtenir un basculement par les urnes. Il ne s’agit pas ici de dire qu’un « TINA » doit s’opposer à un autre « TINA », juste de montrer au travers d’une construction suffisamment précise qu’il existe d’autres alternatives tout aussi crédibles.

Inachevée, cette mobilisation d’une grande partie de la jeunesse en faveur de l’indépendance. Les plus jeunes ont voté à 71% pour l’indépendance quand les plus de 65 ans ont voté à 73% contre. Autrement dit, les plus âgés ont décidé pour un futur qui ne leur appartient pas, la préservation des intérêts à court terme (leurs retraites) prévaut sur les intérêts à long terme. C’est ce que montre aussi la large victoire du non dans la capitale pétrolière (Aberdeen 59%) et financière (Edinburgh 61%). Ceux qui s’enthousiasment sur cette mobilisation des jeunes et qui espèrent qu’elle laissera des traces doivent se rappeler que la mobilisation fut grande aussi pour les « Indignados » ou le « Occupy Wall Street », avec la suite que l’on sait. À un certain moment, il devient difficile de concilier le « struggle for life » et l’esprit combatif nécessaire aux grandes luttes.

Sensations mitigées, car ces élections illustrent des tendances contradictoires qui interrogent toute tentative de construire un programme alternatif. Le contenu social du programme écossais ne doit pas cacher l’essentiel : promouvoir un État social et un État providence réduit au pré carré d’une nation écossaise, c’est vouloir partager les fruits de la prospérité entre soi. En ce sens, le mouvement indépendantiste écossais ne diffère pas sensiblement d’autres mouvements nationalistes que l’on voit triompher ici ou là. La ligue du nord, la NVA ou les Catalans veulent avant tout ne pas partager avec les autres les fruits de leur prospérité relative. Peu importe au fond si les programmes politiques reflètent des tendances opposées, du libéralisme le plus affirmé comme la NVA flamande, dont les liens avec le VOKA (l’équivalent du MEDEF français) sont de notoriété publique jusqu’au nationalisme écossais beaucoup plus social. Ce qui se retrouve comme une constante dans toutes ces revendications nationalistes, c’est une forme d’égoïsme des nantis qui veulent conserver leurs privilèges pour eux seuls et ne plus avoir à payer pour des régions moins favorisées. En ce sens la mobilisation de toute la classe politique anglaise était prévisible, la rente pétrolière est tout aussi indispensable pour l’Angleterre que pour l’Écosse. La demi-victoire obtenue est aussi une demi-défaite, les avantages concédés vont pousser d’autres partis nationalistes à mettre encore plus de pression pour obtenir, sinon l’indépendance, du moins encore plus d’avantages.

Mitigées, car le retour du nationalisme dans le paysage politique interpelle. Il renvoie à une articulation complexe entre l’idée de Pays, d’État et de Nation. Je ne veux pas ici simplifier à l’extrême le débat, mais il convient de préciser le sens des mots employés dans ce contexte pour comprendre une partie de ces enjeux. Le pays renvoie à un concept centré sur le territoire, qui peut être indépendant de l’organisation politique (ne parle-t-on pas dans les régions du pays de … sans que celui-ci ne recouvre aucune division administrative). Les frontières qui définissent un pays peuvent être le résultat de l’action du pouvoir, ou tout du moins de l’interaction du pouvoir avec le pouvoir des pays voisins, mais elles peuvent être de simples limites géographiques naturelles ou ancrées dans la mémoire collective, ne parle-t-on pas du pays de Caux, de Bresse et des centaines d’autres encore ? Nous garderons dans la suite de ce billet l’idée de pays délimités par des frontières plus ou moins reconnues par la communauté internationale. La notion d’État superpose au territoire (le pays) l’organisation du pouvoir politique et judiciaire qui lui est propre. Enfin, la nation renvoie à une notion beaucoup plus complexe qui naît pour l’essentiel dans la seconde moitié du 18e siècle et que l’on pourrait résumer dans la rencontre du territoire, du pouvoir et du peuple. La difficulté, c’est que pour revendiquer une nation dans un contexte ou le pays et l’État n’existent pas encore, il faut objectiver l’idée de la nation, c’est bien sur l’idée d’un peuple partageant une langue, une histoire et une culture commune qui est mise en avant. Sauf que ces critères sont loin d’être aussi objectifs qu’il n’y paraît, les deux derniers siècles nous ont entre autres montré comment l’histoire et la culture pouvaient être malléables quand il s’agit de défendre un objectif de conquête et de justification du pouvoir. De plus, une culture et une langue commune ne disent pas grand-chose des aspirations politiques des individus qui composent ce peuple. L’idée même de nation est un prétexte à bien des dérapages, le peuple peut aisément être associé à l’idée d’une supériorité, la culture (ou la croyance) peut se vouloir hégémonique, les revendications territoriales au nom d’une communauté de langue renvoient aux nombreux prétextes brandis dans le passé pour justifier l’invasion de telle ou telle partie du globe, quand ce n’est  pas l’idée de race qui se substitue à la notion de peuple.

