À propos du « prix Nobel » d’économie 2014 attribué à l’économiste français, Jean Tirole, par Franck Richard

Billet invité.

Comme chacun a pu l’entendre hier dans la journée, le « prix Nobel » d’économie 2014 a été attribué à un économiste français, Jean Tirole, pour son « analyse de la puissance du marché et de la régulation ».

Passé le moment d’euphorie (deux prix Nobel français la même année… tout de même…), mon enthousiasme a été largement douché lorsque j’ai regardé plus en détail les travaux qui avaient attiré l’attention de la Banque de Suède, à l’origine de ce prix.

On sait que cette institution ne brille guère par son originalité et par son ouverture : depuis plus de 20 ans elle a pris pour habitude d’honorer exclusivement les tenants de la pensée néoclassique. Et Monsieur Tirole n’échappe pas à cette tradition, ayant fait de la Toulouse School of Economics une réussite indéniable, mais aussi le fer de lance de l’orthodoxie libérale dans le monde universitaire (à ce titre, cette école bénéficie du soutien de grandes institutions bancaires et financières comme AXA et la BNP à hauteur de 33 millions d’€ par an). À titre de comparaison, l’École d’économie de Paris dont l’un des enseignants n’est autre que Thomas Piketty ne ramasse que des miettes (2 millions d’euros).

C’est bien leur droit d’agir de la sorte et d’attribuer leur prix comme ils l’entendent mais cela a pour fâcheuse conséquence d’installer une pensée unique dans le monde universitaire en s’appuyant sur le prestige du Nobel et l’aura de la Science.

Il y a quelques années, j’ai aidé ma compagne en mathématiques lorsqu’elle préparait l’agrégation de Sciences Economiques et Sociales. C’est à cette occasion que j’ai été très surpris de découvrir l’influence qu’avait pu avoir la physique dans l’élaboration des théories classiques telle qu’on les trouve chez Adam Smith ou Léon Walras.

 

Le mode de l’équilibre classique de Walras énonce par exemple ceci:

  • l’univers économique est fixé
  • il se trouve dans le vide et non dans un écosystème ;
  • toutes les relations dans une économie sont autorégulées, dans le sens que toute perturbation met en mouvement les forces qui vont rétablir l’équilibre ;
  • ces « forces » sont produites exclusivement par le comportement des individus agissant indépendamment les uns des autres ;
  • le comportement de ces agents obéit à certaines propriétés mathématiques. Par exemple, le choix du consommateur est transitif (s’il préfère X à Y et Y à Z, il préférera toujours X à Z), exhaustif (dans l’ensemble des biens existants, le consommateur, à niveau de revenu donné, comparera tous les biens deux à deux) et indépendant (un consommateur n’est pas influencé par les choix des autres consommateurs).

« Forces », « équilibre », « vide », « mouvement », autant d’évocations de l’univers physique de Newton qui était alors la grande théorie scientifique de l’époque…

 

Chez Walras, on trouve encore :

1o La métaphore de la masse

« Philosophiquement je pose :
p = g + g + g + … = mg
p’ = g + g + g + g + … = m’g        soit        p’/p = m’/m
c’est-à-dire que j’appelle masse ou m une cause proportionnelle au poids.
Et de même je pose :        Va/Vb = ra/rb
c’est-à-dire que j’appelle rareté ou r une cause proportionnelle à la valeur d’échange »

(Œuvres économiques complètes, vol. XI, p. 629).

2o La métaphore de la force vive

« Va/Vb = ra/rb Donc, la satisfaction maxima a lieu par la proportionnalité des raretés aux valeurs […]
…si on prend pour mesure de la force, la force vive, c’est-à-dire la force multipliée par sa vitesse…
P/Q = p/q C’est-à-dire que l’équilibre de la romaine a lieu par la proportionnalité des forces aux bras de levier.
L’analogie est évidente. Aussi a-t-on déjà signalé celle des forces et des raretés… »

(Œuvres économiques complètes, vol. VII, pp. 333-334).

La dernière phrase nous conduit à Fisher :

3° La métaphore de la force

« En mécanique        En économique
Une molécule         Un individu
…        …
Force         Utilité ou désutilité limite
…        …
(Fisher, p. 85) »
(Œuvres économiques complètes, vol. XI, p. 623).

 

Envieux des succès de la science de l’époque et en particulier de ceux très spectaculaires de Newton, la tentation était grande de formaliser le comportement humain et d’imposer une vision mathématique du monde économique et social.

A la fin du XIX ème siècle (et début du XX), Veblen et Keynes s’alarment de cette vision déshumanisée et mathématisée du monde. Ce qui n’empêchera pas J.M. KEYNES de publier en 1936 sa « Théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie » dans laquelle apparaît la célèbre formule Y + M = C + S + X qui synthétise l’ensemble des activités de production et d’échange dans un espace économique donné.

