Une Grande Dissociation choisie, par Cédric Chevalier

Billet invité. À propos de La Grande Dissociation. Ouvert aux commentaires.

On peut tirer de nombreuses conséquences de l’article sur la Grande Dissociation.

Si l’on maintient un apport suffisant et constant d’énergie et de matière dans le système techno-économique, il apparaît aujourd’hui déjà quasiment certain que les progrès scientifiques et techniques vont mener à ce que le travail de la machine (1) chasse à terme l’essentiel du travail humain, jusqu’à impacter la majorité de la population active. Sauf si l’on en décidait autrement, l’emploi humain disparaîtrait.

Or le lien actuel entre travail humain, emploi et revenu est aujourd’hui en Occident et dans les parties du monde qui s’occidentalisent, la convention sociale qui permet aux individus employés de se procurer les biens et services produits afin de répondre à leurs besoins de base et leurs autres désirs (2). En cas de machinisation complète du travail, ce lien conventionnel ne pourra plus être maintenu. Si nul travail humain n’est nécessaire, qu’est-ce qui va justifier l’octroi d’un revenu ?

À l’extrême, on peut présenter l’expérience mentale selon laquelle un unique capitaliste possède l’ensemble des moyens de production automatisés qui lui permettent de produire autant de biens et services que nécessaire pour répondre aux besoins et désirs de la population. Si cette population est solvable, l’ensemble des revenus de cette production revient au capitaliste, propriétaire de l’outil. Nul revenu n’est plus versé au travail humain. Bien entendu, cela conduit à un paradoxe. Si l’emploi conditionne le revenu du citoyen, alors l’absence d’emploi implique l’absence de revenu et donc l’absence d’une demande solvable et donc l’absence de revenus pour le capitaliste.

Mais si l’outil capitalistique permet réellement de produire l’ensemble des biens et services, alors le capitaliste n’a même plus besoin d’une demande solvable. Le sort, les besoins et désirs de ses congénères peuvent lui devenir indifférents. « Sa » machine produit tout ce dont il a besoin. La « solution finale » en mode actif (éliminer les non-capitalistes, travailleurs obsolètes et prédateurs concurrents sur les ressources de la machine du capitaliste) ou « l’indifférence finale » en mode passif (laisser les non-capitalistes se débrouiller sans machines en s’assurant qu’ils n’ont pas accès aux ressources accaparées) peuvent alors apparaître en perspective pour le capitaliste qui n’a plus besoin de ses congénères. Si « le capitaliste » est un groupe plus ou moins important propriétaire de la « mégamachine capitalistique » mondiale, alors on peut imaginer un monde scindé en deux, entre une élite qui jouit des fruits de sa mégamachine, et une « Sous-Humanité », réduite à subsister par ses propres moyens, et privée d’accès aux ressources majeures, accaparées par l’élite. (3)

Vous aurez remarqué qu’un autre paradoxe est que l’outil capitalistique imaginé est pourtant capable de répondre (équitablement) aux besoins (de base) et désirs (raisonnables) de l’ensemble de la population. (4)

Le remplacement total de l’homme par la machine, poussé à sa limite via cette expérience mentale, conduit à de nombreux paradoxes qui s’opposent aux objectifs spirituels et matériels de l’Humanité toute entière (la liberté et la possibilité de mener une vie bonne selon sa spiritualité ou philosophie). Ce remplacement par la machine, s’il est choisi (est-ce actuellement le cas pour chacun ?), implique donc inévitablement qu’on puisse briser le lien actuel entre travail humain, emploi et revenus permettant d’accéder à la production de biens et services par l’outil capitalistique.

Si un tel outil omnipotent apparaît qui enlève toute nécessité économique au travail humain, il apparaît tout aussi immédiatement que chacun doit pouvoir accéder à une part inconditionnelle de la production totale. Aucune morale ne peut justifier que le mode de satisfaction des besoins et désirs des uns empêche de répondre aux besoins de base des autres lorsque l’outil de production peut satisfaire aux besoins (de base) et désirs (raisonnables) de l’ensemble. Le revenu, droit individuel sur la production totale, serait inconditionnel, universel.

Bref, la redistribution ou plutôt la distribution équitable tout court de la production matérielle et servicielle est la conséquence morale inéluctable de la machinisation extrême. (5)

Mais toute l’hypothèse du progrès de la machinisation repose sur un postulat fort : un apport suffisant de ressources à transformer en biens et services. Si l’apport d’énergie et de matière est rompu, l’artificialisation totale du travail semble plus que compromise. Cette hypothèse de rupture d’approvisionnement en ressources est plausible si l’on considère que les énergies fossiles forment un stock limité (quasi non renouvelé à l’échelle de temps humaine) dont on ponctionne actuellement le contenu à un rythme insoutenable et que des matières sont en passe, pour certaines cruciales, d’être épuisées également.

Dans ce cas de figure, le travail humain (6), thermodynamiquement non consommateur de ressources non renouvelables, redeviendrait économiquement intéressant.

Les limites environnementales pourraient donc rendre impossible la réalisation du fantasme d’artificialisation totale du travail.

Aujourd’hui déjà, l’empreinte humaine dépasse la capacité terrestre. Une décroissance physique, par choix ou par effondrement, semble inéluctable à plus ou moins long terme. Le respect des limites environnementales, dans un contexte d’impossibilité d’artificialisation de l’entièreté du travail de production, conduirait nécessairement à un réacroissement du travail humain dans cette production.

Dans tous les cas, l’Humanité devra fonctionner dans son cadre environnemental ou disparaître. La surconsommation des uns par rapport aux difficultés de survie des autres serait d’autant plus immorale qu’elle serait incompatible avec une répartition équitable minimale de la production mondiale. S’il est possible d’envisager un système économique soutenable supporté par un outil productif entièrement artificiel (fondé sur les énergies renouvelables et une utilisation soutenable des matières par exemple), il restera toujours à éviter l’accaparement de la production par une élite égoïste.

Une fois réglées ces questions d’équité matérielle, il reste une fois de plus le problème fondamental de l’être humain, bien souligné par Keynes (7). Ce problème n’est en réalité pas le problème économique (survivre matériellement), bien que celui-ci a occupé l’ensemble de l’espèce depuis des dizaines de millénaires. Ce problème fondamental est en réalité spirituel, c’est le problème de l’éthique, du que faire ? Ou : comment occuper notre gros cerveau durant notre temps de vie ?