Le nationalisme serait l’expression de la volonté de voir le pouvoir et le peuple s’exprimer d’une seule voix dans le cadre d’un État, Ernest Renan parle d’un « plébiscite de tous les jours », Ernest Gellner d’un « principe qui exige que l’unité politique et l’unité nationale se recouvrent ». Dans une vision optimiste, le nationalisme pourrait être interprété comme une revendication pour un pouvoir de proximité qui s’exercerait par et pour les populations locales. C’est le mot d’ordre des mouvements nationalistes européens, au cœur des forces centrifuges qui s’exerçaient dans l‘empire des Habsbourg avant la Première Guerre mondiale, où les pays périphériques réclament des États nations qui gouvernent dans leurs propres intérêts. C’est paradoxalement le cas en Allemagne où à l’inverse, c’est la parcellisation née du Saint-Empire Romain Germanique qui ne recouvre plus la réalité et la culture commune des citoyens fondée en particulier sur l’emploi de la langue allemande qui n’a jamais été imposée par décret dans le pays. Mais dans ce dernier cas, peut-on mettre de côté les intérêts de la nouvelle aristocratie industrielle pour qui de trop petits états ne permettent pas de construire les infrastructures indispensables à l’industrialisation ? C’est enfin le cas pour les mouvements nationalistes qui ont précédé les décolonisations de la deuxième moitié du 20e siècle et qui ne veulent plus d’un gouvernement contrôlé par des États lointains.

En ce sens, le nationalisme paraît être le déni des tendances initiées par une forme de libéralisme largement influencé par les entreprises dominantes dans la chaîne de valeur. Ces dernières années, le concept de pays est devenu celui d’un espace géographique où le rôle des États doit se borner à construire un espace cohérent, facile à travailler pour les entreprises, si possible pas trop contraignant dans ces règles et dont les frontières sont poreuses, au moins pour les marchandises et les facteurs de production. Des instances communes ont été mises en œuvre pour garantir que ces conditions soient remplies, comme le « Marché Commun » devenu plus tard « l’Union européenne », dénomination beaucoup plus présentable. Les négociations qui se poursuivent tous azimuts montrent que ce combat du grand capital est toujours d’actualité. Il ne faut pas s’y tromper, le libre-échange n’est pas synonyme d’harmonisation. Les variations de fiscalité, de règles sociales, de coûts du travail, de marché et de main d’œuvre, sont autant d’opportunités de profits pour les entreprises dans un système où le coût du transport est très faible. Chaque pays offre une opportunité de marché, d’optimisation fiscale ou de coût de production.

Dans le programme de ces partis nationalistes régionaux, on ne voit jamais inscrit de sortie de l’Europe. Comme dans l’Europe du 19e Siècle, les considérations économiques sont largement présentes. Si la main d’œuvre est souvent bien payée dans ces régions riches, la richesse relative permettrait d’en faire des paradis fiscaux potentiels, d’autant plus que la question de la reprise d’une partie de la dette des pays dont ces régions veulent s’affranchir n’est jamais clairement définie dans les programmes, les clés de répartition évoquées ne prennent jamais en compte la répartition de la richesse, mais d’autres éléments comme la population ou la contribution au PIB (qui ne prend pas en compte l’accumulation de richesse antérieure). Malgré la catastrophe annoncée ici et là au cas où une région parviendrait à ses fins, il est peu probable que le système soit réellement menacé par un tel divorce régional. On ne parle pas de remise en cause de l’ordre existant, juste un léger rééquilibrage des pouvoirs dans le monde politique et économique où des petites entreprises moins internationalisées espèrent tirer leur épingle du jeu. Il n’est pas sûr que la perception qu’en a la population soit du même ordre. Ernest Renan évoque aussi dans ses écrits sur le nationalisme la nécessité du consentement, question très moderne à l’époque où elle est formulée, mais on sait aussi combien le pouvoir de l’argent est efficace dans ce domaine.