Mais l’analogie avec la science s’arrête là. Loin de devenir un processus autocorrectif, réfutable et soumis à l’exigence de vérifications expérimentales afin de valider une hypothèse, la science économique néoclassique devient brutale, dogmatique, auto-justificative. Si la réalité n’est pas conforme aux prévisions économiques, c’est alors la réalité qui est mise en accusation. Les justifications des économistes néo-classiques sont toujours prévisibles : si la théorie ne marche pas, c’est la faute des États qui perturbent les équilibres et les marchés par des réglementations inutiles (argument revenant fréquemment) : Les subprimes, c’est la faute des Américains surendettés. etc. etc.

Impossible de mettre en difficulté le discours économique dominant qui se cache toujours des réponses prévisibles, interdisant tout débat sur le fond.

Il est intéressant de noter qu’après la crise de 2008 (qui a pourtant ébranlé l’économie mondiale), loin de fragiliser le monde de la finance, celui-ci apparaît plus fort que jamais…

Habilement dominé par un formalisme mathématique complexe, son fonctionnement demeure obscur pour une grande partie de nos concitoyens. L’économie peut alors se réclamer des sciences dures et proclamer que la domination, les inégalités, la brutalité du monde social sont aussi naturels que le vent ou la marche des planètes. CQFD…

Si la science économique a bien le droit de modéliser le comportement des agents économiques, ne faut-il pas constater qu’une utilisation irrationnelle des mathématiques aboutit à un dogmatisme pseudo-scientifique brutal ?

Partager :

37 réflexions sur « À propos du « prix Nobel » d’économie 2014 attribué à l’économiste français, Jean Tirole, par Franck Richard »

  1. Depuis le prix de la banque de Suède en « sciences » économiques de Scholes en 1997 …plus rien ne m’étonne. Le modèle de Scholes est une aberration mais toujours enseignée telle quelle. Car, c’est vrai, les vilains états viennent contrarier cette si belle science économique.
    Religion économique, certes, et prêtres de cette religion sauvage sont récompensés par leur pairs. Alleluia !

    1. pour Maris.Le « modèle de Scholes » toujours enseigné,hélas c’est vrai.Mais ce n’est pas la seule
      ânerie qui soit enseignée! Le « multiplicateur » à la Keynes,quid?Le modèle « I S / L M »,quid?Le fait
      qu’il « faille » rembourser la dette,une dette dont le montant même,et la définition même n’est pas
      du tout cohérente….et j’en passe….Un « non-système des paiements » sur lequel nos collègues
      d’outre Atlantique sont totalement muets,quid(ânerie par omission)? ETC……

      Une idée dont Jean Tirole semble se contenter:l’idée selon laquelle il y aurait consensus pour estimer que la « macro-économie » a décidément pour fondement la « micro-économie » « à ce jour ».
      D’abord,c’est inexact.Ensuite,ce pourrait bien être en raison de ce « consensus » (indu)que les
      économistes,en général ,n’ont pas vu venir la crise(démarrée en 2007),et se sont imaginés
      (à tort) qu’elle était terminée,disons en 2010,ou 2011..Enfin c’est un peu se moquer quand
      on a accepté le prix Levi-Strauss,qui,pour le moins invite à considérer qu’un ensemble est
      plus et autre chose que la « somme »de ses éléments,principe mathématique essentiel.sur
      lequel il me semble qu’il y a pour le coup un consensus.Non?Est-ce-que je me trompe?

    2. Scholes et sa martinguale nobelisée ? Paul en avait déja parlé, rubrique « expérience vécue ».
      Mais Scholes, et Merton, et compagnie -LTCM- ? : un bon aperçu dans  » Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles », Albin-Michel, 1999, ( 1999 déja mais une cuvée qui vieillit très bien ! ).
      Aparté:
      Si vous avez besoin de savoir pourquoi l’ économie n’est pas une science, il y a les très bons ouvrages de Paul, mais aussi « L’antimanuel d’économie » en 2 tomes. En plus, comme avec Paul, Keynes y est réhabilité.
      Rq: selon France-Inter, Amazone continue à perdre de l’argent.
      Sans frau… (oups) optimisation fiscale, la perte serait encore plus importante. Toujours selon le même source, vu que l’action ne baisse pas c’est probablement que si Amazone perd sur chaque livre vendu, il doit se ratrapper sur la quantité… logique d’actionnaire… mérite un prix « économie etc.. banque de Suède etc… Nobel ». Faudrait juste travailler la présentation.