Ce problème fondamental, une fois le problème économique résolu (8), émerge, douloureux et inévitable, d’autant plus que nous baignons dans un confort matériel jamais vu auparavant.

Si l’emploi disparaît, que fera l’être humain de ses journées ? Keynes a offert des pistes (science, arts, philosophie, art de vivre). Hans Jonas a montré philosophiquement, et de nombreux jeunes héritiers fortunés et rentiers de magazines ont montré pratiquement, qu’une vie de hobbies, sans ouvrage et sans œuvre,  avait ses limites. Le travail est-il un mal à faire disparaître à tout prix ? N’est-il pas un élément porteur de spiritualité et de bonheur humain ? A choisir, voudrions-nous vraiment donner tout notre travail à des machines ? (9)

S’il y a bien un travail prioritaire à entreprendre pour nos cerveaux désoeuvrés, c’est celui de choisir quelle machinisation et quelle redistribution nous voulons dans le monde qui s’annonce.

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(1)   machines, automates, logiciels et autres systèmes artificiels automatisés

(2)   dont le contenu est bien entendu influencé par leur époque

(3)   parfois les expériences de pensée présentent de troublantes similitudes avec la réalité du monde

(4)   selon Keynes, c’était déjà le cas dans la réalité en 1929, avec les moyens productifs de l’époque

(5)   cela n’implique pas une répartition parfaitement égale de la production totale, mais implique une limite supérieure stricte au degré d’inégalité parmi les concitoyens du monde

(6)   et animal

(7)   dans « Economic possibilities for our grandchildren »

(8)   comme c’est (momentanément ?) le cas pour la plupart des Occidentaux aujourd’hui, si l’on s’en tient aux besoins de base, puisqu’il n’y a plus famines, épidémies majeures et décès en masse en occident hors périodes de guerre

(9)   si la machinisation conduit en outre à l’obsolescence de l’intelligence humaine « techno-économique », il faut aussi se demander vers quelles visées l’humain pourra orienter ses ressources mentales et émotionnelles ?

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47 réflexions sur « Une Grande Dissociation choisie, par Cédric Chevalier »

  1. À l’extrême, on peut présenter l’expérience mentale selon laquelle un unique capitaliste possède l’ensemble des moyens de production automatisés qui lui permettent de produire autant de biens et services que nécessaire pour répondre aux besoins et désirs de la population. Si cette population est solvable, l’ensemble des revenus de cette production revient au capitaliste, propriétaire de l’outil. Nul revenu n’est plus versé au travail humain.

    S’il fallait encore apporter la preuve que quand nous débattons de ces questions, nous nous situons au sein du débat inauguré par Sismondi…

    Si l’Angleterre réussissait à faire accomplir tout l’ouvrage de ses champs et tout celui de ses villes par des machines à vapeur, et à ne compter pas plus d’habitants que la république de Genève, tout en conservant le même produit et le même revenu qu’elle a aujourd’hui, devrait-on la regarder comme plus riche et plus prospérante ? M. Ricardo répond que oui… Ainsi donc la richesse est tout, les hommes ne sont absolument rien ? En vérité, il ne reste plus qu’à désirer que le roi demeuré tout seul dans l’île, en tournant constamment une manivelle, fasse accomplir par des automates tout l’ouvrage de l’Angleterre. (Sismondi, Nouveaux Principes d’Économie Politique, 1819 : 329-331).

    1. Merci d’avoir réanimé Sismondi, cela fait bientôt 2 siècles qu’on l’attends.
      La question est de savoir quand on l’invitera, enfin, chez Yves Calvi etc., et aux 20h?
      Ceci dit la problématique est parfaitement exposée par Cedric Chevalier.
      En espérant que des journalistes lisent ce blog…

    2. Le développement de notre société est selon moi le fruit d’une pensée continue et tous ou presque fonctionnons de la même manière.

      Les différents acteurs de la société se placent au gré de leur rôle dans cette société.

      Elle est mouvante et coule tel un fleuve. Elle n’est pas décidée par un mais bien le fruit d’une pensée globale me semble t il.

      Nous désirons tous un joli nid et plus il est beau mieux ce sera. Ceux qui nous gouvernent le savent, ceux qui produisent aussi. Le rêve probable de la plupart est de ne pas travailler du tout.donc de faire faire par les autres, donc… de faire faire par la machine.

      Ne serait ce pas notre paresse et notre trop petit courage qui nous pousserait à croire que le confort est au bout du tunnel?

      Je pense que effectivement l’art est source de bien être. Même fabriquer une chaise soi-même est une source de bonheur.

      Je pense que nous laissons trop souvent aux autres la responsabilité de trouver le bonheur à notre place.

      La main tendue vers le politicien nous attendons la pièce, le geste fort, le changement. Quel changement désirons nous.
      Lorsque les sociétés s’écroulent des symptômes apparaissent auparavant. L’infidélité, le trop en tout, la toute puissance des armées,

      C’est un peu comme si en chacun de nous nous portions le germe de cette autodestruction par le « ne rien faire ».

      Dès que ce « ne rien faire  » se réalise, c’est la catastrophe. Qu’il soit choisi par l’homme très riche ou imposé à l’homme pauvre.

  2.  » Le travail est-il un mal à faire disparaître à tout prix ? N’est-il pas un élément porteur de spiritualité et de bonheur humain ? »

    N’est-ce pas seulement le travail salarié qui est menacé? C’est peut-être un avenir où chacun travaille en libéral qui se dessine. Avec une concurrence exacerbée, et un éclatement du travail coopératif pour laisser place au travail « prolo-libéral » (auto-entrepreneur).
    Le capitaliste, s’il a les moyens de se passer de tout travail humain, peut tout de même apprécier de faire appel à un humain (domestique) pour répondre à ses besoins, la machine n’exprimant pas le même sentiment de soumission qu’un humain, c’est moins valorisant de commander une machine créée pour obéir.
    La spiritualité et le bonheur humain dans le travail, n’est-ce pas une légende? Certains disent l’avoir vu, doit-on y croire?
    Le constat de Sismondi lui vaut le titre posthume de prophète de la science économique.