Un autre aspect du nationalisme, c’est l’espace de la décision politique.  Un gouvernement qui agit en vue de satisfaire les intérêts d’une nation a peu de chance de prendre en compte les enjeux globaux. On aurait pu être légitimement inquiet dans le cadre de l’Écosse, est-ce que la machine à produire la rente pétrolière n’aurait pas été poussée au maximum de ces capacités, histoire d’entretenir l’illusion de la prospérité ? Est-ce que l’on peut se satisfaire d’aspirations nationalistes quand le bien commun ne connaît pas de frontières ? Peut-on accepter d’autres Fukushima ou Tchernobyl en vertu de décisions qui ne concernent qu’une nation ?

Ces questions sur le contenu et la portée réelle du programme politique valent aussi pour les partis nationaux populistes qui font florès ici et là. Pourtant leur approche est à l’opposé de celle des partis nationalistes régionaux. Ce n’est pas la proximité du pouvoir qui sert d’argument de vente, c’est la coupure qu’ils veulent réaliser avec les instances supranationales qui ont coupé ce qui reste des États de leurs peuples, détruisant ainsi le concept même de Nation. Ils ont construit leur rhétorique sur cette proximité supposée avec le pays réel, leur accès au pouvoir restaurerait une nation fantasmée où le pouvoir gouvernerait en fonction des intérêts de la seule population du pays. Est-ce bien sûr ? La remise en cause de l’internationalisation et de ces méfaits ne doit pas être confondue avec une remise en cause de l’ordre existant et du darwinisme social : ce n’est pas un gouvernement de proximité par le peuple pour le peuple qui est au programme, c’est juste un gouvernement qui se drape d’un discours social pour défendre les intérêts du petit patronat.

On peut comprendre l’idée de vouloir se couper d’institutions qui n’ont agi pour l’essentiel que pour défendre les intérêts des grandes entreprises et de l’accumulation. L’absence de légitimité criante des institutions européennes est-elle une raison de se passer d’une coopération internationale ? Dans un monde où les ressources sont rares et les biens communs menacés, comment un État nationaliste censé défendre l’intérêt de la seule nation va-t-il se comporter quand ces intérêts s’opposeront frontalement à ceux d’une autre nation ? C’est l’un des aspects inquiétants dans ce nationalisme résurgent, il n’a aucune vision sur le bien commun, aucune vision internationale, il rêve de forteresse là où il faudrait penser le futur. Il a sa vérité qui doit être partagée par tous pour fonder la nation qui ne parle que d’une seule voix. Comme le dit Éric Hobswbawm, il « exige trop que l’on croie à ce qui manifestement n’est pas tel qu’il le voit », l’endoctrinement et la pensée critique ne sont pas au programme.

Ce qu’a illustré le référendum en Écosse, c’est que les partis nationalistes sont de natures diverses, ils apportent chacun à sa manière une réponse à la question de « où » et « pour qui » s’exerce le pouvoir. Mais à cette question fondamentale, je doute que la nation apporte une bonne réponse. Au final, ce référendum aura été un précipité de nos contradictions, entre générosité et repli sur soi, entre la tentation de la rupture et nos angoisses d’animaux craintifs et rétifs aux changements. Plusieurs hommes politiques écossais, qu’ils soient partisans ou non de l’indépendance, en ont tiré une conclusion : c’est une occasion perdue pour une génération. Est-ce le destin dont rêvent pour nous tous les ardents défenseurs de l’absence de toute alternative ? Mais est-ce que le retour à l’idée de nation est la bonne alternative ?

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13 réflexions sur « Écosse : Un concentré de contradictions, par Michel Leis »

  1. Est-ce la seule alternative applicable pour ne plus autant participer à « l’argent criminel » ?

    Un retour à l’idée de nation peut-il se faire dans un esprit de « soin » du monde, montrer l’exemple pour ensuite, commercer et échanger plus sainement ?

    1. Malheureusement non, historiquement, l’humain, même sous nation, agit avant tout pour ses interêts, surtout en cas de Crise. Il suffit de se souvenirs de comment, les gens ont agit durant les grandes famines en Europe, dans un contexte de villes, villages ou principauté, pour voir qu’en général, ils agiront pour eux même, tout en évinçant les « étrangers », même si ces derniers viennent du village d’a cotés ou du pays voisins.
      J’ai chez moi un vieux dossier scolaire que j’avais fait sur l’immigration et l’Emigration des Belges par le passé, hors, on vois que même entres pays voisins, cela ne fonctionne pas.
      Ce n’est pas pour rien que les Riches nantis ont une vision biaisée de leurs richesses, arguant qu’ils ne sont pas si riches que cela. Le fait est que pour ceux qui possèdent beaucoups, l’idée que le « gateau » va devenir plus petit, ne leurs plait pas.