      1. Vivement qu’Amazon robotise totalement ses entrepôts, vire ses 100 000 employés, et fasse enfin de vrais bénèfs à offrir à ses actionnaires…

  2. Cette « science » économique semble pensée par des cerveaux enfantins, tant elle est bourrée d’approximations grossières.
    Dans n’importe quelle discipline scientifique, une telle légèreté dans l’appréhension des problèmes discréditerait instantanément son auteur.
    Et pendant ce temps là, la misère galope, les glaciers fondent, les centrales nucléaires vieillissent. Et c’est cette « science » économique qui dicte sa loi à la politique! Au secours…

  3. Ci-joint un lien au billet de blog au 3eme degré d’un sien collègue, Gilbert Colletis, qui parle de Tirole comme d’un « producteur de doctrine ».
    Ma blague potache du jour est dans la réponse suivante que j’ai faite sur le fil de discussion:

    « producteur de doctrine » (extrait du dictionnaire) : se dit des fromagers affineurs qui utilisent les voûtes des coffres bancaires pour produire à partir du lait de vache sans-dents un fromage appelé « Intérêt » par une fermentation lente du Micronium Economicum suivi d’un savant enduit de Macronium Eurodollarum, lequel permet de transférer tous les richesses aromatiques de l’un à l’autre. Produit récompensé presque chaque année aux comices agricoles de la Banque de Suède, commercialisé par exemple sous le nom « Caprice des Vieux (Rentiers) ». On le sert souvent pour fêter les hausses des cours du fromage après les licenciements boursiniers.

  4. On a tout de même un peu évolué depuis Walras, avec des gens comme Kahneman (prix « Nobel » d’économie en 2002)…d’ailleurs psychologue et non économiste.

  5. Ce qui est frappant, d’ailleurs, en économie, c’est la non confirmation de la plupart des « théories », mais pas sur le modèle de la physique, par plongement dans un cas plus général, par rejet plus bête. Au point évidemment de rejeter aussi ce qui était juste dans certaines théories (Keynes au hasard), même si pas vraiment justifié par des observations explicites de régularité des séries de données (les stats étaient faiblardes à l’époque), mais plutôt par une grande intelligence globale.

    Sinon, je me régale à lire la conversation Colmant/Jorion, et j’en parle ici parce que justement, Colmant a bien du faire un effort pour revisiter tout le fatras qu’il avait appris pour comprendre la crise de 2008. Je comprends qu’il tienne à la bourse comme nécessaire, c’est un peu comme si on me retirait mon oscilloscope en électronique ! (eppurre si muove, dirait l’autre).
    Il laisse assez clairement entendre les liens de la dette, de la monnaie et du « lien social », par le fatras des assurances sociales (maladie, chomage, alloc familiales, …). Je trouve que c’est une dimension qui n’est jamais assez évoquée (par PJ non plus !) : ujn très gros bout du « livre de compte de la nation », partie « publique », est lié au social, pas au gouvernemental, c’est une énorme différence par rapport au XXe débutant, avec bien sûr la question démographique (quelle pyramide, et combien de population) qui va avec. On craint par exemple que les mortalités des générations du baby-boom vont faire un bon de 20% aux couteuses hospitalisations de fin de vie, car pendant plusieurs décennie, l’allongement de l’espérance de vie avait compensé l’accroissement de la population et maintenu le nombre de morts par an en France à un assez constant lot de 500 000. + 100 000 pendant qqs années donc, de quoi faire un « choc » dont les privatiseurs pourraient s’emparer.

    Dans le livre, Jorion expose un peu mieux (ou j’avais mal lu ailleurs) la nature de l’argument aristotélicien du prix en relation avec les statuts: c’est pour « maintenir la société telle qu’elle est ». Du coup vient cette idée très simple: en présence d’étages intermédiaires clochermerlesques ou kafkaïens dans les prestations que la société se redistribue au fond à elle-même (URSSAF es-tu là, CSG es-tu là, TVA, ISF,…), il suffit que de petits effets de cliquets se distribuent le long de la chaine qui va se complexifiant pour que la dérive dégénère : le souhait d’autoreproduire (la philia que procure l’éducation…) s’effritant devant les 1% ou 2% ou 5 % de surprofit que l’acteur du niveau N voit d’infliger à celui de niveau N-1, la dérive s’installe, et le système aristotélicien perturbé marche encore de longues décennies, mais s’écarte inexorablement de l’auto-reproduction.
    Ce que Piketty a pointé comme étant le « reset » de la redistribution par les deux guerres mondiales était, en réalité, un « choc de simplification ». D’ailleurs les récits de l’élaboration du document social du CNR (initié en 1943, pour application dès 1945) autant que ceux de l’élaboration de la Constitution de la Veme République indiquent que ces travaux étaient menés en quelques semaines par une poignée de gens, pas par un vaste corps de centaines de gratte-papiers.
    C’est peut être une reformulation de choses déjà dites autrement : my 2 pennies…

    1. Dans le livre, Jorion expose un peu mieux (ou j’avais mal lu ailleurs) la nature de l’argument aristotélicien du prix en relation avec les statuts: c’est pour « maintenir la société telle qu’elle est ».

      Hmm… Le prix (2010), consacré essentiellement à… prouver cela :

      p. 22.

      La théorie qui apparaît à la place est à ce point différente de la science économique qu’il serait tentant de l’appeler d’un nouveau nom, la ≪ physique du prix ≫, par exemple, ou la ≪ physique sociale du prix ≫. Son principe est celui-ci : le fait que les marchandises ont des prix différents et qui varient dans le temps, est le moyen permettant que la richesse sous forme d’argent soit constamment redistribuée dans une société de manière à ce que se reproduise – à peu de chose près – le rapport de force relatif entre les « conditions » ou classes sociales entre lesquelles se répartissent les personnes.