  3. Poursuivons l’expérience de pensée de Cédric: l’homme invente une machine universelle capable de combler tous ses besoins. La machine est détenue par une personne (le capitaliste), la société se divise en 2 classes sociales: la classe du riche (1 personne) et la classe des pauvres (population totale -1).

    Les pauvres n’ont pas accès à la machine, mais leurs besoins n’ont pas disparu pour autant et sont immenses. Ils sont donc condamnés à travailler pour s’atisfaire ces besoins. Ils entrent en concurrence avec la machine du riche qui pourra toujours proposer les biens à un prix inférieur (prix juste en dessous du travail humain nécessaire pour fabriquer ce bien – regardez ce qui se passe sur les produits agricoles en Afrique). Le riche a toujours devant lui un marché immense, les pauvres sont condamnés à l’aliénation éternelle.

    SAUF s’ils réussissent à créer eux aussi une machine universelle. Celle-ci entre en concurrence avec la machine du riche, comme il n’y a pas de travail humain impliqué les prix tombent à zero, la gratuité s’installe dans toute l’humanité: classe du riche (s’était déjà son cas) + classe des pauvres.

    1. SAUF s’ils réussissent à créer eux aussi une machine universelle.

      Impossible, puisque le riche détient au final l’ensemble des ressources, (dont celles indispensables à la réalisation d’une autre Machine),
      Ressources que les pauvres lui ont éventuellement cédées contre un peu de ce que produit sa Machine. (C’est d’ailleurs pour ça que les pays pauvres y sont pour un moment…)

      1. Le riche détient la machine, pas forcément toutes les ressources.
        Si tel était le cas, l’humanité se résumerait rapidement à une seule personne (le riche), tous les autres étant morts de faim.

      2. Oui, les « pauvres » (du moins les moins pauvres) ont (encore) des ressources, mais leur dilemme est :

        1 – soit d’utiliser ces ressources pour construire une autre Machine,
        2 – soit de vendre ces ressources en échange de ce que produit la Machine du riche,
        pour permettre au riche d’améliorer l’efficacité de sa Machine, jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin, en particulier, de la ressource « travail humain ».
        Une fois ce cap franchi, le riche peut continuer de s’enrichir en échangeant ce que produit sa Machine contre les ressources que peuvent encore détenir les pauvres, … jusqu’à ce qu’ils n’aient plus rien à vendre. (on dit alors qu’ils sont exclus)
        Nous sommes clairement dans cette option.

        Vous proposez l’option 1, tant qu’il est encore temps.
        Cela suppose que les pauvres qui possèdent des ressources les utilisent, en commun, et en grande partie, pour construire une autre Machine. (mise en commun des moyens de production!)
        De ce fait ils ne peuvent plus échanger ces ressources utilisées, contre des produits de la Machine du riche, … qui leur procure pourtant bien du confort.
        Hélas les « pauvres » que nous sommes n’acceptons pas de mettre ainsi en commun nos ressources individuelles, et d’autant moins que nous pouvons nous croire riche!
        Sinon, vous avez en effet raison.

  4. « Les limites environnementales pourraient donc rendre impossible la réalisation du fantasme d’artificialisation totale du travail. » ne s’agit il pas d’un vœu pieu ? l’homme retournera chaque grain de sable avant que cela n’arrive et s’attaquera ensuite au système solaire… L’automatisation totale du travail ce n’est même pas demain mais aujourd’hui. Que feront les hommes pour s’occuper, que font ils à présent? Les arts, la philosophie, et l’art de vivre progressent-ils?
    Maintenant, comme Voltaire le déclarait: » Si l’homme est créé libre, il doit se gouverner »…
    Aura t-il la ressource intérieur de le faire, ou se trouvera-t-il un tyran pour le »guider »?

  5. Bonjour,

    Belle synthèse, mais à la fin vous dites : « Si l’emploi disparaît que fera l’être humain de ses journées … » et un peu plus bas vous ajoutez «  le travail est-il un mal à faire disparaître à tous prix ? » . Mais ce n’est pas le travail qui doit disparaître c’est l’emploi, nous avons besoin de la liberté d’orienter nos occupations , le droit à la paresse mais pas l’obligation à la paresse . Les hommes travaillerons toujours pour leur plaisir, il y a des exemples de chômeurs et de rmistes très occupés à travailler leur jardin, à cultiver (sans jeu de mots) leur amour de la littérature et des arts dans une frugalité assumée . J’ai confiance en l’homme, l’ennui le poussera à faire des choses qui l’amuse, les premières peintures rupestres n’étaient-elles pas l’expression d’un temps libéré des contraintes de la chasse grâce à l’abondance de gibier ?

    L’important à mes yeux c’est la redistribution de la richesse créée par la machine .

    Parfois j’ai l’impression que l’homme a tellement perdu le sens de la liberté qu’il a peur de perdre ses chaînes, les religions et des siècles d’exploitation y ont probablement une grande responsabilité . Nous avons intégré notre esclavage il nous est devenu constitutionnel .

    Vincent Fagnoul

    1. @ Fagnoul Vincent

       » Nous avons intégré notre esclavage il nous est devenu constitutionnel « .
      Dans tous les domaines, les hommes jouent à qui perd gagne… Une adaptation à la detresse qui interdit d’en sortir au nom de divers principes.
      Des principes qui perd gagne, qui ne sont pas honnêtes et interdisent le salut.

      Oui, l’ennui est la source de l’invention comme la fadeur donne son contrepoids au goût et comme la page blanche est un défi.

      1. @Noblejoué

        Bonjour,

        Ce matin je me suis réveillé avec les images du début du film de Tarantino «  Django unchained  », Schultz tue les marchands d’esclaves et avant de partir avec Django, il jette un fusil aux esclaves qui ont toujours les chaînes aux pieds et qui restent hébétés par une situation improbable . J’y ai vu une illustration, amusante par le côté burlesque de l’outrance de Tarantino, de la difficulté des conditions de la liberté . je pense que d’autres ont moins apprécié y voyant une inutile nouvelle humiliation du peuple Afro-Américain, le fusil n’étant pas une condition suffisante à leur liberté .
        C’est indéniable le fusil ne suffit pas .