      Le retour au nationalisme ne fait que fait que séparer les gens, et c’est tout le problème: la majorité des humains pensent en territoire très restreint, en entre-soi.
      Si on force les gens a accepter l’exterieur ou encore l’etranger, ils vont se montrer très hostile a l’idée en général, sauf si ils ont quelques choses a y gagner.
      Cependant c’est la seule chose viable a faire, mais surtout éliminer la limitation de classes sociales: un riche nantis a littéralement le monde comme foyer, un pauvre non, il sera limité, même si il tente d’aller ailleurs pour travailler et s’en sortir, tout va être une serie d’embuches afin de le faire chuter et l’éliminer du parcours social.
      C’est tout le problème, et il suffit de voir l’exemple de l’Europe pour voir ce qu’il en est: mon pays, la belgique accueille a bras ouvert les riches nantis français, mais pour le populo, c’est différent, pourtant, suffit que je regarde mes années d’infis pour voir que sans les Français, nos classes auraient été très vide (2 francais sur 3 élèves infirmiers par chez moi).
      Pas mal de Français que je connais, me le dise bien, si ils ont des problèmes financiers ou si il y a une seule emmerde financière ou autres, on les invite assez fortement a quitter le territoire.
      Le ferait on pour un millionnaire? Non !
      Hors c’est cette barrière avant toute autres qui pose surtout un vrai problème, les Roms sont l’un des meilleurs exemple: considéré comme des parasites alors qu’ils sont….Européens pour beaucoup !

      On ne peut pas faire penser l’humain actuel en mode mondialisation a cause de toutes les barrières existantes: linguistique, lois nationale ou locale, religion, et j’en passe.
      La seule possibilité d’agir sur un plan mondial et sauver la mise humaine, serait une abolition de toutes les frontières, de toutes les langues (ou inventer un traducteur universel) et de tout les gouvernements pour créer une gouvernance mondiale axée avant tout sur le bien être de la planète et l’accès aux besoins de base pour tout être humain (toit, nourriture, eau).
      Mais cela, je pense que ça n’arrivera jamais…Les gens sont incroyablement grégaire.

      C’est toute la différence entres les hyper nantis (qui ont plus de 5-10 millions sur leurs comptes en banque) et le reste de la population. Cette classe pense sur le très long termes, quasiment sur les génération suivante, là ou la majorité des gens pensent soit au jours le jours, soit seulement a la survie de ses enfants, mais cela s’arrête là. Pourquoi sinon croire que l’histoire ne parle jamais du peuple mais uniquement des nantis et des riches familles? Parce que justement: ils agissent dans le temps longs, contrairement aux gens lambda.
      Si on veux savoir l’histoire des plus pauvres: il faut se pencher sur les mouvements sociaux et les grands bandits des temps passés….qui ne sont jamais évoqués dans l’histoire a moins de profonde recherches.

      Les gens n’agissent jamais ensemble sauf si cela les touches de près, ce n’est pas pour rien que la majorité des gens ne s’inquiète aucunement des signes avant coureurs de guerre, ou encore des signes de soulèvements sociaux, contrairement a la classe du dessus.
      C’est d’ailleurs un élément récurent ces dernières années: beaucoup sentent qu’il y aura des changements, mais ils considèrent que cela ne changera rien, c’est pour eux comme passer d’un roi a une république: cela ne changera rien a leurs sorts, contrairement aux nantis (qui eux trouvent souvent parade aux changements de paradigme et de système de gouvernance).

      Les gens veulent des changements, mais sans perdre leurs conforts, sans perdre leurs avantages, au pire ils font quelques concessions (souvent desastreuse dans l’avenir), mais surtout ils veulent du changement sans avoir a mouiller leurs chemises, et pacifiquement s’il vous plait.