      1. Oui, OK, « la pédagogie c’est la répétition », Paul.
        Néanmoins : le petit aspect systémique « c’est la société qui se reproduit égale à elle-même » est un peu plus explicite que « le rapport de force relatif enre les classes sociales etc. » peut-être parce que j’avais lu cette dernière affirmation comme une réelle volonté politique, ou comme forme d’oppression voulue de l’une sur l’autre, alors que l’on n’énonce au fond qu’une condition de relative stabilité sans dessein d’une des classes de rester aux rênes contre une volonté affirmée de l’autre. Bien sûr, dès que l’histoire est un peu tourmentée, et si les dettes s’en mêle, l’édifice va « prendre conscience » et là il faut relire Hegel, mais dans le cas « isolé », je n’avais pas vu cela comme « attracteur », point fixe du système par construction.

  6. Votre exposé bien argumenté me fait penser à l’utilisation que l’on peut faire des math pour modéliser les écoulements dans une rivière. C’est comme si l’hydraulicien remettait en cause le comportement de la rivière dans le cas où un phénomène naturel non prévu par son modèle (une inondation) se produisait.
    La question est de savoir si cet « aveuglement » est-il délibéré (Idéologique : le financement vient d’axa et bnp) ou bien simplement par le manque d’intérêt pour les sciences sociales (anthropologie, sociologie, politique).

  7. Et pendant ce temps, à Bruxelles, Moscovici entame un air néo-libéral du plus bel effet :

    Bravo à Jean Tirole, prix Nobel d’économie, dont les travaux éclairent les chemins que nous devons suivre pour sortir de la crise

    1. @p-y d : voyons voyons auriez-vous souhaité qu’il proclame : cela? tout juste bon à mettre au cabinet (placard) .P. Moscovici n’a ni le courage d’Alceste, ni la clairvoyance de Molière !
      Eh,quoi ! nous nous priverions de chanter cocorico , alors que nous nous voyons montés au pinacle ? qu’importe le flacon,pourvu qu’on ait l’ivresse ou la gueule de bois .

  8. Bonjour à tous
    De l’exposé de Paul il ressort qu’un scientifique de formation qui s’oriente vers la physique va conserver sa méthodologie d’approche des sujets et de vérification de ses hypothèses ou mesures alors que s’il s’oriente vers l’économie, il aurait tendance à se laisser dominer par une approche idéologique – donc intellectuellement déficiente.
    C’est une constat crucial; la question qui en découle est donc: Pourquoi cette déviance ?
    Je parle du processus même d’abandon de la rigueur scientifique qui lui a été longuement inculquée au cours de ses études….
    Qu’est ce qui fait qu’un homme intelligent comme Tirole, ayant suivi le même cursus que des scientifiques professionnellement irréprochables sur le plan méthodologique, renierait ,en quelque sorte, sa formation pour sombrer dans l’à peu près maquillé d’ un brillant vernis mathématique?
    (Je pense que la réponse à cette question doit aller au delà des simples intérêts matériels personnels pour trouver une réponse adéquate: on ne peut supposer à priori un simple manque d’éthique comme raison nécessaire et suffisante.Je crois le problème plus complexe.)
    Si on ne peut apporter de réponse à cette question, l’économie façon marabout -bout de ficelle à encore de beaux jours devant elle ….
    Cordialement.
    Steve
    Steve

    1. Peut être tout simplement par ce que « penser », ça fait très mal, au sens physique du terme.

      He oui, les idées établies, comme les drogues, la nourriture grasse ou sucrée, le jeu compulsif, ou le sexe, activent les réseaux de récompense dopaminergiques. Donc changer d’idée, de vision du monde, c’est renoncer au petit shoot de dopamine qui améliore le quotidien.

      Plus on avance en age, moins on « pense », plus c’est dur, plus ça fait mal.

      Bref, n’oublions jamais que « penser » c’est malheureusement extrêmement fatigant ou douloureux.

      La meilleur preuve de ce que j’avance, c’est que la plupart des gens ne s’y risque jamais, et préfère de très loin suivre ce que lui dicte son petit cerveau reptilien.

    2. Un scientifique, aussi rationnel soit-il, reste un être humain, avec toutes les satisfactions psychologiques qui nous aident tous à vivre. Deux explications donc au « basculement » d’un mathématicien vers l’économie :
      1. le plaisir intellectuel, le plaisir du jeu, le plaisir de résoudre des énigmes. Peu importe le lien à la réalité, on peut très bien s’éclater dans un monde virtuel. Il est tout à fait courant de construire des mondes sur des règles parfaitement rationnelles et logiques, mais totalement dénuées de réalité. Le problème avec la « science économique » c’est qu’elle a longtemps cru en la réalité de ces règles et qu’elle ne peut accepter qu’elles soient fausses. Sinon tout le jeu s’écroule.
      2. puisque ce monde virtuel permet de (bien) vivre socialement, alors pourquoi en sortir et revenir à la réalité ? Combien de joueurs rêveraient de gagner leur vie et leur place sociale en ne faisant que jouer ?