  6. Dans ce cas de figure, le travail humain (6), thermodynamiquement non consommateur de ressources non renouvelables, redeviendrait économiquement intéressant.

    Qu’ouis-je ? On parle de thermodynamique ??

    Toutes blagues mises à part il ne faut jamais perdre du vu les causes premières. Le travail humain n’est « renouvelable » que si sa source d’énergie première -la nourriture- est renouvelable. Autant dire qu’on en est loin. Et si l’on fait l’hypothèse d’une rupture de plusieurs matières fossiles/minières et un retour au travail des champs (ce qui est plus une fatalité qu’une prédiction ?) la force de travail humaine va vraisemblablement prendre un coup.

    Maintenant je voudrais soulever des questions pratiques qui me trottent dans la tête depuis que Paul m’a appris l’existence de Sismondi.

    Pour la simplicité, le fait de redistribuer les gains de productivité va être assimilé à une taxe.

    1) La définition de la machine ?

    Ca va être je pense la première question qui va être posée par les différentes parties prenantes, un peu à la manière de la définition des paris sur les fluctuations de prix mais à la différence prés qu’à ma connaissance aucune loi sur le sujet n’a jamais existé.

    Les outils « non actifs » comme un métier à tisser manuel ont-ils vocation à être taxé ?
    Si oui, comment fixer la frontière inférieure ? (faut-il taxer les outils agricoles comme les bêches ou les faux par exemple ?)
    Si non, comment considérer les ordinateurs et les programmes informatiques ?

    Il me semble qu’il y a là une réelle difficulté , car dans l’échelle continue des machines/outils présents ou futurs poser une limite arbitraire va mener à des biais et des effets pervers. La solution pourrait être empirique (c’est à dire regarder les gains de productivité et taxer en fonction) mais se posent les questions de l’évaluation du gain de productivité et du temps caractéristique de la taxe.

    2) La taxe: application dans l’absolue ou en relatif ?

    Ce que je veux dire par là, c’est que si l’on veut appliquer la taxe à partir d’un temps t il va falloir choisir entre a) taxer les entreprises lorsqu’elles changent leurs moyens de production (ex: une entreprise achète une nouvelle machine, on va donc la taxer lourdement pour redistribuer les gains de productivité) ou b) taxer les entreprises en fonction de leurs moyens de production (ex: une entreprise utilise plein de machines qu’on va taxer en continu plus modérément ).
    Dans la solution a), il sera difficile d’empêcher les nouveaux entrants de bouffer les plus anciens (à moins que l’on considère qu’une nouvelle entreprise doivent payer la taxe à la création, mais dans ce cas qui est le bénéficiaire ? cf plus bas).

    3) le niveau de la taxe

    Question importante: si la taxe est fixée au niveau ou légèrement au dessus au niveau du gain de productivité attendu alors l’entreprise n’a aucun intérêt à acheter une machine.

    4) les bénéficiaires de la taxe

    Le cas le plus facile est bien sûr le cas ou une entreprise vire des gens après avoir acheté une machine. Mais quid des entreprises qui cherchent un accroissement net de leur niveau de production ? (à périmètre de personnel constant ?)

    Voilà, j’en suis là de mes questions, et je me demande: vu ces difficultés qui me semblent indépassables, pourquoi ne pas simplement faire ce que l’on sait faire et taxer les rentes de productivité là ou ils se retrouvent in fine (c’est à dire une taxe sur le capital de l’actionnaire ou du patron) et redistribuer cette rente aux salariés laissé sur le carreau sous forme de salaire minimal ?

    Finalement, pourquoi inventer une machine à gaz remplie de multiples évaluations subjectives au lieu de moderniser ce qui existe déjà essentiellement dans les faits ?

    1. Pourquoi le travail aux champs serait une fatalité?
      Dans le cadre économique actuel, l’épuisement des ressources est la seule échéance rationnelle, incontournable et tout se passe ici, PRÉVISIBLE.
      Mais personne ne veut s’attaquer au problème parce qu’Incapable d’établir des références économiques autres que celles imposés par le système en place dont la très grandes majorités des gens sont totalement soumis.
      En principe si quelque évènement est PRÉVISIBLE c’est donc dire que nous pouvons PLANIFIER cette avènement, logique n’est-ce-pas?
      Cependant dans le cas qui nous intéresse c.à.d.l’épuisement des ressources, la planification doit se faire maintenant pendant qu’il y a encore des disponibilités, quand les discontinuités surviendront et enfin les manques totales il sera trop tard.
      Toutes tergiversations et hésitations à faire le virage nécessaire, 180° degrés, compteras en double en dépense de ressources supplémentaires d’abord dans en premier temps en gaspillage d’énergie pur et simple en tentant de relancer un système que l’on sait désuet, ces énergies devraient servir à redresser la situation et dans un deuxième temps de continuer à s’enliser davantage en s’éloignant du but recherché.

    2. Oui, sur l’énergie, relire Pomeranz, par exemple (the Great Divergence) et comment les colonies et le charbon ont limité l’impasse écologique européenne et anglo-française en particulier (mais aussi danoise…).
      –> Mon espoir dans de domaine : la mycorrhization, les bactéries symbiotiques (et qqs lombrics de bonne volonté) qui pourraient nous éviter la fixation de l’azote suivant les chemins énergétiquement coûteux de Haber-Bosch (bien que ce soit très optimisé maintenant, on n’est plus en 1950).
      Pour les gains de productivité, cela revient à limiter la pente effective du ratio CA/employé. Si le CA/employé (ou heure employée) varie trop (et que le CA ne baisse pas trop…), on scalpe : les bénéfices sont limités par l’évolution de ce ratio. Dans ce sens, c’est une version distribuée sur les producteurs (qu’on entend larmoyer d’ici) de l’assurance pour l’emploi sectoriel de la « Grande Dissociation » (The Great Decoupling). Dans le cas de l’assurance, on assure la subsistance du bonhomme « ex ante » (l’ensemble employer+ employés ont abondé l’assurance dans le style des assurances maladies ou des allocs familiales, parts ici et parts là), dans le cas de la taxe Sismondi, c’est a posteriori, si la pente a été trop forte, on taxe. C’est une manière d’attacher un fil à la patte d’un patron à son pool d’employés au sens collectif, cela ne préjuge pas des licenciements individuels. La difficulté serait de convaincre les syndicats d’adhérer à ce qui, quand la marge le permet (consulter M. Niel, ou les prédateurs des concessions autoroutières, ou de Transavia….), n’est autre qu’une érosion explicite de leur raison d’être. En ce sens, il nous fait aussi (et d’abord ? ) « sismondiser » les syndicats, les faire évoluer en partenaire de la limitation des méfaits de la propriété privée et du droit du capitaliste à flirter avec l’abusus (en langage vulgaire, à se goinfrer, à s’en mettre plein les fouilles, à étaler son yacht histoire de faire baver les politiciens dessus etc.)