      Pour anecdote, j’ai eu un jour un ado qui m’avait demandé ceci: « pourquoi toute les concertations sociales, grèves et autres ne fonctionnait pas », j’ai répondu tout simplement ceci: « parce que la majorité des gens agissent pour eux même avant l’interêt general et l’interêt des générations futures, mais surtout c’est le fait qu’il n’y a plus de rapport de force face aux hautes classes….parce que l’on a détruit le tissus social populaire, leurs lieux communs et les symboles qui faisaient que les gens se retrouvaient autour de même valeurs ».
      Et on retrouve ce problème dans le tissus social dans la grande majorité des demandes nationales: le repli sur soi n’est pas une solution, c’est même un problème, a cotés de cela, ceux qui ont le plus a perdre dans une nationalisation seront contre, et en général, ce sont les plus riches, hors contrairement aux classes populaires, cette classe a une faculté très évidente de se reunir et d’agir ensemble vers un but commun, ce sans que quiconque ne mène la danse. Et c’est là tout le problème: ils ont une conscience de classe, qui n’existe plus dans les basses classes.

      Voila pourquoi une nationalisation ne peut pas fonctionner: parce que cela ira a l’encontre des intérêts des plus nantis mais surtout parce que c’est une menace simple que de faire peur (comme chez moi, avec les flamands qui veulent la séparation), hors dans bien des cas, et on le vois très bien, pas mal de régions voulant être autonome ne veulent pas prendre ses responsabilités: ils ont trop a perdre aux final, et ils le savent. De plus, si l’on regarde, le but est de proteger ses riches familles, tout en évinçant les plus pauvres vers l’exterieur.
      J’ai pas mal d’exemples de cela en Belgique, ce que ce soit entres communes, dans des villages et ainsi de suites. Et ce même si les personnes n’ont aucune connaissance de la langue.

      Désolée pour le pavé mais fallait que je mettes tout cela en exergue.

      1. Merci pour le pavé : ) , mais que de considérations sur « les gens »!
        Il est dangereux de s’afférer entre pays dans la même erreur, surtout quand de tels rapports hiérarchiques sont à l’œuvre. Et je pense (à tort?) qu’en cas d’urgence, « les gens », qu’on informe, comprendrons l’utilité, non pas d’un timide « retour à l’idée de nation », mais d’une nationalisation.. ..se protéger des extrêmes !

  2. Bonjour,

    Vous terminez votre article par : « Mais est-ce que le retour à l’idée de nation est la bonne alternative ? »

    Or il eût été bien plus productif, me semble-t-il, de poser plutôt la question suivante : « Quelles sont les alternatives à l’idée de nation ? »

    C’est en osant aborder cette question fondamentale que l’on peut étendre le champs de réflexion, comme cela est fait dans cet article intitulé « Confédération mondiale des États-nations » :
    http://www.democratiedirecte.net/Etat-nation.html

  3. Pourquoi penser que le retour à une vraie politique nationale, et pas décidée dans des bureaux de Bruxelles ou de l’OTAN, devrait être inquiétant ?

    Il me semble que dans le cas français, il ne sera jamais possible d’imaginer un total repli sur soi, notamment à cause de la dépendance énergétique.

    A mon avis, il faut baser la question du futur autour de deux axes qui seront impossibles à mettre en oeuvre dans l’union actuelle :

    -autosuffisance. Faire nous même ce qu’on peut faire, en repensant les structures pour en diminuer l’impact écologique. Établir des partenariats d’échanges de productions à long terme. Rétablir une balance commerciale excédentaire. Ne pas chercher à tirer profit des excédents (ne pas vivre à crédit des autres, ni vouloir en faire des débiteurs à vie)

    -politique de plein emploi. Transformer les pole emploi en centres de formation et répartition du travail. Je ne vois pas d’alternative à la destruction progressive du travail que M. Jorion met bien en évidence par l’idée de logiciélisation.

    En tant qu’informaticien libriste, je crois que cet avenir passe par la formation et l’échange de savoirs, la réalisation de projets communs avec des partenaires différents, mais qui bénéficient à tous.

    Je vais prendre un seul exemple. Je pense que la France a une échelle suffisante (en nombre de postes à administrer) pour que son implication dans le développement d’un système d’exploitation libre lui assure à moyen terme un investissement rentable, et une indépendance logicielle, dont pourraient aussi bénéficier les entreprises, les particuliers, et d’autres pays. Une distribution comme Debian, une démocratie de 1000 développeurs qui ont fait en 20 ans un énorme travail grâce à leur constitution (le contrat social), peut être une très bonne base pour créer 2000 (ou plus) emplois qualifiés.
    Enrichir Microsoft, ou se mettre au travail ?