      Il est donc simple de convertir les économistes orthodoxes : il suffit de leur proposer un autre jeu, dans lequel il pourrait y prendre davantage de plaisir, et surtout, d’acquérir encore plus de notoriété.
      Un jeu économique ancrée dans la réalité, cela existe, ce blog s’en fait largement l’écho.
      Il ne manque sans doute qu’un prix prestigieux, un Prix pour une Economie Autrement ? Un Prix Jorion ?

      1. Pour aller dans votre sens, j’ai un peu peur que la plupart des humains ne soit pas vraiment intéressée par le réel. La technologie ne sert qu’à s’éloigner de celui-ci et les développements récents de celle-ci permettent d’ailleurs d’échapper, bien sûr temporairement et sans aucun espoir de succès à long terme, de manière de plus en plus efficace à la réalité.

        Nous préférerons toujours deux choses : les jeux, surtout les plus faciles à comprendre, avec des règles simples, aboutissant à un gagnant et un perdant, et nous raconter des histoires, particulièrement si on a perdu au jeu, d’ailleurs. Nous sommes câblés comme ça. La neuropsycho met quelques images sur ces concepts mais la philosophie ne l’a pas attendu pour dire la même chose.

        Le réel, c’est horriblement compliqué, on y comprend strictement rien, et ça finit toujours mal. En clair, on perd le plus souvent, si par malheur on prend le risque de jouer avec.

        Ce qui fera changer les économistes orthodoxes, ce n’est malheureusement pas un autre jeu. Que je sache, les conversions d’évêques étaient rares, au temps des guerres de religion.
        Sans doute parce que les bonnes places existent en nombre limité. Et ce de manière logique. Même en 2014, il faut toujours beaucoup de monde pour faire pousser à manger, construire quelque chose d’utile ou s’occuper des autres, bref pour se coltiner un peu le réel.

      2. @bluegreen, il manque un mot dans votre phrase:
        « Pour aller dans votre sens, j’ai un peu peur que la plupart des humains ne soit pas vraiment intéressée par le réel.

        Il me semble au contraire que le réel inconnaissable intéresse prodigieusement nos congénères, dans la mesure où ils veulent, pour la plupart, des retours sur un investissement qui est certes monétaire, mais aussi de temps, d’effort, existentiel, affectif, etc.
        En revanche, ce qui ne les intéresse qu’en second lieu, c’est l’élucidation du réel ! L’élucidation du réel, combien de millions?…
        D’abord ils agissent, et ensuite ils se bricolent une explication du monde. C’est assez conforme à cette théorie d’un psychologue que Paul aime prendre à témoin (et pour laquelle j’émets les plus grandes réserves), selon qui l’intention est postérieure à l’action. Cela ne me paraît pas niable pour la vie ordinaire de la plupart des gens, et principalement pour les hommes et femmes d’action, et en particulier dans leur combat quotidien pour les moyens d’existence. Dans tous ces gestes qui au départ répondaient aux nécessités de la vie et de la survie, et souvent représentatifs désormais du simple désir de dominer, ce qui importe pour eux sera d’avoir des résultats, des résultats, des résultats.

        Le problème, c’est que les intellectuels aussi, ou une part des intellectuels, placent leur réussite à l’avant-plan, et leur théorisation du monde viendra en deuxième lieu. Cela ne changera pas, ou pas trop, l’élaboration d’une théorie physique ou astronomique. Mais, dans les sciences sociales ou en économie, en psychologie aussi sans doute, un peu de clairvoyance délégitimerait bien des pratiques fructueuses!

        Franck Richard résume bien les points évacués et les postulats utiles, dans les formalisations de Walras. La chose se résume à ce que disait Margaret Thatcher avec son sens politique très sûr: «La société n’existe pas. Il y a seulement des hommes, des femmes et des familles.»
        C’est de la lutte des places, pas de la science.

      3. @ Guy Leboutte

        Nous sommes d’accord.
        La « science » économique orthodoxe n’est pas une tentative d’élucidation du réel, mais bien un simple stratégie d’autojustification, et de domination.
        La « théorie » de Benjamin Libet est plutôt une observation expérimentale, donc forcément limitée par les moyens mis en oeuvre pour l’obtenir, et donc critiquable, sans doute. Elle me semble pour ma part importante et prometteuse.
        Néanmoins, vous convenez vous même que le « libre arbitre » est sans doute une illusion, pour la plupart des gens. Les intellectuels ne sont pas des sur-hommes. Ils sont limités par les mêmes pulsions et disposent des mêmes outils neuronaux que le commun des mortels.
        C’est la méthodologie et la rigueur appliquée qui, me semble-t-il, expliquent que certaines de leurs représentations du monde résistent mieux que d’autres à l’épreuve du temps. Les avancées scientifiques les plus rapides et les plus importantes ont eu lieu lorsque les places ne valaient rien, et que la science était pratiquée en amateur, avec toute la passion et la rigueur que ce terme implique. Quant la science est instrumentalisée, quant des places sont à prendre, nous stagnons.