      1. Il faut aussi sismondiser l’évasion fiscale, ce qui nécessite de toute façon un socialisme offensif plus que correctif, et nous pourrions exiger que les machines soient comme les médicaments génériques, qu’elles intègrent le patrimoine commun de l’humanité.

    3. @Reiichido,
      un début de proposition de réponse au « comment » taxer les machines:

      Pour les salariés, il y a le nombre d’heures, mais les machines?
      Selon moi il faudrait taxer leur consommation d’énergie ; c’est le moyen le plus sûr d’éviter la fraude (qui serait vite généralisée pour toute taxe « en sortie »), et d’autre part cela aurait un effet vertueux, en limitant la mécanisation à outrance et en poussant à l’efficacité énergétique.

      Il faudrait prendre en compte toute l’énergie consommée par l’entreprise, et ôter la partie destinée au chauffage (ici aussi ce peut être un calcul poussant à l’économie) et celle normalement utilisée par un salarié (éclairage, café, photocopieur, …?). La comparaison salarié/machine permettrait d’ajuster le niveau de taxation .
      ————
      C’est effectivement la valeur ajoutée qu’on cherche à taxer, mais comment distinguer « à la sortie » celle d’origine humaine et celle d’origine machine? À vue de nez ça me semble être la porte ouverte à tous les contournements possibles.

      Alors que si on taxe « l’entrée », la fraude me paraît plus difficile, d’autant que les factures existent déjà, desquelles il est facile d’extraire la quantité d’énergie consommée et obtenir un chiffre par exemple en kWh (kWh obtenus directement pour l’électricité, après conversion d’unités pour les autres énergies).
      Après, bien sûr, on peut imaginer tous les aménagements possibles, provisoires ou non, en fonction du secteur d’activité, etc… mais pour ça faisons confiance à l’administration fiscale.

      Et puis sur le principe c’est assez logique, puisque la base taxable est le salaire: le salaire des hommes est de la monnaie, le salaire des machines est de l’énergie.
      Par ailleurs, cela constituerait une excellente introduction à la prise en compte effective de l’énergie grise dans les process de fabrication.

      Le revers de la médaille est qu’il s’agit d’une taxe supplémentaire, qui pousserait donc à la délocalisation vers les zones où elle ne serait pas appliquée (ceci reste valable quelle qu’en soit la formule d’application).
      C’est d’autant plus vrai, que cette taxe ne doit pas être timide, si l’objectif visé est de récupérer l’équivalent d’un SMIC par homme remplacé…
      ————
      Cette taxe, dans l’optique -associée- d’une réduction des consommations, devrait être progressive ; mais avant cela, il faudrait peut-être revoir les tarifs de l’énergie, qui sont plutôt dégressifs…

      L’énergie (électricité, fioul, …) utilisée par l’entreprise permet une évaluation du travail mécanique effectué par des machines, mais ne permet pas d’évaluation du travail intellectuel.
      Pour ce dernier, effectué par des ordinateurs, ce même principe voudrait-il que l’on taxe le flux d’information entrant? couplé à la consommation électrique transitant par les onduleurs?
      Cela me semble beaucoup plus délicat, mais pas impossible.

      Au final, je crois que je me range quand-même du côté de votre conclusion: il faudrait taxer le capital à un niveau plus juste.
      Mais tant que la finalité de l’outil de production sera de transformer le plus efficacement possible les ressources naturelles en profit pour les 0,1%, quitte à fabriquer n’importe quoi (ex.: de la nourriture et des médicaments qui génèrent des maladies chroniques/rentes), l’humain devra vivre avec le minimum qu’on voudra bien lui laisser.

      Enfin, on confond souvent travail avec emploi salarié (cf.B.Friot). Or, le travail peut être bien autre chose, et apporter bien plus de bénéfices à celui qui l’effectue, tout en restant hors des circuits de la marchandisation. On voit se développer, par nécessité, de plus en plus d’initiatives alternatives privilégiant la coopération, au niveau local. La reconquête de sa propre souveraineté par l’auto-suffisance, une voie d’avenir (la seule?) à l’heure où nous atteignons les limites de ce que nous pouvons brûler et saccager.

      1. Mais pourquoi taxer les valeurs continues de telle ou telle variable, alors que ce qu’on veut avant tout, c’est apaiser la société contre elle-même, la calmer, donc ne la taxer que si elle varie trop vite. A l’échelle d’une génération, c’est sûr qu’un type d’emploi va disparaitre et un autre apparaitre. Si cela se fait lentement, c’est presque sans souci.
        Ce qui ne va pas, c’est de jeter les gens comme des chaussettes après des durées courtes, ou sans formation après des durées longues.
        Cela aussi devrait être remédié : l’absence de formation.
        Mais il est vrai que cela pose des questions de fond sur le contenu et les aptitudes, ou le risque est bien rendu par l’adage US « programs for poors are poor programs ».

      2. Timiota,
        Taxer les variations?
        On pourrait appliquer une TVA spéciale (50%+) sur l’achat des machines-outil et les logiciels professionnels, mais cela ne ferait qu’allonger la durée d’amortissement, sans apporter de solution au fond du problème. Et une simple question de temps avant que des astuces soient trouvées pour contourner le problème.
        NB: même remarque si on pénalise les licenciements, ce sera juste intégré au calcul, mais le calcul ne changera pas. Le chiffre en bas à droite est le profit net allant au(x) propriétaire(s), pas le bien-être de tous.