    (Je n’ai que 38 ans, mais il me semble que la position Gaullienne, autant industrielle qu’internationale était autrement préférable à ce bordel actuel)

  4. [précision]
    « la mobilisation fut grande aussi pour les « Indignados » ou le « Occupy Wall Street », avec la suite que l’on sait »
    La suite que l’on sait en Espagne ;
    – Podemos, 4 sièges au Parlement Européen, 3ème parti espagnol (en 4 mois)
    – Plataforma de Afectados por la Hipoteca : 1.100 expulsions évitées
    Par exemple.
    [\précision]

  5. Je me permet de me citer:
    « Le nationalisme (en France on parle de chauvinisme) est l’ arme absolue et gratuite des financiers qui ne se menottent pas de frontières. Si la gauche veut avancer , elle doit relire l’ internationale’ et faire comprendre à l’ouvrier français que son ennemi n’est pas l’ouvrier allemand (ou guatémaltèque..) mais le milliardaire, même français.
    Ne re-tuez pas Jaurès, ne tuez pas l’ Europe, réformez la. ».
    Un exemple récent :
    En 2008, Sarkozy, Merkel & co étaient d’accord: on allait règlementer la finance et les banques !
    En 2014, les lobbys financiers ont gagné: Pourquoi ? Parce que l’intérêt des banques ‘nationales’ a primé sur celui des épargnants européens. En témoigne M Moscovici (ex ministre SOCIALISTE !!) qui privilégie BNP Paribas. Du côté allemand: pas touche à DB. Du côté anglais: la city est sacrée etc..

  6. « Les plus jeunes ont voté à 71% pour l’indépendance quand les plus de 65 ans ont voté à 73% contre.  »

    Tout est là. La pyramide des âges empêche tout changement de taille.

    Concernant le nationalisme et le repli sur soi égoïste, c’est d’avoir fait campagne sur ce thème qui a permis au « oui » de rivaliser avec le « non ». Une campagne sur le thème d’un changement économique structurel de gauche aurait été catastrophique pour les indépendantistes. C’est au contraire dans les régions où les indépendantistes sont le plus à droite sur le plan économique, soit là où il y a le plus d’égoïsme et de chacun pour soi dans leur programme, que les indépendantistes sont les plus puissants et susceptibles de gagner un référendum du genre.

    Contrairement à ce qui se dit ici et là sur ce blog et qui ressort pour moi du wishful thinking pur et simple, la très grande majorité de l’électorat est allergique au changement. Et plus la population vieillit, plus elle sera rétive au changement. Un programme sur les vraies valeurs de gauche (internationalisme, égalitarisme, etc) n’a tout simplement aucune chance de vaincre par les urnes avec une telle proportion de vieux (qui sont souvent aisés).

    1. @ Moi

      Vous avez vu, à mon avis, le point le plus important.
      Mais je me permets une nuance.

      Vous dites :
       » Et plus la population vieillit, plus elle sera rétive au changement. Un programme sur les vraies valeurs de gauche (internationalisme, égalitarisme, etc) n’a tout simplement aucune chance de vaincre par les urnes avec une telle proportion de vieux (qui sont souvent aisés). »

      Mais on peut essayer de changer ça.
      Comment ? Montrer que tout le monde est sur le même bateau et réconcilier les âges.

      Il faut montrer aux retraités qu’avec de possibles politiques de rigueur, leurs retraites, ou du moins leur montant, pourrait être remis en cause.

      Que les vieux se désoladarisent des jeunes n’est pas étonnant dans une société où on met les vieux de côté;
      Pourquoij ? Par peur inassumée de la veillesse et de la mort, le rejet qu’on assume pas s’en prend à des symboles, des gens pris comme symbole en l’occurence, de ce qu’on n’assume pas comme il y en a tant de précédents dans l’Histoire.

      Les gens rejettent qui les rejettent.
      Et leur rejet fait qu’on les rejette encore plus.

      Il faut que les gens soit acceptent la souffrance et la mort, soit non et appuient à fond la recherche.
      Les vieux n’ont pas à faire les frais d’attiudes ambigues.

      Ambiguité qui retombe sur les jeunes et donc l’avenir.
      On se croirait dans le secret de famille qui pollue les gens pendant des générations, et pendant ce temps les plus riches étendent tranquillement leur domination.

      Diviser pour régner ?
      Idiot, ça pourrait se voir et les gens le font très bien tout seul.

  7. Si la réponse apportée par la notion de Nation n’est pas la bonne , c’est peut être parce que la question ne se borne plus à « Où » et  » Pour qui  » .

  8. L’indépendance des régions européennes correspond exactement au concept de subsidiarité tant vanté par les libéraux.

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