  9. Merci Timiota de nous avoir orienté vers le « cireur de pompes » au deuxième degré.
    J’ai donc cherché une référence et j’en ai trouvé une excellente: http://www.larecherche.fr/savoirs/entretien/jean-tirole-economie-ameliorer-bien-etre-general-01-12-2007-73042
    qui paraîtra aussi du second degré à beaucoup mais ces déclarations sont sans doute plus inquiétantes que drôles! « nous savons de mieux en mieux modéliser ces phénomènes grâce au dialogue, entamé il y a une vingtaine d’années, entre économie et psychologie »
    Les sociologues ont défini des problèmes « pernicieux » ( whicked problem) ces déséquilibres où celui qui pose problème est partie prenante, et qui compte bien conservé ses positions. En français, on dit volontiers, « c’est pas sorcier » mais pas « c’est pourtant un vrai problème sorcier » ( cf La sorcellerie capitaliste d’I Stengers). Et c’est pourtant le cas des fausses bonnes solutions apparemment scientifiques qui tombent de haut et anesthésie la réflexion, car reprendre les phénomènes depuis les fondamentaux demandent effectivement quelque culture locale !OK Paul contribue efficacement à prendre ses distances mais reconnaissez que la propagande néolibérale est d’une lourdeur difficile à contrer! Le côté positif est que les contre arguments apparaissent vite: encore merci!

  10. ce Nobel ne serait alors qu’un cliquet supplémentaire pour confirmer la pensée unique économique transportée par une tyrolienne sur le chemin vanté par notre ancien ministre devenu commissaire.

  11. Les sciences dures comme la physique ou la chimie permettent de prévoir l’évolution d’une entité physique ou chimique dans un environnement donné à un instant donné. La science économique quant à elle a prouvé à d’innombrables reprises qu’elle permet de ne rien prévoir du tout, nulle part et jamais. De l’utilité d’une telle chose abusivement qualifiée de science ? C’est très simple : la justification de l’injustifiable à savoir que beaucoup d’êtres humains meurent de faim pour qu’une poignée d’autres puissent jouir pleinement de leurs îles privées sur lesquelles ils se rendent à bord de leurs yachts gigantesques équipés de robinets en or.

  12. Eh oui, il suffit d’écouter le commentaire de ce « Nobel », il ne dit rien de neuf ; ce ne sont que des constats :
    Nous avons des PME et des GE . Il faut de l’éducation et de la formation. Nous avons de nombreux atouts. Tout va bien. Attention ne pas laisser de dettes aux jeunes. Mais rien n’est perdu… = continuons ainsi!

    On comprend bien que les ministres les uns après les autres se sont fendus d’éloges auprès de quelqu’un qu’il ne connaissaient pas hier. Si non, il y a longtemps qu’il serait embauché!

    Pauvre France!

  13. Quand le comité Nobel remarque un X mines ( Allais en 1988) puis un X Ponts ( Tirole en 2014) , à part l’X , quel est le fil rouge , s’il y en a un , des motivations et sous entendus de cette honorable instance ?

      1. Si Paul Jorion n’est pas encore prix Nobel, c’est qu’il faut un prix leboN, à contre-courant et pour donner du sens à cette belle « science »économique.

    1. Deux tentatives:
      A)-ou:
      Allais n’était pas vraiment un libéral. L’expression protectionnisme intelligent pourrait être copyrightée (c) Allais. Après lui, le libéralisme nobelisé a viré à la gloire de la religion féroce pendant plus de 25 ans.
      Pour ce que j’en sais, c’est-à-dire peu, Tirole n’est pas non plus un sectateur exclusif de la religion.
      Si le suivant « Nobel » ne revient pas au libéralisme, alors le mouvement du balancier risque de virer en direction de la gloire au Plan Stalinien.
      Si c’est la cas, peu probable, les deux auront marqué des changements d’époque.
      Ils seraient comme qui dirait des bornes dans l’espace des mouvements du balancier, une fois à fond à droite, une autre fois en direction d’une gauche sérieuse.

      B)-ou bien et plus sûrement:
      Les détails de l’enseignement supérieur français leur passent au-dessus des oreilles. Passe que nous sommes les seuls à croire que le reste du monde envie nos petits chapelles à poulain de course, élevés à la main pour en faire des champions tout terrain, nuls pour la plupart. Nuls, au vu des résultats. Y-z-ont bien une part de responsabilité, non ? Un X est fait pour tirer au canon ou franchir de vive force des coupures et autres obstacles du terrain – Eventuellement les construire. Le reste est comme une usurpation.

      J’attire votre attention sur  » Lieutenant Katia » Presse Pocket 629.
      Une jeune française se retouve chef d’une section du Génie dans L’armée Rouge, chargée de construire des ponts pour chars ( Tanki most) pendant l’offensive soviétique 1944-1945.
      Elle n’a pas fait X, c’est donc un intellectuel ingenieur de sa section qui l’aide en sous-main.
      Et tout marche bien. Belle histoire, plus riche que ce résumé « X et pont ».