        D’autre part, le statu-quo n’est pas une option, déjà parce que stagner c’est disparaître (effet de la Reine Rouge), mais surtout parce que nous sommes sur des tendances exponentielles qui nous amènent droit dans le mur. Personnellement, je crois qu’il est trop tard pour ralentir, et irréaliste de changer de direction à temps ; restent deux options: fermer les yeux ou sauter en marche.

  7. Seul le riche appuie sur le bouton de la production/distribution! la notion d’enrichissement va disparaître puisque sans travail pas de salaire et sans monnaie aucun échange semble possible dans le monde imposé du riche. la vie de riche va être intenable…

    1. @ QUICK

      Vous êtes optimiste.
      Si un ou quelques riches possédaient tout, ils jouiraient autarciquement de leurs biens, l’échange étant un moyen d’acquerir et non une fin en soi.
      Si faire mu-muse avec les exclus les interesse, ils peuvent dans le meilleur des cas aller jusqu’à leur donner un revenu incondiionnel d’existence, dans le pire, par contre, les pousser à se donner en esclavage pour survivre ou exterminer les pauvres qui veulent prendre leur richesse, ou le faire, tout simplement, par prévention ou par sens esthétique.

      Esthétique ?
      La chose est commencée, pour créer des réserves naturelles, on a expulsé les peuples indigènes de leurs terres, qui dès lors vivent évidemment sans plus de ressources matérielles que de dignité.
      Ce sont les réfugiés de la conservation.

      Rien ne dit que des riches seigneurs de vastes domaines ne décident de s’étendre à côté en mettant les pauvres dans des réserves ou en les tuant.

      Pourquoi ?
      Mais pour ne plus voir d’hommes, exactement comme les touristes écologistes.
      Il y a un goût occidental très profond de communion solitaire avec la nature dont tout me donne à penser qu’il va s’accenturer.
      D’autre part, il y a des gens de plus en plus puissants.

      Si les deux deviennent plus important et se rencontrent, je pense que le résultat pourrait être celui que j’imagine.

  8. J’étais le 14 septembre dernier à Béré en Loire Atlantique pour la grande foire annuelle. Je suis allé voir de près les tracteurs dernier cri et les équipements qui vont avec. Il faut s’être assis au volant d’un de ces monstres pour comprendre pourquoi ça fait bander un agriculteur.
    Un de ces agriculteurs dont l’exploitation moyenne en France est de 55 ha, qu’on a transformés en assistés à coups de subventions, qui ont détruit leurs sols, leur santé, pollué leur – notre- environnement, et se mettent à écrire des bouquins pour dénoncer l’enfer dans lequel ils ont été enfermés.
    Et puis il y a la ferme du Bec-Helloin en Normandie qui pratique la permaculture sur quelques milliers de m2. Zéro pétrole, zéro chimie, tout à la main. Avec des rendements très supérieurs à ceux de l’agriculture dite intensive. Ils ont calculé qu’une parcelle de 600 m2 pouvait faire vivre un employé agricole, qui produit du beau, du bon, et heureux de vivre.
    Ces deux exemples illustrent de façon concrète notre problème actuel. Fuite en avant dans le gigantisme, la complexité, le pillage de la planète, le low-cost tous azimuts et donc l’appauvrissement généralisé d’un côté. De l’autre, redécouvrir le « small is beautiful », beautiful mais performant, respectueux de la planète, de notre santé et économe en énergie.

    Entre 1980 et 2000, le nombre de cancers masculins en France est passé de 170000 à 278000. A peine moins pour les femmes. La plus forte progression en Europe. (la France est le plus gros utilisateur de produits phytosanitaires) Il est prévu qu’il augmente de 70% dans les 20 prochaines années. Est-ce si étonnant dans un environnement saturé de pollution chimique.

    Les problèmes de santé publique vont rapidement venir s’ajouter aux autres priorités dont on parle ici, de disparition du travail, de répartition équitable de la richesse, du changement climatique, et de la raréfaction des ressources.

    Il suffit d’aller sur le site « flightradar24 » d’attendre quelques secondes pour que l’image complète se charge, pour avoir une image précise de notre gloutonnerie énergétique, au détriment des générations futures.

  9. Aucune espèce n’a survécu, chaque jour plus nombreuse, en pillant et en détruisant méthodiquement -et sciemment- les ressources irremplaçables (matière, vivant, énergie) qui lui sont vitales.
    Aucun robot ne remplacera le sel de ma vie: aimer, marcher, contempler la nature, lire, faire de la musique. Mais aussi exercer un métier digne, pour moi, mon prochain et -c’est plus difficile!- respectueux de la planète.
    De la naissance à la mort, je ne suis rien sans les autres.

  10. Beaucoup plus simplement , tout le questionnement de votre avant dernier paragraphe ,est celui des multiples officines qui proposent leurs services pour les « stages de préparation à la retraite », avec une restriction sur le type de population ( on aurait de la peine à y inciter les stagiaires à courir le 100 mètres en moins de dix secondes ).

    Sous cette réserve, les interrogations de fond me semblent être les mêmes que pour l’ensemble de la population , et pour le coup je remettrais en cause votre dernier paragraphe .

    Et l’ardente obligation ne se limite pas alors à arbitrer machinisation et redistribution (des outils) , mais elle est plutôt :

    – Quel sens donner à notre vie individuelle , et idem collective .
    – Comment alors œuvrer pour choisir et non pas subir ( individuellement et collectivement )

    Pour le coup , le plus ardu m’apparait rester le passage biunivoque entre le « je » et le « nous » , qui est la raison d’être de la démocratie ( du « pouvoir »)

    Dont on sait ici qu’elle est loin d’être aboutie;

    Tant qu’on ne traite pas de la propriété .

    1. Car la cause structurelle, matricielle , des inégalités n’est pas la machine ou la numérisation généralisée , mais la propriété ( dont celle des nombres) .

