UNE JOURNÉE COMME LES AUTRES, par François Leclerc

Billet invité.

Cela n’arrête pas de tomber ! Les Suisses vont être appelés à se prononcer par referendum à nouveau, à l’initiative d’un groupe d’élus bien-pensants qui cherchent à préserver le secret bancaire. Ils réclament l’inscription dans la constitution de la confidentialité des données financières, car leur protection doit selon eux y figurer au même titre que celle de la sphère privée à laquelle elles s’apparentent : tout échange automatique d’informations financières reviendrait à une « violation radicale » de la relation de confiance entre l’État et les citoyens.

La Chambre de commerce des États-Unis dénonce de son côté les tentatives de freiner l’exil fiscal des compagnies transnationales de l’administration américaine, qui visent « à enfermer les entreprises dans un système fiscal obsolète » et « ne feront que faire fuir davantage le capital ». « Le capital se déplace vers les lieux où il est valorisé et bien reçu et il évite les endroits où il est maltraité par des systèmes fiscaux onéreux ». Nous voilà en plein contes de fée !

Les conservateurs britanniques préparent les prochaines élections de mai 2015. George Osborne, le chancelier de l’Échiquier, a annoncé geler pendant les deux années à venir les allocations sociales (sauf pour les retraités et les handicapés), afin d’économiser près de 4 milliards d’euros et de réduire d’autant le déficit britannique, afin « de protéger notre stabilité économique et d’assurer un futur meilleur ». Il n’a pas précisé à qui.

Mais ce n’est pas tout ! Le juge new-yorkais Thomas Griesa, qui a enjoint à l’Argentine de rembourser intégralement à deux fonds vautours les titres de sa dette restructurée, vient de statuer à nouveau en annonçant des sanctions à son égard. Afin de ne pas voir à nouveau le remboursement de ses créanciers ayant accepté la restructuration bloqué par le juge, le gouvernement argentin a décidé de les régler en se passant des services d’une banque américaine placée sous sa juridiction. Le juge y voit un contournement par « des voies illégales » de son propre jugement.

L’ancien patron historique de l’assureur américain AIG, Maurice Greenberg, intente un procès au gouvernement fédéral de son pays, lui reprochant d’avoir spolié ses actionnaires dont lui-même, et lui réclame 40 milliards de dollars. AIG, dont la filiale londonienne était gavée de titres immobiliers subprimes, avait menacé de s’écrouler et avait été nationalisée à 79,9 % en septembre 2008, après avoir reçu en liquidités ou en garanties 182 milliards de dollars dans l’urgence. Sur quoi Maurice Greenberg prend-il appui ? Sur les taux d’intérêt élevés et les commissions pénalisantes que l’État aurait imposés dans la précipitation régnante…

Les autorités judiciaires britanniques ont enregistré 1,2 million de nouvelles plaintes dans l’affaire de la vente abusive d’assurances-crédit, selon le FCA, l’autorité de conduite financière. Elles sont venues s’ajouter aux 13 millions de plainte déjà enregistrées et qui ont donné lieu à des indemnisations d’un montant estimé à plus de 20 milliards d’euros versées par les organismes financiers qui les avaient vendues. Ces assurances avaient fait l’objet d’une vente forcée masquée ou bien ne pouvaient pas être activées en cas de besoin, en raison de clauses sibyllines. A lui seul, Lloyds Banking Group (LBG) a déjà passé des provisions de 12,5 milliards d’euros pour faire face à ses obligations.

La même banque vient de renvoyer huit courtiers coupables d’avoir participé aux manipulations bancaires du Libor, après avoir accepté de régler une amende de 280 millions d’euros aux autorités américaine et britannique. Interrogé par l’AFP, un porte-parole du groupe a précisé que ces employés n’étaient pas des personnes importantes de l’encadrement et que la priorité avait été donnée aux sanctions « des éléments fautifs », expliquant que leurs supérieurs hiérarchiques ne sont pas inquiétés. La banque suisse UBS a pour sa part reconnu qu’elle était en discussion avec « certaines autorités » dans le cadre de manipulations présumées des taux de change (la valeur de plus de 5.000 milliards d’euros de transactions par jour). La banque serait exposée à d’importantes amendes de plusieurs de ces autorités, au motif qu’elle n’aurait pas « mis en place les contrôles adéquats », certainement une faute d’inattention !

Que peut-on trouver dans l’actualité pour montrer que ce sont pas toujours les mêmes qui sont frappés ? D’après Elstat, le service grec des statistiques, les salaires auraient reculé de 23,8%, près d’un quart, depuis le début 2010. L’OCDE accorde au pays la première place au palmarès du chômage, dont le taux officiel est de 27% en juin dernier, dont les trois-quart de longue durée. Six millions de courageux Grecs contribuant au redressement national, soit la moitié de la population, se trouvent sous le seuil de pauvreté ou sont menacés de le franchir, selon le parlement grec. Les retraités américains de plus de 65 ans qui n’ont toujours pas fini de rembourser leurs prêts étudiants, contribuent pour leur part à la bonne santé des banques de leur pays. Selon un rapport du Government Accountability Office (GAO), l’équivalent de la Cour des comptes française, 18,2 milliards de dollars seraient encore dus par eux à ce titre, un montant en très rapide progression. La hausse des tarifs de scolarité universitaire intervenue ne va rien arranger.

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