  14. La légitime récompense de Jean Tirole
    Le prix de la Banque de Suède attribué à Jean Tirole s’inscrit dans la tradition d’une institution dont environ 90 % des lauréats font partie du courant de l’économie orthodoxe appelée néoclassique, celle qui sert depuis plus d’un demi-siècle à justifier la supériorité du marché concurrentiel, pourvu qu’il soit conforme aux modèles économiques, sur toutes les autres institutions de l’économie….

    http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2014/10/14/la-legitime-recompense-de-jean-tirole/

  15. La seule qualité de Tirole, c’est d’être toulousain. 😉
    Pour le reste, comme tous ses très chers – pardon ! – coûteux à la Société collègues économistes orthodoxes néolibéraux, il n’a rien compris à la vie et à la réalité actuelle, réalité actuelle qui ne se réalise que par le pétrole et toutes les autres énergies qui en dérivent.
    La preuve qu’il n’a rien compris ?!? Quand le pétrole vient à manquer, qu’est ce qu’il fait l’économiste néolibéral orthodoxe Tirole ? Ben, qu’il soit ou non au courant de cette pénurie qui commence, il fait comme avant, comme si l’énergie n’était pas capitale, comme si l’économie était le mouvement perpétuel.
    Aller, basta ! Je rigole.
    Le Tirole, il aurait dû comprendre les Lois de la Physique vu qu’il a fait polytechnique avec Math Sup et Spé en préambule. Ces Lois de la Physique lui ont été exposées et expliquées durant ses études.
    Hélas, il n’en a pas saisi le sens.
    En fait, ses profs lui ont tous montré la Lune et, lui, à chaque fois, il a regardé le doigt qui la désignait.
    Tirole ! Vous êtes sans intérêts ; pour les Peuples qui en payent bien trop. Dès lors, si Nobel ressuscitait, il vous flanquerait un zéro pointé et il attaquerait la banque de Suède en justice pour utilisation de son nom et de son image !

  16. – 3,63 % à la bourse ce jour à 17h50.

    Pas d’inquiétude, quand le truc fait pschitt, y’a toujours un Nobel pour nous l’expliquer « scientifiquement » 10 ans après.

    1. bsna a raison.La perception du côté « anglo-saxon » est très différente en effet.L’aspect
      « régulation » non seulement n’est pas absente chez l’économiste toulousain mais peut faire
      bon poids par rapport à un marché( aux mains notamment des grands groupes industriels et
      financiers).Simplement,il convient de reconnaître qu’au point où l’on en est,les « incitations »
      même les plus imaginatives risquent fort ….de NE PAS faire le poids.Il reste qu’il y a peut-être
      un (petit) aspect « cheval de Troie »(LOL) chez l’économiste français nobélisé(aspect qui sans
      aucun doute est hors de la perception de la Banque de Suède et de ses « affidés ».)
      L’espoir demeure.Avec un homme sympathique,réfléchi et intelligent,même formé en économie
      au M.I.T.,une palinodie n’est pas exclue.Elle se traduirait ,selon moi,par l’abandon du « consensus »
      au demeurant inexact et profondément malsain théoriquement et pratiquement,selon lequel
      la « macro » ne saurait être que ce qui a pour seul fondement la « micro ».Cette erreur sans doute
      fondamentale interdit de comprendre le rôle de la monnaie dans l’économie,celui de la
      répartition des revenus et des patrimoines(culturels compris),et ce qui se passe au niveau
      international,où il n ‘existe pas de « système » de paiements qui ait un sens quelconque,et ce
      depuis au moins 1971.Les 3 points précisément de dramatiques faiblesses et inaptitudes
      de la « théorie néo-classique »,macro comprise(qui n’a rien en réalité d’une VRAIE MACRO.)
      Celle-ci est à reconstruire:certains s’y sont employés toute leur vie:je pense au regretté Professeur Bernard Schmitt,encore trop souvent ignoré:ses travaux posthumes(écrits juste
      avant sa mort le 26 mars 2014 à Beaune)vont précisément paraître en anglais sur la Toile
      sur SSRN au cours de la semaine prochaine,comme me l’a précisé le Professeur Alvaro
      Cencini(qui en a assuré la traduction en anglais à partir de la version en français dont j’ai
      moi-même éliminé les menues erreurs de forme,version française dont la publication en
      français est prévue pour bientôt.)
      On comprendra alors en quoi consiste une VRAIE MACRO!Mais cela suppose un effort de
      PENSER en se débarrassant de ses « habitudes »(le plus difficile selon Keynes et bien
      d’autres).Allez:courage!