  11. Le problème n’est pas l’outil, mais quel usage va t on en faire?
    Que des robots ramassent les poubelles, fabriquent les voitures ou les smart phones,etc….Quel intérêt trouve t on dans ces boulots sinon de gagner sa vie comme on dit.
    Les travailleurs atteignent la fin de semaine avec impatience, pour enfin faire qu’ils veulent. Enfin ce qu ils peuvent avec l’argent gagné.
    Les évolutions techniques ont été accaparés par les puissants dès le début la révolution industrielle. (Voir techno_critiques de François Jarrige _ la découverte)
    Ce qui a fait évoluer les choses ce sont les rapports de force sociaux. Rien n’a été lâché de bon coeur.
    Pour le temps qui serait libéré, je n’ai pas d’inquiétude, les gens trouveraient vite à s’occuper. Ce pourrait être la libération de talents qui sont détruits par le système aujourd’hui.
    Il se disait qu il ne fallait pas trop payer les ouvriers parce que ça les conduisaient à boire encore plus…

    1. @ Xavier37

       » Il se disait qu il ne fallait pas trop payer les ouvriers parce que ça les conduisaient à boire encore plus… »

      Alors que les ouvriers étaient obligés de boire beaucoup pour oublier leur dur labeur.
      De toute manière, les dominants passent leur temps à moraliser les dominés.

      Parce que cela redouble leur domination et par mépris « la morale c’est pour les gens qu’on ne peut pas sentir », d’Oscar Wilde, je crois.

    2. N’êtes vous pas optimiste sur la liberté en question ? Le circuit consumériste et les avatars à écran de la télévision suggèrent que le système peut bien fonctionner pour faire perdurer une masse de gens qui ne trouvent pas trop à s’occuper parce que c’est comme ça qu’ils sont le plus corvéable. Bien sûr, c’est à comprendre d’un point de vue systémique. Pas de grand complot là-dedans, mais une facilité du système à trouver ce qui marche dans ce sens
      Et ce via l’audimat, les avatars du marketing, du profiling, etc., il n’y a pas besoin d’inventer les ressorts de la mode, ils sont présents de façon latente dans des capacités humaines fondamentales : la reconnaissance visuelle (ou olfactive ou …) , l’envie d’empathie (doit porter un nom en psychologie), et la fabrication en série de taille choisie et adaptée à une distribution de pouvoir d’achats (de Tati-Lidl à Fauchon-Hermès) suffisent à boucler la boucle…
      Pour en sortir, c’est à l’échelle de toute la perception des biens et des personnes qu’un nouveau paradigme doit agir.

      1. « la perception », très intéressant: on peut se sentir insatisfait avec beaucoup, ou comblé avec très peu (au-delà du minimum vital, s’entend).
        Une grande réussite du consumérisme aura été d’entretenir ce sentiment de manque et la fausse promesse de le combler avec des marchandises.

      2. @ Timiota

        La liberté s’apprend, comme la marche, par la liberté.

        Par essais et erreurs.
        Le niveau télévisuel, même dans le cadre actuel, non utopique, est obligé de s’élever pour s’adapter à un goût plus évolué des spectateurs.
        Ainsi des cinéphiles avouent que bien des séries américaines vallent mieux que bien des films, contruction romanesque, thématiques sociales, que sais-je encore ?
        Ce qui trompe les gens, c’est qu’on se souvient des meilleurs programmes d’autrefois… Ce qui d’ailleurs se fait dans bien des domaines.

        Et le tourisme ?
        De moins en moins de gens veulent bronzer « idiot », encore que… je ne nie pas la poésie de la mer, même ainsi, et le côté pédagogique, de tolérance mutuelle, d’êre si près de son prochain, en toute quiétude, comme au cinéma.

        Les retraités sont de plus en plus des retraités actifs.

        Cela dans notre monde.
        Imaginez un monde un tant soit peu meilleur, je pense que les progrès seront bien plus grands encore, dans des directions que je ne peux, et tant mieux, imaginer, mais que j’aimerais bien voir et pour le bonheur et pour la créativité de la chose.

        Tous les problèmes ne seraient pas résolus.
        Mais les gens seraient déjà plus heureux, libres et dignes.

      3. @ Stéphane Feunteun.
        Oui, c’est là que l’économie distributive et les « milieux associés » peuvent devenir des concepts forts.

      4. @ Stéphane Feunteun – Timiota

        « La perception » que l’on a des choses c’est un point essentiel .
        En travaillant comme jardinier chez des particuliers et ne voulant pas utiliser de méthodes destructrices de l’environnement, j’ai mené un vrai combat sur la perception qu’ils avaient de la beauté et de l’ordre des choses . Changer de paradigme c’est un sacré boulot .
        Chez ma dernière cliente où il n’y avait pas trop de travail, sur la différence de perception, on utilise une expression qui nous amuse c’est le «  da noi  » le chez nous Italien , une dame qu’elle connaissait l’utilisait sans cesse pour expliquer que chez eux c’était comme cela, meilleur et donc impensable de le changer, force de la tradition . Quand il ne s’agit que de cuisine Italienne, pas de problèmes, quand il s’agit de la survie de l’espèce …

      5. Ayant un peu voyagé je suis confiant dans la capacité d’adaptation des hommes
        Même en occident que sais t on de l’économie que l’on dit informelle parce que non comptabilisée dans le PIB? Sa contribution est sans doute vitale à la stabilité sociale.
        D’autres part, je crains que trop souvent nous ne raisonnions trop occidentalo-centrés, alors que le humanité est encore diverse, malgré l’attractivité démoniaque du consumérisme.

  12. @ xavier 37
    Je vous rejoins tout à fait quand vous dites : »Ce qui a fait évoluer les choses ce sont les rapports de force sociaux. Rien n’a été lâché de bon cœur. » Depuis que je suis à la retraite, je suis débordé, mais dans la sérénité. Comme beaucoup de retraités, je me trouve des talents nouveaux de charpentier, de jardinier, de manutentionnaire pour la Banque Alimentaire, etc. Et il reste du temps pour faire fonctionner la démocratie aux mille visages, comme celui des élections de parents dans le lycée.
    Et il y a aussi la possibilité de lutter contre le système UE qui veut imposer le TTIP et le CETA :

    Il y a un temps pour la réflexion et un temps pour l’action, par exemple le 11 octobre. En Allemagne, on veut récolter un million de signatures contre le CETA, ce jour-là . Susciter un soulèvement populaire de cet ordre pour lutter contre ceux qui organisent tout pour accaparer la totalité des ressources. Ce qui se met en place, c’est, comme dit l’auteur « un unique capitaliste (qui) possède l’ensemble des moyens de production automatisés qui lui permettent de produire autant de biens et services que nécessaire pour répondre aux besoins et désirs de la population. »
    Mais ces hyper-capitalistes ne répondent pas aux besoins de la population, dont ils se moquent bien. Ils veulent des esclaves soumis. Diminuer le niveau culturel, réduire l’éducation au strict minimum celui qu’il faudra pour assurer sa tâche, utiliser le système de santé uniquement pour tirer un profit supplémentaire, c’est bien ce qu’ils sont en train de mettre en place. L’armée et la police sont aussi à privatiser : on voit ce que fait Blackwater et les geôliers privés (scandale actuel en Allemagne).
    Comment ne pas rejoindre Juanessy : « Car la cause structurelle, matricielle , des inégalités n’est pas la machine ou la numérisation généralisée , mais la propriété ( dont celle des nombres) . » ?
    En précisant : la propriété privée.
    L’heure est grave. Maintenant.

  13. @ Stéphane Feunteun

     » Pour les salariés, il y a le nombre d’heures, mais les machines?
    Selon moi il faudrait taxer leur consommation d’énergie ; c’est le moyen le plus sûr d’éviter la fraude (qui serait vite généralisée pour toute taxe « en sortie »), et d’autre part cela aurait un effet vertueux, en limitant la mécanisation à outrance et en poussant à l’efficacité énergétique. »

    Excellent !
    L’article de notre hôte aussi d’ailleurs mais comme le diable est dans les détails, dans l’application, vous y mettez la touche finale.

    Donc à Sismondi le Fondateur, Jorion le Refondateur et vous, merci.
    On me dira que le premier est mort mais quel créateur n’aurait pas rêvé qu’on se rappele de lui et dans le cas d’un penseur, qu’on applique ses idées ?

    1. Merci, mais j’émets également beaucoup de réserves, notamment que toute taxe constitue un avantage fiscal pour ceux qui ne l’appliquent pas ou ne la subissent pas.
      Cela peut avoir un effet positif, mais ce n’est qu’une « rustine » temporaire, tant que l’ensemble de la machinerie reste orienté vers la génération de profits.

      1. @ Stéphane Feunteun

        Pourquoi pensez-vous que la machinerie puisse ne pas être orienté vers le profit ?
        Puisque vous le pensez, comment pensez-vous qu’on puisse s’orienter vers un autre système ?

        Je sais que je déborde du sujet, mais on peut imaginer une société sans profit, moins sans oppression.
        Pour preuve, je viens d’avoir une discution avec quelqu’un qui, tout obsedé par la question « sociale », riches pauvres, quoi, tient pour négligeables les droits acquis par les femmes et les homosexuels soit un peu plus de la moitié de la population. Sans doute parce qu’il risque encore moins de devenir l’un ou l’autre qu’un riche de s’appauvrir !

        Ce qui m’amène a demander comment garentir les droits des femmes et homosexuels que j’imagine très bien sacrifés à la cause.
        Et comment faire pour que ni les riches, ni l’Etat, ni rien ne prenne un pouvoir oppressif.

  14. De vos débats, il se confirme que le gauchisme est une maladie de l’esprit :

    – il ne faut rien comprendre à la technologie pour imaginer qu’une ou des machines produiront dans un avenir même lointain tous les biens nécessaires,
    – il ne faut rien comprendre à l’humanité pour ne pas voir que les désirs sont illimités et qu’il faudra sans cesse produire de nouveaux biens avec de nouvelles technologies, à inventer,
    – il ne faut rien comprendre au réel pour perdre son temps dans de tels débats et de telles utopies,
    – il est amusant de voir que même dans un futur totalement utopique, votre manie contre les capitalistes et les riches trouve encore à s’épanouir…

    1. Moi je trouve amusant , pour ne pas dire que je ne comprends rien à, l’attitude qui consiste à sermonner des malades invétérés qui ne peuvent rien comprendre à rien .

      Sauf s’il s’agit de l’attitude de masochistes ..ou de vaguement inquiets .

  15. @ Fagnoul Vincent

    Je regrette vraiment de ne pas avoir vu le film dont vous parler, il faudra vraimenr que je le voie ! En général, les rêves que je préfère sont tirés d’une ou plusieurs oeuvres.

    Le fusil, vous avez raison, ne suffit pas pour être libre.
    Néanmoins, je pense que c’est l’arme, pardonnez-moi ce mot, la plus efficace pour cela. Qui est prêt à tuer et mourir pour être libre ne peut, en principe, pas être réduit en esclavage.
    Mais voulons-nous être libre ?

    Si nous voulions garentir la liberté a chacun, chacun devrait avoir accès à des méthodes et outils adhécats de suicide.
    Nous ne choisissons pas de mourir. Mais mortels nous pouvons choisir de ne pas risquer d’être réduit, certes pas en esclavage dans notre société, mais réduits à ce que nous ne voulons pas par la seule issue des gens qui n’en ont pas.

     » Bizarement », nous ne voulons pas.
    Pourquoi ?

    L’autre nous appartient, qui se tue « déserte ».
    L’autre qui se tue veut être libre, ce qui renvoie au fait que nous ne sommes peut-être pas capable d’en faire autant pour cela. Vexant !
    Vexant aussi, nous prétendons que nous aurions aider l’autre. Comment l’autre peut ne pas nous croire ? Et d’ailleurs, soupçonne-t-il que l’aide serait intutile ? Vexant, vexant, vexant…
    Bref, notre vanité interdit à l’autre de tirer sa révérence, il restera jusqu’à la fin du film, que ça lui plaise ou non.

  16. Bonjour,

    Dans ce billet, il est beaucoup question de morale et d’équité matérielle, or un régime fasciste, fut-il en col blanc, n’est soucieux ni de morale ni d’équité, il pourrait par contre être très pragmatique et chercher à continuer à accaparer les richesses produites malgré la raréfaction des matières premières et des sources d’énergie et passant à un accaparement des terres comme cela se fait dans certaines (beaucoup ?) pays d’Amérique du Sud.

    Bonne journée

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