  17. Je vous trouve tous un peu dur avec ce pauvre homme. Ses réflexions sur le marché du travail et le financement du chômage – plutôt banales à première vue – méritent quand même qu’on s’y arrête un petit instant.
    La France est un pays où les particuliers recourent peu aux tribunaux en matière civile sauf… en droit du travail. Comme si le contentieux prud’homal était devenu, au fil des ans, une sorte de joker que chacun rêverait d’avoir dans son jeu pour, qui sait ?, remporter le gros lot. D’où ces parties de poker menteur qui se livrent chaque jour dans les entreprises : vais-je réussir mon licenciement pour faute sans passer par la case indemnité (employeur) ? vais-je faire l’objet de mesures suffisamment discriminatoires pour rafler la mise en dommages-intérêts (salarié) ? Je ne dis pas que le marché de l’emploi sera sauvé par une énième resucée de la théorie des jeux, mais je trouve encourageant que des économistes se penchent sur l’humble monde des procédures de licenciement, comme Blanchard et Tirole dans ce rapport malheureusement un peu vieux (p. 35).
    http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/044.pdf
    A mon avis, il est urgent de reconsidérer ce phénomène de « jackpot », devenu malsain car en grande partie déterminé par le hasard des situations de fait, la compétence procédurale des parties en présence et la subjectivité de juges non professionnels, avant que les Dark Vadors de la Finance ne décident purement et simplement de supprimer le droit du travail.

  18. « A la fin du XIX ème siècle (et début du XX), Veblen et Keynes s’alarment de cette vision déshumanisée et mathématisée du monde. »
    Depuis Newton s’est développé un nouveau langage pour décrire le monde physique avec un indéniable succès, le langage mathématique, créant une coupure avec le langage naturel, la fameuse coupure galiléenne.
    Il est bien naturel de tenter d’utiliser ce nouveau langage dans les sciences du vivant, en particulier les sciences humaines auxquelles la science économique se rattache. Mais la physique post-galiléenne est mécaniste, atomiste et réductionniste (« En mécanique une molécule, En économique un individu ») et les mathématiques qui se sont développées à partir de Newton jusqu’à, disons, le Einstein d’avant la relativité générale, ont été profondément influencées par cette vision de la physique qui postule l’imbécillité, la non réactivité à l’observateur de la chose étudiée indispensable à une observation objective.
    On doit au mathématicien-philosophe René Thom d’avoir attiré l’attention sur une autre façon de voir les choses. Au lieu de partir du discret, de l’atome, pour arriver au continu, on part du continu pour arriver au discret, au lieu de voir le monde physique comme un ensemble d’atomes, on percevoit du monde les singularités de l’espace-temps conformément à la vision de l’Einstein de la relativité générale (au lieu de voir la droite comme ensemble de points, le point apparaît comme intersection de deux droites, la droite étant pensée comme continu…). Révolution majeure dans la pensée scientifique, renversement complet des rôles de la figure et du nombre (nombre qui occupe une position tyrannique en économie) et donc, au sein des mathématiques, renversement complet des rôles de l’algèbre et de la géométrie. La mathématique devient une conquête de la géométrie par l’algèbre, c’est la géométrie le point de départ et non l’algèbre. Le point de vue thomien est donc contre-révolutionnaire, en radical contresens avec la révolution numérique. Si, à la suite de Thom, on admet que l’aporie discret-continu, fondatrice, on vient de le voir, des mathématiques, domine en fait toute la pensée, alors il est naturel que cette contre-révolution s’exporte hors des mathématiques, en philosophie en particulier. Thom, qui s’affiche penseur du continu, fait dans Esquisse d’une sémiophysique, une lecture continuiste de la physique d’Aristote, peut-être, selon Thom, le seul penseur du continu [avant lui!].

    Je fais du prosélytisme pour l’oeuvre de Thom depuis que j’interviens sur ce blog. Mon intuition initiale (qui reste actuelle) est que ce qui rapproche les pensées de Thom et de Jorion est beaucoup plus important que ce qui les sépare (la notion de chréode chère à Thom se retrouve ainsi au coeur de « Principes des systèmes intelligents »); Mais Thom est platonicien et PJ ne l’est pas (relire son « résumé de résumé » tout récent de « Comment la vérité… » avec sa comparaison Gödel-Quesalid. Le dernier message de Thom (conclusion d’Esquisse d’une sémiophysique, son dernier ouvrage) est platonicien: « Seule une métaphysique réaliste peut redonner un sens au monde ». A comparer à la fin du commentaire récent de PJ sur « Sade ».

    Pour un aperçu des mathématiques en train de se faire j’ai découvert récemment « Leçons de Mathématiques contemporaines à l’IRCAM » d’Yves André écrit à l’intention de musiciens, que j’ai beaucoup apprécié. La théorie thomienne s’y insère dans le chapitre 5 « Singularités » (avec des rapports précis avec les solides platoniciens!). J’y vois l’esquisse d’un grand mouvement de pensée au sein des mathématiques dont on peut espérer qu’il débouchera, à terme, sur la cicatrisation de la coupure galiléenne et justifiera le langage mathématique comme langage véhiculaire de toute la science.

  19. Bonjour à tous,

    Obama: prix Nobel de la Paix .
    Tirole: prix Nobel d’Economie.

    Moi, je trouve tout cela assez cohérent!

Les commentaires sont fermés.